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20 février 2014 4 20 /02 /février /2014 22:29

 

cavalière

Cavalière aux abords du Coudray-Macouard

(Photo ex-libris.over-blog.com,  Effet Orton et Traitement croisé, lundi 17 février 2014)

 

Lundi 17 février 2014, à la fin d'une promenade à pied autour du village du Coudray-Macouard, j'ai vu cette cavalière dans le froid soleil d'hiver. J'ai alors pensé  à ce haïku de Basho, lu dans ce recueil Cent onze haïku (p.105), aux éditions Verdier (2011) que l'on m'a offert à Noël. Le texte de chaque poème est écrit verticalement en caractères japonais ; il est reproduit phonétiquement en haut de la page et en français en bas de celle-ci.

Celle qui est devenue une des spécialistes de cette forme brève et dépouillée, héritée de la Chine et de la poésie populaire japonaise, Joan Titus-Carmel, a traduits ces haïkus du japonais. Sa traduction en respecte la métrique japonaise (cinq-sept-cinq syllabes). Elle en sauvegarde aussi l'indétermination de la structure grammaticale, parvenant ainsi à préserver la fluidité de l'original. C'est bien tout l'art de ce genre poétique bref et si évocateur de saisir l'instant dans sa fulgurance


fuyu no hi ya

bajō ni kōru

kagebōshi

 

Ah ! Soleil d’hiver

lorsque je suis à cheval –

mon ombre glacée !

 


 

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23 janvier 2014 4 23 /01 /janvier /2014 18:45

 

Apollinaire-et-annie-Playden.jpg

Annie Playden et Guillaume Apollinaire

 

La tzigane

 

La tzigane savait d’avance

Nos deux vies barrées par les nuits

Nous lui dîmes adieu et puis

De ce puits sortit l’Espérance

 

L’amour lourd comme un ours privé

Dansa debout quand nous voulûmes

Et l’oiseau bleu perdit ses plumes

Et les mendiants leurs Ave

 

On sait très bien que l’on se damne

Mais l’espoir d’aimer en chemin

Nous fait penser main dans la main

A ce qu’a prédit la tzigane

 

Cette suite de trois quatrains d’octosyllabes aux rimes embrassées appartient au cycle rhénan du recueil Alcools d’Apollinaire. Le poète, alors précepteur de la fille de la vicomtesse de Milhau en Rhénanie, y chante son amour malheureux pour la gouvernante de la maison, Annie Playden. Commencé à l’automne 1901 et après maints atermoiements, leur amour verra sa fin en mai 1904, quand Annie émigrera aux Etats-Unis.

Dans ce poème,  j’aime l’association de l’image surprenante de l’amour comparé à « un ours privé » (on remarquera l’absence de complément de l’adjectif) à celle plus classique de « l’oiseau bleu ». Le lexique péjoratif et privatif, les nombreuses assonances en [i] contribuent à créer une sorte de plainte dolente qui demeure sans écho. Le personnage de la tzigane, qui ouvre et clôt le poème, connote le thème du destin mais aussi celui de l’errance amoureuse.

Suspendu entre folle espérance et sentiment d’échec, ce poème est bien l’ « expression à la fois moderne et sans âge » du destin d’un poète qui demeure à jamais le Mal-Aimé.


Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de mots :

Thème : hasard ou destin

 

 

 


 

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27 juin 2013 4 27 /06 /juin /2013 20:58

roulottes.JPG

 

En écho à mon article, Des frères errants, sur l’exposition Bohèmes au Grand Palais, un lecteur, Jean-Frédéric Baéta, qui est aussi peintre, m’a fait parvenir la photo de cette petite toile non signée.

J’en aime l’opposition entre le village pelotonné sur lui-même derrière ses murs et les trois roulottes, comme frappées d’ostracisme, alignées à l’extérieur. Sous les verts ombrages, fument leurs cheminées tandis que les toits ardoisés du village s’étagent sous un ciel moutonnant. Trois femmes devisent sous le linge qui sèche, une mère se promène avec ses trois enfants, un homme, les mains dans ses manches, fixe le spectateur au premier plan, tandis que deux silhouettes féminines bleutées s’en vont vers le village. L’ensemble présente des teintes douces, de bleu, de vert, qu’éclairent quelques taches rouges sur les roulottes. La ligne de fuite suit la route qui se perd au loin. Instant arrêté dans une vie nomade…

 

Dis-moi, toi, le peintre,

Pourquoi ces roulottes,

Tout en demi-teintes,

La route qui fuit,

Là-bas vers ailleurs ?

Ce jour-là peut-être,

Tu auras jeté

Couleurs et pinceaux,

Pour suivre éperdu

La belle gitane

Qui marche pieds nus.

 

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Brunô : le peintre

 

Le site de Jean-Frédéric Baéta : http://www.my-microsite.com/jfbaetacreation/

Mon billet sur l'exposition, Bohèmes au Grand Palaislink

 

 


 

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20 juin 2013 4 20 /06 /juin /2013 21:07

 Veilled-e-l-ete-pluie.JPG

Pluie sur le bassin de Rou

(Photo ex-libris.over-blog.com)

 

 

Veille de l’été

La pluie se déchaîne

Métamorphosée

En trombes soudaines

 

Veille de l’été

J’entends les grenouilles

Le jardin mouillé

Chuchote en gargouille

 

Veille de l’été

J’entends la fauvette

Les roses trempées

Inclinent la tête

 

Veille de l’été

J’entends splénétique

Mourir éploré

Juin et sa musique

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème : en attendant l’été

 

 

 

 

 

 

 


 

 

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13 juin 2013 4 13 /06 /juin /2013 18:20

Grive.JPG

Grive sur la tringle du rideau de ma chambre

(Photo ex-libris.over-blog.com, mercredi 12 juin 2013, Effet Saturation))

 

La grive

Etourdie et ivre

Tout en griserie

Volète et s’enfuit

Diseuse de pluie

 

Mercredi 12 juin 2013, vers 10h,

à l'occasion de la venue d'une grive dans ma chambre

 

 

 

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Eglantine Lilas : Nature

 


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6 juin 2013 4 06 /06 /juin /2013 09:32

Chat-dans-le-mur.JPG

                                                                              Chat dans le mur

                                                                     (Photo ex-libris.over-blog.com)

 

"Instant félin"


Les branches tremblent sous le vent

L’ombre des hirondelles fuse sur l’herbe verte

Un gros bourdon obscur assiège le laurier

Des vagues de lavande émerge un bleu secret

La tourterelle égrène les secondes à trois temps

Et le chat du voisin somnolent bienheureux

Gardien à sa fenêtre d’un noir mystérieux

Se tient au bord du temps tel un sphinx rustique


Dans le jardin de Rou, lundi 23 mai 2010


Chat-blanc.JPG

                                                                       Chat blanc sous mes fenêtres

                                                                     (Photo ex-libris.over-blog.com)

 

"Rêve de chat"


Lové au soleil

Un petit chat blanc s’enrêve

D’un blanc bol de lait

 

Sous ma fenêtre, à Rou, vendredi 01 octobre 2010


Chat-au-bassin.JPG

                                             Chat au bord du bassin de Rou

                                             (Photo ex-libris.over-blog.com)

 

"Caresse du chat"


Caresse du chat

Sur l’eau du bassin

Les poissons frémissent

 

Briser le miroir

La patte du chat

Un nouveau Narcisse


Au bord du bassin de Rou, vendredi 14 janvier 2011


Chat noir

                                                                  Chat noir dans une rue de Rou

                                                                  (Photo ex-libris.over-blog.com)

 

"Chat noir"

 

Sur le gris du goudron

Les yeux verts aux aguets

La moustache vibrante

Les oreilles dressées

Les griffes effilées

Le chat est à l’affût

Et son ombre avec lui

Des sphinges pétrifiées

Jumeaux noirs

Pour la proie

 

Dans une rue de Rou, le 18 janvier 2011


Pacha-chat.JPG

                                                          Chat dans une rue de l'Albaicin à Grenade

                                                                 (Photo ex-libris.over-blog.com)

 

"Pacha chat"


A l’Albaicin dans les rues tortes

En paresseux dessus-de-porte

Rêve et sommeille un soyeux chat

Tel un pacha de l’Alhambra

 

Dans les ruelles de l’Albaicin, Grenade,

dimanche 15 avril 2012 après-midi


 taormina-chat.JPG

Chat noir dans l'odéon de Taormine

(Photo ex-libris.over-blog.com, mai 2013)

 

A Taormina

San Caterina

J'ai vu un chat noir 

Dans l'odéon blanc

Comédien tragique

Dedans la coulisse

 

Dans l'escalier de l'odéon de Taormine,

dimanche 05 mai 2013


 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Eglantine Lilas : Chat

 

 

 

 

 

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30 mai 2013 4 30 /05 /mai /2013 17:53

 sur-l-etna.JPG

La vallée del Bove, sur l'Etna : la "maison d'Allah" au milieu de la lave solidifiée

(Photo ex-libris.over-blog.com, Effet HDR, mardi 07 mai 2013)

 

 

Tout au-delà

des orangers des citronniers

des pistachiers

Plus haut

que les bosquets

de bouleaux blancs

et les fins noisetiers

plus de terre vivante

non plus que d’herbe verte

ni de spino santo

On marche sur le gris

on marche sur le noir

et les pieds sont de cendre

Un sol de Sodome

ébouillanté de lave

et de bombes de feu

infesté par le soufre

ravagé par les ponces

où les cratères morts

font des bouches amères

 

Et pourtant c’est bien là

dans les raies du basalte

épargnée délicate

celle que l’on appelle

la  vraie maison d’Allah *

 

Jeudi 30 mai 2013

 * C'est ainsi que les Siciliens appellent l'îlot de verdure épargné par la lave

 

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de mots,

Thème libre proposé par Fanfan

 

 

 

 

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25 avril 2013 4 25 /04 /avril /2013 13:54

Lucy-2.jpg

 

 

A Lucy,

 

Aux tréfonds de l’espace

Aux tout confins du temps

Petite et si gracile

Au corps souple et agile

Silhouette d’ébène

Dans la savane sèche

Le long du lent Awash

Lucy des origines

Tu cours au creux de moi

 

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Hauteclaire : Préhistoire

 

 

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21 mars 2013 4 21 /03 /mars /2013 10:46

l-attente.jpg 

 L'Attente, Nikiphoros Lytras,

National Gallery Alexandros Soutzos Museum, Athènes


Où est donc mon printemps

Celui de ma jeunesse

Quand j’étais insouciant

Et le corps en liesse

 

Où est donc l’ancien temps

Exultant de caresses

De rires et de serments

D’amours enchanteresses

 

Où a fui le printemps

Ce faiseur de promesses

Dans mon cœur impatient

Se peut-il qu’il renaisse

 

Jeudi 21 mars 2013,

au lendemain d’un printemps qui n’est pas venu

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème libre

 

 

 


 

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6 décembre 2012 4 06 /12 /décembre /2012 22:02

 Cendrars par modigliani

Blaise Cendrars, Modigliani, 1913

 

J’ai vu mardi dernier l’extraordinaire exposition que le musée de La Piscine à Roubaix consacre à Chagall. L’ensemble de plus de 200 œuvres qui y est exposé couvre la vie de l’artiste et tous les champs d’expression auxquels il s’est essayé. On y découvre en effet peintures et dessins, sculptures et céramiques, costumes et collages et les études pour le plafond de l’Opéra que lui commanda Malraux. Intitulée Marc Chagall, L’Epaisseur des rêves, cette rétrospective témoigne de l’importance de la forme et du volume chez l’artiste, l’inventeur du « pays d’apesanteur » ainsi que le qualifia Aragon.

En 1913, Blaise Cendrars consacre à son ami Marc Chagall son quatrième Poème élastique. Nés la même année, en 1887, les deux artistes nouèrent une amitié entre 1912 et 1914. « Les peintres et les poètes, c’était du pareil au même », on vivait tous mélangés », raconte Cendrars. Vivant ensemble la bohème parisienne à la Ruche de Montparnasse, ils étaient liés par l’usage commun du russe mais surtout par un même goût pour la modernité urbaine et les formes artistiques nouvelles.

Le poète est vraiment fasciné par le monde onirique et fantaisiste du peintre. Ses images verbales, ses mots en liberté, seront un écho à la structure des tableaux de Chagall : ne titrera-t-il pas d’ailleurs certaines des toiles de cette époque ? En 1922, à son retour de Russie après la Révolution russe, l’atelier de Chagall aura été vidé et ses œuvres d’avant-guerre revendues. Soupçonnant Cendrars d’y avoir contribué, il rompra avec lui.

Toujours est-il que demeure ce poème. Un texte qui témoigne avec force de leur amitié et de la relation fusionnelle qui peut exister entre les mots et les formes et les couleurs.


 Chagall_Marc_06_autoportrait_max.jpg

      Autoportrait au col blanc, Marc Chagall, 1914

 

 

Marc Chagall

 

Il dort

Il est éveillé

Tout à coup, il peint

Il prend une église et peint avec une église

Il prend une vache et peint avec une vache

Avec une sardine

Avec des têtes, des mains, des couteaux

Il peint avec un nerf de bœuf

Il peint avec toutes les sales passions d’une petite ville juive

Avec toute la sexualité exacerbée de la province russe

Pour la France

Sans sensualité

Il peint avec ses cuisses

Il a les yeux au cul

Et c’est tout à coup votre portrait

C’est toi lecteur

C’est moi

C’est lui

C’est sa fiancée

C’est l’épicier du coin

La vachère

La sage-femme

Il y a des baquets de sang

On y lave les nouveaux-nés

Des ciels de folie

Bouches de modernité

La Tour en tire-bouchon

Des mains

Le Christ

Le Christ c’est lui

Il a passé son enfance sur la croix

Il se suicide tous les jours

Tout à coup, il ne peint plus

Il était éveillé

Il dort maintenant

Il s’étrangle avec sa cravate

Chagall est étonné de vivre encore

 

In Dix-neuf poèmes élastiques

 

 

Autoportrait-a-la-pendule.JPG

      Autoportrait à la pendule, Marc Chagall, 1947

(Photo ex-libris.over-blog.com, mardi 27 novembre 2012)

 

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème libre

 


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Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons-nous d'ahan

Ton cours vers d'autres nébuleuses

 

La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

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