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12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 11:39

au hasard balthazar

 

 

Ce matin, je reçois un commentaire de Hauteclaire (Des Mots et Merveilles, http://hauteclaire.over-blog.com/), qui m'invite à découvrir sur son blog "un petit quelque chose" à mon intention. Je m'y rends et découvre avec étonnement, plaisir et reconnaissance qu'elle a choisi mon blog pour participer aux Balthaz@rs des blogs. C'est une initiative qui permet de découvrir les blogs que l'on aime et que l'on voudrait faire connaître.

En voici le texte initial.

 

"Il y a les Césars, puis les Oscars et voici les Baltaz@rs !
En ce moment, à la télé ou sur l’Internet, c’est le festival de remises de prix divers et variés.
Quand on ne récompense pas des blogs à tort ou à raison, on décerne des meilleurs ou pires acteurs, actrices, films, albums, chanteurs, chanteuses ou autres réalisateurs.
En veux-tu des Césars, en voilà des Oscars.
Si t’as pas eu le NRJ Music Award, t’inquiète, t’auras la Victoire de la Musique.
Et si t’as pas reçu un Nanard, attends, tu vas prendre un Razzie.
Comment ça, t’as pas été élu meilleur Golden Blog Award ? Pas de panique, t’es élu meilleur blog chez http://hauteclaire.over-blog.com/, quand t’as pas oublié que tu t’étais inscrite chez Cosmo.

Enfin, tout ça pour dire qu’à grande échelle, on s’y perd un peu et on oublie de se demander ce qu’on aime VRAIMENT.
C’est pour ça qu’un soir, entre nous, sur Blogitexpress, on s’est dit qu’on pourrait nous aussi lancer à petite échelle, on va dire à escabeau, notre petit concours intimiste des blogs qu’on aime.
Histoire de dire les blogs qu’on aime lire, auxquels on a plaisir à participer, ou qu’on aurait envie de faire découvrir aux autres.
Juste comme ça, pour le fun, entre nous, sans jury, sans bataille de votes.
Pour le plaisir, n’est-ce pas, mon cher Herbert.
Et on s’est pas dit qu’on pourrait, on le fait.
Nous, le conditionnel, c’est pas notre temps préféré.

Alors Zette, Orfeenix, Cortisone ou encore .a2f, ont mis au point les Balthaz@rs.

L’idée ?
Simple.
Chacun propose 2 blogs favoris parmi les 5 catégories proposées :
- Société (info, actu, politique ou généraliste)
- Culture (musique, art, création…)
- Littérature (livres, BD, blogs d’écrivains)
- Photo
- Divers (tout le reste)

La sélection dure 15 jours, à compter de ce lundi 28 février jusqu’au lundi 14 mars.
Au terme des participations, les nominés seront alors proposés aux votes, afin de désigner le blog que VOUS avez préféré dans chaque catégorie.
5 Balthaz@rs seront alors décernés.

 

Pour participer, c’est encore plus simple :
- Vous copiez et collez ce billet en citant à la fin les 2 blogs que vous aimez dans chaque catégorie et vous reportez l’url de votre billet chez Cortisone dans les commentaires, entre le 28 février et le 14 mars.
- Le 15 mars, un nouveau billet sera publié avec un sondage pour chaque catégorie, auxquels vous apporterez vos votes, en vue de décerner 5 Balthaz@rs!"
Texte écrit par Zette.

 

@ Vous : 

Alors allez-y, faites un copier-coller, faites connaître et faites tourner ce message ! Ensuite vous irez chez Cortisone déposer votre U.R.L. pour que tout soit comptabilisé !

 

Voici mon choix :

 

SOCIETE :

 

 http://dh68.wordpress.com/  Dominique Hasselman, le promeneur de Paris

 

 http://vvsydneysiders.blogspot.com/  Vérane, une petite Française perdue au pays des kangourous

  

CULTURE :

 

 http://asautsetagambades.hautetfort.com/  Dominique ou la Littérature au coeur 

 

 http://passouline.blog.lemonde.fr/  L'humeur d'un critique littéraire et le talent d'un écrivain

 

LITTERATURE :

   

http://anne.lesonneur.over-blog.com/  Anne ou comment saisir l'éphémère

 

http://nounedeb.over-blog.com/  Noune, une rêveuse sous les ciels d'Aquitaine

 

PHOTO :

 

http://xavier.gardette.over-blog.com/  Xavier, le regard d'un amoureux des feux et des lieux

 

http://lencredesmots.over-blog.com/  Brunô, la création dans tous ses états

  

 

DIVERS :

 

http://suzame-ecriture.over-blog.com/  Suzâme, une sensibilité à fleur d'âme

 

http://duriezalbum.over-blog.com/  Les promenades de ma cousine au Pays Basque 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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11 mars 2011 5 11 /03 /mars /2011 09:59

  Ange Fra Angelico

Ange, du Frère Giovanni en religion, dit Fra Beato Angelico

 

 

Au cloître du silence

Fra Beato Angelico

Le vieil enfant

Peignait à fresque

 

Candide et extatique

Il voyait au lointain

Les violons, les lyres

Les anges aux blanches plumes

 

Une petite Vierge

Les mains croisées sur la poitrine

Un tendre messager

Aux cheveux blonds et pâles

 

Sous le ciel de Toscane

Aux collines étagées

Parmi les champs de fleurs

Aux printemps lumineux

 

Fra Beato Angelico

Illustrait sa prière

C’était une légende

Dorée dans un vieux livre

 

Le monde y était frais

Et les voix cristallines

Les maisons vives et roses

Et les cieux pleins d’étoiles

 

Au-dessus des candides

Des chastes et des purs 

Tournoyait en soleil

L’auréole des saints

 

Eux les êtres charmants

Dans leurs robes brodées

Au regard mystique

Au visage étoilé

 

Rêvaient du Paradis

Où résonnent les harpes

Et où la main de l’ange

Est Caresse et Douceur

 

les mains de l ange detail de l annonciation 

L'Annonciation, Fra Angelico, Détail des mains de l'Ange

 

 

 

Pour Le Casse-Tête de la Semaine de Lajémy,

Thème : La douceur

 

 

 

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10 mars 2011 4 10 /03 /mars /2011 09:24

  A la verticale de lete 02 3 soeurs

  Les trois soeurs de A la verticale de l'été (Lien, Khanh, Suong),

un film de Anh Hung Tran (2000)

 

 

A la verticale de l’été

Trois femmes se déploient

Souples corps de lianes

Orbe bombé de leurs paupières

Sous leurs obscurs cheveux de nuit

 

Il y a celle qui

N’aimerait qu’un seul homme

Aussi beau que son frère

Dans ses vêtements blancs

Fumant la cigarette

Dans une rue d’Hanoï

 

Il y a celle

Qui se tait chez l’amant

Et qui est tout en pleurs

Son mari a deux femmes

Un tout petit enfant

Près de la baie d’Ha-Long

 

Il y a celle qui

Murmure qu’elle attend

Enfin ce bel enfant

A celui qui s’en va

Et qui en aimera

Une autre à Saïgon

 

A la verticale de l’été

Trois sœurs se déploient

Fleurs vivantes sur le mur

Légères ombres aux cloisons

Douces chansons en viêt-namien

Insectes verts sur les doigts

Caramboles transparentes

 

A la verticale de l’été

Trois destins dissemblables

Pour trois vies si semblables

Sous la pluie drue

De la mousson

 

 

Texte inspiré par le film de Anh Hung Tran, A la Verticale de l’été,

diffusé sur Arte, mardi 08 mars 2011.

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Lilie : Femmes

 

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9 mars 2011 3 09 /03 /mars /2011 10:07

  vermeer-le geographe

  Le Géographe (1668-1669), Jan Vermeer de Delft, Steadelsches Künstinstitut, Francfort

 

Un jour, là-bas...

Debout, près de la croisée, à la lumière amie et pâlie de l’hiver hollandais, Maître Aloysius le géographe posa son compas sur sa table de travail et demeura interdit, le regard perdu. Au loin lui parvenaient les cris des patineurs sur le canal gelé mais leur joie ne serait plus jamais la sienne. Depuis que Saskia l’avait quitté, son cœur était en hiver. Sous le poids des souvenirs, Maître Aloysius fut contraint de s’asseoir et la Douleur l’assiégea.

C’était il y avait bien longtemps, quand il avait épousé Saskia, encore une enfant, et la très jeune fille d’un gros drapier de Delft. Ils avaient commencé un calme compagnonnage à deux mais il ne pouvait s’empêcher de se voir en barbon de quarante ans dans le regard outremer de sa jeune épousée de quinze ans.

Dans un frisson irrépressible il songea que c’était lui, pétri d’un orgueil vain, qui avait introduit le loup dans la bergerie ou le ver dans le fruit. N’avait-il pas désiré que le maître peintre fît son portrait en pied dans son cabinet de travail ? Il avait été si satisfait du résultat, de la sérénité studieuse qui émanait de l’œuvre, qu'il avait souhaité que sa jeune femme posât à son tour pour l’artiste. Il voulait ardemment fixer à jamais sur la toile sa grâce juvénile et innocente.

Le maître de la lumière avait choisi de la représenter en muse de l’Histoire, vêtue d’une robe du bleu qui ferait sa renommée, la tête ceinte d’une couronne de lauriers, portant la trompette de la gloire et un livre de Thucydide à la main. Maître Aloysius n’avait eu qu’une seule exigence : il voulait que le peintre place dans ce second intérieur la carte des Pays-Bas, présente dans son propre portrait. Il créait ainsi un lien ténu entre son amour et lui-même.

Les séances de pose avaient été interminables et Saskia en revenait toujours plus pâle et plus dolente. Un jour, alors qu’il s’était rendu inopinément chez le peintre, Maître Aloysius avait surpris une scène qu’il n’aurait jamais dû voir. Au-delà de la lourde portière entrouverte, il avait aperçu le peintre de dos, dans son costume aux crevés de velours noir et blanc. Sous le béret à l'italienne, il avait saisi l’éclair de sa main aux doigts tachés de couleurs, posée sur le sein de sa femme extatique, dans un geste qui outrepassait les prérogatives de son art.

Un arrachement s’était fait en lui, tel celui qui affecte parfois les cartes de géographie quand elles sont demeurées trop longtemps pliées et qu’elles se déchirent d’un coup. Saskia avait déserté leur maison pour aller habiter chez le peintre. Il s’était alors retrouvé dans la solitude de sa haute demeure aux pignons étagés, aux damiers noir et blanc, aux lustres de cuivre verdi. Et sa vie n’avait plus été qu’un trompe-l’œil.

Les années avaient passé dans la lenteur et la poussière des cartes jaunies et des estampes décolorées. Le monde entier le trahissait, le compas et la règle lui échappaient des mains. Puisqu’il n’avait pas su lire la carte du cœur de Saskia, à quoi bon s’user les yeux à déchiffrer les cartes d’un univers qui n’était plus le sien depuis longtemps ?

Et c’est ainsi qu’une fin après-midi hivernale, devant la croisée entrouverte sur la lumière à son déclin, sous le globe terrestre qu'il avait si souvent interrogé, Grete la servante fidèle découvrit Maître Aloysius. Il gisait, effondré sur sa table de travail, dans sa vieille robe d'intérieur bleue, au liseré orange et aux larges manches, au milieu de ses cartes et de ses atlas en désordre, un compas fiché dans le cœur.

 

  Allégorie de la peinture vermeer

  L'Allégorie de la Peinture, ou L'Art de la Peinture ou Le Peintre dans son atelier (1665-1666), Jan Vermeer de Delft

Kunsthistorisches Museum, Vienne

 

 

 

Pour Azacamopol,

Sur trois photos à Chateauneuf-de-Galaure,

représentant en trompe-l'oeil Le Géographe et L’Allégorie de la Peinture, de Vermeer de Delft.

 

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8 mars 2011 2 08 /03 /mars /2011 17:33

  merteuil

La Marquise de Merteuil (Glenn Close), dans Les Liaisons dangereuses de Stephen Frears

 

 

En ce mardi 08 mars 2011, choisi pour être la Journée de la Femme, j’aimerais faire entendre la voix d’une héroïne féminine qui a porté haut le flambeau de la femme. Il s’agit de la marquise de Merteuil,  « le personnage féminin le plus volontaire » de la littérature française, selon André Malraux.

Dans l’extraordinaire profession de foi qu’est la Lettre 81 des Liaisons dangereuses, adressée au vicomte de Valmont, elle lui raconte sa vie, son adolescence silencieuse, tout occupée à acquérir la maîtrise d’elle-même, et lui démontre combien toute son existence n’est qu’une « érotisation de sa volonté ».

Voici quelques extraits de cette lettre, manifeste du féminisme avant la lettre, et qu’il faut bien sûr lire en entier.

Le début en est admirable :

« Que vos craintes me causent de pitié !  Combien elles me prouvent ma supériorité sur vous ! et vous voulez m’enseigner, me conduire ? Ah ! mon pauvre Valmont, quelle distance il y a encore de vous à moi ! Non, tout l’orgueil de votre sexe ne suffirait pas pour remplir l’intervalle qui nous sépare. Parce que vous ne pourriez exécuter mes projets, vous les jugez impossibles ! […]

Croyez, Vicomte, on acquiert rarement les qualités dont on peut se passer. Combattant sans risque, vous devez agir sans précaution. Pour vous autres hommes, les défaites ne sont que des succès de moins. Dans cette partie si inégale, notre fortune est de ne pas perdre,  et votre malheur de ne pas gagner. Quand je vous accorderais autant de talents qu’à nous,, de combien encore ne devrions-nous pas vous surpasser, par la nécessité où nous sommes d’en faire un continuel usage ! […] »

Elle évoque ensuite les femmes à sentiments, qui confondent l’amour et l’Amant, et elle poursuit :

« Mais moi, qu’ai-je de commun avec ces femmes inconsidérées ? quand m’avez-vous vue m’écarter des règles que je me suis prescrites, et manquer à mes principes ? je dis mes principes, et je le dis à dessein : car ils ne sont pas, comme ceux des autres femmes, donnés au hasard, reçus sans examen et suivis par habitude, ils sont le fruit de mes profondes réflexions ; je les ai créés, et je puis dire que je suis mon ouvrage.

Entrée dans le monde dans le temps où, fille encore, j’étais vouée par état au silence et à l’inaction, j’ai su en profiter pour observer et réfléchir. Tandis qu’on me croyait étourdie ou distraite, écoutant peu à la vérité les discours qu’on s’empressait à me tenir, je recueillais avec soin ceux qu’on cherchait à me cacher.

Cette utile curiosité, en servant à m’instruire, m’apprit encore à dissimuler ; forcée souvent de cacher les objets de mon attention aux yeux de ceux qui m’entouraient, j’essayai de guider les miens à mon gré ; j’obtins dès lors de prendre à volonté ce regard distrait que vous avez loué si souvent. Encouragée par ce premier succès, je tâchai de régler de même les divers mouvements de ma figure. Ressentais-je quelque chagrin, je m’étudiais à prendre l’air de la sérénité, même celui de la joie ; j’ai porté le zèle jusqu’à me causer des douleurs volontaires, pour chercher pendant ce temps l’expression du plaisir. Je me suis travaillée avec le même soin et plus de peine, pour réprimer les symptômes d’une joie inattendue. C’est ainsi que j’ai su prendre, sur ma physionomie, cette puissance dont je vous ai vu quelquefois étonné.

J’étais bien jeune encore, et presque sans intérêt : mais je n’avais à moi que ma pensée, et je m’indignais qu’on pût me la ravir ou me la surprendre contre ma volonté. Munie de ces premières armes, j’en essayai l’usage : non contente de ne plus me laisser pénétrer, je m’amusais à me montrer sous des formes différentes ;  sûre de mes gestes, j’observais mes discours ; je réglais les uns et les autres, suivant les circonstances, ou même suivant mes fantaisies : dès ce moment, ma façon de penser fut pour moi seule, et je ne montrai plus que celle qu’il m’était utile de laisser voir.

Ce travail sur moi-même avait fixé mon attention sur l’expression des figures et le caractère des physionomies ; et j’y gagnai ce coup d’œil pénétrant, auquel l’expérience m’a pourtant appris à ne pas me fier entièrement ; mais qui, en tout cas, m’a rarement trompée.

Je n’avais pas quinze ans, je possédais déjà les talents auxquels la plus grande partie de nos Politiques doivent leur réputation, et je ne me trouvais encore qu’aux premiers éléments de la science que je voulais acquérir." 

Par la suite, elle écrit : « Ma tête seule fermentait ; je ne désirais pas de jouir, je voulais savoir ; […] » Elle épouse M. de Merteuil, se montre « impassible à ses yeux », donne « un champs plus vaste à ses expériences » et découvre le prix de sa liberté quand survient son veuvage. Dans la solitude de la campagne, elle étudie les mœurs dans les Romans, les opinions chez les Philosophes, et découvre les exigences des Moralistes les plus sévères. Pour satisfaire à son besoin de coquetterie, elle se « raccommode » avec l’amour, sentiment qu’elle parvient à feindre en joignant « à l’esprit d’un Auteur, le talent d’un Comédien. » Sa retraite ayant jeté sur elle un « vernis de pruderie » qui la livre aux ennuyeux, elle s’attache à nuire à sa réputation pour ensuite s’amender et se trouver défendue par le parti des Duègnes. Elle se met alors à déployer « sur le grand Théâtre » tous ses talents et acquiert « le renom d’invincible ». Elle emploie cette belle formule : « Descendue dans mon cœur, j’y ai étudié celui des autres ». Elle apprend à se servir des hommes, mais s’éprend de Valmont : « Séduite par votre réputation, il me semblait que vous manquiez à ma gloire ; je brûlais de vous combattre corps à corps. » Enfin, après avoir averti Valmont qu’elle n’a rien à craindre de quiconque puisqu’elle a pris des précautions « fondamentales », elle conclut sa lettre en disant : « Il faut vaincre ou périr. »

Ce texte montre combien le romancier Laclos, en faisant agir des personnages de fiction en fonction de ce qu’ils pensent,  accorde du prix à l’intelligence. Et le plus extraordinaire ici, c’est qu’il s’agit d’une femme. Dans un siècle qui la contraint encore à l’hypocrisie pour exister, la marquise de Merteuil incarne une femme au pouvoir quasiment démiurgique, qui n’écrit pas qu’elle est vaincue. Les autres le diront ; quant à elle, elle ne parlera plus.

Si la marquise, pur produit du siècle des Lumières, utilise le libertinage afin de devenir l’égale des hommes, elle n’en représente pas moins une aspiration fondamentale de la femme qui, en dépit des luttes féministe, demeure insatisfaite : le refus absolu d’être le « deuxième sexe ».

 

Les Liaisons dangereuses, Choderlos de Laclos, Folio n° 894, Lettre 81, p. 218 à 230, et Préface d'André Malraux.

 

merteuil 2

 

 

 

 

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7 mars 2011 1 07 /03 /mars /2011 10:20

  Pays de neige Tunnel

  « Au sortir du long tunnel de la frontière, on se trouvait au pays de neige. Le fond de la nuit avait blanchi. Le train s’arrêta au poste d’aiguillage. » Tel est l’incipit de Pays de Neige, un des plus célèbres de la littérature japonaise.

 

 

La lecture de Yukiguni (Pays de Neige), 1935-1948, de Yasunari Kawabata (Prix Nobel de Littérature 1968), fut pour moi un éblouissement. Le roman raconte l’histoire de Shimamura, un esthète originaire de Tokyô, qui se rend par trois fois dans les régions reculées du Pays de neige, à Kazuira, dans l’ancienne province d’Echigo. Il y noue une relation avec une geisha, Komako, qui l’aime éperdument. Cependant, il est obsédé par le souvenir du regard d’une autre jeune femme, Yokô, observé dans la vitre d’un train. Il oscille entre ces deux amours. A l’occasion d’un incendie qui enflamme un entrepôt de vers à soie, les deux femmes se confondent dans son souvenir, tandis qu’il sent la Voie Lactée l’envahir tout entier : "Et, à l'instant qu'il se penchait en arrière, la Voie lactée, dans une sorte de rugissement formidable, se coula en lui."

En quelques éclats de haïkus, voici l'évocation des deux héroïnes de ce roman, véritable estampe japonaise, aux couleurs de blanc et de rouge.

 

Reflet dans la vitre

Eclat d’un regard unique

Un monde flottant

 

Kimono défait                                                                                    

Rouge soierie sur le drap

Du sang dans la neige

 

Son du shamisen

Echo neigeux musicien

Amante perdue

 

Soleil sur la peau

Des vers à soie tisserands

Beauté translucide

 

Cosses envolées

La femme  à genoux qui bat

Des haricots rouges

 

  Pays de neige Lac enneigé

 

Au cœur du miroir

Les gels sans fond de la glace

Le carmin des lèvres

 

Geishas au jardin

Sur le blanc des joues poudrées

Des pruniers en fleur

 

Baiser dans le cou

De la femme sous la lune

Etoile nacrée

 

Luisant des cheveux

Soie courte et drue des sourcils

Corbeaux sur la neige

 

La chute des feuilles                                                                   

Erables défunts et rouges

Femme délaissée

 

  Pays de neige Erables

 

Vers à soie séchés

Aux carpes de l’étang vert                                            

Geisha sacrifiée

 

Lune bleu d’acier

Posée sur la peau pâlie

Comme une arme blanche

 

Femmes dans les flammes

Mort et métamorphose

Sous la Voie lactée

 

 

Pour Le Défi de la Semaine n°50,

Proposé par Lily,

Thème : Femmes en haïkus

 

Photos : cartes postales japonaises du Pays de neige

Kawabata, Romans et Nouvelles, La Pochothèque, Albin Michel, 1999.

 

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5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 17:59

  Colin firth au micro

  George VI (Colin Firth), prononçant son discours à l'Empire britannique,

le 04 septembre 1939 (Photo Allo-Ciné)

 

 

Certains diront que Le discours d’un roi, le film de Tom Hooper, n’est qu’un « biopic » de plus, qui vient à point redorer le blason de la monarchie anglaise, à la veille du mariage du prince William. Ils n’auront peut-être pas tout à fait tort non plus ceux qui n’y voient qu’une fresque historique, sans grande imagination cinématographique.

Or il me semble que l’enjeu du film ne soit pas à rechercher sur le plan de l’Histoire, d’autant plus que ce long métrage ferait quelques entorses à la vérité historique. George VI aurait été guéri de son bégaiement bien avant 1939 et l’on sait que le grand Anglais de la guerre de 1940, ce n’est pas le roi d’Angleterre mais Winston Churchill. Quant à Edouard VII, il aurait eu, malgré le choix qu’il fit, un sens de l’Etat bien plus grand que ne le laisse entrevoir le film.

On sait que le film retrace le long parcours d’Albert, le deuxième fils du roi Georges V d’Angleterre (Colin Firth), pour se guérir d’un bégaiement acquis dans la petite enfance. Appelé à régner à la suite de l’abdication de son frère aîné, Edouard VII (Guy Pearce), après de nombreuses hésitations, il finira par accepter la méthode thérapeutique de Lionel Logue (Geoffrey Rush), un orthophoniste australien, autodidacte et acteur shakespearien raté, qui le guérira de son handicap et deviendra son ami.

Le film est donc bien plutôt une réflexion sur le langage et ses enjeux et sur la manière d’exister et d’être reconnu à travers lui. Aristote ne disait-il pas que « l’Homme est le vivant qui possède la parole » ?

 

Colin firth en répétition

Le duc (Colin Firth) et la duchesse d'York (Helena Bonham-Carter), 

pendant la thérapie avec Lionel Logue (Geoffrey Rush)

(Photo Allo-Ciné)

 

Ce long métrage est à cet égard pain bénit pour  l'acteur, qui doit faire de la parole un outil privilégié de son art. Colin Firth, l’interprète du roi George VI, qui joue le rôle d’un bègue pour la troisième fois, a bien souligné cet aspect. Il avoue que son secret a consisté à « s’appliquer à ne pas bégayer. Ce que voient les spectateurs, c’est un homme qui tente désespérément de ne plus le faire. Et pas l’inverse. »

Il a de plus surtout cherché à jouer l’angoisse générée par cette infirmité, et le véritable enfermement qui en découle. Cette anxiété qui saisit le roi, c’est aussi celle du comédien qui redoute le premier soir sur scène, qui craint d’oublier ses répliques, toutes choses par ailleurs qui ne sont pas réservées aux artistes. N’est-ce pas aussi le lot de tout un chacun, quand on doit porter un toast lors d’un mariage, qu’on est contraint de faire quelque chose en public, qu'on est invité à participer à un karaoké ?

Peut-être est-ce une des raisons pour lesquelles le film touche autant le public. Ce roi, qui se sent incapable d’affronter le micro, à une époque où la radio devient un média de masse, c’est Monsieur-Tout-Le-Monde, obligé de parler en public. Helena Bonham-Carter, qui interprète la femme de George VI, conforte cette idée: « Je crois que nous souffrons tous de blocages qui nous inhibent dans notre vie de tous les jours… On se bat au quotidien pour surmonter ses complexes, tout comme George VI s’est battu pour vaincre son handicap. »

 

Geofrey rush lionel logue

Lionel Logue (Geoffrey Rush), (Photo Allo-Ciné)

 

Jouer ce personnage, qui a des difficultés pour s’exprimer, a sans doute été pour Colin Firth le rôle le plus difficile de sa carrière, ainsi qu’il le reconnaît. Il craignait que son jeu ne sonne faux, qu’il ne soit exagéré, que le spectateur n’y croie pas. Dans son travail, il a été très dépendant de Tom Hooper, le réalisateur, qui lui a permis de savoir jusqu’où il pouvait aller. Ainsi, on voit le roi, alors qu’il n’est encore que le duc d’York, enfourner neuf  billes de verre dans sa bouche, afin de suivre la vieille méthode qu’employait Démosthène. Ou bien se mettre à chanter, ou encore proférer des jurons, ou même faire travailler son diaphragme, alors que son épouse est assise sur son ventre. Il ne fallait point en faire trop pour que son jeu soit crédible. C’est peu de dire qu’il y a réussi et il n’est jamais ridicule. Le spectateur éprouve plutôt une immense compassion pour ce roi, qui conquerra au prix de multiples humiliations sa grandeur. Son père George V ne le méprise-t-il pas ? Quant à son frère aîné Edouard VII, il rit de lui en l’appelant B… B… Bertie ?

 

Guy Pearce georges vII

  Edouard VII (Guy Pearce) (Photo Allo-Ciné)

 

C’est d’ailleurs au cours d’une scène émouvante entre le thérapeute et son patient que l’on apprend l’origine probable du handicap du roi, mal-aimé dans l’enfance et privé de nourriture par une nounou qui lui préférait son frère. La relation fraternelle, de surcroît, est traitée avec beaucoup de subtilité. Tom Hooper suggère que le duc d’York, poussé par Lionel Logue qui l’en croit digne, se refuse à envisager un trône qu’il n’a jamais souhaité, par peur d’être déloyal envers son aîné et son roi. Ce que Edouard VII perçoit très finement lorsqu’il se moque de son puîné en évoquant ses sentiments « moyenâgeux ».

Un certain nombre de hasards heureux ont présidé à la réalisation de ce film et en ont favorisé la réussite. C’est la mère de Tom Hooper qui lui a d’abord soumis le sujet, après avoir vu la pièce de théâtre, The King’s Speeech. Le réalisateur cherchait en effet depuis longtemps un sujet qui lui permettrait d’évoquer les relations entre Anglais et Australiens. Lors d’une audition, sa propre femme, d’origine australienne, avait eu à souffrir du mépris anglais envers l’accent australien. Cette condescendance est ainsi très perceptible dans le film, lorsque le roi, repousse une deuxième fois les services de Lionel Logue, et le traite de buveur de bière et de vacher. Quant à Geoffrey Rush (grand comédien de théâtre, élève autrefois de Jacque Lecoq), qui interprète Lionel Logue, c’est une assistante australienne qui a glissé un jour le synopsis de la pièce dans sa boîte au lettres. Son jeu, tout en retenue et en humour, est très convaincant.

Par ailleurs, David Seidler, le scénariste, né en 1937, a lui aussi souffert de bégaiement dans l’enfance. Le roi George VI, vainqueur de sa maladie, était devenu un véritable héros pour lui. Le scénario du film touchait donc au plus intime de lui-même et c’est lui qui a proposé au réalisateur d’insérer la « technique des jurons », qu’il avait lui-même mise en pratique lors de sa propre thérapie.

De plus, neuf semaines avant le début du tournage, Tom Hooper a rencontré le petit-fils de Lionel Logue, qui a porté à sa connaissance le journal de bord de son grand-père, texte qui n’avait jamais été lu ni par la famille royale ni par des historiens. Le réalisateur a alors demandé à David Seidler de réécrire le scénario, afin de tirer le meilleur parti possible des détails véridiques. Tous ces éléments ont concouru, me semble-t-il, à la vraisemblance du propos et à sa justesse.

 

colin firth et helena bonham carter

Le duc (Colin Firth) et la duchesse d'York (Helena Bonham-Carter) 

(Photo Allo-Ciné)

 

Dans ce film, encore, les seconds rôles sont particulièrement bien traités. Les trois épouses notamment tirent avec aisance leur épingle du jeu.  Helena Bonham-Carter (que j’avais beaucoup aimée dans Chambre avec vue de James Ivory) campe avec justesse cette duchesse d’York, amoureuse de son mari et désespérée de le voir inhibé par son infirmité. L’actrice remarque que ces deux personnage, dont l’un avait une haute conscience de son métier de roi et dont l’autre était très à l’aise avec un monde protocolaire en représentation permanente, « étaient parfaitement complémentaires ».  Jennifer Ehle, dans le rôle de Myrtle Logue, est tout en finesse et en subtilité, notamment dans la scène où elle découvre que Monsieur et Madame Johnson, sont le roi et la reine d’Angleterre. Quant à Eve Best, qui est Wallis Simpson, elle ressemble à s’y méprendre à cette Américaine mondaine pour qui Edouard VII renonça au trône. Si Derek Jacobi, interprète de l’archevêque Cosmo Langi, laisse bien deviner à travers son regard inquisiteur l’influence de la toute puissante Eglise anglicane, Timothy Spall, dans le rôle de Winston Churchill, paraît caricatural. On apprend cependant que lui aussi fut victime d’un bégaiement et qu’il parvint à en faire un atout.

Les scènes d’intimité familiale, pour leur part, recèlent un charme particulier. C’est Colin Firth lui-même qui a proposé au metteur en scène l’histoire du prince transformé en pingouin, que le roi raconte à ses deux filles, Elizabeth et Margaret, au pied desquelles sommeillent deux gros chiens. De même, les scènes où Lionel Logue joue Shakespeare devant ses deux fils sont particulièrement réussies. En filigrane, s’y dessinent subtilement les personnages infirmes que sont Richard III et Caliban, doubles contrefaits du roi.

Histoire de la guérison d'un roi qui ne voulait pas l’être, relation d’une amitié entre un thérapeute et son patient, ce film "so british" se termine sur le point d’orgue du discours de George VI, s’adressant aux cinquante-huit pays de l’Empire britannique, alors que l’Angleterre vient d’entrer en guerre. Se souvenant de ce qu’avait dit à regret son père George V : « Nous ne sommes plus que des acteurs », George VI, vainqueur de son bégaiement, pourrait quant à lui s’écrier comme Gloucester, au début de Richard III : « Donc voici l’hiver de notre déplaisir changé en glorieux été par ce soleil d’York… »

 

  Colin firth la reine et logue

 

Sources :

Site officiel du film, Le discours d’un roi.

Interview de Tom Hooper et Colin Firth, Vidéo Allo-Ciné.

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3 mars 2011 4 03 /03 /mars /2011 21:38

  Les 3 bigoudènes gauguin

Les trois Bigoudènes, Paul Gauguin (Vers 1894-1895)

 

 

Une vieille édition (aux éditions Plon) des Poésies complètes du poète Charles Le Goffic, datée de 1922, est dédicacée à ma grand-mère, qui en a eu la primeur (ainsi qu’elle l’a annoté au crayon de bois sur la table des matières) :

« En hommage reconnaissant et en fidèle souvenir du bon accueil qu’elle daigne faire à deux oiseaux de passage tombés de lassitude et de faim, une après-midi de mars 1922, à son foyer, J. et Ch. Le Goffic. »

On trouve dans ce recueil : Amour breton, Le Bois Dormant (Rondes et Chansons, Petits poèmes, Epilogue),  Impressions et Souvenirs (Ailleurs, En Bretagne).

Ces textes pour la plupart ont été publiés entre 1889 et 1903 ; l’éditeur y a adjoint quelques pièces nouvelles sans lien apparent ou de simples pièces de circonstance. De Charles Le Goffic, Charles Maurras disait qu’il avait su donner çà et là « à l’incertitude des choses une voix précise, une voix classique et latine ». Souvenir sans doute d’une lointaine ascendance maternelle latine, qui « travaillait à discipliner en lui les élans du Celte », sans les supprimer. « Qu’y faire ? Il faut savoir être de sa race. »

C’est donc de « la pure, l’inimitable note celtique » que se réclame l’auteur dans ce recueil , et particulièrement dans les quinze quatrains d’octosyllabes du poème, intitulé « Les Bigoudens ». Le poète y fait le portrait de ces Bretonnes, du « bout de la terre ». En une vision hallucinées, inspirée par l’Histoire, bien loin des confectionneuses de crêpes, il décrit les Bigoudens comme les héritières des hordes barbares, leur conférant ainsi une dimension épique.

  La bigoudène méheut

Bigoudène (Mathurin Méheut)

 

 

 

 

 Les Bigoudens

 

A Eugène Le Mouël

 

« On les croit d’origine asiatique. Leur coiffure tripartite tient à la fois de la mitre, du casque, du serre-tête, et se termine par une pointe de forme priapique. D’après certains auteurs, les spirales des disques brodés sur leurs plastrons auraient eu une signification religieuse et symboliseraient le création du monde. «  (Les Ethnographes)

 

A  Plomeur, raides sous leur mitre,

En plastrons d’or vert, jaune ou roux,

Les Bigoudens, sur le placitre,

Tournent au son des binious…

 

                    ***

 

D’où viennent-elles, ainsi faites,

Avec leur face sans méplats

Et les disques qu’aux jours de fêtes

Elles collent sur leurs seins plats ?

 

L’immobilité de leur masque

Fait paraître encore plus lointains,

Dans l’aigre et sonore bourrasque,

Leurs yeux vaguement thibétains.

 

Peut-être qu’au temps où la Gaule

Châtiait l’orgueil d’Attila,

Un débris de tribu mongole

Vint à la nuit s’échouer là.

 

C’était un plateau solitaire,

Un grand cap triste du Ponant,

Perdu tout au bout de la terre,

Sous un ciel bas et frissonnant.

 

Quand l’œil des fuyards, dans la brume,

Put l’explorer le lendemain

Un mur circulaire d’écume

Partout leur barrait le chemin.

 

Partout la mer, la mer sans borne !

Son sel corrodait l’eau des puits.

Et, campés sur leur grand cap morne,

Ils n’en ont pas bougé depuis.

 

Ils vivent dans cette ouate blême

Les bras croisés sous leurs mentons,

Chrétiens, au moins par le baptême,

Et, par la langue, Bas-Bretons.

 

Mais l’âme ancestrale persiste

Et c’est toujours comme autrefois

Le vieil Orient fataliste

Qui stagne en leurs crânes étroits.

 

C’est lui qui charge leurs corps frustes

D’or jaune ou vert ou cramoisi

Et qui déroule sur leurs bustes

Une Genèse en raccourci ;

 

Et lui qui, sur le front de nacre

Des vierges encor dans l’avril,

Plante l’obscène simulacre

D’un minuscule nerf viril…

 

                   ***

 

O filles des hordes camuses

Qui meurtrirent les champs latins,

Bigoudens, en vos cornemuses

Hennissent des poneys lointains.

 

Vous plongez au profond des âges ;

Dans votre Orient fabuleux

Vous aviez déjà ces visages

Ronds et crins aux reflets bleus ;

 

Sous des toits portés par des hampes

Et taillés dans des peaux d’élans,

Vos yeux retroussés vers les tempes

S’ouvrirent voici deux mille ans ;

 

Et, près de flots lourds endormis,

Vous avez l’air, dans vos draps d’or,

D’une peuplade de momies

Terrée aux confins de l’Armor.

 

  Le goffic

 

 

Pour le Jeudi en Poésie

Des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Lilie : Femmes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 13:53

  oies p 1

Vol d'oies sauvages au-dessus du village,

(Jeudi 24 février 2011)

   

Dans le ciel gris de pluie

Nouveau Nils Holgersson

A l’écoute du nisse *

Ravi mon petit-fils

A vu les oies sauvages

Au céleste plumage

 

Dans le ciel gris de pluie

Elles volaient en couples

Elles voguaient en v

Une lance pointée

Dans un grand va-et-vient

De nuages éoliens

 

Dans le ciel gris de pluie

J’ai entendu leur cri

Nasalité aiguë

Cancanement d’éther

Comme un libre appel d’air

Aux terriens engourdis

 

 

oies p 2 

 

Dans le ciel gris de pluie

Je me suis demandé

Où vont les oies cendrées

Dans leur tracé choisi

Leur vol haut dessiné

Libres calligraphies

 

Dans le ciel gris de pluie

Les oies cendrées ont fui

Abandonnant au vent

Aux pies et aux corbeaux

Du printemps à venir

Le transperçant écho

 

* nisse : lutin dans la mythologie scandinave

 

 

oies p 3 

 

 

 

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2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 09:19

  Bogdany yakab nature morte avec cochon d'inde

Nature morte avec oiseaux et cochon d'Inde,(1660) Bogdany Jakab,

Hungarian National Gallery, Budapest 

 

 

 

Je devais avoir une dizaine d’années et mes parents m’avaient promis un cochon d’Inde. J’avais longtemps rêvé sur ce nom, imaginant un animal avec la queue en tire-bouchon et, pourquoi pas, un œil au milieu du front, comme j’en avais vu sur le front des Indiennes de mon livre de géographie. Aussi, quand on m’avait donné l’animal, avais-je été un peu déçu, trouvant qu’il ressemblait plus à un chat qu’à un cochon, et qu’il n’avait d’indien que le nom.

Très vite pourtant, je m’étais attaché à lui. J’avais été conquis par ses quatre dents de devant, grandes comme des touches de piano, ses yeux noirs comme des raisins de Corinthe, la douceur de sa fourrure blanche et brune, sous laquelle je sentais battre un petit cœur affolé.

Je pensais alors à tous les petits cobayes dont on m’avait parlé et qui mouraient dans les cages transparentes des laboratoires. Notre voisine, une vieille Anglaise, originale et fantasque, qui venait souvent nous rendre visite parce qu’elle avait habité notre maison dans son enfance, faisait campagne contre la vivisection. Malgré les rires sous cape dont elle était la victime consentante, bravant la pluie et les frimas, avec abnégation, elle animait un stand sur les marchés dominicaux des villages avoisinants et ne ménageait pas sa peine pour défendre les animaux sans défense. Je l’entends encore me dire avec son inimitable accent anglais : « Tu sais, papillon, les bêtes aussi iront en paradis ! » Je revois sa haute silhouette dégingandée, quand elle arpentait les vignes, grande déesse sauvage, accompagnée de sa chienne Khâli, son « vilain chien noir », ainsi qu’elle l’appelait avec tendresse.

A mon cochon d’Inde, j’avais aussi donné un nom indien. Mais, moi, j’avais choisi celui de Gandhi, l’apôtre de la non-violence. J’aimais l’idée qu’il avait filé le rouet comme une femme et avait offert sa poitrine squelettique aux fusils anglais. Et puis, je rêvais que mon petit Gandhi était peut-être la réincarnation d’un maharadjah aux yeux noirs car maman m’avait parlé de la métempsycose et de la migration des âmes.

Le rongeur était ainsi devenu pour moi une sorte d’ « animal sacré », objet d’une vénération comme seuls les enfants peuvent en avoir, grâce à la force rebelle de leur imagination. Certes, je m’en occupais avec soin, lui nettoyant sa litière plus proprement que ne le furent jamais les écuries d’Augias, le nourrissant des carottes les plus rouges, des feuilles de salade les plus vertes, de l’eau la plus claire. Mais, surtout, je le regardais ; enfin, c’est peu dire que je le regardais, je le détaillais, je le considérais, je l’examinais, je m’abîmais dans sa  contemplation. Et chaque jour, j’étais toujours plus émerveillé par la dextérité avec laquelle ses petites pattes agiles s’emparaient de la nourriture que je lui avais déposée. Je suivais avec attention la manière dont ses dents actives la croquaient avec vivacité. Il me semblait alors que je percevais le monde au rythme de ses fines vibrisses, qui faisaient de minuscules ondes tactiles et vibrantes au-dessus de son museau tendrement rose comme un bonbon anglais.

Mon cochon d’Inde était ainsi devenu au fil des mois une sorte de double de moi-même et le confident de mes lectures. C’est à lui que je posais à voix haute les questions du Petit Prince, c’est à lui que je racontais les aventures d’Huckelberry Finn, en radeau avec son copain noir sur le Mississipi. Et je lui disais qu’un jour j’aurais le courage d’ouvrir sa prison à barreaux et qu’il pourrait s’en aller. Mais je ne savais pas quand. Tard le soir, quand maman venait dans ma chambre pour m’embrasser, elle me trouvait à moitié endormi, accoudé à ma table de travail, le menton sur mes bras croisés, les yeux flous, rivés sur la cage de mon cochon d’Inde. Elle la prenait du bout des doigts avec le petit anneau qui la surmontait, la déposait sans ménagements dans un coin de la pièce, et me conduisait titubant jusqu’à mon lit. Dans un demi-sommeil, je l’entendais dire en maugréant : « C’est pas de l’amour, c’est de la rage ! », et je sombrais dans ma nuit enfantine.

Un jour, je crois que c’était à l’automne, quand je suis rentré de classe, maman était dans la cuisine. Elle m’a fait asseoir sur un des bancs de bois, elle s’est essuyé les mains plusieurs fois sur son tablier et elle m’a dit tout à trac en me caressant la main : « Il ne faut pas que tu pleures mais Gandhi s’est sauvé dans le grenier. Papa a essayé de le rattraper mais il n’y arrive pas. Ne t’en fais pas, il reviendra sans doute. »

Curieusement, cette nouvelle ne m’a rien fait. Je crois que j’étais plutôt content que Gandhi ait pris sa liberté puisque je lui avais toujours dit que ça arriverait. Seulement je ne pensais pas que ça serait si tôt. J’ai senti comme un grand trou qui se creusait dans mon ventre, j’ai fermé les yeux très fort ; ils picotaient un peu mais je n’ai pas pleuré.

Le soir, dans mon lit, j’ai pensé à mon animal. Je l’ai vu déambulant par petits sauts parmi les vieux cours de Littérature de maman, les bottes d’équitation racornies de papa, les piles d’assiettes de porcelaine ébréchée. Etait-ce cela la liberté dont j’avais rêvé pour lui ? Comment ferait-il pour descendre jusqu’au jardin, gagner les vignes, y retrouver les rats des champs ou rejoindre en contrebas les ragondins de la Loire ?

C’est à ce moment-là que mon grand-père, qui habitait dans la même maison que nous, est tombé malade. Cela a duré un certain temps, un mois ou deux, je crois. Il avait beaucoup de fièvre et restait toute la journée dans son lit. Ma grand-mère lui faisait des rigolos ; quand j’entrais dans sa chambre, un peu sombre à cause du grand if qui l’ombrageait, je sentais la moutarde de ses cataplasmes, mêlée à la senteur de la poudre de ma grand-mère. Très vite, mon grand-père a commencé à raconter qu’il entendait des bruits dans le grenier et on a cru que la température le faisait délirer. Quand on le lui a fait comprendre, il s’est fâché tout rouge et on n’a plus rien osé dire.

Un jour, papa, qui voulait en avoir le cœur net, est monté dans le grenier, qui était juste au-dessus de sa chambre. Il y est resté un certain temps et il en est redescendu un peu pâle. Je l’ai vu faire à maman une sorte de signe de dénégation avec la tête puis il est retourné auprès de mon grand-père. Moi, je ne sais pas pourquoi, mais j’ai pensé à Gandhi. Est-ce qu’il était toujours là-haut ? Est-ce qu’il avait réussi à s’enfuir ? J’ai suivi papa à pas de loup et j’ai collé mon oreille tout contre la porte de la chambre de grand-père. J’ai entendu le parquet grincer : papa avait dû s’asseoir au bord du lit, là où les lattes sont cassées. J’ai tendu l’oreille. Papa  disait en riant : « Vous n’étiez pas fou, père ! C’est le cochon d’Inde qui faisait tout ce ramdam. Figurez-vous qu’il a mangé une grande partie des noix entreposées dans le grenier et qu’il est devenu monstrueux. J’ai eu peine à le reconnaître tellement il avait grossi. Un cochon d’Inde obèse, c’est quelque chose d’hallucinant ! »

Je n’ai pas entendu la réponse de grand-père parce qu’à ce moment-là, notre chien Sosthène a aboyé contre un passant dans la rue. Quand le silence est revenu, la voix de mon père n’était plus qu’un murmure : « Vous savez, père, il pouvait être dangereux. J’ai dû le tuer avec la vieille pelle à pain et autant vous dire qu’il ne s’est pas laissé faire. Il s’est démené comme un beau diable. On ne le croirait pas mais ce sont vraiment de sales bêtes, ces rongeurs ! »

Moi, j’en avais déjà trop entendu. Il me suffisait de savoir que je ne verrais plus mon petit Gandhi et qu’il ne me regarderait plus jamais de ses yeux curieux et rieurs. Il avait échappé à la décérébration des laboratoires, il avait connu la prison dorée de ma cage, il n’avait vécu la liberté que dans l’indigestion d’un festin de noix, il était mort sous les coups assassins de mon père. Pour moi, c’en était trop : j’ai glissé le long de la porte et je me suis évanoui.

   

Pour Le Casse-Tête de la Semaine de Lajémy,

Du 28 février au 06 mars 2011,

Thème : Rongeurs

 

 

 

 

 

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