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15 août 2016 1 15 /08 /août /2016 14:04
L'Assomption, Le Titien

L'Assomption, Le Titien

Lors de mon récent voyage en Sicile baroque, nous avons fait halte à Caltanissetta. L’église, qui se trouve Piazza San Domenico, a été fondée en 1300 par saint Reginald, disciple de saint Dominique. Elle fut reconstruite vers la fin de 1700 dans de plus grandes dimensions.

Nous avons pu y admirer la Vierge du Rosaire de Paladini. Le retable, signé et daté de 1614, représente la Vierge assise sur des nuages. Elle offre  le chapelet à une religieuse dominicaine qui est à sa gauche, tandis que l'Enfant Jésus, debout sur les genoux de sa mère, tend un autre chapelet à un frère dominicain. 

En ce 15 août, jour de l’Assomption de la Vierge Marie, où les chrétiens fêtent la mère de Dieu, ce thème du rosaire m’a fait penser à ce texte de Paul Claudel, intitulé « Le Quinze Août », extrait de La Rose et le Rosaire. Ecrit en 1945 et 1946, et publié en 1947, cet ouvrage consacré à la Vierge Marie, est composé de « feuillets » tombés d’un livre que Claudel n’achèvera pas. Il s’agit d’un ensemble de textes réunis par le modèle récitatif du rosaire donné par la liturgie. Il suit le parcours d’une âme humaine, du bas vers le haut ; le modèle de ce parcours est ainsi donné par le rosaire dont l’étape ultime « consacre, consomme, parachève cette ascension de l’âme humaine que typifie la Sainte Vierge ».

« Le Quinze Août marque le comble et le sommet de l’année, la sainte Vierge monte au ciel tenant entre ses bras une gerbe d’or : je veux dire qu’après cette courte séparation pour elle, le corps a été invité à rejoindre l’âme. La création une fois de plus est venue à bout de son fruit suprême, elle a confié à cette messagère les prémices pour une semaille nouvelle de l’espèce eucharistique […]

Tout s’est éteint sur la terre, mais quel est là-haut ce petit nuage couleur de feu dans le ciel qui vient de s’allumer comme une écharpe éperdue ? Quelle est cette femme là-haut qui s’élève sur les ailes de la prière ? Ce n’est plus une gerbe qu’elle porte dans ses bras, ce ne sont plus des clefs qu’elle serre contre sa poitrine, c’est notre cœur, c’est une grappe entre ses mains ! Son propre cœur entre ses mains qu’elle serre, c’est cela qui la fait monter ! Alleluia ! Dites ! Quelle est cette colombe de feu là-haut qui a oublié le chemin du retour ? Elle s’éteint… »

Et en relisant ce texte, dont la prose claudélienne est particulièrement poétique, j’ai aussi repensé à la toile de Titien, L’Assomption, 1518, admirée il y a bien longtemps dans l’église Santa Maria Gloriosa dei Fratri à Venise. Les rouges du manteau de Dieu, de la robe des apôtres et de Marie y sont somptueux et inoubliables !

 

La Vierge du Rosaire, Paladini.

La Vierge du Rosaire, Paladini.

"Le Quinze Août", de Paul Claudel.
Published by Catheau - dans Dits de poètes
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24 juillet 2016 7 24 /07 /juillet /2016 18:08
Papillon de juillet (Photo ex-libris.over-blog.com, dimanche 29 juillet 2012)

Papillon de juillet (Photo ex-libris.over-blog.com, dimanche 29 juillet 2012)

Papillon

Vagabond

Ô mon âme

Quel sésame

Pour  voir

Au-delà du miroir ?

 

Textoésie envoyé le 24/07/2013, à 13h 10,

en réponse à celui de Suzâme reçu le 10/07/2016 à 19h 20

http://suzame-ecriplume.eklablog.com/textoesies-et-vous-papillon-vagabond-a126448402

 

Published by Catheau - dans Textoésie
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24 juillet 2016 7 24 /07 /juillet /2016 17:47
A la calanque de Magaud (Toulon), dimanche 17 juillet 2016 (Photo ex-libris.over-blog.com)

A la calanque de Magaud (Toulon), dimanche 17 juillet 2016 (Photo ex-libris.over-blog.com)

Le soir tombait

Tout doucement

Diane planait

Au firmament

Le ciel mourait

En rose et blanc

La mer rêvait

Immensément

Les pins dansaient

Obscurément

On contemplait

Infiniment

 

A l’anse de Magaud,

dimanche 17 juillet 2016

 

 

 

 

 

Le soir tombait...
10 juillet 2016 7 10 /07 /juillet /2016 17:43
Alouette sur la dune de Kérouriec (Photo ex-libris.over-blog.com, juillet 2016)

Alouette sur la dune de Kérouriec (Photo ex-libris.over-blog.com, juillet 2016)

Petite alouette

pépiante

sautillante

dansante

sur le parquet

de sable

libre flamme

glissante

et grise

sur le foyer

de dune

qui n’attends

qu’un souffle

de vent

léger

pour t’envoler

te mirer

dans le grand miroir

bleu

 

Sur la plage de Kérouriec,

mercredi 6 juillet 2016

 

 

1 juillet 2016 5 01 /07 /juillet /2016 13:24
Le Christ à la Colonne, basilique Saint-Pierre-et-Saint Paul, Acireale (Photo ex-libris.over-blog.com, mercredi 11 mai 2016)

Le Christ à la Colonne, basilique Saint-Pierre-et-Saint Paul, Acireale (Photo ex-libris.over-blog.com, mercredi 11 mai 2016)

 

Située entre les pentes de l’Etna et la Mer Ionienne, Acireale a été la première étape d’un voyage en Sicile que j’ai fait du 11 au 18 mai 2016. Cette ville, autrefois appelée Aquilia, est surnommée le Petit Vatican, à cause de ses très nombreuses églises. Elle tire son nom actuel d’une légende mythologique. Le berger Acis était tombé amoureux de la nymphe Galatée. Son rival, le cyclope Polyphème, l’écrasa sous un rocher. De son sang jaillit un fleuve appelé Akis, dont le cours surtout souterrain affleure près de Santa Maria la Scala On appelle ce dernier U sangsu di Jaci (Le sang d’Acis). L’adjectif "royal" a été ajouté en 1642 par un décret de Philippe IV d’Espagne pour distinguer la ville de ses voisines et pour en souligner la position dominante, comme ville domaniale. Elle fut reconstruite après le séisme de 1793, qui détruisit une partie de la Sicile sud-orientale.

Parmi les nombreux édifices baroques que nous avons pu admirer se trouve la basilique Saint- Pierre-et-Saint- Paul, érigée en 1550.  Remaniée au XVIIème siècle et XVIII siècle, elle présente  une façade typiquement baroque conçue par Vasta en 1741.  A l’intérieur, une nef unique abrite quelques toiles du même artiste et de Platania.

Mais ce qui nous a fortement impressionnés, c’est  une statue du Christ à la Colonne, curieusement réalisée en papier mâché. D’un artiste inconnu, elle est vénérée par les habitants et traditionnellement portée en procession tous les 70 ans, afin de protéger les habitants contre les cataclysmes naturels. Elle représente un Christ flagellé, le corps couvert d’ecchymoses et de blessures, attaché à une colonne. Réaliste et doloriste à l’excès, le Fils de Dieu porte au cou un médaillon renfermant une relique de la Sainte Croix.

Les évangélistes ont rapporté la flagellation ordonnée par Pilate, cet épisode de la Passion du Christ, souvent associé au couronnement d’épines. Ils décrivent plus largement ce dernier et le situent dans un autre lieu, le Prétoire. Marc (Ch. 15, v. 15) écrit : « Pilate alors, voulant contenter la foule, leur relâcha Barabbas et, après avoir fait flageller Jésus, il le livra pour être crucifié. » Matthieu (Ch. 27, v. 26) s’exprime comme Marc : « Alors il leur relâcha Barrabas ; quant à Jésus, après l’avoir fait flageller, il le livra pour être crucifié. » Luc, de manière elliptique, dit pour sa part (Ch. 23, v. 24) : « Quant à Jésus, il le livra à leur bon plaisir. » Jean (Ch. 19, v. 1 à 3), qui ne dissocie pas les deux événements, est plus prolixe : «Pilate prit alors Jésus et le fit flageller. Les soldats, tressant une couronne avec des épines, la lui posèrent sur la tête, et ils le revêtirent d’un manteau de pourpre ; et ils s’avançaient vers lui et disaient : « Salut, roi des Juifs ! » Et ils lui donnaient des coups. » 

Ce thème de la flagellation du Christ a été souvent traité dans l’iconographie. Le Caravage, Antonello de Messine, Bramante, l’ont représenté avec force. Cependant, cette statue réalisée dans cette humble matière qu’est le papier mâché, m’a particulièrement émue.

J’ai pensé alors au poème, « Flagellation » de Jean-Pierre Lemaire, in L’Annonciade, découvert dans le beau livre, Visages de Marie, présenté par Jean Vanier. Le poète y donne la parole à la Mère de Dieu :

 

Les premiers coups commencent à pleuvoir

et tes disciples sont partis s’abriter.

Laisse-moi rester près de toi sous la pluie

dans la maison sans murs où tu donnes audience

à tous les humiliés, à tous les offensés.

 

Les autres reviendront chercher la chemise

la tête ou le cœur qu’ils ont abandonnés

pour échapper aux coups. Retiens-moi ici

sous la pluie noire du mépris avec toi

et les sept épées qui gardent mon cœur.

 

 

 

Published by Catheau - dans Sculpture
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30 juin 2016 4 30 /06 /juin /2016 15:03
Trinacria, l'emblème de la Sicile (Photo ex-libris.over-blog.com, mai 2013)

Trinacria, l'emblème de la Sicile (Photo ex-libris.over-blog.com, mai 2013)

Pour faire suite à un deuxième voyage récent dans la Sicile baroque du 11 au 18 mai 2016, j'ai écrit ces vers, sorte de pot-pourri ou bric-à-brac de mes souvenirs siciliens.

 

Trinacria, Sicile, la Gorgone triade,

Ile des tremblements, soubresauts d’Encelade,

Exhalant son haleine lorsque l’Etna parade.

Mer de tous les dangers en Charybde et Scylla,

Terre des voyageurs où Ulysse accosta,

Et du grand Polyphème l’unique œil aveugla.

Sicile aux verts printemps, aux étés-siroccos,

Concave et puis convexe, piazza del duomo,

Agathe de Catane, aux beaux seins tenaillés,

Lucie de Syracuse, vierge violentée

Femmes douces et saintes, toujours martyrisées.

Sicile des Sicanes qui fut grecque et romaine,

Amphithéâtre où vinrent Euripide, Platon,

Sacrifiant à Zeus sur l’autel de Hiéron,

Edifiant son temple au poète Apollon.

Carrière des Tyrans, au creux des latomies,

Quand les soupirs venaient à l’oreille de Denys,

Qu’Aréthuse la nymphe coulait à Ortygie.

Sicile tant baroque, aux palais ouvragés,

Aux balcons arrondis, aux assises sculptées

De putti, de sirènes, de monstres inventés.

Sicile, îlot artiste, sensible et violente,

Empédocle mourant dans la fournaise ardente,

Archimède, savant à l’invention brillante,

Pirandello, Nobel, maître de la nouvelle,

Quasimodo, poète, secret et naturel,

Lampedusa le prince, romancier éternel

D’un monde qui s’en va, qui meurt dans la chaleur

D’un palais délabré et, à sa dernière heure,

Voit la femme voilée au charme ensorceleur.

Sicile, sous le joug de Rome et des Vandales,

Des Normands, de Byzance, du pouvoir impérial,

Victime séculaire d’un combat inégal,

Aux vêpres siciliennes au risque du va-tout,

Massacrant les Français du roi Charles d’Anjou

Et relevant le chef, le foulard rouge au cou.

Sicile des marchés, fontaines, mosaïques,

Aux multiples clochers, charrettes, céramiques,

Vives marionnettes des légendes épiques.

 

Sicile, beau jardin, où les bougainvillées

Sont soleils rougeoyants près des verts caroubiers,

Je voudrais m’endormir sous tes vieux oliviers.

 

 

 

 

Marionnette sicilienne à Taormine (Photo ex-libris.over-blog.com, mai 2013)

Marionnette sicilienne à Taormine (Photo ex-libris.over-blog.com, mai 2013)

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26 juin 2016 7 26 /06 /juin /2016 14:26
Balade au marais de Rou en haïkus.

 

 

De l’étang vert d’eau

La fuite d’un ragondin

Un preste éclair brun

 

Libellule bleue

Dans la jungle des roseaux

Tel un papillon

 

Le gros peuplier

Le collier rond de mes bras

Sur son tronc ridé

 

La prêle des champs

Son fin feuillage froissé

Pierre sur ma peau

 

Le sentier serpente

Immobile le chevreuil

Rit sous la ramée

 

Jeudi  23 juin 2016

 

 

25 juin 2016 6 25 /06 /juin /2016 15:24
L'étang de pêche de Rou

L'étang de pêche de Rou

 

Jeudi 23 juin 2016, rompant avec  la pluie et les orages, l’été semblait s’être enfin annoncé. Ce soir-là, la Bibliothèque de Rou-Marson, dont je fais partie, et l’association Patrimoine Environnement Botanique organisaient une balade « le nez en l’air » au marais de Rou.

Une vingtaine de promeneurs s’étaient ainsi donné rendez-vous à l’étang de Presle, situé sur la gauche après le rond-point du même nom, sur la route de Rou-Marson. Emmenés par Renée Monnier, botaniste émérite et passionnée, et par les bénévoles de la Bibliothèque, ces visiteurs du soir ont cheminé par un sentier de verdure de l’étang de pêche jusqu’aux fontaines-lavoirs de Rou.

Sur les bords de cet étang, creusé en 1985 sur un ancien marais et alimenté par une source, ils ont d’abord écouté un texte de Henri Michaux, soulignant la fascination des hommes pour l’eau, « traîtresse et irrespirable à l’homme, fidèle et nourrissante aux poissons ». http://www.wikipoemes.com/poemes/henri-michaux/le-lac.php

Après avoir longé une haie de mûriers et de sureaux, ils ont été attentifs à la vie du peuple de l’étang, ragondins, grenouilles et libellules. Auprès des roseaux, une petite histoire de martin-pêcheur et de raton-laveur, d’un certain Cris Wac, les a fait sourire. http://www.montmartre-secret.com/article-poeme-pour-les-enfants-martin-pecheur-et-raton-laveur-horaire-piscine-103816298.html 

Ils ont écouté « Le petit poisson et le pêcheur » de La Fontaine, mésaventure d’un carpillon prêcheur, http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/jean_de_la_fontaine/le_petit_poisson_et_le_pecheur.html

et « Le héron imprévoyant », une fable que j’ai écrite récemment. Elle m’a été inspirée par la présence d’un héron, perché sur un if en face de ma fenêtre. http://ex-libris.over-blog.com/2016/04/le-heron-imprevoyant.html 

La vie de l’étang s’est animée avec « L’étang » (Odes du paysage de Port-Royal) de Jean Racine qui dit les « richesses admirables » et « les attraits » de ce monde qui vole et qui nage. http://www.poetica.fr/poeme-1879/jean-racine-etang/« Pêcheur d’aube » d’un poète anonyme a dessiné le tableau délicat d’un pêcheur dont la ligne rapporte au jour « la rondeur dorée d’un soleil endormi ». http://www.lespoetes.net/plpoeme.php?id=3297

Un peu plus loin, le groupe a fait halte sous un grand et gros peuplier. A l’aide d’un mètre de couturière et de savants calculs, l’on a pu en déterminer l’âge canonique : aux alentours de 350 ans ! Le poème, « Mon portrait », du poitevin Maurice Fombeure a rappelé à chacun combien l’homme est proche de l’arbre et intimement lié à la nature :

« […] Je suis de bois, mes mains et mon visage.

De bois je suis, oui, de dur cœur de chêne,

Œuvre gauche d’un sculpteur malhabile

Mais les forêts frémissent dans mon cœur. » http://www.lesarbres.fr/texte-fombeure,Maurice+Fombeure,,.html

La proximité de l’étang a suscité l’évocation d’une atmosphère fantastique que le philosophe Gaston Bachelard décrit ainsi : « La nuit, au bord de l’étang, apporte une sorte de peur humide qui pénètre le rêveur et le fait frissonner. » (L’Eau et les Rêves). Et c’est à plusieurs voix que nous, les diseurs de la Bibliothèque, avons commencé à donner la parole au narrateur de la célèbre nouvelle de Maupassant, « Sur l’eau ». Les auditeurs auront cependant dû attendre la fin de la balade pour connaître la chute de cette histoire de nuit, de brume et d’eau.

A l’écoute du murmure du ruisseau coulant sous un petit pont, s’en est suivie une explication détaillée de l’hydrographie complexe des trois cours d’eau qui entourent l’étang (mais ne l’alimentent pas). Un bief achemine l’eau jusqu’à ce qui fut l’ancien moulin à eau de Presles situé au rond-point un peu plus haut, tandis que le Doué s’en va vers Les Ulmes et qu’un cours d’eau descend des fontaines-lavoirs de Rou.

A l’orée du petit chemin de verdure qui se dirige vers celles-ci, le groupe a découvert la prêle, une plante « quasiment préhistorique » selon notre guide botaniste. De son nom savant, Equisetum Arvense, à cause de sa ressemblance avec la queue du cheval, encore appelée Queue de rat ou Queue de renard, c’est elle qui a donné son nom au lieu-dit. Riche en silice, en potassium et en calcium, elle était utilisée autrefois dans la pharmacopée, et l’on s’en servait pour nettoyer les casseroles.

En file indienne les marcheurs ont alors suivi le sentier qui longe le petit cours d’eau. Ils ont pénétré dans un endroit luxuriant, ombragé et secret où l’on a l’impression d’être loin du monde et des hommes. Dans un « trou de verdure », une halte poétique y avait été prévue mais les nombreux moustiques ont fait aller le groupe plus avant, leur donnant alors l’occasion d’admirer un chevreuil tranquille, en arrêt sous la ramée.

C’est un peu après la peupleraie du village, en lisière d’un champ, que les marcheurs se sont assis sur le bord du chemin pour écouter six poèmes. La présence du petits cours d’eau des fontaines, caché sous les herbes, a été ravivée par « La rivière endormie » de Claude Roy, et son « chuchotis de joncs de roseaux d’herbes lentes ».

http://www.wikipoemes.com/poemes/claude-roy/la-riviere-endormie.php« Le marais » de Théophile Gautier en a ressuscité les petits habitants : grenouilles « rauques », bécassine « noire et grise », pluviers, vanneaux, courlis, grues, canards sauvages, cigogne et héron.

http://www.poesie-francaise.fr/theophile-gautier/poeme-le-marais.php

Héron et colverts ont été évoqués à travers deux de mes poèmes, « Héron cendré » et « Envol », écrits au cours de balades en ce même endroit. http://ex-libris.over-blog.com/article-heron-cendre-71984724.htmlhttp://ex-libris.over-blog.com/article-envol-70345990.html

Claude Roy (« Arbre vent ») http://eloge-de-l-arbre.over-blog.com/article-arbre-vent-74376237.htmet Henri de Régnier (« Chaque arbre a dans le vent… ») https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Sang_de_Marsyas  ont encore fait entendre la voix innombrable des arbres.

Le public a été ensuite invité à dire une douzaine de haïkus de Basho, Ginkô, Onitsura, Mahara et Issa. Le haïku est un bref poème d’origine japonaise de trois vers comportant dix-sept syllabes, célébrant la beauté fugace de la nature. Saisie d’un instant, en lien avec une saison, cette poésie des sens et non des idées, dit l’évanescence des choses. Un des plus célèbres haïkus est celui de Bashō :

« Ah ! le vieil étang

une grenouille y plonge –

le bruit de l’eau »

La dernière étape de ce parcours sylvestre et bucolique a mené les marcheurs jusqu’aux fontaines-lavoirs de Rou. Assis sur le petit muret de pierre, ils y ont écouté trois poèmes en l’honneur du peuplier, le familier des ripisylves. Le vendéen Pierre Menanteau voit cet « arbre si bien lié » (« Peuplier peuplier ») http://www.lesarbres.fr/texte-peuplier,Pierre+Menanteau,,.html menant « sa vie obscurément » (« Peuplier »).

http://eloge-de-l-arbre.over-blog.com/article-le-peuplier-116866891.html Quant à Rosemonde Gérard, l’épouse comédienne et poète d’Edmond Rostand, elle célèbre cet arbre élancé avec musicalité :

« Les grands peupliers longent le ruisseau ;

Et vont d’un air grave,

Reverdis à neuf par le renouveau

Qui fait l’air suave […] » http://www.unjourunpoeme.fr/poeme/les-peupliers

L’auditoire attendait avec impatience la fin de la nouvelle de Maupassant. Elle a distillé la sourde et nocturne angoisse du pêcheur prisonnier de sa barque (dont l’ancre ne se relève pas) jusqu’à la chute finale, de celles que l’on n’oublie pas : « C’était le cadavre d’une vieille femme qui avait une grosse pierre au cou. »

http://athena.unige.ch/athena/selva/maupassant/textes/surleau2.html

Et pour clore cette balade sur une note plus ensoleillée, j’ai dit un bref poème de ma composition,  un éloge du pissenlit, « humble soleil des pauvres ».

http://ex-libris.over-blog.com/article-celebration-du-pissenlit-108636866.html

Un apéritif convivial, avec notamment deux génoises à la rose et au sureau, a ensuite rassemblé les marcheurs devant la Maison du Pressoir devenue Maison des Jeunes, un beau bâtiment de tuffeau rénové il y a quelques années. « Nature et poésie, nous en avons bien besoin ! » a déclaré une participante en manière de remerciement.

 

Photos : ex-libris.over-blog.com (jeudi 23 juin 2016)

 

 

La prêle

La prêle

Le petit cours d'eau sous l'aqueduc

Le petit cours d'eau sous l'aqueduc

Dans le sentier vers les fontaines

Dans le sentier vers les fontaines

Le gros peuplier

Le gros peuplier

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10 juin 2016 5 10 /06 /juin /2016 09:51
Par-delà le bien et le mal : Les Innocentes, de Anne Fontaine.

 

La réalisatrice Anne Fontaine aime à se confronter à des thèmes difficiles : de Nettoyage à sec à Entre ses mains, en passant par Perfect mothers, elle s’interroge sur le désir féminin, l’altérité et la transgression. Avec Les Innocentes (2016), film vu mercredi soir, elle poursuit dans cette voie en mettant en scène un sujet tabou, le viol de religieuses bénédictines par la soldatesque russe dans un couvent polonais en 1945.

Elle y met en scène l’expérience vécue par Madeleine Pauliac, un médecin français pour la Croix-Rouge, qui travaillait à l’hôpital français de Varsovie à la fin de la Seconde Guerre mondiale. La jeune femme y soignait des soldats en attente de rapatriement et tenait un journal intime. « C’est par son neveu, Philippe Maynial, qui habite la France, que l’on a eu connaissance de ces faits » précise la réalisatrice. Sabrina B. Karine et Alice Vial ont tiré de ce document un scénario plein de force et de subtilité.

Anne Fontaine explique ainsi son propos : « J’ai voulu faire un film sur la foi et sur le doute de ces femmes dont le vœu de chasteté a été bafoué et étudier leurs réactions face à une maternité qui les terrifie. » C’est donc cette situation tragique, mettant en jeu la croyance des religieuses à l’épreuve des faits terrifiants qu’elles ont subis, qu’elle s’attache à montrer avec pudeur et sensibilité.

Au milieu d’un paysage de neige et de froidure, le film débute par le cri d’une jeune religieuse en proie aux affres de l’accouchement, tandis que s’élèvent les chants de la prière. Rompant la clôture, une jeune religieuse parvient à faire venir au couvent Mathilde Beaulieu (Lou de Laâge). Ce médecin, engagé volontaire dans un hôpital français, accepte de porter secours aux bénédictines. Athée et communiste, (« Il faut bien croire en quelque chose » dit-elle à Samuel (Vincent Macaigne), le médecin juif de l’équipe), elle découvre alors le sort indicible de ces trente religieuses, qui ont été violées, et par les nazis et par les Russes, et dont sept d’entre elles sont enceintes.

Approcher ces jeunes femmes traumatisées, déchirées entre leur vœu d’obéissance et de chasteté, sera malaisé pour le jeune médecin. Certaines refusent d’être examinées, d’autres sont terrifiées par la perspective de l’accouchement, une autre encore est dans le déni de sa grossesse. Mathilde revient les voir chaque nuit, en risquant sa réputation auprès des autres médecins et sa vie (elle échappe de peu au viol par des soldats russes qui occupent la zone). Alors qu’elle se demande si l’on peut « mettre Dieu entre parenthèses le temps d’une auscultation », sa fermeté, sa douceur, son respect finiront par apprivoiser ces femmes douloureuses. Jamais elle ne les contraindra, et on notera notamment la manière sensible dont elle les approche, abaissant avec pudeur leur robe de bure quand elle les examine.

Dans cette tâche délicate, Mathilde Beaulieu est secondée par la maîtresse des novices, Maria (Agata Buzek), qui lui donne les clés pour comprendre les réactions de ces jeunes religieuses. A celle qui ne croit pas Maria explique que « la foi, c’est vingt-quatre heures de doutes et une minute d’espérance ». Elle dit aussi la difficulté d’un choix à assumer jusqu’au bout : « Au début d’une vocation, c’est comme si l’on était pris par la main et conduit doucement. Mais vient le jour où le Père lâche la main de son enfant et il faut continuer d’avancer malgré la nuit, les doutes, la croix. » On suit donc en parallèle le lent parcours de la maîtresse des novices vers la désobéissance et la révolte contre la rigidité de la mère supérieure.

Alors que Mathilde Beaulieu est tout entière dans l’action humaine, dans une solidarité féminine active, la mère abbesse du couvent (Agata Kulesza) se situe, quant à elle, dans la perspective de la loi divine. Elle n’a qu’une idée : garder le secret sur ces accouchements et sur ces enfants de la honte et du péché. Craignant le scandale, l’opprobre, le rejet des religieuses et, à terme, la dissolution de la communauté, privilégiant la règle et la loi divine au détriment de la compassion, la mère supérieure sera ainsi acculée au pire. Si elle affirme un temps : « J’ai fait ce qu’il fallait », elle reconnaîtra plus tard avec lucidité : « Je me suis perdue », avant de mourir de la syphilis. Son attitude sectaire et intégriste conduira ainsi au suicide une des jeunes religieuses à qui son enfant a été enlevé.

Ce qui a aussi intéressé Anne Fontaine, c’est de montrer comment ces religieuses redeviennent des femmes. Elle a souhaité raconter comment certaines d’entre elles vont « se découvrir mères et aller vers la naissance ». « Car la vie est la plus forte après tout ! » dit-elle. La réalisatrice précise d’ailleurs : « Le renoncement à la maternité est la chose la plus difficile pour les sœurs que j’ai rencontrées, beaucoup plus violent que celui à la sexualité. » Nul manichéisme, cependant, puisque l’une des novices choisit de quitter le couvent en laissant son enfant à la garde du couvent. « Je veux vivre maintenant », confie-t-elle à Mathilde Beaulieu.

Anne Fontaine a su ménager quelques belles scènes de respiration qui montrent que, en dépit de la clôture et de la règle de saint Benoît, ces femmes n’ont rien perdu de leur féminité.  Ainsi la maîtresse des novices se confie à Mathilde et la revêt de la robe rouge qu’elle portait avant d’entrer au couvent. On les voit aussi coudre, jouer du piano, rire entre elles, jouer aux dames. Une jolie scène les montre manifestant avec effusion, gaieté et tendresse leur reconnaissance au jeune médecin qui a permis d’éviter la perquisition du couvent en déclarant aux Russes que le typhus y sévit.

Pour ce sujet, extrêmement difficile, dont on pouvait craindre le pathos et les excès, Anne Fontaine a été conseillée par dom Jean-Pierre Longeat, ancien abbé de Ligugé. Elle, qui se dit croyante mais non pratiquante, a aussi souhaité faire deux retraites chez les Bénédictines de Vanves. De là sans doute, la véracité qui émane de ce long métrage, tout à la fois sobre et audacieux, reconnu d’ailleurs par l’Eglise comme « un film thérapeutique », et ayant la vertu de rapprocher croyants et non-croyants.

Dans ce film on appréciera la densité des silences, l’expressivité des regards, les ombres mouvantes du couvent et les blancs implacables des paysages de neige, admirablement servis par Caroline Champetier qui avait aussi éclairé Des hommes et des dieux. La qualité du film tient sans doute aussi au jeu retenu et tout en intériorité de Lou de Laâge, excellente dans ce rôle dramatique. Dénué de tout angélisme, riche d’une thématique complexe, ce film à la mise en scène subtile et épurée nous rappelle encore à bon escient que le viol est une arme de guerre dont usent et abusent tous les combattants. Avec Les Innocentes Anne Fontaine reconnaît cependant avoir réalisé « un film d’espérance », où jamais elle ne juge moralement ses personnages. Et, par-delà le bien et le mal, elle nous dit que la pulsion de vie demeure la plus forte.

 

 

 

 

 

 

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6 juin 2016 1 06 /06 /juin /2016 20:38
Oiseaux sous nos fenêtres (Photo ex-libris.over-blog.com, juin 2016)Oiseaux sous nos fenêtres (Photo ex-libris.over-blog.com, juin 2016)
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Oiseaux sous nos fenêtres (Photo ex-libris.over-blog.com, juin 2016)

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Sous nos fenêtres

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Devant nos yeux

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