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30 juin 2017 5 30 /06 /juin /2017 13:31

La dragonne sur le tertre de Marson

Jeudi 22 juin 2017, au soir d’une journée caniculaire, une vingtaine de promeneurs se sont retrouvés pour une balade ombragée en Land Art, sur le tertre et dans les bois de Marson. Organisée conjointement par la Bibliothèque de Rou-Marson et par l’association du Patrimoine Environnement Botanique, cette promenade vespérale leur a permis de découvrir des installations réalisées en pleine nature par les adhérents de cette association.

Pommier, gui, serpe et champignons dans un cercle magique

« Out, in the open… » disent les Américains pour parler de cette expression artistique de loisir qui met en valeur « ici ou là une souche torse, un morceau de bois mort ou un beau rocher ». A la portée de tous, le Land Art est simple à réaliser, éphémère et sans prétention. C’est ainsi qu’au rythme de neuf haltes, les promeneurs ont pu découvrir des réalisations variées et inventives, d’une « Princesse dragonne » en branchages à de surprenants champignons, en passant par le « Cercle magique » d’un pommier, une « Tempête de troncs et de lianes » ou encore le « Repaire du paon-loup ». Autant d’installations comme des portes ouvertes à l’imaginaire de chacun.

Attention, le danger vient d'en-haut !

Cette promenade pleine de découvertes était conduite par Renée Monnier, botaniste émérite et prolixe raconteuse d’histoires, notamment sur la commune de Rou-Marson. La déambulation était aussi ponctuée de textes variés, choisis en fonction de l’imaginaire suscité par les réalisations du Land Art. Etaient ainsi notamment convoqués des poèmes : « Le dragon doux », « Arbre ce bras », ou encore « L’agneau et le loup » de Raymond Queneau ;  « Souche » de Jules Supervielle, « Racines» de Pierre Seghers, « Champignons » de Norge. On y a également entendu la chanson "Les blés d'or" d'Armand Mestral et des extraits d’Alice au pays de merveilles et du Petit Chaperon Rouge, tandis que les promeneurs étaient invités à égrener à voix haute des proverbes d’origines diverses exprimant la relation de l’homme au loup.

Clic-Clac

Cette balade s’est terminée dans la cave communale de Rou-Marson dont les promeneurs ont apprécié la fraîcheur bienvenue et les gourmandises proposées par les animateurs. Et à l’image des tenants du Land Art, ils auront pu redire ces vers de Jean-Hugues Malineau entendus lors de la promenade :

Le soleil a mis la nappe dans la clairière

ma petite-fille joue à la dînette

avec les bourgeons-confiture

et les brindilles-fourchette

La tribu des champignons

 

 

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27 juin 2017 2 27 /06 /juin /2017 17:46

Tourterelle et huppe dans le jardin de Rou (Photo ex-libris.over-blog.com, juin 2017)

On était en juin, veille de la Saint-Jean,
Trois huppes fasciées déambulaient hautaines,
La crête empanachée et l’allure égyptienne,
Aux abords de l’été, striées de noir et blanc.

Fières de leur plumage du plus bel orangé
Elles s’enorgueillissaient et tenaient conférence,
Tout à leur entre-soi et leur indifférence,
Portant beau leur lignée, pétries de vanité.

Vint une tourterelle exilée de Turquie,
Marchant sereinement dans ce conciliabule,
Le trio s’en offusque et crie sans préambule 
A l’oiseau émigré de retourner au nid.

« Nous étions au tombeau des anciens pharaons,
Hiéroglyphe fameux de la piété filiale,
Nous portons sur la tête une marque royale
Et fîmes rencontrer Saba et Salomon.

 Vous êtes sans vergogne d’envahir céans
Nos jardins, nos vergers, nos cours et nos villes ;
Nous ne supportons plus votre chant qui distille
Le triple hou-hou-hou d’un être se plaignant. »

« Orgueil et vanité sont échasses de sot, »
Répondit calmement la tendre tourterelle,
« Salomon me chantait pour célébrer sa belle
Et, ne vous en déplaise, mon chant n’est pas sanglot.

Je suis l’oiseau sans tache, en holocauste à Dieu
Que les Hébreux offraient en lieu de sacrifice ;
Je ne céderai point à votre vain caprice,
Point ne me résoudrai à déserter vos cieux.

Je vous dirai enfin un grand désagrément
Qu’il me faut révéler pour crier l’artifice :
Tout est dans le paraître et puis dans le factice,
Votre nid est bien sale et pue assurément. »

Moralité

Oyons le vieux Corneille qui dit dans Le Menteur :
« Les visages souvent sont de doux imposteurs.
Que de défauts d’esprit se couvrent de leur grâce.
Et que de beaux semblants cachent des âmes basses ! »

Fable librement inspirée par la présence de trois huppes et d’une tourterelle 
dans le jardin de Rou.

  

La Conférence des oiseaux (Farid Al-Din, 1177), peinte par Habiballah of Sava

On aperçoit la huppe au-dessus du perroquet vert au milieu à droite

 

 

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21 juin 2017 3 21 /06 /juin /2017 08:56

La lune en juin

Lumière au jardin

Eclaire les branches

De sa rondeur blanche

La lune en juin

Au teint de satin

Glisse sur les feuilles

Et le chèvrefeuille

La lune en juin

D’un doigt de fusain

Recrée le décor

Eclats de phosphore

La lune en juin

Se révèle enfin

Hautaine déesse

Diane enchanteresse

 

Pleine lune du 9 juin 2017

 

 

 

Photos : ex-libris.over-blog.com

 

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20 juin 2017 2 20 /06 /juin /2017 21:14

Photos : ex-libris.over-blog.com

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16 mai 2017 2 16 /05 /mai /2017 15:24

Devant Le Bastion, au Vieux-Port de Menton (Photo ex-libris.over-blog.com, le 05/04/2017)

C’est une belle histoire que celle de la création du musée Jean Cocteau à Menton que j’ai visité le 5 avril 2017. Il est en effet né de la passion de Séverin Wunderman (1938-2008), un homme du Nord, pour cet écrivain amoureux du Sud. Ayant découvert l’univers de Cocteau grâce au film Les Enfants terribles (1950), le fondateur du musée a dix-neuf ans quand il achète un premier dessin de Cocteau. Il ignore alors qu’il est le premier d’une future collection de plus de mille pièces signées de la main de l’artiste. Tout en menant carrière dans le monde de la joaillerie, Wunderman se passionne pour l’écrivain et collectionne manuscrits, livres, dessins, peintures, toutes œuvres créées entre 1910 et 1950. Ce fonds fut d’abord exposé dans son musée d’Irvine en Californie jusqu’en 1994 avant d’être donné à la ville de Menton.

En 2007, Rudy Ricciotti est choisi pour imaginer le nouveau musée consacré à Cocteau. Il réalise une construction triangulaire en béton et en verre, qui s’ouvre sur un large parvis. Le bâtiment est animé par une série de découpes creusées dans le béton blanc, symbolisant des flammes ou une chevelure, et qui laissent passer la lumière. « Mon musée est délié comme le trait de Cocteau, bas, blanc, puissant et sensuel » explique l’architecte. A l’intérieur, les espaces sont vastes et particulièrement clairs, s’ouvrant sur la ville et la mer. La déambulation y est agréable et les œuvres de Cocteau très bien mises en valeur.

Cet après-midi-là, j’ai suivi une visite guidée avec une jeune guide dont je voudrais rendre compte ici. « Le parcours muséographique suit un fil conducteur : Cocteau poète. De la « naissance » du poète dans les salons littéraires, introduit par Édouard de Max, à l’artiste souvent incompris qui s’identifie à des personnages mythologiques, l’accrochage dévoile un Jean Cocteau intime et confidentiel qui se définit d’abord en tant que poète, quel que soit le support qu’il aborde. De l’écriture au cinématographe, la poésie imprègne son œuvre : poésie de théâtre, poésie de roman, poésie de cinéma... La dernière séquence s’ouvre sur l’univers onirique de Jean Cocteau et le monde mystérieux de la Belle et la Bête. Ce monde poétique est peuplé d’un bestiaire propre à l’artiste aux confins des rêves et inspiré des contes. »

La visite commence par les autoportraits, thème récurrent de son œuvre dont je retiens l’Autoportrait sans visage (1915). Tout le mystère d’un poète insaisissable aux mille visages se trouve résumé ici. Un moulage d’une main (1963) ou ses mains crispées dessinées sur les panneaux d’un paravent vers 1940 rappellent ce que Cocteau disaient d’elles : « Mes mains encore plus vieilles et célèbres que moi. »

La quête de soi-même est admirablement exprimée dans la série des trente planches de dessins du Mystère de Jean l’Oiseleur, accompagnés de courts textes manuscrits (1925). Après la mort de Raymond Radiguet, le poète accablé, se réfugie à Villefranche-sur-Mer, en proie à un immense chagrin et une intense solitude. « Sa mort m’a laissé sans directives » dira-t-il. Il recherche alors dans le miroir « les nombreuses manières de résoudre un même visage ». Sous l’emprise de l’opium, il opère un travail de deuil, tout en rendant hommage à ceux qu’il admire et qui l’ont formé, de Ronsard et Mozart à Saint-Just et Radiguet en passant par Paolo Ucello, ses « amis étoilés ». Juxtaposé à son prénom, l’étoile sera dès lors la marque de sa signature. Ces superbes dessins sont à lire avec un miroir. « Le diamant dur je suis qui ne se rompt au marteau » peut-on y lire.

Dans ces dessins sont déjà présents les motifs qui deviendront récurrents dans l’œuvre et constitueront la mythologie singulière de l’écrivain : anges, étoiles, lézards ou iguanes, figures fabuleuses. Dès 1925, deux ans après la mort de Radiguet, apparaît le personnage d’Orphée, qui sera le double de Cocteau. On le retrouve, couronné d’étoiles, dans de nombreux dessins à la plume et encre brune, lavis d’encre brune et noire avec pastel, notamment dans le sombre dessin Orphée et Eurydice (1926) où un Orphée décapité donne la main à une Eurydice qui enjambe un miroir. Dans l’adaptation du mythe d’Orphée au théâtre (1926) apparaît le personnage de l’ange Heurtebise, issus d’un poème éponyme, illustré par Man Ray. On n’oubliera pas bien sûr les deux célèbres films Orphée (1950) et Le Testament d’Orphée (1960).

Dans la mythologie personnelle de Cocteau, il y a aussi Œdipe, représenté dans l’album Le Complexe d’Œdipe (1924). Le fils de Créon y apparaît dans toute son aura tragique, couvert de taches d’encre, cerné de monstres, avec des yeux vides ou pleurant des larmes de sang. « Toujours cet Orphée, toujours cet Œdipe », Cocteau devient Orphée et Œdipe, notamment dans ce dessin, Œdipe avec pipe d’opium et aveuglé (1947). J’ai par ailleurs aimé retrouver le souvenir du film, Le Sang d’un poète, avec la statue dont la bouche est fermée par la paume d’une main, incitant le poète à aller de l’autre côté du miroir, à la recherche de ses monstres intérieurs.

Le parcours permet de suivre le cours de la vie du poète. L’enfance est évoquée avec les premiers dessins de 1910, en lien avec le monde du théâtre fréquenté très tôt avec ses parents. Deux dessins, proches de la caricature, saisissent Sarah Bernhardt en train de déclamer avec véhémence. Cocteau amasse programmes et photos de comédiens, qui l’inspireront pour son roman Les Enfants terribles (1929). Avec sa gouvernante il avait aussi découvert le cirque et la liberté des clowns: « Ce qui était beau, c'était le cirque ; alors il y avait Foottit et Chocolat ; Foottit qui était comme une duchesse folle et Chocolat, le nègre qui recevait des claques. »

On découvre la très belle affiche de Cocteau, pour Le Spectre de la Rose. Elle représente Nijinski en mouvement, de profil, dans son extraordinaire costume. Il écrit Le Dieu bleu pour Diaghilev qui n’est pas vraiment satisfait et qui lui dit : « Etonne-moi ! » Mais le bouleversement survient en 1913 quand il assiste au Sacre du Printemps. Peu de temps après il écrit : « Je décidai de me brûler ou de renaître. »

Réformé du service militaire, Cocteau décide néanmoins de participer à la guerre de 1914 comme ambulancier avec un convoi sanitaire civil. Rapidement démobilisé pour raisons de santé, il rejoint Paris et reprend ses activités artistiques. De nombreuses photos de Picasso (et un beau portrait à la plume et à l’encre), Modigliani, Max Jacob, Kisling, Sarasate, témoignent de ses fréquentations artistiques à cette époque de « grandes vacances à Montparnasse » en 1916. En 1920, il lance avec Raymond Radiguet la revue, Le Coq, une revue anti-dada. Ami de nombreux artistes, il est pourtant réticent devant la notion d’école ou de mouvement : il dira alors : « Il n’y a pas d’école, il n’y a que des personnalités. »

Epoque d’intense activité artistique créative que celle de la participation de Cocteau au ballet de Leonid Massine, le scandaleux Parade où il joue le rôle du prestidigitateur chinois. Dans les années 20, lors de la création du groupe des Six, l’écrivain les défend et les portraiture. On voit ainsi un très amusant programme de 1927 dans lequel l’artiste a amalgamé les têtes des six musiciens, créant un être nouveau.

Il est encore partie prenante dans Le Bœuf sur le toit, de Darius Milhaud, œuvre musicale pour laquelle il écrit des poèmes. Elle sera transformée en ballet-pantomime sur sa propre suggestion et il écrira l’argument de cette farce burlesque qui se passe pendant la prohibition. Ses interprètes ne venaient pas de la danse mais du cirque dont les frères Fratellini, vedettes à Medrano. On peut d’ailleurs admirer un beau buste de François Fratellini, réalisé par Gustave Pimenta (1919).

En 1921, il écrit le livret des Mariés de la tour Eiffel, un spectacle total, un ballet collectif, une farce sur le thème d’un mariage petit-bourgeois avec des scènes absurdes, auquel participent cinq membres du Groupe des Six. Les décors sont d'Irène Lagut et les costumes de Jean Hugo. Irène Lagut apportera son aide pour la création du musée Cocteau, Le Bastion du Vieux-Port, toujours à Menton.

La jeune guide a insisté sur la démarche de ce poète, engagé dans de multiples entreprises artistiques et dont André Breton était jaloux. Cependant, sa « difficulté d’être » était certaine et c’était un « objet difficile à ramasser » dans son œuvre.

Plus loin dans la visite, on fait connaissance avec la poétique de la peinture de Cocteau ou « comment peindre sans être peintre ». C’est le temps de la villa Santo Sospir de son amie Francine Weisweiller, à Saint-Jean-Cap-Ferrat, résidence dont il peint les murs. Dans les années 50, il fréquente Picasso qui lui ouvre ses boîtes de peinture. Influencé par le cubisme, Cocteau peint arlequins et femmes.

A propos de la toile intitulée Madame Favini (1953) qui présente une femme assise devant laquelle joue une petite fille avec un produit anti-moustiques, Flit, la conférencière nous raconte une anecdote, présente dans Le Passé défini : « La préfète me demande: « Continuez-vous à peindre? » Je réponds n'importe quoi: « Il faut que je fasse le portrait de Mme Favini. -Alors vous irez à Milan? -Bien sûr. » Etc. Mme Favini commence à prendre forme. Sans doute serai-je obligé de faire le portrait de Madame Favini. Ensuite, elle existera. Elle aura chez elle des tableaux superbes. Elle ne supportera que la musique de Schönberg. Elle aura un mari qui gagne une fortune immense dans les chaussures. Il est possible que Thérèse me dise un jour: "Mme Favini a téléphoné ». Voilà comment naquit cette toile de Madame Favini et de sa fille, « tout en triangles et en courbes » !

J’ai particulièrement aimé La Naissance de Pégase, « tableau littéraire, type » dont Cocteau rêva longtemps. Selon lui, qui ne représente pas la tête du héros « qui participe à ce mystère », la poésie naît de la tête coupée de la Gorgone. La figure de Pégase est présente sur le rideau de Parade et sur le plafond de la Salle des Mariages de la Mairie de Menton dont j’ai déjà parlé dans un autre billet. On notera le petit crabe sur la droite de la toile.

Dans cette partie, on admire la tapisserie du Profil d’Orphée, avec cette ligne si particulière qui ne s’interrompt pas. On est saisi par la gigantesque tapisserie de Judith et Holopherne dont il existe trois exemplaires. L'un est toujours à Santo Sospir, le troisième dans Le Bastion. Voici la description que Cocteau fait de son œuvre, réalisée par les ateliers d’Aubusson : « On s'étonne d'autant plus de voir avec quelle fidélité les taches de pastel sont reproduites, transcrites dans mes moindres frottements et flottement […] La richesse et la diversité des laines sont incroyables. Les mélanges fondus les uns dans les autres.
La tapisserie représente Judith quittant le camp de Holopherne. Son acte est derrière elle. La tête de Holopherne, qu'elle porte, est défigurée par la mort. Judith n'est plus une femme. C'est la plume pour écrire son histoire, le sarcophage pour la conserver. Elle traverse, comme un fantôme juif, les groupes de gardes qui dorment au clair de lune. En haut, à droite, sa servante, pareille à un insecte, jette un dernier coup d'œil dans la chambre où la décollation eut lieu. » Selon la jeune guide, devant les soldats endormis, Judith ressemble à une momie et elle a déjà signé son arrêt de mort.

La partie en sous-sol est plus particulièrement consacrée à la passion de Cocteau pour le fantastique, l’onirisme, les êtres mythologiques, en lien avec ses réalisations cinématographiques. On peut consacrer quelques instants à regarder la dernière scène d’Orphée (1950). On y voit l’ange Heurtebise, François Périer, accompagner Orphée vers l’au-delà. L’on se remémore les images de ce film fascinant avec les affiches, les photos de Maria Casarès (La Princesse ou la Mort), de Jean Marais en Orphée, d’Edouard Dermit, le poète Cégeste.

On découvre la passion de Cocteau pour les légendes médiévales et la tragédie. En témoignent Tristan et Iseult, le film de Jean Delannoy, L’Eternel Retour (1943), et la superbe série de dessins de la licorne. Il réinterprète l’animal fabuleux avec de très belles figures anthropomorphes d’une grande inventivité. Et bien sûr, on est séduit par tous les souvenirs de La Belle et de la Bête. Je retiens notamment le buste de la Bête sculpté par Jean Marais et le masque dessiné par Christian Bérard, compagnon de route pour La Voix humaine, Orphée, La Machine infernale. On admire encore les merveilleux gants magiques de la Bête, une réalisation d’Olivier Fabre-Gontier, à Millau. Et que dire de la belle série de dessins du Sphinx, la femme-énigme, avec ses ongles peints en rouge ? C’est une salle onirique, une porte ouverte au rêve et à la poésie, tout comme l'ensemble de ce très beau musée. Certes, Cocteau ne mentait pas lorsqu’il écrivait : « Je reste avec vous ! »

 

Sources :

* Mes notes

* https://www.museecocteaumenton.fr/-Votre-visite-.html

* Musée Jean Cocteau, Collection Séverin Wunderman, Menton, Connaissance des arts, Hors-série

 

 

 

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9 mai 2017 2 09 /05 /mai /2017 18:12

 

Mercredi 5 avril 2017, en séjour à Menton, je me suis plongée avec bonheur dans les souvenirs de ce touche-à-tout de génie que fut Jean Cocteau. C'est ainsi que je suis allée admirer les fresques qu’il a réalisées pour la Salle des Mariages de la mairie de cette ville. En 1957 et 1958, alors qu’il est « fatigué de l’encre et de la table » ainsi qu’il le dit lui-même, il accède à la demande de Francis Palmero, maire de Menton de décorer la Salle des Mariages. « ...L’édifice municipal affectait à mon égard une indifférence un peu hostile, il me fallut imaginer des ruses, essayer la paraphrase d’un style familier de la Côte à la veille de 1900, celui des villas, peu à peu détruites, où sont peintes les courbes sous-marines, les gerbes d’iris, les algues et les chevelures du Modern style. »

Dans ce lieu unique, tout est de sa main. N’a-t-il pas en effet imaginé lui-même les portes en bois à pointes de diamant, les tapis de style léopard, les candélabres de bronze, les appliques et les chaises espagnoles à haut dossier ? Il explique en ces mots son dessein : « Une salle des mariages doit représenter quelque chose. C’est ainsi que travaillant parois et plafonds, je n’ai jamais oublié qu’ils dussent avoir un cadre assez théâtral fait de velours et d’or. Mais tout en n’oubliant pas le style officiel, des moquettes rouges et des plantes vertes, je les transporte un peu plus haut, un peu plus loin. Rien ne porte au songe le cortège qui pénètre dans une mairie, rien ne lui offre la chance des candélabres, de l’encens, des orgues. Je me suis donc attaché, faute de mieux à lui suggérer quelque pompe : un chemin de peau de panthère, des torches rappelant les figues de Barbarie, et les aloès qui hérissent nos jardins de trophées sauvages, l’or, à la feuille, les fauteuils et les chaises espagnoles, les miroirs gravés, les jardinières de bambou et les traditionnelles plantes vertes du vestibule. » Force est de reconnaître que l’ensemble, s’il est surprenant voire hétéroclite, séduit et charme.

Dans cette Salle des Mariages, il semble que l’inspiration soit double. Les murs de droite et du fond renvoient plus précisément à la Côte d’Azur tandis que celui de gauche et le plafond font la part belle à la mythologie et à la poésie. Cocteau explique ainsi comment l’inspiration de départ fut peu à peu infléchie vers des images venues de son subconscient : « Je m’éloignai [de mon point de départ], emporté par des ordres venus de ce moi qui nous commande et dont nous ne sommes que la main d’œuvre. »

Le panneau du fond présente un couple en vis-à-vis. La jeune femme est coiffée de la capeline mentonnaise, surmontée d’un soleil flamboyant et le jeune homme, dont l’œil a la forme d’un poisson, porte le bonnet du pêcheur méditerranéen, décoré de lignes rouges. Le fond du panneau arbore le bleu et le blanc, aux couleurs du drapeau de Menton. Les jaune et orangé du soleil évoquent citrons et oranges.

Le mur de droite dessine la noce d’un village imaginaire qui illustre la phrase, désormais disparue du Code Civil : « La femme doit suivre son mari. » La scène est vivante avec de très nombreux personnages en mouvement. Un jeune couple s’apprête à s’en aller sur un fringant cheval blanc au beau caparaçon, tandis que des jeunes filles portent des présents de fruits et de fleurs sur leur tête ; un aveugle au chapeau pointu offre une orchidée, des jeunes gens accourent vers leurs amis en se réjouissant et en dansant. Sur la droite, la mère du jeune homme, assise et coiffée d’un haut voile, fait grise mine. Devant elle, une jeune fille, peut-être délaissée par le nouvel époux, se lamente dans les bras d’un jeune homme qui la soutient. L’ensemble, baignant dans des teintes pastel, se déploie dans un tableau de courbes et de volutes jaune pâle, avec en arrière-plan des personnages vêtus de pagnes et armés de sagaies. « Je veux me dicter des thèmes – dit le poète - et m’acharner à organiser une fois encore les mystérieuses noces du conscient et de l’inconscient, de la beauté reproduite figurative et de la beauté produite abstraite, l’une mise en branle par l’art grec reproduisant les formes de la nature, l’autre par l’art nègre produisant des tatouages et des déformations physiques aptes à contrarier les formes naturelles, jusqu’à leur substituer un monde imaginaire où l’homme commande. » C’est ce savant dosage qui crée la beauté de cette scène.

C’est pourtant le dessin du mur de gauche, sur un fond de pastel jaune aux fines lignes vertes, que j’ai préféré, qui évoque la mort d’Eurydice et illustre la phrase : « Orphée en tournant la tête perdit sa femme et ses chants. Les hommes devinrent bêtes et les animaux méchants. » On la ainsi voit mourir, vêtue de blanc et la tête inclinée, soutenue par deux femmes aux robes bleues tandis qu’un Orphée tatoué sur tout le corps, les yeux clos, et ceint d’un pagne de palmes ou de plumes, brandit sa lyre. Aussitôt, les hommes s’animalisent, se métamorphosent en centaures, qui s’entretuent en se perçant de flèches. Un flamant rose de Camargue et un aigle semblent aussi les victimes de ce combat. Quelques légères traces rouges, ruban sur la tête d’Orphée, crête de l’aigle, blessures des centaures, soulignent discrètement la violence de la scène. On n’oubliera pas de mentionner, au-dessus de la porte d’entrée un aigle à la tête méchante, toutes ailes déployées, frappé d’une flèche. Il m’a fait penser à L’Aigle à deux têtes, la pièce de Cocteau dont un des personnages est une reine, tragiquement veuve de son époux assassiné.

Cocteau explique ainsi son propos : « Peut-être sont-ce les admirables volutes, tambours et masque africains qui m’incitèrent à remplacer les taches de couleur par un mélange anatomique, véritable labyrinthe de lignes. Toujours est-il que mon fils – à qui je m’ouvrais de mes inquiétudes – me dit en riant que je continuais à suivre les directives internes sans les comprendre et que j’avais, à mon insu, décoré cette salle dans le style du palais de Crète. J’étais instinctivement remonté aux origines du Modern Style, les cadences gracieuses de la superbe décadence de Cnossos, étant admis cette vérité baudelairienne qu’une décadence doit être considérée comme la pointe extrême d’une civilisation. »

Le plafond enfin est un hymne à l’univers céleste: au milieu de la danse des planètes l’on y voit la rencontre d’un ange jongleur et du cheval ailé, Pégase, monté par un personnage qui tient une sagaie. Un autre personnage ailé – à l’image du dieu Amour - décoche une flèche. Le tout, dans le tourbillonnement des sphères et des courbes. Cocteau donne quelques clés pour analyser son œuvre : « A force de lever la tête – dit-il – je crois voir la poésie, instable sur le cheval Pégase, jongler avec les mots, l’amour tel que la convention le représente, sauf que ses yeux ne portent pas de bandeau. »

Enfin, sur les miroirs de part et d'autre de l'entrée, Cocteau a gravé des Marianne, gracieuses mais boudeuses, allégorie obligée de la République française dans toute salle de mariage.

J’envie les privilégiés qui ont la chance de se marier dans ce lieu unique décoré par cet « aigle à dix têtes » que fut Jean Cocteau. Au moment de leur engagement, au milieu de ces fresques, où se mêlent mythologie, poésie et art nègre, d'où la violence n'est pas absente, les nouveaux époux sont invités à méditer cette phrase du « prince frivole : « Le verbe aimer est difficile à conjuguer : son passé n'est pas simple, son présent n'est qu'indicatif, et son futur est toujours au conditionnel. »

 Sources : https://www.fr/peinture/la-salle-des-mariages-de-menton

Photos ex-libris.over-blog.com

  

 

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22 avril 2017 6 22 /04 /avril /2017 14:11

 

Dans l'église de Saint-François de Paule (Photo ex-libris.over-blog.com, 3 avril 2017)

 

 

Au sombre de l’église

Dans un rai de lumière

Et devant saint François

Pause silencieuse

Un vieil homme en prière

Aux cheveux de prophète

Mandorle de mystère

 

Dans l’église Saint-François de Paule,

Nice, lundi 3 avril 2017

 

 

 

 

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11 avril 2017 2 11 /04 /avril /2017 09:55

 

Sur le cours Saleya, Nice (Photo ex-libris.over-blog.com)

 

Sous les toiles rayées

du vieux cours Saleya

au milieu des senteurs de jasmin

et des cris

dans les couleurs vivantes

des savons et des miels

des légumes brillants

des fleurs en éventail

deux tout petites vieilles

silhouettes pareilles

aux cheveux au carré

d’un blanc immaculé

bancales et cassées

accrochées l’une à l’autre

s’en vont faire leur marché

se tenant par la main

jumelles de destin

 

Sur le cours Saleya, Nice, samedi 8 avril 2017

 

 

Sur le cours Saleya, Nice (Photo ex-libris.over-blog.com)

 

 

 

 

 

 

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11 avril 2017 2 11 /04 /avril /2017 09:32

Goélands dans le cimetière du Vieux-Château, Menton (Photo ex-libris.over-blog.com)

 

 

Au-dessus de la mer bleutée

Et sous le ciel immaculé

Parmi colonnes et cyprès

Marbres et médaillons brisés

Parmi les tombes basculées

Sépultures abandonnées

Bustes et mausolées versés

Draperies et grilles rouillées

D’un enclos marin dévasté

Où dorment pour l’éternité

Des princes russes émigrés

Un amiral ostracisé

Des protestants des Irlandais

Tuberculeux et suicidés

Célébrités vite oubliées

 

Dans leur indifférence ailée

Leur nonchalance dandinée

S’en vont errant deux goélands

 

ViVants

 

Au cimetière du Vieux-Château, Menton, mercredi 5 avril 2017

 

 

Goélands au cimetière du Vieux-Château, Menton (Photos ex-libris.over-blog.com)

Voir mes deux autres poèmes sur les cimetières :

http://ex-libris.over-blog.com/search/au%20waverley%20cemetery/

http://ex-libris.over-blog.com/article-dans-un-cimetiere-allemand-88393427.html

 

 

 

 

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 15:48

Maris et femmes : Judy, Gabe, Jack et Sam (Crédit photos Céline Nieszawer)

Mardi 21 mars 2017, les spectateurs cinéphiles du théâtre Le Dôme à Saumur ont pu retrouver le microcosme – entre tous reconnaissable – du cinéaste Woody Allen. On y jouait en effet Maris et femmes, une adaptation du film éponyme, sorti en 1992, dans une mise en scène de Stéphane Hillel.

C’est Christian Siméon qui en a réalisé cette adaptation pour le  théâtre avec la collaboration de la comédienne Hélène Médigue, le discret chef d’orchestre. Ils ont en effet mis cinq ans avant de pouvoir la monter. Ils en ont écrit ensemble sept versions avant de faire valider la bonne par Woody Allen lui-même. Christian Siméon explique qu’il a fait un « boulot d’auteur » et non de traducteur. Comblant certains vides, rajoutant des scènes, usant d’un autre langage, d’une autre grammaire, il a écrit une pièce au final moins grave que le film. Il est cependant demeuré fidèle à la « patte wallénienne » ainsi qu’il l’explique. Au-delà des contraintes de l’adaptation, il souligne ce qu’il doit à l’auteur : « Car rendons à César ce qui est à César, à Woody Allen en l’occurrence, au commencement est l’histoire, au bout, seule reste l’histoire. Et l’histoire est superbe. Cruelle et superbe comme, seul, il peut l’imaginer. » On comprend ainsi pourquoi le metteur en scène en a voulu peaufiner la réécriture.

Mickaël et Judy (Crédit photos Céline Nieszawer)

Avec cette pièce (nominée pour le Molière de la Meilleure Comédie 2016), le public redécouvre ce milieu d’intellectuels juifs new-yorkais, en proie à leur Œdipe, passionnés par l’opéra, le véganisme, l’ayurvédisme et tutti quanti. On a l’impression de bien le connaître ce couple de quadragénaires de Jack (Marc Fayet) et de Sally Roth (Florence Pernel), qui annoncent leur rupture à l’amiable après quinze ans de mariage à leurs meilleurs amis, Gabe (José Paul) et Judy (Hélène Médigue). Un micro-événement qui va déclencher des réactions amoureuses en chaîne, créer un chassé-croisé sentimental et redéfinir la carte du Tendre de ce quatuor, lequel deviendra septuor avec Mickaël (Emmanuel Patron), Chain (Alka Balbir) et Sam (Astrid Roos).

Organisée sur deux plans surplombés par un décor symbolisant les gratte-ciel de Manhattan, la scène présente quelques praticables carrés ou rectangulaires faisant office de meubles. Cette simplicité scénique permet une libre circulation des comédiens ; ils vont et viennent, se séparent et se retrouvent, se fuient et se cherchent, allant ainsi aisément de l’appartement de l’un (Sally ou Mickaël) à la maison de l’autre (celle des parents de Chain, l’étudiante amoureuse de Gabe), ou encore de la boîte de nuit, où Gabe rencontre Sam, à la fac, où enseigne Gabe.

Mickaël et Sally (Crédit photos Céline Nieszawer)

Les gratte-ciel s’éclairent de couleurs différentes en fonction de la tonalité des scènes. Ils seront multicolores dans la boîte de nuit, bleu pâle pour les moments plus intimistes. Quant à la musique, régie par Virgile Hilaire, elle joue en sourdine, en écho à ce qui se passe sur scène. Je pense notamment à celle de Don Giovanni, opéra auquel assistent Sally et Mickaël lors de leur première sortie ensemble. On s’amuse enfin du phénoménal coup de tonnerre qui clôt la pièce et met le point d’orgue à la recomposition des couples.

La mise en scène est très enlevée, sans temps mort aucun, et les comédiens endossent avec justesse, jubilation et abattage le costume de ces bobos new-yorkais. Alka Balbir explique que Woody Allen propose aux comédiennes de « merveilleux rôles de femmes, explosives, hystériques, intelligentes, drôles », exemptes de tout cliché. Les dialogues fusent, les répliques cinglent. Astrid Roos, quant à elle, souligne que si ces dialogues, dans une langue contemporaine, semblent simples à jouer, il ne faut pas en perdre le fil. Partant parfois dans des directions inattendues, possédant un rythme extrêmement soutenu, ils requièrent en fait concentration et précision.

Par ailleurs, l’on est saisi par l’acuité et l’ironie avec laquelle Woody Allen fait vivre tout ce petit monde très narcissique. Il les connaît par cœur ces intellos travaillés par le démon de midi, ces femmes insatisfaites et frigides, ces toquées du bio, ces petites étudiantes folles de leur prof de fac. Avec cette remise en question radicale du couple, ce questionnement sur le vieillissement, le cinéaste nous invite avec intelligence et humour à nous interroger sur nous-mêmes, nos envies, nos désirs, notre conception du bonheur à deux.

En outre, quand on sait que c’est au cours du tournage du film de Maris et femmes que Mia Farrow (épouse de Woody Allen et comédienne dans le film) a appris la liaison de son mari avec leur fille adoptive, Soon Yi Previn, cette comédie de mœurs acide prend une résonance plus pessimiste. Et puis le personnage de Gabe l’écrivain n’est-il pas un peu le double du cinéaste, ce romantique attardé qui rêve naïvement d’écrire un roman dans une petite chambre à Paris, et surtout d’y embrasser ?

Avec cette pièce caustique, avec ces personnages névrotiques et ces dialogues ciselés, Woody Allen se tient entre Tchékhov et Bergman, ses maîtres. Et qui bouderait son plaisir de sourire devant ces « scènes de la vie conjugale » en mode mineur ?

Judy et Gabe (Crédit photos Céline Nieszawer)

 

Sources :
Theatre-video.net, le 16/05/2016

Allo-Ciné

 

 

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Published by Catheau - dans Théâtre
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