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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 07:00
fenetre-rou.JPG

Sauge, laurier, lavande et thym sous mes fenêtres 

(Photo ex-libris.over-blog.com, Eté 2013)

 

 

 

Dans l’eau pâle de mes fenêtres

sous la tour des meneaux blancs

l’univers a chaviré

 

Myriades de soleils éteints et rougeoyants

constellations de lunes folles

étoiles mortes et renaissantes

inaccessibles et bleus nuages

Au tintement printanier du verre

les roucoulades rassurantes des baisers

les foucades folles de mes désirs

dans l’allegro des hirondelles

Sur la soie serpentine d’un rideau de soleil

le crissement cru du gravier des départs

et le coassement des journées éternelles

Au silence noir des insectes

les souvenirs en veuves noires des araignées tisseuses

les mouches des remords velours vibrionnant

les punaises amertume dans leur verdure métal

Sous le palimpseste de la pluie et du givre

les doigts engourdis du temps

et les gémissements des fantômes au vent

A la fenêtre close et grise

le choc sourd des illusions frappées en pleine face

sur le sang des clématites violines

et les épines bleuies de la passiflore cruelle

 

Dans l’eau pâle de mes fenêtres

Mon âme à la dérive soudain a naufragé


Pour Le Défi de la Semaine n°108,

Thème proposé par Mamzelle Jeanne : Fenêtre(s) link

 

 fenetre-2.JPG

 Thym, laurier et lavande sous mes fenêtres

(Photo ex-libris.over-blog.com, Eté 2011)

 

 

 

 

 

 

 

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25 septembre 2013 3 25 /09 /septembre /2013 10:25

 

 papillon-rien.JPG

Un papillon sur le buddleya

(Photo ex-libris.over-blog.com, août 2013)

 

Les petits riens font la vie belle

Comme au feu mort une étincelle

Les brimborions et les broutilles

Comme le c sur la cédille

 

J’aime rien tant que la babiole

Petite chose qui s’envole

Que jamais chaîne ne retient

Feuilles au vent sur le chemin

 

Le joli mot que bagatelle

Chose menue superficielle

Les petits riens c’est quelque chose

Musique aux doigts du virtuose

 

Pour le Défi n°107,

Thème proposé par ABC : rien link

 

 

 

 

 


 

 

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24 juin 2013 1 24 /06 /juin /2013 07:00

 

 

 balthus-peintre2

      Le peintre et son modèle, Balthus (1980/1981),

Paris, Musée national d'Art moderne, Centre Georges Pompidou

 

Se haussant, en un ample mouvement, il avait tiré violemment le rideau lie-de-vin de la croisée. La lumière blafarde du petit matin avait empli l’atelier monacal. Elle, forme pure, adolescente au visage de primitif italien, auréolée de sa chevelure de putti, à genoux sur le sol froid, elle scrutait le journal pour y lire… mais quoi au juste ? Lui, elle le voyait de dos : sa silhouette familière, perdue dans la grossière chemise brune, ses jambes longilignes, serrées dans son vieux jean rapiécé, et puis sa tête tant aimée, sa tête bandée comme celle d’une momie. Dans la pièce, tout était à sa place : le bidon d’essence de térébenthine sous l’escabeau sang-de-boeuf, qui lui sert pour ses grandes fresques, la boîte en carton aux damiers bicolores et aux curieux caractères, la coupe de fruits, deux pommes et une poire, qui avait servi pour la nature morte, en place sur la petite table de bois blanc. Et pourtant, tout était changé.

Elle frissonna. Elle revit tout.

C’est hier soir. Comme chaque semaine, petit saute-ruisseau, comme il l’appelle avec tendresse, elle passe à l’atelier de son peintre, rue de Furstenberg. Elle lui apporte les courses pour la semaine. La porte verte n’est pas fermée. Quel étourdi ! pense-t-elle. Elle la pousse doucement. Elle voit l’atelier sens dessus dessous : le chevalet renversé, le portrait de Katia lacéré et piétiné, les tubes de peinture crachant leurs couleurs, la jupe rouge comme une tache sanglante sous la chaise renversée, le journal ouvert sur le sol, le bidon de térébenthine basculé. Dans l’alcôve cachée, les coussins de soie indienne, les draps du lit comme emportés par la tempête. Lui, son peintre, il est assis sur son vieux fauteuil de rotin bancal. Le visage exsangue, les yeux clos, le corps recroquevillé, il se tient la tête à deux mains. Elle court à lui, elle voit la vilaine plaie au front. Ce n’est rien, dit-il dans un murmure, je suis tombé.

Elle se penche vers lui, effleure de ses lèvres la béance rouge. Elle va dans le cabinet de toilette, y trouve sa fiasque de whisky et prend un vieux bandage sali. Avec des gestes calmes et précis, elle nettoie la plaie, entoure sa tête abîmée avec le serpent de coton. Il se laisse faire sans mot dire. Elle le prend par la main, le conduit comme un aveugle vers le divan. Elle refait le lit et il attend debout, le regard vide. Avec des gestes maternels, elle l’aide à s’allonger, tire jusqu’au visage fatigué draps et couvertures.

Preste et vive, elle se met à ranger l’atelier. Elle redresse le chevalet. Le long du mur, derrière des toiles, elle cache le tableau outragé, elle referme les tubes de peinture, remet en ordre la boîte de couleurs, relève la chaise, le bidon d’essence sous l’escabeau, replace les vêtements de Katia sur le dossier de la chaise, met le journal sur l’autre chaise de paille. Voilà, tout est à sa place. Elle est fière de son œuvre. D’un pas vif, elle ferme le rideau sur la nuit qui vient. Gisante, elle s’étend à côté de lui. Il a déjà fermé les yeux. Il fait tout noir dans l’atelier froid. Elle sent sa chaleur. La nuit dure, dure. Elle ne dort pas. Son rêve redessine son corps.

C’est le matin. Il se réveille. Il porte la main à la tête. Il se lève en titubant. Sur la pointe des pieds, comme on ouvre le rideau d’un théâtre, il déchire violemment le tissu lie-de-vin. Par la croisée, la lumière blafarde du petit matin emplit l’atelier monacal. Elle se déplie lentement hors du lit. Sur la chaise paillée, elle aperçoit le journal d’hier. Elle s’y agenouille comme en prière pour y lire… quoi au juste ? Elle se dit qu’elle n’a pas ôté ses gros bas de laine marron et que sa robe vert mousse n’est pas froissée. Elle scrute le journal… Comme une annonciation, elle l’entend lui dire de sa voix rauque et impérieuse : Alice, tu seras mon nouveau modèle. Je ferai de toi une madone siennoise. Elle frissonne. Tout est à sa place et pourtant, tout est changé.

 

Pour le Défi de la Semaine n°105,

Sur un tableau de Balthus : Le peintre et son modèle

Lire mon article sur la toile de Balthus : Alice dans le miroir link

 

 

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4 décembre 2012 2 04 /12 /décembre /2012 14:34

 

 Rou-8.JPG

Sous le porche (Photo ex-libris.over-blog.com)

 

Cette maison-là

Ici

Et pas une autre

Aperçue pour la première fois par une chaude fin d’été

A travers la bouche bée de la boîte aux lettres

Cette maison-là

Ici

Et pas une autre

Avec son anneau sur le mur où les chevaux encensaient de la tête

Sous le porche aux doux arrondi dans le zig-zag des hirondelles noires

Avec son bassin de pierre ses délicates grenouilles vertes ses fuyants poissons rouges

Cette maison-là

Ici

Et pas une autre


Rou 10

Fenêtres sur le bassin (Photo ex-libris.over-blog.com)

 

Qui regarde avec ses yeux de meneaux dans le tuffeau tendre griffé de signes                                                                                                                 [ mystérieux

Recelant sous leur voûte l'ocre rouge du passé à la semblance des tomettes

Cette maison-là

Ici

Et pas une autre


Rou 11

Roses et lavandins d'été (Photo ex-libris.over-blog.com)

 

Au blond gravier crissant qui nageait dans la Loire et ses méandres paresseux

Avec ses toits bleu aigu ses cheminées de ciel

Où lentes déambulent et roucoulent les tourterelles grises

Et sa pierre moussue si douce sous les semelles

Quand les lavandins les roses et le thym font des mers parfumées


Rou 6

Tourterelles sur le toit (Photo ex-libris.over-blog.com)

 

Cette maison-là

Ici

Et pas une autre

Avec son escalier enroulé dans la tour

Et son haut fût de bois que tant de mains ont caressé

Avec le bruit de l’eau dans ses gros radiants de fonte

Le soleil d'or dansant sous les rideaux de soie

Le vent ronronnant rond au creux des âtres noirs

Cette maison-là

Ici

Et pas là-bas

Je n’en voudrais pas d’autre


Rou 9

      Le jet d'eau dans le bassin (Photo ex-libris.over-blog.com)

 

 

Pour Le Défi de la Semaine n°91 des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Jill Bill : Mon chez moi, ma maison link

A lire cet autre poème sur ma maison : link

 


 

 

 

 

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19 novembre 2012 1 19 /11 /novembre /2012 08:00

 

 Magritte-les-amants.jpg

      Les Amants, René Magritte, 1928

 

 

Il y a peu de l’amour à la haine

Du paradis vers la géhenne

De la passion à l’aversion

De la tendresse à l’abandon

Il n’est qu’une lettre à changer

Un son fragile et étranger

Toi que j’adore et que j’abhorre

Rien que le temps du never more

 

 

Pour le Défi de la Semaine des Croqueurs de Mots n°90,

Thème proposé par Suzâme : écrire un texte en utilisant deux paronymes

 

 


 

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24 septembre 2012 1 24 /09 /septembre /2012 07:00

 pygmee-deux.jpg

      Pygmées Akas dans la forêt


Dans notre famille, mutique jusqu’à la névrose, jamais on ne parlait de lui. Lui, c’était le plus jeune frère de ma mère, parti après la guerre dans un pays de Centre-Afrique, pour « vivre sa vie ». Vivien avait vingt ans, des cheveux comme des épis de blé et d’incroyables yeux pers ou vairons, couleur de marécage, qui changeaient selon la couleur du temps et de ses humeurs. Il n’était jamais revenu.

Au début, par quelques lettres elliptiques, on a avait su qu’il avait trouvé à s’employer dans une plantation de coton. On avait cru comprendre qu’il n’y avait pas été heureux. Puis le courrier s’était raréfié, entraînant l’indicible chagrin de mes grands-parents. Peu à peu s’était créé en eux ce creux de l’absence, ce puits où l’on tombe, sans margelle ni corde à quoi se raccrocher.

Ils avaient bien tenté des recherches mais l’Afrique était si loin et ils étaient si démunis ! Certains disaient que le jeune homme s’était enfoncé dans la forêt pour n’en jamais revenir, d’autres affirmaient qu’il avait succombé à la maligne fièvre jaune, d’autres encore évoquaient la magie, l’envoûtement, le mauvais sort. Et puis, pourquoi, diable, un jeune Blanc s’était-il risqué dans ce pays de sauvages ? Il avait qu’à ne pas prendre de risques !

Au fil des jours, des semaines, des mois, des années, mon jeune oncle avait été relégué dans un silence lourd de culpabilité et d’inaccomplissement. Moi, j’y pensais souvent. Je l’imaginais en nouvel Arthur Rimbaud, se livrant au commerce des armes, ou en Livingstone barbu émergeant de la forêt tropicale. Lui qui avait quitté la vieille Europe pour vivre autre chose avait-il réalisé son rêve ? Lui, dont ma grand-mère m’avait suggéré à demi-mot les ombres et les lumières, avait-il trouvé ce dont il était en quête ? Sans que je m’en doute, il s’était insinué doucement au fond de moi-même comme un jeune dieu tutélaire, une sorte de double à la fois inconnu et familier.

Je ne vous raconterai pas comment par quels méandres, surprenants et imprévisibles, je me suis retrouvé, à l’âge de trente ans, dans ce pays où cet oncle que j’avais si peu connu avait disparu comme s’il n’y avait jamais été. La mouche tsé-tsé de l’Afrique m’avait aussi piqué et je dirigeais des projets humanitaires dans le cœur de ce continent que la décolonisation avait rendu à ses conflits tribaux et à ses vieux démons.

Par une chaude et lourde soirée, après une journée harassante à courir les pistes poussiéreuses, j’avais traîné mes pas dans un bar pourri, fréquenté par quelques rares insomniaques. Sur le comptoir terni où était venue s’affaler la lie des aventuriers, j’avais lié conversation avec un très vieux fonctionnaire noir au regard éteint. Il avait tout vu, tout entendu : les visées des prêtres politiques, les tentatives de coups d’Etat, les morts non élucidées, les flambées autoritaristes de celui qui se disait le « treizième apôtre du Christ », les atermoiements de la France. Il avait perdu toute illusion et vivait dans le souvenir idéalisé de Barthélémy Boganda, mort dans des circonstances mystérieuses dans un accident d’avion.

Comment en vint-il à me parler des Pygmées de la Centrafrique, je ne saurais vous le dire. Ma lassitude, la bière chaude et le vin de palme du « kangoya » avaient déjà bien embrumé mon pauvre cerveau quand je l’entendis évoquer ce Blanc qui avait vécu parmi les « petits hommes »  de la forêt primaire. C’est vers la fin des années 1990 qu’il l’avait rencontré alors qu’il accompagnait l’ambassadeur de France, un ethnologue chargé par l’UNESCO du recensement des Pygmées en Centrafrique.

Après plusieurs jours de marche avec leur guide, bien au-delà des pistes de latérite rouge et des marigots profonds, sous d’inquiétantes frondaisons géantes, les deux hommes avaient atteint le campement de « mongulus », fait de bois et de feuilles sèches, d’une tribu Aka. Et quelle n’avait pas été leur surprise de découvrir parmi eux un homme de race blanche qui vivait depuis de très nombreuses années dans leur communauté. C’est lui qui leur avait servi d’interprète auprès d’eux et qui avait facilité leur séjour dans cet univers primitif.

De haute stature, sec et mince comme un bambou, la poitrine recouverte de colliers de graines et vêtu d’un léger pagne, celui que cette tribu avait autrefois pris pour un « jengi », un esprit de la forêt, leur avait, avec une certaine réticence et comme à contre-cœur, conté son histoire.

Il était venu en Centrafrique, lorsque celle-ci s’appelait encore Oubangui-Chari, et avait travaillé dans une exploitation de coton. Malade de voir le sort dévolu aux Noirs de ce pays, il avait ensuite suivi un missionnaire spiritain dans un dispensaire. Il l’avait aidé à construire une école et ensemble ils avaient entrepris des explorations toujours plus avant dans la forêt. Il y avait rencontré ses premiers Pygmées et cela avait été, avait-il dit, une révélation. Il avait appris leur langue, leurs coutumes, avait gagné leur sympathie. Un jour, il ne savait plus très bien en quelle année c’était, il avait abandonné la mission et il était parti vivre définitivement au milieu de « ces petits bouts d’hommes ».

Là, au cœur de l’immense forêt verte, il avait trouvé ce qu’il avait toujours cherché : une vie en symbiose avec la nature, des relations simples entre des êtres qui étaient les « meilleurs pères du monde ». Il avait appris à poser des collets pour attraper les porcs-épics, à lancer la sagaie sur les antilopes, à reconnaître la liane où l’on s’abreuve d’eau fraîche, à choisir la feuille qui soulage la morsure de serpent et à manger le miel sauvage. Il avait partagé son « tangué » avec une de ces petites femmes « haute d’une coudée », à la brillante beauté d’ébène. Oublieux de tout ce qui avait été sa vie d’avant, il n’avait plus songé ni à son pays d’origine ni à ses parents. Et il n’avait eu aucun remords de ne jamais leur avoir donné signe de vie… La vraie vie était ailleurs !

Au fur et à mesure que le vieux Noir égrenait l’histoire de ce transfuge de la forêt, un sentiment étrange avait commencé à m’envahir. L’image de mon jeune oncle disparu se dépliait de nouveau en moi et je sentis soudain avec intensité que j’étais au bord d’une révélation. Je posai brutalement ma main sur le bras du vieil homme ; bouche bée, il interrompit sa logorrhée. « Te souviens-tu de ses yeux ? », lui demandai-je avec violence.

Mon interlocuteur me regarda comme si j’étais devenu fou. «  Ses yeux ? Ses yeux ? C’est bizarre que tu me demandes cela. Il avait des yeux comme je n’en ai jamais vus, tu sais, des yeux qui ne se ressemblent pas, des yeux de soleil et de nuit, des yeux qui ne sont pas de la même couleur. C’est pour cela que les Akas l’avaient gardé avec eux. Avec un tel regard, ils se sentaient protégés du mauvais œil. »

J’ai eu alors la certitude intime que ce Blanc était mon oncle : cet homme n’avait-il pas quitté la France après la guerre ? N’avait-il pas travaillé dans une exploitation de coton ? Et, surtout, il avait les yeux pers ! « Lui avez-vous demandé son prénom ou son nom ? » ajoutai-je avec excitation. Le vieil homme se prit la tête dans les mains. Il se rappelait que l’homme, dans un sourire étrange, qui avait laissé voir ses incisives limées à la manière des Akas, lui avait dit qu’il n’avait plus de nom, ni de prénom. « Tout cela est si loin, ma mémoire me quitte peu à peu, chuchota-t-il, je ne sais plus rien. Et puis, il doit être mort à présent, il doit dormir sous les racines. » Il s’était levé, m’avait regardé d’un air hagard puis il était sorti en titubant dans sa nuit africaine.

Je suis demeuré longtemps, accoudé au bar, les yeux dans le vide, absent à moi-même. Un grand calme s’était emparé de moi, comme quand la mer monte lentement sur le sable étale. J’ai pensé au jeune homme perdu qu’avait été mon oncle et au vieil homme qui s’était enfin rejoint lui-même parmi les Pygmées de la forêt. Je suis sorti dans l'obscurité vivante et habitée. Des vers de Césaire sont montés à mes lèvres :

« Ceux qui n’ont inventé ni la poudre ni la boussole

Ceux qui n’ont jamais su dompter la vapeur ni l’électricité

Ceux qui n’ont exploré ni les mers ni le ciel

Mais ceux sans qui la terre ne serait pas la terre… »

 

Et puis j’ai pleuré.

 

Pour le Défi n°86 proposé par Hauteclaire :

Il ou elle a disparu dans des circonstances étranges, tragiques, mystérieuses. L'histoire dit que ses jours se sont arrêtés, et que le livre est fermé.

Pourtant .... Vous avez retrouvé un document, une archive, dans le fond de votre grenier, dans un rayonnage de bibliothèque poussiereux, et maintenant vous savez. Vous savez que il ou elle n'a pas fini ses jours comme il a été dit, que tout n'a pas été dit, et que cette personne a vécu , ailleurs, dans le secret.

Il est temps de lever le voile, à vous de le faire ! De nous dire comment c'est arrivé et  ce que cette personne est devenue, après ...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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26 juin 2012 2 26 /06 /juin /2012 13:53

  Chirico

 Mystère et mélancolie d'une rue, Giorgio de Chirico, 1914

 

Rembarquement dans ma mémoire

De ma plage du Nord native

Sous le sable et le vent barbare

Petite enfant à la dérive

 

Dans la classe aux fenêtres closes

Sur les cahiers à l'encre bleue

Stagne sans fin le temps morose

Quand on attend d'être amoureux

 

Dans les pages de l'étudiant

Guillaume à la tête étoilée

A mon oreille va pleurant

Les errances du Mal-Aimé

 

Je chante les revenez-y

Qui ne reviendront plus jamais

Voyageurs en poésie

 

Pour Le Défi de la Semaine n° 84,

Thème proposé par ABC : faire le tour de soi-même en 80 mots  

 

 

 

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31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 08:03

 

 Coelacanthe.jpg

Coelacanthe (Photo www.larousse.fr)

 

« Un vent de Dieu tournoyait sur les eaux » et Dieu s’ennuyait, tout en caressant sa longue barbe neigeuse. Il eut l’idée lumineuse de créer la lumière. Puis d’un geste olympien, il sépara les eaux d’avec les eaux et fit naître le ciel sans gestation aucune. Comme d’un coup de baguette magique, il fit ensuite émerger les continents qui se différencièrent de la mer. Après avoir rendu les terres verdissantes, il conçut les grands luminaires qui se mirent à tournoyer en une valse lente dans la musique des sphères.

Ce n’est qu’à l’aube du cinquième jour qu’il se dit que ces grandes étendues solides et liquides étaient par trop monotones et qu’elles avaient besoin de mouvement. Il imagina aisément rémiges et pennes pour la gent ailée mais, pour le peuple des eaux, cela fut plus malaisé.

Après s’être beaucoup gratté une tête qu’il avait blanche et chenue, il donna vie au cœlacanthe. Il le nomma ainsi, dans la fierté d’avoir conçu ces yeux à la rondeur parfaite, cette mâchoire puissante, ces écailles de la dureté du racloir, ce corps massif couleur d’acier, aux sept nageoires, dures comme des épines : la perfection du poisson ! Comme le démiurge devant sa créature, il ne se lassait pas d’admirer cet être nageant pour lequel il avait déployé des trésors d’ingéniosité : l’invention d’un poumon, un bel organe électro-récepteur, d’élégantes franges sur la nageoire caudale et il n’en était pas peu fier !

Souhaitant de suite que l’animal marin ne demeurât pas solitaire, il dit au beau cœlacanthe : « Sois fécond, multiplie-toi et emplis les mers ! » Je dois ajouter que c’est d’ailleurs à cette occasion que Dieu inventa la litanie et celle-ci, mâle et femelle, telle la Parole de Dieu, se répandit sur les eaux.

Cœlacanthus

Wimania

Euporosteus

Alcoveria

Allenypterus

Chinlea

Diplurus

Mawsonia

Holophagus

Miguashaia

Ticinepomis

Hadronector

Libys

Et dans l’écho de ses mots, Dieu vit et entendit  que cela était bon. « Il y eut un soir, il y eut un matin : ce fut le cinquième jour. »

 

 

Pour Le Défi de la Semaine des Croqueurs de Mots, n° 82,

Thème proposé par Jill : noms de poissons

 

 

 

 

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15 mai 2012 2 15 /05 /mai /2012 08:16

  fairy-tales-from-many-lands-2.jpg

 

Dans le métro filant à l'heure de pointe

Entre les murs

Charbon

Où les tags s'ennuient

Parmi les visages

Bougons

Et les valises

Avachies

Le père et la fille

 

Lui

La quarantaine à lunettes

Bien fatiguée

Veste et chapeau de velours

Brun

Sur des cheveux

Poivre et sel

Qui frisottent

Et dans le dos

Voûté par les errances

Une guitare dormant dans son étui

Tout noir

Appuyé sur un chariot de tissu

Vert vif

A roulettes

Avec des coccinelles d'été

Eclatantes de rouge

 

Elle

Sept ans peut-être

L'âge de raison dit-on

Jolie petite fée des Lilas

Immobile

Avec son regard

Profond de lac bleu

Un serre-tête

Doucement mauve

Orné d'une fleur de plastique

Encadrant ses boucles

Cascadantes

Et blondes

De petit lord Fauntleroy

De chauds collants de laine

Rugueuse

Sur de fines ballerines

Rose bonbon

Une robe

Courte en jersey

Où dansent des ronds

Violets

Son sac de petite dame en cuir

Marron

En bandoulière

 

Ces deux-là s'aiment

Fort

Ils se regardent

Seuls au monde

Dans le wagon qui roule

Loin

 

Et elle attend

Sérieuse

Silencieuse

Et sage

Le moment

Merveilleux

Où il ouvrira le livre

Bien-aimé

Dans sa couverture de plastique

Transparente

Qui pointe son nez hors du sac

Quand il lui contera

Le Il était une fois

Unique

Et toujours recommencé

Des Fairy Tales from Many Lands

 

Vendredi 11 mai 2012, 12h 10, Ligne 4,

Entre la gare du Nord et la gare Montparnasse

 

Pour le Défi n°81 des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Jeanne Fadosi : Enfances

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 09:03

cyrano.jpg

   Cyrano de Bergerac (Edmond Rostand), La scène du balcon, Paul-Albert Laurens,

acte III, scène 10

(Crédit photos cyranodebergerac.fr)

 

 

 

La nuit était obscure et Cyrano fidèle

Accompagnait Christian chez une damoiselle

Une fine précieuse vive et spirituelle

Qui aimait les mots doux les serments éternels

Les phrases compliquées celles qui ensorcellent

Or pour plaire à Roxane l’ami qui se flagelle

Souffla au soupirant des aveux sensuels

Et quand Christian monta pour embrasser la belle

Il demeura en bas au-dessous de l’échelle

Brandissant son flambeau dont la flamme chancelle

Triste et désespéré de tenir la chandelle

 

Pour Le Défi de la Semaine,

Thème proposé par Lilou Frédotte : prendre une expression au pied de la lettre

 


 

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  • : Un blog pour lire, pour écrire, pour découvrir et s'étonner. "La Vie a plus de talent que nous" disait Nabokov.
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Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons-nous d'ahan

Ton cours vers d'autres nébuleuses

 

La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

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