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28 septembre 2015 1 28 /09 /septembre /2015 10:09
Lune rouge au-dessus de Kergavat (Photo ex-libris.over-blog.com, lundi 28 septembre 2015)

Lune rouge au-dessus de Kergavat (Photo ex-libris.over-blog.com, lundi 28 septembre 2015)

On entendait la mer

Et la lune était sang

Les étoiles de fer

On était hors du temps

 

A Kergavat,

lundi 28 septembre 2015 entre 4h 15 et 4h 45

 

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20 septembre 2015 7 20 /09 /septembre /2015 17:42

 

Quand on a étudié moult et moult fois avec ses élèves de seconde ou de première L’Etranger de Camus, c’est surprenant et délectable de lire Meursault, contre-enquête de Kamel Daoud. On s’y plaît en effet à retrouver des extraits de phrases du roman, des similitudes et des échos. Kamel Daoud, écrivain et journaliste comme Camus, s’est en effet emparé de l’œuvre du prix Nobel pour l’explorer à sa manière et lui donner une suite des plus originales.

Interpellé comme beaucoup par le fait que la victime de Meursault, tuée sous le soleil de quatorze heures sur une plage d’Alger, ne possède ni nom ni prénom (hormis l’appellation l’Arabe mentionnée vingt-cinq fois), Kamel Daoud lui confère une existence et fait de ce mort « dans l’insignifiance, tel un vulgaire figurant »,  un personnage littéraire à part entière.

Le narrateur qui raconte l’histoire de l’Arabe, prénommé Moussa, c’est son frère puîné Haroun El-Assasse, demeuré seul avec sa mère M’ma, après le meurtre impuni de l’aîné. Tous deux vivent dans le souvenir de la victime du roumi, victime adulée et désormais héroïsée par la légende maternelle.

Comparable en un certain sens au Jean-Baptiste Clamence, le juge-pénitent de La Chute de Camus, Moussa devenu vieux est mis en face d’un interlocuteur muet, un enseignant et universitaire, à qui il s’adresse sans jamais en obtenir de réponse. Et d’ailleurs, peut-être que tout ce qu’il raconte n’est qu’un rêve : « Ca s’appelle comment, une histoire qui regroupe autour d’une table un serveur kabyle à carrure de géant, un sourd-muet apparemment tuberculeux, un jeune universitaire à l’œil sceptique et un vieux buveur de vin qui n’a aucune preuve de ce qu’il avance ? »

Dans cette quête, cette « contre-enquête » (mais y-a-t-il jamais eu véritable enquête ?), on retrouvera ici bien des éléments emblématiques du roman de Camus, à commencer par le travestissement de l’incipit : « Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas … », qui devient : « Aujourd’hui, M’ma est encore vivante. » Marengo, où est enterrée la mère de Meursault, c’est Hajout, la ville où s’en vont M’ma et Haroun, lorsqu’ils quittent Alger après la mort de Moussa. Meriem, celle qui donne à lire à Haroun L’Etranger, désormais écrit par le meurtrier Meursault, rappelle la Marie aimée du même. Mais la demande en mariage est ici inversée. Et le fameux dimanche au balcon où Meursault fait l’expérience du vide devient ici le vendredi au balcon, le jour de la prière, « la journée la plus proche de la mort dans mon calendrier », précise Haroun. Et l’on n’en finirait pas de découvrir ces reflets, ces rapprochements, qui se déploient à chaque page.

Mais ces jeux de miroirs seraient sans doute assez vains, s’ils n’étaient mis au service d’une histoire remarquablement structurée, dont la complexité se dévoile vers la fin. Poussé par sa mère inconsolable, animée d’un désir de vengeance, Haroun enquête afin de connaître les circonstances exactes de ce drame dont la mère et le frère  ne savent rien, si ce n’est qu’il a été perpétré « à cause du soleil ». Et comme le corps de Moussa n’a jamais été retrouvé et qu’on ne les a jamais interrogés ni l’un ni l’autre, c’est bien comme si l’Arabe n’avait jamais existé : « Bon Dieu, comment peut-on tuer quelqu’un et lui ravir jusqu’à sa mort ? »

Etrangement, cette enquête mènera Haroun là où il n’aurait jamais pensé aller. Répondant à la « monstrueuse exigence » de vengeance de sa mère, il sera conduit à tuer Joseph Larquais, un roumi, choisi au hasard, et puni « parce qu’il adorait se baigner à 14 h » : « La mort, aux premiers jours de l’Indépendance, était aussi gratuite, absurde et inattendue qu’elle l’avait été sur une plage ensoleillée de 1942. »

En lisant le livre écrit par Meursault, Haroun y avait découvert son propre visage : « J’y cherchais des traces de mon frère, j’y retrouvais mon reflet, me découvrant presque sosie du meurtrier. » En tuant Larquais, il deviendra ainsi, d’une certaine manière (et c’est là, me semble-t-il, la force du livre), le frère de Meursault dans le meurtre. Et, à l’instar du meurtrier de son frère, il sera jugé par les nouveaux maîtres de l’Algérie, pour les mauvais motifs : « Je le savais bien, que je n’étais pas là pour avoir tué Joseph Larquais […] j’étais là pour l’avoir tué tout seul, et pas pour les bonnes raisons. » Tout comme pour Meursault condamné pour n’avoir pas enterré sa mère, pour Haroun aussi l’Absurde est à l’œuvre. Ne dit-il pas à son interlocuteur muet, l’universitaire : « Quelle histoire de fou, que de morts gratuites, comment prendre la vie au sérieux ensuite. Tout semble gratuit dans ma vie, même toi avec tes cahiers, tes notes et tes bouquins. »

Ce que j’ai beaucoup aimé dans ce livre, c’est qu’il est aussi une déclaration d’amour à la langue et à la littérature françaises. Haroun (et bien sûr Kamel Daoud cela va sans dire) est en effet fasciné par le livre (écrit ici par Meursault) que lui a donné à lire Meriem : « […] le fameux livre […] un auteur célèbre avait raconté la mort d’un Arabe et en avait fait un livre bouleversant. […] « comme un soleil dans une boîte », je me souviens de sa formule […] » Il précise même : « Moi je connais ce livre par cœur, je peux te le réciter en entier comme le Coran. »

M’ma, « la vieille femme sans mots » (on se rappelle que la mère de Camus était analphabète), lui avait raconté « comme un prophète » l’histoire imaginaire de Moussa ; le français, appris à quinze an, donnera progressivement à Haroun la possibilité de nommer autrement les choses et d’ordonner le monde avec ses propres mots ». Il dit encore : « La langue française me fascinait comme une énigme au-delà de laquelle résidait la solution aux dissonances de mon monde. Je voulais le traduire à M’ma, mon monde, et le rendre moins injuste en quelque sorte. »

C’est ainsi qu’après la lecture du livre, il prend la décision de réécrire cette histoire, « dans la même langue mais de droite à gauche », de la raconter « à la place de [son] frère qui était l’ami du soleil ». Il en fera « une sorte de livre étrange ». Le lecteur se demande d’ailleurs s’il l’a vraiment écrit quand on lit : « […] j’aurais peut-être dû [l’] écrire, si j’avais eu le don de ton héros : une contre-enquête. » On perçoit bien ici la mise en abyme vertigineuse que l’auteur crée entre lui-même, Camus, Meursault et le personnage d’Haroun. Celui-ci évoque en effet plusieurs fois ce Zoudj, son « fantôme », son « double ». Ne dit-il pas : « […]  il devient lui-même diaphane, s’efface presque. Tel un reflet… Ha, ha, je suis son Arabe, ou alors il est le mien. »

Si le frère puîné est avide de justice, il n’en admire pas moins le style dans lequel Meursault a écrit : « Je l’ai lu vingt ans après sa sortie (juillet 1942) et il me bouleverse par son mensonge sublime et sa concordance magique avec ma vie. » A travers Haroun, c’est un vibrant hommage que Kamel Daoud rend à Camus, dont il analyse le « génie » en ces termes : selon lui il s’agit de « déchirer la langue commune de tous les jours pour émerger dans l’envers du royaume, là où une langue plus bouleversante attend de raconter le monde autrement […] C’est le génie de ton héros : décrire le monde comme s’il mourait à tout instant, comme s’il devait choisir les mots avec l’économie de sa respiration – c’est un ascète. » On ne saurait mieux décrire cette écriture toute en tension et en brièveté.

Admirateur de la langue de Camus, Kamel Daoud en est aussi le frère en philosophie. Faisant sienne la pensée de l’auteur de L’Etranger, il considère, par la voix d’Haroun, que seule la mort est la question essentielle : « La mort – quand je l’ai reçue, quand je l’ai donnée – est pour moi le seul mystère. Tout le reste n’est que rituels, habitudes et complicités douteuses. » Se fondant sur la philosophie de l’Absurde, le livre de Kamel Daoud est certes une critique acerbe contre la colonisation française mais encore et surtout un violent brûlot contre l’état de son pays. Concernant la présence française, on n’est pas étonné de lire sous la plume de Kamel Daoud : « Nous, nous étions les fantômes de ce pays quand les colons en abusaient et y promenaient cloches, cyprès et cigognes. » Et encore ailleurs : « Eux étaient « les étrangers », les roumis que Dieu avait fait venir pour nous mettre à l’épreuve mais dont les heures étaient de toute façon comptées : ils partiraient un jour ou l’autre, c’était certain. »

Mais, ces critiques ne sont rien, me semble-t-il, en comparaison de celles que l’auteur émet à l’encontre de ses propres compatriotes, dont il fait même des doubles de Meusault : « Des milliers de Meursault couraient dans tous les sens […] Cela ne signifiait rien pour moi. C’est par la suite, des semaines et des mois plus tard, que j’ai découverts peu à peu l’immensité de la ruine et de l’allégresse ».

Athée comme Camus, et rebelle à toute soumission, Kamel Daoud lance encore une violente critique contre l’islam. Evoquant la récitation du Coran, il écrit : « J’ai le sentiment qu’il ne s’agit pas d’un livre mais d’une dispute entre un ciel et sa créature. La religion pour moi est un transport collectif que je ne prends pas. » Résumant d’une manière lapidaire le jour de la prière du vendredi comme un « cosmos devenu des couilles à laver et des versets à réciter », il voudrait convaincre son voisin « pleurnichard » « d’ouvrir les yeux sur sa propre vie et sa dignité ». Il s’indigne de surcroît sur « la gamine avec son voile sur la tête alors qu’elle ne sait même pas encore ce qu’est un corps, ce qu’est le désir. » Et Haroun d’apostropher son interlocuteur : « Que veux-tu faire avec des gens pareils ?  Hein ? »

Tout comme Meursault, faisant l’expérience de la routine et de l’automatisme de la vie, aspirait à davantage d’être, Haroun remet en cause ses compatriotes qui « vont tous vers la mort à la queue leu leu ». Il affirme haut et fort : « [La mort] m’a seulement donné le désir d’avoir des sens plus puissants encore plus voraces et a augmenté la profondeur de ma propre énigme. » Il rejoint ainsi le Meursault de la seconde partie de L’Etranger et le Camus de Noces, auquel m’a fait penser le beau passage dans le cimetière d’El-Kettar, alias « Le Parfumeur, expérience capitale pour Haroun : « C’est là que j’ai pris conscience que j’avais droit au feu de ma présence au monde - oui, que j’y avais droit -  malgré l’absurdité de ma condition qui consistait à pousser un cadavre vers le sommet avant qu’il ne dégringole à nouveau et cela sans fin […] J’y avais, obscurément, découvert une forme de sensualité. »

Il y a longtemps que je n’avais lu un roman aussi puissant dans sa complexité et ses références. J’admire la manière dont Kamel Daoud a tiré parti de toutes les potentialités politiques, philosophiques et romanesques d’un roman célébrissime. Bien loin de n’être qu’un exercice de style, Meursault, contre-enquête témoigne avec sensibilité et brio de la puissance magique de la littérature qui donne une postérité à un héros de papier, en faisant de Haroun un « étranger », jumeau du Meursault de Camus.

 

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8 août 2015 6 08 /08 /août /2015 14:09

 

Ayant vu de nombreux tableaux du Caravage à Malte, et notamment La Décollation de Jean le Baptiste, j’ai eu envie de poursuivre ma découverte de ce peintre en lisant La Course à l’abîme, son autobiographie fictive, imaginée par Dominique Fernandez.

De nombreuses zones d’ombre subsistant dans la vie du peintre, l’écrivain a eu ainsi tout loisir pour lui créer une existence à l’image de sa légende, faite de violence et d’excès en tous genres (légende sur laquelle de nouvelles découvertes historiques sont largement revenues).

Dominique Fernandez explique en effet la vie et la peinture de « son » personnage, Michelangelo Merisi dit Le Caravage (du nom de sa ville natale), en fonction de son homosexualité. Il lui invente une enfance inquiète et perturbée par la découverte de la circoncision du Christ, souvent occultée. Il lui attribue une adolescence profondément marquée par les écrits mystiques de Thérèse d’Avila, où se mêlent sacré et sensualité. Il l’imagine profondément influencé par le roman de Chrétien de Troyes, Le chevalier à la charrette, et par l’idée d’infamie. Infamie qui deviendra la sienne lors d’un emprisonnement, qu’il lui fait subir entre les années 1588 et 1592, années pendant lesquelles les historiens d’art perdent la trace du peintre.

Durant cette période milanaise, au cours de laquelle le jeune homme poursuit son apprentissage de peintre, tout en découvrant la peinture lombarde, dans l’atelier de Simone Peterzano, il rencontre une secte secrète d’homosexuels, la secte des Portugais, poursuivie par l’Inquisition. S’il n’est pas condamné au bûcher, il est cependant marqué à l’épaule par la déshonorante fleur de chardon.

Se fondant sans doute sur l’existence avérée d’Onorio Longhi, ami du Caravage, Fernandez  imagine le personnage de Mario en amant du peintre, qui l’accompagnera tout au long du roman et sera même l’officiant de sa mort. Il fait du même Mario le modèle sensuel du Garçon mordu par un lézard et du Garçon pelant un fruit.

Tout au long de ses pérégrinations, de Rome à Porto Ercole, lieu de sa mort, en passant par Naples, Malte et la Sicile, Dominique Fernandez propose un Caravage marqué par le génie, mais sans cesse contraint de composer avec l’Eglise pour éviter de manifester sa vraie nature. Il le montre toujours sur la corde raide, en dépit du soutien des Sforza, des Colonna, du cardinal del Monte et de Scipion Borghese, une aide qu’il accepte mais que, dans son for intérieur, il rejette.  L’occasion pour l’écrivain de brosser le tableau d’une Ville éternelle, en pleine Contre-Réforme, dans laquelle les grands prélats de l’Eglise, cherchent à s’attacher les peintres de renom et à constituer de fabuleuses collections de tableaux.

C’est peu de dire que Dominique Fernandez excelle à recréer l’atmosphère en pleine effervescence de la Rome baroque. Avec  20% de réalité historique et 80% d’imagination et de grande érudition, il nous fait pénétrer dans l’intimité des cardinaux, passés maîtres dans l’art de manipuler la symbolique des toiles de leur protégé, tout en étant en proie aux luttes d’influence, et aux intrigues les plus complexes, tout cela « ad majorem dei gloriam » !

Il a surtout l’art de commenter les tableaux du Caravage, de nous en dévoiler la facture secrète et les subtilités du clair-obscur, de nous en faire l’exégèse biblique la plus pointue, de nous en apprendre la symbolique du moindre détail. C’est d’une manière extrêmement précise et vivante qu’il nous fait appréhender la force novatrice des tableaux du Caravage, un des premiers à traiter les thèmes religieux et la peinture d’histoire en faisant poser des voyous ou des prostituées. Une véritable leçon de peinture et d’histoire de l’art !

Conférant au peintre une attitude masochiste et sacrificielle, l’écrivain le fait s’identifier à Mathieu dans Le Martyre de saint Mathieu, à Jean dans La Décollation de Jean le Baptiste, à Goliath dans le David tenant la tête de Goliath. D’une certaine manière, c’est la même attitude qu’il attribuera à Pasolini dans cette autre biographie imaginaire qu’est Dans la main de l’ange. Il établira par ailleurs de nombreux parallèles entre le peintre baroque et l’écrivain italien.

Emportée par un souffle romanesque puissant, soutenue par une thèse homosexuelle et masochiste (qui peut sembler parfois excessive), cette biographie rêvée m’est apparue comme un bijou baroque pour un peintre mystérieux, extravagant et génial.

 

 

Lire mon billet sur La Décollation de Jean le Baptiste, du Caravage :

http://ex-libris.over-blog.com/2015/06/a-malte-autoportait-du-caravage-en-jean-le-baptiste.html

 

 

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24 juillet 2015 5 24 /07 /juillet /2015 17:20
L'autobiographie dans "l'ère du soupçon" : Enfance (1983), de Nathalie Sarraute.

 

 

En octobre 2014, c’est avec Enfance (1983) de Nathalie Sarraute que nous avons entamé l’année de notre groupe de lecture consacrée à l’autobiographie : une excellente introduction à un genre multiforme.

Souhaitant éviter les clichés de ce genre littéraire, Nathalie Sarraute (alias Natacha Tcherniak) mettra trois ans à écrire cette œuvre qui fera l’objet de plusieurs versions. Elle se méfie en effet des mots du quotidien, incapables selon elle de rendre compte de son expérience intime singulière. L’excellente réception d’un livre qui renouvelle le genre autobiographique sera à la hauteur de l’entreprise.

Nathalie Sarraute nous invite à découvrir la petite fille qu’elle fut, partagé entre une mère distante, « un bloc de glace incandescent », et un père affectueux mais discret, qui ne lui fera jamais défaut. Dans les années 1900, entre une Russie rêvée et le Paris des émigrés russes, on apprend comment « Tachok » ou « Tachotchek" , grande lectrice de Dickens, Hector Malot ou Ponson du Terrail, qui vit dans la familiarité des écrivains, sera « sauvée » par l’Ecole. Enfance est aussi, d’une manière tout à fait paradoxale, le  récit d’une vocation littéraire.

En effet, même si l’on ne trouve pas ici de « mots d’enfants », le texte élabore des expériences fondatrices et l’écriture met l’accent sur la continuité ininterrompue entre soi enfant et soi adulte. « Mais ces mots et ces images sont ce qui permet de saisir tant bien que mal, de retenir ces sensations » (p. 17) Nathalie Sarraute n’avait-elle pas envisagé comme premier titre : « Avant qu’ils disparaissent » ?

L’ouvrage se fonde sur les « tropismes », socle de l’ouvrage éponyme paru en 1937, qui en avait déconcerté plus d’un. Composé de dix-neuf fragments poétiques sans intrigue ni action extérieure, sans personnage ni analyse psychologique, Tropismes se présentait déjà comme une création à part. Définis dans L’Ere du soupçon (1956) comme « des mouvements indéfinissables, qui glissent très rapidement aux limites de notre conscience », ils paraissaient à l’auteur « constituer la source secrète de notre existence ». Nathalie Sarraute précisera : « Je n’ai choisi dans Enfance que des souvenirs dans lesquels existaient ces mouvements. » Ainsi Enfance sera non pas un rapport sur une période de sa vie, ni même un récit rétrospectif, mais bien l’autobiographie de ses tropismes d’enfant.

Ce qui intéresse l’écrivain, c’est surtout de mettre au jour une « sous-conversation », constituée de minuscules « drames intérieurs, souvent provoqués par des paroles prononcées ». Il lui faudra les faire advenir à la lumière par-delà la ouate de l’enfance, « ces épaisseurs blanchâtres, molles ouatées qui se défont, qui disparaissent avec l’enfance » (p. 277), mots sur lesquels se clôt son récit.

Par ailleurs, avec ce titre thématique, « Enfance », à valeur généralisante, Sarraute veut décrire « un enfant plutôt qu’une petite fille » (in Portrait de Nathalie » par V. Forrester). Et même s’il s’agit bien de l’enfance précise de la petite Natacha Tcherniak, dite « Tachok », la narratrice privilégie un mode de perception universel propre au jeune âge. Natacha appartient bien à « cette catégorie de pitoyables pygmées aux gestes peu conscients, désordonnés, aux cerveaux encore informes » (p. 274) que sont les enfants.

Dans la perspective de « l’ère du soupçon », qui fait porter le doute sur la notion de personnage, l’auteur accorde foi aux notions de « tremblé de la mémoire » et de « tremblé de l’identité », soulignées par Philippe Lejeune. Consciente de ces dangers, la narratrice prendra toujours de la distance avec les « beaux souvenirs », soit par un commentaire lucide soit par l’ironie. Une des scènes les plus emblématiques à cet égard est celle où elle récite un poème de Marceline Desbordes-Valmore, « Mon cher petit oreiller », poème attendu chez la gentille petite fille qu’est censée être Natacha. La narratrice évoque alors « l’abject renoncement à ce que l’on se sent être » (p. 63).

Toujours au service de cette quête d’être au plus près de ce qu’elle fut, Nathalie Sarraute emploie le mode dialogique qui permet le débat intérieur tout en mettant en relief la difficulté majeure du travail de remémoration. C’est une entreprise complexe, malaisée, dont témoignent les phrases interrompues, les points de suspension, les répétitions, la juxtaposition des phrases. Cette écriture hésitante – mais très travaillée -  est une des grandes réussites de l’œuvre. Au « je » de l’enfant répond le « je » d’un alter ego qui juge, censure, oriente.

Bien loin d’une confession à la Rousseau ou de l’élévation d’une statue comme chez Sartre, Enfance de Nathalie Sarraute est admirable par son refus délibéré d’étalage du moi. Avec son attention portée à l’aspect souterrain du langage, avec la description subtile d’une formation de la personnalité, l'écrivain de 82 ans qu'est Nathalie Sarraute tente de combattre l’oubli et de faire accéder au langage ce qui sans cesse se dérobe.

 

Sources :

Enfance, Nathalie Sarraute, Folio N°1684

Monique Gosselin commente Enfance de Nathalie Sarraute, Foliothèque N°57

Le Pacte autobiographique, Philippe Lejeune, Collection Poétique, Le Seuil

 

 

 

 

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4 juillet 2015 6 04 /07 /juillet /2015 09:05
Elsa Béziers : une songwriter à Marson.

Elsa Béziers devant la Cave communale de Marson

(Photo ex-libris.over-blog.com, vendredi 3 juillet 2014))

 

Vendredi 3 juillet 2015, invitée par la municipalité de Rou-marson, la jeune chanteuse, auteur-compositeur, Elsa Béziers, proposait un concert à une centaine d’habitants de la commune. Sous l’ombrage des hauts arbres, devant la cave communale, et dans la chaleur du soir, accompagnée de son guitariste Jean-Paul et de son jeune ingénieur du son Mathys, elle a donné à entendre à un public attentif et charmé la variété de son talent.

Dans une relation simple et sans effets, elle a chanté un répertoire éclectique lui permettant de dévoiler l’ampleur et la profondeur de sa voix. Si Elsa s’est d’abord formée à la musique classique dès son jeune âge et a pratiqué le chant lyrique, elle a ensuite souhaité découvrir d’autres musiques et a étudié à la Tech Music School à Londres.  

Vivant dans la capitale londonienne, elle a bien sûr chanté avec rythme et maîtrise du rock anglais, des reprises des Pink Floyd et autres standards mythiques telle The House of the Rising Sun. Fidèle à la France, elle a rendu hommage avec force à Balavoine ou encore à Noir Désir avec Et le vent nous emportera.

Cependant, ce que j’ai pour ma part préféré, ce sont ses propres compositions aux titres évocateurs : To fill the silence ou Muddy memory. Chantés en français ou en anglais, accompagnés à la guitare acoustique ou à la guitare électrique, ses textes sincères et pleins d’émotion ont un accent mélancolique que sa voix profonde aux subtiles modulations sert avec bonheur. Elle y dit notamment l’amour dont sont en quête, à son image, des milliards d’êtres humains…

Ces deux heures de chanson ont été saluées par le maire de Rou-Marson, Rodolphe Mirande, qui a insisté sur ce moment de découverte d’une voix puissante et juste, qui contraste avec la tonalité douce de la voix de la chanteuse au quotidien.

Pour ma part, j’ai été impressionnée par le parcours musical d’Elsa que j’avais eue comme élève lorsque j’enseignais dans l’option-théâtre au lycée privé Saint-Louis de Saumur. Elle y dévoilait déjà un tempérament artistique certain que cette soirée amicale et estivale n’a fait que confirmer.

 

https://www.giggem.com/Elsa

Pour écouter Elsa :

https://soundcloud.com/elsa-b-1/keep-me-going?fb_action_ids=10206935014232266&fb_action_types=soundcloud%3Apublish

 

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3 juillet 2015 5 03 /07 /juillet /2015 15:44
Un art du "presque rien" : Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier, de Patrick Modiano.

 

Vieille photo de Saint-Leu-la-Forêt, un des lieux du dernier opus de Modiano

(Photo Wikipédia)

 

« Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier », telle est la phrase qu’écrivait Annie Astrand pour le narrateur, Jean Daragane, du dernier opus de Patrick Modiano. C’était quand le personnage était petit et qu’il avait été confié aux soins de cette femme. Mais qui était Annie Astrand, cette silhouette féminine d’un autrefois que le narrateur redécouvre du plus loin de l’oubli ?

Il n’est pas certain qu’on le sache vraiment à la fin du livre mais le lecteur, amateur inconditionnel du prix Nobel 2014, ne s’en plaindra pas. En effet, avec ce récent ouvrage, il ne pourra qu’admirer la trame subtile tissée par l’auteur qui superpose ici, de sa manière inimitable, les différentes strates de la mémoire.

A grand peine et au prix de bien des errances, le narrateur parviendra à se remémorer l’époque où il vivait à Saint-Leu-la-Forêt avec cette Annie Astrand et Roger Vincent. Pour cela, il lui aura fallu passer par un labyrinthe de quinze années après sa séparation brutale d’avec la jeune femme et le moment de leurs retrouvailles dans le quartier du Ranelagh.

Chez Modiano, il y a toujours ce moment improbable et ténu où le travail de la mémoire se met en branle. Au début, ce n’est « presque rien », c’est « comme une piqûre d’insecte qui vous semble d’abord très légère ». Dans ce roman, c’est le jour où un certain Gilles Ottolini téléphone à Jean Daragane afin de lui remettre un carnet d’adresses qu’il a retrouvé au buffet de la gare de Lyon.

Comme toujours chez l’écrivain, on se perd dans ce complexe palimpseste mémoriel qui vient en écho à d’autres œuvres. Que ce soit à travers Jean D. ou Jean Daragane, il nous livre les bribes d’une enfance quasi orpheline de père et de mère, où domine la souffrance de l’abandon : « Il avait le sentiment de n’avoir jamais eu de parents. »

Cette quête de l’enfant que fut le narrateur est toujours aussi tremblée, aussi hésitante : « LE TREMBLAY. Et ce mot provoqua chez lui un déclic, sans qu’il sût très bien pourquoi, comme si lui revenait peu à peu en mémoire un détail qu’il avait oublié. » Il est malaisé de lire dans les signaux que vous envoie un mémoire clignotante : « A cause de certains noms […] il se trouvait brusquement en présence de certains détails de sa vie, mais reflétés dans une glace déformante, de certains détails décousus qui vous poursuivent les nuits de fièvre. »

Certes, les lieux ont changé, sont désormais désertés ou ont été détruits et les carnets d’adresses ne contiennent plus que des numéros de téléphone dont les abonnés ont disparu. Et pourtant, certains personnages, telle cette Chantal Griffay, en font ressurgir d’autres ; certains lieux ressuscitent parce qu’ils furent déjà habités par celui qui les retrouve ; certains objets, comme cette robe de satin noire avec deux hirondelles sur les épaules, raniment des êtres disparus. Magie de l’écriture qui ranime et ravive les ombres du passé.

Sur ce roman plane une impression de menace diffuse, semblable à celle de la voix de Gilles Ottolini lorsque Jean Daragane l’entend pour la première fois. N’est-il point en effet hasardeux et dangereux de réveiller les morts, de ramener à la lumière les histoires louches de ceux qui « firent de la prison » ou qui furent mouillés dans une « combinatie » ?

Comme dans les autres œuvres de Modiano, on suit la quête du narrateur avec inquiétude et surtout émotion. Comment celle dont le seul nom « avait pour lui l’effet d’un aimant », celle pour qui il avait sans doute écrit son livre, Le Noir de l’été, « dans l’espoir qu’elle lui fasse signe », celle qui avait tant « compté » pour lui, avait-t-elle pu l’abandonner dans cette maison  d’Eze-sur-Mer, victime d’un délaissement dont il ne s’est pas remis ?

Le roman s’était ouvert sur le « presque rien » du mouvement de la mémoire ; il se clôt de la même manière mais on comprend que ce « presque rien », c’est tout pour le narrateur : « […] Au début, ce n’est presque rien, le crissement des pneus sur le gravier, un bruit de moteur qui s’éloigne et il vous faut un peu de temps encore pour vous rendre compte qu’il ne reste plus que vous dans la maison. »

Rappel discret d’une enfance esseulée, réflexion mélancolique sur l’écriture et sur le vieillissement, évocation de la personne rare que « l’on aurait voulu vraiment rencontrer », il y a tout cela dans ce dernier roman. Plus qu’ailleurs cependant, tout l’art de Modiano me semble résider dans ce « presque rien » d’une « piqûre d’insecte, d’abord très légère », à l’origine d’une « douleur de plus en plus vive, et bientôt [d’] une sensation de déchirure ».

 

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29 juin 2015 1 29 /06 /juin /2015 18:19
Deux voies poétiques : Christine et Catherine.

 

Par l’intermédiaire d’une relation commune, j’ai rencontré il y a trois mois environ une amie qui écrit de la poésie. Si nos textes sont de  genres et de styles bien différents, nous avons cependant souhaité les faire se rencontrer pour une lecture à voix haute. Jeudi 18 juin 2015, nous avons donc reçu chez moi une quinzaine d’amies pour une rencontre et un partage amicaux.

Si j’ai déjà eu la chance d’entendre certains de mes poèmes dits par des voix amies, lors notamment du Printemps des Poètes 2014 et 2015, pour Christine, c’était la première fois qu’elle dé-voi-lait ses poèmes. Pour l’avoir vécu moi-même, je sais que ce moment est toujours empreint d’émotion. Par ailleurs, c’était pour moi l’occasion de présenter certains des poèmes de mon dernier recueil, Mais l’ancolie… qui vient de paraître chez Mon Petit Editeur.

Aucune thématique particulière n’a présidé à l’ordonnancement des poèmes choisis. Nous les avons simplement disposés en fonction des échos qu’ils ont suscités en nous et des associations qu’ils ont fait naître. Dans l’alternance, la succession ou l’union de nos voix, les poèmes se sont donc succédé deux par deux, les Gymnopédies d’Erik Satie venant en intermède afin d’apporter une respiration bienvenue entre les textes.

 

Depuis Apollinaire, on sait que « Sous le pont Mirabeau/ Coule la Seine/ Et nos amours… ». « Au fil de l’eau » (Christine) nous a dit d’abord le temps qui passe, la danse de la vie :

 

Je t’ai vu grandir

Je t’ai vu grossir aussi

J’ai aperçu tes cailloux

Tes genoux dans l’eau claire de la source

« Sourcier » pourquoi te cacher

Puisque tu as trouvé

Le bonheur « au fil de l’eau » […]

 

« A la verticale de l’été » a été écrit alors que je venais de voir le film éponyme du Viêtnamien Anh Hung Tran qui raconte le destin de trois sœurs :

 

A la verticale de l’été

Trois femmes se déploient

Souples corps de lianes

Orbe bombée de leurs paupières

Sous leurs obscurs cheveux de nuit […]

 

Avec le poème « Cadeau de la vie » (Christine), il s’agit tout simplement de rendre grâce en une forme de « magnificat » :

 

[…] Attendre

Attendre longtemps

Ce bien si précieux

 

Source qui coule

Dans nos veines

Sans trop de peine […]

 

« Le ciel est bleu il fait du vent » m’a été inspiré le 3 juin 2012, un jour de Fête des Mères :

 

[…] Le brun le blond la douce infante

Se sont enfuis comme eau courante

 

Le ciel est bleu il fait du vent

Où sont partis mes trois enfants

 

Miennes amours infiniment

 

« Entre passé et avenir, nous ne possédons que le petit instant présent. » « Une pensée peut-être » (Christine) évoque la beauté de  l’instant :

 

Heure exquise

Etape requise

Espace glycine

Couleur mauve bleutée

Un peu violette

Une pensée peut-être […]

 

« Métamorphose » est un poème qui m’a été inspiré par le vol léger d’un papillon ; il reprend le thème de Psyché :

 

[…] Doux rêve flottant

Mystérieux moment

Mon âme qui ose

Sa métamorphose 

 

La faculté de choisir est sans doute l’expression de notre liberté. Le poème « Aimer choisir » (Christine) dévoile la difficulté du choix :

 

Aimer à l’envers

De travers

Sous couvert

 

Aimer droit

Aimer cœur

Aimer Vers […]

 

Dans La Folle allure, Christian Bobin écrit : « Tu sais ce que c’est la mélancolie ? Tu as déjà vu une éclipse ? Eh bien c’est ça : la lune qui se glisse devant le cœur, et le cœur qui ne donne plus sa lumière […] ». « Mais l’ancolie… » (qui est le titre de mon dernier recueil) propose un jeu avec les syllabes du mot « mélancolie » :

 

Elle

 

L’amie innée

La lente liane

A l’élan las

 

La mal-aimée

L’ancolie calme

Ame en allée […]

 

« Attentat » (Christine) est un texte écrit à chaud (puis revisité) après les attentats de janvier 2015. Il exprime la surprise devant le mal du monde :

 

Attenter à la vie

Ici

Devant Lui

 

Lui l’autre

Pense

Fait la guerre

 

Guerre du papier du dessin

Guerre du feu […]

 

J’ai écrit « Le cœur à Ground Zero » au lendemain du 11 septembre 2011, dix ans après la destruction des tours jumelles. J’avais vu en effet un reportage télévisé qui évoquait la souffrance toujours vive de ceux qui y ont perdu un être cher :

 

[…] Là

C’est désormais le creux

Rectangulaire

Celui de la douleur

Où pleurent

Les eaux du souvenir

Et où celui qui reste

Avec un papier calque

Vient retrouver

Vient caresser

Vient réécrire le nom

De celle qu’il aima

 

Le cœur à Ground Zero 

 

« Ecrire » (Christine) suggère la joie de la lecture et de l’écriture :

 

[…] Une pensée

Une ligne sur le papier

Un stylo levé

Dressé pour mettre un frein à son destin

 

 […] Ecrire

 

Un essaim

Le dessin de l’écriture

 

« Ecrire en ce jardin », composé au cours d’un atelier d’écriture (animé conjointement par un poète et une haptonomiste), suggère que la joie du cœur, née de la joie du corps, est une voie possible vers l’écriture :

 

«Tiens ! Peut-être… Pourquoi pas ?

Diseuses, les larmes au bord de mes paupières ?

Quoi ?

Dans ce labyrinthe de mots et de feuilles

Qui tombent comme neige

Peut-être… […]

 

Ecrire en ce jardin

 

« Bijoux » (Christine) et « Dans ta robe flammée » (Catherine) sont deux poèmes dont le premier pourrait être une offrande au second :

 

Beauté à genoux

 

Biseautés

de petits clous

 

Brillantés de pierres précieuses […]

 

A genoux dans les Cieux

 

« Dans ta robe flammée », c’est Marie-Madeleine, revêtue d’une éclatante robe jaune, dans un tableau de Theodor van Thulden, qui la représente au pied de la Croix :

 

Toi Marie-Madeleine pénitente exaltée

Arrosant de tes pleurs les pieds de l’Inspiré […]

Que n’avais-tu songé dans ta robe flammée

Qu’un jour Il te dirait Noli me tangere

 

« Ce qui compte, c’est la puissance de la joie qui éclate à la vitre de nos yeux. Une apparition, une seule, et tout est sauvé » écrit Christian Bobin dans L’Homme-joie. « La joie » (Christine) et « Echappée belle » (Catherine) sont deux poèmes consacrés à la joie, sentiment de liesse et de plénitude : une joie à retrouver et une autre qui naît de la surprise :

 

Sur la table

Allongée dans le sable

Dans les ruelles de l’étage

Inférieur de ton être

La joie est là […]

 

Sur le sable

Fin léger

Une pensée furtivement

Se glisse

Des petits grains

S’enkystent

La joie revient

 

Et la joie de naître au moment où l’on s’y attend le moins :

 

La cascade surgie des rochers tortueux

Le soleil qui tombe à l’envers de la mer

Le lever de perdreaux par-dessus les maïs

Le cheval hennissant en dehors du licol […]

 

Sublime et frêle

Irrationnelle

Providentielle

Telle est rebelle

En sentinelle

Toujours nouvelle

L’échappée belle

 

Dans L’éternité n’est pas de trop, François Cheng écrit : « Puisque la beauté est rencontre, toujours inattendue, toujours inespérée, seul le regard attentif peut lui conférer étonnement, émerveillement, émotion, jamais identiques. » « Merveille des merveilles » (Christine) en est l’illustration :

 

Touché en plein cœur

L’odeur du bonheur

Délirante de douceur

Se dessine dans l’herbe grise

De ton sourire

 

Merveille des merveilles […]

 

Assis là

Raconte-moi

De surcroît

L’étendue saugrenue

De l’immensité du bonheur

De te trouver « Emerveillé »

 

Qui ne connaît Les Très riches heures du duc de Berry qu’illustrèrent les frères de Limbourg, Pol, Hermann et Jannequin ? « Jean et Ursine » est un poème qui m’a été inspiré par une de leurs merveilleuses enluminures, « L’homme zodiacal » :

 

Ô vous ma belle Ursine dont le corps est d’ivoire

Et dont les cheveux d’or sont reflets de soleil

Vous ma céleste sœur ma jumelle-miroir

Je vous ferai captive dans l’orbe des merveilles […]

 

Du Zodiaque absolu le temps viendra toujours

Et j’y ajouterai l’ours noir et le cygne

Gémeaux nous brillerons à l’éther de l’Amour

Dans la constellation seront Jean et Ursine

 

Les deux poèmes qui suivent pourraient être lus dans les lignes de la main ; ils sont comme deux lignes de vie. Le premier est intitulé « Advenir » (Christine) et le second « Ma vie » :

 

Venir avec

Naître

Jamais seul

 

Ici

Toujours […]

 

Avenir serein

Avenir certain

 

Mentalement

Avènement

 

J’ai écrit ce poème, « Ma vie »,  en pensant aux toiles du peintre scandinave Vilhelm Hammershøi. Il peint des intérieurs blancs où se succèdent des portes ouvertes :

 

Ma vie

Une marche tout au long de couloirs

Blancs

Où des portes s’ouvrent

Sans bruit […]

Ma vie

Une avancée dans les sables mouvants du temps

Comme dans un tableau déchiré

De Vilhelm Hammershøi

 

" Tout objet aimé est le centre d'un paradis" affirmait le poète romantique allemand Novalis. Les deux poèmes qui suivent, « Bien-être » (Christine) et « S’il est un paradis » (Catherine) disent chacun un instant délicieux de paix et de béatitude :

 

Etre bien

Etre là

Assis

Dans l’instant

 

Etre aussi

Avec toi

Avec moi

Avec Lui

Dans l’instant […]

 

Etre là

Bien-être

Etre bien

 

« S’il est un paradis » a été écrit après ma visite des merveilleux jardins du palais Viana à Cordoue.

 

S’il est un paradis

C’est le palais Viana

Où sans fin à l’envi

Je mènerai mes pas

Aux patios parfumés

Où jase à l’infini

Clair et jamais lassé

Le tendre chuchotis

Des fontaines [z] aux losanges

Qu’enivre et que ravit

La senteur des oranges

 

"Le noir est le refuge de la couleur" disait Gaston Bachelard. Les deux poèmes qui suivent, « Gant noir » (Christine) et « Walpurgis » (Catherine) évoquent deux connotations de la couleur noire :

 

C’est un rêve galant

Un gant tendu

Noir […]

 

C’est noir pourquoi

 

C’est noir pour croire

En Toi

 

C’est noir pour dire

Que tu es là

 

C’est noir pour Toi

La nuit de Walpurgis est une fête néo-païenne qui a lieu dans la nuit du 30 avril au 1er mai. Célébrée clandestinement dans toute l'Europe, elle fut identifiée au sabbat des sorcières et c’est cela qui m’a inspirée :

 

J’ai entendu des aboiements

C’était Hécate et ses grands chiens

Qui s’en venaient sur le chemin […]

 

J’ai rêvé la nuit des sorcières

Porte béante des Enfers

La lune ne s’est pas levée

 

Dans l’Antiquité, les mirabilia, ce sont les choses extraordinaires. Mais l’extraordinaire, le merveilleux, n’est-il pas partout pour qui sait s’étonner et admirer ? Les poèmes « Les merveilles » (Chistine.) et « Pour des prunes » (Catherine)  illustrent cette faculté du regard naïf :

 

Peut-on parler de merveille

A un être surdoué

 

Peut-on parler de merveille

A l’oiseau enchanté […]

 

Peut-on compter merveille

A qui aime la pâtisserie

 

Petite merveille

De notre enfance

Réjouis-toi d’être un délice

Pour la langue et le palais

 

Et puisque nous étions dans la confiserie… nous y sommes restées en faisant des confitures de prunes !

 

Pruniers en ligne

Dans l’été qui meurt

En meules de foin

Et vignes mûries […]

 

Alchimie du feu

Et transmutation

Rondeurs lie-de-vin

En sirop lilas

 

Géométrie calme

Des pots bien rangés

Sur les étagères

 

Tout ça pour des prunes !

 

" Le poète, c'est l'homme attentif à des riens" disait Jacques Chardonne  dans une « Lettre à Roger Nimier ».  « Poète en herbe » (Christine) nous le dit aussi :

 

Avenir incertain

Mais divin

C’est pour Toi

Poète de surcroît […]

 

Poésie recouverte

Poésie étroitesse

Oblige la poétesse

A transmettre

Sans le couvercle

Le délice du dedans

 

Poète en herbe

Poétesse qui désherbe

 

Selon moi, l’écriture d’un poème se réalise souvent dans un dialogue intime avec soi-même et loin du monde. Elle naît dans « Les terres de ma solitude » :

 

Dans les terres de ma solitude

Les empreintes de mes pas ont disparu

Le son de ma voix a décru […]

 

Dans les confins de ma solitude

Je me love aux tréfonds de moi-même

Pour que bruisse farouche un unique poème.

 

Le canapé est un objet prosaïque du quotidien. Mais il peut inspirer le poète ! Confortable, il a suggéré à Christine « Un rêve sur canapé » :

 

Assise reposée

Heureuse

Soirée délicieuse

Profiter

Bonheur approuvé

Un rêve sur canapé […]

 

Porteur de rêves

Sur canapé allongé

 

Le poème « Couchée » (Catherine) est une rêverie sur tout ce temps de la vie où l’on est allongé…

 

La nacelle d’osier où l’on me déposa

Et le petit lit bas de l’enfance muette

Le si grand lit carré de la jeune mariée

Une ancienne chanson […]

 

Il y aura un temps

Je les retrouverai

Je m’y endormirai

Dans mon  lit de verdure

 

Les peintres savent bien que la peinture est toujours une forme de tempête et d’orage. Le poème « Peindre » écrit par Christine, elle-même peintre, s’attache à le dire : 

 

Si joliment posé

Là sur la toile

Le dessin de la vie

L’émotion du moment

 

Peindre à l’encre bleue

De tes yeux

Peindre en simple lieu

De tes creux de mains […]

 

Peindre souvent dans le vent

Sous la pluie à midi

Juché sur un lit au milieu des Iris

Mais peindre « peindre » encore les Myosotis

 

« Regard dans La Tempête » est une songerie sur la toile du Giorgione, La Tempête, qui est un de mes tableaux préférés :

 

Je suis

A Venise à L’Académie

Devant

La Tempête du Giorgione

 

Sur des cieux d’un bleu de cobalt

Tel un serpent brille un éclair

La ville blême s’illumine

Un oiseau rit sur un toit gris

Des feuilles dansent au firmament

Des arbres verts vibrent au vent

Un pont de bois regarde l’eau

Des ruines crient leur solitude […]

 

Et moi

Je voudrais m’ensommeiller là

En l’intime des éléments

Dans ce lieu vert et utopique

Etre la femme et son enfant

Que l’homme enfin regarderait

De son œil d’amant lumineux

Sous le plombé d’un ciel d’orage

 

“La peinture est une poésie qui se voit au lieu de se sentir et la poésie est une peinture qui se sent au lieu de se voir » disait Léonard de Vinci. Peinture et poésie ne sont-elles pas deux manières de célébrer la beauté du monde ?

Avec cet écho pictural s’est achevé ce moment poétique, qui nous a permis à Christine et à moi-même de lancer notre modeste appel du 18 juin en faveur de la poésie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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29 juin 2015 1 29 /06 /juin /2015 10:45
Balade contée "le nez en l'air à Marson" (Photo ex-libris.over-blog.com, jeudi 25 juin 2015)

Balade contée "le nez en l'air à Marson" (Photo ex-libris.over-blog.com, jeudi 25 juin 2015)

 

Jeudi 25 juin 2015, la Bibliothèque de Rou-Marson, dont je suis une des bénévoles, organisait une Balade contée « le nez en l’air », dans les ruelles et aux lisières des bois de Marson. La PEB (Patrimoine Environnement Botanique) et la Bibliothèque-Médiathèque de Saumur en étaient les partenaires.

Menée par Renée Monnier, présidente de l’association des Chemins botaniques, le groupe d’une petite trentaine de personnes a d’abord fait halte dans la charmante église Sainte-Croix de Marson. L’occasion pour Jean-Claude Monnier, trésorier de l’association Patrimoine Religieux en Saumurois, de présenter la symbolique d’une église : son orientation à l’est, vers le soleil levant, symbole du Christ ; le plan basilical, en forme de croix latine ; l’emplacement codifié des statues de la Vierge et des saints ; le bénitier et les fonts baptismaux remémorant le baptême du Christ ; la chaire, les cierges, etc.

Pierre Bourigault, Marie-Jo Béziers et Michelle Sécher ont évoqué l’atmosphère  sereine de la petite église Sainte-Croix en disant un poème (1911) de Jeanne Nérel. Celle-ci y décrit une « sobre » église de campagne, modeste comme la nôtre, mais pleine de charme. La Vierge y sourit avec Jésus « assis sur sa manche », « Des vases bleus sont tout remplis/ De fleurs à l’odeur de vanille », on y entend de « tout petits bruits » dans la lumière des vitraux peints, tandis qu’une vieille s’en va lentement « dans le cloître vide ».

Ensuite, sur l’herbe verte du petit cimetière qui jouxte l’église, j’ai dit un poème intitulé « Buisson ardent », que j’avais écrit en octobre 2010. C’était en une autre saison, mais le charme de ce lieu paisible, d’où l’on devine, derrière les murs de la fontaine, le tuffeau blanc du château de Marson, caché par de hauts platanes, est bien le même : « […] C’est derrière un mur blanc/ Sur un coteau herbeux/ Le soleil culminant/ Incendie mes deux yeux »

Pierre nous a ensuite invités à le suivre avec « Sensation » de Rimbaud : « Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers […] » « Les chemins nous inventent, il faut laisser vivre les pas », disait Philippe Delerm.

Nous avons remonté la rue vers la sortie du village et, devant de vieux murs, Renée a fait remarquer les anciens anneaux destinés aux chevaux et la juxtaposition du soubassement de grès et de la pierre de tuffeau. Avant le chemin de la Croix, nous avons tourné à gauche et, par un petit sentier, pénétré sous le couvert des arbres. Sous les châtaigniers, chênes et pins, nous avons décliné plusieurs poèmes qui célèbrent l’arbre.

Michelle a dit d’abord, un texte de Jacques Prévert, qui les aimait et qui affirmait : « Les arbres parlent arbre/ Comme les enfants parlent enfant ». Car « Quand la vie est une forêt/ Chaque jour est un arbre […] ». Avec Renée, Jules Supervielle nous a rappelé la création avec « Le premier arbre », un poème qui dit l’exaltation du Créateur : « C’était lors de mon premier arbre,/ J’avais beau le sentir en moi/ Il me surprit par tant de branches,/ Il était arbre mille fois […] ». Pour nous rappeler que l’arbre est un être vivant à notre image, Michelle a dit un de mes poèmes, « L’être de l’arbre » : « Qui saura l’être de l’arbre/ Sa force vive en de vibrants insectes […] ». « Il était une feuille » de Robert Desnos a souligné ce lien vital entre le cœur de l’homme et les arbres, dont les racines nous relient à l’univers. Une idée que Christian Bobin exprime à sa manière : « Chaque matin, au réveil, je demande à l’arbre devant ma fenêtre : « Quoi de neuf aujourd’hui ? » La réponse vient sans tarder : « Tout. » Enfin,  alternativement, nous avons dit un poème de Andrée Chédid l’Egyptienne, qui vécut au Pays des Cèdres : « […] Cheminer d’arbre en arbre/ Explorant l’éphémère/ Aller d’arbre en arbre/ Dépistant la durée ».

Une halte sous une clématite vigne blanche, montée à l’assaut des arbres, a donné à Renée l’occasion de dire un texte de Michel Lis, celui que l’on surnommait « Moustache verte ». Parti récemment au paradis des jardiniers, il avait écrit un texte que l’on retrouve dans de nombreuses légendes. C’est l’histoire du Rossignol dont les pattes avaient été liées pendant la nuit par les vrilles d’une clématite. Et voilà pourquoi, désormais, il demeure en éveil et chante la nuit « de peur qu’une autre Herbe aux Gueux […] ne vienne l’entraver pour toujours. »

Quittant le couvert des arbres, Renée a évoqué la toxicité et les vertus de la bollène (verbascum thapsus), de la bourdaine (frangula alnus), du plantain lancéolé et de la menthe, ce qui a réveillé des souvenirs d’enfance chez nombre de promeneurs. Dans une clairière qui fut autrefois un verger très bien entretenu,  Renée nous a dit en souriant que le propriétaire vieillissant préfère désormais aller jouer au palet plutôt que de sulfater ses arbres fruitiers. L’occasion pour Pierre de dire un texte de Robert Gélis, un poète et romancier pour la jeunesse dont les textes sont pleins d’humanité et d’humour : « Ils ont coupé le vieux pommier/ Roi du verger/ Et en tronçons l’ont débité […"

Dans cet endroit ensoleillé où la nature reprend très vite ses droits, nous avons donné la parole à Raymond Queneau. Dans son recueil Battre la campagne (1968),  il jette un regard plein de tendresse cruelle sur le monde végétal, animal et minéral. Avec « Feu le jardinier » il nous permet d’imaginer la lutte des plantes pour la vie : « L’homme est mort et son jardin vit/ […] chacun pousse à sa façon/et la place est chère au soleil/ il y a des morts et des blessés/ parmi les végétaux abandonnés/ qui regrettent peut-être la main du jardinier ».

Notre groupe s’est ensuite dirigé vers les fontaines du bois. Laissant sur notre gauche le premier lavoir, nous avons fait une première halte devant un lierre terrestre. Parfois appelée « courroie de saint Jean », cette plante de la famille des lamiacées est souveraine contre les abcès et les furoncles. Invités par Renée à le froisser entre nos doigts pour en humer l’odeur, nous avons écouté « Le nez fin » de Raymond Queneau : […] c’est peut-être de l’anis c’est peut-être de la menthe/ c’est peut-être la plante/ qui fait rêver à tous les parfums de l’Arabie/ […] à la route rouillée à la boue piétinée/ à l’eau/ à rien ».

Auprès de la seconde fontaine, des rondins de bois avaient été disposés en façon d’hémicycle  par les soins de Pierre et les marcheurs y ont pris place. Des draps blancs avaient été étendus sur des tiges de bois. Dans la fraîcheur des arbres, traversés par les rayons du soleil du soir d’été, Marie-Jo nous a fait rêver au charme des fontaines d’antan avec « D’une fontaine » de Philippe Desportes. Inspirateur de La Fontaine, ce poète baroque fut surnommé le « Tibulle français »  pour la douceur et la facilité de ses vers : « Cette fontaine est froide, et son eau doux-coulante,/ A la couleur d’argent semble parler d’amour :/ Un herbage mollet reverdit tout autour,/ Et les aulnes font ombre à la chaleur brûlante […] ».

C’est ensuite Louis Poirier, dit Julien Gracq, qui a ressuscité pour nous un « Jour de lessive à Saint-Florent » (Lettrines, 2), « branle-bas rituel et périodique ». De son enfance heureuse et campagnarde, il n’oublia jamais « l’odeur enveloppante, un peu sucrée, de lessive fraîche » : « Du fond de mon enfance, je me souviens de la lessive, espèces d’Etats généraux domestiques où deux fois par an, à côté de notre bonne, de celle de mon grand-père et de ma tante, se rassemblaient le ban et l’arrière-ban des laveuses […] » A l’occasion du pliage des draps, Pierre a invité Marie-Noëlle et d’autres à plier avec lui les grands rectangles de coton et lin blanc. Au rythme de la petite chanson populaire, « Roulons-le le père Mathurin/ Roulons-le dans sa brouette », Marie-Noëlle a été joyeusement balancée « d’avant en arrière assis[e] au milieu des draps pliés en huit ».

Dans ce lieu de verdure intime et accueillant, nous ne pouvions manquer ici de penser au « Vallon » de Lamartine. Ce texte romantique célébrissime exprime l’accord fusionnel entre l’homme et la nature : « Mais la nature est là qui t’invite et qui t’aime ;/ Plonge-toi dans son sein qu’elle t’ouvre toujours,/ Quand tout change pour toi, la nature est la même,/ Et le même soleil se lève sur tes jours. »

Pourtant, certains sont très angoissés lorsqu’ils se retrouvent dans une forêt. C’est le cas du saturnien Verlaine qui, avec le poème « Dans les bois », décrit une nature nocturne, inquiétante et hostile : «  […] La nuit vient. Le hibou s’envole. C’est l’instant/ Où l’on songe aux récits des aïeules naïves…/ Sous un fourré, là-bas, des sources vives/ Font un bruit d’assassins postés se concertant. »

Tout en fredonnant la « Chanson du Père Mathurin », nous avons repris notre marche bucolique vers un tas de bois coupé, à la lisière des arbres. L’occasion pour Renée de lancer un cri d’alarme contre ceux qui tuent les arbres de façon anarchique et contribuent à la destruction des forêts et des paysages : « Le bûcheron et sa cognée/ font des trous dans la forêt/ […] ô promoteur urbain arrête un peu le bras/ laisse aux végétariens quelques ares de square ». Un écho moderne à l’appel inquiet de Ronsard aux bûcherons de la forêt de Gastines !

Aux abords du lotissement de Godebert, nous nous sommes arrêtés entre un banc de pierre et un beau noyer. Dans l’espoir qu’il ne sera pas abattu lors de la construction prochaine de maisons neuves prévues à cet endroit, j’ai lu le poème que j’avais écrit il y a quelques années : « Elégie pour un noyer ». J’y évoquais la mort du noyer que j’aimais et qui se tenait sous mes fenêtres : « J’aimais le noyer devant ma fenêtre/ J’aimais le noyer diseur de saisons/ Pigeons et ramiers en étaient les maîtres/ Et chaque matin trillaient leur chanson […] Toujours érigé en songe peut-être/ Un printemps prochain je le reverrai ».

Pierre nous a ensuite distillé les « Confidences d’un banc public », un poème drolatique de Geneviève Thibert : […] Oh ! J’en ai entendu des mots, des phrases,/ Des jérémiades, des déclarations,/ Des projets, des insultes, des menaces,/ Des cris, des pleurs, des rires, des chansons […] ».

En longue file indienne, longeant les haies des maisons, nous sommes remontés vers les hauts de Godebert. Mêlés au groupe, les diseurs ont lancé les proférations de Raymond Devos contre les haies avec le texte « Je hais les haies » : « Je hais les haies/ Qui sont des murs./ […] Je hais les murs/ Qu’ils soient en dur/ Qu’ils soient en mou !/ Je hais les haies/ Qui nous emmurent./ Je hais les murs/ Qui sont en nous. »

Tout en haut de Godebert, à la lisière des champs, nous avons lancé encore « Un cri », toujours de Raymond Queneau. Il y fustige l’emprise progressive du « ciment » : « dans la nuit de ciment/ c’est elle qui crie/ la nature entraînée/ dans le gouffre du temps/ cherchant sa délivrance ».

Cette Balade contée le nez en l’air s’est terminée par un apéritif convivial devant la cave communale de Marson, sur la place en face du château. Renée et moi y avons dit un dernier poème, intitulé « Risques champêtres ». Un texte amusant qui décrit avec humour les dangers que recèle Dame Nature :  « […] lorsque vous tendez la main vers/ un végétal quelconque/ réfléchissez quelques secondes/ ne devenez pas daltonien/ ne vous laissez prendre sans vert ».

En ce soir de la sainte Eléonore,  cette promenade où nous avons herborisé et poétisé a été une manière agréable et bucolique de commencer l’été.

 

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23 juin 2015 2 23 /06 /juin /2015 18:24

La Décollation de Jean le Baptiste, Le Caravage, co-cathédrale Saint-Jean à La Valette, à Malte

 

Du lundi 20 au dimanche 26 avril 2015, j’étais à Malte avec ma fille. L’occasion pour moi de faire plus ample connaissance avec Michelangelo Merisi, dit Le Caravage (1573-1610), qui laissa une empreinte profonde dans cette île où le baroque est en majesté. L'artiste y est présent dans la co-cathédrale Saint-Jean et au musée des Beaux-Arts. A la faveur de ce voyage, j’ai lu les pages magistrales que Dominique Fernandez a consacrées au peintre dans sa superbe autobiographie romancée de l’artiste, La Course à l’abîme, et particulièrement l’analyse qu’il a faite de la toile, La Décollation de saint Jean le Baptiste (1608). Ses lignes illustreront mon billet.

Dans l’extraordinaire co-cathédrale Saint-Jean de La Valette où, sous le marbre rouge, blanc, noir,  décoré de squelettes, reposent quatre cents chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, nous avons pu admirer ce célèbre tableau. Cette toile, d'une beauté sombre, est exposée dans l’Oratoire, lieu de dévotion privé, pour lequel elle fut peinte, en face d’un autre tableau, Saint Jérôme écrivant, chef d’œuvre à part entière lui aussi.

Cette dernière œuvre avait particulièrement plu au Grand Maître de l’Ordre de Saint-Jean, le Français Alof de Wignacourt,  et c’est pourquoi  celui-ci avait alors passé commande  de cette imposante Décollation de saint Jean le Baptiste (5,20x3,61). Les armes de la famille de Wignacourt sont d’ailleurs visibles sur la toile. Dominique Fernandez fait ainsi parler Le Caravage : «  La Confrérie de la Miséricorde me commanda un tableau pour la cathédrale Saint-Jean. Jean le Baptiste est l’objet d’une vénération particulière auprès des chevaliers de Malte : ils ne s’appelaient, au début de leur histoire, que les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem […] De dimensions exceptionnelles (près de dix-sept pieds de largeur sur plus de onze de hauteur !), la toile couvrirait le mur du fond. Je devais représenter la mort du Baptiste. J’étais libre de traiter le sujet à ma guise, sous une seule réserve : montrer qu’il n’avait pas été décapité du premier coup d’épée, mais qu’il avait fallu l’achever au moyen d’un couteau. »

Le tableau fascine à de nombreux égards. Il en émane une impression très forte de désolation, créée par la sombre profondeur de la scène de décapitation qui se joue dans une prison, aux murs d’un  brun verdâtre, que creuse une porte ronde, flanquée d’une barrière, cernée de gros moellons noirâtres. Selon le traité de Federico Borromeo, De pictura sacra, quand on représente la mort du Baptiste, il faut la situer « dans l’horrible et sinistre prison où il a été enfermé avant son supplice ». Fernandez explique en ces termes le choix du décor par le peintre, mécontent de l’avarice du Grand Maître : « Tout en feignant de peindre une cour sombre et nue, je mis la scène sur le seuil de son palais. On reconnaît, dans la pénombre, l’arc cintré et le bossage du portail et, à côté du portail, une des fenêtres grillagées de la façade. Pour donner le change, j’ai fixé un gros anneau de fer dans le mur sous la fenêtre, et fait pendre de la corniche une longue corde. Anneau et corde : accessoires obligés d’une prison qui se respecte, ils indiquent l’endroit où Jean a été attaché. »

Au premier plan, saint Jean-Baptiste, dont le bas du torse est recouvert d’un drap rouge sang, est étendu sur le sol, les mains liées derrière le dos, tandis que le bourreau à la barbe noire, au corps musculeux et blafard, s’apprête à lui trancher la tête qu’il maintient violemment de sa main gauche ; la droite, cachée derrière son dos, tient la dague assassine. Il s’agit d’un certain type de couteau, appelé « miséricorde », et dont le bourreau se sert pour porter le coup de grâce. L’horrible office a en effet déjà été entamé puisqu’on aperçoit à terre la pointe d’un glaive et que du sang  jaillit du cou du martyr.

Dominique Fernandez décrypte le martyre du saint dans une perspective très particulière, véritablement sado-masochiste, et fait dire au Caravage : « Au centre de la toile, sous la lumière qui les frappe en plein, je me suis joué, une fois de plus, la scène d’amour entre le bourreau et la victime. » L’écrivain imagine aussi les pensées du Baptiste : « […] Bourreau, j’attends, de ta miséricorde, le coup de grâce qui va me délivrer. Mais nous savons tous les deux, n’est-ce pas ? qu’il ne faut pas entendre ces mots de miséricorde et de coup de grâce dans le sens que leur donnent les pieux docteurs de l’Eglise. J’aime ta force et ta violence, comme tu aimes ma docilité et ma soumission. »

Selon Fernandez, c’est là que réside l’audace insensée d’un peintre, à la pensée tout hérétique, et qui s’identifie lui-même à saint Jean-Baptiste : « Nulle tragédie sacrée, ici : un simple homicide, comme il en arrive dans les bas-fonds d’une ville au cours des heures nocturnes où ne restent à rôder dans les rues que ceux qui ont un compte à régler avec le destin. Fais-moi la grâce, bourreau, de me donner cette mort abjecte à laquelle aspire mon âme depuis qu’elle a découvert où se tient le vrai Dieu. »

A cet assassinat fantasmé du peintre, qui sera sans doute quelques années plus tard le sien sur une plage italienne, Fernandez superpose encore un autre meurtre, celui du père de l’artiste, « mort poignardé par des tueurs dans une rue de Milan ». Une manière pour l’artiste de réparer cette fin infâme. L’on sait aussi que dans la toile, David avec la tête de Goliath (1605-1606), dont Le Caravage ne se sépara jamais, il a fait son autoportrait avec la tête du décapité.

En 1982, dans le roman Dans la main de l'ange, qui racontait la vie de Pier Paolo Pasolini, Dominique Fernandez avait plusieurs fois évoqué Le Caravage. Il y avait déjà suggéré de "regarder l'oeuvre peint du Caravage comme une chronique codée de sa vie". Etablissant des liens par-delà les siècles entre le peintre et Pasolini, il avait ainsi imaginé un Pier Paolo fasciné par le tableau du Martyre de saint Matthieu et le commentant en ces termes : "Cette stupeur médusée de l'apôtre devant la jeunesse et la splendeur de son bourreau me laissait tout rêveur ; et bien qu'une docilité aussi passive me parût condamnable, je me disais qu'il faudrait une force surhumaine pour ne pas souhaiter mourir foudroyé par une telle apparition."

David avec la tête de Goliath

A gauche de la toile, on voit une femme qui présente un plateau de cuivre sur lequel le geôlier, de l’index impérieux de sa main droite, ordonne de poser la tête du saint. Le Caravage aurait fait croire à Alof de Wignacourt qu’il s’agissait de Salomé. Or, selon Fernandez, outre le fait qu’« un crime dû au caprice d’une femme ne [l] eût pas inspiré », la volonté du peintre n’aurait été, « sous le couvert d’un épisode emprunté à la Bible », que de peindre seulement un sordide fait divers. Cette jeune femme, dont la mise est une simple robe noire qu'éclaire un linge blanc noué à la taille, ne serait donc qu’une servante de la prison.

Une vieille femme, en robe brune et coiffée d'un béguin blanc (souvenir peut-être des servantes du Souper à Emmaüs), dans une expression d’horreur, se prend la tête dans les mains. Deux prisonniers, dont l’un a la tête ceinte d’un bandeau blanc, assistent avec curiosité et voyeurisme à l’exécution, penchés derrière les barreaux d’une fenêtre.

Quant au geôlier (les clefs qu’il porte à la taille confirment cette fonction), l’interprétation de Fernandez est qu’il ressemble à Alof de Wignacourt dans son portrait en pied  (1608). Il aurait la même pose : « corps appuyé sur la jambe gauche, jambe droite infléchie. La même barbe, le même front dégarni, une même affectation de noblesse et de majesté complètent la ressemblance. Il n’y a pas jusqu’au geste du bras qui ne soit identique. » Mais au lieu de tendre la main droite vers le sol, le Grand Maître tient son bâton de commandement à l’horizontale. Audace encore du peintre vis-à vis de celui qui tient son sort entre ses mains ! Et que dire encore du fait que le Grand maître et son jeune page soient disposés sur le même plan, sans aucun respect de leur rang ?

Portrait d'Alof de Wignacourt

Avec ironie, Dominique Fernandez imagine les visites régulières du Grand Maître lors de l’élaboration du tableau et la crainte du Caravage qu’il ne s’offusque d’être représenté en geôlier et en « complice du plus abominable des assassinats ». Or, sa vanité l’induit en erreur puisque, dans le personnage portant des clés à la taille, il croit que le peintre l’a représenté en saint Pierre, qui ouvre les portes du paradis au Baptiste !

C’est le plus grand tableau que l’artiste rebelle ait jamais réalisé et le seul connu à ce jour qu’il ait signé : la signature est en effet visible dans le sang qui sourd du cou de saint Jean. Son nom est précédé de la lettre F pour Frate, ce qui indique que, durant le temps de la réalisation de l’œuvre, Le Caravage avait bien été promu chevalier de Grâce de l’Ordre de Saint-Jean. Il avait en effet souhaité devenir chevalier de Saint-Jean de Jérusalem, persuadé que cela  faciliterait son pardon par le pape Paul V après le meurtre à Rome de Tommasoni, forfait qui l’avait contraint à quitter la Ville éternelle.

Pietro Ambrogiani écrira : « On ne peut s’empêcher de penser que l’artiste s’est inspiré de son expérience personnelle. » Et l’imagination de Dominique Fernandez propose en effet une autre hypothèse. Souhaitant secrètement dédier cette toile à son père assassiné, Le Caravage l’aurait signée, en geste d’amour filial, de son unique prénom, Michelangelo, celui qu’il avait « reçu de [s]on père, quand il [l]’avait tenu sur les fonts baptismaux ». Il aurait donc choisi d’écrire sa signature dans le sang : « Le sang : seul sujet de mon tableau, le sang qui serait aussi l’encre dans laquelle j’écrirais mon nom. » Pour le peintre, signer dans le sang du Baptiste aurait encore signifié qu’il s’identifiait « complètement à la victime » : « Me voici, à la première personne, mais la tête détachée du corps. Le moi que j’affiche est un moi décapité. Ne m’accusez pas de vanité : ce peintre qui attire sur lui l’attention n’est déjà plus de ce monde. » Et devant Michelangelo, il aurait ajouté ce F., le F. de feu, « il fut », « le sceau de la mort sur le prénom que m’avait donné mon père ». Il y aurait ainsi volonté d'identification totale entre le peintre et le Baptiste.

Fernandez explique que les réactions devant cette signature furent diverses : « On dirait que c’est vous qui avez commis le crime », dira avec horreur Alessandro, le page du Grand Maître. Ce dernier, en revanche, ne vit dans ce F. que l’abréviation de Frate, et l’expression d’une solidarité forte avec les Frères de l’Ordre. Il vit aussi en ce tableau une réminiscence de la décapitation de cinq chevaliers de l’Ordre, lors du Grand Siège de 1565 par Mustapha Pacha. « Ton tableau, dit-il à l’artiste, a conquis le droit de devenir l’emblème des chevaliers de Malte, […] L’horreur, mais aussi la gloire de la décollation apparaissent aujourd’hui si intimement liées à notre histoire, que ton tableau résume à la fois la chronique et la mystique de notre Ordre. » Une interprétation certes bien éloignée des préoccupations et des desseins picturaux du Caravage !

Alof de Wignacourt souhaita ensuite que l’artiste réalisât son portrait (1608). Cependant le peintre succomba de nouveau à ses anciennes obsessions homosexuelles. Aux côtés du Grand Maître, pétrifié dans son armure antique, il représenta le jeune page Alessandro, qui porte son heaume.  Dans le monde viril des chevaliers chastes et célibataires, cet adolescent à l’éclat provocateur fit scandale et éclipsa la célébrité du Grand Maître. A la même époque, il semble que le peintre ait réalisé un Cupidon endormi (1608), réminiscence de l’enfant nu de La Madone des Palefreniers ou Madone au serpent (1605-1606), quoique moins impudique. Cette œuvre était bien évidemment en contradiction absolue avec l’esprit des Hospitaliers et ne pouvait que porter tort au nouveau chevalier de Saint-Jean..

La Caravage fut donc arrêté et consigné dans la prison de Sant’Angelo. On n’a cependant retrouvé aucun acte d’accusation dans les archives de l’Ordre. Les hypothèses sont nombreuses quant aux raisons de son arrestation. L’artiste aurait-il tenté de séduire le fils d’un magistrat ou d’un ministre de l’Ordre ? La sentence papale aurait-elle soudain été révélée à l’Ordre qui aurait été horrifié de la découvrir alors ? Le Caravage aurait-il été victime d’un complot fomenté par les Hospitaliers, scandalisés par son Cupidon endormi ? C’est pour toutes ces raisons sans doute qu’il fut exclu de l’Ordre. Le document juridique qui le désigne comme putridum et foetidum a été découvert il y a quelques années. De nouveau contraint à fuir, le peintre s’évada périlleusement du fort Sant’Angelo et s’embarqua pour la Sicile. Un an après encore moult bagarres et pérégrinations, cet artiste hors-norme mourra à 38 ans dans des conditions mystérieuses à Porto Ercole, en Toscane, peut-être comme Pier Paolo Pasolini, victime d’un meurtre.

La renommée de La Décollation de Jean le Baptiste fut instantanée. Dans les années qui suivirent, nombreux furent les peintres du Nord qui souhaitèrent entreprendre le voyage à La Vallette pour admirer la toile. Ce tableau d’une grande puissance picturale se caractérise donc par son réalisme vigoureux et une maîtrise parfaite du chiaroscuro, le clair-obscur, dont Le Caravage fut un des premiers initiateurs. Opposé au maniérisme, l’artiste rebelle, dont la priorité est le naturel et la vérité, propose un nouveau langage de réalisme théâtral, qui prend ses modèles dans la rue. Pour chaque sujet, et même, comme on l’a vu, pour les thèmes les plus sacrés, il choisit l’instant le plus dramatique. Il est l’expression la plus remarquable du baroque, cette période de fureur et d’excès, qu’il investit totalement et dont il exacerbe l’orageuse atmosphère. Scandaleux toujours, il est celui dont Nicolas Poussin fit à Rome l’éloge funèbre en ces termes : « Il est venu détruire la peinture. »

Selon le grand critique italien, Roberto Longhi, qui, vers 1920 sortit Le Caravage d’un purgatoire de 300 ans, « le maître de l’ombre et de la lumière » a profondément influencé le XVII° siècle et notamment Rembrandt, Ribera, Vermeer et La Tour « qui n’auraient pas existé sans lui ». Après eux, Delacroix, Géricault, Courbet, Manet lui sont aussi redevables. A l’exception peut-être de Michel-Ange, aucun autre peintre italien n’a exercé une telle influence. Bernard Berenson le reconnaît : « Après lui, la peinture ne pouvait être la même. » Et André Berne-Joffroy, secrétaire de Valéry, de le confirmer : « Après lui,  c’est tout simplement la peinture moderne ! »

En lisant ces lignes, on comprendra que La Décollation de saint Jean le Baptiste m'a laissé un souvenir marquant. J'ai vraiment trouvé fascinante cette idée qu'un peintre puisse ainsi s'identifier à son modèle, selon le décryptage inspiré de Dominique Fernandez. 

 

Sources :

La Course à l'abîme, Dominique Fernandez, 2002,  LP 30317

Dans la main de l'ange, Dominique Fernandez, Grasset, 1982

Caravaggio, Gilles Lambert, Taschen, 2004

 

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13 juin 2015 6 13 /06 /juin /2015 21:34
Bleuets dans un champ près de la maison (Juin 2015)

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Bleuets fous présents à l’appel 

D’une guerre de plus de quatre ans

Pauvres bleuets sacrificiels

Qui moururent avant le temps

 

Quatre vers en écho à ceux de Suzâme qui avait écrit ceux-ci d’après

mes photos de bleuets.

 

Sages bleuets intemporels

Que dites-vous au vent

Votre désir d'avoir des ailes

et plus fous, de vivre en rêvant.

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