Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
5 février 2015 4 05 /02 /février /2015 18:24

P1300969.JPG

 La plage de Cofete vue du belvédère de la Degollada de Agua Oveja

(Photo ex-libris.over-blog.com, samedi 27 décembre 2014)

Quand Jean de Béthencourt, en 1404, met le pied sur la terre volcanique de l’île rouge d’Herbania (« qui n’a pas d’herbe »), il s’exclame : « Que fuerte ventura ! » (« Quelle grande – ou forte – aventure ! »), donnant ainsi son nom à cette île aride des Canaries. Ce bout de terre arrachée aux volcans, à cent kilomètres seulement des côtes africaines, est en effet sauvage et solitaire et il faut un certain temps pour s’acclimater à ces terres brûlées où s’enfuit parfois une chèvre, où un busard pique dans le fond d’un barranco.

unamun.jpg

Miguel de Unamuno à Fuerteventura

C’est sur cette terre austère que fut déporté, de mars à juillet 1924,  le grand écrivain espagnol Miguel de Unamuno y Jugo (1864-1936). S’étant élevé par ses écrits contre la dictature de Primo de Rivera, il fut ainsi relevé de ses fonctions de recteur de l’université de Salamanque. En dépit de l’exil, cette île violente dut convenir à celui qui sut exprimer les tourments de l’âme espagnole et son mysticisme foncier dans Le sentiment tragique de la vie chez les hommes et chez les peuples (1912). Il écrit ainsi : « Cette île a un style propre, un style qui est celui du squelette. Sa terre est squelettique comme ses ruines volcaniques, ses montagnes en bosses de chameau […] surgies du fond de la mer, un don pour ceux qui savent ce qu’est le secret intime de sa force. »

P1300968.JPG

Vue surplombante de la plage de Cofete

(Photo ex-libris.ver-blog.com, samedi 27 décembre 2014)

En nous rendant cet hiver en 4x4 sur la péninsule de Jandia, au sud de l’île de Fuerteventura, nous avons pu approcher cette beauté si particulière. Empruntant une piste poudreuse et tortueuse, construite en 1946 par des prisonniers politiques de la colonie pénitentiaire de Tefia, dans un décor de montagnes âpres et grises, nous sommes parvenus au belvédère de la Degollada de Agva Oveja. C’est de là que nous avons d’abord découvert le panorama sublime de l’infinie plage de Cofete qui a servi de cadre au récent film Exodus. Au pied des falaises, se situe en effet la cuvette du cratère de Jandia, dont la plus grande partie a disparu dans l’océan Atlantique et dont ne subsiste que la partie sud de la caldeira, qui forme l’impressionnant Arco de Cofete.

P1300980.JPGL'entrée du cimetière marin de Cofete

(Photo ex-libris.over-blog.com, samedi 27 décembre 2014)

Guidés par les candélabres des euphorbes, nous avons atteint le hameau de Cofete, fait de cabanes sommaires sans eau ni électricité. Nous avons ensuite accédé à la plage composée d’un sable blanc, issu de la décomposition des roches et des coquillages où se trouve l’émouvant premier cimetière marin de l’île. Balayées par le vent, à même le sable, les tombes des premiers habitants témoignent d’un passé lointain et ignoré. On raconte que c’est là que seraient enterrés les bagnards ayant construit la piste qui mène de Morro Jable à Cofete.

P1300978.JPGLe cimetière marin de Cofete

(Photo ex-libris.over-blog.com, samedi 27 décembre 2014)

Au loin, à 1,5 kilomètre, dressée devant son mur de montagnes, la Villa Winter nous a fait signe. Elle fut édifiée entre 1946 et 1958 par l’ingénieur allemand Gustav Winter. Le maître des lieux, qu’on appelait don Gustavo, était célèbre par ses lunettes et son chien noirs. Il isola sa demeure de toute intrusion en devenant le gestionnaire unique de la péninsule de Jandia dont il avait obtenu la location. Disposant de deux étages, d’une tour dans la partie nord-ouest et d’un balcon face à la mer, la Villa Winter est désormais dans un état de quasi abandon.

P1300997.JPGLa Villa Winter, vue de la plage de Cofete

(Photo ex-libris.over-blog.com, samedi 27 décembre 2014)

La vieille Rosa (que nous avons aperçue assise telle une momie à l’entrée gauche du patio), et son frère, y vivotent chichement, ayant obtenu l’autorisation d’y demeurer jusqu’à leur mort. Ensuite, la société immobilière allemande qui en est la propriétaire mettra la maison en vente. Dans ce bout du monde aride, les deux vieillards l’entretiennent ; enfin c’est un bien grand mot car la demeure, qui eut son heure de gloire, se délabre inéluctablement.

P1300998.JPGLe patio de la Villa Winter

 (Photo ex-libris.over-blog.com, samedi 27 décembre 2014)

La Villa Winter distille une atmosphère très particulière d’autant plus qu’elle jouit d’une réputation sulfureuse des plus fantaisiste. La légende court auprès des Allemands que le Führer y serait venu et que la tour de la Villa aurait fait usage de phare pour les sous-marins allemands croisant dans les parages. Certains vont jusqu’à prétendre qu’après la guerre, la maison aurait servi de clinique de chirurgie esthétique pour des criminels nazis désireux de se créer un nouveau visage avant de gagner l’Amérique du Sud !

P1310015.JPG

La tour de la Villa Winter

(Photo ex-libris.over-blog.com, samedi 27 décembre 2014)

Tout cela n’est guère sérieux et on sait seulement que Winter construisit non loin de là une piste d’atterrissage, désormais désaffectée, qu’il fora des puits, qu’il tenta de reboiser avec des pins le Pico del Zarza, et qu’il encouragea les cultures sur les restanques – notamment la pomme de terre (les célèbres papas) et la tomate. Dans cette maison solitaire et farouche on a installé un petit musée rural qui présente des instruments aratoires et des sculptures fantaisistes. Tout cela sent la relégation et l’abandon et, quand on est à l’intérieur, on n’a qu’une envie, celle de sortir sur la terrasse pour respirer le ciel et la mer.

P1310019.JPGLa mer vue de la terrasse de la Villa Winter

(Photo ex-libris.over-blog.com, samedi 27 décembre 2014)

Et c’est bien la fascination de la mer que Fuerteventura révéla à Unamuno en exil, cette mer « demeurée jusqu’alors pour lui une puissance inconnue et presque hostile ». « La mar » fit véritablement son entrée dans l’âme et l’œuvre de l’écrivain et devint un des éléments essentiels de son « paysage poétique ». Et, du haut de la terrasse de la Villa Winter, devant ce panorama non-pareil à 180°, on comprend pourquoi l’écrivain basque aurait aimé achever ses jours dans l’Ile Pourpre de Pline, où la mer est partout.

 

Sources :

Persée : Sebastiàn de la Nuez, Unamuno en Canaries

dominicus.malleotus.free.fr/canaries/village_cofete.htm

http://www.villawinter.com/chronik.htm

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Catheau - dans Promenades
commenter cet article
6 mars 2014 4 06 /03 /mars /2014 22:45

P1250233.JPG

Lundi 3 mars 2014, à Erdeven, on annonçait des coefficients de 114-115... et la tempête Christine. Au moment de la marée montante, entre 17h 15 et 18h 15, nous sommes allés voir la mer. Le contraste était saisissant entre le calme de la dune, couverte de petits lacs créés par les pluies récentes, et la violence des vagues sur la plage. De la route bordant la dune, on apercevait déjà les projections d'écume.

Nous avons fait plusieurs allées et venues entre les différentes plages, tandis que le ciel virait au sombre pour s'éclairer ensuite. Dans l'anse de Kérouriec, la mer tempêtueuse était survolée par un kyte-surf fou. A La Roche Sèche, le blockhaus, indestructible, disparaissait sous des giclées d'écume. Dans le froid et le vent, à Kerminihy, les vagues passaient par-dessus la dune et s'écoulaient sur le chemin côtier.

De retour à La Roche Sèche, tandis que la mer était un peu descendue, un petit groupe de gravelots à collier interrompu, indifférent à la violence du ressac, s'amusait sur le sable.

 

P1250260.JPG

La mer à l'assaut de la dune

(Photo ex-libris.over-blog.com, lundi 3 mars 2014)

 

P1250232.JPG

Les vagues autour de l'île de Moëlan devant Kérouriec

 

P1250237.JPG

La mer à Kérouriec

 

P1250249.JPG

Le blockaus de La Roche Sèche en proie aux vagues

 

P1250258.JPG

Les vagues sur les rochers de Kerouriec

 

P1250267.JPG

La mer vue du petit parking de Kerminihy

 

P1250276.JPG

Les vagues à l'entrée de la ria d'Etel

 

P1250277.JPG

Les vagues à Kerminihy

 

P1250285.JPG

La mer envahit la dune à Kerminihy

 

P1250294.JPG

Les gravelots à collier interrompu sur la plage de La Roche Sèche

 

P1250291.JPG

L'arc-en-ciel après la tempête

 

P1250259.JPG

Les calmes lacs de pluie dans la dune d'Erdeven

 

 

 

Photos ex-libris.over-blog.com, lundi 3 mars 

 

 


Repost 0
Published by Catheau - dans Promenades
commenter cet article
16 juillet 2013 2 16 /07 /juillet /2013 22:10

Baptême de Gabrielle et Erdeven avec C et D 001

La nef à vaisseau unique de Saint-Nicolas-et-Saint-Marc de Ville d'Avray

 

Le samedi 29 juin 2013, à l'occasion du baptême de notre petite-fille Gabrielle, nous avons découvert l'église paroissiale de Ville d'Avray, Saint-Nicolas-et-Saint-Marc. On ne se doute pas que derrière cette architecture extérieure néo-classique très sobre dans sa blancheur, au-delà de son porche encadré de lignes de refends et surmonté d'un fronton Louis XVI, sous son clocher carré peu élevé, se cachent des oeuvres d'art exécutées par des artistes amoureux de cet endroit des Hauts-de-Seine.

On notera que c'est, avec Courbevoie, une des rares églises édifiée (ou plutôt ici réédifiée) pendant la Révolution. Elle porte d'ailleurs dans son nom la trace de son histoire. Elle a en effet succédé à l'église Saint-Nicolas (XII°-XIV° siècles), située au coeur de l'ancien village de Ville d'Avray, sur la colline dite du Monastère. Devant son délabrement, c'est le baron Marc-Antoine Thierry, seigneur de Ville d'Avray, intendant général du Garde-Meuble de la Couronne, qui décida de construire une nouvelle église en 1788, avec l'aide du Roi. Pour ce faire, il s'entoura de l'entrepreneur des Bâtiments du Roi, Jacques Marquet, et de l'architecte royal Charles-François Darnaudin, créateur de l'hôpital civil de Versailles. En hommage à Marc-Antoine Thierry, la nouvelle église prit ainsi le second vocable de Saint-Marc.

La première pierre en fut posée le 11 juillet 1789. Par la suite, le curé de l'époque, l'abbé Dugarry, ayant refusé de prêter serment à la Constitution Civile du clergé, il se vit remplacé par un prêtre assermenté. Elle sera ainsi consacrée en 1791 par un prêtre constitutionnel. La même année, les vases sacrés de la paroisse sont vendus ; en 1793, elle devient temple de la Raison. Elle ne sera rendu au culte catholique qu'en 1795, dans un état très dégradé. En 1803, après restauration, on installe dans le clocher les cloches de l'église de Marnes-la-Coquette, détruite quant à elle en 1793. Saint-Nicolas-et-Saint-Marc fera l'objet d'une autre réfection par Poirot en 1830. D'autres travaux entre 1971 et 1993 lui redonneront son lustre et sa beauté.

Baptême de Gabrielle et Erdeven avec C et D 042  Le père Klasen devant La Descente de Croix

Quand on entre dans cette église en forme de croix latine et à vaisseau unique, on est surpris par l'équilibre et l'harmonie qui s'en dégagent. La voûte est ornementée de caissons sculptés que l'on retrouve aussi sur la coupole aplatie au-dessus de la  croisée du transept. Le regard est attiré par un retable  XIX° de belle facture, de Félix Cassel, représentant La Descente de Croix. Cette toile fut offerte à l'église par le gouvernement de Louis-Philippe. Le transept peu saillant est occupé par deux chapelles latérales tandis que le choeur hémi-circulaire est surmonté d'une voûte en cul-de four ornée d'une fresque aux couleurs vives, dédiée à saint Nicolas. L'ensemble séduit par l'homogénéité des sculptures et la symétrie des vitraux, celles-ci contribuant à créer une beauté classique, toute faite de sérénité et d'équilibre. 

Baptême de Gabrielle et Erdeven avec C et D 007

Le Baptême du Christ, François Rude

Mais ce qui retient surtout l'attention, ce sont les oeuvres des artistes qui séjournèrent et aimèrent Ville d'Avray. On remarque ainsi plusieurs sculptures du sculpteur Jean-Jacques Pradier, dit James Pradier (1792-1852) qu'appréciait particulièrement Louis-Philippe. L'artiste, ayant acheté une maison à Ville d'Avray en 1830, offrit à l'église certaines de ses réalisations. Ainsi, en 1840, il lui fait don de trois modèles en plâtre. Le Mariage de la Vierge, dont l'original est dans l'église de La Madeleine, est situé à droite de l'entrée du choeur en absideLa Vierge en prière, dont le marbre est dans la cathédrale d'Avignon, est placée à droite de l'entrée du transept ; la statue de saint Louis (1849), enfin, qui orne la place Saint-Louis à Aigues-Mortes, se trouve près de l'entrée sur la droite.

Baptême de Gabrielle et Erdeven avec C et D 014

 Saint Louis, James Pradier

François Rude (1774-1855) offre quant à lui le grand plâtre du Baptême du Christ (Musée du Louvre), réalisé entre 1835 et 1841, dont on remarque la puissance. Il est situé à gauche de l'entrée du choeur. L'original est aussi à l'église de La Madeleine.

D'autres sculptures encore, très XIX°, je dirais, sans rien pourtant de trop saint-sulpicien : de Francisque-Joseph Duret, un serein et majestueux Christ ressuscité ; d'Antonin-Marie Moine, un Ange tenant un encensoir (côté nord de la nef) et un Ange portant un calice (première moitié du XIX°) ; L'Enfant et son Ange gardien d'un artiste inconnu.

Baptême de Gabrielle et Erdeven avec C et D 006

 Le Mariage de la Vierge, James Pradier 

Enfin, on sait que le peintre Corot (1796-1875) avait fait de Ville d'Avray sa petite terre d'élection : il y peignit en effet plus de deux cents toiles ! En 1856, Pour les transepts de l'église, il réalisa quatre fresques à l'huile, directement sur le mur des croisillons nord (Adam et Eve chassés du Paradis et Marie-Madeleine au désert) et sud (Le Baptême du Christ et le Christ au jardin des Oliviers).

Baptême de Gabrielle et Erdeven avec C et D 057Adam et Eve chassés du Paradis, Corot

Sur le mur sud de la nef, on remarque aussi Saint Jérôme au désert. Cette toile a pour décor un paysage de rochers et de végétation représentatif de son style, dans une gamme restreinte de couleurs. Au premier plan, le saint ermite est en extase, agenouillé sur un pierre plate, où l'on voit une Bible et un crucifix. Derrière lui repose le lion, typique de son iconographie. Le corps du saint présente un aspect livide et violacé. Corot racontait qu'il n'avait pas les moyens de chauffer son atelier et que son modèle était mort quinze jours après avoir posé !

Baptême de Gabrielle et Erdeven avec C et D 003

Saint Jérôme au désert, Corot

Saint-Nicolas-et-Saint-Marc recèle encore d'autres toiles, de Jules Richomme (1818-1903) notamment. A gauche, au-dessus de la porte de l'escalier de la tribune, on remarque L'Entrée du Christ à Jérusalem. A droite, surmontant la chapelle des fonts baptismaux, une toile représente Le Christ portant sa croix. Le Repos de La Sainte Famille pendant la fuite en Egypte prend place dans le transept droit, au-dessus de la porte. Enfin, la toile de Saint Nicolas apparaissant à des marins battus par la tempête est située dans le transept gauche au-dessus de l'autel.

Baptême de Gabrielle et Erdeven avec C et D 004

 Le Christ en croix

Parmi les autres toiles de Auguste Hesse (Le Christ insulté par ses bourreaux, deuxième quart du XIX°), de Romain Cazes (Le Christ au désert adoré par des anges, milieu XIX°), j'ai beaucoup aimé un Christ en croix du XVIII°, en trompe-l'oeil, et surtout une charmante Vierge à l'Enfant du XVI°.

Baptême de Gabrielle et Erdeven avec C et D 010

Vierge à l'Enfant

J'aimerais ajouter que c'est le père Klasen qui a célébré le baptême de Gabrielle et d'une autre petite fille du nom de Noémie, d'origine libanaise. Avant de pénétrer dans l'église, au moment de l'accueil, le célébrant nous a expliqué avec clarté le sens du mot "station" dans la liturgie et il a insisté sur la nécessité d' "une Eglise debout".

Baptême de Gabrielle et Erdeven avec C et D 011

Le Couronnement de la Vierge (Vitrail offert par la famille Fournier)

Dans la douce lumière de cette église, créée par de superbes vitraux, offerts par la famille Fournier en 1886 (Le Couronnement de la Vierge (croisillon nord) et La Sainte Famille (croisillon sud),  notre petite-fille, sous le signe de l'Eau et du Saint-Chrême, a reçu le baptême. Celle qui est née dans la lointaine Australie, dont les grands-pères maternel et paternel viennent de l'au-delà  de la Méditerranée, est entrée dans la vaste communauté des chrétiens, en compagnie d'une autre enfant, dont les racines sont au Pays des Cèdres.  Un beau symbole de l'universalité de l'Eglise que cette rencontre baptismale  à Saint-Nicolas-et-Saint-Marc, dans une  église aimée et embellie par des artistes.

Baptême de Gabrielle et Erdeven avec C et D 055

 Baptême de Gabrielle et Erdeven avec C et D 008Baptême de Gabrielle et Erdeven avec C et D 056Baptême de Gabrielle et Erdeven avec C et D 009Baptême de Gabrielle et Erdeven avec C et D 017

 

Sources :

www.patrimoine-histoire.fr

www.fr.topic-topos.com

www.wikipedia.org

www.culture.gouv

www.paroissevda.over-blog.com

Crédit photos : ex-libris.over-blog.com

 

 

 

 

Repost 0
Published by Catheau - dans Promenades
commenter cet article
19 mars 2013 2 19 /03 /mars /2013 17:30

 

 Fenetre-4.JPG

 

Dimanche 17 mars, pour clore le Printemps des Poètes, La Maison des Littératures à Saumur, proposait une balade poétique. Bravant les giboulées de mars, une vingtaine d’amateurs de poésie ont été accueillis dans la cour de la Maison du Roi par le président de l’association, Claude Guichet, et par Valérie Reyre-Coquériaux.

Une brève présentation de la Maison du Roi, par un jeune guide de la Ville, nous a d’abord fait rêver sur les monarques qui séjournèrent dans ce logis seigneurial (XV°, XVI°, XIX° siècles). Il reçut en effet Charles VII, Henri IV, Marie de Médicis, Louis XIII et Anne d’Autriche. Ensuite, nous avons marché dans les pas des trois écrivains invités par l’association : Yves Leclair, Fabrice Caravaca et Liza Kerivel.

Après avoir tourné à droite dans la rue du Temple, nous avons pénétré dans la cour intérieure de l’hôtel, dit Cappel, mais ce professeur d’hébreu de l’Académie protestante n’y résida sans doute jamais. Il convient d’appeler cet élégant hôtel particulier Chesnon de Sourdé (XVI°-XVIII° siècles).

Yves Leclair public

Nous avons fait cercle autour de l’écrivain et poète saumurois, Yves Leclair, dont nombre d’œuvres ont été éditées au prestigieux Mercure de France. Avec l’humour dont il est coutumier, Yves, bien au chaud dans sa grosse écharpe de laine tricotée gris parme, avait choisi de lire des extraits de son recueil Prendre l’air, au titre de circonstance. Ce sont des  « feuillets de route » que le poète égrène au cours de ses balades, des instant fugitifs qu’il a l’art de métamorphoser en brèves méditations pleines de sagesse. Ainsi en est-il de cette « Petite philocalie » :

Tu entends cet air de guitare,

ce soir d’octobre où tout est noir.

Tu ne l’entendras pas toujours.

Retiens l’heure, qu’elle te soit lente !

Le bon temps, tu sais a des fuites.

Cette voix d’enfant qui résonne

claire à l’étage, écoute-la

bien, imprègne-toi de son timbre

lumineux. La nuit tombe vite

sur les yeux. Un jour il te faudra,

coûte que coûte, regagner

le grand trou noir. Aime longtemps

la vie si près du ciel, ce soir.     


Ecoutant J. jouer de la guitare

Et A. chantonner à l’étage, Bagneux,

6 octobre 1998

 Yves Leclair

Les mots d’autres poèmes se sont envolés dans l’air froid : nous avons entraperçu le « vieux nocher » de « Barque funèbre » ; nous avons écouté l’appel à « danser dans le vent sur la route », « Sur un vers de W. B. Yeats »… Puis, Yves Leclair a ouvert Le journal d’Ithaque, quatre-vingt-dix-neuf dizains qui nous promènent de Chaintres à la Crète en passant par l’Alsace ou l’Italie. Il nous a distillé quelques-un de ces dizains dont il a le secret. Parmi eux, « Tour opérateur », qui ouvre le recueil en ironisant sur les voyages organisés ; « Le chien perdu de la rime » qui dit le secours sans faille de la rime pour le poète quand « Chaire du poète » joue habilement du vocabulaire religieux. Ceux qui furent- ou qui sont- les élèves d’Yves Leclair connaissent son art de jouer avec les mots simples ou savants. Et c’est ce subtil dosage entre extrême simplicité et grande érudition qui est un des charmes- et non des moindres- de l’écriture d’Yves Leclair, celui qui sait si bien découvrir « l’or du commun » dans le quotidien le plus banal.

Fabrice Caravaca 3

Par les rues endormies, dans cet après-midi froid de mars, nous nous sommes ensuite dirigés vers la chapelle Saint-Jean, un lieu assez méconnu des Saumurois eux-mêmes. Chef-d’œuvre du gothique angevin, aux voûtes particulièrement remarquables, elle appartint aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Cette chapelle est un lieu de recueillement propice à l’écoute des mots de Fabrice Caravaca, jeune écrivain de Limoges, et créateur de la maison d’édition Dernier Télégramme, qui nous a lu plusieurs extraits de ses textes. Sous les fines et élégantes nervures des voûtains, sa longue silhouette d’adolescent nous a donné à entendre notamment des extraits  de sa première œuvre publiée, La Vie, aux éditions des Fondeurs de Briques. « Cinquante-quatre fragments, qui dialoguent et forment un chant », composent ainsi une successions de pensées, de situations, de réflexions qui peuvent être celles de tout un chacun, à un moment ou à un autre de sa vie. La particularité de ce texte est d’être rédigé à la première personne du pluriel, ce qui lui donne une ampleur inaccoutumée. On est d’abord surpris par ce « nous conquérant », assez étonnant chez un si jeune écrivain, mais bientôt cet emportement nous saisit et nous entraîne loin, vers des territoires emplis d’espoir, de fraternité et de sérénité. J'ai beaucoup aimé le passage où Caravaca évoque comme en une litanie les poètes de son panthéon personnel :

" Ossuaire : Cendrars autour du monde. Ossuaire : le sang rouge de Federico garcia Lorca. Ossuaire : Georg Trakl et sa soeur. Ossuaire : Emily Dickinson seule et seule. Ossuaire : Fedor Dostoïevski et le coeur de l'homme. Ossuaire : Lautréamont et le coeur de l'océan. Ossuaire : Allen Ginsberg..."

Dédiée à trois poètes que Fabrice Caravaca affectionne, ce long poème lyrique, à la tonalité unanimiste et aux accents sacrés, a trouvé une résonance particulière dans ce beau lieu.

« Nous commençons. Nous recommençons. Nous ne nous 

arrêtons plus. Nous sommes ivres déjà de beauté. Nous 

avançons. Nous n'avons plus le choix. Il y a de grands 

arbres. Et des histoires tout en haut. Il y a aussi du vert et 

de la couleur et aussi de la lumière un peu plus loin.

Nous en voulons encore. Nous en voulons toujours. 

Nous sommes vivants. »

 fabrice-Caravaca.JPG

La dernière étape de cette balade poétique nous a conduits dans la salle Duplessis-Mornay de l’Hôtel de Ville de Saumur (XVI°-XVII°-XIX° siècles). Liza Kerivel, qui habite à Saint-Nazaire et publie depuis 2009, a lu des extraits de ses deux  romans. Ceux-ci racontent des histoires de femmes. Métamorphoses de la fuite et des saisons (2012) évoque la disparition de l’une d’entre elles sur le parking d’un super marché. L’auteur nous a lu d’abord un passage où le mari, demeuré seul, ne sait comment consoler ses enfants. Puis, de sa voix douce et claire, elle a dit des extraits de son premier roman, Inventaire des silences, paru en 2010. Il s’agit du long monologue d’une femme qui a quitté sa famille et qui tente de l’expliquer à ses enfants.  Mais d’expliquer quoi, au juste ? Les silences du quotidien, le poids de la routine, la vie qui s’enfuit, l’incompréhension qui ronge, la solitude en famille… Ici encore, on ne peut qu’admirer, chez un jeune écrivain, cette plongée extralucide dans l’intimité d’une femme, d’une épouse, d’une mère. Dire pour tenter de rompre ce silence mortifère qui fut le sien pendant plus de vingt ans  : « Le silence est là qui m’a toujours accompagnée. Si épais qu’avec lui, j’aurais pu me tricoter une écharpe et la serrer autour de mon cou. Si fort, en disant tout bas : il suffirait de presque rien. »

Liza K

C’est sur ce moment intense que s’est achevée cette balade poétique. Liza Kerivel, tout en remerciant les membres de La Maison des Littératures de l’avoir accueillie avec la chaleur de l'amitié, a évoqué Albane Gellé, première Présidente de l’association, en soulignant que c’est elle qui avait eu l’idée de cette promenade en poésie. Une initiative que tous souhaitent bien sûr voir se renouveler, par un temps qui serait plus printanier.

 


Bibliographie d'Yves Leclair: link 

Dernières parutions :  

Chansons pour un amour lointain, Jaufre Rudel, Préface et adaptation d'Yves Leclair, Mai 2011, Fédérop

Guy Goffette, Sans légende, Yves Leclair, Octobre 2012, Editions Luce Wilquin

Fabrice Caravaca : link

Liza Kerivel :link

 

Crédit photos : ex-libris.over-blog.com

 

 

Repost 0
Published by Catheau - dans Promenades
commenter cet article
31 juillet 2011 7 31 /07 /juillet /2011 17:19

    bloggif 4e358827ebb70

             Mise au Tombeau de Jacques Lespaignol (1699-1702),

              crypte de l'ossuaire de Saint-Thégonnec (14 juillet 2011)

 

 

 

 

Dans la demi-pénombre

De la crypte de l'ossuaire

Tragique

Les dorés éclatants

Les doux drapés

Ne viendront pas à bout

De l'hermétisme des visages

Du silence des larmes

De la dure roideur de la Mort

 

     

 

 

 

Pour la communauté de Hauteclaire,  Petit Patrimoine du Week-end  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Catheau - dans Promenades
commenter cet article
13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 17:24

  st andré des marins 1

Chapelle Saint-André-des-Marins, à Loon-Page (59)

(Photo ex-libris.over-blog.com, Vendredi 03 juin 2011)

 

 

Quand on arrive à Saint-André-des-Marins, là-bas vers l’embarcadère des ferries, au port de Loon-Page, on voit les griffes des grues et des portiques de manutention sur le ciel gris, on sent le vent et on devine la mer à cinq cents mètres.

 

st andré des marins 2

Les portiques de manutention à Loon-Plage

(Photo ex-libris.over-blog.com)

 

En contrebas de la route, dans un arc de cercle formé par des plantations desséchées par le vent, la chapelle que rêva le père André Delepoulle s’offre à la vue dans la simplicité bleue de ses trois containers made in China. C’est en effet l’ancien vicaire épiscopal qui est à l’origine de cette halte spirituelle, édifiée à l’attention des marins en escale. Et c’est en son honneur qu’elle porte son prénom.

Dans ce no man’s land, tout à côté du Seamen’s Club, dont les membres font la navette entre les quais et la chapelle, Saint-André-des-Marins dresse les 12 mètres de son clocher bleu, vissé verticalement sur un socle en béton, qui surplombent les deux autres containers. Le choix de ce matériau s’est imposé à l’architecte, Jérôme Soissons : le container n’est-il pas ce moyen si propre à établir le lien entre la terre et la mer ?

 

St André des marins

  L'autel de Saint-André-des-Marins

(Photo ex-libris.over-blog.com)

 

Son fils Raphaël a conçu le mobilier de la chapelle dans du bois de marine récupéré dans le port. Sur les murs crépis d’un jaune pâle, au-dessus de l’autel, une tenture bleutée est brodées des symboles des grandes religions, manifestant ainsi la dimension œcuménique du lieu. Quant au puits de lumière du clocher, il éclaire une mappemonde multicolore.

 

St André des marins puits de lumière

  Le puits de lumière du clocher de Saint-André-des-Marins

(Photo ex-libris.over-blog.com)

 

Née du désir d’un marin philippin qui souhaitait une escale spirituelle, réalisée grâce à l’opiniâtreté du père Delepoulle et à l’action des bénévoles qui récoltèrent plus de 60 000 euros pour son édification, cette chapelle, inaugurée en septembre 2010, est un lieu unique. Chaque samedi, le père Manu Langrand y célèbre un office où se retrouvent routiers polonais en partance pour l’Angleterre et marins de tous horizons.

 

St Andre des marins carte

La mappemonde sous le clocher à Saint-André-des-Marins

(Photo ex-libris.over-blog.com)

 

Et dans ce lieu, livré au vent de mer, où souffle l’Esprit, j’ai pensé à ce très beau poème d’Andrée Vivien :

 

Chapelle de marins

 

Voici le soir… Voici l’orage aux cris amers,
Et la foule s’assemble au fond de la chapelle
Où l’on cherche Marie et n’espère qu’en Elle.

 

O vaisseau qui se noie en l’abîme des mers,
O Dieu ! je cherche en vain l’ombre de la chapelle,


Voici le soir… Voici l’orage aux cris amers.

Et dans mon cœur sévit la tempête des mers !


O Dieu ! je cherche en vain l’ombre de la chapelle.
Marie ! – O lys très blanc, qui règnes sur la mer !

 

 

 

Repost 0
Published by Catheau - dans Promenades
commenter cet article
1 mai 2011 7 01 /05 /mai /2011 08:44

  Lathan le labyrinthe

  L'entrée du labyrinthe (Dimanche des Rameaux, 2009)

 

A 65 kms à l’est  d’Angers, se trouve le château de Lathan, dans le village de Breil, au milieu d’un grand parc d’une quarantaine d’hectares. Les deux châteaux des XV° et XVII° siècles ayant été détruits, le château actuel fut construit en 1862. Il s’est parfaitement intégré à un parc, où coexistaient un jardin classique et un jardin paysager romantique.

Le premier rassemble les principaux éléments théorisés par Le Nôtre : bosquets géométriques,  charmilles en étoile, jeux d'eau et statuaire très étudiés. Y poussent trois essences d’arbres : le chêne, le charme et le tilleul. De grandes perspectives y furent créées, représentées ici par un canal de 500 mètres, bordé d’une double allée de tilleuls et surplombé par une « gloriette ». L’eau est d’ailleurs un élément très présent ici. Une première arrivée d’eau se fait par le Lathan qui vient alimenter ce grand canal. Une seconde, appelée la Planchette, rassemble les émissaires de la partie haute du village, qui alimentent la cascade, laquelle se déverse dans le bassin appelé Miroir. Ce dernier est en lien avec le grand canal par une galerie souterraine.

 

Lathan le canal  Le grand canal et la gloriette (Dimanche des Rameaux, 2009)

 

Le second jardin, dont ne demeure qu'une partie, use des procédés imaginés au XVIII° siècle (allées curvilignes, îles, fabriques antiquisantes). Il donne une image recomposée et idéalisée d'une nature « à la Rousseau ». (M.O Mandy, 2002). Près de deux cents arbres et arbustes d’essences différentes, y proposent une nature romantique en liberté.

On peut voir encore de beaux pavillons des XVII° et XIX° siècles.

 

 Lathan le temple d'amour

Le temple d'Amour (Dimanche des Rameaux, 2009)

 

L’intérêt majeur de ce château privé est qu’il possède surtout le seul parcours galant complet connu à ce jour. Les propriétaires ont ainsi entrepris de restaurer le mystérieux labyrinthe souterrain, destiné aux amants en quête de « ce mystérieux objet dont [leurs] yeux étaient enchantés ». Long de cent-vingt cinq mètres, il est troué de trente-huit soupiraux, symbolisant les sentiments des amants, tout au long du parcours de l’amour et de la vie.

Il y a trois siècles, en effet, une précieuse angevine, Anne Frézeau de la Frézellière, fait construire au cœur de ce grand parc la reproduction de la Carte de Tendre imaginée par Madeleine de Scudéry (1607-1701). Dans le livre I de la première partie de son roman Clélie (1654-1660), Célère conte à une princesse l’histoire du prince étrusque Aronce et de la jeune Romaine Clélie. Il y décrit la fameuse Carte de Tendre, élaborée par cette dernière.

Il s’agit d’un itinéraire symbolique que les parfaits amants doivent suivre, en évitant les embûches et les obstacles. Voici le début de cette célèbre description : « Afin que vous compreniez mieux le dessein de Clélie, vous verrez qu’elle a imaginé qu’on peut avoir de la tendresse par trois causes différentes : ou par une grande estime, ou par reconnaissance, ou par inclination ; et c’est ce qui l’a obligée d’établir ces trois villes de Tendre, sur trois rivières qui portent ces trois noms, et de faire aussi trois routes différentes pour y aller. Si bien que, comme on dit Cumes sur la mer d’Ionie et Cumes sur la mer Tyrrhène, elle fait qu’on dit Tendre sur Inclination, Tendre sur Estime, et Tendre sur Reconnaissance. » Suit un parcours initiatique amoureux, qui doit permettre à l’amant de parvenir au but ultime, Tendre sur Reconnaissance.

C’est un des grands architectes français du XVIII° siècle, Victor Louis, qui se verra chargé de réaliser ce jardin. Au cours de ce parcours sentimental codifié, l’amoureux était accepté ou éconduit, au terme d’un itinéraire qui proposait trois issues. La sortie de l’Indifférence, dont l’accompagnement végétal est essentiellement constitué de conifères et d’arbres aux feuillage persistant ; aucune allée n’est tracée. Celui qui est rejeté est livré à lui-même. La sortie de l’Inimitié, dont la végétation est plus agressive et plus sauvage. C’est un parcours  confus, dont les allées ne mènent nulle part. Enfin la sortie triomphale, celle qui mène vers l’embarcadère de l’Ile d’Amour où se trouve le Temple de Vénus.

Alors, si l’envie vous prend de rêver à « la Nymphe divine » émergeant de l’onde, si vous souhaitez jouer au « corbillon », si vous n’avez de cesse de vous perdre dans le « promenoir des amants », n’hésitez pas à pousser la grille de ce parc mélancolique où erre l'âme des précieuses.

  Carte du tendre

La Carte de Tendre, Gravure du XVII° siècle, Paris, B. N.

L'itinéraire complexe de l'amour précieux

 

Sources :

L’Anjou, Entre Loire et tuffeau, Editions Ouest-France, Philippe et Catherine Nédélec

Itinéraires littéraires, XVII° siècle, Hatier, 1988

gralon.net/…/info-parc-de-lathan-955.h

www.jardinez.com

dep49-parc-de-lathan-breil-

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Catheau - dans Promenades
commenter cet article
25 avril 2011 1 25 /04 /avril /2011 15:50

bloggif 4db57adc014a2

Saint-Sulpice de Rou, la façade au sud

 

Après l’église Sainte-Croix de Marson, et en ce lundi de Pâques, je voudrais vous faire découvrir l’église Saint-Sulpice de Rou, sa petite sœur. Rou et Marson ne sont-elles pas jumelées depuis bien longtemps ?

La petite église de Rou, le bourg cité comme étant le plus ancien (Ecclesia de Ruu, Liv. N, ch. 57 et or.), est nommée dès le Xe siècle. Elle présente encore de beaux vestiges de la construction du XIe siècle.

De plan rectangulaire, légèrement brisé par l’inclinaison symbolique du chevet, elle offre une nef unique, dont les murs en petit appareil sont éclairés vers le nord-est de trois petites fenêtres romanes en plein cintre, datées du XIe siècle. Le portail et toute la façade sont du XIIIe siècle, ainsi que le chœur et le clocher. Le pignon nord-ouest se prolonge d’un couronnement percé de deux baies, dont une avec justement le clocher. A l’intérieur, on pouvait admirer quatre statues de bois du XVe siècle. Le grand autel porte la date de sa construction : 1751. A l’entrée du chœur se trouve la tombe, servant de marche, du curé Samson, mort le 3 avril 1663. Hercules de Launay, seigneur de Rou, qui épousa Suzanne Leroux de la Tour de Ménives, le 26 juin 1661, fut inhumé dans cette église, le 29 octobre 1702.

Le lundi de Pâques de l’année 1921, un 28 mars, Mgr Joseph Rumeau, évêque d’Angers, en grand arroi, vint baptiser les deux nouvelles cloches ; elles avaient été en partie financées par les propriétaires du château de Marson, M. et Mme Fricotelle. Elles avaient été fondues par MM. Bollée, d’Orléans, en 1920.

s’appelait Marie-France. Elle remplaçait dans le campanile une vieille sœur nommée Marcelline et fondue par Mabilleau, à Saumur, en 1833. Quant à Mi, elle se prénommait Marie-Madelon.

 

bloggif 4db57c577a59f

Saint-Sulpice de Rou, avant restauration

 

La Semaine Religieuse de l'année 1921 a rapporté la cérémonie du baptême des cloches. En voici les premières lignes : « Peut-être, cher lecteur, ne savez-vous pas où se trouve Rou-Marson. Alors regardez sur la carte : à moitié chemin environ entre Saumur et Doué, vous trouverez Rou d’abord et ensuite Marson ; de là vient Rou-Marson. C’est une petite paroisse du Saumurois, humble comme la violette, qui ordinairement ne fait pas parler d’elle ; mais le lundi de Pâques, il n’en fut pas de même. De Saumur, de Saint-Florent, des Ulmes, de Distré, de Verrie, on s’y rendait en foule. « Vous allez sans doute à Rou, au baptême des cloches, se disaient les bonnes femmes. – Oui, et vous aussi. – Mais oui. –Eh bien, alors nous ferons route ensemble… »

L’église Saint-Sulpice a été restaurée récemment grâce au lancement d’une souscription et à la Fondation du Patrimoine ; mais, en ce lundi de Pâques 2011, les cloches n’ont pas sonné à Rou. Où sont les Pâques fleuries et carillonnées de notre enfance ?

 

  bloggif 4db57b9a33ff8

Saint-Sulpice, vue du Chemin des Marais

 

Sources :

 Les Carnets du Patrimoine, Les Guides Massin

Le Bulletin Paroissial de Rou-Marson, n° 8, août 1917, n°10, octobre 1917, n°12, décembre 1917, n°53, mai 1921

 


 

Repost 0
Published by Catheau - dans Promenades
commenter cet article
17 avril 2011 7 17 /04 /avril /2011 14:25

  église de Marson P

 

Le week-end dernier, je vous avais emmenés au pied du château de Marson et j’avais évoqué sa compagne, la petite église Sainte-Croix. C’est aujourd’hui, jour des Rameaux, à son tour d’être mise en lumière.

Bordée par les vestiges de son lavoir public du XVIII° siècle, l’église, dédiée à sainte Croix, est un petit édifice plein de charme qui possède une nef unique du XII° siècle. Elle aurait été primitivement fondée sous le nom de chapelle Sainte-Catherine par Baudouin de la Grézille et fut ensuite dédiée sous le vocable de Sainte-Croix.

 

  église marson lavoir P

 

C’est Geoffroy de la Gézille, seigneur de Marson, qui la fit construire. Voulant y attacher un prêtre, il supplia Geoffroy-la-Mouche, évêque d’Angers (1162-1177), d’approuver son œuvre. C’est ainsi que le prélat publia une charte, en date du 10 février 1170 : « Nous, Geoffroy, par la grâce de Dieu, évêque d’Angers, voulons faire savoir par cet écrit que Geoffroy de la Grézille, avec le consentement de l’archidiacre Herbert, de l’archiprêtre Yvon, du maître-école Guillaume, et d’Hardouin, curé de Chétigné, a fait construire à Marson, paroisse de Chétigné, une chapelle qui sera desservie par le curé de Chétigné ou par un chapelain sous ses ordres. » Suivent  des

précisions concernant les dîmes auxquelles renonce le seigneur en faveur du curé, les fêtes annuelles et les sacrements.

 

église de marson cimetière P

 

En 1584, le seigneur de Marson souhaita fixer la résidence des deux prêtres de la paroisse. Il accorda au desservant une maison qu’il venait de faire édifier et une cave avec une cour renfermée de murailles. Il donna au chapelain une cour et un jardin.

Le portail de l’église, réalisé en arc brisé d’une facture romane très sobre, donne dans une nef de petite dimension. Le reste de l’église, dont le chœur et les chapelles latérales, date du XVIII° siècle, époque à laquelle on refit la toiture de la nef.

Louis Raimbault, dans son Répertoire Archéologique en Anjou (1866), donne une description  précise de cette petite église : « Elle a la forme d’une croix latine dont les bras sont très courts. Le chœur, en forme d’arceau, est voûté, avec nervures prismatiques, à l’entrecroisement desquelles est un écusson […] qu’il est facile de reconnaître pour les armes de la famille de Quatrebarbes […] Les trois arcades du transept sont plein cintre […] Le côté nord-est de la nef a une petite fenêtre plein cintre qui peut remonter au XII° siècle. Le pignon est également percé d’une fenêtre plein cintre et le sommet terminé par une bretèche (logette destinée à recevoir les cloches) à deux baies dans l’une desquelles se trouve la cloche […] La grande porte sur le côté sud-ouest de la nef est ogivale à nervure cylindrique et surmontée d’un écusson qui semble pareil à celui de la voûte du chœur. Une petite galerie, ou vestibule, est élevée devant cette porte. » On trouve ce type de galerie dans certaines églises romanes de Champagne.

 

église marson porche P

 

Les murs intérieurs étaient surmontés d’une corniche dont il ne demeure que quelques éléments. La charpente de la nef, en forme de carène renversée, ne présente pas de faîtière. Elle est remarquable par la finesse de ses entraits et de ses poinçons. Le 15 août 1762, la charpente du chœur s’effondra. L’ensemble fut reconstruit et le chœur lambrissé en fut terminé le 16 juin 1764 par les soins de M. Le Royer de Chantepie, curé de Chétigné et de Marson. L’année suivante, le grand autel fut démoli. L’autel aux parements de marbre, date de 1765 et il fut placé au bas du grand vitrail du pignon.

La chaire, le bénitier octogonal et les fonts baptismaux sont en pierre de tuffeau, le matériau local. Les quatre statues, toujours en pierre de tuf, restaurées en 1994,  datent du XVIII° siècle. Elles représentent saint Sébastien, saint Jean-Baptiste, une Vierge à l’Enfant et sainte Catherine d’Alexandrie. Les vitraux, restaurés en 1991, datent du XIX° siècle.

La cloche provient de la fonderie Guillaume à Angers et date de 1868. Nous avons vu que le curé de Chétigné avait des rapports conflictuels avec « ces chapelains qu’on voit sans cesse […] s’élever et prétendre contre ses droits ». Le 27 mars 1715, il fut contraint de faire descendre la cloche neuve du clocher et d’effacer le titre de curé qu’y avait fait inscrire Abel Valette, son vicaire récalcitrant.

 

église marson cloche P

 

Cette église, restaurée entre 1984 et 1994, a été somme toute très peu remaniée : elle plaît par l’harmonie de ses proportions et le calme de son petit cimetière. Un havre de paix, auprès duquel il fait bon s’arrêter pour une pause bucolique. Ensuite, il ne sera que temps d'aller déguster la spécialité locale, les célèbres fouées, dans Les Caves de Marson, sises dans les troglodytes à quelques mètres de distance.

Au cours de l’été 2011, l’église Sainte-Croix accueillera les œuvres d’un artiste, dans le cadre du circuit organisé par Art et Chapelles dans les églises du Saumurois.

 

  église marson croix P

 

 

Sources :

Bulletin Paroissial de Rou-Marson, n°3, mars 1917.

Bulletin Paroissial de Rou-Marson,  n°13, janvier 1918.

Bulletin Paroissial de Rou-Marson, n°15, mars 1918.

Bulletin Paroissial de Rou-Marson, n°53, mai 1921.

Les Carnets du Patrimoine, Anjou, 1999, Les Guides Massin.

http://www.communes-françaises.com/49/rou-marson

 

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Catheau - dans Promenades
commenter cet article
20 novembre 2010 6 20 /11 /novembre /2010 18:59

saché

 

Pénétrer dans le petit manoir de Saché, en Indre-et-Loire, c’est pénétrer en quelque sorte dans la fabrique d’écriture d’Honoré de Balzac. Pendant une dizaine d’années, entre 1829 et 1837, invité par M. Jean de Margonne, il y revint fréquemment pour s’adonner à l’écriture. Il y alla régulièrement au cours de ces années et s’y rendra pour la dernière fois en 1848. On peut s’étonner de ces visites fréquentes chez cet homme qui fut l’amant de sa mère et le père de son frère puîné Henry-François, enfant que Mme de Balzac lui préféra toujours. Si le fils aîné n’éprouvait guère de sympathie véritable pour M. de Margonne, ce dernier ne manquait pas de l’admirer et le jeune tourangeau sut profiter largement de son hospitalité, considérant par ailleurs que son hôte lui « devait bien ça ».

Balzac se rend de Paris à Tours, en diligence en vingt-trois heures ; puis il part parfois à pied pour Saché, distant d’une vingtaine de kilomètres. Il écrit dans une des premières versions du Médecin de campagne : « J’avais entrepris d’aller de Tours à Saché, vieux reste de château, qui se recommande chaque année à ma mémoire par des souvenirs d’enfance et d’amitié. » C’est ce petit trajet qu’il fait aussi parcourir à Félix de Vandenesse dans Le Lys dans la vallée.

Nombre de pages (mais jamais une œuvre en entier) d’une trentaine d’œuvres de Maître Cornélius au Lys dans la Vallée, en passant par Louis Lambert, La Recherche de l’Absolu, Le Père Goriot, Séraphita, César Birotteau, Les Illusions perdues, ont été écrites dans cette gentilhommière du début du XVI° siècle, édifiée sur les vestiges d’un premier château du XIII° siècle. Agrandie au XVII° siècle, elle fut encore prolongée aux XVIII° et XIX° siècles, ce qui explique que Balzac parlait d’elle comme d’un « débris de château » ; jugement sévère car la demeure ne manque pas de charme.

Nous savons que Balzac aimait terminer ses romans en les datant précisément. Il en va ainsi pour Maître Cornélius : « Au Château de Saché, novembre 1831 » ; Louis Lambert : "Au château de Saché, juin 1832". Quant au Père Goriot, qui ne fut pas achevé en ce lieu, il porte pourtant la mention, « Saché, septembre 1834 ».

 

saché campagne

 

Venu en ce lieu pour la première fois alors qu’il n’avait que treize ans, il en fit par la suite un de ses lieux de prédilection : « A Saché, je suis libre et heureux comme un moine dans son monastère. Le ciel y est si pur, les chênes si beaux, le calme si vaste… » Après Paris, la Touraine et ses environs est la région dans laquelle le romancier situe le plus grand nombre de ses œuvres, la plus emblématique étant Le Lys dans la vallée. L’action s’y déroule principalement à Saché et dans les châteaux à l’entour.

Dès l’entrée, la cloche, que sonne le guide pour appeler les visiteurs déambulant dans le jardin, rappelle la présence de l’auteur des 17 volumes de La Comédie humaine. Alors qu’il s’était attelé à l’écriture dès 2 ou 3 h du matin et qu’il y avait travaillé une quinzaine d’heures sur un manuscrit, il renâclait à lui obéir pour venir dîner, disant qu’elle lui « étranglait les idées ». Certaines pièces de cette maison que Balzac affectionnait particulièrement proposent le décor qu’il connut en réalité. D’autres, et ce sont les plus nombreuses, sont muséographiques et sont consacrées à l’œuvre. Elles présentent lettres, manuscrits, épreuves corrigées de la main de l’auteur, portraits originaux, bronzes et plâtres des études de Rodin pour la célèbre statue de l’écrivain. Au rez-de-chaussée, a été reconstitué un atelier d’imprimeur, semblable à celui que Balzac posséda et qui le conduisit à la faillite. Cette expérience de jeunesse lui inspirera Les Illusions perdues.

 

saché manuscrits 2

 

La salle à manger, le salon, le vestibule (au premier étage) et la chambre à coucher (au second étage) témoignent de ce que fut ce lieu de villégiature, situé dans un petit parc sans prétention et près d’un vallon boisé. Le vaste vestibule, qui fait communiquer le salon et la salle à manger présente un buste en marbre de Balzac par Marquet de Vasselot, des représentations de Paris, et un paysage romantique qui ornait le salon de Madame de Berny, la « Dilecta » à Villeparisis.

On sait que Le Père Goriot, qui inaugure le procédé qui fera florès du retour des personnages, fut commencé en 1834. On se demande si la description du salon de la pension Vauquer n’aurait pas été inspirée par le motif de la frise du papier peint de la salle à manger de Saché, visible entre le poêle de faïence et le tableau d’une femme en rouge et noir, peut-être une ancêtre de la famille de Paul Métadier, à l’origine du musée.

 

Saché Télémaque

 

On y lit en effet, dans la première partie du Père Goriot, « Une pension bourgeoise » : « Le surplus des parois est tendu d’un papier verni représentant les principales scènes de Télémaque, et dont les classiques personnages sont coloriés. Le panneau d’entre les croisées grillagées offre aux pensionnaires le tableau du festin donné au fils d’Ulysse par Calypso. Depuis quarante ans, cette peinture excite les plaisanteries des jeunes pensionnaires, qui se croient supérieurs à leur position, en se moquant du dîner auquel la misère les condamne. » Cette partie bien conservée du papier peint d’origine de la salle à manger de Saché a permis d’ailleurs la restauration à l’identique de l’ensemble.

 

Saché salle à manger

 

Le grand salon du manoir, d’une dizaine de mètres de long, possède quant à lui un superbe papier peint en trompe l’œil, imitant des draperies d’un beige doré. Nommé par Balzac lui-même dans sa correspondance « le papier aux lions », il date de 1803. Il est aisé de l’imaginer jouant au whist ou au tric-trac, animant les soirées de ses hôtes en faisant des lectures des passages de son œuvre en cours d’élaboration ou en donnant vie à certains de ses personnages. Si cet imposant salon est recouvert d’un parquet, les autres pièces sont dallées de carreaux de Châteaurenault blancs, conférant à l’ensemble une grande sobriété.

saché salon 3

 

Quant à sa petite chambre, au second étage, elle émeut par sa simplicité monacale. Le lit- bien petit et étroit pour un homme de sa corpulence- et dans lequel il écrivait sur une planchette, le bureau, et peut-être le fauteuil, sont d’origine. C’est un lieu reposant et serein, dont la fenêtre s’ouvre sur les bois, et qui fut propice à la création. « C’est là, dit-il, que j’ai fait mes premiers pas dans les chemins de la pensée et que se sont passées les heures les plus solennelles de ma vie intellectuelle […] Là, j’ai écrit Louis Lambert, rêvé Le Père Goriot, repris courage pour mes horribles luttes d’intérêts matériels… » C’est là aussi qu’il se droguait à un café très serré, ce fameux mélange de moka, bourbon et arabica, dont il buvait des tasses sans nombre et qui ne fut pas sans effet sur sa fin prématurée.

 

saché chamabre

 

Outre ces trois pièces, qui permettent d’imaginer la vie quotidienne et campagnarde de l’auteur en villégiature, les autres salles passionneront tous ceux qui s’intéressent au processus mystérieux de la création littéraire. Au premier étage, deux d’entre elles sont réservées à des expositions temporaires, l’une étant décorée d’un papier peint à l’ancienne, dont le motif à fleurs de lys évoque Le Lys dans la vallée.

Dans la salle du Lys, sont présentés des œuvres et des documents qui évoquent la vie de Balzac, certains en lien avec la Touraine. On y voit ainsi la plaque indiquant la maison natale du romancier à Tours, retrouvée sous les décombres après le bombardement de Tours en juin 1940.

 

saché plaque

 

On y fait la connaissance de son père, Bernard-François Balzac, directeur des vivres de la 22e division militaire à Tours ;

 

saché le père

 

de sa mère, Anne-Charlotte Sallambier ;

 

saché la mère

 

 

de sa sœur très aimée Laure, née un an après lui et qui sera mise en nourrice avec lui. Un autre petit portrait, assez peu connu, le représente dans sa jeunesse, peu-être pour la réception du duc d’Angoulême à Tours en 1814. En le regardant, on pense au jeune Félix de Vandenesse, se préparant pour le bal où il rencontrera pour la première fois Madame de Mortsauf.

 

Balzac 4

 

L’attention est encore retenue par la copie du célébrissime portrait par Boulanger (1842) et qui est exposé au musée de Tours. Le « forçat des lettres » y est représenté de face, les bras croisés, vêtu d’un froc de bure monacal, que ceint une cordelette. Le modèle appréciait tant ce portrait qu’il en fit faire par l’artiste une réplique pour Madame Hanska.

 

Balzac 6

 

Mais c’est sans doute l’unique photo de Balzac, le célèbre daguerréotype de Nadar (1842), qui restitue de lui l’image la plus fidèle.

 

 Balzac 3

 

Laure de Berny, la « Dilecta », en médaillon, voisine avec le beau profil dans les tons gris de Madame Hanska veuve, par Gigoux. Un dessin représente La Grenadière (demeure de lady Dudley dans Le Lys) où il séjourna avec celle qui avait vingt-deux ans de plus que lui, tandis que d’autres évoquent le domaine de Wierzchownia, propriété du comte Hanski, dont le raffinement étonna Balzac.

 

saché mme Hanska

 

La salle Louis Lambert permet au visiteur de comprendre la genèse de La Comédie humaine. L’on sait que ce projet prométhéen lui vint d’une « comparaison entre l’humanité et l’animalité, les « espèces sociales », devant correspondre aux « espèces zoologiques », projet qu’il explique dans l’extraordinaire Avant-Propos de l’œuvre. N’écrit-il pas à son amie Zulma Carraud en janvier 1845 : « Vous ne vous figurez pas ce que c’est que La Comédie humaine ; c’est plus vaste littérairement parlant que la cathédrale de Bourges architecturalement » ?

En 1834, la structure est trouvée : les Etudes de mœurs, les Etudes philosophiques, les Etudes analytiques. La récurrence des personnages (plus de 2000) empruntée à Walter Scott, les correspondances et les filiations d’une œuvre à l’autre sont des éléments-clés de cette entreprise unique.

En 1842, Balzac publie sous le titre de Comédie humaine ses œuvres complètes, c’est-à-dire la grande majorité des romans et quelques essais dans ce classement, qui ne suivait pourtant ni l’ordre de publication des textes ni la chronologie de la vie des personnages. Cette édition, prévue pour comporter 32 volumes, n’en comporta que 17. Par rapport au plan prévisionnel précis de 1845, il existe de nombreux manques. Il apparaît que ce sont les Etudes de mœurs qui sont les plus fournies avec les Scènes de la vie privée, les Scènes de la vie de province, les Scènes de la vie parisienne, les Scènes de la vie politique, les Scènes de la vie militaire, les Scènes de la vie de campagne. En dépit de cette disproportion avec les deux autres grandes parties envisagées, l’ensemble demeure une somme gigantesque. Dans la salle Louis Lambert, de nombreuses caricatures d’époque évoquent avec humour Balzac et ses personnages.

 

Balzac 7

 

Connue sous le nom d’édition Furne, nom de son principal éditeur, La Comédie humaine fut rééditée. La mort de Balzac en 1850 mit un terme à son projet mais il avait eu le temps de faire de nombreuses corrections manuscrites. Cet exemplaire, baptisé « Furne corrigé », est le texte de référence de nombre d’éditions postérieures, faisant ainsi disparaître d’autres états du texte. N’oublions pas en effet que les œuvres de Balzac furent publiées plusieurs fois de son vivant, en revue, dans des journaux en feuilletons, reprises en éditions séparées chez divers éditeurs, puis intégrées dans l’édition Furne entre 1842 et 1847. Si l’on compte aussi les manuscrits, les brouillons, les épreuves et le « Furne corrigé », les variantes sont innombrables et composent un fascinant palimpseste. Dans le Cabinet des manuscrits, une autre salle, une vitrine éclaire admirablement ce travail de titan, qui consista pour Balzac à récrire sans fin son œuvre. On y découvre le manuscrit, l’épreuve d’imprimerie corrigée à la main, la pré-publication, l’édition en librairie…

 

Saché manuscrits

 

Dans la salle Béatrix, la Touraine est l’élément fédérateur. On y retrouve de nombreuses figurines représentant les personnages des romans et notamment les Tourangeaux : ceux du Curé de Tours, de La femme de trente ans ou de L’Illustre Gaudissart. C’est Le Lys dans la vallée, publié en 1836, qui va clôturer les Etudes de mœurs. On connaît la place essentielle de ce roman, qui était selon Alain, « l’histoire des Cent-Jours vue d’un château de la Loire ». Ce qu’on en retient surtout, c’est qu’il est un magnifique roman d’initiation, sous la forme de deux lettres : la première de Félix de Vandenesse qui conte son amour fatal pour Madame de Mortsauf à Natalie de Manerville, la seconde étant la réponse de Natalie à Félix. L’auteur Balzac s’y confond avec le narrateur, qui « sonde le cœur humain aussi profondément que le style épistolaire ». L’aspect autobiographique d’un roman qui met en scène un enfant mal-aimé par sa mère et l’amour d’un jeune homme pour une femme plus âgée n’occulte pas pourtant la poésie d’une histoire que Claudel considérait comme un « admirable poème ».

 

saché Mortsauf

 

Quant à la topographie du roman, elle est typiquement tourangelle. Le château de Clochegourde ressemble à s’y méprendre au manoir de Vonne tout proche ; le château de Frapesle, c’est Valesne où Balzac séjourna avec Madame de Berny. Tout Saché et ses environs sont enclos dans ce roman et l’on se souvient de l’exclamation de Félix, évoquant l’inconnue dont il a baisé les épaules dans un mouvement fou au bal de Tours : «  Si cette femme, la fleur de son sexe, habite un lieu dans ce monde, ce lieu, le voici ! »

saché les châteaux du lys

 

Le visiteur terminera la visite au rez-de-chaussée en parcourant la salle Rodin, avec la réplique de la fameuse statue, qui fut présentée au Salon des Beaux-Arts de 1898, et suscita la polémique. Le manteau de la cheminée Renaissance présente un bas-relief, fourmillant des personnages de La Comédie humaine.

 

Saché comédie humaine

 

Enfin, la salle de l’imprimerie reconstitue un décor tel que Balzac put en connaître de 1826 à 1828, lors de son expérience malheureuse d’imprimeur, rue des Marais-Saint-Germain.

Ainsi, en dépit d’une enfance de fils mal-aimé à Tours, d’une triste vie de pensionnaire à Vendôme, d’un terrible sentiment d’abandon familial, Balzac ne reniera jamais la Touraine. Et en quittant Saché, on comprend qu’on ne peut dissocier la Touraine de l’œuvre d’un romancier, qui avouait à travers la voix de Félix de Vandenesse,  : « Ne me demandez plus pourquoi j’aime la Touraine, je ne l’aime ni comme on aime son berceau, ni comme on aime une oasis dans le désert… je l’aime comme un artiste aime l’art. Sans la Touraine, peut-être ne vivrais-je plus. »  

       

  Saché église

 

Sources :

Balzac à Saché, Société Honoré de Balzac de Touraine, 1998.

Dictionnaire des Littératures de Langue française, "Article Balzac", J-P de Beaumarchais, D. Couty, A. Rey, Bordas, Tome I, 1987.

Balzac, Annette Rosa, Isabelle Tournier, Armand Colin, Paris, 1992.

http://www.terresdecrivains.com /Honore-de-BALZAC

 

Photos personnelles le 11 novembre 2010.

 

Repost 0
Published by Catheau - dans Promenades
commenter cet article

Présentation

  • : Ex-libris
  • Ex-libris
  • : Un blog pour lire, pour écrire, pour découvrir et s'étonner. "La Vie a plus de talent que nous" disait Nabokov.
  • Contact

ex-libris

 ex-libris

 

Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons-nous d'ahan

Ton cours vers d'autres nébuleuses

 

La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

Recherche