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2 août 2012 4 02 /08 /août /2012 20:24

 solitude-Fussli.jpg

      Solitude à l'aube, Johann Heinrich Fuseli (Füssli), 1794-1796

 

 

Dans les hautes latitudes

De ma solitude

Entendre

Battre mon coeur tendre

Ouïr

Ma plume gratter les souvenirs

Ecouter 

La vie s'écouler

 

Textoésie du jeudi 02 août 2012 à 07h 34,

En réponse au textoésie de Suzâme, reçu le mercredi 1er août 2012, à 17h 38 link

 

 


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1 août 2012 3 01 /08 /août /2012 14:42

 

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       La mort de Treplev avec Arkadina (Dominique Reymond) et Treplev (Xavier Gallais)

(Photo afp.com/ Boris Horvat)

 

 

Mardi 24 juillet 2012, France 2 retransmettait La Mouette d’Anton Tchekhov, en léger différé de la cour d’honneur du Palais des Papes à Avignon. J’attendais avec grande impatience cette retransmission et ma déception devant la mise en scène d’Arthur Nauzyciel n’a eu d’égale que mon attente.

Sur le grand plateau vilarien, devant le haut mur du palais, trois praticables de métal aux formes  incurvées constituent une sorte de décor d’après l’Apocalyse pour les quatre actes qui « se passe[nt] dans la propriété de Piotr Gavrilovitch Sorine » (Emmanuel Salinger). Déambulant sur un sol de gravier noir, eux-mêmes vêtus de sombre, les comédiens sont les interprètes de « cette tristesse polyphonique », de cette mélancolie native  qui est la marque de la pièce. Elle débute ici par la fin, le suicide de Treplev.

On connaît l’intrigue de cette « comédie », représentée à Moscou en 1896, et qui fut le premier succès théâtral de l’auteur. Fils d’une comédienne célèbre, Irina Nikolaevna Arkadina, Mme Trepleva de son vrai nom (Dominique Reymond), Constantin Gavrilovitch Treplev (Xavier Gallais), qui aime sa voisine Nina Zaretchnaïa (Marie-Sophie Ferdane), fille d’un propriétaire terrien, veut devenir un écrivain renommé. Nina, qui ambitionne d’être actrice, est invitée à jouer une de ses œuvres. Arkadina trouble la représentation par ses remarques désobligeantes : « C’est une affaire décadente », déclare-t-elle. Alors que  Constantin est réduit au mutisme, Nina se rapproche de Boris Alexéevitch Trigorine (Laurent Poitrenaux), un écrivain en vogue, amant d’Arkadina.

Un jour, Treplev tue une mouette qu’il apporte à Nina : « J’ai eu aujourd’hui la bassesse de tuer cette mouette. Je la dépose à vos pieds. » Et il ajoute : « C’est comme cela que je vais bientôt me tuer moi-même. » A la vue de l’oiseau mort, Trigorine aura l’idée d’un sujet « pour une petite nouvelle »  qu’il communique à Nina : « Une jeune fille vit depuis son enfance au bord d’un lac, une jeune fille comme vous ; elle aime le lac comme une mouette, elle est heureuse et libre comme une mouette. Mais un homme passe par là et, par hasard, par désœuvrement, lui prend la vie, comme si elle était une mouette. »

Nina suit Trigorine à Moscou mais il l’abandonne et ses rêves de devenir actrice ne se réalisent pas. Le dernier acte se passe deux ans après, toujours à l’intérieur de la maison de Sorine. Arkadina et Trigorine se sont retrouvés. Nina, sourde aux prières de Treplev, lui raconte son amour malheureux pour l’homme de lettres puis s’enfuit. Tandis que le gérant sort d’une armoire le corps naturalisé de la mouette, on entend un coup de feu : Treplev s’est donné la mort.

Certes, le dramaturge russe avait souligné le sens de sa pièce à de nombreuses reprises, notamment avec Nina disant : « Je suis une mouette. Non, ce n’est pas ça. Je suis une actrice ». Mais pourquoi affubler les acteurs de ce masque de mouette qui vient encore insister sur une symbolique déjà très explicite ?

Dans cette même perspective, si la musique jouée par Ruth Rosenthal, Xavier Klaine de Winter Family et du chanteur folk anglais Matt Elliot, installés à cour dans une fenêtre éclairée de la muraille, est belle et lancinante, elle appesantit pourtant encore une atmosphère obscure.

Certes, l’inquiétude et l’incapacité à réaliser leurs rêves caractérisent nombre des personnages de la pièce mais ici, « noir c’est noir », au propre et au figuré. Les pieds dans un charbon de terril, tous les comédiens sont comme Macha, la fille du régisseur de Sorine, « toujours en noir », car ainsi qu'elle l'explique à Medvenko l’instituteur, elle est « en deuil de [s]a vie ». Treplev porte étrangement la bosse de Richard III et Nina ressemble à une sombre araignée noire.

Certes, tout metteur en scène se doit de proposer une interprétation et Nauzyciel a ici choisi, par la voix de Treplev, de mettre l’accent sur les difficultés de l’art dans le monde contemporain, ce qui était une des intentions de Tchekhov lui-même. Associant réalisme et symbolisme, on sait que cette pièce rénova le théâtre russe. « Je l’écris non sans plaisir, disait Tchekhov, même si je vais à l’encontre de toutes les lois de la scène. » Elle sera d’ailleurs à l’origine de sa collaboration créative avec Stanislavski et Nemirovitch-Dantchenko, la mouette devenant même l’emblème du Théâtre d’Art. Mais pourquoi, rejetant le réalisme, pousser l’épure jusqu’à l’outrance et imposer aux comédiens une diction artificielle et sans âme ? Celle-ci est lente, appuyée, grandiloquente et Marie-Sophie Ferdane, dont l’élocution l’apparente  à Fanny Ardant, ne m’a guère émue.

Tchékhov, ce médecin des âmes, affirmait: « Il faut écrire une pièce où les gens vont, viennent, dînent, parlent de la pluie et du beau temps, jouent au whist, non de par la volonté de l’auteur, mais parce que c’est comme ça que ça se passe dans la vie réelle. […] Il faut laisser la vie telle qu’elle est, et les gens tels qu’ils sont, vrais et non boursouflés. » Je crois que c’est cela que je n’ai pas aimé dans cette représentation, l’emphase et la boursouflure, qui ont enlevé toute crédibilité aux personnages et fait naître en un moi l’ennui.

Je ferai cependant une exception pour Arkadina, interprétée par la grande comédienne Dominique Reymond. Il m’a semblé qu’elle seule parvenait à donner vie à son personnage. Elle retrouvait ici cette pièce qu’elle avait jouée à Chaillot en 1984 sous l’égide d’Antoine Vitez, mais dans le rôle de Nina.

Une expérience de dédoublement des plus troublantes pour elle par ailleurs, puisque, au tout début de la pièce, Nauzyciel fait dire par Arkadina des répliques dévolues à Nina (« Ils ont peur que je devienne actrice. Et moi, je me sens attirée vers le lac comme si j’étais une mouette. ») Dans cette interprétation, trois voix ont donc cohabité en elle : celle de Nina, celle de sa jeunesse ; celle d’Arkadina, celle de sa maturité ; et la sienne propre, celle d’une belle comédienne, qui aime le risque, qui a travaillé avec Sobel, Grüber et Lassalle. J’ai beaucoup aimé son aisance, sa vivacité, sa manière légère de se déplacer, créant ainsi, selon moi, une Arkadina complexe et plus fascinante ici que Nina. 

« Il faut de nouvelles formes », dit Treplev dans La Mouette, et "Tchekhov est inépuisable", affirmait Stanislavski. Je ne reproche nullement à Arthur Nauzyciel le parti pris qu’il a choisi de faire de l’Art un des enjeux essentiels de son adaptation : il est en effet au cœur des préoccupations de tous les personnages. Je ne suis nullement comme Trigorine ou Arkadina attachée à « la routine et aux formes anciennes ». Je regrette seulement de n’avoir pas été emporté dans le vol de cette Mouette, dont « les ailes de géant (e) l’empêchent de marcher ».

 

Sources :

Le Magazine littéraire, Mai 1992, n°299, Dossier Tchekhov, Article de Gilles Costaz, " Le théâtre au complet", pp. 36-37

 

 


 

 

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30 juillet 2012 1 30 /07 /juillet /2012 06:32

 

Pissenlit.jpg

 

 

 

 

Ô toi

Hermaphrodite jaune

Aveuglant de lumière

Caressé par le sphinx

 

Ô toi

Devin de l’avenir

A la dent-de-lion

Aux mille fruits ailés

 

Ô toi

Le guérisseur

Le nourrisseur

Le thaumaturge

 

Je te salue

Humble soleil

Des pauvres

 

Pour Papier Libre de Juliette,

Thème : ode au pissenlit

 

 

 

 

 

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27 juillet 2012 5 27 /07 /juillet /2012 09:47

 

chevreuil.jpg

 

 

Le soleil rouge et rond

Eblouissait mes yeux

Sur la route en cordon

En un saut hasardeux

Une zébrure brune

A griffé mon regard

Et bravant la Fortune

Un jeune chevrillard

A bondi vif-argent

Dessous les taillis verts

Pour vision me laissant

Son miroir (*) aux lisières

 

En quittant Erdeven,

sur la route vers Saint-Sauveur-Kerbihouarde,

6h 45 du matin

 

(*) Le miroir est l’arrière-train du chevreuil

 

 

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22 juillet 2012 7 22 /07 /juillet /2012 15:10

the-deep-blue-sea-danse.jpg

 Hester Collyer (Rachel Weisz) et Freddie Page (Tom Hiddleston) dansant.

(Photo Allo-Ciné)

Avec son dernier film, The Deep Blue Sea, sorti le 20 juin 2012, le réalisateur anglais Terence Davies renoue avec sa période de prédilection celles des fifties de l'après-guerre. C'est en effet à l'occasion du centenaire de la naissance de son compatriote, le dramaturge Sir Terence Rattigan, que le producteur Sean O'Connor a pensé à lui pour adapter une seconde fois au cinéma la pièce éponyme (créée en 1952). La première adaptation avait été réalisée par Anatole Litvak en 1955, avec Vivien Leigh et Kenneth More dans les rôles titres.

Il existe une réelle parenté entre Davies et Rattigan dans la manière dont ils abordent la femme dans la société britannique de l'après-guerre. Certes, si Rattigan écrivit cette pièce à la suite du suicide d'un de ses ex-amants, il n'en est pas moins vrai qu'il porte un regard personnel sur la femme de cette époque, prisonnière du puritanisme ambiant.

Le film s'ouvre sur les préparatifs du suicide de lady Hester Collyer (Rachel Weisz). Cette jeune femme de la haute bourgeoisie britannique a quitté depuis dix mois son époux plus âgé, Sir William Collyer (Simon Russell Beale), un haut magistrat, pour un jeune pilote, héros de la RAF en 1940, Freddie Page (Tom Hiddleston). Mais leur relation s'est détériorée : sans travail, Freddie se révèle superficiel, aimant boire, fréquenter les pubs et jouer au golf. Elle, s'est livrée corps et âme à cet amour-passion sans réelle réciprocité et qui la dévore toute. A la suite d'un week-end où il l'a laissée seule en oubliant la date de son anniversaire, elle entreprend donc de mettre fin à ses jours.

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    Lady Hester (Rachel Weisz) et Sir William Collyer (Simon Russell Beale)

Au cours de ce prologue, scandé par l'élégiaque second mouvement du Concerto pour violons de Samuel Barber, Hester revoit toutes les étapes de sa rencontre et de sa vie amoureuse, un peu comme dans la vision panoramique des noyés. Elle se rappelle les dîners cérémonieux avec sa belle-mère et son mari, à la froideur toute britannique. Lui revient en mémoire la phrase de la mère de Sir Collyer (Barbara Jefford) : « Méfiez-vous de la passion, Hester. Ca n'aboutit qu'à la laideur ! » Elle se souvient de Freddie se détachant debout sous la véranda et lui disant qu'il n'a jamais rencontré une femme plus belle qu'elle. Elle revit l'éblouissement physique de leur relation, admirablement filmée en plongée sur leurs deux corps entrelacés, au point de dessiner sur l'écran une totale abstraction amoureuse.

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Cette superbe séquence inaugurale, qui fait d'emblée pénétrer le spectateur dans la souffrance d'Hester, témoigne du grand art de Terence Davies. Il explique ainsi sa manière d'utiliser la caméra :  « Par le truchement du fondu, le public comprend qu'on recule ou qu'on avance dans le temps. On peut donc se jouer de la linéarité et des souvenirs, ce qui influence ici toute la trame narrative. » Les fondus sont en effet réalisés de telle sorte qu'ils sont à peine visibles.

Dans ce film aux dialogues élégants mais peu nombreux, le réalisateur met en valeur sa comédienne, qui interprète avec retenue et sensibilité ce personnage féminin fier et douloureux. Oscar du Meilleur Second Rôle en 2006 pour The Constant Gardener, Rachel Weisz explique en ces termes sa vision d'Hester. « C'est l'histoire existentielle d'une femme qui tente de définir sa propre vie contre les diktats de son père (Oliver Ford Davies), un pasteur à cheval sur les convenances, et contre ceux de son mari. Elle commet un acte terriblement immoral et, même s'il ne nous choque pas aujourd'hui, cet acte est radical car il s'agit d'une d'une femme qui tente de forger sa vie par ses propres moyens. » Le thème de la femme à sa fenêtre illustre bien cette volonté farouche d'Hester de choisir sa propre existence, même au prix de la solitude et du chagrin.

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Hester à sa fenêtre

Certes, cette histoire au thème ô combien rebattu pourra sembler banale à certains. Mais c'est toute l'habileté de Terence Davies de la renouveler, dans une mise en scène classique et maîtrisée, au lyrisme contenu. Cette « patte » du réalisateur est particulièrement sensible dans la scène de la séparation définitive. Après une dernière nuit que Freddie a accordée à Hester avant son départ pour l'Amérique latine, celle-ci remarque que ses chaussures ne sont pas cirées. Elle entreprend de le faire, et ce geste est déchirant dans son prosaïsme et sa simplicité extrêmes. Hester est au bord de l'effondrement et ce n'est que lorsque la porte est refermée qu'elle donne libre cours à son désespoir. Rachel Weisz est remarquable dans cette scène de rupture qui, selon moi, devrait faire date dans l'histoire du cinéma.

Dans cette même scène, le personnage de Freddie apparaît aussi dans sa fragilité et sa vulnérabilité. Hester et lui se sont rencontrés dans une passion foudroyante mais, ainsi qu'il le dit lui-même, ils sont « nocifs l'un pour l'autre ». Depuis la bataille d'Angleterre dans laquelle il s'est illustré et au cours de laquelle ses amis sont morts, la vie n'a plus de sel pour lui. Tom Hiddleston a bien compris ce personnage qui « déteste être imbriqué dans les sentiments des autres ». « L'Angleterre d'après-guerre est difficile pour Freddie, il vit le moment présent, c'est un esprit libre qui ne censure pas ses émotions. La tentative de suicide d'Hester le prend au dépourvu et l'oblige à contempler la mort d'un autre œil. Le fait qu'elle accorde si peu de valeur à la vie le rend fou de rage, car la plupart de ses amis sont morts à la guerre. On prend alors conscience de sa vulnérabilité. Il ne saurait supporter d'avoir la mort d'Hester sur la conscience mais il est incapable d'envisager une relation suivie. »

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Freddie Page (Tom Hiddleston)

En filigrane de ce film subtil, c'est la société britannique de l'après-guerre que l'on devine. Le décor rend bien compte de ce monde « qui émerge des décombres et qui cherche à s'en sortir », selon le producteur O'Connor. L'intrigue, qui se déroule presque entièrement à l'intérieur de l'appartement victorien de Freddie Page et d'Hester, se passe à Ladbroke Grove, une zone du quartier désormais chic de Kensington, autrefois délabré. « Nous étions en faillite après la guerre et tout était morne », dit Terence Davies. A travers les décors semi-obscurs surchargés d'objets, les rues noires glissantes de pluie, les pubs enfumés, il a ainsi su récréer cet univers rempli d'obscurité et d'interrogations. Le film s'achève sur la vision d'une sorte d'impasse barrée de décombres. Paradoxalement, la chaleur et la fraternité se retrouvent dans le souvenir du Blitz, quand les Londoniens se terraient dans les couloirs du métro et chantaient tous en chœur la vieille chanson irlandaise, "Molly Malone".

Après leur séparation, Sir William cherchera à revoir Hester et il se rendra compte qu'elle n'est pas heureuse. Le mari bafoué offre alors à l'épouse infidèle le recueil des Sonnets, œuvre-phare de la lyrique amoureuse occidentale, et qu'elle affectionne particulièrement. « C'est une tragédie », lui dit-il à propos de ce qu'elle est en train de vivre. A quoi elle lui répond avec réalisme : « Ce n'est quand même pas du Sophocle ! » Pourtant, « between the devil and the deep blue sea », expression anglaise dont le titre est tiré et qui correspondrait à l'expression française « de Charybde en Scylla », et sous l'égide discrète de Shakespeare, c'est bien la tragédie intime de tout échec amoureux qui est ici mise en scène, avec cette touche « so british » inimitable.

 

Sources :

Allo-Ciné

 

 

 

 

 

 

 

 

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18 juillet 2012 3 18 /07 /juillet /2012 17:00

 

 Jeudi 01 septembre 2011 au soir 018

Clair de lune sur la ria d'Etel

(Photo ex-libris.over-blog.com, Jeudi 1er septembre 2011)

 

 

Dans l'infini philosophal

Dans le profond immémorial

J'ouïrai la musique des sphères

Je danserai sur la lumière

 

En écho à un textoésie de Suzâme, reçu le mardi 17 juillet 2012 à 15 h,

textoésie envoyé le mercredi 18 juillet à 11h 53

link

 

 

Pour la Communauté de Suzâme, Textoésies et vous

 

 

 

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16 juillet 2012 1 16 /07 /juillet /2012 12:54

 

Atelier-de-Bourdelle-001.JPG

Coin d'atelier éclairé la nuit, 1899

(Photo (ex-libris.over-blog.com) d'une carte postale du Musée Bourdelle/Roger-Viollet)

 

 

 

"Vous pensez que je vous vois avec l'intérieur des formes, avec les habits de tout le monde, mais c'est dans les étalages du vertige que vous vous êtes vêtu pour moi. (Cours d'Antoine Bourdelle à l'Académie de la Grande Chaumière, 07 avril 1910. Paris, Musée Bourdelle)

 

 


 

 


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14 juillet 2012 6 14 /07 /juillet /2012 23:30

 

petite venise    

      Bépi le Poète (Rade Serbedija) et Shun Li (Zhao Tao)

 

 

J'ai lu quelque part que, dans le long métrage de fiction (sorti le 13 juin 2012), du sociologue et réalisateur italien Andrea Segre, La petite Venise, la lagune de Chioggia, qui est le décor majeur du film, était filmée comme la mer de Chine. Il me semble qu'on ne peut faire plus beau compliment à ce film juste et sensible que j'ai vu hier soir.

L'idée de le réaliser en est venue à son auteur après avoir rencontré dans un bar une jeune Chinoise solitaire. Fasciné par sa beauté et son mystère, il a souhaité lui inventer une vie. C'est en effet la première œuvre de fiction de ce docteur en sociologie et en communication, un enseignant spécialiste de la question des migrations et qui a déjà réalisé trois documentaires sur ce sujet. Tout en réfléchissant sur les relations entre identité individuelle et identité culturelle, il a de plus eu envie d'évoquer les banlieues des villes où l'évolution économique est liée aux nouveaux apports migratoires.

Son film met donc en scène une jeune mère chinoise Shun Li (Zhao Tao), venue en Italie avec l'aide d'une organisation chinoise (la mafia peut-être). Taillable et corvéable à merci, elle travaille dans le textile pour rembourser le prix de son voyage, dans l'espoir qu'à terme les Chinois feront venir auprès d'elle son fils de huit ans. Persévérante, courageuse, obéissante et silencieuse, elle attend la « nouvelle » de l'arrivée de son enfant, toute tendue vers ce seul but.

Le film commence alors qu'on l'envoie pour être serveuse dans une « osteria » de Chioggia, dite la petite Venise, au sud du Lido. Dans ce bar, sur un quai du port, se retrouvent régulièrement le pêcheur Cope (Marco Paolini), son copain avocat (Roberto Citran), Devis (Giusseppe Battiston), une brute oisive et stupide et Bépi, dit le Poète.

D'origine yougoslave, Bépi est un pêcheur à la retraite, veuf depuis un an et père d'un fils qui habite Mestre. Il vit en Italie depuis trente ans dans un petit appartement qu'il loue et ne possède pour tout bien que sa cabane de pêche dans la lagune où il entrepose ses filets. Il passe son temps sur sa barque et aime à versifier. S'il est âgé et seul, il n'est pourtant pas mort et c'est ce qu'il voudrait faire comprendre à son fils qui souhaite l'emmener vivre à Mestre.

Entre Shun Li et Bépi, que tout sépare mais que l'exil réunit, une amitié tendre va naître. Tous deux appartiennent à des familles de pêcheurs et le vieil Italien demande d'abord à la jeune Chinoise comment l'on pêche en Chine. Le soir, dans le bar déserté, elle lui montrera des photos de bateaux de pêche, de la mer de Chine, et surtout de son fils de huit ans. Un jour de congé, il l'invite dans son appartement afin de lui permettre de téléphoner à son propre père et à son fils demeurés au pays. Il l'emmène enfin dans son embarcation sur la lagune hivernale jusqu'à sa cabane de pêche. Soumise et résignée, elle lui explique comment sa vie n'est que l'attente de la « nouvelle » de la venue de son fils. C'est alors que pour la première et la dernière fois, dans la lumière rasante d'une fin d'après-midi sur la lagune, Bépi caresse le visage de Shun Li dans un geste plein de consolation.

Car cette relation déplaît à leur entourage, prisonnier des idées toutes faites et des préjugés. Aux amis de Bépi d'abord, sans doute marqués par l'idéologie de la Ligue du Nord, et qui voient d'un très mauvais œil leur ami s'intéresser à une étrangère, laquelle veut, selon eux, capter son héritage (mais lequel ?). Au patron de l'organisation chinoise, ensuite, dont Shun Li est la débitrice, et qui reproche à la jeune femme de créer l'hostilité contre eux chez les Italiens. Il lui intime l'ordre dorénavant de s'en tenir à la plus grande réserve avec Bépi.

Je ne dévoilerai pas la suite de cette intrigue, qui ne sombre jamais dans le mélo, et met notamment en valeur le geste plein d'abnégation d'une compagne de misère de Shun Li. Cette autre jeune Chinoise lutte pour sa part contre l'adversité en pratiquant la gymnastique chinoise sur les plages grises de la lagune.

J'ai beaucoup aimé l'atmosphère poétique qui baigne tout le film. Ainsi, celui-ci débute alors que Shun-Li célèbre avec une amie l'anniversaire de la mort du père de la poésie chinoise, Qu Yuan. C'est en effet lors de la fête du Double-Cinq (cinquième jour du cinquième mois lunaire) que les Chinois commémorent son suicide dans la rivière Mi-Luo, alors qu'il avait été exilé par son souverain. A cette occasion, ils fabriquent des fleurs dans lesquelles ils placent de petites bougies qu'ils laissent voguer au fil de l'eau. Au cours d'une très belle scène, tandis que l'  « acqua alta » se répand dans le bar où travaille la jeune femme, Bépi reproduira ce geste à l'intention exclusive de Shun-Li. Quant à cette dernière, elle offrira à Bépi des funérailles symboliques dignes de celle Qu Yuan.

L'évocation subtilement discrète de celui qu'on a comparé à Homère, qui fut lui aussi en quête de l'âme-sœur, et dont certains poèmes sont dits par les personnages, la thématique de l'eau que l'on retrouve dans la lagune et les bateaux-dragons de la commémoration de sa mort et dans son suicide, son tragique destin d'exilé, confèrent au film une grande profondeur. Ces thèmes viennent en effet en résonance discrète avec les destin des deux principaux personnages. Qu Yuan n'est-il pas aussi celui qui a écrit une œuvre intitulée Tristesse de la Séparation ?

Ainsi, ce film dont le titre italien est Io Sono Li, qui peut être traduit par Je suis Li mais aussi par Je suis là-bas, aborde avec délicatesse les thèmes de l'identité et du déracinement. A mi-chemin du néo-réalisme italien et du conte métaphorique, servi par un piano qui mimerait le clapotis doux d'une lagune grise et mélancolique (musique de François Couturier), ce film au lyrisme retenu témoigne d'une belle préoccupation humaniste. Sa photographie qui exalte les lumières changeantes de la lagune, ses dialogues qui ne craignent pas les silences, ses comédiens toujours justes et émouvants, en font un film à voir absolument.

 LA PETITE VENISE (3)

 

 

Sources :

Allo-Ciné

Wikipédia pour Qu Yuan

 

 

 

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13 juillet 2012 5 13 /07 /juillet /2012 16:41

 

 patricia-petibon-malin-bystrom-et-kate-lindsey-photo-pascal

Les Noces de Figaro ( Acte II) avec  Suzanne( Patricia Petitbon), La Comtesse (Malin Byström), Chérubin, (Kate Lindsey)

(Photo Pascal Gely/ CDDS Enguerrand)

 

Hier, jeudi 12 juillet 2012, ARTE retransmettait en direct du Théâtre de l'Evêché d'Aix-en-Provence, en simultané avec Radio-Classique, l'opéra-bouffe de Mozart en quatre actes, Les Noces de Figaro. Inspirée par Le Mariage de Figaro ou la folle journée de Beaumarchais, cette œuvre dont le livret est en italien, résulte de la première coopération de Mozart avec Lorenzo da Ponte. Elle fut créée le 1er mai 1787 au Burgtheater de Vienne.

Entre comédie et mélancolie, cet opéra est le triomphe du « dramma giocoso » et il est ici interprété par une troupe pleine de jeunesse et de dynamisme. Au cours de l'entracte, le metteur en scène Richard Brunel a d'ailleurs insisté sur cet esprit d'équipe. Le chef d'orchestre mozartien, Jérémie Rohrer (37 ans), a ainsi préféré diriger son propre Cercle de L'Harmonie qui joue sur des instruments anciens. Il a de même souhaité travailler avec les chœurs des Arts Florissants anciens qu'il connaît bien puisqu'il fut l'assistant de William Christie.

Selon Richard Brunel, la Justice étant un des thèmes-clés de cet opéra, il a transformé le château d'Aguas-Frescas originel en cabinets d'hommes de loi, de gens de justice et d'avocats, dont le Comte est le patron. On est certes au début un peu surpris de voir les personnages évoluer au milieu des dossiers et des photocopieuses et je ne suis pas certaine que cela ajoute grand-chose à la compréhension de l'œuvre.


Figaro et suzanne

Suzanne (Patricia Petitbon) et Figaro (Kyle Ketersen)

(Photo Pascal Gely/ CDDS Enguerrand)

 

Heureusement, un casting équilibré et bien choisi vient faire oublier ce choix surprenant. Suzanne (Patricia Petitbon, soprano colorature), à l'éclatante chevelure rouge, y mène la danse de la « folle journée », celle de son mariage, secondée par un Figaro (Kyle Ketersen, baryton-basse) à la palette de jeu très étendu. Tous deux forment un couple mozartien particulièrement bien assorti. Malin Byström (soprano aux belles inflexions) interprète avec distinction une Comtesse Almaviva enceinte, qui voit son mariage se déliter à cause des infidélités du Comte. Le Comte (Paulo Szot, baryton) convient bien au rôle mais il m'est apparu un peu éclipsé par les autres chanteurs. Dans le rôle de Chérubin, l'adolescent en proie à une libido enthousiaste, Kate Lindsey (mezzo-soprano) interprète avec délicatesse et subtilité un personnage difficile. Le reste de la distribution ne démérite nullement, avec peut-être une mention spéciale à Barberine (Mari Eriksmoen, soprano) dont j'ai bien aimé le solo au début du dernier acte.

La mise en scène fluide est servie par un dispositif scénique mobile circulaire, classique certes, mais qui permet de résoudre les problèmes spatiaux d'un opéra où l'on se cache beaucoup. On découvre ainsi ce qui se passe derrière les portes et la perspective s'en trouve approfondie jusqu'à l'acte final, celui des lieux éclatés et de la perte totale des repères.


Les noces de figaro

Le décor circulaire des Noces de Figaro, dans la mise en scène de Richard Brunel

(Photo Pascal Gely/ CDDS Enguerrand)

 

Dans ce décor, tout en camaïeux gris et blancs, Richard Brunel a particulièrement bien rendu l'opposition entre un univers masculin autoritaire et un espace intime de la féminité et de la délicatesse. Dans l'acte II, qui se situe dans le lieu protégé des appartements de la Comtesse, l'élégance mélancolique de celle-ci, la fantaisie et la perspicacité de Suzanne, l'androgynie de Chérubin font merveille. Dans ces scènes célèbres, la Comtesse, délaissée par son époux, se laisse languissamment conter fleurette par son page (devenu ici jeune stagiaire dans le cabinet d'avocats!), Suzanne fait flotter avec grâce le long tulle de son voile de mariée et Chérubin joue avec subtilité de son ambiguïté sexuelle, sans que l'on tombe jamais dans le vulgaire ou le graveleux.

La féminité y apparaît exacerbée chez les trois personnages, dont la psychologie est juste et finement étudiée. A cet égard, on se demande si la nouveauté de cet opéra ne tient pas à la place de choix que Mozart accorde à la femme et à ses aspirations légitimes. Ce qui fait dire à Patricia Petitbon que Mozart est « le premier compositeur féministe de l'histoire de la musique ». Selon elle, « il aime vraiment la Femme avec une majuscule. Quelle que soit sa condition sociale […], la femme, grâce à la musique, est reine avant tout. »

Par ailleurs, la remise en cause du droit de cuissage par la Comtesse et par Suzanne ne prend-elle pas une résonance particulière en ces temps où on cherche à légiférer sur le harcèlement sexuel ? De plus (c'est Richard Brunel qui le souligne), le fait que Malin Byström, qui joue la Comtesse, soit réellement enceinte invite à réfléchir sur les conséquences de la venue d'un enfant dans un couple. Quant à Marceline, séduite et abandonnée, qui s'avère être la mère de Figaro, elle réclame à bon droit que Bartolo son séducteur l'épouse. Enfin, on appréciera que ce soit une femme, la camériste Suzanne, qui demeure maîtresse de cette danse de séduction, au cœur de l'œuvre. Ne garde-t-elle pas toujours son libre-arbitre, sa faculté de choix, par la grâce de son intelligence et de son habileté ?

Et les hommes dans tout cela, me direz-vous ? Certes, Figaro tire son épingle du jeu, quoique l'épingle sur le billet doux l'induise en erreur quant à la fidélité de la fine mouche qu'est Suzanne. Kyle Ketersen, à la voix riche et bien timbrée, perd peu à peu de sa superbe, pour enfin souffrir la male mort de la jalousie dans l'acte IV. Quant au Comte, aristocrate imbu de ses prérogatives, il propose une vision traditionnelle et autoritaire du mari lorsque, de retour d'une partie de chasse, il pénètre chez la Comtesse armé d'un fusil et accompagné d'un beau braque gris, devenu ainsi le onzième personnage de l'opéra.


Le comte et la comtesse

Le Comte Almaviva (Paulo Szot) et la Comtesse (Malin Byström)

Photo Pascal Gely/ CDDS Enguerrand


Pour conclure, j'aimerais de nouveau céder la parole à Patricia Petitbon, dont le commentaire me semble résumer fort judicieusement la perspective de cette belle mise en scène, pleine de dynamisme et de fougue : « Le cynisme et la misogynie, Mozart les laisse aux paroles de son librettiste ; mais lui projette ses notes au-delà des mots, en direction de contrées spirituelles plus élevées et plus subtiles. »

 

 

 

 

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12 juillet 2012 4 12 /07 /juillet /2012 17:40

 

Juillet-2012-373.JPG 

Faiseur de bulles à Beaubourg

(Photo ex-libris.over-blog.com, jeudi 05 juillet 2012)

 

Derrière la vitre

A Beaubourg

Les passants passent et repassent

Indifférents

 

Lui brun sérieux concentré

Dans un vieux survêtement

Poisson urbain

Il fait des bulles

Du rien du vide de la couleur

 

Elle petite fée blonde

Son chandail noué autour de la taille

Elle sourit

Un presque rien

Arc-en-ciel de la vie

 

A une terrasse de Beaubourg,

jeudi 05 juillet 2012, vers 13h 30

 

 


 

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