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30 avril 2016 6 30 /04 /avril /2016 14:58
Carla Pirès (Photo Tribu Festival)

Carla Pirès (Photo Tribu Festival)

 

 

Vendredi 29 avril 2016, le Théâtre-Le Dôme à Saumur résonnait des accents mélancoliques du fado. La jeune chanteuse Carla Pirès, interprète de la nouvelle vague de ce genre musical portugais, y proposait les chansons de son nouvel album, Aqui (Ici).

Accompagnée de ses trois musiciens, Jorge Carreiro à la guitare basse, Pedro Pinha à la guitare classique et Bruno Mira à la guitare portugaise, elle a envoûté la salle par la puissance et la poésie de sa voix d’alto d'une grande pureté. Ses longs cheveux noirs et bouclés sur les épaules, vêtue d’une élégante robe aux reflets noirs et gris lui dénudant l’épaule droite et rehaussée d’une grosse ceinture de soie, elle nous a fait partager cette saudade portugaise si difficile à définir mais qui donne le frisson.

« La saudade ne s’explique pas. Elle se vit, entre autres par le fado » explique Belmira Perpetua. Association de sentiments mêlés, mélancolie, tristesse, regrets, rêverie, nostalgie, insatisfaction, elle est pour Camões « un bonheur hors du monde » et, pour Fernando Pessoa, « la poésie [même] du fado ». Si Carla Pirès, fidèle en cela à la tradition, exprime avec puissance et sensualité « les larmes de Lisbonne », elle propose cependant une vision renouvelée du fado : « Le fado, ce n’est pas que de la tristesse. J’ai choisi une autre image pour chanter d’autres âmes, d’autres couleurs. Et ce afin de renvoyer une image moins obscure. » En effet, durant la dictature de Salazar, le fado fut considéré comme « un chant de résignation », « le chant de l’analphabétisme et du conformisme », selon Misia. Le mot d’ordre, alors, n’était-il pas : « Fado, Fatima, Famille. » ? Carla Pirès se situe ainsi dans ce mouvement, né lors de la révolution des œillets en 1974, qui s’est orienté vers un nouveau fado, « ouvert vers les bruits actuels du monde, plus léger en harmonies », vers des sonorités plus contemporaines.

Les premières chansons que la chanteuse nous a proposées reflétaient bien l’atmosphère propre au fado traditionnel. Sombres, puissamment mélancoliques, elles ont plongé le public dans cet Alfama où l’on chante le « bonheur-malheur », le voyage, le destin et l’exil. Le fond de scène, drapé de cinq grands pans de rideaux verticaux, superbement éclairé de mauve, de gris ou d’orange, a accentué encore la mélancolie des textes. La sobriété de l’expression, l’économie des gestes de Carla Pirès, qui les mesure en tragédienne, la profondeur et la sensualité de sa voix, ont fait pénétrer en chacun la magie splénétique du fado, ce « chant profond du manque ».

Elle a bien sûr célébré Lisbonne, Lisboa, « si féminine et si diverse » ; puis elle a chanté deux poèmes d’amour de sa composition, « importants » pour elle pour cette raison, dont un mis en musique par son guitariste classique. Généralement chanté par une femme, la fadista, le fado chante bien sûr aussi l’amour. Misia, celle qui a donné un nouveau souffle au fado, l’explique ainsi : « Le fado touche au rituel de la douleur féminine. Particulièrement ses douleurs d’amour. C’est peut-être pour cela que les femmes chantent si bien le fado, parce qu’elles tutoient intimement les souffrances de la vie. »

Carla Pirès a ainsi rendu hommage à la « reine du fado » (Rainha do Fado), Amália Rodriguès. Quel beau moment que celui où, assise sur une chaise, aux côtés de ses musiciens, baignée dans une lumière rouge, elle a chanté avec âme, tout en lenteur, en douceur et en profondeur, en lui rendant hommage ! On sait par ailleurs que c’est en interprétant son rôle pendant quatre ans (de 2002 à 2004) dans une comédie musicale à succès, Amália, que la jeune chanteuse se fit connaître.

Dans ce récital, j’ai aimé encore la connivence entre Carla Pirès et ses trois musiciens dont la musique accompagne admirablement ses chansons. On sait que la capacité à s'adapter au chanteur, le doigté, le "pincé des cordes", la pureté des notes, l'accord entre les guitaristes, sont des éléments essentiels dans le fado. Admirative devant le talent de ses musiciens, c’est avec humilité que la chanteuse s’est éclipsée un moment de la scène pour laisser la première place à Bruno Mira. Dans un moment musical de toute beauté, nous avons pu ainsi découvrir les possibilités harmoniques de la guitare portugaise. Proche de la mandoline et appelée guitarra au Portugal, elle est en forme de cœur (disent les poètes) et possède douze cordes associées deux par deux.

Avec des arrangements parfois teintés de jazz, des échos de tango, des accents plus entraînants ont animé la fin du spectacle. Après plusieurs rappels enthousiastes et trois chansons supplémentaires, le récital s’est achevé sur « une marche à la joie », « Opovo canta na rua », rythmée par le claquement de mains des spectateurs et par leurs voix reprenant le refrain.

Et c’est avec regret que nous avons quitté la salle, la tête et le cœur pleins de la voix prenante de Carla Pirès, charmés par son fado, cette « épine amère et douce », ainsi que le qualifiait Amália Rodriguès.

 

Sources :

Programme de La Direction des Affaires Culturelles

http://www.portugalmania.com/culture/fado/guitare-portugaise.htm

http://www.espritsnomades.com/sitemusiquedumonde/fado/lefado.html

http://www.teiaportuguesa.com/terraeportucalensis/lasaudade.htm

 

 

 

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4 juillet 2015 6 04 /07 /juillet /2015 09:05
Elsa Béziers : une songwriter à Marson.

Elsa Béziers devant la Cave communale de Marson

(Photo ex-libris.over-blog.com, vendredi 3 juillet 2014))

 

Vendredi 3 juillet 2015, invitée par la municipalité de Rou-marson, la jeune chanteuse, auteur-compositeur, Elsa Béziers, proposait un concert à une centaine d’habitants de la commune. Sous l’ombrage des hauts arbres, devant la cave communale, et dans la chaleur du soir, accompagnée de son guitariste Jean-Paul et de son jeune ingénieur du son Mathys, elle a donné à entendre à un public attentif et charmé la variété de son talent.

Dans une relation simple et sans effets, elle a chanté un répertoire éclectique lui permettant de dévoiler l’ampleur et la profondeur de sa voix. Si Elsa s’est d’abord formée à la musique classique dès son jeune âge et a pratiqué le chant lyrique, elle a ensuite souhaité découvrir d’autres musiques et a étudié à la Tech Music School à Londres.  

Vivant dans la capitale londonienne, elle a bien sûr chanté avec rythme et maîtrise du rock anglais, des reprises des Pink Floyd et autres standards mythiques telle The House of the Rising Sun. Fidèle à la France, elle a rendu hommage avec force à Balavoine ou encore à Noir Désir avec Et le vent nous emportera.

Cependant, ce que j’ai pour ma part préféré, ce sont ses propres compositions aux titres évocateurs : To fill the silence ou Muddy memory. Chantés en français ou en anglais, accompagnés à la guitare acoustique ou à la guitare électrique, ses textes sincères et pleins d’émotion ont un accent mélancolique que sa voix profonde aux subtiles modulations sert avec bonheur. Elle y dit notamment l’amour dont sont en quête, à son image, des milliards d’êtres humains…

Ces deux heures de chanson ont été saluées par le maire de Rou-Marson, Rodolphe Mirande, qui a insisté sur ce moment de découverte d’une voix puissante et juste, qui contraste avec la tonalité douce de la voix de la chanteuse au quotidien.

Pour ma part, j’ai été impressionnée par le parcours musical d’Elsa que j’avais eue comme élève lorsque j’enseignais dans l’option-théâtre au lycée privé Saint-Louis de Saumur. Elle y dévoilait déjà un tempérament artistique certain que cette soirée amicale et estivale n’a fait que confirmer.

 

https://www.giggem.com/Elsa

Pour écouter Elsa :

https://soundcloud.com/elsa-b-1/keep-me-going?fb_action_ids=10206935014232266&fb_action_types=soundcloud%3Apublish

 

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31 juillet 2014 4 31 /07 /juillet /2014 11:26

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Gilles Servat en concert à Etel

(Photo ex-libris.over-blog.com, mercredi 30 juillet 2014)

 

C’était mercredi 30 juillet 2014, après une belle journée de soleil, et Gilles Servat, venu en voisin je crois de Locoal-Mendon, chantait au cinéma La Rivière à Etel. Devant le grand et vieux  rideau rouge, un peu mangé aux mites, le chanteur a d’abord cherché à savoir si le public l’entendait et le voyait bien. C’est sûr que ce n’était pas gagné avec toutes ces têtes chenues dans la salle, une sono et une lumière approximatives ! On a cherché à ouvrir le rideau mais ce n’était sans doute pas mieux et Gilles Servat a repris sa place initiale. De toute manière, lorsqu’il commence à chanter de sa voix puissante et caressante tout à la fois, même le granit en tremble !

Gilles Servat a entamé son récital avec deux chansons de ses anciens albums et notamment Je dors en Bretagne ce soir où il dit avec tant d’âme les ombres et lumières du « pays qui regarde la mer ». Ensuite, il nous a donné à entendre de nombreuses chansons de son 22ème et dernier album sorti en 2013, C’est ça qu’on aime vivre avec. Le titre est celui d’une chanson qui a donné lieu, à la fin du tour de chant, à une véritable leçon de « bretonnismes », les parlers de Groix à Nantes, en passant par Etel, Locoal-Mendon et Douarnenez. Saviez-vous qu’un « adam », c’est le premier rhum qu’on sirote au matin aux halles de Nantes ou qu’un « betterave », c’est un verre de rouge ? En amoureux des mots bretons, celui qui connaît le grec, le latin et l’irlandais ancien nous a plongés dans leur vie travailleuse et quotidienne. Gilles Servat explique dans une interview que cette chanson est « un hommage au parler des gens de chez nous, ceux avec qui j’aime vivre ». En l’écoutant, j’ai pensé au poète Gaston Couté, chanté par Gérard Pierron, et célébrant le parler « d’chez nous », celui de Meung-sur-Yèvre.

Gilles Servat a aussi évoqué ses proches à travers trois chansons. Son fils, d’abord, avec C’est mon gars, un texte tout empreint de tendresse et d’admiration paternelles : « C’est mon dragon des mangas/ Mon tigre blanc des taïgas… » Ensuite, avec une chanson à la mélodie légère et primesautière, ce sera Bleuenn, dans sa petite enfance de sept années, sa fille qui, devenue grande, chante avec son père dans son dernier CD. Enfin, à l’occasion des cinquante ans de Rozenn, sa compagne (« Cinquante ans, cinquante ans, priez pour elle ! »), En 62, quand elle est née nous a fait revivre les sixties et les seventies, en une rétrospective précise de sa vie : « C’est comm’ça que 33 ans plus tard/ Après une soirée musicienne/ Rozenn rattrapait son retard/ Et qu’ma vie devenait la sienne. »

Certes, pour beaucoup, Gilles Servat est le chanteur rebelle et militant. Ainsi, il ne pouvait pas manquer de chanter son succès mythique La blanche Hermine. Celui-ci n’a-t-il pas été repris récemment par les Bonnets rouges, tout comme il pourrait l’être pour une nouvelle géographie des régions, puisqu’il définit les frontières historiques de la Bretagne avec Fougères et Clisson ? Sans oublier de célébrer les bénévoles (sans qui nombre de festivals ne pourraient exister) avec Sur le front des bénévoles, Gilles Servat a rendu hommage au Peuple des Dunes, par le biais d’une chanson écrite par Brigitte Grésy. Elle y remémore le combat victorieux des habitants de la baie d’Etel contre le projet catastrophique d’une extraction de sable, destructrice de la faune et de la flore marines. Mobilisé entre 2005 et 2009, le Peuple des Dunes n’aura pas été le « dindon de Lafarge » ! L’indignation du chanteur éclate surtout dans une chanson au vitriol, La Paroisse de Prêchi-Prêcha. A l’occasion d’un voyage en Irlande et du film les Magdalena’s sisters, il fustige la pédophilie dans l’Eglise, les lâchetés auxquelles elle donne lieu et une vision conservatrice de la femme pécheresse. Ce qui impressionne chez Gilles Servat, c’est sa sincérité alliée à une force de conviction inentamée par les années. La chanson Sans d’mander la permission l’exprime à son tour avec puissance : « Nous-mêmes, nous-mêmes, mieux vaut l’aventure que la mort ! »

Cette rébellion viscérale, ce message qui dit à chacun de résister pour tenir debout, est bien sûr un des aspects essentiels du chanteur, mais ce à quoi je suis, pour ma part, le plus sensible, c’est à sa voix poétique. Lorsqu’il célèbre le moulin de Guérande « au grain de ses années » et les œillets pris dans le sel de Saint-Guénolé, c’est une Bretagne intime et viscérale qu’il chante. Lorsqu’il évoque Tad er martelod et qu’il transforme la mère du marin en père du marin pleurant son fils péri en mer, l’émotion est palpable : la mère de Dieu avait un corps à pleurer, le père du marin n’en a pas. Lorsqu’il chante La Forêt sur la rade, métamorphosant les mâts des bateaux en fûts des forêts, c’est le regard du poète, celui qui voit autre chose dans la réalité du monde. Lorsque, dans Hiérarchies, il s’imagine être au monde en de multiples avatars et qu’il souligne la relativité de nos existences dans l’univers infini, sa poésie se fait philosophie. Il l’affirme haut et fort : « Je ne chante pas que des textes militants, je cherche à partir des choses qui m’environnent, à créer des chansons universelles. » (23-24 juillet 2011, Ouest-France)

Après presque deux heures de chanson, avec beaucoup d’élégance et de délicatesse, Gilles Servat, toujours dans une proximité simple avec son public, s’est excusé d’avoir dû parfois reprendre une ou deux phrases à cause d’une lumière trop forte. Mais de cela, nul ne s’est soucié. Sa voix profonde, qu’il sait moduler avec tant de nuances, nous a envoûtés. Et je me suis dit que, depuis les années 70 où il nous a toujours accompagnés, nous et nos enfants, Gilles Servat, c’est vraiment celui « qu’on aime vivre avec » ! 


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Gilles Servat en concert au cinéma La Rivière à Etel

(Photo ex-libris.over-blog.com, mercredi 30 juillet 2014)

 

 


 

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5 avril 2014 6 05 /04 /avril /2014 17:11

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 Nathalie Lermitte, Jacques Pessis, Aurélien Noël,

dans Piaf, Une vie en rose et noir

 

Jeudi 03 avril 2014, le Théâtre Beaurepaire à Saumur proposait aux spectateurs de se souvenir d’Edith Piaf. Dans le cadre du Festival des 1001 Voix, créé il y trois ans par Silvio Pacitto, Jacques Pessis et Aurélien Noël entouraient la comédienne et chanteuse Nathalie Lermitte pour une évocation vibrante de Edith Giovanna Gassion, plus connue sous le nom de la Môme Piaf.

Créée en 2004, la pièce avait été alors jouée dans cinq théâtres parisiens, avait fait une tournée en France et avait reçu une nomination aux Molière. Le trio avait ensuite été convié en Europe, en Russie, au Liban, à Dubaï, à Doha, jusqu’à Tahiti et Shangai à l’occasion de l’Exposition Universelle de 2010. Ecrit par Jacques Pessis, ce spectacle a fait l’objet d’une nouvelle mise en scène par Nathalie Lermitte en 2013 et connaît ainsi une seconde vie.

La pièce commence au moment où trois comédiens répètent le spectacle qu’ils s’apprêtent à jouer sur Edith Piaf. Ils sont dans le décor d’une loge de théâtre. A jardin, un canapé revêtu de velours frappé violet devant un portant où sont accrochés des vêtements de scène ; en fond de scène, une table de maquillage et un miroir ; à cour, une chaise pour le musicien du « piano du pauvre » et  un autre portant.

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Aurélien Noël, champion du monde d’accordéon en 1999 a signé les arrangements musicaux. Il interprète avec discrétion la silhouette des hommes qui ont traversé la vie de la chanteuse : Paul Meurisse et son chapeau, Yves Montand dans son habit de cow-boy, Charles Aznavour, le confident et l’ami fidèle, Georges Moustaki l’indolent, son « homme », le boxeur Marcel Cerdan, Théo Sarapo, le mari de la fin de sa vie.

Jacques Pessis joue le rôle du narrateur et il joue les différents mentors : Louis Leplée qui la découvrira et la lancera, le compositeur Raymond Asso qui fit d’elle une musicienne professionnelle, Bruno Coquatrix dont elle sauvera la salle de L’Olympia grâce à une tournée mémorable. Jacques Pessis conduit avec aisance ce spectacle en le ponctuant d’anecdotes qui rappellent la personnalité hors norme de la chanteuse légendaire.

Les hommes comptèrent beaucoup dans la vie d’Edith Piaf. Outre les chanteurs que j’ai déjà évoqués et qu’elle contribua souvent à lancer en les conseillant et en les encourageant, il y eut son père Louis Gassion, avec qui elle chanta dans des cirques itinérants puis dans la rue ;  Marcel Cerdan, son grand amour brisé en plein vol le 28 octobre 1949, sans oublier son premier mari, le chanteur Jacques Pills, un des Compagnons de la Chanson, Jean-Louis Jaubert, ou encore Jean Cocteau, avec qui elle s’était liée de grande amitié et qui mourut vingt-quatre heures après elle. On apprend que le cadeau de bienvenue d’Edith à ses hommes était toujours le même : un briquet, une montre, une gourmette en or !

Les deux comédiens masculins donnent la réplique à Nathalie Lhermitte, littéralement habitée par le rôle de la chanteuse. Elle a une manière très subtile de s'approprier son personnage en ne reprenant que certaines attitudes et quelques gestes d'Edith Piaf. Contrairement à Marion Cotillard qui l’avait interprétée au plus près dans le film La Môme, elle ne cherche pas à l’imiter, gardant par exemple ses cheveux blonds. Ne joue-t-elle l’actrice en répétition ? J’ai bien aimé cependant la fin du spectacle, lorsque, ayant revêtu la célèbre petite robe noire, elle met aussi  une perruque pour ressembler à Edith Piaf vieillissante et qu’elle l’enlève ensuite.

Nathalie Lermitte a su retrouver la gouaille et le franc-parler de la chanteuse des rues et ses répliques font souvent mouche dans la salle, laissant fuser les rires. On a pu aussi admirer ses dons pour imiter la sonnerie et les conversations téléphoniques !  Elle nous donne aussi à lire dans l’âme d’une femme à la vie traversée, mouvementée, qui ne se départit jamais d’un optimisme viscéral malgré les chagrins d'amour, l’addiction à la morphine et à l’alcool, les douleurs de la polyarthrite rhumatoïde, les nombreuses opérations : une vie en rose et noir !

Mais, surtout, Nathalie Lermitte interprète avec passion les chansons de Piaf, qui viennent ponctuer toujours avec justesse le récit de sa vie. Sa voix modulée et puissante a su atteindre le public au plus profond. Et il le lui a bien montré en lui faisant une standing ovation et en la bissant. La comédienne, longiligne et fragile, a ainsi exprimé avec passion et conviction l’art et l’âme de celle qui disait : « Si je n’étais pas chanteuse, je serais morte ! »

 

 

 

 


 

 

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9 janvier 2014 4 09 /01 /janvier /2014 14:55

 

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La dédicace de Steph Moriarty sur le dernier album, Fugitives

(Photo ex-libris.over-blog.com, 24 décembre 2013)

 

Pour la deuxième ou la troisième fois, nous avons passé la soirée de Noël avec la famille de ma belle-fille, dont le cousin germain est le guitariste et contrebassiste du groupe Moriarty. Architecte de formation, il en est l'un des cinq membres masculins avec Thomas Puéchavy, Arthur B.Gillette, Charles Camignac et Eric Tafani, Rosemary Standley en étant la chanteuse. L’occasion, pour celui qui se surnomme Steph Moriarty, de nous dédicacer le dernier album du groupe intitulé Fugitives qu’il nous a gentiment offert. A main levée, sur la pochette conçue par lui, Clement Deuwe et Ondine Pannet, il nous a dessiné un de ces personnages de vagabonds qui sont au cœur de ce dernier opus. En effet, sur la pochette du  CD, on peut lire qu’il est un essai « to capture the elusive spirits haunting the tales of ghosts, thieves, outlaws and assassins… » 

Ce CD reprend donc les vieilles ballades des ancêtres du folk que sont Woodie Guthrie, Hank Williams et encore d’autres textes plus anciens dont on a perdu l’origine exacte. Mais il s’agit toujours d’histoires de mauvais garçons en perdition, de femmes aimées et abandonnées, d’êtres en errance sur la route. L’harmonica, la cithare électrique, le banjo, la guitare électrique, la variété des percussions, le rythme bien marqué, la voix claire de Rosemary Standley, dont on aime les aigus légers, confèrent à l’ensemble ce charme si particulier qui est la marque de fabrique de ce groupe atypique.

Atypique d’abord peut-être par le nom qu’il s’est choisi : Moriarty. On sait qu’il s’agit de Dean Moriarty, le nom du personnage de Sur la route (1957) de Jack Kerouac. On pourra s’étonner du choix d’un tel patronyme, celui de l’ami de Sal Paradise, mi-ange, mi-démon et devenu l’ « âme du Beat ». Substitut de Neal Cassidy, l’ami réel de Kerouac, il a « passé un tiers de sa vie dans les salles de billard, un tiers en prison et un tiers dans les bibliothèques publiques ». Sans doute est-ce parce que la parole de l'écrivain américain est une parole libre, pleine d'énergie, à l'image de ce qu'aspire à être celle de Moriarty.

Et tout comme le roman de Kerouac s’est construit au cours des nombreux voyages entre l’Est et l’Ouest américain, les chansons du groupe se créent, s’affinent, se précisent, trouvent leur tonalité juste au cours des tournées. Ainsi le groupe peut partir sur la route alors que le disque n’est pas encore enregistré et le public incarne alors le rôle d’agent extérieur avec lequel il faut jouer et composer.

Cet esprit d’indépendance, de liberté, qui est celui du personnage littéraire, s’exprime par ailleurs dans la volonté du groupe de s’affranchir des contraintes matérielles du show bizz. Après avoir enregistré son premier album (Gee Whiz But This Is a Lonesome Town, 2007) chez Naïve, il a choisi, en 2010, de créer sa propre maison de production, Air Rytmo « afin de se réconcilier avec sa propre lenteur » et de créer sans contraintes, à son propre rythme.

Steph Moriarty, dans une interview passionnante à Parallèle[s] explique le choix de ce nom surprenant. Six membres du groupe viennent d’horizons divers et ont des attaches notamment avec les Etats-Unis. Tout comme les personnages de Kerouac remettent en question certains aspects de la civilisation américaines, plusieurs de leurs parents ont fait ainsi le choix de quitter l’Amérique pour la vieille Europe.

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Steph Moriarty en train de dessiner sa dédicace sur l'album Fugitives

(Phot ex-libris.over-blog.com, le 24 décembre 2013)

 

Le contrebassiste poursuit en précisant que, pour le groupe, Kerouac est en fait un « stimulus de départ », qui joue le rôle de « déclenchement de la mémoire ». Il en retient la fluidité et la musicalité d’une prose spontanée. Il en aime la liberté de l’improvisation jazz qui invite à la surprise. Steph Moriarty reconnaît qu’au fil des concerts, des rencontres, le groupe découvre « un nouveau sens à ce nom ». Ce patronyme n’est-il pas irlandais, l'Irlande, ce peuple de voyageurs parti aux Etats-Unis et jusque dans la lointaine Australie ? A Adélaïde, au cours d’une de leurs tournées, les membres du groupe ont ainsi rencontré des Australiens, curieux de connaître ces musiciens qui avaient le même nom qu’eux !

Enfin, le musicien reconnaît, qu’au-delà de Kerouac, c’est sans doute le thème de l’immigration qui est fondateur et fédérateur. Soit l’immigration volontaire dont on vient de parler, soit l’immigration forcée, l’exil, qui est au cœur notamment de sa propre famille. Chaque membre du groupe a une culture musicale et des goûts différents ; pourtant, créant et composant ensemble, ils sont conduits inévitablement vers une forme de "créolisation de la musique", qui leur permet de faire vivre un langage commun.

C’est cela que j’aime dans la philosophie de ce groupe : tout comme les personnages de Kerouac sont ouverts à l’imprévu de toutes les rencontres, les membres de ce groupe, issus d’horizons différents, nous invitent à nous ouvrir à la culture de l’autre, celui que l’on rencontrera sur « sa » route.

 

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      Steph Moriarty

(Photo ex-libris.over-blog.com, 24 décembre 2013, Effet Holga)

 

 

Sources :

Le site de Moriarty : link

Parallèle[s], interview de Steph Moriarty

Daily Rock, interview de Rosemary Standley et Stephan Zimmerli

 

 


 

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2 juin 2012 6 02 /06 /juin /2012 22:34

 

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Famille d'immigrés dans le train, Izis, 1949

 

 

Dans Terre des hommes de Saint-Exupéry, on se souvient de la belle méditation humaniste de l’auteur, alors grand reporter, en partance pour la Russie, qui s’interroge sur les conséquences de la misère. Dans le train, mêlé aux immigrés polonais qui s’entassent en troisième classe, en route vers un destin tragique encore ignoré, il observe le bel enfant plein de promesses d’un de ces couples misérables. Dans le portrait sans concession qu’il en fait, ce n’est pas vraiment contre la misère qu’il s’insurge. Elle existe de fait et l’on s’y habitue, semble-t-il. Ici, on est loin du misérabilisme, de la charité et de la pitié dangereuse. C’est même avec une forme de cynisme assez déroutante qu’il s’élève plutôt contre la beauté flétrie dès l’enfance, contre le gâchis des dons et des talents.

 

"Je m’assis en face d’un couple. Entre l’homme et la femme, l’enfant, tant bien que mal, avait fait son creux, et il dormait. Mais il se retourna dans le sommeil, et son visage m’apparut sous la veilleuse. Ah ! quel adorable visage ! Il était né de ce couple-là une sorte de fruit doré. Il était né de ces lourdes hardes cette réussite de charme et de grâce. Je me penchai sur ce front lisse, sur cette douce moue des lèvres, et je me dis : voici un visage de musicien, voici Mozart enfant, Voici une belle promesse de la vie. Les petits princes des légendes n’étaient point différents de lui : protégé, entouré, cultivé, que ne saurait-il devenir ! Quand il naît par mutation dans les jardins une rose nouvelle, voilà tous les jardiniers qui s’émeuvent. On isole la rose, on cultive la rose, on la favorise. Mais il n’est point de jardinier pour les hommes. Mozart enfant sera marqué comme les autres par la machine à emboutir. Mozart fera ses plus hautes joies de musique pourrie, dans la puanteur des cafés-concerts. Mozart est condamné.

Et je regagnai mon wagon. Je me disais : ces gens ne souffrent guère de leur sort. Et ce n’est point la charité ici qui me tourmente. Il ne s’agit point de s’attendrir sur une plaie éternellement rouverte. Ceux qui la portent ne la sentent pas. C’est quelque chose comme l’espèce humaine et non l’individu qui est blessé ici, qui est lésé. Je ne crois guère à la pitié. Ce qui me tourmente, c’est le point de vue du jardinier. Ce qui me tourmente ce n’est point cette misère, dans laquelle, après tout, on s’installe aussi bien que dans la paresse. Des générations d’orientaux vivent dans la crasse et s’y plaisent. Ce qui me tourmente, les soupes populaires ne le guérissent point. Ce qui me tourmente, ce ne sont ni ces creux, ni ces bosses, ni cette laideur. C’est un peu, dans chacun de ces hommes, Mozart assassiné. »

 

La chanson d’Allain Leprest, « C’est peut-être », écoutée cet après-midi, m’a remémoré ce très beau texte. On y retrouve l’opposition entre une réalité décrite avec réalisme, voire brutalité, et l’absolu de l’Art, dont l’accès est interdit à l’enfant né dans la misère.

 

C’est peut-être

 

C'est peut-être Mozart le gosse qui tambourine
Des deux poings sur l'bazar des batteries de cuisine
Jamais on le saura, l'autocar du collège
Passe pas par Opéra, râpé pour le solfège.

C'est peut-être Colette la gamine penchée
Qui recompte en cachette le fruit de ses péchés
Jamais on le saura, elle aura avant l'heure
Un torchon dans les bras pour se torcher le cœur

C'est peut-être Grand Jacques le petit au rire bête
Qui pousse dans la flaque sa boîte d'allumettes
Jamais on le saura, on le fera maçon
Râpé Bora Bora, un mur sur l'horizon

C'est peut-être Van Gogh le p'tit qui grave des ailes
Sur la porte des gogues avec son opinel
Jamais on le saura, râpé les tubes de bleu
Il fera ses choux gras dans l'épicerie d'ses vieux

C'est peut-être Cerdan le môme devant l'école
Qui recolle ses dents à coup de Limpidol
Jamais on le saura, KO pour ses vingt piges
Dans le ring de ses draps en serrant son vertige

C'est peut-être Jésus le gosse de la tour neuf
Qu'a volé au Prisu un gros œuf  et un bœuf
On le saura jamais pauvre flocon de neige
Pour un bon Dieu qui naît, cent millions font cortège


Paroles: Allain Leprest. Musique: Richard Galliano 1992 "Voce a mano" © Saravah autres interprètes : Mon Côté Punk (2007)

 

 


 

 

 

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1 septembre 2011 4 01 /09 /septembre /2011 13:42
 
 
Dans la nuit du 14 au 15 août 2011, dans le village de Jean Ferrat en Ardèche, le chanteur-compositeur Allain Leprest (1954-2011), une grande voix poétique de la chanson française, a choisi de retourner dans sa préhistoire :
 
J'ai vu ma naissance
Et j'ai vu des sens
Interdit de voir
J'ai vu j'ai revu
Je suis revenu
Dans ma préhistoire
 
Le chanteur aux yeux bleu délavé, couleur de la Manche de ses origines, s'en est allé sur la pointe des pieds. Il faut dire en effet que les médias ont bien peu parlé de celui qui disait faire ses chansons « comme [son père] menuisier faisait ses chaises, en artisan exigeant ». Pourtant ceux qui l'ont connu n'oublieront pas cette voix éraillée de douleur et de vin, qui chantait des textes à fleur de peau et de chagrin.
La chanson intitulée « Nu » exprime un dénuement profondément intime. Elle m'apparaît comme le testament d'un poète maudit, que Nougaro qualifiait d' « un des plus flamboyants auteurs entendus au ciel de la langue française ».
 
Nu, j'ai vécu nu
Naufragé de naissance
Sur l'île de Malenfance
Dont nul n'est revenu
Nu, j'ai vécu nu
Dans les vignes sauvages
Nourri de vin d'orage
Et de corsages émus
Nu, vieil ingénu
J'ai nagé dans les cieux
Depuis les terres de feu
Jusqu'au herbes ténues
Nu, j'ai pleuré nu
Dans la buée d'un miroir
Le cœur en gyrophare
Qu'est-ce qu'on s'aimait... Samu
 
Nu, j'ai vécu nu
Sur le fil des songes
Les tissus de mensonges
Mon destin biscornu
Mais nu, je continue
Mon chemin de tempête
En gueulant à tue-tête
Les chansons des canuts
Nu, j'avance nu
Dépouillé de mon ombre
J'voulais pas être un nombre
Je le suis devenu
Nu, j'ai vécu nu
Aux quatre coins des gares
Clandestin d'une histoire
Qui n'a plus d'avenue
 
Nu, je suis venu 
Visiter en passant
Un globule de sang
Un neutrone des nues
Je voudrais qu'on m'inhume
Dans mon plus beau posthume
 
« Pacifiste inconnu »
 
 
 
Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,
Thème : sujet libre
 
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28 mai 2011 6 28 /05 /mai /2011 07:00

  croix de chemin

  Croix de chemin à Rou (Photo ex-libris.over-blog.com)

 

 

 

Lorsque je monte la petite rue où se situe ma maison, j’arrive à la lisière du village. Au carrefour, il y a cette fine croix de chemin, à la ciselure délicate, érigée sur son socle de pierre. Je ne sais quel fut son rôle exact. Fut-elle placée là pour exorciser la peur du carrefour, lieu de tous les dangers ? Est-ce une croix censée indiquer la limite du village ? Serait-ce une croix qui jalonnait le chemin des morts quand le convoi funéraire emmenait le défunt vers sa dernière demeure ?

Toujours est-il que, quand je passe devant elle à bicyclette, je pense à cette chanson de Louis Amade, chantée par Damia et Edith Piaf :

 

Mon Dieu qu’il y en a des croix sur cette terre

Croix de bois croix de fer, humbles croix familières

Petites croix d’argent pendues sur les poitrines

Vieilles croix des couvents perdus parmi les ruines

 

Et moi pauvre de moi j’ai ma croix dans la tête

Immense croix de plomb vaste comme l’amour

J’y accroche le vent j’y retiens la tempête

J’y prolonge le soir et j’y cache le jour

 

Et moi pauvre de moi j’ai ma croix dans la tête

Un mot y est gravé qui ressemble à souffrir

Mais ce mot familier que mes lèvres répètent

Et si lourd à porter que j’en pense mourir

 

Mon Dieu qu’il y en a sur les routes profondes

De silencieuses croix qui veillent sur le monde

Hautes croix du pardon dressées vers les potences

Croix de la déraison ou de la délivrance

 

Et moi pauvre de moi j’ai ma croix dans la tête

Immense croix de plomb vaste comme l’amour

J’y accroche le vent j’y retiens la tempête

J’y prolonge le soir et j’y cache le jour

 

Mais moi pauvre de moi j’ai ma croix dans la tête

Un mot y est gravé qui ressemble à souffrir

Mais ce mot familier que mes lèvres répètent

Et si lourd à porter que j’en pense mourir

 

 

Pour le Week-end du Petit Patrimoine de Hauteclaire.

 

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4 janvier 2010 1 04 /01 /janvier /2010 17:23



Lhasa-de-Sela-lhasadesela3.jpg



 

 

 

Aujourd’hui, on apprenait avec émotion la mort de la jeune chanteuse Lhasa de Sela, décédée d’un cancer du sein à l’âge de 37 ans.

Trop brève  existence et trop brève carrière, mais déjà tellement remplie, pour cette chanteuse américano-mexicaine qui avait trouvé à Montréal un endroit où poser ses valises. « N’importe où dans le monde, ce ne sera jamais comme à Montréal » disait-elle.

Née en 1972 dans une famille anti-conformiste, elle avait durant sa jeunesse connu une vie nomade dans un bus sur les routes du Mexique et des Etats-Unis. Nul doute que ces errances l’avaient ouverte aux beautés du monde et avaient inspiré par la suite ses chansons.

Sa musique chaude, intimiste, était exaltée par une voix cassée, voilée, qui évoluait du grave à l’aigu avec un égal bonheur. Elle avait composé des chansons aux influences multiples, tsigane, pop, blues, folklore mexicain, qu’elle pouvait chanter en anglais, en espagnol et en français. La Lhorona (La Pleureuse) en 1997, puis The living road en 2003, et enfin son dernier album, sorti en 2009, sobrement intitulé Lhasa, lui avaient valu une reconnaissance internationale. En 2005, elle avait été consacrée « Meilleure artiste des Amériques » aux Awards for Worldmusic de la BBC. Toujours curieuse de tout, elle préparait un album dans lequel elle voulait interpréter des chansons des artistes chiliens Victor Jara et Violeta Parra.

Certaines paroles de son dernier album, qui porte donc son prénom, résonnent tel un testament, comme si elle pressentait le tragique destin qui serait le sien. On écoute le cœur serré la première strophe de « Is anything wrong » :

I used to say

I’m ready show me the way

Then another year or two

Would pass by me

Dans la deuxième chanson “Rising”, elle se décrit emportée dans un orage :

I got caught in a storm

That’s what happened to me
So I didn’t call
And you didn’t see me for a while

[…] I was rising up

Dans “A fish on land”, elle s’interroge sur la vie:

I had a dream last night
A fish on land

Gasping for breath

Just laughed

And sang this song

Is life like this for everyone

Is life like this for everyone

Un intense sentiment de mélancolie nous gagne quand elle chante « Where do you go » :

Where do you go

When your tides get low

In the summer dress

Of your drunkenness
I go far from here

Where the silence sleeps

In the very deeps

Of the holy blue

And I dream of you

I dream of you

Petite araignée qui  se demande quand reviendra le bonheur :

Lonely spider waiting in her web

Hoping she can catch some happiness
Oh when will happiness come by again

Elle sait pourtant que la liberté- celle de l'au-delà de la mort?-viendra:
I have no way to prove it

No proof but I believe

A thousand and one nights of this

And then I will be free

Dans “I’m going in”, Lhasa ne nous dit-elle pas qu’elle s’en va ?

When my lifetime had just ended

And my death had just begun

I told you I’d never leave you
But I knew this day would come

A la dernière chanson de l’album, les larmes affleurent aux paupières:

The leaves are falling falling down

Down into sound and sun

And no one is afraid of you
And you’re not afraid of anyone

 

Lhasa, where did you go?


Lundi 04 janvier 2010. 

 

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5 novembre 2009 4 05 /11 /novembre /2009 17:59


Mercredi 04 novembre 2009, la grande salle de 900 places du théâtre du Quai à Angers accueillait Vincent Delerm pour son tour de chant intitulé Quinze chansons.


Delerme-au-piano.jpg


Dans un décor aux allures de cinéma- écran, rideau rouge, silhouettes d’acteurs du noir et blanc, sans oublier le lion rugissant de la Metro-Goldwyn-Mayer- le tranquille et à la fois bondissant Vincent Delerm, tout de noir vêtu, a chanté quelques anciennes chansons (Deauville sans Trintignant, Fanny Ardant et moi, La vipère du Gabon) et celles de son dernier album, largement inspirées par le cinéma. C’est cela qu’on aime dans ses chansons :  rencontrer des acteurs qui s’appellent tous Terence, arriver sur un générique de fin, avoir François de Roubaix dans le dos, être comme un chômeur fou dans un film de Ken Loach, et le soir regarder Scarlett Johanson dans le noir.

« Quand on a la chance que le public se déplace à un concert, il faut tout faire pour qu’il passe une bonne soirée. On ne peut pas se contenter d’aligner les chansons. » Aussi Vincent Delerm se transforme-t-il en un metteur en scène drôle, et fantaisiste qui crée une relation intime avec son public. Il conte des anecdotes improbables (comment un chanteur fait partie d’un jury de court-métrage, comment un couple cherche une place dans une salle de cinéma). Il entame un jeu de questions-réponses avec le public à propos de la chanson Les filles de 73, il laisse la salle reprendre en chœur le refrain de La vipère du Gabon.

Le tour de chant est jalonné de petites trouvailles inventives et poétiques : sur l’écran du cinéma de papa, on retrouve le décor de Jacques Tati, on voit avec mélancolie Antoine Doisnel, on entend la voix sensuelle de Fanny Ardant et celle si reconnaissable d’Alain Souchon, on écoute un monologue shakespearien drolatique, on revit son enfance avec les coupures publicitaires d’antan.

Les trois musiciens pleins de talent sont au diapason du chanteur. Frédéric Kret au violoncelle, Nicolas Mathuriau à la batterie et François Lasserre à la guitare, évoluent aussi aisément du piano classique au piano bastringue en passant par le clavier électrique.

Même si on peut regretter le procédé un brin récurrent de la succession de tableaux dans l’écriture des textes et les orchestrations, au demeurant très belles, qui couvrent parfois la voix de Vincent Delerm, on reste infiniment sensible à la facture classique de ces chansons (Delerm a travaillé avec Peter von Poehl, Ibrahim Malouf et Albin de la Simone) qui restituent avec tendresse et nostalgie, entre sourire et mélancolie, la petite musique du passé disparu, celle des "années soixante-dix/ dans le visage de Dewaere".

 


Jeudi 05 novembre 2009

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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