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22 juin 2010 2 22 /06 /juin /2010 13:48

 

michèle Anne-De-Mey neige

 

 

Alors que l’été tarde à arriver, vendredi 18 juin 2010, Le Bateau feu à Dunkerque nous immergeait de nouveau dans l’hiver. Le ballet de Charleroi/Danses présentait la chorégraphie de Michèle-Anne de Mey intitulé Neige, sur des musiques de Beethoven (7ème Symphonie, II mouvement/ Allegretto), Robert Schumann (Beethoven Etudes) et Jonathan Harvey (Mortous Plango).

Depuis le 1er juillet 2005, la chorégraphe belge est la principale directrice artistique de Charleroi/Danses. Celle qui a fait partie de l’école de Maurice Béjart, Mudra, de 1976 à 1979, et a participé à plusieurs créations d’Anne Teresa De Keersmaecker, explique ainsi son œuvre, « pendant lunaire » de sa Sinfonia Eroica (1990). Ce ballet est né de plusieurs désirs ou fantasmes : il s’est agi pour elle de travailler sur une création météorologique, en l’occurrence la neige, et de trouver des mouvements traduisant les tempêtes de neige. Sa rencontre avec la décoratrice Sylvie Olive et l’éclairagiste Nicolas Olivier a été ainsi déterminante : « Nous nous sommes mis à rêver de la façon dont on parviendrait à faire se déchaîner des éléments naturels dans le cadre clos et artificiel de la scène. » 

 

Michèle Anne de Mey

Michèle Anne de Mey

 

Il faut reconnaître que le dispositif scénique est impressionnant. Derrière le quatrième mur du théâtre matérialisé par une fine cloison transparente en plexiglas, le spectacle s’ouvre sur une fumée qui envahit la scène. Le deuxième tableau, par le biais d’un jeu de projection ingénieux, fait naître les personnages sous la forme d’ombres évoluant sur des flots concentriques, préludes au ballet qui va se dérouler sous une neige tombant de manière ininterrompue et qui ira jusqu’à ensevelir les danseurs. Une prouesse technique qui fait se déverser chaque soir sur les danseurs 500 kgs de papier de soie ! Nicolas Olivier souligne la difficulté du travail sur la lumière afin de donner aux corps le maximum de contrastes.

Au sein de cette neige enveloppante, incessante, aveuglante, trois femmes (Michèle Anne de Mey, Gala Moody, Kyung Hee Woo) et quatre hommes (Grégory Grosjean, François Brice, Leif Federico Firnhaber, Adrien le Quinquis), vêtus de noir, blanc et gris, évoluent sur le fin tapis blanc dans la semi-obscurité ou les trouées de lumière. Une mention spéciale pour Kyung Hee Woo au corps souple et musclé, au visage de sphinx, et à Gala Moody, au corps blanc des femmes de Leonor Fini.

 

Neige

 

Nés dans l’immobilité puis la lenteur, leurs mouvements prennent forme sur un fond musical lancinant et obsédant, la 7ème Symphonie de Beethoven étant déclinée à l’envi (pour quatuor à cordes, un piano, deux pianos etc) au fil des tableaux de la chorégraphie. « Plus qu’un conte, c’est une invitation au voyage car il n’y a pas vraiment d’histoire, de trame narrative », précise Michèle Anne de Mey.

Les corps se prennent et se déprennent, s’aiment et se désaiment, s’attirent et se repoussent, en double ou renvoyés à leur solitude. Sous une neige qui tombe à l’infini, se déploie une chorégraphie lente, démultipliée comme dans un cauchemar qui ne veut pas finir. La neige est doux manteau mais elle est aussi piège. C’est la Nature et la Mort qui auront le dernier mot, alors même que l’on songe par instants aux vers d’Apollinaire :
 « Ah ! tombe la neige

Tombe et que n’ai-je

Ma bien-aimée entre mes bras »

On peut entrer dans la fascination de ce spectacle à l’onirisme inquiétant ou  demeurer complètement étranger à cette mise en scène d'une lente blancheur. On regrettera cependant que le dispositif scénique ait ici pris le pas sur la matière même du spectacle, à savoir la danse.

 

 

neige 3

 

 

 

 

Mardi 22 juin 2010

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13 juin 2010 7 13 /06 /juin /2010 15:16

 

Hokusai 1760-1849 Ocean waves

Les vagues de l'océan, Hokusai

 

Le dragon des abysses

Soudain a remué

Ses écailles argentées

Sous la surface lisse

 

Les grappes de coraux

Les milliers de poissons

Comme dans un tonneau

En pleine ébullition

 

Les algues déchirées

Le krill et le plancton

Les enfants de Nérée

Ivres dans l’explosion

 

Sur la plage au matin

Le soleil s’est levé

Tout est calme et serein

La journée commencée

 

Au loin à l’horizon

Les eaux ont reflué

Happées vers les bas-fond

D’une profonde apnée

 

Les sables dénudés

Crabes et coquillages

Et comme abandonnés

Des bois et des cordages

 

Instant d’éternité

Dans l’azur suspendu

Vent d’incrédulité

La vague est revenue

 

Un ouragan liquide

Un typhon affolé

Les folles Danaïdes

Par le flot déchaînées

 

La vague portuaire

Enfin s’est retirée

Sur les terres amères

Des vies se sont noyées

 

C’était la fin décembre

Et moi je me souviens

Prisonnier de ma chambre

Sur l’océan Indien

 

Pour Le Casse-Tête de la Semaine,

Thème : Caprices météorologiques,

Dimanche 13 juin 2010

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12 juin 2010 6 12 /06 /juin /2010 22:09

P1000317

 

Dans le Carnet de Poésie de ma grand-mère, en date de février 1906, on trouve un joli dessin au crayon de bois, signé Lucie. Ce dessin fut sans doute exécuté par une amie de mon aïeule au cours d’un petit voyage dans la ville natale du poète Rémi Belleau, Nogent-le-Rotrou, ville du Perche au patrimoine historique très riche (Château Saint-Jean, abbaye de Saint-Denis, église Saint-Hilaire, église Notre-Dame, tombeau de Maximilien de Béthune, duc de Sully.

 

dde sau aat sig Nogent le rotrou eglise st laurent

 

Ce dessin représente le chevet de l’église Saint-Laurent. Dès le XIème siècle existait déjà à cet endroit une petite chapelle dédiée à sainte Madeleine, située à droite du chœur actuel. Les bases de l’église actuelle furent érigées au XIIIème siècle et  Saint-Laurent devint paroisse. Elle comprenait alors une nef unique, une abside et l’antique chapelle du sud. Au XVème, fut aménagé un premier bas-côté que suivirent un second bas-côté et une sacristie au XVIème siècle. Le clocher gothique fut couronné au XVIIème siècle dans le style Renaissance.

La statuaire de cette église est particulièrement riche : pièces en bois polychrome, en marbre, en pierre, et une mise au tombeau de l’école de Bourgogne. Les vitraux quant à eux datent du XVIème au XXème siècle. Sur l’un des deux tableaux en pierre figurant la crèche, l’Enfant-Jésus a été sculpté à part : on pouvait ainsi le retirer pendant l’Avent et le remettre en place à l’occasion de la veillée de Noël.

J'aime à penser que ma grand-mère vint y prier comme le poète de la Pléiade et que les murs du sanctuaire se souviennent de sa prière devenue poème :

 

Où est donc mon espérance,
Et qui a la connaissance,
Seigneur, de ce que j’attends,
Sinon toi, qui seul embrasses,
Qui tranches, et qui compasses
Le ciel, les jours et les temps ?

 

 

belleau

Rémi Belleau

 

 

 

Sources :

  http://www.ville-nogent-le-rotrou.fr/index.php

 

Samedi 12 juin 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   

 

 

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12 juin 2010 6 12 /06 /juin /2010 15:15

 

Dostoevsky

  Fédor Dostoïevski

 

L'Année de la Russie en France donne à tout un chacun l'occasion de découvrir ce qui demeure pour beaucoup une terra incognita. De l'exposition Sainte Russie au Louvre à celle de l'Exposition Nationale russe au Grand Palais, en passant par le festival Etonnants Voyageurs, les Français auront de multiples opportunités pour aller à la rencontre de l'"âme russe", extravagante et tourmentée.

A cet effet, voici une sélection de livres de cette littérature de l' "autolacération", ainsi que l'a définie un critique.

 

La sélection de La Bibliothèque idéale.

Le Maître et Marguerite, Mikhaïl Boulgakov, 1967.

Ecrit entre 1928 et 1940, c’est le chef-d’œuvre posthume de Boulgakov-publié en 1967, vingt-sept ans après sa mort. L’intrusion du Diable dans le Moscou des années 20. A travers l’histoire d’un manuscrit interdit, une satire burlesque des milieux littéraires et une méditation profonde sur l’art et le pouvoir.

Récits de la Kolyma, Varlam Chalamov,1978.

« Nous avions que la mort n’était pas pire que la vie. » Laconique et glacé, une plongée aux limites du désespoir humain, dans les camps de l’extrême-nord sibérien où Chalamov (1907-1982) passa dix-sept ans de détention.

L’Idiot, Fiodor Dostoïevski, 1869.

Avec l’innocent prince Mychkine-« l’homme absolument bon »- Dostoïevski inaugure la série des grands romans polyphoniques de la maturité. Difficile de choisir dans une œuvre dont l’influence et le pouvoir de fascination restent inégalés, et qui a laissé les monuments que sont Les Possédés, Crime et Châtiment ou Les Frères Karamazov.

 

Nikolai-Gogol

Nicolas Gogol

 

Les Ames mortes, Nicolas Gogol,1842.

Les aventures de Tchitchikov, ex-fonctionnaire reconverti dans l’étrange commerce des paysans serfs décédés. Une galerie de portraits grotesques et impitoyables. « Un fantastique poème épique », disait Nabokov.

Un héros de notre temps, Mikhaïl Lermontov, 1840.

Les aventures caucasiennes d’un jeune officier insatisfait et désabusé, Pétchorine, qui marque la naissance du thème de « l’homme de trop ».

Le Docteur Jivago, Boris Pasternak, 1957.

Sur fond de guerres et de révolutions, les amours tumultueuses de l’idéaliste docteur et de Larissa. Synthèse romanesque de l’œuvre du poète, le livre s’achève sur un cycle de poèmes, les Vers de Iouri Jivago.

 

pouchkine

Alexandre Pouchkine

 

La Fille du Capitaine, Alexandre Pouchkine,1836.

A travers une chronique familiale, l’histoire de la révolte de Pougatchev sous le règne de Catherine II. Concision et justesse d’écriture : toute l’esthétique pouchkienne dans ce court roman historique, le premier du genre dans les lettres russes.

Le Pavillon des cancéreux, Alexandre Soljenitsyne,1967.

Atteint d’une tumeur déclarée incurable, un ancien détenu « relégué à perpétuité » échoue dans un hôpital d’Asie centrale. Largement autobiographique, le roman le plus poétique de l’auteur.

La Steppe, Anton Tchekhov, 1888.

Le voyage à travers la Russie méridionale d’un jeune garçon partant vers de lointaines études. La monotonie envoûtante de la steppe, l’agencement « musical » de la narration et un art souverain du détail marquent le passage, dans ce long récit d’initiation, vers les nouvelles « romanesques » de la maturité.

 

tolstoi

Léon Tolstoï

 

Anna Karénine, Léon Tolstoï, 1877

Chronique d’une passion- celle d’Anna pour Vronsky- avec en contrepoint l’amour idyllique de Kitty et de Lévine- et, en toile de fond, la société aristocratique des années 1870. L’un des sommets du génie artistique de Tolstoï, au moment même où il amorce son renoncement à l’art et ses errements spirituels.

Pétersbourg, Andreï Biely, 1914.

Un roman « labyrinthique » et réputé intraduisible dont le poète A. Biely (1880-1934) a le secret. Thème récurrent de la littérature russe, la « ville de Pierre » tient ici le premier rôle.

La Faculté de l’inutile, Iouri Dombrovski, 1978.

L’arrestation d’un jeune archéologue en 1937 et sa résistance à l’arbitraire dans une société où le droit est devenu « inutile ».

Oblomov, Ivan Gontcharov, 1856.

Le rêve d’une Russie immobile, patriarcale et campagnarde.

 

Maxime-Gorki

Maxime Gorki

 

Enfance, Maxime Gorki, 1913.

Les années d’apprentissage du jeune Alexis Pechkov, alias Maxime Gorki, qui n’était pas encore devenu le héraut du réalisme socialiste.

Une confession, Maxime Gorki, 1908.

Aventure picaresque d’une conversion : celle de Matveï, vagabond, escroc, mitron dans un monastère, libertin… La quête du héros révèle « un écrivain hanté par la question religieuse et proclamant un énergétisme optimiste qui guidera toute sa vie ».

Vie et Destin, Vassili Grossman, 1980.

Autour de l’année 1942 et de la bataille de Stalingrad. La première comparaison systématique de l’hitlérisme et du stalinisme.

Lady Macbeth au village, Nicolas Leskov, 1865.

Elle empoisonne son beau-père, assassine son mari, étouffe son beau-fils et noie sa rivale… Une vision tragique de la « Russie profonde » autour des années 1860.

Djann, Andreï Platonov, 1936.

Un peuple nomade, misérable et affamé. Ecrite en 1936 mais publiée en 1951, une sombre et puissante parabole de la quête du bonheur.

 

tourgeniev-assis

Ivan Tourgueniev

 

Premier amour, Tourgueniev, 1860.

Rivalité amoureuse entre un père et un fils, un court récit d’une « première expérience ».

La Mort du Vazir-Moukhtar, Iouri Tynianov, 1928.

La vie aventureuse (et la mort en 1829 à Téhéran) du dramaturge Alexandre Griboïedov, ministre de Russie auprès du Chah de perse. Par un maître du roman historique.

Nous autres, Evgueni Zamiatine, 1922-1925.

« Des machines parfaitement semblables à des hommes et des hommes parfaitement semblables à des machines. » Une anti-utopie qui préfigure Huxley et Orwell.

Les Hauteurs béantes, Alexandre Zinoviev, 1976.

Un tableau féroce de l’ « homo sovieticus ».

Ma jeunesse à Bagrovo, Serge Aksakov, 1857.

La vieille Russie patriarcale, provinciale et terrienne, à l’aube du XIX° siècle.

Les Sept Pendus, Leonid Andreïev, 1908.

Sept condamnés, dont cinq terroristes, attendant leur exécution. Dans l’atmosphère de la révolution de 1905.

 

Berberova

Nina Berberova

 

L’Accompagnatrice, Nina Berberova, 1946.

Des salons de Pétersbourg à un cinéma de quartier à Paris, l’exil d’une pianiste. Par une Russe blanche, elle-même exilée en France puis aux Etats-Unis.

Sotnikov, Vassil Byskov, 1970.

Un « Lacombe Lucien » dans la Biélorussie occupée de 1912. « Le sale destin d’un homme perdu dans une guerre. » Hors des chemins balisés du manichéisme officiel.

Le Don paisible, Maikhaïl Cholokhov, 1928-1940.

Vaste fresque de la vie des paysans cosaques dans les années 1910-1920. La saga des Cosaques donna lieu à une polémique sur la paternité du livre, qui entacha sérieusement l’image du prix Nobel. L’auteur se serait contenté d’adapter le manuscrit d’un écrivain cosaque, Fiodor Krioukov.

Le Voleur, Leonid Leonov, 1927.

Les bas-fonds de Moscou pendant la NEP.

L’Envie, Iouri Olecha, 1927.

Un regard corrosif sur « l’homme nouveau » des années 20. L’unique roman, éblouissant et inclassable de I. Olecha.

Histoire d’une vie, Constantin Paoustovski, 1946-1962.

Un tableau minutieux et vivant de la Russie dans les premières décennies du siècle, à travers l’autobiographie d’un « compagnon de route » qui sut préserver son indépendance d’écrivain.

L’Acajou, Boris Pilniak, 1929.

Un roman « hérétique » dont la publication (à l’étranger) marqua le début de la disgrâce de Pilniak Aujourd’hui réhabilité, un expérimentateur du langage dans la lignée de Biély et de Remizov.

De l’argent pour Maria, Valentin Raspoutine.

L’un des meilleurs représentants de la littérature « rurale » des années 1970.

Les Yeux tondus, Alexeï Remizov, 1957.

L’un des écrivains les plus marquants et les plus secrets de l’émigration raconte « au ras des yeux » ses souvenirs d’enfance et d’exil.

Les Golovlev, Maikhaïl Saltykov-Chtchedrine, 1880.

La décadence d’une famille de propriétaires terriens autour des années 1860. Avec Histoire d’une ville, un classique de la satire « accusatrice » du XIX° siècle.

La Maison déserte, Lydia Tchoukovskaïa ?

Les purges staliniennes à Leningrad. Pathétique et terrifiant, un récit écrit sur le vif, en 1938.

La maison du quai, Iouri Trigonov, 1976.

L’écrivain de la vie quotidienne moscovite.

Moscou-Pétouchki (Moscou-sur-Vodka), V. Erofeïev.

Un court récit dans la meilleure veine du « réalisme fantastique ».

 

bounine 2

Ivan Bounine

 

La vie d’Arseniev, Ivan Bounine.

Souvenirs de jeunesse d’un héros qui ressemble comme un frère à Bounine, tandis que la Russie impériale jette ses derniers feux . La nostalgie d’un bonheur définitivement perdu.

Machenka, La Défense Loujine, Nabokov.

 

Ouvrages sur « la maison morte russe ».

Récits de la maison des morts, Fiodor Dostoïevski.

L’archipel du goulag, Alexandre Soljenitsyne.

Le Sablier, Ekaterina Oulitskaïa.

Le Vertige et Le Ciel de la Kolyma, Evguenia Guinzbourg.

 

AlexSoljenitsyne

  Alexandre Soljenitsyne

 

La sélection d’Aimé Ancian (critique au Magazine littéraire).

La Russie contemporaine en dix romans.

La Glace, Vladimir Sorokine.

Un roman ancré dans le siècle, de la Seconde Guerre Mondiale à la pop culture. Violence et amour, sacrilège et sacré.

Les Couloirs du temps, Iouri Mamleïev.

Une vision burlesque d’une humanité déchue, dont les « nouveaux Russes » sont la pitoyable incarnation.

La Fiancée prussienne et autres nouvelles, Iouri Bouïda .

Contes magiques et épisodes autobiographiques autour de la région de Kaliningrad.

Le Musulman, Valery Zalotoukha.

L’Assistant du Chinois, Ilya Kotcherguine.

La Soif, Andreï Guelassimov.

Dans ces trois livres, des individus luttent pour se construire et s’intégrer à une communauté malgré leurs particularités, leur religion, une inquiétude métaphysique ou un traumatisme psychique

Fox Mulder a une tête de cochon, Andreï Guelassimov.

Svinobourg, Dmitri Bortnikov.

L’Immortel, Olga Slavnikova.

Les efforts d’une femme pour cacher à son mari invalide la chute du communisme et ceux de sa fille pour réussir dans une chaîne de télévision privée.

Le Dernier Amour du président, Andreï Kourkov.

Le destin imaginaire d’un futur président ukrainien.

Et encore …

Les Amours de Monakhov, Andreï Bitov.

Roman d’apprentissage amoureux, architecturé en six parties distinctes. Une éducation sentimentale à la russe.

La Petite Fille devant la porte, Mariana Kozyriev.

L’auteur éclaire la terreur stalinienne de l’entre-deux guerres à travers le regard de la petite Victoria.

La Camarade nue, Mikhaïl Konokov.

Quand l’Armée rouge, pendant la Seconde Guerre Mondiale, se voit racontée par une orpheline de quatorze ans. Unique roman de Konokov, écrit pendant la perestroïka.

Il était une fois, Viktor Chklovski.

Un livre de mémoires, écrit au début des années soixante par l’un des grands animateurs du formalisme russe, ami de Blok, Maïakovski, Tynianov ou encore Gorki.

 

Sources :

http://www.litteraturerusse.net/histoire/1.php

http://fr.wikipedia.org/wiki/Litt%C3%A9rature_russe

« La littérature russe de Pouchkine à Soljenitsyne », Le Magazine littéraire, n°440.

« Neuf siècles de littérature russe », Georges Nivat, Le Magazine littéraire, n°440.

« La réception française », Georges Nivat, Le Magazine littéraire, n°440.

« Le devoir de résurrection », Georges Nivat, Le Magazine littéraire, n°440.

« Ecrivains de Saint-Pétersbourg », Le Magazine littéraire, n°420.

« Dossier Tchekhov », Le Magazine Littéraire, n° 299.

« Dostoïevski », Le Magazine littéraire, n°495.

La Bibliothèque idéale, « Le roman russe », Bernard Pivot, Albin Michel, 1988.

Histoire de la littérature russe, Emmanuel Waegemans, Presses Universitaires du Mirail, 2003. (Très intéressant pour préciser le contexte historique et littéraire).

 

Pour aller plus loin :

Dictionnaire amoureux de la Russie, Dominique Fernandez, Plon, 2004.

Etudes de littérature russe, Prosper Mérimée, Editions Champion, 1932..

Le Roman russe, E. M. de Voguë, Editions L’Age d’Homme, 1971.

Dostoïevski (Articles et causeries), André Gide, Plon, 1923.

La Planche de vivre, Anthologie de poèmes, René Char et Tina Jolas, Gallimard, 1981.

Vers la fin du mythe russe et Russie-Europe, la fin du schisme, Georges Nivat, Editions L’Age d’Homme, 1988 et 1993.

Regards sur la Russie de l’an VI, Georges Nivat, Editions Fallois, 1993 et 1998.

Histoire de la littérature russe, Dirigée par E. Etkind, G. Nivat, I. Serman, V. Strada, 6 tomes, Editions Fayard.

Ecrivains soviétiques, M. Aucouturier, Larousse, 1978.

La littérature russe, Jean Bonamour, 2e édition corrigée, PUF, Collection Que sais-je ?, 1992.

Avec Tolstoï, Dominique Fernandez, Grasset, 2010.

Tolstoï est mort, Vladimir Pozner, Editions Bourgois, 2010.

La fuite de Tolstoï, Alberto Cavallari, réédition Bourgois, « Titre ».

La Poétique de Dostoïevski, Mikhaïl Bakhtine (1929), Edition sPoints seuil, 1970.

Mensonge romantique et vérité romanesque, René Girard (1961), Réédition Hachette Pluriel.

Tolstoï ou Dostoïevski, Georges Steiner (1963), Réédition 10/18.

Le Roman russe, Jean Bonamour, PUF.

 

 

 

 

Eugène melchior de voguë

  Eugène-Melchior de Voguë, grand passeur de la littérature russe,

auteur de Le Roman russe

 

 

 

 

  Samedi 12 juin 2010

 

 

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10 juin 2010 4 10 /06 /juin /2010 14:04

 

Sorj Chalandon

 

Avec La légende de nos pères, Sorj Chalandon pose la question de la fonction de l’écriture. Dans ce dernier roman, il met en scène un biographe familial, Marcel Frémaux, qui écrit des récits de vie et « remet en ordre les mots des simples gens ». Cet ancien instituteur et journaliste, devenu rédacteur de la mémoire des autres, retravailles leurs écrits, ajoute de la fantaisie à la réalité, mêle au vrai deux ou trois fables et « tout en devient plus beau ».

Sollicité par Ludivine Beuzaboc, il entreprend de rédiger la biographie du père de la jeune femme, un certain Tescelin Beuzaboc. Elle lui a dit en substance : «  Mon père était cheminot. Pendant l’Occupation, il a résisté. Il avait vingt ans. Il a pris des risques terribles et n’en a jamais parlé. » Le narrateur qui a laissé s’en aller son propre père, « ce héros sans lumière, ce résistant, ce brave, ce combattant dans son coin d’ombre », sans le questionner, saisit cette opportunité pour, en quelque sorte, racheter son manquement à la mémoire paternelle.

Cependant, au bout de quelques séances avec le vieil homme qui lui rappelle son père, la « peste du doute » s’insinue dans le biographe. Bien qu’il ne se veuille « ni journaliste ni historien », « encore moins juge », il s’interroge sur la véracité des dires du grand bonhomme aux cheveux d’argent. Dans la touffeur de la ville de Lille, il se pose  nombre de questions et veut se persuader d’une unique chose : « Le client raconte, le biographe écrit. » Petit à petit, c’est « une saloperie silencieuse, sinueuse, écoeurante  comme une odeur de mort » qui naît en lui.

Il finira par découvrir que la prétendue blessure à la jambe gauche de Beuzaboc n’a jamais été causée par un bombardement mais est due à l’écrasement d’une charge mal arrimée ; que la mort du soldat allemand n’est qu’une « histoire pour enfant » ;  que Beuzaboc n’a jamais secouru le moindre aviateur anglais et que Wimpy est une légende. Il apprendra à ses dépens que le vieux père de Ludivine n’est qu’ « un homme qui n’a trahi personne, ne s’est pas engagé non plus. A simplement détourné les yeux ». Il choisira de falsifier la vérité : « Il serait ce grand homme, ce brave. […] Il voulait être résistant ? Je ferais de lui un héros. Il voulait la reconnaissance. Il l’aurait pour l’éternité. J’allais tout réécrire. »

C’est au cours d’un repas où le biographe doit remettre le résultat de son travail d’écriture à son client que la vérité éclatera, dévoilée par celui-là même qui avait voulu la travestir. Placé en face de son mensonge après avoir écouté les faits d’armes du vrai héros qu’est le père du narrateur, conscient qu’il est un usurpateur, Beuzaboc a décidé qu’il ne voulait pas léguer ses mensonges, tandis que Marcel Frémaux prend le parti d’arrêter son métier.

Livre sur la filiation et le devoir de mémoire, écrit dans une langue hachée qui va à l’essentiel, l’ouvrage pourra séduire ceux qui réfléchissent sur l’attitude des Français pendant la guerre. On s’étonnera cependant que le fils d’un résistant puisse accepter de prêter la main à un mensonge semblable. On regrettera cette fin où, sous prétexte d’un aveu sincère, et sans se poser véritablement de questions, la fille et les amis donnent l’absolution à celui qui a passé sa vie à mentir. On sort de cette lecture avec une grande impression de malaise.

 

Jeudi 10 juin 2010

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9 juin 2010 3 09 /06 /juin /2010 18:07

 

Carte postale Belgique

 

Entre les pages du Carnet de Poésie de ma grand’mère, j’ai retrouvé une vieille carte postale, représentant Middelburg en Hollande. C’est un hameau de la commune néerlandaise de Reeuwijk dans la province de Hollande-Méridionale ; il est situé à environ 70 kilomètres d’Amsterdam, au milieu des polders. Cette petite ville est célèbre pour avoir abrité la famille Jansen, à l’origine de l’invention, vers 1595, du plus ancien microscope.

Cette carte postale ancienne en noir et blanc, qui représente de beaux bâtiments typiques de l’architecture flamande sur lesquels l'ombre s'avance, fut sans doute conservée par mon aïeule parce qu’elle lui remémorait un voyage avec des amis très chers. Les quatre textes qu’on y peut lire reflètent avec élégance et sensibilité ce que dut être ce moment privilégié. Je les restitue avec la ponctuation d’origine.

 

 

  Carte postale Belgique 2

………

« Je dirai à l’enfant la plus belle à mes yeux

Tiens toi debout devant le soleil qui se lève

Aussi loin que ton ombre ira sur le gazon

Aussi loin je voudrais borner mon horizon

Tout bonheur que la main n’atteint pas n’est qu’un rêve ! »

 

Souvenir d’un agréable voyage en Hollande avec d’excellents amis.

Madeleine d’Arras

 

J’ose à peine écrire que nous fûmes parfaitement heureux.

La signature est illisible.

 

Je ne suis pas « béguine » mais j’ai tout de même le béguin pour les délicieux amis que vous êtes.

D. de Beaufort

 

Ces quatre textes, dans leur brièveté, ne sont-ils pas l'expression de ce temps où voyager était encore un art, réservé à quelques happy few?

 

 

Middleburg

  Vieille affiche de Middelburg, Harwich-Flushing Poster

 

 

 

Pour le Jeudi en Poésie

Communauté des Croqueurs de Mots 

Mercredi 09 juin 2010

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9 juin 2010 3 09 /06 /juin /2010 13:24

 

P1000323

 

Dans le Carnet de Poésie de ma grand-mère, on peut admirer, en date de l’année 1928, un beau dessin au fusain rehaussé de noir, signé de Maurice Ruffin. Il représente une femme portant une coiffe paysanne, vêtue d’une jupe longue, d’un caraco aux manches larges et chaussée de talons hauts. Le regard perdu, elle est assise de trois-quarts sur une chaise au dossier galbé. On discerne mal ce qui repose sur ses genoux : est-ce un livre ou son ouvrage ? Toujours est-il qu’il émane de l’ensemble une atmosphère calme qui fait songer à celle des tableaux de Chardin.

Un article au papier jauni (extrait de La Voix du Nord) voisine avec le dessin. Il est signé d’André Mabille de Poncheville (à qui ma grand-mère était apparentée), et présente une exposition des œuvres de Maurice Ruffin à Valenciennes, la « Venise du Nord », ville natale de mon aïeule, du peintre et du rédacteur de l’article.

Ce dernier (1886-1969) est un écrivain, poète et journaliste qui fut l’auteur de plus de soixante ouvrages. Son recueil poétique intitulé Consolations fut primé par l’Académie française. Ses critiques d’art portèrent essentiellement sur la vie des artistes des Flandres et de l’Artois tandis que ses biographies rappellent ceux qui furent liés à sa vie : Péguy, Verhaeren, Maurice Barrès, Maxence Van der Meersch, Pierre de Nolhac. Il écrivit aussi des œuvres historiques consacrées à des figures nationales (Clovis et Charlemagne) et s’attacha à peindre les séquelles de la Grande guerre dans le Nord et le Pas-de-Calais. Auteur de récits de voyages en Terre  sainte, à Rome et à Saint-Jacques de Compostelle, il fut surnommé le "pèlerin poète" par François Mauriac. Il est enfin l’auteur de deux romans, dont Le sang des Gaules.

Ce papier, (compte-rendu de l’exposition de peinture qui se tint « jusqu’au 29 mai », peut-être de l’année 1928), est une mine de renseignements sur Maurice Ruffin, à propos de qui je n’ai guère trouvé d’informations par ailleurs.

Natif de Valenciennes comme le peintre Watteau et le sculpteur Carpeaux, l’artiste s’y forma à l’Académie de sa ville pour ensuite intégrer l’école des Beaux-Arts de Paris. Il revint ensuite vivre et travailler dans le Hainaut français. Vers 1903, il fit la connaissance de Maurice Verhaeren au Caillou-qui-bique,  dans la vallée de l’Honnelle. Devenu l’ami du poète belge,  l’auteur des Campagnes hallucinées et des Villes tentaculaires, qui entendait vivre dégagé de toute activité mondaine, il en fut le portraitiste.

 

 

emile+verhaeren

Emile Verhaeren, par Theo Van Rysselberghe

 

André Mabille de Poncheville détaille ce portrait, présent dans l’exposition, tout plein d’un naturel parfait et de vérité, dont je n’ai pas retrouvé la photo : « On l’y voit assis sur une chaise de paille, les jambes croisées, un livre entre les doigts, vêtu d’un veston et d’un gilet en velours fauve, d’un pantalon dont le bas est retroussé comme au retour d’une promenade. Il porte un col bas rabattu qui lui laisse le cou libre et une cravate bleue. Jeune encore à cette époque, sa moustache longue et tombante est d’un blond plus clair que ses cheveux. Sous le binocle, l’expression du regard est à la fois naïve et précise. 

Derrière lui est demeurée ouverte la porte d’une cuisine dallée des mêmes pierres bleues luisantes que l’étroit vestibule où il se trouve, et l’on y aperçoit la table chargée des restes d’une frugale collation : une carafe à demi remplie de bière, un beurrier.

Enfin, par la fenêtre, sur le rebord de laquelle est placé un vieux quinquet de cuivre, la fantaisie de l’artiste s’est plu à laisser voir les pignons de tuile rouge d’un village flamand, peut-être pour rappeler au poète son Saint-Amand natal (Belgique).»

 

square watteau valenciennes et statue de Watteau

Le square Watteau à Valenciennes

avec la statue de Watteau et la tour Saint-Géry

 

D’autres toiles de l’exposition sont évoquées par le critique d’art. Il s’agit d’abord du tableau, Le square Watteau à Valenciennes, avec la statue du peintre des fêtes galantes, dominée par la tour de Saint-Géry. L’autre est L’Escaut au faubourg de Paris, dont un massif ouvrage de fortifications, le Pâte, était proche. André Mabille de Poncheville admire encore un troisième tableau, intitulé Intérieur de la librairie Lemaître. Voici ce qu’il en dit : « Le fond s’illumine doucement d’une lumière diffuse venue on ne sait d’où, œuvre d’une rare délicatesse de touche qu’on pourrait croire avoir été peinte par quelque intimiste hollandais, Pieter de Hooghe ou Vermeer de Delft. »

Le visiteur de l’exposition raconte aussi comment, peu avant 1914, il se rendit avec Verhaeren, qui venait de revoir le musée de Valenciennes, chez un Maurice Ruffin malade. Dans sa chambre-atelier, le peintre accueillit avec joie son ami. Sous le portrait de Carlyle gravé par Bernier, invitant à la résignation, les chaudes paroles du poète-thaumaturge rendirent vie à l’artiste.

La Première Guerre mondiale surprit Maurice Ruffin dans Valenciennes envahie. En juin 1917, il alla revoir le musée, témoin de ses premières émotions d’artiste. Il écrivit alors à un ami : « Il y avait là tant de souvenirs pour moi. J’avais passé tant de bonnes heures devant tous ces tableaux quand, encore tout enfant, je rêvais d’être peintre et que l’entrevoyais l’avenir plein des espoirs dorés que seules créent les jeunes imaginations. Je venais très ému adresser un adieu peut-être définitif à tous ces vieux amis d’enfance.

La présence de soldats allemands, le bruit de leurs lourdes bottes griffant les parquets, rendaient encore plus douloureuse ma visite. « Reverrai-je le musée et tout ce qu’il renfermait ? » Nous avions vu passer toutes les richesses de Saint-Quentin, les meubles, les objets d’art etc, tout cela pêle-mêle sur des chariots, des camions, des véhicules de toutes sortes.

J’étais à rêver devant le groupe exquis du prince impérial et de son chien favori, par Carpeaux, quand un soldat m’aborde et me demande si je veux bien lui servir de cicerone ; il est peintre, est à Valenciennes depuis six mois dans un bureau et me connaît pour m’avoir vu souvent dans les rues de la ville. Il ajoute pour se rendre sympathique : « Monsieur, l’art n’a pas de patrie. » Vieux cliché à quoi je réponds : « C’est vrai, mais les artistes en ont une. » »

 

prince impérial et son chien carpeaux

Le Prince impérial et son chien, Carpeaux,

Musée de Valenciennes

 

André Mabille de Poncheville conclut son article, en insistant sur ce retour du peintre de tant de paysages verts et fleuris du Hainaut au musée qui avait été en quelque sorte le point de départ de sa vie. Il souligne comment l’exposition qu’il vient d’admirer permet de suivre un artiste « à la carrière probe et magnifique, dédaigneux de tout arrivisme », et qui à l’instar de son ami Verhaeren crut à l’art comme à une religion.

Et ma grand-mère, dont je présume que Maurice Ruffin lui fit ce joli dessin à l’occasion de cette exposition,  aurait sûrement souscrit à ces vers de Verhaeren :

« Héros, savant, artiste, apôtre, aventurier,

Chacun troue à son tour le mur noir des mystères […] »

 

 

Article Poncheville Ruffin

 

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Andr%C3%A9_Mabille_de_Poncheville

http://lapoesiequejaime.net/verhaeren.htm

 

Mercredi 09 juin 2010

 

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7 juin 2010 1 07 /06 /juin /2010 07:21

 

jeanne-au-bucher-

  Jeanne au bûcher, Roberto Rossellini (1954),

avec Ingrid Bergman

 

Le soir près du foyer quand la flamme s’élève

Je rêve aux hérétiques à tous les condamnés

Alors qu’aux noirs fagots d’où s’est tarie la sève

S’abandonne le corps des maudits torturés

 

Dans un lent cauchemar je vois le tombereau

Cahotant lourdement et la foule en folie

Huant les misérables les mains liées au dos

Et je sens les crachats de la meute qui crie

 

Devers le haut bûcher les malheureux s’avancent

Dans leur robe soufrée pétrifiés d’angoisse

Et devant leurs yeux fous des silhouettes dansent

Une gigue macabre qui tous les membres poissent

 

Je songe à vous damnées par l’espoir désertées

La pucelle Jeanne d’Arc La Voisin la sorcière

Femmes au cœur ardent par l’homme pourchassées

Insoumises et rebelles indomptables et fières

 

Je pense à vous Jean Hus et vous Savonarole

A l’esprit orgueilleux à l’âme inaliénable

Emprisonnés souvent pour d’obscures paroles

Bafoués méprisés pour jamais détestables

 

Quand la flamme a rampé sur vos corps enroidis

Quand vous avez atteint aux rivages du Styx

Quand les charbons se font incandescents rubis

De la cendre s’envole un flamboyant phénix

 

 Phoenix-Fabelwesen

Le phénix, Friedrich Justin Bertuch,

Bilderbuch für Kinder, 1790-1830

 

 

 

Lundi 07 juin 2010

 

 

Pour papierlibre.over-blog.net

Thème : Braises et cendres

 

 

 

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6 juin 2010 7 06 /06 /juin /2010 13:09

 

maison la nuit

  La maison la nuit

 

A cinq heures du matin

La croisée entr’ouverte

Les bruits de mon jardin

Comme une scène offerte

 

Aux abords de l’étang

Les grenouilles vibrantes

En leur coassement

Entonnent un long andante

 

Les oiseaux au réveil

Chantent leurs trémolos

Aux trilles non pareilles

Aériens Figaro

 

Le coq du voisin

Au sein du poulailler

La double note tient

Sans jamais s’érailler

 

Au loin l’orage roule

Sa pétanque affolée

Comme une vaste houle

Dans l’éther stupéfié

 

Des éclairs asséchés

Aux couleurs de l’ambre

Dessous nos yeux plombés

Fulgurent dans la chambre

 

Dans la tour d’escalier

Un grand vent a soufflé

Et dans l’aube assoiffée

La pluie a crépité

 

A cinq heures du matin

La croisée s’est fermée

Les bruits de mon jardin

Soudain m’ont désertée

 

Dimanche 06 juin 2010

Cinq heures du matin

 

 

 

 

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4 juin 2010 5 04 /06 /juin /2010 17:13

 

conlie

  La Pastorale de Conlie,

Romanin, vers 1930-1933

 

Jeudi 03 juin 2010, Laurence Piquet, dans son émission Un soir au musée, nous a permis de découvrir un aspect méconnu de Jean Moulin. Elle était en effet au Musée des Beaux-Arts de Quimper, dont le conservateur André Cariou présentait l’eau-forte de Romanin, intitulée La Pastorale de Conlie, acquise par le musée en 1975.

 

armor couverture du recueil

Couverture du recueil Armor de Tristan Corbière,

Editions Helleu, 1935,

Mémorial Leclerc, Musée Jean Moulin

 

Il s’agit d’une œuvre appartenant à une série de huit planches, intitulées Armor. Elle sont inspirées de poèmes du Breton Tristan Corbière (1845-1875), « poète maudit », célébré de manière posthume par Verlaine, et auteur d’un unique recueil Les Amours jaunes (1873). La Pastorale de Conlie rapporte « un des plus tragiques épisodes des relations entre la Bretagne et la République française », lors de la guerre de 1870. La gravure représente une fosse commune où s’entassent des corps décharnés d’hommes et de femmes, sur un horizon de croix de bois.

 

ristan Corbiere portrait

  Tristan Corbière

 

Or l’auteur de cette œuvre hallucinée n’est autre que Jean Moulin (1899-1913) alias Max, le fédérateur de la Résistance française. Il faut savoir en effet que, dès son plus jeune âge, le futur préfet se passionna pour le dessin. Au lycée déjà il faisait des croquis et des caricatures de son entourage. Pendant la Première Guerre mondiale, il réalise des dessins influencés par Poulbot. Très vite, en raison de ses fonctions officielles, il choisit un pseudonyme d’artiste, Romanin, du nom d’un château médiéval proche de Saint-Andiol où habite sa famille. En juillet 1922, il expose à Chambéry au Salon de la Société savoisienne des Beaux-Art : des pastels (Picadors), des croquis (Les habitués), des aquarelles (Des gosses et La Leçon de danse) et un dessin en noir à la plume (Les Vieilles). A cette occasion, il rencontre Jean Saint-Paul qui l’introduit dans la vie artistique parisienne. Son passage en Savoie marque un changement dans sa peinture : ses œuvres se colorent, le format s’agrandit, il se lance dans la satire, il aborde de nouveaux thèmes, la vie mondaine, la bohème de Montparnasse, les coulisses de Pigalle…

 

Les faméliques de Monparnasse, Encre de Chine Roamanin Mus

Les faméliques de Montparnasse, Romanin,

Encre de Chine, Musée des Beaux-Arts de Béziers

 

En janvier 1930, il est nommé sous-préfet à Châteaulin (1930-1933) et il aménage un atelier dans sa salle à manger. Il produit alors de nombreux dessins humoristiques. C’est à ce moment qu’il se lie d’amitié avec le poète Max  Jacob (dont il choisira le prénom « en Résistance »), qui l’initie aux courants artistiques les plus novateurs. Il fréquente de nombreux intellectuels, Charles Daniélou, Augustin Tuset. Saint-Pol-Roux surtout (au sort tragique), qu’il rencontre dans son château néo-gothique de Coecilian, qui sera envahi par les Allemands puis bombardé par les Anglais.

On ne sait lequel d’entre eux permit à Romanin de découvrir l’œuvre de Corbière ; toujours est-il qu’ils étaient tous convaincus « de l’importance et de l’originalité » du poète. Selon André Cariou, Jean Moulin a sans doute trouvé chez le poète « les mots qui traduisent le mieux, d’une manière souvent dramatique et violente, l’âme bretonne ». L’attachement de Jean Moulin à Corbière se concrétisera encore pendant la guerre 40. Devenu le grand résistant que l’on sait, il empruntera à l’auteur des Amours jaunes des vers qui lui permettront de coder ses messages à l’intention de Londres : « Prends pitié de la fille mère/ Du petit au bord du chemin[…] / Si quelqu’un leur jette la pierre/ Que la pierre se change en pain ! » (« La rapsode foraine »).

 

rapsode foraine romanin

Illustration pour "La rapsode foraine", Romanin

 

« La Pastorale de Conlie » est le dernier poème de la section « Armor ».  Le ton en est grave et pathétique, qui témoigne d’une infinie compassion pour les soldats bretons martyrs et d’un grand mépris pour les autorités politiques et militaires. Le titre s’explique par l’emploi de la métaphore filée qui fait des soldats des moutons affamés, réduits à manger l’herbe du camp :

« Nous allions mendier ; on nous envoyait paître :

Et… nous paissions à la fin ! »

C’est un texte engagé dont l’épisode fut rapporté à Corbière par son beau-frère Aimé Le Vacher, engagé volontaire. Nous sommes en octobre 1870, à Conlie, près du Mans, dans un camp qui doit servir à ravitailler la capitale. Soixante mille Bretons, parmi d’autres provinciaux, ont été levés par le partisan de la guerre à outrance contre les Prussiens, Gambetta, et y sont rassemblés. André Cariou précise qu’ils y furent « maintenus de force, comme si la République doutait de leur fidélité. » Loin de chez eux, démoralisés, les soldats meurent de la  fièvre typhoïde et de la variole dans le camp, devenu un véritable bourbier en raison des intempéries de l’hiver. Lors de la bataille du Mans, le 11 janvier 1871, sous-équipés et affaiblis, ils sont envoyés en première ligne et c’est une boucherie. La ville tombe aux mains de l’ennemi dès le premier assaut. Les Bretons survivants rentrent au pays sous les quolibets des Français.

La gravure de Romanin, qui date des années trente, est particulièrement frappante, avec son trait acéré et violent, « une eau-forte à la limite du soutenable » selon Didier Aubin. En effet, lorsqu’on la regarde, elle apparaît comme une vision prémonitoire des camps de la mort nazis, « une fulgurante prémonition » pour André Cariou, comme si celui qui allait devenir le chef de la Résistance avait eu le don de double vue.

 

jean moulin 2

 

En même temps, on ne peut s’empêcher bien évidemment de penser aux épisodes douloureux de la vie de ce préfet exemplaire. En juin 1940, il accomplit son premier acte de résistance, quand il est battu puis emprisonné par les nazis à Chartres, pour avoir refusé de signer une déclaration, selon laquelle un groupe de tirailleurs sénégalais de l’Armée française aurait commis des crimes graves. Après avoir tenté de se trancher la gorge avec un morceau de verre, il échappe à la mort de justesse puis est révoqué par Vichy en novembre 1940. On connaît bien sûr sa fin tragique après son arrestation à Calluire le 21 juin 1943, l’emprisonnement et la torture dans les geôles de Barbie à Lyon, la caricature de son bourreau sur la feuille tendue pour qu’il écrive un nom, sa mort enfin lors de son transfert en Allemagne, le 08 juillet 1943.

Devant cette eau-forte, réalisée par un « préfet, résistant et artiste clandestin », on entend aussi les mots vibrants de Malraux lors du transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon : « […] Entre ici, Jean Moulin, avec ton terrible cortège. […] avec tous les rayés et tous les tondus des camps de concentration, avec le dernier corps trébuchant des affreuses files de Nuit et Brouillard, enfin tombés sous les crosse ; avec les huit mille Françaises qui ne sont pas revenues des bagnes ; avec la dernière femme morte à Ravensbrück […] Entre avec le peuple né de l’ombre et disparu avec elle- nos frères dans l’ordre de la Nuit […] »

De Corbière à Malraux, en passant par Jean Moulin, dit Romanin, l’Art porte ici témoignage de l’horreur absolue de la guerre.

 

malraux

Discours d'André Malraux,

lors du transfert des cendres

de Jean Moulin au Panthéon,

19 décembre 1964

 

 

 

Sources :

 La Pastorale de Conlie : http://www.istorhabreiz.fr/spip.php?article11

http://www.corbiere.ville.morlaix.fr/tristan-corbiere/en-mots/

http://teleobs.nouvelobs.com/tv_programs/2010/6/3/chaine/France-5

http://www.ouest-france/actu/loisirsDet_-La-premonition-de-l-artiste-Jean-Moulin_

http://www.crrl.com.fr/archives/Jmoulin/2003/artiste/artiste.htm

Sur le recuei Armor : musée-beaux-arts.quimper.fr/htdocs/pgoeu1298.ht

 

 

 

 

Vendredi 04 juin 2010

 

 

 

 

 

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