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14 juillet 2012 6 14 /07 /juillet /2012 23:30

 

petite venise    

      Bépi le Poète (Rade Serbedija) et Shun Li (Zhao Tao)

 

 

J'ai lu quelque part que, dans le long métrage de fiction (sorti le 13 juin 2012), du sociologue et réalisateur italien Andrea Segre, La petite Venise, la lagune de Chioggia, qui est le décor majeur du film, était filmée comme la mer de Chine. Il me semble qu'on ne peut faire plus beau compliment à ce film juste et sensible que j'ai vu hier soir.

L'idée de le réaliser en est venue à son auteur après avoir rencontré dans un bar une jeune Chinoise solitaire. Fasciné par sa beauté et son mystère, il a souhaité lui inventer une vie. C'est en effet la première œuvre de fiction de ce docteur en sociologie et en communication, un enseignant spécialiste de la question des migrations et qui a déjà réalisé trois documentaires sur ce sujet. Tout en réfléchissant sur les relations entre identité individuelle et identité culturelle, il a de plus eu envie d'évoquer les banlieues des villes où l'évolution économique est liée aux nouveaux apports migratoires.

Son film met donc en scène une jeune mère chinoise Shun Li (Zhao Tao), venue en Italie avec l'aide d'une organisation chinoise (la mafia peut-être). Taillable et corvéable à merci, elle travaille dans le textile pour rembourser le prix de son voyage, dans l'espoir qu'à terme les Chinois feront venir auprès d'elle son fils de huit ans. Persévérante, courageuse, obéissante et silencieuse, elle attend la « nouvelle » de l'arrivée de son enfant, toute tendue vers ce seul but.

Le film commence alors qu'on l'envoie pour être serveuse dans une « osteria » de Chioggia, dite la petite Venise, au sud du Lido. Dans ce bar, sur un quai du port, se retrouvent régulièrement le pêcheur Cope (Marco Paolini), son copain avocat (Roberto Citran), Devis (Giusseppe Battiston), une brute oisive et stupide et Bépi, dit le Poète.

D'origine yougoslave, Bépi est un pêcheur à la retraite, veuf depuis un an et père d'un fils qui habite Mestre. Il vit en Italie depuis trente ans dans un petit appartement qu'il loue et ne possède pour tout bien que sa cabane de pêche dans la lagune où il entrepose ses filets. Il passe son temps sur sa barque et aime à versifier. S'il est âgé et seul, il n'est pourtant pas mort et c'est ce qu'il voudrait faire comprendre à son fils qui souhaite l'emmener vivre à Mestre.

Entre Shun Li et Bépi, que tout sépare mais que l'exil réunit, une amitié tendre va naître. Tous deux appartiennent à des familles de pêcheurs et le vieil Italien demande d'abord à la jeune Chinoise comment l'on pêche en Chine. Le soir, dans le bar déserté, elle lui montrera des photos de bateaux de pêche, de la mer de Chine, et surtout de son fils de huit ans. Un jour de congé, il l'invite dans son appartement afin de lui permettre de téléphoner à son propre père et à son fils demeurés au pays. Il l'emmène enfin dans son embarcation sur la lagune hivernale jusqu'à sa cabane de pêche. Soumise et résignée, elle lui explique comment sa vie n'est que l'attente de la « nouvelle » de la venue de son fils. C'est alors que pour la première et la dernière fois, dans la lumière rasante d'une fin d'après-midi sur la lagune, Bépi caresse le visage de Shun Li dans un geste plein de consolation.

Car cette relation déplaît à leur entourage, prisonnier des idées toutes faites et des préjugés. Aux amis de Bépi d'abord, sans doute marqués par l'idéologie de la Ligue du Nord, et qui voient d'un très mauvais œil leur ami s'intéresser à une étrangère, laquelle veut, selon eux, capter son héritage (mais lequel ?). Au patron de l'organisation chinoise, ensuite, dont Shun Li est la débitrice, et qui reproche à la jeune femme de créer l'hostilité contre eux chez les Italiens. Il lui intime l'ordre dorénavant de s'en tenir à la plus grande réserve avec Bépi.

Je ne dévoilerai pas la suite de cette intrigue, qui ne sombre jamais dans le mélo, et met notamment en valeur le geste plein d'abnégation d'une compagne de misère de Shun Li. Cette autre jeune Chinoise lutte pour sa part contre l'adversité en pratiquant la gymnastique chinoise sur les plages grises de la lagune.

J'ai beaucoup aimé l'atmosphère poétique qui baigne tout le film. Ainsi, celui-ci débute alors que Shun-Li célèbre avec une amie l'anniversaire de la mort du père de la poésie chinoise, Qu Yuan. C'est en effet lors de la fête du Double-Cinq (cinquième jour du cinquième mois lunaire) que les Chinois commémorent son suicide dans la rivière Mi-Luo, alors qu'il avait été exilé par son souverain. A cette occasion, ils fabriquent des fleurs dans lesquelles ils placent de petites bougies qu'ils laissent voguer au fil de l'eau. Au cours d'une très belle scène, tandis que l'  « acqua alta » se répand dans le bar où travaille la jeune femme, Bépi reproduira ce geste à l'intention exclusive de Shun-Li. Quant à cette dernière, elle offrira à Bépi des funérailles symboliques dignes de celle Qu Yuan.

L'évocation subtilement discrète de celui qu'on a comparé à Homère, qui fut lui aussi en quête de l'âme-sœur, et dont certains poèmes sont dits par les personnages, la thématique de l'eau que l'on retrouve dans la lagune et les bateaux-dragons de la commémoration de sa mort et dans son suicide, son tragique destin d'exilé, confèrent au film une grande profondeur. Ces thèmes viennent en effet en résonance discrète avec les destin des deux principaux personnages. Qu Yuan n'est-il pas aussi celui qui a écrit une œuvre intitulée Tristesse de la Séparation ?

Ainsi, ce film dont le titre italien est Io Sono Li, qui peut être traduit par Je suis Li mais aussi par Je suis là-bas, aborde avec délicatesse les thèmes de l'identité et du déracinement. A mi-chemin du néo-réalisme italien et du conte métaphorique, servi par un piano qui mimerait le clapotis doux d'une lagune grise et mélancolique (musique de François Couturier), ce film au lyrisme retenu témoigne d'une belle préoccupation humaniste. Sa photographie qui exalte les lumières changeantes de la lagune, ses dialogues qui ne craignent pas les silences, ses comédiens toujours justes et émouvants, en font un film à voir absolument.

 LA PETITE VENISE (3)

 

 

Sources :

Allo-Ciné

Wikipédia pour Qu Yuan

 

 

 

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13 juillet 2012 5 13 /07 /juillet /2012 16:41

 

 patricia-petibon-malin-bystrom-et-kate-lindsey-photo-pascal

Les Noces de Figaro ( Acte II) avec  Suzanne( Patricia Petitbon), La Comtesse (Malin Byström), Chérubin, (Kate Lindsey)

(Photo Pascal Gely/ CDDS Enguerrand)

 

Hier, jeudi 12 juillet 2012, ARTE retransmettait en direct du Théâtre de l'Evêché d'Aix-en-Provence, en simultané avec Radio-Classique, l'opéra-bouffe de Mozart en quatre actes, Les Noces de Figaro. Inspirée par Le Mariage de Figaro ou la folle journée de Beaumarchais, cette œuvre dont le livret est en italien, résulte de la première coopération de Mozart avec Lorenzo da Ponte. Elle fut créée le 1er mai 1787 au Burgtheater de Vienne.

Entre comédie et mélancolie, cet opéra est le triomphe du « dramma giocoso » et il est ici interprété par une troupe pleine de jeunesse et de dynamisme. Au cours de l'entracte, le metteur en scène Richard Brunel a d'ailleurs insisté sur cet esprit d'équipe. Le chef d'orchestre mozartien, Jérémie Rohrer (37 ans), a ainsi préféré diriger son propre Cercle de L'Harmonie qui joue sur des instruments anciens. Il a de même souhaité travailler avec les chœurs des Arts Florissants anciens qu'il connaît bien puisqu'il fut l'assistant de William Christie.

Selon Richard Brunel, la Justice étant un des thèmes-clés de cet opéra, il a transformé le château d'Aguas-Frescas originel en cabinets d'hommes de loi, de gens de justice et d'avocats, dont le Comte est le patron. On est certes au début un peu surpris de voir les personnages évoluer au milieu des dossiers et des photocopieuses et je ne suis pas certaine que cela ajoute grand-chose à la compréhension de l'œuvre.


Figaro et suzanne

Suzanne (Patricia Petitbon) et Figaro (Kyle Ketersen)

(Photo Pascal Gely/ CDDS Enguerrand)

 

Heureusement, un casting équilibré et bien choisi vient faire oublier ce choix surprenant. Suzanne (Patricia Petitbon, soprano colorature), à l'éclatante chevelure rouge, y mène la danse de la « folle journée », celle de son mariage, secondée par un Figaro (Kyle Ketersen, baryton-basse) à la palette de jeu très étendu. Tous deux forment un couple mozartien particulièrement bien assorti. Malin Byström (soprano aux belles inflexions) interprète avec distinction une Comtesse Almaviva enceinte, qui voit son mariage se déliter à cause des infidélités du Comte. Le Comte (Paulo Szot, baryton) convient bien au rôle mais il m'est apparu un peu éclipsé par les autres chanteurs. Dans le rôle de Chérubin, l'adolescent en proie à une libido enthousiaste, Kate Lindsey (mezzo-soprano) interprète avec délicatesse et subtilité un personnage difficile. Le reste de la distribution ne démérite nullement, avec peut-être une mention spéciale à Barberine (Mari Eriksmoen, soprano) dont j'ai bien aimé le solo au début du dernier acte.

La mise en scène fluide est servie par un dispositif scénique mobile circulaire, classique certes, mais qui permet de résoudre les problèmes spatiaux d'un opéra où l'on se cache beaucoup. On découvre ainsi ce qui se passe derrière les portes et la perspective s'en trouve approfondie jusqu'à l'acte final, celui des lieux éclatés et de la perte totale des repères.


Les noces de figaro

Le décor circulaire des Noces de Figaro, dans la mise en scène de Richard Brunel

(Photo Pascal Gely/ CDDS Enguerrand)

 

Dans ce décor, tout en camaïeux gris et blancs, Richard Brunel a particulièrement bien rendu l'opposition entre un univers masculin autoritaire et un espace intime de la féminité et de la délicatesse. Dans l'acte II, qui se situe dans le lieu protégé des appartements de la Comtesse, l'élégance mélancolique de celle-ci, la fantaisie et la perspicacité de Suzanne, l'androgynie de Chérubin font merveille. Dans ces scènes célèbres, la Comtesse, délaissée par son époux, se laisse languissamment conter fleurette par son page (devenu ici jeune stagiaire dans le cabinet d'avocats!), Suzanne fait flotter avec grâce le long tulle de son voile de mariée et Chérubin joue avec subtilité de son ambiguïté sexuelle, sans que l'on tombe jamais dans le vulgaire ou le graveleux.

La féminité y apparaît exacerbée chez les trois personnages, dont la psychologie est juste et finement étudiée. A cet égard, on se demande si la nouveauté de cet opéra ne tient pas à la place de choix que Mozart accorde à la femme et à ses aspirations légitimes. Ce qui fait dire à Patricia Petitbon que Mozart est « le premier compositeur féministe de l'histoire de la musique ». Selon elle, « il aime vraiment la Femme avec une majuscule. Quelle que soit sa condition sociale […], la femme, grâce à la musique, est reine avant tout. »

Par ailleurs, la remise en cause du droit de cuissage par la Comtesse et par Suzanne ne prend-elle pas une résonance particulière en ces temps où on cherche à légiférer sur le harcèlement sexuel ? De plus (c'est Richard Brunel qui le souligne), le fait que Malin Byström, qui joue la Comtesse, soit réellement enceinte invite à réfléchir sur les conséquences de la venue d'un enfant dans un couple. Quant à Marceline, séduite et abandonnée, qui s'avère être la mère de Figaro, elle réclame à bon droit que Bartolo son séducteur l'épouse. Enfin, on appréciera que ce soit une femme, la camériste Suzanne, qui demeure maîtresse de cette danse de séduction, au cœur de l'œuvre. Ne garde-t-elle pas toujours son libre-arbitre, sa faculté de choix, par la grâce de son intelligence et de son habileté ?

Et les hommes dans tout cela, me direz-vous ? Certes, Figaro tire son épingle du jeu, quoique l'épingle sur le billet doux l'induise en erreur quant à la fidélité de la fine mouche qu'est Suzanne. Kyle Ketersen, à la voix riche et bien timbrée, perd peu à peu de sa superbe, pour enfin souffrir la male mort de la jalousie dans l'acte IV. Quant au Comte, aristocrate imbu de ses prérogatives, il propose une vision traditionnelle et autoritaire du mari lorsque, de retour d'une partie de chasse, il pénètre chez la Comtesse armé d'un fusil et accompagné d'un beau braque gris, devenu ainsi le onzième personnage de l'opéra.


Le comte et la comtesse

Le Comte Almaviva (Paulo Szot) et la Comtesse (Malin Byström)

Photo Pascal Gely/ CDDS Enguerrand


Pour conclure, j'aimerais de nouveau céder la parole à Patricia Petitbon, dont le commentaire me semble résumer fort judicieusement la perspective de cette belle mise en scène, pleine de dynamisme et de fougue : « Le cynisme et la misogynie, Mozart les laisse aux paroles de son librettiste ; mais lui projette ses notes au-delà des mots, en direction de contrées spirituelles plus élevées et plus subtiles. »

 

 

 

 

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12 juillet 2012 4 12 /07 /juillet /2012 17:40

 

Juillet-2012-373.JPG 

Faiseur de bulles à Beaubourg

(Photo ex-libris.over-blog.com, jeudi 05 juillet 2012)

 

Derrière la vitre

A Beaubourg

Les passants passent et repassent

Indifférents

 

Lui brun sérieux concentré

Dans un vieux survêtement

Poisson urbain

Il fait des bulles

Du rien du vide de la couleur

 

Elle petite fée blonde

Son chandail noué autour de la taille

Elle sourit

Un presque rien

Arc-en-ciel de la vie

 

A une terrasse de Beaubourg,

jeudi 05 juillet 2012, vers 13h 30

 

 


 

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12 juillet 2012 4 12 /07 /juillet /2012 16:58

 Juillet-2012-692.JPG

      Le Jour et la Nuit ou Adolescence (1900-1903), Antoine Bourdelle,

Buste inspiré par le marquis Henri de Bideran

(Photo ex-libris.over-blog.com, samedi 07 juillet 2012)

 

 

Henri

A la face rêveuse

A la beauté radieuse

Tendues vers l'avenir

Sens-tu sur ton épaule

Cette main vieillissante

Cette bouche édentée

Qui souffle dans ton cou


Henri

Adolescent marmoréen

Au spleen saturnien

Pressentirais-tu donc

Qu'un jour

Le Jour sera la Nuit

 

Samedi 07 juillet 2012, au matin,

au musée Bourdelle à Paris

 

 

 

 

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11 juillet 2012 3 11 /07 /juillet /2012 07:10

 

Juillet 2012 406

Sous la statue équestre de Charlemagne et ses leudes de Louis Rochet

(Photo ex-libris.over-blog.com, jeudi 05 juillet 2012)

 

Sous le bronze verdi de Charlemagne

Le sceptre brandi avec ses deux preux

Un fier vieillard blanc que son âge éloigne

Songe indifférent aux pigeons nerveux

 

Assis solitaire et sans feudataires

 

Jeudi 05 juillet 2012, vers 16h,

sur le parvis Jean-Paul II à Paris

 

Juillet 2012 404

Statue équestre de Charlemagne et ses leudes (Roland et Olivier) de Louis Rochet

(Photo ex-libris.over-blog.com, jeudi 05 juillet 2012)

 

 

 

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7 juillet 2012 6 07 /07 /juillet /2012 08:30

26725_Melancholy_f.jpg

Mélancolie, Charpentier

 

Elle


L'amie innée

La lente liane

A l'élan las


La mal-aimée

L'ancolie calme

Ame en allée


Mêli-mêlo


Lan

Co

Lie

 

Pour Papier Libre de Juliette,

Le mot préféré

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28 juin 2012 4 28 /06 /juin /2012 07:00

 

Cordoue avril 2012 242

    Jardins de la Casa de Pilatos,Séville, jeudi 19 avril 2012  

(Photo ex-libris.over-blog.com)

 

 

Je n'aime pas dormir quand ta figure habite,

La nuit, contre mon cou ;

Car je pense à la mort laquelle vient trop vite,

Nous endormir beaucoup.

 

Je mourrai, tu vivras et c'est ce qui m'éveille !

Est-il une autre peur ?

Un jour ne plus entendre auprès de mon oreille

Ton haleine et ton coeur.

 

Quoi, ce timide oiseau replié par le songe

Déserterait son nid !

Son nid d'où notre corps à deux têtes s'allonge

Par quatre pieds fini.

 

Puisse durer toujours une si grande joie

Qui cesse le matin,

Et dont l'ange chargé de construire ma voie

Allège mon destin.

 

Léger, je suis léger sous cette tête lourde

Qui semble de mon bloc,

Et reste en mon abri, muette, aveugle, sourde,

Malgré le chant du coq.

 

Cette tête coupée, allée en d'autres mondes,

Où règne une autre loi,

Plongeant dans le soleil des racines profondes,

Loin de moi, près de moi.

 

Ah ! Je voudrais, gardant ton profil sur ma gorge,

Par ta bouche qui dort

Entendre de tes seins la délicate forge

Souffler jusqu'à ma mort.

 

Extraits de Plain-Chant, 1923,

Jean Cocteau

 

J'aime beaucoup ce long poème de Cocteau, que mon père avait recopié de sa petite écriture ronde, régulière et fine et qu'il gardait dans son portefeuille. On sait que le Prince des Poètes l'écrivit sous l'influence de Raymond Radiguet, qui devait mourir le 12 décembre 1923

Ces quatrains, qui alternent alexandrins et hexamètres, marquent un tournant esthétique dans l'oeuvre du poète. Délaissant la virtuosité dont il était coutumier, Cocteau revient ici à une régularité métrique sobre, particulièrement émouvante.

Reprenant l'image classique du sommeil assimilé à la mort, il en renouvelle le thème par le biais d'un dialogue inquiet avec l'être aimé. On notera la fonction expressive des vers, qui use du point d'exclamation et du point d'interrogation. Présente aussi une certaine forme de familiarité avec l'adverbe interrogatif "Quoi" ou l'exclamation "Ah !".  

En dépit de l'étreinte amoureuse qui fait reposer les corps côte à côte, possède-t-on jamais vraiment celui qu'on aime ? C'est cette question sans réponse qui fait la beauté angoissée de ce poème.

 

 

 

Blog en sommeil

 

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26 juin 2012 2 26 /06 /juin /2012 13:53

  Chirico

 Mystère et mélancolie d'une rue, Giorgio de Chirico, 1914

 

Rembarquement dans ma mémoire

De ma plage du Nord native

Sous le sable et le vent barbare

Petite enfant à la dérive

 

Dans la classe aux fenêtres closes

Sur les cahiers à l'encre bleue

Stagne sans fin le temps morose

Quand on attend d'être amoureux

 

Dans les pages de l'étudiant

Guillaume à la tête étoilée

A mon oreille va pleurant

Les errances du Mal-Aimé

 

Je chante les revenez-y

Qui ne reviendront plus jamais

Voyageurs en poésie

 

Pour Le Défi de la Semaine n° 84,

Thème proposé par ABC : faire le tour de soi-même en 80 mots  

 

 

 

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21 juin 2012 4 21 /06 /juin /2012 22:37

 

 anna-en-jaune-la_co.jpg

Anna de Noailles, 1913

 

 

C’est l’été, je meurs, c’est l’été…

Un désir indéfinissable

Est sur l’univers arrêté.

Ah ! dans les plis légers du sable

Le tendre groupe projeté

D’un rosier blanc et d’un érable !

Le cœur languit de volupté ;

On croit qu’on sourit, mais on pleure.

Le désir est illimité…

- O belle heure de l’été, belle heure

Brisée en deux par les parfums,

Plaintive, ardente, et qui demeures

Un arceau de miel rose et brun,

Que dois-je faire de l’ivresse

Qui m’exalte au-delà de moi ?

O belle fleur qui nous caresses

Par les fleurs du plus chaud des mois,

Entraîne mon corps qui défaille

Vers quelque douce véranda

Que protège un store de paille,

Vert comme un nouveau réséda ;

Que là je trouve un enfant tendre,

Un ami triste comme moi,

Auprès de qui j’irai m’étendre

Et jeter mon divin émoi ;

Et les bras mêlés sur la table

Où luira le traînant soleil,

Dans un sanglot inexplicable

Nous aurons un plaisir pareil…

 

"Vie-Joie-Lumière" in Les Eblouissements

 

En ce jeudi 21 juin 2012, premier jour de l’été, où  la chaleur fut accablante, mêlée d’une humidité séchée par le grand vent, j’ai souhaité faire entendre la voix d’Anna de Noailles, celle qui voulait « pour amant le tendre été ».

Dans cette suite de vingt-neuf octosyllabes en vers croisés, elle exprime un sentiment d’exacerbation douloureuse, créée par  un désir diffus et innommé. S’y opposent les champs lexicaux du plaisir («  désir » (vers 2 et 9), « volupté »,  « ardente », « l’ivresse », « m’exalte », « caresses », « défaille », « émoi », « plaisir ») et de la souffrance (« je meurs », « on pleure », « brisée », « plaintive », "triste » "sanglot »).

J’aime chez elle cette manière qu’elle a de s’adresser à la nature avec spontanéité et simplicité, pour dire un sentiment complexe, qui serait un spleen ensoleillé. On notera l’apostrophe, « O belle heure de l’été », reprise dans une anaphore qui insiste sur ce moment de beauté privilégié (vers 10), que vient conforter la variation phonique : « O belle fleur ».

Tout son être est ici sollicité : le cœur bien sûr (vers 7) mais aussi est surtout le corps. Les parfums deviennent couleurs ( "un rosier blanc", « un arceau de miel rose et brun »), les images l’entraînent dans une ex-tase intense qui la projette hors d’elle-même( « projeté », « au-delà de moi ») et qu’elle souhaite partager.

Dans ce moment unique, comme pétrifié (« arrêté », « demeures »), dans le temps d’un été à son plein, la poétesse ardente et passionnée aspire à la rencontre avec « un enfant tendre », « un ami triste », (deux caractéristiques soulignées par l’allitération en [t]), qui la comprendrait. A l’abri d’un store couleur de réséda, sous un soleil atténué (« traînant »), la tendresse (vers 5 et 22) et la douceur (vers 19) s’exprimeraient dans une communion sensuelle qui ferait s’unir leurs bras et pleurer sans raison leur âme.

Dans ce poème tout plein de vibrations indéfinies, d’une acuité inquiète, au cœur même de l’éblouissant été, on perçoit cette angoisse qui hante Anna de Noailles. C'est elle qui donne à toute son œuvre ce frémissement lyrique inimitable, venu peut-être de ses origines orientales.

 


 

 

 

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19 juin 2012 2 19 /06 /juin /2012 22:31


 garcin.jpg

Jérôme Garcin  au milieu des chevaux

(Photo Vincent Josse, 2011, Radio-France)

 

Vendredi 15 juin 2012, au Jardin des Plantes de Saumur, l’écrivain et journaliste Jérôme Garcin était l’hôte de La Maison des Littératures, qu’anime la poétesse Albane Gellé. Depuis 2008, il est en effet le parrain de cette association qui promeut romanciers et poètes.

Dans la présentation de son invité, Albane Gellé a rappelé le parcours d’un écrivain aux multiples facettes qui, depuis son premier récit autobiographique, La Chute de cheval (1998), ne cesse de « creuser l’intime ». Selon elle, il serait vain de vouloir classifier une œuvre dans laquelle le roman se fait document, l’essai, roman ou l’entretien, récit. Ce que cherche surtout Jérôme Garcin, l’écrivain cavalier, c’est à « se rassembler » comme on le fait à cheval. Il s’agit pour lui de « tirer un fil », de redonner vie à des oubliés, en écrivant des livres qui sont à la fois hommage et remerciement.

Mais dans cette vie très remplie, qui se partage entre journalisme et écriture, comment Jérôme Garcin concilie-t-il le temps éphémère de l’actualité et un temps plus durable dont il faudrait retrouver la qualité ?

En remerciant Albane Gellé de sa présentation exhaustive, l’auteur d’Olivier a reconnu assumer sa schizophrénie.  Il est bien conscient du paradoxe qu’il y a à courir sans cesse après l’actualité pendant quatre jours et demi, pour ensuite disparaître pendant deux jours et demi en Normandie, pour passer d’une vie horizontale à une vie verticale, celle du cavalier qu’il est. Mais pour lui, monter et écrire sont deux activités inséparables, indissociables depuis l’écriture de La Chute de cheval. Il en est convaincu, sans les chevaux, il n’aurait jamais écrit. S’il existe une impudeur à parler de soi, c’est bien le cheval qui l’a pourtant autorisé à le faire. Et il évoque cette première fois où, après avoir fait une balade à cheval, il se mit à recopier ce qu’il avait écrit dans sa tête pendant sa promenade. Ainsi la selle est devenue son divan  et « c’est fou ce qu’on peut se raconter sur le dos d’un cheval » !

S’il s’autorise ainsi à se confier au cheval, c’est parce que le cheval est l’animal qui l’a privé de son père de quarante-cinq ans alors que lui en avait dix-sept. Et pourtant, longtemps, il a considéré le cheval comme un voleur et s’en est tenu farouchement éloigné. Il affirme à présent que monter et écrire sont deux choses très proches. Quand on a trouvé la phrase juste, on ne voit plus le travail qu’elle a demandé et c’est la même chose en équitation. Jérôme Garcin avoue d’ailleurs qu’il a presque failli « basculer » et tout abandonner pour les chevaux. Dorénavant, il est cependant parvenu à trouver un équilibre précaire dans ses multiples activités.

Ne doit-il pas en effet lutter contre la folie de cette accélération du temps journalistique qui oblige à tout vivre en temps réel et à pratiquer au Masque et la Plume le contraire de ce pourquoi lui-même écrit ? Il sait que le public de ces « jeux du cirque » n’attend qu’une chose : que les critiques s’y transforment en « monstres carnivores », et disent le plus de mal possible des œuvres. Si c’est amusant à faire, c’est cruel. Auteur lui-même, il  vit mal cette situation. Pourtant il reconnaît que ce jeu permanent, cette comédie, a l’Histoire pour elle. En dépit de tout, on le sent en effet fier et heureux de travailler depuis vingt-cinq ans pour cette émission créée en 1955, qui possède le plus grand studio de France-Inter et qui est la plus vieille émission en Europe.

Puis Jérôme Garcin évoquera avec la pudeur qui le caractérise la publication tardive de son dernier récit autobiographique, Olivier (2011), qui remémore la mort de son frère jumeau à l’âge de six ans. En écrivant, sans plaisir, précise-t-il, cette œuvre douloureuse, il a tenté de répondre à des questions qu’il ne s’était jamais posé. Quand on perd son frère jumeau, devient-on un jumeau amputé ?  Quelle est la part de culpabilité ? Il a compris soudain que sa passion pour le cheval lui rendait les quatre jambes de la gémellité perdue. Et s’il est aussi boulimique d’activités, n’est-ce point parce qu’il travaille désormais pour deux ? Une façon toute personnelle de trouver un équilibre à sa vie.

Olivier paraîtra en Folio en septembre 2012 et l’auteur a accepté de faire figurer une photo de son frère disparu sur la première de couverture. Jérôme Garcin lit alors la très belle postface qu’il a rédigée pour cette nouvelle parution. La mort de son frère, de celui qui était « [s]on secret », explique son « goût fétichiste pour les années soixante », sa peur qu’on lui manque. Il y revendique d’être jugé sur « ce qu’on fait et non sur ce qu’on est ». S’il a écrit ce livre sur Olivier « [sa]force et [sa] faiblesse », c’est par crainte qu’on ne l’oublie l’âge venant. Dans ce « mélange de douleur et de bonheur », il éprouve le « devoir de désigner l’invisible ». L’écriture des deux prénoms, Olivier et Jérôme, a restitué intact le couple qu’il formait avec son frère. Et « l’attendrissant sourire » de leur mère lui a parlé de son frère. Quant au rosier de juillet 1962, planté sur la tombe de son jumeau, il s’étonne de sa stupéfiante vitalité.

Jérôme Garcin aura vécu six ans avec son frère et plus d’un demi-siècle sans lui. Ils auront aussi vécu neuf mois ensemble, de cette vie intra-utérine dont parle la psycho-thérapeuthe allemande, Bettina Austermann. C’est elle qui a fait part de cette découverte étonnante de l’observation d’un fœtus de jumeau mettant le bras autour de son frère, alors que le cœur de celui-ci est en train de cesser de battre.

Sur le bureau de l’écrivain, deux photos : celle de son père à cheval, une autre de son frère prise devant Notre-Dame. Depuis, lui dit-il, « tu ne m’a jamais quitté ».

A Albane Gellé qui lui demande quels sont ses « prochains galops arrière » en écriture, Jérôme Garcin répond qu’après Olivier, il a du mal à reprendre quelque chose. Quand on a écrit « ça », y-a-t-il autre chose à dire ? Pourtant il a repris son bâton de pèlerin littéraire avec un nouveau roman, celui qu’il est en train d’écrire sur Jean de la Ville de Mirmont, jeune Bordelais ami de Mauriac, mort au Chemin des Dames. Il s’emploie ainsi à le réinventer.

C’est déjà ce qu’il avait fait lorsqu’il avait écrit sur Héraut de Séchelles, dans C’était tous les jours tempête. Il avait beaucoup aimé écrire sur cet avocat et ami de Louis XVI, cas exemplaire de palinodie politique qui, à la Révolution, avait participé au Comité de Salut public et était lui-même mort guillotiné. Au bourreau, qui avait voulu le séparer de Danton au moment ultime, il avait lancé : « Bourreau, tu n’empêcheras pas nos têtes de s’embrasser dans le même panier ! » Il avait réinventé à sa manière la brève vie de ce cynique et il se demande encore comment il a pu se mettre « dans la peau d’un type pareil » !

Puis Jérôme Garcin a récidivé ce genre d’entreprise avec Etienne Beudant (1886-1949), le grand théoricien de l’art équestre, personnage bouleversant et d’un caractère très au-dessus de la moyenne. Dans L’écuyer mirobolant, Il a conservé son parcours, de Saumur au Maroc en passant par l’Algérie, et son retour brisé à Dax, le corps en charpie. Les deux versants d’un vie, dont la seconde moitié de son existence sur une chaise roulante.

Jérôme Garcin évoque ici le texte magnifique de Beudant, arrêtant de monter et confiant sa jument Vallerine dont il se sépare pour jamais. Véritable vademecum qui précise comment il faut s’en occuper, comme si elle était un être humain. On sait que cette jument, mise dans un pré près de la Loire pendant l’exode de 1940, disparut sans laisser de traces. Le privilège du romancier est de lui prêter une seconde existence en lui faisant rencontrer un jeune cavalier du nom de Philippe.

L’écrivain explique comment il a réinventé ce personnage (qui avait assisté à un spectacle de Buffalo Bill), en imaginant pour lui une rencontre avec Calamity Jane. Il a aussi imaginé une amitié (hautement improbable dans la réalité) avec le maréchal Lyautey.

Jérôme Garcin lit alors le chapitre 14 de son roman L’écuyer mirobolant (Dax, 12 janvier 1949) qui raconte la mort d’Etienne Beudant. Admirable passage dans lequel le superbe cavalier d’autrefois « psalmodie » les vers du Madrid de Musset et évoque son passé devant son vieux palefrenier René. Par un matin de janvier, le serviteur fidèle retrouvera son maître mort dans son fauteuil roulant, « dans une position qu’il ne lui avait jamais vue, un peu faraude, ridicule, impudique, inhumaine », une badine dans la main droite, une rêne de bride dans la gauche, deux éperons portugais accrochés à ses « charentaises informes ». « Il venait de faire sa dernière reprise. Une de ses plus belles reprises, docteur… », dit René au médecin qu’il appelle pour venir constater le décès.

Quelqu’un demande ensuite à Jérôme Garcin pourquoi il écrit. Il répond que, pour lui, l’idée de transmission est capitale. Il a toujours écrit avec l’idée de transmettre (Théâtre intime, 2003, par exemple). Dans cette démarche personnelle et égoïste, dit-il, il a voulu raconter  à ses trois enfants qui est leur mère, Anne-Marie Philipe, la fille de Gérard et Anne Philipe. Leur dire les combats qu’elle a menés pour monter à son tour sur scène, leur révéler ce que certains ont besoin de savoir pour continuer à vivre.

Il y a sans doute aussi dans la démarche d’écrire le souci de se décharger un peu, de faire le clair avec soi-même. On croit qu’on peut vivre sans exprimer ce que l’on a en soi et Jérôme Garcin, après notamment la mort de son père, avoue avoir été psycho-rigide et avoir longtemps intériorisé ses sentiments. Dans le silence, il dit avoir toujours envié « le culot des comédiens qui se racontent ». Il s’étonne d’ailleurs d’avoir attendu si tard pour raconter oralement la scène de l’accident de son jumeau. N’est-ce pas en effet plus confortable de ne pas se poser de questions ?

Jérôme Garcin a bien conscience qu’il écrit surtout sur des « vies arrêtées ». Son premier livre en 1994, Pour Jean Prévost, évoquait Jean Prévost, cet écrivain de l’entre-deux guerres, fou de Stendhal. Parti en 1942 pour le Vercors, devenu le capitaine Goderville dans la Résistance, il continua à écrire. Mitraillé par les Allemands lors de la chute du maquis en 1944, il écrivait encore sur Baudelaire.

L’admirateur de Jean Prévost considère que « beaucoup de destins pleins sont brefs », une équation certes puérile qui ne vaut que pour lui mais qui est en parfaite adéquation avec le destin fracassé de Gérard Philipe. Et après la mortelle chute de cheval de son père, Jérôme Garcin avait retrouvé les derniers mots d’une étude qu’il rédigeait sur Charles Péguy. Ils évoquaient ce « Charles Péguy qui rêvait d’une mort bien fauchée ».

Pour l’écrivain, « tout tourne autour de ce sentiment de précarité ». Et il a bien conscience qu’en le reportant sur les siens, il génère ainsi un état d’angoisse illégitime, pas toujours très sain. Et lorsque son fils a eu six ans, il s’est étonné de ce miracle. Son père étant mort à quarante-cinq ans, lorsqu’il a eu le même âge, un jour, à cheval, il a éprouvé trois minutes d’effroi intense. « Je devenais le père de mon père », dit-il.

A une auditrice qui lui demande si ce sentiment proche de la pathologie n’est pas trop lourd à porter, l’écrivain reconnaît que son épouse Anne-Marie Philipe a « le pouvoir inouï d’avancer sans regarder en arrière ». Cavalière elle aussi, elle va de l’avant et lui a rendu une légèreté à laquelle il n’était pas disposé, lui dont « le passé colle aux bottes ».

Puis quelqu’un lui demande encore si passer du silence absolu à la publication n’est pas passer d’un extrême à l’autre. Il répond qu’en écrivant Olivier, il a toujours eu la conviction qu’il irait jusqu’au bout. Il s’est bien sûr demandé si publier ce récit n’était pas une manière d’abîmer le souvenir de son jumeau,  si cela ne représentait pas une forme de vulgarité ou d’outrecuidance. Mais il a en fait compris que, dans une famille où l’on considère qu’on ne se raconte pas, cela faisait partie de son auto-thérapie, et que c’était un processus dont il avait besoin.

A cette occasion, il a reçu de nombreux témoignages de lecteurs et son frère Olivier est ainsi devenu « le petit ami de gens qu’ [il ne conna[ît] pas ». Il s’agit là d’un processus de mort et de résurrection qui préserve le bonheur des vivants tout en percevant la présence des morts.

Une auditrice rapproche ensuite son récit de celui d’Annie Ernaux, L’autre fille. Jérôme Garcin reconnaît une forme de parenté entre les deux ouvrages, tout en faisant remarquer qu’Annie Ernaux n’a jamais connu sa sœur disparue alors que lui a vécu six ans avec son frère. Il affirme que, dans les deux cas, l’écriture est cicatrisation de la douleur et qu’elle est toujours une forme de réparation.

Enfin on évoque Boris Cyrulnik et le processus de résilience. Jérôme Garcin cite la belle phrase de Hölderlin : « L’art et la philosophie, c’est l’hôpital des âmes blessées. » Il précise par ailleurs que les livres dont il parle dans son récit, Olivier, font partie de sa vie et qu’il les a lus alors qu’il avait dix-sept, dix-huit ans. Il n’a pas lu de livres spécialement pour l’écrire. Ce n’est qu’après notamment qu’il a lu Le Syndrome du Jumeau perdu d’Alfred R. et Bettina Austermann.

Pour terminer la soirée, il souhaite que quelqu’un lui pose une dernière question, mais plus gaie. On lui demande de parler de ses liens avec la chanteuse Barbara (Barbara, Claire de nuit, 1999). Il raconte alors les circonstances de leur rencontre, lors d’une de ses dernières tournées en 1990, au festival de Ramatuelle. Elle était en répétition par 35° au milieu du chant des cigales, tandis que Jérôme Garcin se trouvait dans la coulisse avec son jeune fils Gabriel. Celui-ci lui a échappé et, se plantant devant le micro, a demandé à la chanteuse pourquoi elle était toujours en noir. Après lui avoir dit : « Tu me vois, habillée en rose ? », elle a confié le petit garçon  à son chauffeur en le chargeant de lui acheter un cadeau. De retour de Saint-Tropez avec un polaroïd, il a photographié Barbara, elle qui détestait cela. Le soir, elle a dédié son récital au petit garçon rencontré l’après-midi. C’est de là qu’est née une amitié triangulaire entre Barbara, Gabriel et Jérôme Garcin. La chanteuse, qui n’avait jamais eu d’enfant, a ainsi noué une amitié merveilleuse avec ce petit garçon avec qui elle mangeait des pots de bébé dans sa loge après le spectacle. « Elle avait adopté le père en même temps », ajoute avec humour Jérôme Garcin, à qui elle téléphonait presque quotidiennement. L’écrivain garde un souvenir impérissable de cette femme, souvent portraiturée en veuve, qui était en fait très drôle : « On riait beaucoup » avec elle. Et il se rappelle comme elle était « sublimement bouleversante » quand elle chantait, même quand sa voix commença à la quitter.

C’est sur cette évocation de la « grande dame brune » que s’est terminé cet entretien avec Jérôme Garcin, l’écrivain cavalier, qui a ensuite dédicacé ses livres, en dégustant une coupe de Méthode champenoise.

 

 

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Published by Catheau - dans Rencontres
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