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15 avril 2016 5 15 /04 /avril /2016 16:44
Sarah Doraghi, Radu Milhaileanu, Marie-Christine Courtès, Olivier Pourriol

Sarah Doraghi, Radu Milhaileanu, Marie-Christine Courtès, Olivier Pourriol

 

 

Dimanche 10 avril 2016, c’était le second jour des Journées Nationales du Livre et du Vin à Saumur. Je venais assister à une communication intitulée L’énigme Stefan Zweig, animée par Jean-Yves Clément. Francis Huster devait nous entretenir de ce grand Européen qui, détruit par la guerre, choisit de mourir au Brésil en 1942. Nous n’aurons pas eu la solution de l’énigme car le comédien était aux abonnés absents.

 

Par bonheur, Vassilis Varvaressos était sur scène au piano et il a enchanté le public avec Chopin et une superbe improvisation de jazz. Un moment de grâce musical. Né à Thessalonique en 1983, Vassilis Varvaressos a été sélectionné à l’âge de 13 ans parmi les onze meilleurs petits virtuoses du monde. Suite à un concert en soliste en mai 2012 au Carnegie Hall, le pianiste a été invité à jouer à la Maison Blanche pour le Président Barack Obama.

 

Ensuite était programmée une table ronde dont le titre était L’Histoire dans le cinéma. On y attendait les cinéastes Claude Lelouch, Radu Milhaileanu (Va, vis et deviens, Le Concert, La Source des femmes), Tony Gatlif et Marie-Christine Courtès (Sous tes doigts). L’animateur Olivier Pourriol, philosophe et spécialiste du cinéma, ayant d’emblée annoncé que Claude Lelouch et Tony Gatlif ne seraient pas présents, de nombreuses personnes ont quitté la salle. A ce propos, Radu Milhaileanu a dit avec humour que Tony Gatlif n’avait sans doute pas voulu qu’un Gitan et un Roumain se retrouvent à la même table. C’est Sarah Doraghi, une journaliste d’origine iranienne, qui s’est fait connaître avec un spectacle intitulé, Je change de file, qui a remplacé les deux absents au pied levé. Les trois participants ne se connaissant pas, je crois, ils se sont retrouvés « au même niveau », pour parler de leur expérience respective.

 

L’entretien, dont le thème était L’Histoire dans le cinéma, a été très intéressant puisque le cinéaste roumain et la jeune Iranienne ont raconté leur parcours, de leur pays d’origine jusqu’à leur installation en France. Quant à Marie-Christine Courtès, elle a parlé de son court-métrage d’animation, Sous tes doigts, réalisé en collaboration avec Ludivine Berthouloux pour la direction artistique de l’aspect visuel du film, Marcelino Truong pour la création des personnages, Frank Louise pour les chorégraphies et la musique. Le film raconte avec poésie et émotion le destin de ces « congaïs », ces « oubliées de l’Indochine », contraintes de quitter le Vietnam et hébergées dans le camp de Sainte-Livrade dans le Lot-et-Garonne. A l’occasion de la crémation de sa grand-mère Hoà, sa petite-fille Emilie découvre son histoire d’amour avec Jacques, un colon français, la naissance de sa mère Linh et leur départ tragique vers la France en 1956. Olivier Pourriol a été très élogieux sur ce petit film qui a reçu de nombreux prix. Il a souligné ce travail qui a consisté à s’intéresser à ces femmes, « épaves de l’Histoire », dont la réalisatrice a rappelé le parcours tragique afin de lui donner du sens. A ce propos, il a évoqué Michaux et son étrange livre, La connaissance par les gouffres.

 

Puis il a donné la parole à Sarah Doraghi qui a d’abord expliqué le sens du titre de son spectacle Je change de file. Il s’agit des deux files dans les aéroports, l’une (plus rapide) réservée aux ressortissants de l’UE, et l’autre pour les ressortissants non-européens où les contrôles sont plus longs. Dans ce one-woman-show elle raconte son histoire, celle d’une petite fille de dix ans que ses parents envoient en France avec sa grand-mère, sa tante et ses deux sœurs pendant la guerre Iran-Irak, afin de les mettre à l’abri.

 

Comment devient-on français ? C’est ce qu’elle a expliqué  quand on arrive de Téhéran à Paris et que l’on doit apprendre une langue inconnue. Elle a insisté avec flamme sur ce goût et cette conscience nouvelle de la liberté qui s’emparent de vous et sur la bienveillance dont ses sœurs et elle-même furent l’objet. Elle a affirmé sa fierté d’être devenue française, de le dire et de le crier dans un pays qui a souvent tendance à se dénigrer. Venue d’un pays qui connut la révolution en 1979 et la guerre en 1981, elle a souligné sa joie d’être en France : « Chaque jour est le plus beau de ma vie », a-t-elle dit avec enthousiasme.

 

Radu Milhaileanu a alors confirmé les dires de la journaliste iranienne et précisé qu’il est dans le même état d’esprit. Pour revenir au thème de l’Histoire, il a souligné qu’ayant échappé à la dictature de Ceaucescu en 1980, il éprouvait aussi un émerveillement à vivre désormais en France. Il s’étonne que les Français aient trop souvent tendance à critiquer leur pays, tout en reconnaissant que c’est parfois par l’expression de leur mécontentement qu’ils parviennent à satisfaire leurs revendications. Il apprécie la liberté d’expression dont ils disposent et affirme pourtant que le virus qui lui fut instillé pendant la dictature demeure toujours ancré en lui.

 

Marie-Christine Courtès explique alors pourquoi elle en est venue à s’intéresser au parcours de ces femmes indochinoises dont elle raconte l’histoire dans son court-métrage d’animation. C’est au cours d’un séjour au Vietnam qu’elle a découvert ces femmes qui avaient eu un enfant de soldats ou de colons Français. N’étant plus persona(e) grata(e) dans le Vietnam communiste, elles furent emmenées en France avec leurs enfants eurasiens dans des camps de transit. Il y a dix ans, la jeune femme avait réalisé un documentaire sur un de ces camps et y avait rencontré des femmes âgées de 70 et 80 ans, abandonnées de tous. Cette histoire, inconnue en France et au Vietnam l’ayant émue, elle a souhaité la raconter. Elle a ainsi permis à ces « oubliées de l’Histoire », empêchées de parler, de mettre en mots une histoire douloureuse inscrite dans les corps.

 

Olivier Pourriol redit encore la beauté de ce film pudique qui transmet « une histoire vécue, subie, racontée ». Cette pudeur n’est pas uniquement asiatique mais elle est aussi liée au sujet. Quant au choix du film d’animation, il permet des possibilités narratives infinies, a-t-il ajouté en employant à son propos le terme de « documenteur ».

 

Le cinéaste roumain a repris à son tour ce questionnement sur le rapport de la fiction au mensonge, qu’il préfère appeler « imposture positive ». A cette occasion, il a rappelé le parcours de son père. D’origine juive, celui-ci, en lutte contre le fascisme roumain de la Garde   de Fer, était devenu communiste et avait été déporté en Allemagne. La « première imposture », selon Radu Milhaileanu, était d’avoir choisi un nom d’emprunt allemand, signifiant « l’homme du livre ». Ayant survécu, il était devenu journaliste, tout en écrivant entre les lignes et dans la peur que l’on ne découvre sa judéité. Puis les Soviétiques avaient occupé la Roumanie. Pour son fils, la « deuxième imposture » a lieu quand il fuit son pays en 1980 et qu’il est contraint de mentir pour faire partie du quota de juifs autorisés à aller en Israël.

 

Il est convaincu que la vie intime de l’être humain dépend étroitement de la grande Histoire. Celle-ci conditionne aussi bien les actes amoureux que l’amitié. Et de rappeler que, sous la dictature de Ceaucescu, on faisait couler les robinets afin de ne pas être écouté des micros. Il affirme que tous les films qu’il réalise sont historiques : « Je ne peux bâtir un personnage hors de la société où il vit. » Après une rencontre avec des immigrés éthiopiens en Israël, il se lance dans une vaste entreprise qui aboutira en 2005 à Va, vis et deviens. Dans ce film, il s’agit encore de mensonge puisque l’enfant, un chrétien d’Ethiopie, est contraint par sa mère de dire qu’il est juif pour survivre et faire partie du groupe de juifs de ce pays (les Falashas), réfugiés au Soudan, qu’Israël souhaitait rapatrier. « Ni Juif, ni orphelin, il est intégré dans une famille israélienne avec ce double malaise vécu, celui, d'une part, de sa mère qui lui manque, et, d'autre part, des racines qu'il a perdues. » Pour cette histoire qui raconte la célèbre « Opération Moïse » (1984), le cinéaste roumain s’est beaucoup documenté. En montrant la force de l’amour maternel et en faisant de l’enfant « une métaphore du monde », il raconte une histoire universelle. Le film témoigne de la manière dont la grande Histoire agit sur la vie individuelle.

A Olivier Pourriol qui lui demande si c’est le cinéma ou le livre qui est le plus approprié pour raconter l’Histoire, Radu Milhaileanu répond que le livre a toujours été important dans sa famille. Citant le film Yentl (1983), de et avec Barbra Streisand, qui raconte l’amour secret pour les livres (et surtout du Talmud) d’une jeune fille juive dans l'Europe de l'Est de 1904, il évoque le souvenir de la bibliothèque paternelle dont une deuxième rangée cachait les livres interdits. Il dit pourtant privilégier le cinéma, un « mode d’expression entre gros plan intime et plan large » qui convient bien à sa conception de l’Histoire. C’est un art visuel qu’on doit représenter dans un cadre mais qu’il considère comme un art mineur.

Sarah Doraghi prend alors la parole pour affirmer que le cinéaste roumain est un grand écrivain, ce dont on peut juger par la qualité de ses mots, de ses dialogues. Par ailleurs, elle reconnaît que l’Histoire a été bienveillante avec elle, une Iranienne, qui désormais parle de culture à la télévision française et se retrouve seule en scène. En effet, rien ne la prédisposait à monter sur les planches. Mais grâce à Isabelle Nanty qui a cru en elle, c’est bien cela qui est arrivé. Ayant réservé pour elle le Palais des Glaces, la comédienne lui dira : « Tu as deux mois pour écrire un spectacle ; j’ai déjà réservé la salle. » Elle se souvient qu’elle y rencontra Radu Milhaileanu à la première. Selon elle, « on a tous la même histoire et on est toujours l’étranger de quelqu’un ». Ce qu’elle appelle « écriture de vie » lui a permis de raconter son parcours personnel, fait de rencontres avec des gens « bienveillants ». A présent, elle souhaite partager cette culture de l’autre avec un public et pourquoi pas, ensuite, sa culture iranienne.

Puis Olivier Pourriol pose la question de l’équilibre à trouver entre le désir de fiction et la fidélité aux archives. Marie-Christine Courtès précise son propos. Elle explique que, pour son court-métrage, elle a dû oublier ce qu’elle savait sur l’histoire de ces Indochinoises, afin de pouvoir écrire. Elle est partie ainsi d’un personnage inventé et notamment d’une chanson intitulée « Sous tes doigts ». C’est un 15 août que le film terminé a été projeté aux anciennes du camp. Marie-Christine Courtès ne savait comment il allait être reçu. Sa plus belle récompense a été le moment où une jeune fille vietnamienne présente lui a dit : « La jeune fille au bonnet, c’est moi ! » Elle a alors compris qu’elle avait fait le film « pour entendre ça ! »

Radu Milhaileanu reprend la parole pour affirmer que, selon lui, il ne doit y avoir « aucune erreur avec l’objet de l’Histoire ». Il s’interdit de la déformer bien qu’elle soit « pleine de trous » et que certains se permettent d’inventer. Il sait qu’à la longue, on comblera ces lacunes. C’est ainsi que dans Va, vis et deviens, il s’est efforcé de rendre au plus juste la complexité de cette histoire qui impliquait un conflit idéologique au sein même du Mossad. « C’était un gros éléphant que j’ai rassemblé », dit-il. « Les Ethiopiens m’ont tant donné ; je dois leur rendre leur Histoire », ajoute-t-il. Fils de journaliste, il sait qu’il ne doit surtout pas « badiner avec elle ». Enfin, il a conscience que la réalisation de ce film l’a ramené à sa propre histoire. Le petit Ethiopien qui quitte sa mère, n’est-ce pas lui s’exilant de Roumanie loin de sa propre mère ? « Le sujet m’a choisi », assure-t-il.

Olivier Pourriol ayant évoqué la nécessité d’une distance nécessaire du réalisateur avec son sujet, le cinéaste reprend l’idée que, malgré soi, en dépit de sa propre pudeur, « l’histoire vous choisit ». Il importe surtout de « faire le voyage », d’aller vers l’autre, d’être influencé par lui. Ainsi, le thème du film La Source des femmes qu’il a réalisé était a priori très loin de lui. Et pourtant, il a trouvé cette expérience passionnante et magique.Ainsi, ces réalisations donnent l’occasion à leurs auteurs d’enquêter sur eux-mêmes et d’en être modifiés, même si, au départ, ils n’en ont pas conscience.

Sarah Doraghi dira qu’on a toujours besoin de vérifier et que pour elle la vérité est importante. « Je ne sais pas mentir », avoue-t-elle. Elle reconnaît pourtant un seul mensonge dans son spectacle, quand elle dit qu’elle a couché avec Joë Star ! Et d’ajouter avec humour qu’il faudra bien, un jour, qu’elle règle le problème avec lui. Enfin, elle révèle qu’elle a perfectionné son français en regardant la télévision, et particulièrement les sketches de Muriel Robin. Pendant longtemps, devant des interlocuteurs étonnés, elle a parlé comme elle : « Je l’imitais, pensant que c’était ainsi qu’il fallait s’exprimer pour bien parler français. »

Cette table ronde s’est achevée avec la question d’une auditrice à Marie-Christine Courtès sur certains aspects techniques de son film d’animation. Elle en avait admiré la beauté « tout en aquarelle », le montage, « une merveille », et voulait savoir comment avait été créé un certain effet de profondeur : y-a-t-il eu une vitre entre le dessin et la caméra ? La réalisatrice lui a répondu  qu’il s’agissait de douze dessins scannés à l’ordinateur qui avaient fait l’objet de vingt couches superposées, qu’il n’y avait pas eu de caméra mais l’emploi d’un ordinateur et de nombreux matériaux qui avaient été scannés.

Un auditeur a ensuite demandé au réalisateur roumain s’il avait l’intention d’entreprendre un film sur son pays d’origine. Après avoir rappelé les noms des grands cinéastes de son pays, Lucian Pintilie, Cristian Mungiu, et la vitalité de la nouvelle vague roumaine, il a répondu qu’il se sentirait prétentieux, alors qu’il est depuis trente ans en France, de faire un film sur un pays qui a souffert et qui souffre encore. Et de conclure : « Je conjugue ma complexité avec ma francité. »

En conclusion, cette table ronde quelque peu improvisée s’est révélée passionnante, tant par la qualité de l’écoute mutuelle des participants que par l’intérêt de leurs parcours respectifs. Ce fut « un après-midi balkanique », ainsi que l’a qualifié avec humour Olivier Pourriol. Tout en rattachant leur témoignage à la grande Histoire, chacun des intervenants nous a montré avec optimisme comment, à travers une histoire intime, se subit, se choisit, et s’accepte l’exil. Et cette rencontre m’est apparue comme une belle invitation à aller vers l’autre.

 

Photos ex-libris.over-blog.com, samedi 9 avril 2016

 

Vassilis Varvaressos

Vassilis Varvaressos

Journées Nationales du Livre et du Vin 2016, à Saumur : table ronde (3), L'Histoire dans le cinéma.
Journées Nationales du Livre et du Vin 2016, à Saumur : table ronde (3), L'Histoire dans le cinéma.
Olivier Pourriol

Olivier Pourriol

Sarah Doraghi et Radu Milhaileanu

Sarah Doraghi et Radu Milhaileanu

Radu Milhaileanu

Radu Milhaileanu

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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 09:52
Nicolas Rey, Philippe Grimbert, Jérôme Clément, Yann Queffélec, Laurent Gerra

Nicolas Rey, Philippe Grimbert, Jérôme Clément, Yann Queffélec, Laurent Gerra

 

 

 

Lors des Journées Nationales du Livre et du Vin à Saumur, samedi 9 avril 2016, la seconde table ronde à laquelle j’ai assisté était intitulée Histoires de vie et secrets de famille. Toujours animée par Philippe Lefait,  elle était constituée de Laurent Gerra (Cette années, les pommes sont rouges), Yann Queffélec (L’homme de ma vie), Jérôme Clément (Plus tard tu comprendras suivi de Maintenant je sais), Philippe Grimbert (La petite robe de Paul, Un secret), et Nicolas Rey (Les enfants qui mentent n’iront pas au paradis).

 

Philippe Lefait a débuté cette table ronde en évoquant son ami Sorj Chalandon, gaucher contrarié et grand hypocondriaque devant l’Eternel. Quand on a lu Profession du père, où le romancier décrit de l’intérieur par la voix d’Emile, 12 ans, le système familial fou mis en place par le père, on comprend cette phrase dite un jour à son ami : « Je ne vis pas, je fonctionne. »

 

C’est à partir de ce constat que l’animateur a demandé aux participants comment ces mots résonnaient en eux par rapport à leur propre histoire. Pour Laurent Gerra, ce qui est raconté dans Cette année, les pommes sont rouges n’a rien à voir avec un quelconque traumatisme mais se trouve être « de l’ordre du talisman ». En effet, il dit avoir été très marqué par ce Journal de guerre de son grand-père, écrit sur un simple cahier d’écolier, qu’il vient de dévoiler au public. Ces souvenirs témoignent de la « drôle de guerre » vécue par les Français à partir de l’été 1939. Très complice de son grand-père, il raconte l’avoir vu l’écrire, d’une manière sereine, sous ses yeux alors qu’il était enfant et l’avoir lu à dix-huit ans. Ces souvenirs ont toujours fait partie de sa famille et il a toujours eu ce cahier à côté de lui.

 

C’est à l’occasion d’une émission télévisée qu’on lui a fait le cadeau de lui proposer d’éditer ce Journal de guerre. L’humoriste établit d’ailleurs un parallèle entre le texte de son grand-père et le film de Christian Carion, sorti en novembre 2015, En mai, fais ce qu’il te plaît, dans lequel il joue un personnage rabelaisien lors de l’exode de 1940. Tous deux sont des récits typiques pleins d’optimisme, un peu à la manière de la 8ème Compagnie. Il rapporte l’anecdote de son grand-père dans un camp de prisonniers à qui on avait conseillé : « Dis que t’es agriculteur, t’auras toujours à bouffer. »

 

Laurent Gerra reconnaît qu’il doit beaucoup à son grand-père et qu’il se sent le dépositaire de ce que dernier a écrit, d’autant plus que celui-ci lui a dédicacé son Journal. A l’occasion de cette  publication, qu’il considère comme un devoir de mémoire, il a reçu beaucoup de témoignages et de lettres. Il a ainsi retrouvé des camarades de son aïeul qui avaient vécu différemment les mêmes événements. Pour Laurent Gerra, cette transmission est essentielle.

 

Il précisera que le titre du livre est une phrase des messages de la BBC pendant la guerre. Elle résume bien le rapport de son grand-père à la nature et sa grande joie de vivre. Quant aux bottes roses que Laurent Gerra a longtemps portées, elles sont encore un souvenir de son aïeul qui l’emmenait se promener en forêt et qui, un jour, lui avait acheté des bottes de cette couleur chez le quincailler du coin. Une manière bien concrète cette fois de se souvenir de lui !

 

Philippe Grimbert (Un secret), écrivain et psychiatre, reprend alors l’idée qu’avec la publication du Journal du grand-père de Laurent Gerra la transmission a sauté une génération. Il affirme en boutade (avec Françoise Dolto) qu’il faut d’ailleurs deux ou trois générations pour faire un psychiatre. Plus sérieusement, il explique que ceux qui ont vécu un traumatisme profond se taisent généralement. Et que ce n’est que peu à peu que le mur se fissure. Dans Un secret, adapté au cinéma en 2007 par Claude Miller, il évoque le fantôme de ce frère absent dont il pressentait l’existence. Quand il en eut la révélation, il éprouva un sentiment de familiarité absolue, comme s’il avait toujours su. « Un secret suinte de partout ; sa source s’écoule en ruisselets » dit-il et l’enfant à qui on le cache le sait. Cette expérience douloureuse l’a conduit à devenir psychiatre et lui a donné une sensibilité accrue à tout ce qui peut mettre un frein à la parole. Etre psychiatre, c’est lutter contre « la parole empêchée ».

 

Il poursuit en précisant que c’est en visitant le cimetière des chiens (Nanouk, Papie, Louvette, Siki) dans la propriété de José de Chambrun, fille de Pierre Laval et ambassadrice de charme auprès des nazis, qu’il a décidé d’écrire son histoire familiale. On sait que Pierre Laval est celui qui signa le document permettant aux enfants de partir en Pologne. Il ne fallait pas séparer les familles ! « C’est ce qui m’a lancé dans l’écriture du livre » souligne-t-il, livre qui avait eu d’ailleurs pour premier titre, Le cimetière des chiens.

 

Lorsque l’on hérite d’une histoire difficile et que le secret n’est pas levé, il faut craindre la somatisation ou encore la répétition. « Ce qui aurait pu détruire ma vie, avoue Philippe Grimbert, est devenu la raison de mon succès. » Et de conclure que, pour le psychiatre qu’il est, l’expression « secret de famille » est vraiment un pléonasme.

 

Jérôme Clément (Plus tard tu comprendras suivi de Maintenant je sais) évoque à son tour ce secret de famille dont on ne parle pas. Si la troisième génération perçoit qu’il existe un non-dit, en même temps elle sait. Le silence devient alors plus pesant que la parole. Dans son livre, l’auteur raconte sa famille et surtout le destin tragique de ses grands-parents maternels, morts en déportation. C’était la volonté de sa mère d’effacer tout le poids de ce passé douloureux.

 

A la mort de celle-ci, « on a ouvert les placards, dit-il, au propre et au figuré ». Ses enfants ont alors fait la découverte douloureuse de lettres, de documents laissé là, mais sûrement pas par hasard. Il leur a fallu mettre à jour tout cela et écrire a été pour Jérôme Clément « une porte de sortie ». « Rendre public ce qui a été si longtemps tu vous change » affirme-t-il. Cela procure une liberté, une joie salutaire. Si le rôle de la fratrie est alors capital, les réactions des uns et des autres peuvent être différentes. Ainsi, Catherine Clément, la sœur de Jérôme, née avant la guerre, n’a pas réagi du tout de la même manière que son frère. N’ayant pas le même ressenti, elle n’a notamment pas apprécié l’adaptation filmique du livre de son frère par Amos Gitaï. Son histoire était celle de son frère mais elle l’avait vécue différemment.

 

Pour Jérôme Clément, l’entreprise de l’écriture a été l’occasion d’un long travail analytique, tout autant qu’une épreuve. L’auteur a en effet vécu l’angoisse du regard du lecteur, même si la démarche l’a conduit à une forme de délivrance. De ce passé « il faut pouvoir en sortir pour vivre avec », conclut-il.

 

Faisant écho à Laurent Gerra, Yann Queffélec dit qu’il est heureux d’avoir été un des premiers à tenir entre ses mains le Journal de guerre du grand-père de son ami. Il aime cette idée que Laurent Gerra ait choisi son aïeul pour héros : « L’ADN n’y est pour rien ! » affirme-t-il. Sur ce cahier d’écolier, le bon élève a inscrit une certaine forme d’héroïsme du quotidien et il est sensible à cette manière dont les voix du petit-fils et de son ancêtre se croisent. Leurs voix mêlées construisent la mémoire, la lignée, la vie.

 

Rejoignant les propos de Jérôme Clément sur la fratrie, Yann Queffélec souligne que chaque enfant a sa vision particulière de celui dont il reçoit l’affection. Pour chaque membre d’une famille le père est différent.

 

L’homme de ma vie, le livre sur son père, est la résultante de l’admiration, de l’adoration dont son père fut l’objet de sa part. Il révèle aussi la frustration du fils de ne pas savoir s’il était heureux que ce deuxième garçon fût né sous son toit. L’écrivain reconnaît que ce n’était pas son rôle de le dire et qu’il n’a en fait rien à reprocher à Henri Queffélec. Il avoue que de son côté il entretenait avec ce dernier une relation qu’il qualifie d’amoureuse. Il respirait son odeur, et avait besoin physiquement de sa présence. Or le père avait une préférence pour son fils aîné, Hervé, dont la naissance avait été pour lui une sorte de miracle. Les photos du premier-né étaient nombreuses mais il n’y en avait pas de son frère. Pourquoi ? Yann Queffélec se décrit comme un enfant de la méthode Ogino : « ça naissait comme ça pouvait », dit-il.

 

Certes, il décrit sa mère comme une femme merveilleuse, féminine et amoureuse mais quand il lui demandait si son père l’aimait lui, elle était dans l’incapacité de lui répondre et il pleurait. Reprenant la phrase de départ de Sorj Chalandon, « Je ne vis pas, je fonctionne », Yann Queffélec dit détester ce verbe qui le fait penser à la Fonction publique. Il éprouve simplement du regret et de la souffrance, tout en reconnaissant que tout cela fut « un vaste malentendu ». En même temps, il est conscient d’avoir hérité d’un amour fou de la vie : « Je renais tous les matins », affirme-t-il. Et peut-être est-ce pour cette raison que son père lui en voulait : « Qu’est-ce qu’il a ?, demandait-il, il va toujours bien. » Pour ce père, qui ne voyait de moralité que dans la souffrance, le fils qui adorait vivre apparaissait comme « un viveur ». « Mon rire lui faisait le tour de la tête », ajoute-t-il.

 

Il le trouvait mal à l’aise, godiche, et répétait que son fils à six ans avait « une voix de mélécasse » (mélange de cassis et de vin blanc). Lorsque Yann lui demandait de l’accompagner au match de foot, son père lui répondait : « Tu viendras quand tu auras une vie intérieure. » Un souvenir qui a dégoûté l’écrivain du foot à vie et lui fait dire avec humour : « J’avais trop peur d’y perdre le peu de vie intérieure que j’avais. » A ce propos, Laurent Gerra évoque en riant un commentaire de Jack Lang à l’issue d’un de ses spectacles : « C’est ton spectacle le plus abrasif. ». Il se souvient aussi de cette phrase paternelle : « Va te coucher dans ta chambre et tâche d’être un peu plus intelligent ! »

 

Yann Queffélec dit alors l’admiration pour son père qui lui disait à peu près la même chose, mais en latin (ce pourquoi il a toujours regretté la suppression de la messe en latin). Il se remémore une autre de ses phrases inoubliables, écrite à seize ans au lycée Louis-le-Grand, en classe de philosophie, en réponse à la question : « Qu’est-ce que le rêve ? » : « Le rêve est de la pensée qui a bu, et qui est partie dans la nuit. » Pour cette réponse inspirée Henri Queffélec fut renvoyé du lycée. Et son fils l’a placée en exergue à son livre en manière d’hommage.

 

Et c’est bien cette adoration qui semble prédominer dans le livre. Yann Queffélec avoue son admiration devant le métier de son père : « Je le voyais en extase. » N’avait-il pas appris par cœur les soixante-seize pages de son premier recueil de poèmes, Sur la Lisière ? Et d’évoquer encore avec passion un des ouvrages de son père, Le Journal d’un salaud, portrait d’un petit prof marseillais dans la France de l’Occupation. Regrettant que l’œuvre paternelle, à la langue française si naturelle, si simple, aux images si particulières, ne soit plus assez lue, il ajoute que c’est bien un livre de lui qu’il emporterait sur une île déserte.

 

Commentant la phrase d’exergue d’Henri Queffélec sur le rêve, Nicolas Rey (Les enfants qui mentent n’iront pas au paradis) lui reconnaît « un côté Blondin » et il mentionne à son tour une affirmation de ce dernier : « L’homme descend du songe. » Il rappelle une anecdote de celui qui faisait des chroniques du Tour de France : une année, on avait servi tous les jours de la pintade au déjeuner et le romancier-journaliste avait décrété : « Si cette pintade se décide à aller jusqu’au bout, il faudra lui mettre un dossard ! »

 

Revenant au thème de la table ronde, Nicolas Rey évoque la rencontre de ses grands-parents qui travaillaient dans un camp de prisonniers. Une nuit dans les prés, sa grand-mère, ukrainienne, avait succombé au charme de son grand-père. Pendant ce temps-là, le hangar où ils se trouvaient dans la journée avait été détruit par les bombardements. C’est alors que son grand-père avait demandé sa grand-mère en mariage.

 

Il rappelle le souvenir de son père, « un cancre » dans la Nièvre profonde, amoureux de sa prof de philo, devenue sa mère. Après avoir eu un 2/20 à un devoir, le lycéen avait voulu l’inviter au restaurant et elle avait répondu qu’ayant des élèves toute la journée, elle n’avait pas envie de « faire garderie » le soir ! Il l’avait retrouvée à Paris, lui avait offert un bouquet de fleurs en lui déclarant : « Vous êtes la femme qu’il me faut », à quoi elle avait répondu : « C’est bien tentant ! » Ils étaient allés dîner ensemble et… Nicolas Rey était venu au monde.

 

Chacun à sa manière, humoristique, cynique ou plus grave, les participants de cette table ronde ont dit « combien nous habitons nos secrets de famille avant de les voir avec un peu de netteté » (Alexandre Jardin). Et même si les échanges ont été de qualité inégale, ils nous ont fait comprendre que, dans tous les cas, la parole est libératrice.

 

Photos ex-libris.over-blog.com, samedi 9 avril 2016

 

Laurent Gerra

Laurent Gerra

Jérôme Clément

Jérôme Clément

Yann Queffélec et Laurent Gerra

Yann Queffélec et Laurent Gerra

Nicolas Rey, Philippe Grimbert, Jérôme Clément

Nicolas Rey, Philippe Grimbert, Jérôme Clément

Jérôme Clément, Yann Queffélec, Laurent Gerra, Philippe Lefait

Jérôme Clément, Yann Queffélec, Laurent Gerra, Philippe Lefait

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11 avril 2016 1 11 /04 /avril /2016 22:16
Gonzague Saint-Bris, Jean-Joseph Julaud, Pierre Perret, Irène Frain, Philippe Lefait.

Gonzague Saint-Bris, Jean-Joseph Julaud, Pierre Perret, Irène Frain, Philippe Lefait.

Samedi  9 et dimanche 10 avril 2016, Les Journées Nationales du Livre et du Vin célébraient leur vingtième anniversaire. Le grand ordonnateur en est toujours Jean-Maurice Belayche, assisté de Corinne Giessinger et Arnaud Hofmarcher. Après s’être déroulée pendant des lustres chez Bouvet-Ladubay, cette manifestation se tient désormais dans le centre-ville de Saumur, place de la République et dans le Théâtre, rebaptisé Le Dôme. Huit prix littéraires y ont été décernés, dans la cour intérieure de la Mairie. Cette année, l’Histoire était à l’honneur et 130 auteurs étaient présents.

Il y en avait pour tous les goûts et de nombreuses animations étaient proposées : impromptus musicaux par Vassilis Varvaressos (piano) ; tables rondes animées par Philippe Lefait et Olivier Pourriol ; cafés littéraires dans les brasseries Le 7 et La Bourse ; projection d’un court-métrage musical, Une seconde chance, réalisé par Alain Williams au Cinéma Le Palace ; conférence sur l’histoire des vins de Saumur à la chapelle Saint-Jean ; dégustations des vins de Loire, de Saumur et de Bourgueil ; exposition Instants complices, portraits d’écrivains, par Gérard Angibaud ; fanfare du Livre et du Vin ; balades sur la Loire ; dégustation de produits gourmands.

Samedi 9 avril après-midi, j’ai assisté aux deux tables rondes animées par Philippe Lefait. La première, Les grands personnages de l’Histoire, rassemblait Irène Frain (Marie Curie prend un amant), Pierre Perret (Les grandes pointures de l’Histoire), Jean-Joseph Julaud (L’Histoire de France pour les Nuls), et Gonzague Saint-Bris (Louis XI le méconnu). La seconde table ronde avait pour titre : Secrets de famille, récits de vie. Y participaient Laurent Gerra (Cette années, les pommes sont rouges), Yann Queffélec (L’homme de ma vie), Philippe Grimbert (Un secret), Jérôme Clément (Plus tard tu comprendras suivi de Maintenant je sais) et Nicolas Rey (Les enfants qui mentent n’iront pas au paradis). J'y reviendrai dans un prochain billet.

Le public, présent dans la salle dès 14 h, a patienté jusqu’à presque 15 h avant que les participants n’arrivent ! Qui a dit que l’exactitude est la politesse des rois ?

Lors de la première table ronde, Pierre Perret a expliqué son propos dans Les grandes pointures de l’Histoire. Selon lui tout grand personnage historique a une âme de dominateur ; des Borgia à Napoléon, ces personnages ont « tenu le peuple à leur pogne », sous leur emprise, avec leurs mensonges et leurs promesses non tenues. Il ne s’est donc pas privé de les tourner en dérision et de raconter leurs mille-et-une faiblesses. Ainsi de Henri IV et de sa fierté d’avoir une « colonne Vendôme entre les jambes ». « J’ai toujours cru que c’était un os », a rajouté Gonzague Saint-Bris, reprenant les paroles du roi lui-même.

Si Pierre Perret regarde par "le p’tit bout de la lorgnette", il n’en reconnaît pas moins que, de Messaline à Joséphine, ce sont les femmes les plus intéressantes. Si les hommes ont toujours su excuser leurs forfaits, les femmes, elles, sont plus subtiles : elles en disent dix fois moins mais, dans la coulisse, en font dix fois plus ! Derrière l’homme politique, cherchez toujours la femme. Ce sont elles qui mènent le monde, sans oublier la religion et le goût du pouvoir.

Le chanteur-historien a précisé qu’il a cependant souhaité retrouver la complexité des personnages. Impressionné par les femmes, et notamment Aliénor d’Aquitaine, il en a aussi recherché les faiblesses. Il a mis un point d’honneur à « ne pas dire de c… » et a beaucoup cherché à la Bibliothèque Nationale, s’obligeant à lire entre les lignes et à « mettre le doigt là où ça fait mal ». Si son ouvrage est marqué par la dérision, celle-ci est toujours pleine d’empathie.

Pour Irène Frain, il existe deux types de grands personnages de l’Histoire : ceux qui savent qu’ils veulent façonner le monde et le décident très tôt et ceux qui laisseront une empreinte malgré eux, c’est-à-dire les artistes, les scientifiques, les créateurs. Ceux-là deviennent célèbres sans le savoir. Quand Simone de Beauvoir, pionnière du féminisme, écrit Le Deuxième Sexe, elle est malheureuse en amour avec Sartre, en dépit du contrat passé entre eux. Sa rencontre avec Nelson Algren (qu’Irène Frain a réhabilité dans la biographie de Simone de Beauvoir) va lui révéler qu’on peut être une femme aimée, qu’on peut être une intellectuelle et connaître l’amour humain.

Car ce qui intéresse Irène Frain, c’est la complexité des êtres. Dans Marie Curie prend un amant, elle insiste sur la célébrité de la scientifique polonaise et sur le désastre de sa vie intime après la mort de son mari. Celle qui a changé (en bien et en mal malgré elle) la face du monde avec la découverte du radium (dont elle mourra) ne pourra refaire sa vie avec Paul Langevin son amant, à cause justement de sa renommée. La gloire – qu’elle n’avait pas appelée de ses vœux -  fut pour elle une prison. Tout comme elle le fut sans doute pour Elizabeth I qui n’aurait jamais dû être reine et peut-être aussi pour Elizabeth II.

Si les grands hommes sont menés par leur testostérone, ils sont toujours pitoyables pour leur valet de chambre ainsi que le disait Nietzsche. Grandiose et faible, le personnage historique est propulsé contre son gré dans une sphère légendaire. Ainsi Marie Curie, présentée souvent comme une sainte laïque, fut une femme pleine de dynamisme qui savait rire avec Einstein. Elle n’est pas cette femme sévère en noir dont les photos véhiculent l’image : elle s’habille de blanc quand elle est amoureuse, et ce sont ces photos-là qu’Irène Frain a retrouvées, photos censurées par ceux qui ne veulent pas que l’on porte atteinte à leur icône. L’écrivain a cherché dans ses livres de comptabilité et découvert que, lorsqu’elle est amoureuse, Marie Curie peut dépenser jusqu’à un quart de son salaire et acheter avec extravagance.

Irène Frain précise que, pour écrire cette biographie, elle a travaillé dans le secret et que certaines de ses révélations ont eu « du mal à passer ». Ayant le plus grand respect pour l’amour, elle admire Marie Curie, piétinée et traînée dans la boue à cause de sa liaison avec Paul Langevin. Elle est persuadée (malgré l’absence de preuves formelles) qu’elle était capable de mourir par amour. « Nous sommes tous des romantiques polonais » a-t-elle joliment dit.

Dans ses biographies, Irène Frain a toujours à cœur de montrer la complexité des personnages célèbres, dans laquelle tout un chacun, « mon semblable, mon frère », se reconnaîtra. Mais pour elle « l’avenir du passé n’est jamais très sûr » et elle ignore si on retiendra DSK ou le président en moto sous son casque...

Elle insiste encore sur le travail de l’historien, l’importance de l’exploration des archives, et la facilité qu’apporte Internet dans la connaissance des lieux. A l'image d'Annie Ernaux, elle explique ne pouvoir comprendre un personnage si elle ignore les lieux où il a vécu. La demeure de Marie Curie à Sceaux lui a permis d’imaginer l’horreur de l’attaque de la maison, du saccage du jardin par des femmes vengeresses. Elle conclura en insistant sur la porosité de la biographie et du roman : comme Hérodote, « nous sommes tous des enquêteurs », dira-t-elle.

Personne ne croyait dans le projet de Jean-Joseph Julaud, L’Histoire de France pour les Nuls : « Ca ne marchera jamais » lui disait-on ; il en a vendu un million d’exemplaires ! L’auteur explique que son livre s’adresse à tous ceux qui ont soif de savoir. Quand on dit : « Je suis nul ! », on a toujours l’espoir de se refaire une culture. Longtemps l’Histoire a été propriété de l’Université et de l’Ecole des Annales qui met en avant une histoire globale, dans le temps et l'espace et prend en compte les faits de société dans leur ensemble. L’enseignement de celle-ci s’est transmis par capillarité dans toutes les sphères du savoir jusqu’à l’école primaire. C’est pourquoi, selon lui, nombre d’écoliers ont été privés des grandes figures de l’Histoire.

Prenant l’exemple de Marguerite de Valois, la « reine Margot », Jean-Joseph Julaud souligne combien est fausse l’image que l’on a de la sœur de Charles IX qui était une femme intelligente, sage et cultivée. Poète et musicienne, elle prônait l’amour platonique, bien loin de l’image de la Messaline que la postérité a donnée d’elle. Contrainte de composer à la fois avec les catholiques et avec les protestants, elle fut l’objet de la haine féroce des deux partis, couverte d’infamie et la cible de nombreux pamphlets. Ceux-là même dont se servit Alexandre Dumas pour composer le personnage de La reine Margot, qui contribua à créer sa légende noire.

Pour Jean-Joseph Julaud, il s’agit toujours de rétablir la vérité complexe d’un personnage et de corriger les excès (positifs ou négatifs) dont son image a pu être victime. Ainsi, contrairement au tableau de Gros, Bonaparte à Arcole ne fut pas aussi fringant. Quant à ses glorieuses victoires, on pourra peut-être les nuancer quand on sait que Napoléon avait l’art de repérer chez ses ennemis celui qu’il pourrait soudoyer afin de modifier la stratégie ennemie.

Gonzague Saint-Bris (qui a écrit 50 livres et 20 biographies), avec Louis XI le méconnu, a voulu réhabiliter « l’universelle araigne ». Dans une belle envolée lyrique, l’écrivain a fait le portrait de ce roi tant décrié, capitaine courageux à la bataille de Montléry, celui qui a agi contre la crise, a sauvé la France des Anglais et des brigands en mettant fin à la Guerre de Cent ans, a créé l’industrie et la poste, a acheté une licence pour l’imprimerie, a créé des foires, a fait en somme la France d’aujourd’hui. C’est lui qui a abattu son oncle Charles le Téméraire, « aux ongles longs », l’homme qui portait le plus beau diamant du monde, le Sancy. « Le visage fendu dans la neige, c’est lui le Téméraire ! Et maintenant une page de pub ! » Ce panégyrique enthousiaste de Louis XI a été salué par une salve d'applaudissements.

Gonzague Saint-Bris a dit l’impossibilité de tout savoir mais l’importance du travail d’archives (pour sa biographie sur Louis XI, il a utilisé les textes des ambassadeurs milanais). Il importe aussi bien sûr d’aller sur place et d’être une sorte de journaliste. On suit alors le personnage dans la rue et on peut dire s’il va tourner à droite ou à gauche. C’est ce que lui-même a fait avec sa biographie de La Fayette à laquelle il  consacré vingt ans de recherches sur les deux continents à la poursuite de son héros. Orphelin et millionnaire à 14 ans, marié à 16 ans à la femme de sa vie, major général dans l'armée des États-Unis à 19 ans, tel est La Fayette, célèbre sur les deux rives de l'Océan à 20 ans. Gonzague Saint-Bris a expliqué avec passion comment à partir d’une lettre de La Fayette à Condorcet, exposant que le marquis soldat voulait créer une ferme en Amazonie française « pour délivrer les naturels », il était parti sur les traces de son héros et avait fini par retrouver le ferme de « La belle Gabrielle », que le général français abolitionniste avait créée.

L’écrivain a ensuite évoqué Balzac dont il a écrit la biographie dans Une vie de roman. Il a rappelé l’extraordinaire aventure amoureuse de ce « snob sexuel », « pas beau », « qui se nourrissait d’éloges », mais qui se piquait de n’être amoureux que de marquises ou de duchesses. En 1832, il reçoit une lettre marquée du tampon d’Odessa et pendant dix-huit ans entame une correspondance avec la comtesse Hanska. Pour rencontrer son écrivain après quelques mois, elle lui donne rendez-vous sur le ponton du lac de Neuchâtel en Suisse.  Quand elle voit arriver « ce boudin d’un mètre soixante », sanglé dans son beau costume, elles’interroge. Mais il lui parle avec feu et elle vacille… Devenue veuve en 1841, elle hésite longtemps avant d’accepter de l’épouser finalement le 14 mars 1850 à Berdytchev, quelques mois avant sa mort. Leur amour est résumé ainsi par Gonzague Saint-Bris : « Dix-huit ans d'amour, seize ans d'attente, deux ans de bonheur et six mois de mariage. »

Toujours sur les pas de Balzac pour sa biographie, Gonzague Saint-Bris a encore raconté son voyage en avion avec Chirac qui récitait par cœur en russe les chants d’Eugène Onéguine. L’ambassadeur de France lui avait fourni un chauffeur pour aller jusqu’à Verkhovnia, le domaine de Madame Hanska en Ukraine. Dans le cimetière, il avait appris à son guide stupéfait, qui se recueillait sur la tombe de son aïeul, que son ancêtre s’appelait Thomas, qu’il était violoniste et qu’il avait été le valet de Balzac au cours du séjour de celui-ci dans le domaine de la comtesse. De l’intérêt de se rendre sur les lieux où furent les personnages dont on raconte la vie !

L’écrivain a ajouté des remarques sur le storytelling car il s’agit toujours en effet de bien choisir les éléments qui contribuent à rendre la complexité et la vérité d’un personnage historique, quitte à altérer sa légende. Ainsi de Louis XIV pleurant avec Madame de Maintenon ou des mignons d’Henri III qui étaient en fait de fiers soldats, soucieux d’élégance. Il a enfin reconnu les progrès permis par les nouvelles méthodes scientifiques qui apportent un nouvel éclairage sur le passé. Selon lui, les dernières analyses ADN des descendants  de Karl-Wilhelm Naundorff prouveraient que celui-ci était bien le dauphin, fils de Louis XVI.

Après avoir rendu hommage à Alain Decaux, récemment disparu, qui a « assuré la survie de l’Histoire », Gonzague Saint-Bris a conclu avec brio cette table ronde en citant la phrase de Bernanos : « Ne pas revenir sur le passé, c’est la meilleure façon que le passé revienne vers vous. » Et c'est ainsi que grâce à l'humour de Pierre Perret, au lyrisme de Gonzague Saint-Bris, à la sensibilité d'Irène Frain, l'Histoire nous est apparue bien vivante cet après-midi-là.

 

Photos ex-libris.over-blog.com, samedi 9 avril 2016

 

Irène Frain

Irène Frain

Jean-Joseph Julaud

Jean-Joseph Julaud

Gonzague Saint-Bris

Gonzague Saint-Bris

Pierre Perret

Pierre Perret

Irène Frain et Pierre Perret

Irène Frain et Pierre Perret

Photo ex-libris.over-blog.com, samedi 9 avril 2016

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6 avril 2016 3 06 /04 /avril /2016 07:53

 

Le coucou, cunulus canorus, Martinet, gravure ancienne

 

Le coucou

 

 « Sois bienvenu, favori du printemps

Encore ici tu es pour moi

Non pas oiseau, mais être invisible,

Une simple voix, un mystère… »

 

William Wordsworth, 1770-1850

 

Hier, en balade avec des amies, pour la première fois de l'année, nous avons entendu le coucou. En écho à William Wordsworth, j'ai écrit ce petit texte :

 

Coucou de printemps

 

On marche d’un bon pas

On entend le coucou

Pour la première fois

En ce matin très doux

 

On cherche dans ses poches

La piécette sonnante

Mais c’est mauvaise pioche

La monnaie est absente

 

Foin du mauvais présage

Et de la plaie d’argent

Vive coucou volage

Annonceur du printemps

 

Verrie, mardi 5 avril 2016

 

 

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29 mars 2016 2 29 /03 /mars /2016 09:06

 

C’est peu de dire que j’ai aimé le dernier livre de Maïlys de Kerangal dont le titre est emprunté au Platonov du docteur Tchékhov : « Il faut enterrer les morts et réparer les vivants. ». J’ai été emportée, enroulée dans cette vague de mots, de voix, qui vont s’élever, converger, s’assembler, pour constituer ce thrène superbe à Simon Limbres, le héros de cette histoire, qui est celle d’une greffe cardiaque.

Dans une interview à la Librairie Mollat, l’auteur explique qu’elle a souhaité d’emblée inscrire le livre dans cette vague que surfe le jeune homme au début du roman. C’est bien  en action qu’elle a voulu présenter d’abord ce « prince surgi de l’écume », qui va devenir un corps étendu, en proie à la mort encéphalique. C’est donc ce « déferlement » initial qui va irriguer toute l’œuvre. Pour l’auteur, la mer ne représente-t-elle pas cette « zone de pulsions où se tissent les émotions organiques, archaïques, liées au corps » ?

Se plaçant à contre-courant d’une opinion qui envisage le plus souvent la greffe du côté du receveur, elle explique avoir voulu se situer du côté du donneur. En effet, si penser au receveur, c’est penser à la survie, à la renaissance, choisir le point de vue du donneur, c’est réfléchir sur l’envers de la greffe, sur son revers, et tout ce que cela implique : « morcellement, dispersion, désacralisation, déprivatisation du corps ». L’entreprise de Maïlys de Kerangal apparaît donc très originale à cet égard.

A la lecture de ce livre qui se structure comme une tragédie classique en vingt-quatre heures, « entre deux révolutions du soleil », c’est le mot « empathie » qui m’est venu de suite à l’esprit. J’ai admiré en effet cette capacité quasi-démiurgique de l’auteur à se mettre avec autant de justesse et de sensibilité à la place de chacun de ses personnages, sans jamais forcer le trait. Cela m’a donc plu de savoir que le projet de l’écrivain avait consisté à « toucher une forme de délicatesse » et que son enjeu était bien « l’empathie », dans ce désir d’écrire un livre qui prenne en charge tous les aspects d’une transplantation cardiaque. Ce thème lui a permis, dit-elle, « d’interroger la porosité entre la vie et la mort et, en écrivant, d’avoir un geste qui travaille cette idée de l’empathie. » Le don n’en pose-t-il pas expressément la question ? C’est bien ce sentiment-là qu’elle-même a éprouvé par rapport à l’objet du livre, la greffe.

Se mettant dans la peau du jeune homme, elle dit admirablement « l’état de grâce » du surfeur, ce « vertige horizontal », cette seconde « qui lui permet de ressaisir en un tout l’éclatement de son existence, et de se concilier les éléments, de s’incorporer au vivant […] d’étirer l’espace, allonger le temps, jusqu’au bout de la course épuiser l’énergie de chaque atome de la mer ». Elle le saisit à l’acmé de sa vie, donnant ainsi à percevoir avec force l’horreur de cette existence triomphante si tôt brisée à dix-neuf ans dans un hôpital du Havre.

Adoptant le point de vue des parents, l’écrivain décrit avec retenue et délicatesse le moment où Marianne et Sean, découvrent le corps de leur fils dont le cœur bat toujours : « Le visage de Simon, tout ce qui vit et pense en lui, tout ce qui l’anime, tout cela va-t-il revenir ? » Elle décrit aussi cette étape bouleversante de l’acceptation du don du cœur, du foie, des poumons, des reins : « Mais pas les yeux […] Car les yeux de Simon, ce n’était pas seulement sa rétine nerveuse, son iris de taffetas, sa pupille d’un noir pur devant le cristallin, c’était son regard ; sa peau, ce n’était pas seulement le maillage fileté de son épiderme, ses cavités poreuses, c’était sa lumière et son toucher, les capteurs vivants de son corps. » De l’incompréhension à l’acceptation du don d’organes, l’évolution complexe des sentiments de ces parents douloureux est particulièrement bien saisie, tout en nuances, en intensité, en émotion retenue.

L’auteur est encore dans la tête de Juliette, la petite amie de Simon, tandis que celle-ci se remémore leur premier baiser et leur dernière dispute avant qu’il ne s’en aille surfer : « Car Juliette, c’était le cœur de Simon. » Il y a aussi Lou, la petite sœur qui a fait un dessin pour son frère : « Il est où Simon ?,  il est toujours à l’hôpital ? Sans attendre de réponse, elle fait demi-tour, fonce dans le couloir, les ailes vibratiles et le pas martelé, on l’entend qui ouvre une pièce, appelle son frère, puis ce sont d’autres portes qui claquent, et ce même prénom qui revient […] » Maïlys de Kerangal analyse ainsi très finement les étapes par lesquelles passe chacun des proches de Simon Limbres.

En ce qui concerne le corps médical, l’auteur pénètre d’abord avec acuité dans l’esprit de Thomas Rémige, l’infirmier coordinateur des prélèvements d’organes, obsédé par «  ce tâtonnement singulier au seuil du vivant, un questionnement sur le corps humain et ses usages, une approche de la mort et de ses représentations ». Il est le personnage-clé du livre, celui autour duquel tout se ramifie.

Elle souligne la difficulté immense de la tâche du docteur Pierre Révol qui doit annoncer aux parents qui espèrent encore : « Simon est en état de mort cérébrale. Il est décédé. Il est mort. » Elle reconnaît avoir beaucoup travaillé « les effets d’annonce », en étant attentive à « l’idée d’une parole qui se dépose, qui cristallise ». Elle insiste sur la fatigue de la jeune infirmière Cordélia Owl, en proie à la tension nerveuse de son métier, subissant les réprimandes du docteur Révol et perturbée par l’histoire amoureuse qu’elle est en train de vivre.

Maïlys de Kerangal suit Marthe Carrare qui travaille pour l’Agence de la biomédecine, au Pôle national de répartition des greffons. C’est elle qui constitue le dossier complet pour la réalisation de la greffe après l’acceptation du don par Marianne et Sean : « Les organes du donneur sont répartis, les trajectoires établies, les équipes constituées, tout est sur des rails. Et Rémige maîtrise. Pourvu qu’il n’y ait pas de mauvaise surprise lors du prélèvement […] » Mais si l’auteur décrit minutieusement les étapes de la transplantation, le livre va bien au-delà du simple reportage !

Le lecteur découvre encore la dynastie Harfang, dont un des membres officie à la Pitié-Salpêtrière : « Ce nom étrange courant les couloirs des hôpitaux parisiens depuis plus d’un siècle si bien que l’on disait simplement c’est un Harfang pour conclure un échange qui avait relevé l’excellence d’un praticien […] ».

On suivra aussi Virgilio Breva, le jeune chirurgien qui va opérer la transplantation. Prodigieusement doué, il avait choisi la chirurgie cardiaque : « Le bon vieux cœur. Le cœur moteur. La pompe qui couine, qui se bouche, qui déconne. Un boulot de plombier, aime-t-il dire : écouter, faire résonner, identifier la panne, changer les pièces, réparer la machine tout cela me convient parfaitement […]. Maïlys de Kerangal souligne que la progression de l’écriture de son roman s’est ainsi opérée « par séquences, par blocs d’affects et de paroles ».

Enfin, l’auteur imagine l’attente interminable de Claire Méjean, atteinte d’une myocardite, et que seule sauvera une transplantation cardiaque. Ayant quitté la banlieue parisienne, elle est venue s’installer à deux pas de la Pitié-Salpêtrière. Après un premier espoir déçu à cause d’un mauvais greffon, elle entend ce soir-là l’appel du chirurgien Harfang : « On a un cœur. Un cœur compatible. Une équipe part immédiatement prélever. Venez maintenant. La transplantation aura lieu cette nuit. Vous entrerez au bloc autour de minuit. » Le lecteur perçoit bien l’espoir et la crainte de cette femme dont la greffe est l’ultime gage de survie.

On notera que tous ces personnages existent avec force à travers leur nom. Le choix de ce dernier est en effet capital pour l’écrivain. Soulignant la « puissance » du nom propre, elle précise : « Il est clos, inaltérable, et en même temps, il diffuse énormément de choses. Tant que je n’ai pas les noms des personnages, ils ne peuvent pas exister pour moi. » Le nom  de Simon Limbres est révélateur à cet égard. N’évoque-t-il pas les limbes, ce no man’s land, cet endroit intermédiaire et flou, cet au-delà,  situé aux marges de l'enfer, auquel s’apparente la situation végétative de celui qui est en état de mort encéphalique ?

C’est la succession des voix si variées et si justes de tous ces personnages que j’ai aimée dans ce livre. Maïlys de Kerangal explique d’ailleurs que ce qui a présidé à l’écriture du roman, c’est « la notion de chant, non pas un chant lyrique, ajoute-t-elle, mais plutôt un chant de réparation ». Cet oratorio trouvera ainsi son point d’orgue dans l’avant-dernier chapitre quand, après que la greffe a été réalisée, Thomas Rémige, se met à chanter : « Un chant ténu, à peine audible par celui ou celle qui se trouverait avec lui dans la pièce, mais un chant qui se synchronise aux actes qui composent la toilette mortuaire, un chant qui accompagne et décrit, un chant qui dépose. » Je trouve ces lignes particulièrement audacieuses car il fallait oser imaginer un infirmier chantant lors de la toilette mortuaire d’un jeune homme à qui on a prélevé le cœur. Or la page est magnifique qui inscrit ce chant dans la tradition des anciens rituels funéraires et qui métamorphose le corps du donneur en celui d’un héros grec. C’est « un chant de belle mort », « une édification » qui « reconstruit la singularité de Simon Limbres ». Ce chant rend au personnage l’éminente dignité de son être : « Il le propulse dans un espace post mortem que la mort n’atteint plus, celui de la gloire immortelle, celui des mythographies, celui du chant et de l’écriture. »

On l’aura compris, ce que j’ai admiré dans ce roman, c’est la façon dont Maïlys de Kerangal parvient à transformer l’histoire de cette greffe cardiaque en une « chanson de geste » tout à la fois individuelle et collective et profondément humaine. Je dois dire qu’en dépit d’un lyrisme étonnamment maîtrisé par l’auteur, les larmes me sont souvent venues aux paupières lors de ma lecture.

Certes, ce roman nous informe précisément sur le déroulement d’une transplantation cardiaque (elle-même a assisté à une greffe), mais là n’est pas véritablement l’enjeu du livre. Ce dernier est davantage une réflexion puissante sur les liens du corps et de l’esprit, sur ce qui fait l’unicité d’un être, sur ce qui subsiste d’un vivant après sa mort. C’est ce qu’exprime ce magnifique passage : « Le cœur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d’autres provinces, ils filaient vers d’autres corps. Que subsistera-t-il, dans cet éclatement, de l’unité de son fils ? Comment raccorder sa mémoire singulière à ce corps diffracté ? Qu’en sera-t-il de sa présence, de son reflet sur Terre, de son fantôme ? Ces questions tournoient autour d’elle [Marianne, un des plus beaux personnages du livre] comme des cerceaux bouillants puis le visage de Simon se forme devant ses yeux, intact et unique. Il est irréductible, c’est lui. Elle ressent un calme profond. La nuit brûle au dehors comme un désert de gypse. »

Que cette réflexion soit portée par une collectivité familiale et médicale ne donne que plus d’ampleur au roman. En effet, si le livre est bien le reflet d’une histoire individuelle, ce qui lui confère un intérêt supplémentaire, c’est que celle-ci s’inscrit dans une histoire collective, révélatrice de la volonté et de l’énergie des vivants à se réparer les uns les autres : une forme d’unanimisme contemporain. C’est pourquoi ce chœur pour un cœur résonnera longtemps à nos oreilles.

 

Sources :

Interview de Maïlys de Kerangal pour la Librairie Mollat, 12 février 2014, You Tube

Maÿlis de Kerangal : « A l’origine d’un roman, j’ai toujours des désirs très physiques, matériels » - Livres – Télérama.fr

 

 

 

 

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27 mars 2016 7 27 /03 /mars /2016 16:39
Résurrection.

 

 

Dans le blanc du matin

J’ai vu la porte ouverte

Comme d’un baldaquin

La tombe était couverte

Il n’y avait plus rien

La salle était déserte

Et cette toile offerte

Vierge tel un vélin

Ce n’était pas la perte

C’était la vie enfin

 

Sur la photo de l’installation d’Ali Salem pour Art et Chapelles,

Eglise Saint-Pierre d'Artannes, le 17 juillet 2011

 

Photo ex-libris.over-blog.com

 

 

 

 

 

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21 mars 2016 1 21 /03 /mars /2016 16:05
Le Printemps des Poètes 2016 à la MJC de Saumur, vendredi 18 mars.

 

Vendredi  18 mars 2016, le groupe de poésie auquel  j’appartiens célébrait pour la quatrième fois Le Printemps des Poètes. Il était accueilli pour la deuxième fois à la MJC de Saumur, dans une atmosphère intime et chaleureuse. Une petite trentaine d’amateurs s’étaient ainsi donné rendez-vous pour écouter l’âme des poètes du Grand vingtième, thème de l’année 2016. Un prétexte aussi pour fêter Cent ans de poésie et les cinquante ans de la célèbre collection Poésie/Gallimard.

Difficile donc de faire une sélection dans ce siècle si riche en voix diverses et magnifiques et ce sont nos coups de cœur qui ont présidé au choix des différents textes. Nous les avons tout simplement présentés dans l’ordre chronologique et n’ayant bien sûr aucune prétention à être exhaustifs, nous n’avons nullement cherché à équilibrer nos choix. C’est ainsi que, accompagnés harmonieusement au luth par un ami musicien, nous avons dit six textes de Louis Aragon (mais à tout seigneur tout honneur !), trois de Supervielle, deux de Marie Noël, trois de René-Guy Cadou. Quant au centenaire Georges-Emmanuel Clancier (103 ans !), il a été mis à l’honneur avec trois textes. Nous avons aussi évoqué des voix de la francophonie avec deux textes de Léopold Sédar Senghor et cinq poèmes de poètes du Maghreb. Nous avons sans vergogne abordé le XXI° siècle avec des poètes comme François Cheng, Alain Duault, Antoine Emaz et Yves Leclair, notre poète saumurois, qui a reçu le prestigieux prix Alain Bosquet en 2014. Enfin la parole a été donnée à trois auteurs de notre groupe, puisque nous somme trois à écrire de la poésie, Dany, François et moi-même.

Pour ceux qui souhaiteraient retrouver ces textes, j’évoquerai ici brièvement les choix de chacun. Françoise a débuté la soirée avec le célébrissime « Pont Mirabeau » d’Apollinaire que le poète traversait lorsqu’il allait rejoindre Marie Laurencin. En bonne place au début du recueil d’Alcools (1913), entre « Zone » et « La Chanson du mal-aimé », il dit admirablement, avec une simplicité extrême, la disparition de l’amour alliée à la fuite du temps. Ensuite venait « La rose et le réséda » d’Aragon, extrait de La Diane française (1943-1944). Paru d’abord en 1943, le poème sera plus tard diffusé clandestinement par tracts anonymes puis, en décembre 1944, Aragon le publiera au sein du recueil de poésie La Diane française. La symbolique des deux couleurs exprime un appel à l'unité dans la Résistance, par-delà les clivages politiques et religieux. La guerre était encore présente avec « Barbara », extrait de Paroles (1946) de Jacques Prévert.  Le poète s'y adresse à une femme inconnue, aperçue dans la rue et dont il ne connaît que le prénom, Barbara. Cette inconnue symbolise toutes les victimes civiles de la guerre et le poème touche justement par son oralité et cette interpellation directe. Plus près de nous, construit sur l’anaphore « Ce qu’il nous faut », le poème de Michel Butor, « La teinture de Marrakech », (in Sous l’écorce vive, Poésie au jour le jour, 2008-2009), nous a exhortés à la justice, la paix, la poésie. Avec « On pourrait mettre de la musique » (in Peau, 2008), de l’Angevin d’adoption, Antoine Emaz, le « retourneur de mots », c’est une écriture du quotidien et de l’attente que Françoise nous a donné à entendre.

Dany avait, pour sa part, choisi des poèmes de femmes. Gérard d’Houville, d’abord (alias Marie de Hérédia et Marie de Régnier de son nom d’épouse) avec l’évocation des « plus tristes amours du monde », scintillant des noms magiques des grandes amoureuses : Sapho, Didon, Yseult la blonde, Armide, Hélène, Héro et Cléopâtre (in Les Poésies, 1931). Louise de Vilmorin, la dame de Verrières-les-Buissons, était présente avec « Passionnément », extrait de L’Alphabet des aveux (1954). Celle qui fut une grande amoureuse et le dernier amour de Malraux y décline avec subtilité le vocabulaire de la passion. Venaient ensuite deux poèmes de Marie Noël, extraits des Chants d’arrière-saison (1961). Marie Noël est cette poétesse dont les textes sont transfigurés par « la méditation spirituelle, l’expression de sa foi et sa difficulté à croire ». « Crépuscule » traduit bien ce « chant de l’âme » qui lui est si particulier, tandis que « Ronde », à la tonalité plus légère et plus fantaisiste, exprime la diversité de l’écriture de cette célibataire éternelle, que l’on surnomma la « fauvette d’Auxerre ».

Véronique avait jeté son dévolu sur Jules Supervielle, poète d’un autre temps, né dans un Uruguay lointain. « Ma chambre » et « Vivre encore », extraits de Gravitations (1925), témoignent de son inquiétude métaphysique et de sa capacité à métamorphoser le réel. Avec « Figures » (in Oublieuse mémoire, 1949), c’est le mystère de la disparition des êtres chers qui est évoqué à travers les figures d’un jeu de cartes. Puis Véronique avait choisi de donner la parole aux poètes algériens. « Le café » (in Pour ne plus rêver, 1965), de Rachid Boujedrah, témoigne de la vitalité pleine d’humour de ce poète d’outre-Méditerranée tandis que « A la source des étoiles » (in A chacun son métier, 1966), d’Ahmed Azeggah, incite le poète à un total don de soi afin de pouvoir s’abreuver à la source vive de la poésie. Quant au sibyllin « Naissant dans l’ombre bleu » (in L’enfance au cœur, 1986), de Habib Tengour, il est poésie pure. Cet aperçu de la poésie algérienne s’achevait avec « Terre rêvée » (in Pensées, neige et mimosas, 1994), une rêverie sur un monde délivré de la peur et rendu à l’amour. Véronique a clos sa participation avec un extrait de D’infiniment de pluie et d’aube (2015), d’un de nos diseurs, François Folscheid. Un petit texte d’une grande densité qui est une invitation, à travers le froid et le silence, à emprunter « des chemins de transparence ».

Edith s’était pour sa part orientée vers des textes prônant un certain art poétique. Elle a donc fait entendre la voix de René Char avec « Commune présence » (1935-1936), qui dit la nécessité et la difficulté pour le poète de dire « la vie inexprimable », au risque de la mort. Edith avait aussi choisi un texte d’Aragon, « Ce que dit Elsa » (in Cantique à Elsa, 1942), petit bréviaire de ce que doit être un poème d’amour. « Lard poétique » (in Les Mots, Cahier 5, Poèmes), d’André Frédérique, nous a proposé une poésie qui est tout sauf classique, composée de « vers amis », de « Vers fondant comme neige / Veloux comme vieux vin de pays. » Toujours dans cette veine fantaisiste, Edith a fait résonner les mots de René-Guy Cadou dans « Art poétique » (in Le diable et son train, 1947-1948). Il y compare le poète à un accidenté de la route : de sa solitude habitée naîtra la poésie. Dans une autre tonalité, plus lyrique celle-ci, René-Guy Cadou encore propose sa conception de la poésie dans le poème du même nom (in Les sept péchés capitaux, 1949). Il s’y décrit tâtonnant, dans une longue quête de sa « forme préférée », murmurant « Le long du mur en pierre de l’éternité ». Alternativement, nous avons dit alors de brèves phrases, toujours de René-Guy Cadou, extraites de Usage interne (in Poésie la vie entière, 1951). Inutilité, élan, témoignage, sensibilité, tels sont certains des aspects de la poésie évoqués dans ces textes. Enfin, Edith avait tenu à dire un autre texte de François Folscheid, extrait aussi de Infiniment de pluie et d’aube. Il y décrit le bleu, « Le bleu derrière le bleu pour atteindre ce qui est avant que d’être », ce qui pourrait être une définition lumineuse de la poésie.

La cinquième voix féminine était la mienne. J’ai commencé avec le petit poème de Paul-Jean Toulet « En Arles où sont les Alyscamps », extrait des Contrerimes (1921), chef-d’œuvre de la poésie fantaisiste et bréviaire du désenchantement. N’y est-il pas dit qu’il faut prendre garde « à la douceur des choses » ? J’avais choisi ensuite un poème de Cocteau, extrait de Plain-Chant (1923), « Je n’aime pas dormir ». Un texte que j’aime particulièrement et dont mon père possédait une copie toujours avec lui dans son portefeuille. On sait que le Prince des Poètes l'écrivit sous l'influence de Raymond Radiguet, qui devait mourir le 12 décembre 1923. Anna de Noailles est une poétesse trop méconnue au lyrisme passionné, celui « des joies subites, des désirs qui brûlent, de l'infini dans la limite... » ainsi que le disait l’abbé Mugnier. D’elle, j’ai dit « Douleur » (in Les Eblouissements, 1928), où elle exhale son mal de vivre, exacerbé par le foisonnement de la nature. Comme les autres, j’avais accordé ma préférence à Aragon avec « Il n’aurait fallu », un texte qui m’accompagne depuis toujours (in Le Roman inachevé, 1956) et qui dit comment la présence amoureuse peut sauver de la mort. « Toute une nuit j’ai cru » appartient aussi au Roman inachevé et évoque la crainte du poète de voir disparaître celle qu’il aime. Avec « Assieds-toi, mon âme » (in Le Pêcheur d’eau, 1995), de Guy Goffette, j’ai souhaité évoquer cette écriture du quotidien qui a la transparence de l’eau, mais d’où sourd la blessure intime. Avec « Ave » (in Très haut amour, 2002) de Catherine Pozzi, qui fut la maîtresse de Valéry, on a pu entendre ces accents fulgurants quasi mystiques, proches de ceux de Louise Labé. On a écouté encore la voix d’Alain Duault, le critique musical, avec un extrait de Ce qui reste après l’oubli. Une hache pour la mer gelée, III, 2010. Dans une disposition en carré très particulière, il évoque « le mystérieux frémissement des choses », le passage inéluctable du temps et la pérennité de la beauté. Le bref poème de Dany Lecènes (2013), une de nos diseuses, a souligné la difficulté à exprimer la profondeur de l’amour à travers une très belle métaphore associant le mouvement du drap que l’on replie à la lumière du soleil qui le traverse. Enfin, après avoir rappelé la portée philosophique de certains poèmes d’Yves Leclair, avec « Corps céleste », écrit sur un galet rose ramassé à Camaret-sur-Mer, (in Cours s’il pleut, 2014), j’ai terminé avec « Pas à pas » de François Cheng, extrait de son dernier opus, La vraie gloire est ici (2015). Une voix sans autre exemple qui allie la sagesse orientale à la tradition occidentale.

Les trois voix masculines étaient celles de Claude, Pierre et François. Claude a commencé avec « Tout n’est peut-être pas perdu » (in Le Sang des autres, 1919), de René Arcos, qui fut le compagnon de route de Romain Rolland. Un texte qui affirme que l’espoir demeure vivant si, au sein de la tourmente, un seul demeure fidèle à soi-même. Aragon était de nouveau présent avec le joli poème « Cé », construit sur cette même sonorité à la rime. Extraite des Yeux d’Elsa (1942), écrite dans une tonalité courtoise, la série de distiques rappelle la débâcle de 1940 dans l’amertume de la défaite. Puis Claude a dit le célèbre poème "A mon frère blanc", attribué à Léopold Sédar Senghor, sans certitude aucune de sa paternité. Un texte qui joue sur les couleurs afin de désarmer tous les racismes. Accompagné par Florent à la guitare, Claude a chanté « Heureux celui qui meurt d’aimer » (in Le fou d’Elsa, 1963), sublime déclaration d’amour à Elsa, que l’adaptation musicale de Marc Ogeret ou de Jean Ferrat contribua à populariser. Il a fait ensuite entendre la voix du poète marocain, Abdellatif Laâbi, ce grand humaniste, soucieux du combat pour plus de justice et de liberté. Dans « Il est temps de se taire », (in Fragments d’une genèse oubliée, 1998), le poète appelle chacun à « quitter la maison des illusions » afin de « s’apprêter au voyage ». Avec un extrait de Vrouz (2012) de Valérie Rouzeau, grande traductrice de Silvia Plath ou Ted Hughes et parolière pour Indochine, nous avons découvert une voix contemporaine originale et teintée d’humour. Claude et Véronique ont alors uni leurs voix pour dire un de mes textes, « Cette année-ci » (2015), dans lequel j’évoque les heurs et malheurs de l’année 2015, tout en essayant de garder l’espoir en l’homme.

Pierre, pour sa part, a dit par cœur la majorité des poèmes qu’il avait choisis. Se sont ainsi succédé « Le condamné à mort » de Jean Genet publié en 1942 ; un texte écrit après la condamnation de Maurice Pilorge à la peine capitale, en 1939, et qu’Hélène Martin a magnifiquement chanté. Il a célébré la négritude avec le poème de Léopold Sédar Senghor, « Femme nue femme noire » (in Chants d’ombre, 1945) : une ode à l’amour, à la femme, à la terre africaine. Il a fait la part belle à l’humour noir de Boris Vian avec « Quand j’aurai du vent dans mon crâne », écrit dans les années 50 et publié après sa mort dans Je voudrais pas crever (1952). Avec « La chanson de Margaret » de Pierre Mac Orlan et V. Marceau pour la musique (1957), il nous a montré combien, pour cet auteur, la chanson « n'est pas [que] son violon d'Ingres, [mais que] c'est l'une des voix naturelles de sa vie créatrice ».

François, notre poète, nous a proposé plusieurs textes de Georges-Emmanuel Clancier, jeune écrivain de 103 ans, qui vient de publier ses mémoires, Le temps d’apprendre à vivre, titre emprunté à Aragon, toujours lui ! En duo avec Véronique, il a dit « Duel » (in Le paysan céleste, 1943), superbe dialogue entre l’homme et la femme, expression d’une poésie conçue comme « un éveil perpétuel ». « Un escalier fantôme » et « Quand fredonne en mon sang » (in Contre-Chants, 2001), révèlent un poète « à l’écoute du temps qui passe » et en qui chemine la mort. « Tard dans la vie » de Pierre Reverdy (in La liberté des mers, 1960) nous a fait approcher l’écriture limpide et mystérieuse d’un des grands inspirateurs du surréalisme tandis que « Il n’y a aucun lieu » de Jean Tardieu (in Formeries. L’accent grave et l’accent aigu. Poèmes, 1976-1983) propose un exercice virtuose de dénégation, atteignant ainsi à une forme d’écriture du vide. Puis François nous a fait écouter les époux Cadou. D’abord René-Guy avec « Celui qui entre par hasard » (in Hélène ou le Règne végétal, 1981), éloge conjoint de l’arbre et du poète, et ensuite Hélène, sa grande inspiratrice, avec « Les draps sont blancs » (in L’innominée, 1983). On y découvre l’écriture discrète et pudique de celle qui souhaitait se « faire la lingère des mots » et qui souhaita « s’immerger dans le silence » afin de maîtriser son lyrisme, disait-elle. Ce qu’exprime admirablement  « Lorsque tu vois un cavalier » (in Si nous allions vers les plages, 2003). François a enfin dit un extrait de la prose poétique de Gabrielle Althen que découvrit René Char : « C’était déjà le temps où tu étais blessée à l’être » (in Présomption de l’éclat, 2012). « Etre au monde quand peu s’y trouvent », voici ce que disait d’elle l’auteur de Fureur et mystère.

Avant de conclure, nous avons dit alternativement des extraits de Noireclaire (2015) de Christian Bobin. Dans ce dernier opus, le poète porte une attention « aux petites lumières des êtres et des choses » qu’il magnifie dans une écriture de la simplicité. C’est enfin avec la chanson de Trénet, « L’âme des poètes », que s’est achevée notre contribution au Printemps des Poètes 2016. Et avant de partager en toute convivialité les bulles saumuroises offertes par la MJC, nous avons écouté une de nos auditrices nous dire un poème de sa composition consacré à l’animal chanté par de nombreux poètes, le chat.

 

La majorité des poèmes cités sont présents sur la toile.

Les oeuvres de Dany Lecènes chez Edilivre :

Le complot Pétronille

Lachryméné

Au clair de la lune

Irène en fa mineur

La joie n'a pas de poids 

Une pinte de vent

Ici-haut

Le recueil de poèmes de François Folscheid :

D'infiniment de pluie et d'aube, Le Petit Pavé, 2015

Mes recueils de poèmes chez Mon Petit Editeur :

Vers rêvés, 2012

Clair Bestiaire, 2014

Mais l'ancolie..., 2015

 

 

Le Printemps des Poètes 2016 à la MJC de Saumur, vendredi 18 mars.
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15 mars 2016 2 15 /03 /mars /2016 18:04

Le ridotto de Venise, détail, Pietro Longhi, 1750

 

 

Mer de confettis

Sur cheveux de feu

Serpentins en pluie

Sur épaule offerte

Sous robe empesée

Quelqu’un d’autre naît

 

Son regard-mystère

En loup de soie noire

 

En réponse au textoésie de Suzâme, reçu le lundi mars   à 16 h 22

http://suzame-ecriplume.eklablog.com/textoesies-et-vous-a-toi-les-confettis-a125397842

 

 

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12 mars 2016 6 12 /03 /mars /2016 11:36
Le tilleul sous ma fenêtre (Photo ex-libris.over-blog;com, le 12 mars 2016)

Le tilleul sous ma fenêtre (Photo ex-libris.over-blog;com, le 12 mars 2016)

 

 

Derrière ma fenêtre

En vigie bucolique

Le grand tilleul déploie

Ses ramifications de bois

Ses alvéoles vertes

Ses bronchioles moussues

Ses cavités spongieuses

 

Et sa trachée d’écorce

Véhicule la sève

Inspiration de vie

Dans le sang chlorophylle

Tout le ciel s’emplit

Du souffle végétal

 

Etre cet arbre vif

Exalté par la pluie

Traversé de soleils

Respirant les oiseaux

Moineaux et tourterelles

Au cri des hirondelles

 

 

 

 

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8 mars 2016 2 08 /03 /mars /2016 14:59

 

 

Hier, lundi 7 mars 2016, mon blog a fêté ses sept ans. L’âge de raison pour cet espace de découverte, de liberté, d’écriture, de poésie, qui m’incite à garder les yeux grand ouverts sur le monde. Ce matin, mon administration m’indique que 413 794 visiteurs y sont venus et que 727 715 pages ont été vues et lues, je l’espère ! Je n’en reviens pas d’y avoir écrit 1 074 billets de longueur inégale. Le mois de mars s’annonce bien avec déjà 1 633 visiteurs et 1 909 pages feuilletées. Même quand je ne publie pas, mon blog continue son petit bonhomme de chemin avec entre 100 et 200 visiteurs au quotidien.

Un des billets qui marche le mieux actuellement est celui que j’ai consacré à Joseph Grand, un des personnages de La Peste de Camus (/article-joseph-grand-celui-qui-ne-trouvait-pas-ses-mots-42639205.html). En ces temps de Printemps des Poètes, on vient lire mon article écrit sur le voyage de Baudelaire à L’Ile Maurice après que j’y fus moi-même (/article-baudelaire-a-l-ile-maurice-un-voyage-initiatique-48065534.html, ou encore mes remarques sur les « Couplets de la rue Saint-Martin », de Robert Desnos (/article-que-sont-mes-amis-devenus-couplets-de-la-rue-saint-martin-de-robert-desnos-100562338.html.

Je remercie mes fidèles de toujours, Carole, Martine, Noune, Suzâme, Claude-Alice, elles-mêmes animatrices de superbes blogs, mes amies proches et tous les inconnus qui passent en me laissant un petit mot amical et encourageant. J’ai eu ainsi l’opportunité de faire de belles rencontres avec des gens passionnés et passionnants et tout cela m’incite bien sûr à continuer.

 

 

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Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons-nous d'ahan

Ton cours vers d'autres nébuleuses

 

La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

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