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12 novembre 2014 3 12 /11 /novembre /2014 10:29

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Au lendemain du centenaire du 11 novembre 1914 et à la faveur d’une visite récente au Musée Départemental de Flandre à Cassel, le 19 octobre 2014 je voudrais évoquer le souvenir du Maréchal Foch… en lien avec celui de ma grand-mère. Il est en effet l’hôte-surprise de son Carnet de Poésie, avec une carte postale en noir et blanc sur laquelle est apposée sa signature. Celle-ci accompagne les quelques mots qu’il adressa à mon aïeule, par l’intermédiaire d’un ami de celle-ci, et qui sont ma foi très bien tournés.

Cette carte postale représente une « pendule Louis XVI, offerte au Maréchal Foch, par la ville de Cassel en souvenir de son séjour en cette Ville, du 23 Octobre 1914 au 22 Juin 1915 ». Au recto, en haut, à droite, figurent les armes de la Ville de Cassel ; à gauche, la photo du Maréchal, sur laquelle il a apposé sa signature volontaire.

Cette carte rappelle que celui qui n’était alors que le général Ferdinand Foch (1851-1929) avait été nommé commandant en chef adjoint de la zone Nord avec le général Joffre, après son succès lors de la bataille de la Marne. On connaît les mots célèbres : "Pressé fortement sur ma droite, mon centre cède, impossible de me mouvoir, situation excellente, j'attaque ! "Il avait installé son quartier général à Cassel, au premier étage de l’hôtel particulier de la Noble-Cour. Il dirigera deux des cinq batailles autour de la ville d’Ypres, parvenant à chaque fois à sortir les troupes françaises de situations difficiles.

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La plaine flamande vue des hauteurs du Musée départemental de Flandre, hôtel de la Noble-Cour, où Foch avait son quartier général

(Photo ex-libris.over-blog.com, dimanche 19 octobre 2014)

Sur le piédestal de sa statue équestre, dominant la plaine flamande et réalisée par Georges Malissard en 1928, on peut lire : « Mon inquiétude en 1914 et mon regard s’étendaient surtout d’Ypres à Nieuport. Ce sont les feux de cette ligne que je considérais la nuit, de la hauteur de Cassel. »

Le 19 octobre 1919, les habitants de Cassel, qui l’avaient connu aux heures les plus noires de la guerre, lui offrirent en cadeau de reconnaissance la pendule qui ornait son bureau de l’hôtel de la Noble-Cour. C’est cet objet décoratif qui est représenté sur la carte postale dont je parle.

Au verso de celle-ci, on découvre les lignes suivantes, rédigées par cet ami de ma grand-mère qui la lui offrit : « Faire plaisir à une charmante Dame est pour moi-même un plaisir irrésistible me dit le Maréchal Foch, quand je lui ai présenté cette carte. Donnez-moi votre stylo, j’y appose bien volontiers ma signature. Veuillez transmettre à Madame Duriez mes hommages, ce que je fais avec empressement. » La carte est signée par l’ami de ma grand-mère.

J’imagine que c’est à l’occasion du don de la pendule au Maréchal Foch que cette carte postale fut éditée. Sans doute est-ce lors de la venue de ce grand soldat à Cassel que mon aïeule demanda à son ami de lui faire signer cette carte. Pour ma grand-mère, que la Grande Guerre avait séparée de son époux alors qu’elle était toute jeune mariée, le Maréchal Foch devait représenter beaucoup. N’est-ce pas lui qui avait réussi à bloquer les dernières offensives allemandes de l’année 1918 ? Lui que Clemenceau avait choisi pour coordonner l’action des armées alliées sur le front de l’ouest et dont il disait : « Essayons Foch ! Au moins, nous mourrons le fusil à la main ! […] j’ai adopté ce fou qu’était Foch. C’est le fou qui nous a tirés de là ! » Le 6 août 1918, il sera fait maréchal de France et l’armistice sera signé le 11 novembre 1918.

Alors bonne-maman, groupie de ce maréchal qui lui avait permis d’avoir de nouveau son mari très aimé auprès d’elle, cela ne m’étonne guère !


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Sources :

Musée Départemental de Flandre, Cassel, Catalogue des oeuvres choisies, Silvana Editoriale, 2010

wikipedia.org, Maréchal Foch

 

 


 

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11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 20:50

 

  neuville

Le Flambeau de Neuville-Saint-Vaast, souvenir du martyre du village

 

Dans le Carnet de Poésie de ma grand-mère, j’ai trouvé ce sonnet recopié sur un feuillet  libre, apparemment arraché à un autre livret, car les bords en sont finement dentelés, et comme écrit à la hâte, dans une sorte d’urgence fiévreuse à dire l’horreur.

Son titre « Après la bataille », m’a évidemment fait penser au poème de Victor Hugo, dans La Légende des Siècles et qui porte le même titre. Le poème de ce dernier évoque la figure du général Hugo, lors de l’avancée des troupes françaises pendant la guerre d’Espagne. Poème célèbre par sa dramatisation et son art du récit, dans lequel le fils poète exalte le souvenir du père illustre, qui donne à boire au soldat « mort plus qu’à moitié » qui le vise au front. Tout le monde a en mémoire le dernier vers :

« Donne-lui tout de même à boire », dit mon père. »

Ici, le sonnet a une tonalité beaucoup plus tragique (proche peut-être du Dos de mayo peint par Goya qui y stigmatise les exactions des Français) et se clôt sur un vers empreint de mysticisme.

J’ignore à qui appartiennent les initiales A. V. écrites à la fin du texte, mais c’est sûrement quelqu’un qui a vu de près le spectacle horrible de la guerre. Peut-être est-ce même un soldat qui a participé à cette phase de ce que les historiens de la Grande Guerre ont appelé la guerre de position, qui fait suite à la guerre de mouvement de 1914. Au mois d’octobre de cette même année, après avoir occupé Lille, les Allemands sont arrêtés à Vimy lors de la bataille de l’Artois mais ils ont détruit le beffroi d’Arras.

Le 9 mai 1915, c’est la prise de la Targette à Neuville-Saint-Vaast dans le Pas-de-Calais, village qui sera totalement détruit. La division marocaine réussit alors une percée sur la crête de Vimy. La situation décrite dans le poème est celle de l’Armée française avant qu’elle ne se lance dans la Deuxième Bataille de l’Artois et ne soit arrêtée à Lorette. Neuville-Saint-Waast ne sera dégagée qu’au mois d’octobre.

 

J’ai recopié le poème tel qu’il se présente, en respectant les majuscules, l’orthographe et la ponctuation employées.

 

P1010294

 

 

Neuville Saint Vaast- Sonnet- 12 mai 1915.

 

Après la bataille

 

La route, entre deux rangs d’arbres

 [déchiquetés

longe les murs béants d’un verger. La mitraille

a d’informes monceaux de pierre et de

                                                [ferraille

Jonché le sol meurtri des jardins dévastés

                       -------

Tout fume encor ; du fond des boyaux empestés

Monte un affreux relent de mort et de

[bataille

Les cadavres gisants (un surtout qui vous

                                                         [raille

En un rictus hideux, pêle-mêle jetés

                      -------

Un chemin creux, au fond l’enclos du

                                             [cimetière

Au revers des talus, donnant dans la

                                          [poussière

les vainqueurs effondrés sur les corps

    [des vaincus ;

 

Parfois le sifflement d’un obus, un cratère

qui s’ouvre, et le couchant qui nimbe de lumière

la face en pleurs du Christ et ses bras étendus

 

A.     V.

 

Les combats eurent lieu dans le cimetière lui-même, ce qui explique la présence d’un Christ aux bras étendus. Actuellement, le cimetière de La Targette s’étend sur 44 525 m2 et accueille 12 210 corps, dont 11 443 Français.

Je pense avec émotion à l’inconnu qui a pris la plume pour témoigner du scandale de la guerre et à ma grand-mère qui a conservé ce papier plié, sur lequel son nom est écrit au crayon de bois, preuve que ce poème lui était bien destiné.

 

  Dans le cimetière les tranchées sont creusées au milieu

 

 

 

En ce jour de 11 novembre 2010, commémorant l'armistice du 11 novembre 1918, qui mit fin à la boucherie de la Grande Guerre, je publie de nouveau ce poème anonyme, retrouvé dans Le Carnet de Poésie de ma Grand-Mère. Et je me souviens que tous les survivants de cette guerre sont morts.

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots.

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4 octobre 2010 1 04 /10 /octobre /2010 18:09

P1000319

 

 

Dans Le Carnet de Poésie de ma Grand-mère, on trouve ce dessin coloré à la plume, qui fait un peu songer aux dessins anglais de chasse à courre. La date et la signature sont illisibles. Au vu de sa place dans le livret, on peut le  situer entre 1906 et 1910.

Il m'a inspiré ces quatre tercets :

 

 

Au bois une amazone

Conductrice des chiens

A la chasse s'adonne

 

Dans les prés les vallées

Elle mène les siens

Bruyante et entêtée

 

Actéon l’avait vue

Défi prométhéen

Quand elle se baignait nue

 

Ô Diane vengeresse

Un cerf  il devient

Et brame sa détresse

 

 

   

Lundi 04 octobre 2010

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9 septembre 2010 4 09 /09 /septembre /2010 16:50

  bon-papa écrivant

Mon grand-père au front, écrivant (Collection personnelle)

 

C’est le triste sort des amantes, des épouses et des mères, depuis tout temps, d’attendre l’homme parti guerroyer et de vivre « l’amour de loin », tel que le chanta l’époque courtoise. Ma grand-mère ne fit point exception à la règle, puisque mon grand-père participa à la Grande guerre.

Dans son Carnet de Poésie, j’ai retrouvé sur un feuillet libre un texte, intitulé Prière de Mercier (si je déchiffre bien), évocatrice d’un éloignement douloureux qui dura quatre longues années. Je la restitue avec la ponctuation d’origine.

Cette préoccupation tendre de la femme aimée qu’éprouve le soldat au front m’émeut. Alors que la peur sans doute tenaillait sans relâche mon grand-père, il souhaitait que son épouse soit épargnée par l’inquiétude et les « effrois obscurs ». Très classique dans sa forme, cette prière de demande, dans sa simplicité, est ainsi le témoignage de l’amour qui liait mes grands-parents.

 

 

Seigneur mon Dieu veillez sur l’absente qui m’aime

De tout le grand amour dont je l’aime moi-même

 

Donnez à ses matins un rayon de clarté

Pour que son pauvre cœur en soit réconforté

 

Qu’elle ne sente pas dans la douteuse aurore

Que la maison est vide, hélas, et trop sonore

 

Qu’en se mettant à table elle ne pleure point

En songeant qu’elle est seule et que je suis bien loin

 

Par ces après-midi où l’hiver est si triste

Qu’un rayon de soleil de temps en temps l’assiste

 

Mais surtout, ô mon Dieu, que les soirs, les longs soirs

Ne l’environnent pas de pressentiments noirs

 

Au retour de la nuit, gardez sa solitude

Des souffles de la peur et de l’inquiétude

 

Que le grand vent plein d’ombre et dont tremblent les murs

Ne la pénètre pas de ses effrois obscurs

 

Que celle dont elle a le charme, que la lampe

D’une lueur de paix illumine sa tempe

 

Donnez-lui de dormir d’un sommeil calme et doux

Qu’un songe la visite et qu’il vienne de vous

 

Seigneur mon Dieu veillez sur l’absente qui m’aime

De tout le grand amour dont je l’aime moi-même

 

Prière de Mercier ( ?)

 

  P1000381

 

 

 

Samedi 11 septembre 2010

 

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6 septembre 2010 1 06 /09 /septembre /2010 16:38

  Lucifer foudroyé gustave doré

  Lucifer foudroyé, Gustave Doré

 

Dans le Carnet de Poésie de ma grand-mère, se trouve cette pensée, rédigée par une main dont je ne parviens pas à déchiffrer la signature ; elle stigmatise le péché capital, l'orgueil, celui qui résume en lui tous les autres.

 

Beaucoup de nos hommes politiques si sérieux ou de nos pseudo-penseurs feraient bien de la méditer !

 

Il y a de l’orgueil à n’être pas du tout futile ; et l’orgueil m’a toujours semblé, de la part d’un mortel, une erreur la plus cocasse.

 

16 novembre 1924

 

Merci à ma grand-mère, par-delà les années, de nous rappeler la relativité de toute chose  !

 

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Lundi 06 septembre 2010

 

 

 

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1 juillet 2010 4 01 /07 /juillet /2010 18:01

 

Eugénie de Guérin

Portrait d'Eugénie de Guérin 

 

Dans Le Carnet de Poésie de ma grand-mère, on peut lire un court texte de Lucie Félix-Faure Goyau. Au-dessous, la date du 30 novembre 1923 est indiquée, suivie du prénom Madeleine,  celui de l’une de ses sœurs, qui ne se maria jamais. Sans doute est-ce elle qui a recopié ces quelques lignes pour sa sœur aînée :

 

« Orienter sa vie, tout est là. Le joli mot qu’orienter ! Il exprime la direction vers la lumière. En ses syllabes il flotte de l’Amour. Orientons nos vies, orientons nos âmes. Que la lumière pénètre en nous ! »

 

 

P1000364

 

Lucie Faure-Goyau (1866-1913) est la fille de Félix Faure et de Berthe Belluot. Elle épousa l’écrivain Georges Goyau, un historien et essayiste, spécialiste de l’histoire religieuse, dont elle n’eut pas d’enfant. Femme de lettres elle-même, elle publiera un certain nombre d’ouvrages et notamment une biographie d’Eugénie de Guérin (1805-1848), un personnage singulier qui mérite qu’on s’attarde sur elle.

Telle Jacqueline Pascal ou Lucile de Chateaubriand, Eugénie de Guérin s’associa au destin de son frère, Maurice de Guérin (1810-1838), le poète romantique, « ce cœur inquiet et troublé » (Jacques Banville), auteur du poème en prose Le Centaure et de La Bacchante. Ils vécurent ensemble à Andillac dans le Tarn, au château du Cayla.

 

Maurice de Guérin

  Portrait de Maurice de Guérin

 

Son Journal, destiné à son frère, parut quatorze ans après sa mort en 1862, et les huit premières éditions en furent épuisées en seize mois. François Mauriac semble avoir compris cet attachement si particulier de la sœur pour le frère : « Une sœur qui ne se marie pas, c’est souvent une femme qui, ayant renoncé à sa propre histoire, à son drame particulier, s’efforce de se maintenir au centre de la vie du frère qu’elle chérit, cet inconnu dans lequel, avec une passion tenace, elle tente de ressusciter l’enfant qu’elle a bercé sur ses genoux. »

 

Château du Cayla 2

  Le château du Cayla à Andillac (Tarn)

 

En novembre 1838, elle assiste à Paris au mariage de son frère Maurice avec Caroline de Gervain. Elle ne revient au Cayla  que le 8 juillet 1839 pour la mort de son frère « ce jeune malade à pas lents », disait Charles Maurras, onze jours plus tard. Ce sera l’événement majeur de sa vie. Même après sa mort, il demeure le destinataire de son journal intime :

 

Cahier XI

 

ENCORE A LUI .

A MAURICE MORT. A MAURICE AU CIEL.
IL ETAIT LA GLOIRE ET LA JOIE DE MON CŒUR.
OH ! QUE C’EST UN DOUX NOM ET PLEIN DE DILECTION

QUE LE NOM DE FRERE !

 

Vendredi 19 juillet, à 11 heures ½, date éternelle !

 

21 juillet [1839].- Non, mon ami, la mort ne nous séparera pas, ne t’ôtera pas de ma pensée : la mort ne sépare que le corps ; l’âme, au lieu d’être là, est au ciel et ce changement de demeure n’ôte rien à ses affections. Bien loin de là, j’espère ; on aime mieux au ciel où tout se divinise. O mon ami ! Maurice, Maurice, es-tu loin de moi, m’entends-tu ?

 

Et le 30 septembre 1839, elle écrit dans son Journal :

 

Je voudrais que le ciel fût tout tendu de noir,

Et qu’un bois de cyprès vînt à couvrir la terre ;

Que le jour ne fût plus qu’un soir.

 

Après la mort de son frère, désemparée, elle cherchera en Barbey d’Aurevilly un frère de substitution. Il avait dit d’elle : « Cette Marthe de l’Evangile était poète, et l’on peut répondre qu’elle l’était toujours. » Mais ce « frère de Paris » se fait très vite silencieux et le Journal d’Eugénie de Guérin s’achève brutalement le 3 octobre 1841.

Rainer Maria Rilke a manifesté son admiration pour cet être « capable d’écrire ainsi pour lui dans le silence. » Et il ajoute que  « probablement n’existe-t-il plus de telles femmes, de cœurs capables d’une restriction aussi grandiose, qui en chaque lieu s’éprouvent dans le tout… » (Correspondance avec Marie de la Tour et Taxis).

Celle qui avait fait de son frère puîné son Orient ne se remettra jamais de ce deuil. Cette « pieuse sœur, maternelle et charmante » mourra neuf ans plus tard, inconsolée, à quarante-trois ans…

 

 

Journal d'Eugénie de Guérin

 

Sources :

« La poétique du journal d’Eugénie de Guérin", Françoise Simonet-Tenant, Université Paris-XIII

http://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%A9lix_Faure

http://fr.wikipedia.org/wiki/Eug%C%A9nie_de_Gu%C3%A9rin

http://www.biblisem.nat/etudes/mougueri.htm

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots

 

Jeudi 01 juillet 2010

 

 

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28 juin 2010 1 28 /06 /juin /2010 14:33

 

HenryWLongfellow1868

Henry Wadsworth Longfellow en 1868,

Portrait par Julia Margaret Cameron

 

Dans le Carnet de Poésie de ma grand-mère, sur une feuille de papier à lettres à lignes plié, a été recopié un poème du poète américain Henry Wadsworth Longfellow (1807-1882), qui fut en son temps le plus lu des poètes de son pays. Et c'est grâce à Charles Baudelaire qui le traduisit qu'il est connu en France.

Venue du Yorkshire, la famille Longfellow avait émigré en 1676 en Amérique. Par son père, l’écrivain descendait de Priscilla et John Alden, un des fameux Pilgrims qui s’étaient embarqués en 1620 sur le Mayflower et qui fondèrent la colonie de Plymouth. Son grand-père maternel s’illustra comme général durant la guerre d’Indépendance.

Bibliothécaire à Bowdoin College à Brunswick, dans le Maine, Longfellow en devint le premier professeur de Langues modernes après un voyage en Europe de 1826 à 1829. Sa culture étrangère est ainsi le produit de sa vive curiosité linguistique et de ses voyages (France, Espagne, Italie) qui le firent écrire Outre-Mer (A Pilgrimage beyond the sea, 1835) et traduire La Divine Comédie (1865-1867). Par la suite, il enseigna longtemps à Harvard qu’il quittera en 1854 pour s’adonner tout entier à l’écriture.

Héritier du romantisme européen, il demeura à l’écart des conflits idéologiques, non sans affirmer son anti-esclavagisme. Une émotion contrôlée imprègne ses odes, ses ballades et ses élégies où point la nostalgie du temps perdu. Ses rythmes s’adaptent cependant avec une grande virtuosité à la variété de ses thèmes comme l’attestent l’élan patriotique de « Paul Revere’s Ride » dans Tales of a Wayside Inn (1863-1874), ainsi que la narration de la déportation des Acadiens en Louisiane (Evangeline, 1847). Il est aussi l’auteur de trois tragédies formant la trilogie de Christus (1872), de poèmes narratifs d’inspiration romantique fort appréciés en leur temps.

 

-Mary Storer Potter 1 femme de longfellow

Mary Storer Potter, première épouse de Longfellow

 

Poète que les enfants apprennent dans les écoles, il demeure surtout célèbre aux Etats-Unis avec The Song of Hiawatha (1855), récit indien plein de pittoresque et de magie, qui exprime son attachement aux Amérindiens. C’est une œuvre écrite en vers trochaïques, les mieux adaptés au rythme saccadé et répétitif des danses amérindiennes. Dans cette histoire de la vie d’un Indien du nom de Hiawatha d’une cinquantaine de pages, l’auteur mêle à la trame de l'intrigue des thèmes américains et des légendes indiennes nord-américaines, particulièrement celles des Ojibwés du Michigan du Nord, du Wisconsin, et du Minnesota.

 

Fanny Appleton Longfellow 2 femme de longfellow

Frances Appleton Longfellow, seconde épouse du poète

 

Veuf en 1835 de Mary Storer Potter, il épousa en secondes noces Frances « Fanny » Appleton qui mourra tragiquement en 1861, en mettant accidentellement le feu à sa robe. Durablement éprouvé par ce deuil, il composera en 1879 le poème dédié à sa mémoire, « The cross of snow ».

Mort en 1882, il est le premier poète américain à avoir son buste placé dans le Poets’ corner de l’abbaye de Westminster.

 

 

La flèche et la chanson

 

Le poème "The Arrow and the Song" est écrit en deux versions, en anglais et en français, qui sont disposées en vis-à-vis, avec deux ou trois ratures ; il me semble que c’est la main de ma grand-mère qui les a recopiées à la plume, à l’encre noire. Je les restitue avec la ponctuation d’origine.

 

The Arrow and the Song

 

I shot an arrow into the air,

It fell to earth, I knew not where,

For son swiftly it flew, the sight

Could not follow it in its flight.

 

I breathed a song into the air,

It fell to earth, I knew not where,

For who has sight so keen and strong

That it can follow the flight of song?

 

Long, long, afterwards in an oak,

I found the arrow still unbroken,

And the song from beginning to end,

I found again in the heart of a friend!

 

La Flèche et la Chanson.

 

Je lançai une flèche dans l’air,

Elle tomba à terre, je ne savais où,

Car si rapidement elle vola (que) la vue

Ne pouvait la suivre dans son vol.

 

J’exhalai une chanson dans l’air,

Elle tomba à terre, je ne savais où,

Car, …. qui a la vue assez perçante et assez forte

Pour pouvoir suivre le vol d’une chanson ?

 

Longtemps, longtemps après, dans un chêne,

Je trouvai la flèche encore intacte,

Et la chanson du commencement à la fin,

Je (la) retrouvai dans le cœur d’un ami !

 

Longfellow

 

Marie-Georgina Burch La Beuze

12 rue Belzunce Paris (10°)

 

Peut-être que ce poème fut traduit par cette amie de ma grand-mère qui a laissé son nom en bas des deux versions (comme en feraient foi les ratures), et qu’elle le lui communiqua en témoignage de leur amitié.

L’association de la flèche, de la chanson et de l’amitié (par un poète dont le patronyme signifie "camarade", "copain") m’apparaît ainsi révélatrice du contenu de son Carnet de Poésie, dans lequel la poésie est toujours intimement liée à la rencontre avec les autres.

 

 

poets corner

  Statue en pied de Longfellow dans le Poets' corner à l'abbaye de Westminster

 

 

Sources :

La littérature américaine, Daniel Royot, PUF, mars 2004

http://www.universalis.fr/encyclopedie/henry-wadsworth-longfellow/

http://dutron.wordpress.com/2009/08/16/lecoin-des-poemes-qu%E2%80%99on-y-tie

http://fr.wikipedia.org/wiki/Henry_Longfellow

 

 

Lundi 28 juin 2010

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26 juin 2010 6 26 /06 /juin /2010 22:08

Champaigne vanité ou allégorie du temps

Vanité ou allégorie du Temps, Philippe de Champaigne,

première moitié du XVIIe siècle, Musée de Tessé, Le Mans

 

Dans le Carnet de poésie de ma grand-mère, sur le même feuillet plié, de couleur bleutée, qui comporte « La légende du Rhône », on peut lire cette curieuse suite de cinq quatrains aux rimes croisées, un poème à la tonalité désespérée. Je le restitue avec sa ponctuation et son accentuation particulières.

 

Le cœur de l’homme

 

Le cœur de l’homme est comme un pieux mausolée

Où les cadavres sont les tueurs du bonheur !

Où chaque pierre évoque une joie envolée !

Où chaque nom redit une grande douleur !

 

Et chaque souvenir, qui tresse une couronne

A celles dont un jour ce cœur avait rêvé !

Leur donne dans le loin, des profils de madones

Vers lesquels vont encor de douloureux avé !

 

Lorsqu’en un cœur meurtri ne reste qu’une image,

Comme sur une tombe où n’est gravé qu’un nom,

Le souvenir est plus amer, et davantage

On comprend que la vie est un immense Non !

 

Car le souvenir dont on garde la relique

Date du seul moment qui n’ait pas fait souffrir !

Le reste, c’est la vie insolente et cynique

Qui n’engendre souvent que l’espoir d’en mourir !

 

Et comme on se complait à nourrir sa chimère,

A placer une croix devant chaque tombeau,

Le cœur vieilli n’est plus qu’un vaste cimetière

Que peuple encor le temps- notre eternel bourreau !

 

M. Gay

 

La présence de ce poème particulièrement noir suscite mon étonnement. Je ne sais à quelle époque de la vie de ma grand-mère il fut placé entre les pages de son Carnet de poésie. A en juger par les photos que je connais d’elle, mon aïeule ne souriait guère. Sur certains clichés, elle semble même triste. Pourtant, d’après ce que je sais de sa vie, elle eut une existence calme auprès de mon grand-père dont elle était très amoureuse. Mais elle avait un caractère inquiet et manifesta envers ses deux fils une sollicitude parfois excessive.

Ce poème, qu’elle a conservé, révèle qu’elle avait aussi sans doute un sentiment très aigu du Temps qui passe- le dernier vers du poème a des accents baudelairiens-  et que sa vision du monde l’inclinait à un pessimisme foncier.

 

 

Samedi 26 juin 2010

 

 

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26 juin 2010 6 26 /06 /juin /2010 22:08

Champaigne vanité ou allégorie du temps

Vanité ou allégorie du Temps, Philippe de Chamapigne,

première moitié du XVIIe siècle, Musée de Tessé, Le Mans

 

Dans le Carnet de poésie de ma grand-mère, sur le même feuillet plié, de couleur bleutée, qui comporte « La légende du Rhône », on peut lire cette curieuse suite de cinq quatrains aux rimes croisées, un poème à la tonalité désespérée. Je le restitue avec sa ponctuation et son accentuation particulières.

 

Le cœur de l’homme

 

Le cœur de l’homme est comme un pieux mausolée

Où les cadavres sont les tueurs du bonheur !

Où chaque pierre évoque une joie envolée !

Où chaque nom redit une grande douleur !

 

Et chaque souvenir, qui tresse une couronne

A celles dont un jour ce cœur avait rêvé !

Leur donne dans le loin, des profils de madones

Vers lesquels vont encor de douloureux avé !

 

Lorsqu’en un cœur meurtri ne reste qu’une image,

Comme sur une tombe où n’est gravé qu’un nom,

Le souvenir est plus amer, et davantage

On comprend que la vie est un immense Non !

 

Car le souvenir dont on garde la relique

Date du seul moment qui n’ait pas fait souffrir !

Le reste, c’est la vie insolente et cynique

Qui n’engendre souvent que l’espoir d’en mourir !

 

Et comme on se complait à nourrir sa chimère,

A placer une croix devant chaque tombeau,

Le cœur vieilli n’est plus qu’un vaste cimetière

Que peuple encor le temps- notre eternel bourreau !

 

M. Gay

 

La présence de ce poème particulièrement noir suscite mon étonnement. Je ne sais à quelle époque de la vie de ma grand-mère il fut placé entre les pages de son Carnet de poésie. A en juger par les photos que je connais d’elle, mon aïeule ne souriait guère. Sur certains clichés, elle semble même triste. Pourtant, d’après ce que je sais de sa vie, elle eut une existence calme auprès de mon grand-père dont elle était très amoureuse. Mais elle avait un caractère inquiet et manifesta envers ses deux fils une sollicitude parfois excessive.

Ce poème, qu’elle a conservé, révèle qu’elle avait aussi sans doute un sentiment très aigu du Temps qui passe- le dernier vers du poème a des accents baudelairiens-  et que sa vision du monde l’inclinait à un pessimisme foncier.

 

 

Le coeur de l'homme 1

 

Le coeur de l'homme 2

 

Samedi 26 juin 2010

 

 

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24 juin 2010 4 24 /06 /juin /2010 22:14

 

Arlésienne vers 1785 Antoine raspal Museon arlaten Cliché

  Portrait d'une  jeune Arlésienne, Alexandre Hesse, vers 1842

 

 

Dans le Carnet de poésie de ma grand-mère, sur une feuille d’un bleu passé, on peut lire deux poèmes rédigés d’une petite écriture fine et ronde, celle de M. Gay, l’inconnu qui a écrit le poème intitulé « Après la guerre… » que j’ai déjà évoqué.

Ces deux textes sont très différents dans leur tonalité : le premier  est une personnification du Rhône et décrit son voyage des glaciers jusqu’à la mer ; le second est une méditation sur le Temps et a pour titre « Le cœur de l’homme ».

Je ne sais pourquoi ma grand-mère, une fille du pays d’oïl, a conservé ce feuillet qui renferme un poème en l’honneur des femmes du pays d’oc, les Arlésiennes, dont il célèbre la beauté. Une petite note, précédée d’une croix, précise d’ailleurs la définition de l’ « aise », une des pièces du costume provençal.

Peut-être aimait-elle particulièrement la nouvelle d’Alphonse Daudet, L’Arlésienne, qui évoque la tragique histoire du beau Jan, « sage comme une fille, solide et le visage ouvert », amoureux fou à en mourir d’une petite Arlésienne coquette, « toute en velours et en dentelles ». Qui n’a pas en mémoire l’admirable chute de la nouvelle : « C’était dans la cour, devant la table couverte de rosée et de sang, la mère toute nue qui se lamentait, avec son enfant mort sur ses bras » ?

 

La légende du Rhône

 

Un jour, il vit enfin luire le grand soleil !

C’était près d’Avignon, vieille ville papale !

Et, du coup transformé, son eau jusque là sale

Muée en un miroir immense de vermeil !

Après avoir suivi le chemin des épreuves

Le Rhône devenait le plus beau des grands fleuves !

 

Alors il s’attardait près de ses vastes îlots,

Et, poursuivant le cours de son humeur fantasque,

Passait, majestueux, auprès de la Tarasque,

Serpentant dans les blés pleins de coquelicots,

Dans les prés qu’il rêvait de trouver sur sa course

Depuis les glaciers bleus où se perdait sa source !

 

Mais, un jour de printemps, au soleil radieux,

D’Arles voyant enfin, dans l’air pur, les arènes

Dresser, près de son lit, leurs arcades romaines,

Il pensa s’arrêter, n’en croyant pas ses yeux…

Car le fichu plissé croisé par-dessus l’aise *

En coiffe provençale, il voyait une Arlèse !

 

C’est alors qu’il comprit, n’ayant plus rien à voir,

Qu’il avait dignement rempli sa destinée.

Et, craignant de flétrir l’image illuminée

Reflétée un instant dans son plus pur miroir,

Il alla vers la mer, en bénissant sa chance,

Puisqu’il avait pu voir Les Femmes de Provence !

 

M. Gay

 

* Aise : sorte de tunique noire que les Arlèses (ou Arlésiennes) portent sous leurs fichus blancs qui forment ce qu’on appelle la chapelle.

 

  La légende du Rhône-copie-1 La légende du Rhône suite

 

 

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Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons-nous d'ahan

Ton cours vers d'autres nébuleuses

 

La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

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