Au cimetièe de Mongoutte à Sainte-Marie-aux-Mines (Novembre 2011)
(Photo ex-libris.over-blog.com)
En écho à Suzâme et en avant-première.
Les autres textoésies seront publiés sur le blog de Suzâme (link).
L'arbre n'est pas
comme l'être
lorsque ses feuilles
l'abandonnent
son écorce le
protège
de son âme
Reçu le vendredi 24 février, à 14h 54
L'être est comme
l'arbre, quand son
âme l'abandonne, il
devient écorce et
feuilles
Envoyé le samedi 25 février, à 09h 05
Orfeu (Breno Mello) et Eurydice (Marpessa Dawn)
Manha de carnaval, musique du film Orfeu negro de Marcel Camus
Lundi 20 février, veille de Mardi gras et carnaval oblige, France Ô diffusait Orfeu negro (1959), film culte de Marcel Camus, Palme d’Or au Festival de Cannes et Oscar du Meilleur Film étranger cette année-là. C’est avec émotion que j’ai de nouveau entendu cette musique aux accents de bossa nova, composée par Antônio Carlos Jobim et Luiz Bonfã, excusez du peu ! Et je me suis revue à dix ans, l’écoutant sur un vieux 33 tours de papa.
Le film est adapté d’une pièce de Vinicius de Moraes, Orfeu da Conceição (1956). C’est un matin à l’aube, alors qu’il était en train de songer au mythe d’Orphée que le dramaturge entendit, d’un morne tout proche, s'élever une batucada, « o morro do galvào », et que germa en lui l’histoire d’Orphée et d’Eurydice, transposée dans les favelas brésiliennes des années 50. La pièce fut créée en 1956 et le film fut réalisé en 1958 par Marcel Camus, cinéaste lyrique alors en vogue avec le succès de Mort en fraude (1957).
Le film, Orphée noir, est une transposition du mythe d’Orphée, ce fils ou élève d’Apollon et de la muse Calliope, image éternelle du musicien et du poète. Originaire de Thrace, il chante et joue de la harpe et toute la nature en est enchantée. Après avoir accompagné les Argonautes en Colchide et écarté les Sirènes, il revient en Thrace où il épouse une naïade ou dryade du nom d’Eurydice. Alors que celle-ci tente d’échapper à Aristée qui la poursuit de ses assiduités, elle est mordue par un serpent et en meurt. Accablé de douleur, Orphée ne chante plus. A Ténare, en Laconie, il parvient par un passage souterrain au Styx. Sa lyre charme Cerbère et Charon qui le laissent passer. Hadès et Perséphone sont séduits eux aussi et lui accordent le privilège de retrouver Eurydice. Cependant, il lui est interdit de se retourner vers elle tant qu’ils n’auront pas atteint le monde supérieur. Incapable de résister à la force de son amour, il se retourne vers Eurydice et la perd à jamais. Désormais il vivra loin de la compagnie des femmes. Mais les Ménades de Thrace, ses compagnes des orgies dionysiaques, lui en veulent de les négliger. Jalouses les unes des autres, elles se précipitent sur lui et le mettent en pièces. Seule sa tête sera épargnée. Appelant sans relâche « Eurydice », elle parviendra dans l’île de Lesbos où elle sera enterrée, conférant aux habitants et à l’oracle du sanctuaire le don poétique. Quant à sa lyre, elle deviendra une constellation.
C’est avec beaucoup de subtilité et de poésie que le scénario du film reprend ces éléments. Orphée y est un jeune et beau conducteur de tramway (Breno Mello), « traînant tous les cœurs après soi » et jouant merveilleusement de la guitare. Sur celle-ci est gravée la phrase : « Orphée est mon maître », qui fascine deux jeunes garçons, eux aussi danseurs et musiciens en herbe. A la veille du carnaval, Orphée, dont Mira (Lourdes de Oliveira) est follement amoureuse, se prépare à prendre la tête de son école de samba. C’est à ce moment que survient Eurydice (Marpessa Dawn), une jeune provinciale, pleine de douceur, qui retrouve à Rio sa cousine Serafina (Léa Garcia). Les deux jeunes gens tombent amoureux l’un de l’autre mais Eurydice est inexplicablement poursuivie par un homme (Ademar da Silva) qui veut sa mort. Après lui avoir échappé une première fois sur les hauteurs de Rio, grâce à Orphée, elle finira par mourir électrocutée dans le local des tramways, alors que son poursuivant porte le costume de la Mort.
La Mort (Ademar da Silva) surveillant Eurydice lors du carnaval
Au cours d’une cérémonie vaudou, Orphée la retrouve mais il la perd de nouveau en voulant la regarder. Alors qu’il la ramène chez lui, au-dessus de la baie de Rio, ses anciennes maîtresses se précipitent sur eux et ils basculent dans le ravin en contrebas. Mais Orphée n’est pas mort car le jeune garçon qui l’admirait s’empare de sa guitare et parvient lui aussi, en jouant, à faire se lever le jour.
Ce film associe avec art les thèmes éternels de l’Amour absolu et du Fatum à la vie quotidienne du petit peuple de Rio. La danse et la transe du carnaval viennent en contrepoint du drame qui se joue pour Eurydice, menacée par la Mort. La poursuite de la jeune femme dans les souterrains de la gare des tramways distille une angoisse sourde, qui vient clore la frénésie solaire de la journée de carnaval. J’ai aussi beaucoup aimé les scènes dans la petite maison de planches où pigeons, poules, chats et coqs sont charmés par la guitare d’Orphée, sous le regard admiratif des deux jeunes garçons, amoureux de musique, de chant et de danse.
Dans une atmosphère où se mêlent innocence, sensualité et violence, la musique et les mots du poète, au-delà de la mort, demeurent pour faire se lever le jour.
Matin, fais lever le soleil
Matin, à l'instant du réveil
Viens tendrement poser
Tes perles de rosée
Sur la nature en fleurs
Chère à mon cœur
Le ciel a choisi mon pays
Pour faire un nouveau paradis
Où loin des tourments
Danse un éternel printemps
Pour les amants
[Refrain] :
Chante chante mon cœur
La chanson du matin
Dans la joie de la vie qui reviens
Matin, fais lever le soleil
Matin, à l'instant du réveil
Mets dans le cœur battant
De celle que j'attends
Un doux rayon d'amour
Beau comme le jour
Afin que son premier soupir
Réponde à mon premier désir
Oui, l'heure est venue
Où chaque baiser perdu
Ne revient plus...
Oui, l'heure est venue
Où chaque baiser perdu
Ne revient plus.
[Refrain]
Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,
Thème proposé par Lénaïg : les paroles d'une chanson accompagnées de la musique ou d'une vidéo
Greta Garbo dans Anna Karenine
de Clarence Brown (1935)
Qui nous dira le charme de ces beaux noms en F
Venus de ce pays à l’âme convulsive
Des icônes inspirées colorées et naïves
La terre de Tolstoï Gogol et Tourgueniev
Qui saura retracer le pas de Noureïev
Le danseur émacié aux lignes fugitives
Les rythmes éclatants la folie instinctive
Du vif oiseau de feu que créa Prokofiev
Mais pour moi la Russie c’est l’image furtive
D’un doux visage blanc désolé et sans fief
C’est Greta Karenine la frêle sensitive
Oublieuse des pleurs du monde et des griefs
Des baisers langoureux des qui m’aime me suive
Sous son fin bibi noir dans l’ultime instant bref
Pour le Défi de la Semaine des Croqueurs de Mots,
Thème proposé par Lénaïg : couvre-chef (insérer « Qui m’aime me suive » dans le texte)
Portrait de Proust par Jacques-Emile Blanche, 1892
Longtemps c’est vrai je me suis couchée de bonne heure
Perdue dans un gros livre au charme supérieur
En quête de ce temps aux couleurs d’opaline
Celui des madeleines et puis des aubépines
J’y rêvais de Balbec de Venise et de Parme
Et rencontrais Odette Du côté de chez Swann
A Balbec tout là-bas j’ai découvert la mer
L’amour fou d’une mère celui d’une grand-mère
J’ai aimé les trois arbres non loin d’Hudismesnil
Sous les chapeaux de paille les femmes étaient fragiles
J’ai deviné l’amour ses chagrins ses malheurs
Ses mouvances A l’ombre des jeunes filles en fleurs
Avecque Palamède Oriane et Basin
Qui descendaient de ceux que Saint-Simon dépeint
De sa plume incisive j’ai fait la connaissance
D’une aristocratie fière arborant sa naissance
Salons impitoyables de comédiens qui mentent
Il était fascinant Le côté de Guermantes
On ne connaît jamais ceux que l’on veut aimer
On s’égare toujours sur leur identité
Et qu’il est douloureux ce cœur intermittent
Quand on aime Albertine et qu’on croit qu’elle vous ment
Indifférence amour tout est en désaccord
Dans ce monde interdit qu’est Sodome et Gomorrhe
La femme est un mystère on veut la retenir
Elle a beau être là près de vous qui respire
On sent soudain des ombres au son d’une sonate
Et son cœur se fait dur et froid comme une agate
L’amour est un poison il n’y a rien à faire
Albertine refuse d’être La prisonnière
Françoise a eu beau dire a fui la sensitive
Qui était cette femme devenue Fugitive
Qui aimait tant pourtant la chambre au pianola
Avec qui l’on faisait le si doux catleya
L’amour est un puzzle aux éléments perdus
Gilberte aurait pu être Albertine disparue
Longtemps je me suis couchée de bonne heure
Perdue dans un gros livre au charme supérieur
En quête de ce temps dont je n’oublierai pas
Elstir et Bergotte Vinteuil et La Berma
J’y ai appris le monde et je sais désormais
Que l’écriture enfin c’est Le temps retrouvé.
Pour le défi-poésie de Marc Lefrançois
Il s’agit d’écrire une petite poésie sur La recherche du temps perdu. En fait, il n’est pas nécessaire d’avoir lu l’œuvre, et si l’on veut on peut en trouver facilement des résumés. La difficulté étant de placer dans chaque strophe un des 7 titres composant son œuvre.
Ainsi :
Du côté de chez Swann
A l’ombre des jeunes filles en fleurs
Le côté de Guermantes
Sodome et Gomorrhe
La prisonnière
Albertine disparue
Le temps retrouvé
Je sais qu’il y a des défis où il s’agit de composer un texte en intégrant un certain nombre de mots imposés. C’est le même esprit, mais plus corsé puisqu’il faut les placer dans l’ordre, faire des rimes et si possible retrouver l’esprit de ce roman fleuve qu’est A la recherche du temps perdu.
Bon courage à ceux qui veulent jouer le jeu !!!

La vérité au fond du puits, Frances MacDonald MacNair (1912-1915)
Dans le puits de sa nuit
Une femme est tombée
Pitoyable pantin
Dans un lent mouvement tremblant
Tourbillonnant et tournoyant
La servante engrossée
La fille abandonnée
La grand-mère oubliée
L’épouse délaissée
Et la mère infertile
Ses cheveux se défont
Comme tombent les liens
Sa robe est le linceul
Qui leste son corps lourd
Et ses rêves enclos
Le puits aura tari
Et la poulie grincé
Mais du profond de l’eau
En haut sur la margelle
Elle voit un rond de ciel
Pour Papier Libre de Juliette,
Thème : la nuit est un puits
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