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9 juin 2010 3 09 /06 /juin /2010 18:07

 

Carte postale Belgique

 

Entre les pages du Carnet de Poésie de ma grand’mère, j’ai retrouvé une vieille carte postale, représentant Middelburg en Hollande. C’est un hameau de la commune néerlandaise de Reeuwijk dans la province de Hollande-Méridionale ; il est situé à environ 70 kilomètres d’Amsterdam, au milieu des polders. Cette petite ville est célèbre pour avoir abrité la famille Jansen, à l’origine de l’invention, vers 1595, du plus ancien microscope.

Cette carte postale ancienne en noir et blanc, qui représente de beaux bâtiments typiques de l’architecture flamande sur lesquels l'ombre s'avance, fut sans doute conservée par mon aïeule parce qu’elle lui remémorait un voyage avec des amis très chers. Les quatre textes qu’on y peut lire reflètent avec élégance et sensibilité ce que dut être ce moment privilégié. Je les restitue avec la ponctuation d’origine.

 

 

  Carte postale Belgique 2

………

« Je dirai à l’enfant la plus belle à mes yeux

Tiens toi debout devant le soleil qui se lève

Aussi loin que ton ombre ira sur le gazon

Aussi loin je voudrais borner mon horizon

Tout bonheur que la main n’atteint pas n’est qu’un rêve ! »

 

Souvenir d’un agréable voyage en Hollande avec d’excellents amis.

Madeleine d’Arras

 

J’ose à peine écrire que nous fûmes parfaitement heureux.

La signature est illisible.

 

Je ne suis pas « béguine » mais j’ai tout de même le béguin pour les délicieux amis que vous êtes.

D. de Beaufort

 

Ces quatre textes, dans leur brièveté, ne sont-ils pas l'expression de ce temps où voyager était encore un art, réservé à quelques happy few?

 

 

Middleburg

  Vieille affiche de Middelburg, Harwich-Flushing Poster

 

 

 

Pour le Jeudi en Poésie

Communauté des Croqueurs de Mots 

Mercredi 09 juin 2010

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9 juin 2010 3 09 /06 /juin /2010 13:24

 

P1000323

 

Dans le Carnet de Poésie de ma grand-mère, on peut admirer, en date de l’année 1928, un beau dessin au fusain rehaussé de noir, signé de Maurice Ruffin. Il représente une femme portant une coiffe paysanne, vêtue d’une jupe longue, d’un caraco aux manches larges et chaussée de talons hauts. Le regard perdu, elle est assise de trois-quarts sur une chaise au dossier galbé. On discerne mal ce qui repose sur ses genoux : est-ce un livre ou son ouvrage ? Toujours est-il qu’il émane de l’ensemble une atmosphère calme qui fait songer à celle des tableaux de Chardin.

Un article au papier jauni (extrait de La Voix du Nord) voisine avec le dessin. Il est signé d’André Mabille de Poncheville (à qui ma grand-mère était apparentée), et présente une exposition des œuvres de Maurice Ruffin à Valenciennes, la « Venise du Nord », ville natale de mon aïeule, du peintre et du rédacteur de l’article.

Ce dernier (1886-1969) est un écrivain, poète et journaliste qui fut l’auteur de plus de soixante ouvrages. Son recueil poétique intitulé Consolations fut primé par l’Académie française. Ses critiques d’art portèrent essentiellement sur la vie des artistes des Flandres et de l’Artois tandis que ses biographies rappellent ceux qui furent liés à sa vie : Péguy, Verhaeren, Maurice Barrès, Maxence Van der Meersch, Pierre de Nolhac. Il écrivit aussi des œuvres historiques consacrées à des figures nationales (Clovis et Charlemagne) et s’attacha à peindre les séquelles de la Grande guerre dans le Nord et le Pas-de-Calais. Auteur de récits de voyages en Terre  sainte, à Rome et à Saint-Jacques de Compostelle, il fut surnommé le "pèlerin poète" par François Mauriac. Il est enfin l’auteur de deux romans, dont Le sang des Gaules.

Ce papier, (compte-rendu de l’exposition de peinture qui se tint « jusqu’au 29 mai », peut-être de l’année 1928), est une mine de renseignements sur Maurice Ruffin, à propos de qui je n’ai guère trouvé d’informations par ailleurs.

Natif de Valenciennes comme le peintre Watteau et le sculpteur Carpeaux, l’artiste s’y forma à l’Académie de sa ville pour ensuite intégrer l’école des Beaux-Arts de Paris. Il revint ensuite vivre et travailler dans le Hainaut français. Vers 1903, il fit la connaissance de Maurice Verhaeren au Caillou-qui-bique,  dans la vallée de l’Honnelle. Devenu l’ami du poète belge,  l’auteur des Campagnes hallucinées et des Villes tentaculaires, qui entendait vivre dégagé de toute activité mondaine, il en fut le portraitiste.

 

 

emile+verhaeren

Emile Verhaeren, par Theo Van Rysselberghe

 

André Mabille de Poncheville détaille ce portrait, présent dans l’exposition, tout plein d’un naturel parfait et de vérité, dont je n’ai pas retrouvé la photo : « On l’y voit assis sur une chaise de paille, les jambes croisées, un livre entre les doigts, vêtu d’un veston et d’un gilet en velours fauve, d’un pantalon dont le bas est retroussé comme au retour d’une promenade. Il porte un col bas rabattu qui lui laisse le cou libre et une cravate bleue. Jeune encore à cette époque, sa moustache longue et tombante est d’un blond plus clair que ses cheveux. Sous le binocle, l’expression du regard est à la fois naïve et précise. 

Derrière lui est demeurée ouverte la porte d’une cuisine dallée des mêmes pierres bleues luisantes que l’étroit vestibule où il se trouve, et l’on y aperçoit la table chargée des restes d’une frugale collation : une carafe à demi remplie de bière, un beurrier.

Enfin, par la fenêtre, sur le rebord de laquelle est placé un vieux quinquet de cuivre, la fantaisie de l’artiste s’est plu à laisser voir les pignons de tuile rouge d’un village flamand, peut-être pour rappeler au poète son Saint-Amand natal (Belgique).»

 

square watteau valenciennes et statue de Watteau

Le square Watteau à Valenciennes

avec la statue de Watteau et la tour Saint-Géry

 

D’autres toiles de l’exposition sont évoquées par le critique d’art. Il s’agit d’abord du tableau, Le square Watteau à Valenciennes, avec la statue du peintre des fêtes galantes, dominée par la tour de Saint-Géry. L’autre est L’Escaut au faubourg de Paris, dont un massif ouvrage de fortifications, le Pâte, était proche. André Mabille de Poncheville admire encore un troisième tableau, intitulé Intérieur de la librairie Lemaître. Voici ce qu’il en dit : « Le fond s’illumine doucement d’une lumière diffuse venue on ne sait d’où, œuvre d’une rare délicatesse de touche qu’on pourrait croire avoir été peinte par quelque intimiste hollandais, Pieter de Hooghe ou Vermeer de Delft. »

Le visiteur de l’exposition raconte aussi comment, peu avant 1914, il se rendit avec Verhaeren, qui venait de revoir le musée de Valenciennes, chez un Maurice Ruffin malade. Dans sa chambre-atelier, le peintre accueillit avec joie son ami. Sous le portrait de Carlyle gravé par Bernier, invitant à la résignation, les chaudes paroles du poète-thaumaturge rendirent vie à l’artiste.

La Première Guerre mondiale surprit Maurice Ruffin dans Valenciennes envahie. En juin 1917, il alla revoir le musée, témoin de ses premières émotions d’artiste. Il écrivit alors à un ami : « Il y avait là tant de souvenirs pour moi. J’avais passé tant de bonnes heures devant tous ces tableaux quand, encore tout enfant, je rêvais d’être peintre et que l’entrevoyais l’avenir plein des espoirs dorés que seules créent les jeunes imaginations. Je venais très ému adresser un adieu peut-être définitif à tous ces vieux amis d’enfance.

La présence de soldats allemands, le bruit de leurs lourdes bottes griffant les parquets, rendaient encore plus douloureuse ma visite. « Reverrai-je le musée et tout ce qu’il renfermait ? » Nous avions vu passer toutes les richesses de Saint-Quentin, les meubles, les objets d’art etc, tout cela pêle-mêle sur des chariots, des camions, des véhicules de toutes sortes.

J’étais à rêver devant le groupe exquis du prince impérial et de son chien favori, par Carpeaux, quand un soldat m’aborde et me demande si je veux bien lui servir de cicerone ; il est peintre, est à Valenciennes depuis six mois dans un bureau et me connaît pour m’avoir vu souvent dans les rues de la ville. Il ajoute pour se rendre sympathique : « Monsieur, l’art n’a pas de patrie. » Vieux cliché à quoi je réponds : « C’est vrai, mais les artistes en ont une. » »

 

prince impérial et son chien carpeaux

Le Prince impérial et son chien, Carpeaux,

Musée de Valenciennes

 

André Mabille de Poncheville conclut son article, en insistant sur ce retour du peintre de tant de paysages verts et fleuris du Hainaut au musée qui avait été en quelque sorte le point de départ de sa vie. Il souligne comment l’exposition qu’il vient d’admirer permet de suivre un artiste « à la carrière probe et magnifique, dédaigneux de tout arrivisme », et qui à l’instar de son ami Verhaeren crut à l’art comme à une religion.

Et ma grand-mère, dont je présume que Maurice Ruffin lui fit ce joli dessin à l’occasion de cette exposition,  aurait sûrement souscrit à ces vers de Verhaeren :

« Héros, savant, artiste, apôtre, aventurier,

Chacun troue à son tour le mur noir des mystères […] »

 

 

Article Poncheville Ruffin

 

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Andr%C3%A9_Mabille_de_Poncheville

http://lapoesiequejaime.net/verhaeren.htm

 

Mercredi 09 juin 2010

 

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7 juin 2010 1 07 /06 /juin /2010 07:21

 

jeanne-au-bucher-

  Jeanne au bûcher, Roberto Rossellini (1954),

avec Ingrid Bergman

 

Le soir près du foyer quand la flamme s’élève

Je rêve aux hérétiques à tous les condamnés

Alors qu’aux noirs fagots d’où s’est tarie la sève

S’abandonne le corps des maudits torturés

 

Dans un lent cauchemar je vois le tombereau

Cahotant lourdement et la foule en folie

Huant les misérables les mains liées au dos

Et je sens les crachats de la meute qui crie

 

Devers le haut bûcher les malheureux s’avancent

Dans leur robe soufrée pétrifiés d’angoisse

Et devant leurs yeux fous des silhouettes dansent

Une gigue macabre qui tous les membres poissent

 

Je songe à vous damnées par l’espoir désertées

La pucelle Jeanne d’Arc La Voisin la sorcière

Femmes au cœur ardent par l’homme pourchassées

Insoumises et rebelles indomptables et fières

 

Je pense à vous Jean Hus et vous Savonarole

A l’esprit orgueilleux à l’âme inaliénable

Emprisonnés souvent pour d’obscures paroles

Bafoués méprisés pour jamais détestables

 

Quand la flamme a rampé sur vos corps enroidis

Quand vous avez atteint aux rivages du Styx

Quand les charbons se font incandescents rubis

De la cendre s’envole un flamboyant phénix

 

 Phoenix-Fabelwesen

Le phénix, Friedrich Justin Bertuch,

Bilderbuch für Kinder, 1790-1830

 

 

 

Lundi 07 juin 2010

 

 

Pour papierlibre.over-blog.net

Thème : Braises et cendres

 

 

 

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6 juin 2010 7 06 /06 /juin /2010 13:09

 

maison la nuit

  La maison la nuit

 

A cinq heures du matin

La croisée entr’ouverte

Les bruits de mon jardin

Comme une scène offerte

 

Aux abords de l’étang

Les grenouilles vibrantes

En leur coassement

Entonnent un long andante

 

Les oiseaux au réveil

Chantent leurs trémolos

Aux trilles non pareilles

Aériens Figaro

 

Le coq du voisin

Au sein du poulailler

La double note tient

Sans jamais s’érailler

 

Au loin l’orage roule

Sa pétanque affolée

Comme une vaste houle

Dans l’éther stupéfié

 

Des éclairs asséchés

Aux couleurs de l’ambre

Dessous nos yeux plombés

Fulgurent dans la chambre

 

Dans la tour d’escalier

Un grand vent a soufflé

Et dans l’aube assoiffée

La pluie a crépité

 

A cinq heures du matin

La croisée s’est fermée

Les bruits de mon jardin

Soudain m’ont désertée

 

Dimanche 06 juin 2010

Cinq heures du matin

 

 

 

 

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4 juin 2010 5 04 /06 /juin /2010 17:13

 

conlie

  La Pastorale de Conlie,

Romanin, vers 1930-1933

 

Jeudi 03 juin 2010, Laurence Piquet, dans son émission Un soir au musée, nous a permis de découvrir un aspect méconnu de Jean Moulin. Elle était en effet au Musée des Beaux-Arts de Quimper, dont le conservateur André Cariou présentait l’eau-forte de Romanin, intitulée La Pastorale de Conlie, acquise par le musée en 1975.

 

armor couverture du recueil

Couverture du recueil Armor de Tristan Corbière,

Editions Helleu, 1935,

Mémorial Leclerc, Musée Jean Moulin

 

Il s’agit d’une œuvre appartenant à une série de huit planches, intitulées Armor. Elle sont inspirées de poèmes du Breton Tristan Corbière (1845-1875), « poète maudit », célébré de manière posthume par Verlaine, et auteur d’un unique recueil Les Amours jaunes (1873). La Pastorale de Conlie rapporte « un des plus tragiques épisodes des relations entre la Bretagne et la République française », lors de la guerre de 1870. La gravure représente une fosse commune où s’entassent des corps décharnés d’hommes et de femmes, sur un horizon de croix de bois.

 

ristan Corbiere portrait

  Tristan Corbière

 

Or l’auteur de cette œuvre hallucinée n’est autre que Jean Moulin (1899-1913) alias Max, le fédérateur de la Résistance française. Il faut savoir en effet que, dès son plus jeune âge, le futur préfet se passionna pour le dessin. Au lycée déjà il faisait des croquis et des caricatures de son entourage. Pendant la Première Guerre mondiale, il réalise des dessins influencés par Poulbot. Très vite, en raison de ses fonctions officielles, il choisit un pseudonyme d’artiste, Romanin, du nom d’un château médiéval proche de Saint-Andiol où habite sa famille. En juillet 1922, il expose à Chambéry au Salon de la Société savoisienne des Beaux-Art : des pastels (Picadors), des croquis (Les habitués), des aquarelles (Des gosses et La Leçon de danse) et un dessin en noir à la plume (Les Vieilles). A cette occasion, il rencontre Jean Saint-Paul qui l’introduit dans la vie artistique parisienne. Son passage en Savoie marque un changement dans sa peinture : ses œuvres se colorent, le format s’agrandit, il se lance dans la satire, il aborde de nouveaux thèmes, la vie mondaine, la bohème de Montparnasse, les coulisses de Pigalle…

 

Les faméliques de Monparnasse, Encre de Chine Roamanin Mus

Les faméliques de Montparnasse, Romanin,

Encre de Chine, Musée des Beaux-Arts de Béziers

 

En janvier 1930, il est nommé sous-préfet à Châteaulin (1930-1933) et il aménage un atelier dans sa salle à manger. Il produit alors de nombreux dessins humoristiques. C’est à ce moment qu’il se lie d’amitié avec le poète Max  Jacob (dont il choisira le prénom « en Résistance »), qui l’initie aux courants artistiques les plus novateurs. Il fréquente de nombreux intellectuels, Charles Daniélou, Augustin Tuset. Saint-Pol-Roux surtout (au sort tragique), qu’il rencontre dans son château néo-gothique de Coecilian, qui sera envahi par les Allemands puis bombardé par les Anglais.

On ne sait lequel d’entre eux permit à Romanin de découvrir l’œuvre de Corbière ; toujours est-il qu’ils étaient tous convaincus « de l’importance et de l’originalité » du poète. Selon André Cariou, Jean Moulin a sans doute trouvé chez le poète « les mots qui traduisent le mieux, d’une manière souvent dramatique et violente, l’âme bretonne ». L’attachement de Jean Moulin à Corbière se concrétisera encore pendant la guerre 40. Devenu le grand résistant que l’on sait, il empruntera à l’auteur des Amours jaunes des vers qui lui permettront de coder ses messages à l’intention de Londres : « Prends pitié de la fille mère/ Du petit au bord du chemin[…] / Si quelqu’un leur jette la pierre/ Que la pierre se change en pain ! » (« La rapsode foraine »).

 

rapsode foraine romanin

Illustration pour "La rapsode foraine", Romanin

 

« La Pastorale de Conlie » est le dernier poème de la section « Armor ».  Le ton en est grave et pathétique, qui témoigne d’une infinie compassion pour les soldats bretons martyrs et d’un grand mépris pour les autorités politiques et militaires. Le titre s’explique par l’emploi de la métaphore filée qui fait des soldats des moutons affamés, réduits à manger l’herbe du camp :

« Nous allions mendier ; on nous envoyait paître :

Et… nous paissions à la fin ! »

C’est un texte engagé dont l’épisode fut rapporté à Corbière par son beau-frère Aimé Le Vacher, engagé volontaire. Nous sommes en octobre 1870, à Conlie, près du Mans, dans un camp qui doit servir à ravitailler la capitale. Soixante mille Bretons, parmi d’autres provinciaux, ont été levés par le partisan de la guerre à outrance contre les Prussiens, Gambetta, et y sont rassemblés. André Cariou précise qu’ils y furent « maintenus de force, comme si la République doutait de leur fidélité. » Loin de chez eux, démoralisés, les soldats meurent de la  fièvre typhoïde et de la variole dans le camp, devenu un véritable bourbier en raison des intempéries de l’hiver. Lors de la bataille du Mans, le 11 janvier 1871, sous-équipés et affaiblis, ils sont envoyés en première ligne et c’est une boucherie. La ville tombe aux mains de l’ennemi dès le premier assaut. Les Bretons survivants rentrent au pays sous les quolibets des Français.

La gravure de Romanin, qui date des années trente, est particulièrement frappante, avec son trait acéré et violent, « une eau-forte à la limite du soutenable » selon Didier Aubin. En effet, lorsqu’on la regarde, elle apparaît comme une vision prémonitoire des camps de la mort nazis, « une fulgurante prémonition » pour André Cariou, comme si celui qui allait devenir le chef de la Résistance avait eu le don de double vue.

 

jean moulin 2

 

En même temps, on ne peut s’empêcher bien évidemment de penser aux épisodes douloureux de la vie de ce préfet exemplaire. En juin 1940, il accomplit son premier acte de résistance, quand il est battu puis emprisonné par les nazis à Chartres, pour avoir refusé de signer une déclaration, selon laquelle un groupe de tirailleurs sénégalais de l’Armée française aurait commis des crimes graves. Après avoir tenté de se trancher la gorge avec un morceau de verre, il échappe à la mort de justesse puis est révoqué par Vichy en novembre 1940. On connaît bien sûr sa fin tragique après son arrestation à Calluire le 21 juin 1943, l’emprisonnement et la torture dans les geôles de Barbie à Lyon, la caricature de son bourreau sur la feuille tendue pour qu’il écrive un nom, sa mort enfin lors de son transfert en Allemagne, le 08 juillet 1943.

Devant cette eau-forte, réalisée par un « préfet, résistant et artiste clandestin », on entend aussi les mots vibrants de Malraux lors du transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon : « […] Entre ici, Jean Moulin, avec ton terrible cortège. […] avec tous les rayés et tous les tondus des camps de concentration, avec le dernier corps trébuchant des affreuses files de Nuit et Brouillard, enfin tombés sous les crosse ; avec les huit mille Françaises qui ne sont pas revenues des bagnes ; avec la dernière femme morte à Ravensbrück […] Entre avec le peuple né de l’ombre et disparu avec elle- nos frères dans l’ordre de la Nuit […] »

De Corbière à Malraux, en passant par Jean Moulin, dit Romanin, l’Art porte ici témoignage de l’horreur absolue de la guerre.

 

malraux

Discours d'André Malraux,

lors du transfert des cendres

de Jean Moulin au Panthéon,

19 décembre 1964

 

 

 

Sources :

 La Pastorale de Conlie : http://www.istorhabreiz.fr/spip.php?article11

http://www.corbiere.ville.morlaix.fr/tristan-corbiere/en-mots/

http://teleobs.nouvelobs.com/tv_programs/2010/6/3/chaine/France-5

http://www.ouest-france/actu/loisirsDet_-La-premonition-de-l-artiste-Jean-Moulin_

http://www.crrl.com.fr/archives/Jmoulin/2003/artiste/artiste.htm

Sur le recuei Armor : musée-beaux-arts.quimper.fr/htdocs/pgoeu1298.ht

 

 

 

 

Vendredi 04 juin 2010

 

 

 

 

 

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3 juin 2010 4 03 /06 /juin /2010 08:51

Nénuphars 2 

Le bassin dans mon jardin 

 

 

 

Nénuphar de juin

Sur l’eau verte du bassin

Nymphée au matin

 

 

 

 

Pour le Jeudi en Poésie

des Croqueurs de Mots

 

 

Jeudi 03 juin 2010

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2 juin 2010 3 02 /06 /juin /2010 18:27

 

 

alice dans le miroir petit format

 Alice dans le miroir, Balthus (1933),

Centre Georges Pompidou, Paris

 

Dans En Miroir, son Journal sans date, l’écrivain Pierre Jean Jouve évoque à plusieurs reprises son attachement au peintre Balthus (Balthazar Klossowski de Rola (1908-2001), immense artiste, auteur de plus de 350 peintures et un millier de dessins. C’est à ce dernier qu’il acheta en 1934 le célèbre tableau intitulé Alice dans le miroir (1933). Il connaît l’artiste depuis sa rencontre en 1925 avec Rilke et sa compagne, Baladine Klossowska, la mère du peintre (dont il donnera le prénom à l’une de ses héroïnes romanesques). C’est Alice Bellony, épouse de John Rewald, grand admirateur et collectionneur de Balthus, qui servit ici de modèle au peintre âgé de vingt-cinq ans.

Ce tableau représente une jeune fille au regard blanc, le buste et les jambes dénudées, chaussée de ballerines noires, en train de se coiffer, la jambe gauche posée sur une chaise. Toile mystérieuse et troublante, mise en scène à forte connotation sexuelle rejoignant bien pourtant une forme de transcendance. Balthus n’affirmait-il pas : « Je suis un peintre religieux »?

La jeune femme d'Alice dans le miroir est ainsi particulièrement révélatrice de ce hiératisme propre à Balthus. Camus a été sensible à ce pouvoir de fixation magique inhérent à la grande peinture, qui donne l'impression "de contempler à travers une glace des personnages qu'une sorte d'enchantement a pétrifiés, non pas pour toujours mais pendant un cinquième de seconde, après lequel le mouvement reprendra". Balthus a immobilisé son modèle dans un geste quotidien éphémère, la contemplation de soi-même dans le miroir. La saisie de cet instant suspendu recèle pourtant un très grand pouvoir évocatoire, qu'il reproduira à de nombreuses reprises.

Il peindra  en effet d’autres tableaux sur le thème du miroir comme La toilette de Georgette (1948-1949), Jeune fille au miroir (1948), Nu devant la cheminée (1955), Le chat au miroir (1977-1980) et Nu au miroir (1981-1983), qui appartiennent à la série des Nus, le nu étant considéré comme « la plus haute expression graphique », dans la peinture classique. Comme Balthus, Rilke sera envoûté par ce thème inépuisable, "symbole même du symbolisme", selon Jean Leymarie, et lui consacrera "le plus troublant de ses Sonnets à Orphée. "Miroirs, jamais encore l'on n'a dit ce qu'en essence vous êtes.""

L’originalité de ce premier tableau sur le thème tient au fait que le miroir n’est pas représenté. Muriel Pic, spécialiste de Jouve, explique qu'Alice se coiffe devant un miroir que le spectateur ne voit pas, puisqu’il est lui-même le miroir. Alice se fait spectateur et réciproquement. Jouve insiste sur ce jeu de reflet dans lequel la jeune fille apparaît comme une image intérieure et inconsciente du rêve du spectateur, en l’occurrence l’écrivain qui a acquis la toile. Alain Vircondelet écrit qu'avec le dessin, on pénètre ce qui est, comme avec l'écriture. Il poursuit : "Elle [Alice] ne se sait pas observée et nous la regardons s'exhiber, perdue dans l'image que nous ne voyons pas." Dans Proses, Jouve souligne le regard commun que portent le peintre et le poète sur l’homme : le regard intérieur. Ce portrait fut le compagnon de la vie de Jouve qui le conserva en effet très longtemps dans la chambre qu'il partageait avec Blanche Reverchon, la psychanalyste, qui fut sa seconde femme, à l'origine de sa "vita nuova".

Là où, dans les années quarante, de nombreux critiques ne voyait dans l’œuvre de Balthus qu’une peinture traditionnelle, Antonin Artaud- qui ressemblait étrangement au peintre- ne s’y était pas trompé qui y décelait « une peinture de tremblement de terre ». Le calme n’y est bien souvent qu’apparent et c’est une peinture  qui « sent la peste, la tempête et les épidémies ». Il discernait chez lui ces caractères particuliers que sont "le réalisme organique, la science des formes et des lumières, la création de figures-sphinx", dont Alice est un exemple significatif. Et Jean-Pierre Leymarie le rappelle : « Les anges comme le dit Rilke, ils sont terribles… la beauté aussi est terrible. » Alice est un ange terrible.

Ce tableau montre bien le point de rencontre entre le peintre et l’écrivain, car tous deux ont refusé le surréalisme, « exploitation publicitaire de l’inconscient » selon Jouve. Pour lui lui, la découverte de l’inconscient est l’occasion pour l’homme de comprendre qui il est et de maîtriser le désir autrement que par la censure et le refoulement. Pour Balthus, peindre des scènes figuratives mais intimistes, insolites et fortement érotisées, est aussi le moyen de rentrer en soi-même.

Rilke encore a magnifiquement expliqué à quoi tient la magie des tableaux de Balthus :  « Balthus est le peintre des jeunes filles, offertes à tous les désirs mais dans un monde clos qui les renvoie à leur propre solitude. » Et l'artiste d’expliquer cette prédilection picturale : « Je vois les adolescentes comme un symbole. Je ne pourrai jamais peindre une femme. La beauté de l’adolescente est plus intéressante. L’adolescente incarne l’avenir, l’être avant qu’il ne se transforme en beauté parfaite. Une femme a déjà trouvé sa place dans le monde, une adolescente, non. Le corps d’une femme est déjà complet. Le mystère a disparu. »

C’est à ce mystère émanant de la toile que Jouve fut sans doute sensible. Ne le retrouve-t-on pas dans les personnages féminins des romans de l’écrivain, de Paulina à Catherine Crachat, en passant par Hélène de Sannis ?

Dans Le Dossier Balthus, on peut lire qu'avec ce tableau, « ce ne sont pas les êtres ni les choses que Balthus peint, mais davantage les rapports d’absences et de silences qui les lient, comme une dissolution tragique de la communication. Ce que l’on croit comprendre avec Balthus, c’est que tout individu est seul au monde. » L’abandon d’Alice devant le miroir exprime son éloignement du réel, l’abandon à un ailleurs qu’expriment ses yeux aveugles. En cela le peintre nous semble proche de Jouve qui écrit dans En Miroir : « J’avoue un état de secret. Il faut entendre par là que je reconnais le lieu profond de l’œuvre faite, l’endroit où elle s’alimente et vit, qui n’est à aucun degré un « lieu commun ». » 

Autour de cette toile énigmatique, Alice dans le miroir, se cristallisent ainsi l’absence, le silence, le secret qui habitèrent les deux frères d'élection que furent Balthus et Jouve. Ce sont les mots clés de deux œuvre « en miroir », toutes deux dédiées à la douleur, au désir et à la beauté, dont on n’a pas fini de percer le mystère.

 

balthus self-portrait

  Balthus, Autoportrait

Sources :

En Miroir, Journal sans date, Pierre Jean Jouve, Mercure de France, 1954.

Balthus, Texte de Jean Leymarie, Skira Classiques, 1990.

http://www.clairepaulhan.com.auteurs/Presse/presse

http://www.insecula.com/contact/A009054.htmll

http://www.lemondesesarts.com/DossierBalthus.htm

http://www.republique-des-lettres.fr/593-balthus.php

http://www.peintremik-art.com/2009/07/01/biographie-du-peintre-balthus

 

 

 

Mercredi 02 juin 2010.

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1 juin 2010 2 01 /06 /juin /2010 09:46

 

Yves Tanguy Jour de lenteur

  Jour de lenteur, Yves Tanguy

 

Valse alanguie de neige au carreau de la terre

Suspension du soleil aux bords du rayon vert

Constriction des méandres sous les ombellifères

 

Déploiement silencieux du bourgeon spiralé

Lenteur du derviche pétale abandonné

Procession chenillaire sur l’écorce ployée

 

Déliées arabesques aux doigts de la danseuse

Etirement du chat sur les heures soyeuses

Métamorphose ailée pesantes amoureuses

 

Aux neuvaines du ventre présences opiniâtres

Dans le berceau de l’eau entêtement du battre

Des enfants à venir aux regards bleus de pâtre

 

Dans les vieux cinémas ralenti des images

Paresse des journées au creux des coquillages

Paroles psalmodiées patient échafaudage

 

Apprentissage obscur griffes sur le papier

La plume à l’encre bleue toujours recommencée

Que naissent enfin les mots au secret alphabet

 

  Dali PersistenceOfMemory les montres molles

Persistance de la mémoire ou Les Montres molles, Salvador Dali 

 

Pour Le Casse-Tête  de la Semaine de Lajémy

Thème : Eloge de la lenteur

Mardi 1er juin 2010

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31 mai 2010 1 31 /05 /mai /2010 14:56

Gorki

 

Le premier acte de l'autobiographie de Gorki, Enfance (qui sera suivie de En gagnant mon pain et Mes universités), achevée en 1914, signe son retour en Russie. Il a alors déjà beaucoup vécu l'exilé qui s'appelle Alexeï Maximovitch Pechkov et qui est né le 16 mars 1868 à Nijni-Novgorod (future Gorki entre 1932 et 1990), d'un père ébéniste, Maxime Pechkov, et d'une mère, Varvara Kachirine, fille d'un teinturier. Contraint à travailler très jeune, il a fréquenté les marginaux de la société russe, les “bossiaks”, qu'il a imposés en littérature. Symbole de la lutte contre l'oppression tsariste, il a été assigné à résidence en Crimée. Il a connu le succès au théâtre avec Les Fas-Fonds ; il a fondé la maison d'édition Znanie ; il a été emprisonné. Il a vécu aux Etats-Unis puis à Capri.

Durant l'hiver 1913, très malade, l'écrivain, qui a choisi le nom de plume de Maxime Gorki (Le prénom est celui de son père et de son frère morts pendant sa toute petite enfance ; le patronyme signifie “amer”), se résout sur la demande de ses amis à écrire ses souvenirs d'enfance. Ces derniers sont essentiels pour comprendre ce romancier épris de liberté et de justice. Selon Hubert Juin, qui a écrit la préface de l'édition Folio Classique, ce livre possède « un ton inimitable » et « une netteté de style dont ses Oeuvres complètes offrent peu d'exemples ».

On ne peut en effet qu'être fasciné par la manière dont l'auteur raconte sa venue au monde et les premières années de sa vie, jusqu'à l'âge de douze ans, où il part "gagner [son] pain". Cette enfance marquera profondément son parcours futur et son idéologie, fondée sur une volonté farouche d'instruction pour les masses. Celui qui fréquenta très peu l'école, et qui écrivait qu'il n'en avait retenu que peu de chose, ne cessera de marteler son désir d'éducation. Quand son cousin Sacha est désireux de fuir sa famille et de l'emmener avec lui, il écrit : « Ce n'était pas possible ; j'avais moi aussi mon idée, je voulais devenir un officier à grande barbe blonde, et, pour cela, il fallait étudier. »

Il a compris que l'étude est le seul moyen de sortir de sa condition et de faire disparaître la brutalité sauvage remplie de cruauté de « cette race stupide » dont il fut la victime. Le récit de sa petite enfance est ponctué de scènes violentes, dont le grand-père maternel ou les oncles sont les principaux instigateurs. Après la mort du père, cela commence quand l'enfant et sa mère, accompagnés de la grand-mère, reviennent vivre chez le grand-père Kachirine à Nijni-Novgorod. Les oncles Mikhaïl et Iakov réclament leur héritage : « Ils montr[ent] les dents et se secou[ent] comme des chiens », tandis que leur père, tout rouge, frappe la table avec une cuiller, que les deux frères s'empoignent, que les chaises tombent et que les enfants se mettent à pleurer. Scène emblématique d'un « conte cruel » dont Gorki écrit qu'il reflète « ce cercle étroit, étouffant où vivait et vit encore le peuple russe ».

Au-delà de la souffrance de sa propre existence, le narrateur s'oblige à raconter cette réalité car il sait « qu'il est indispensable de la connaître parfaitement pour l'extirper de notre âme, pour la faire disparaître de notre vie, si pénible et honteuse”. Mais le propos de Gorki, s'il se veut didactique, est aussi nuancé : « Ce qui étonne chez nous, écrit-il à la fin du chapitre XII, ce n'est pas tant cette fange si grasse et si féconde, mais le fait qu'à travers elle germe malgré tout quelque chose de clair, de sain et de créateur, quelque chose de généreux, de bon qui fait naître l'espérance invincible d'une vie plus belle et plus humaine. »

Certes, les scènes de violence sont souvent insoutenables : l'enfant est régulièrement fouetté de verges jusqu'à en perdre connaissance ; les deux frères de Varvara sa mère, Mikhaïl et Iakov, ont voulu tuer Maxime, le père de Gorki, en le noyant dans un lac gelé ; ils écrasent le compagnon Tsyganok sous le poids d'une croix ; le grand-père frappe même sa femme en présence de son petit-fils ; l'oncle Mikhaïl assène un pieu sur sa mère ; à la fin de sa vie, Varvara devenue irritable bat régulièrement son fils.

C'est encore tout un petit peuple souffrant au travail que décrit Gorki : le charretier Piotr qu'on retrouve mort, la gorge tranchée ; la femme de Iakov battue à mort par son époux ;  l'aide Grigori qui deviendra aveugle et sera abandonné par la famille Kachyrine ; Varvara, la mère veuve, qui n'a de cesse de se remarier pour sortir de sa condition, mais mourra ruinée par son second mari. Tous moujiks pitoyables et magnifiques.

Et pourtant, au plus profond de l'horreur et de la brutalité, on perçoit l'amour exclusif du petit-fils pour sa grand-mère, qui illumine le livre. Le petit-fils, qu'elle appelle sa « petite âme bleue », le dit très vite au chapitre premier : « […] elle parut, me réveilla et me guida vers la lumière. Elle lia d'un fil continu tout ce qui m'entourait, en fit une broderie multicolore et tout de suite devint mon amie à jamais, l'être le plus proche de mon coeur, le plus compréhensible et le plus cher. Son amour désintéressé du monde m'enrichit et m'insuffla une force invincible pour les jours difficiles. »

La voix « pensive et mystérieuse » de la grand-mère Kachyrine assise près de la fenêtre lui dit des contes et des légendes, lui fait part des événements de sa vie, lui parle de son père. Sous les yeux de son petit-fils, Ivguénia se met à danser et retrouve toute la beauté de sa jeunesse ; elle soigne un sansonnet et s'attache à lui apprendre à parler. L'enfant l'entend évoquer son passé avec son époux : « C'était une chanson triste où il était question de maladies, d'incendies, de coups et de morts subites, d'adroites filouteries, de simples d'esprits et de seigneurs cruels. » Elle recommande à son petit-fils de garder son coeur d'enfant et d'attendre que Dieu lui indique sa mission et lui montre sa voie. Elle croit en un Dieu de compassion qui, « par moments, se met à sangloter ». Toujours prête à défendre ses enfants contre les violences de son mari, la grand-mère est l'objet de l'admiration sans bornes de son petit-fils : « Tu es vraiment une sainte! On te tourmente, on te martyrise, et toi, tu supportes tout! » On retiendra encore la description des nuits à la belle étoile où l'enfant et Ivguénia regardent le ciel tandis que la grand-mère raconte encore de longues histoires choisies, qui rendent la nuit « significative et plus belle ».

Avec cette enfance, qui se déroule entre les figures d'un grand-père tyrannique et d'une aïeule tendre et compatissante, dans un milieu d'artisans livré aux duretés d'une vie sans espoir, Gorki fait un tableau sans concessions du peuple russe. Il s'y révèle un portraitiste remarquable tout en prônant l'importance de l'action et de l'indépendance. Entre la mort inaugurale du père et celle de la mère à la fin du livre, l'enfant butine dans cette enfance comme dans une ruche dont le miel fut souvent “impur et amer”. En nous la livrant sans fard, il nous donne aussi quelques clés pour aborder aux rivages de la beauté et des tourments de “l'âme russe”.

 

 

Enfance, Maxime Gorki, Folio Classique n°823, Préface d'Hubert Juin.

Lundi 31 mai 2010

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30 mai 2010 7 30 /05 /mai /2010 15:27

 

Contes et légendes mythologiques

 

Dans les pages pâlies

Des livres de l'enfance

La vie était si belle

Et les héros si beaux

Quand les hommes étaient dieux

Et les dieux presque humains

Comme il est loin le temps

De cet émerveillement

 

ajax transportant le cadavre d'achille v 570 avt jc cratèr 

 

Ajax transportant le corps d'Achille, Cratère attique à figures rouges,

vers 570 avant J-C, Musée archéologique de Florence

 

Suivre encore une fois

Dans la carrière cendreuse

Sous un soleil de gloire

Achille aux pieds agiles

Et le bouillant Hector

Ou bien se lamenter

Sur Hercule dément

Au poison se brûlant

 

   centaure essayant d'enlever hippodamie à prothoos-copie-1

 

Centaure essayant d'enlever Hippodamie à Pirithoos et Thésée,

Cratère apulien à figures rouges, vers-350-340 avant J-C,

British Museum

 

S'affliger et rêver

Aux femmes amoureuses

D'un cygne d'un taureau

Ou bien d'une pluie d'or

Léda Europe et Danaé

Pour jamais délaissées

Par Zeus abandonnées

pénélope et télémaque 

Pénélope à son métier à tisser et Télémaque,

Skyphos à figures rouges, 440-435 avant J-C,

Chiusi, Musée National 

 

Sourire et s'étonner

Des femmes ingénieuses

Tissant sans fin la toile

Fidèles et loyales

Celles qui vont bravant

L'écumant Minotaure

Au fond des corridors

 

sirenes 

 

Ulysse et les sirènes, Stamnos à figures rouges,

Ve siècle avant J-C, Londres, British Museum

 

Frémir d'épouvante

Aux bêtes fabuleuses

Les sphinx les sirènes

Les hydres serpentines

Les violents cyclopes

Les centaures altiers

Aux lisières du brutal

Et puis de l'animal

 

TheseeMinotaure     

 

Thésée combattant le Minotaure en présence d'Ariane,

Psykter à figures noires, vers 550-540 avant J-C,

Londres, British Museum

 

Et disparaître enfin

Là où le lait d'Héra

Devient la Voie lactée

Quand le chariot d'Orion

Se fait constellation

Dans l'infini opaque

Du fabuleux zodiaque

 

  zodiaque

 

 

 

 

 

Défi n°30, proposé par Adamante

Raconter en vers ou en prose, en images ou en sons, l'un ou l'autre- l'un et l'autre- ou tous réunis,

une atmosphère de légende vécue ou imaginaire.

 

Dimanche 30 mai 2010

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Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons-nous d'ahan

Ton cours vers d'autres nébuleuses

 

La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

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