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24 mars 2011 4 24 /03 /mars /2011 08:26

  Elizabeth mauve

 

Elle s’appelait Elizabeth

Mais on préférait Liz

Ou Lizzie

 

Je ne sais qu’une chose

C’est qu’elle avait des yeux

Comme je n'en vis jamais

Des yeux bleu violet

Des yeux bleu violine

Des yeux bleu colombin

Des yeux bleu zizolin

De mauve et d'améthyste

De lilas et de parme

   

Le mystérieux charme

D’une dernière étoile

Dont je vois le reflet

Comme dans un œil d’or

 

 

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Catiechris : étoiles

 

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23 mars 2011 3 23 /03 /mars /2011 18:06

  Marché à port louis 2 P

  Marché à Port-Louis, Ile Maurice (Mars 2010)

 

Je voudrais tant m’en retourner

Au milieu des couleurs

Au milieu des senteurs

Des chants et des clameurs

Au loin très loin

Là-bas

Dans l’île

De Maurice d’Orange

Qu'on appelait de France

Dans la ville créole

Que Baudelaire aima

 

Sur le marché de Port-Louis

 

  Marché à port louis 1 P

Marché à Port-Louis, Ile Maurice (Mars 2010)

 

Nous y marchanderions

Nos dernières roupies

Et là nous remplirions

Nos paniers de raphia

Comme un vaste bazar

Tissus en cachemire

Fruit verdi du chouchou

Jaunissant giraumon

Brinzelle oblongue et mauve

Longiligne margoze

Lalo très recourbé

Limon ensoleillé

Bananes et papayes

 

 Marché Pointe aux piments

Etal à Pointe-aux-Piments, Ile Maurice (Mars 2010)

 

Dans l’air lourd et serein

Sous l’œil colonial

D’un gouverneur français

Sieur de La Bourdonnais

En ma bouche enflammée

Coulerait tout soudain

Le jus rouge et sucré

De la pomme d’amour

 

  

 

 

Pour la Communauté Entre Ombre et Lumière,

Thème : les marchés 

 

 

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22 mars 2011 2 22 /03 /mars /2011 11:20

  Printemps rocaille-copie-1

Les fleurs de rocaille dans le jardin

 

J’ai vu

Le jaune fou du forsythia

Effarant le soleil

Tout par-dessus le mur

Les fines herbes fébriles

Qui se haussent du col

Dans les deux pots jumeaux

Celles qu’on dit mauvaises

Têtues de vouloir-vivre

Et trouant le gravier

Le prunus rosé

Comme un Japon ancien

Dans le fond du jardin

 

printemsp prunus p

  Le prunus en fleur dans le fond du jardin

 

Le bois dur des rosiers

Frémissant de leurs feuilles

Résillées et pointues

Dans le cœur des palmiers

La dague dégainée

Droite et qui s’éploiera

L’efflorescence bleue

Arrondissant les angles

De la rude rocaille

Les arbres à papillons

Mûrissants leurs senteurs

Pour leurs hôtes futurs

 

Printemps poisson P

Les poissons rouges dans le bassin

 

Les poissons remontés

Des tréfonds du bassin

Que je ne peux compter

La jacinthe très bleue

Au parfum capiteux

Dans la terra cotta

  

Printemps jacinthe p

  La jacinthe bleue

 

Sous l’écorce grattée

Des très vieux althéas

Du vert à volonté

Les pigeons gris et blancs

Aux ronds roucoulements

Que je n’entendais plus

Désormais revenus

La mouche qui trottine

Au hasard musardine

Sur le tuffeau chauffé

De silencieux félins

Les chats de mes voisins

Marquant leur territoire

De leurs excréments noirs

 

Printemsp chat p

  Un chat dans les herbes

 

Le coq orange

Et arrogant

Ressuscité dans le regain

 

 Printemps le coq p

Le coq indifférent

 

Refusant son regard

Au tapis blanc des plumes

Eparpillées éparses

De la poule ventrue

De la poule perdue

Violentée

Par le renard roué

Et qui ne verra pas

L’éclatement ardent

De son mortel

Printemps

   

Printemps plumes P

  Le renard est passé

 

 

 

 

 

 

 

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21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 12:57

                            Yves Leclair                                             Commere    

                                                   Yves Leclair                                                                            Pascal Commère

 

Hier, dimanche 20 mars 2011, s’achevait Le Printemps des Poètes 2011, dont le thème était consacré à D’Infinis Paysages.

La librairie, Le Livre à Venir, sise rue de la Tonnelle à Saumur, avait convié Yves Leclair et Pascal Commère pour une lecture de poèmes. Albane Gellé, poète et âme de l’association Littérature et Poétiques, a d’abord présenté ces deux jeunes poètes quinquagénaires. Tous deux écrivains attachés à leur terre, le premier enraciné dans la craie angevine, le second dans la glaise bourguignonne, nous ont fait pénétrer avec une extrême simplicité dans l’intimité de leurs mots.

Pascal Commère, fils de jockey et familier des bêtes et des maquignons, nous a d’abord emmenés loin dans un grand mouvement vers Oulan-Bator, au galop précipité des chevaux de Mongolie. De retour sur ses terres de l’Auxois, il a su nous dire son voisinage fraternel et compassionnel avec le monde rural, longtemps et toujours fréquenté. Il nous a fait ressentir l’extraordinaire vibration des mouches vibrionnantes, et le monde secret que recèle le fil de la lieuse. Il a expliqué que l’écriture est née chez lui vers l’âge de six ans et que, s’il n’avait pas écrit, il serait sans doute déjà mort.

Quant à Yves Leclair, il souhaite que son écriture tende de plus en plus vers l’épure. La poésie pour lui s’apparente à la méditation philosophique et, ultime paradoxe, le point d’orgue de l’écriture, serait peut-être de ne plus écrire. Appuyé sur son « bâton de randonnées », il a nous donné de nous émerveiller devant la jonquille de mars dans son pot d’étain, de nous abandonner à la « contemplation en montagne », pour enfin nous enjoindre à partir en quête de notre « Orient intime ». Et il nous a confié que c’est, dans sa jeunesse, la main tendue du grand poète Yves Bonnefoy qui lui permit d’entrer en poésie.

Hier, dans une petite librairie fleurant bon les livres, nous avons rêvé des chevaux de Mongolie et de la Chine de Bashô, des douces collines aux confins du Morvan et d’un jardin angevin planté d’arbres fruitiers. Mais surtout deux poètes nous ont confié que les « infinis paysages » sont au plus près de nous, en nous, et qu’il nous suffit de savoir les regarder.

 

  Le livre à venir 21 rue de la tonnelle

Le Livre à Venir, 21, rue de la Tonnelle à Saumur

 

 

 

 

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21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 09:25

vent

 

 

Dimanche, 20 mars 2011, en lien avec l’association Plein Ecran, et dans le cadre du Printemps du Cinéma, le cinéma le Palace à Saumur diffusait deux films du cinéaste iranien Abbas Kiarostami : à 11h, Et le vent nous emportera (Bad ma ra khahad bord), de 1999, et à 20h Ten. L’après-midi, François Bégaudeau, parrain de Plein Ecran, proposait une analyse filmique du long métrage du matin.

Le vent nous emportera tire son titre d’un poème, emprunté à Forough Farrokhzad, une poétesse iranienne (1937-1967), et dont quelques vers sont prononcés par le personnage principal du film, interprété par  Behzad Dourani.

Le film raconte la venue d’un cinéaste (sans doute le double de Kiarostami), qui se dit ingénieur en télécommunication, dans un village isolé du Kurdistan, éclatant de soleil et pourtant appelé « la vallée noire ». On y découvre progressivement qu’il est là avec son équipe pour filmer un rite funéraire, et  notamment des pleureuses qui se griffent le visage. Il attend donc la mort d’une centenaire, qui ne se résigne pas à mourir. Au terme d’un lent parcours initiatique, guidé par un jeune garçon à l’étonnante maturité, Behzad, va peu à peu perdre sa superbe de citadin, secourir un blessé, s’ouvrir aux autres et à la beauté du monde. En dépit de la mort de la vieille femme, il repartira sans avoir filmé le rituel mortuaire.

La belle affiche du film, représentant l’immensité des blés blonds sous le soleil, est révélatrice de l’œuvre. Elle correspond au moment où Behrad tisse soudain des liens nouveaux avec le monde qui l’entoure, où il écoute le vieux médecin qui le transporte sur sa mobylette réciter des vers d’Omar Khayyam, où le vent souffle sur la mer des blés.

Pour clore ce Printemps des Poètes 2011, consacré à D’Infinis Paysages, voici ce poème que Behrad récite dans l’obscurité d’une cave à une jeune femme occupée à traire une vache. Si elle demeure invisible, (la technique du hors champ étant une des techniques favorites de Kiarostami), on entend ces vers magnifiques, emblématiques d’un film à la beauté irradiante et secrète.


Dans ma nuit, si brève, hélas 
Le vent a rendez-vous avec les feuilles. 
Ma nuit si brève est remplie de l'angoisse dévastatrice 
Écoute ! Entends-tu le souffle des ténèbres ? 
De ce bonheur, je me sens étranger. 
Au désespoir je suis accoutumée. 
Écoute ! Entends-tu le souffle des ténèbres ? 
Là, dans la nuit, quelque chose se passe 
La lune est rouge et angoissée. 
Et accrochée à ce toit 
Qui risque de s'effondrer à tout moment, 
Les nuages, comme une foule de pleureuses, 
Attendent l'accouchement de la pluie, 
Un instant, et puis rien. 
Derrière cette fenêtre, 
C'est la nuit qui tremble 
Et c'est la terre qui s'arrête de tourner. 
Derrière cette fenêtre, un inconnu s'inquiète pour moi et toi. 
Toi, toute verdoyante, 
Pose tes mains, ces souvenirs ardents, 
Sur mes mains amoureuses 
Et confie tes lèvres, repues de la chaleur de la vie, 
Aux caresses de mes lèvres amoureuses 
Le vent nous emportera ! 
Le vent nous emportera ! 

 

 

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21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 00:12

  -Lucia-KenHoward

  Lucia di Lammermoor (Natalie Dessay), Photo Ken Howard

 

 

Hier, samedi 19 mars 2011, au cinéma Le Palace de Saumur, le Met retransmettait en HD Lucia di Lammermoor de Gaetano Donizetti (1797-1848), dans la reprise d’une mise en scène très sobre de Mary Zimmerman, sous la baguette de Patrick Summers.

L’argument, adapté par le librettiste italien Salvatore Cammarano, fut établi à partir de la traduction italienne de Gaetano Barbieri, qui reprend une partie de l’intrigue d’un roman historique de Walter Scott, La Fiancée de Lammermoor (The Bride of Lammermoor). Avec Une Légende de Montrose, il appartient aux Contes de mon hôte (1819).

L’intrigue se situe en Ecosse, sous le règne d’Anne Stuart. Le roman raconte la passion tragique d’Edgar, maître de Ravenswood, et de Lucy Ashton, fille de l’ennemi héréditaire de sa famille, Sir William Ashton, qui a profité de sa ruine pour s’approprier ses biens. Lady Ashton, son épouse, joue un rôle machiavélique, tandis que Caleb Balderstone, un vieux domestique des Ravenswood, apporte la note comique à cette intrigue très sombre.

Salvatore Cammarano a supprimé le personnage de Lady Ashton la mère et de William Ashton le père. Exit aussi le frère cadet, Harry, pour ne conserver que l’implacable frère aîné Enrico. Il transforme de plus l’épisode final qui voyait Edgar enseveli dans des sables mouvants, pour lui préférer le suicide d’Edgardo. Il a ainsi centré l’histoire sur la passion des deux amants et situé l’action dans l’Ecosse de la fin du XVI° siècle, au moment où les Ashton, ennemis jurés des Ravenswood, ont pris possession de leur château de Lammermoor. Mary Zimmerman, pour sa part,  a choisi l'époque du XIX° siècle pour son adaptation.

Le livret précisé en mai 1835, Donizetti achève son opéra dans la fièvre, le 6 juillet 1835. Alors que le Teatro di San Carlo de Naples est au bord du gouffre financier, les répétitions de Lucia di Lammermoor commencent avec des interruptions, dues aux exigences de la cantatrice la Persiani. La création de l’opéra a lieu le 26 septembre 1835 et c’est un triomphe. C’est à ce moment précis que Donizetti devient le chef de file incontesté de l’école lyrique italienne, la mort de Vincenzo Bellini venant de surcroît à point nommé pour asseoir sa renommée montante.

Voici l’argument de cette intrigue tragique, qui se clôt par la folie et par la mort.

Acte I.

Les jardins du château des Ashton.

Après une brève et sombre ouverture, Enrico Ashton (Ludovic Tézier, baryton) pleure sur le destin de sa famille auprès du chapelain Raimondo (Kwangchul Youn, basse). Pour sauver sa lignée du déshonneur, il a conçu l’idée d’un mariage (« Cruda, funesta smania ») pour sa sœur Lucia (Natalie Dessay, soprano) mais elle s’y refuse. Normanno, le veneur (ténor), lui apprend qu’elle aime en fait Edgardo de Ravenswood (Josph Calleja, ténor). Enrico jure de séparer les amants.

Près d’un puits dans le parc du château.

Lucia attend la venue d’Edgardo en compagnie de son amie Alisa (mezzo-soprano), qui lui enjoint de renoncer à son amant. Lucia lui raconte qu’elle a vu en rêve le spectre d’une jeune femme assassinée par son amant, un Ravenswood (« Regnava nel silenzio »). Son corps se trouverait dans le puits. Survient Edgardo. Avant son départ pour la France, il s’apprête à demander la main de Lucia à son frère Enrico. Sa maîtresse l’en dissuade et Edgardo lui remémore son serment de vengeance contre les Ashton qui ont tué son père. La scène s’achève sur l’échange des anneaux entre les deux amoureux (« Quando rapito in estasi »).

 

Lucia et edgardo Ruby Whashington

Lucia (Natalie Dessay) et Edgardo (Joseph Calleja), Photo Ruby Whashington

 

Acte II.

Les appartements d’Enrico.

Le temps a passé et Lucia n’a plus de nouvelles d’Edgardo, car Enrico a donné l’ordre d’intercepter ses lettres. Il destine désormais sa sœur à Arturo Bucklaw (ténor). Après l’arrivée de ce dernier et des invités, Lucia, défaite, entre. Elle se plaint à son frère de son manque d’humanité, lui rappelant qu’elle a fait serment à Edgardo d’être sienne. Après avoir pris connaissance d’une fausse lettre, censée prouver l’infidélité de l’héritier des Ravenswood, Lucia se laisse convaincre par le chapelain d’épouser Arturo, en mémoire de sa mère. Elle est déterminée à se donner la mort après le mariage.

 

LUCIA Dessay and Tezier

Lucia (Natalie Dessay) et Enrico (Ludovic Tézier), Photo Ruby Whashington

 

Une salle décorée pour accueillir Arturo.

Arturo Bucklaw est accueilli par le chœur des invités. Enrico le met en garde contre la réaction de sa sœur. Celle-ci signe malgré elle le contrat de mariage. Edgardo surgit. Prend place un sextuor décrivant les événements (selon Puccini, un des plus beaux et des plus dramatiques morceaux d’opéra jamais écrits). Enrico, Arturo, Edgardo sont prêts à dégainer quand Raimondo brandit le contrat de mariage. Edgardo reprend l’anneau de sa fiancée et quitte les lieux en la maudissant.

 

-lucia-popup Ruby Whashington The NY times

Le contrat de mariage

 

Acte III.

Une salle de la tour de Wolferag.

Enrico provoque Edgardo en duel, pour venger l’honneur de leurs familles.

Les salons de réception de l’acte II.

Alors que les invités festoient pour le mariage, Raimondo leur annonce que Lucia a tué son époux dans un accès de folie. Elle arrive, vêtue de sa robe de mariée tachée de sang. Dans la remarquable scène de la folie (« Il dolce suono »), elle se voit en rêve unie à Edgardo. Elle confond son frère Enrico avec son amant et implore son pardon. On l’emporte mourante.

Les tombes des Ravenswood.

Alors qu’il ignore tout du sort tragique de Lucia, Edgardo se prépare au duel avec Enrico. On lui apprend qu’elle se meurt en répétant inlassablement le prénom d’Edgardo. Quand le glas tinte, il comprend que Lucia est morte et il se donne la mort.

 

Le casting de ce superbe opéra, aux airs célèbres proches du bel canto, est des plus séduisants. Ludovic Tézier interprète Enrico, le méchant de la pièce, celui qui menace sa soeur et hurle sa haine de sa rocailleuse voix de basse. Son abondante chevelure ondulée, son profil en bec d’aigle, sa stature rigide, confèrent au défenseur de la lignée des Ashton une présence et une prestance impressionnantes.

Edgardo, l’amant dupé par le frère et qui se croit trahi par Lucia, est chanté par le ténor Joseph Calleja. Son jeu et son chant montent en puissance tout au long de l’opéra, pour trouver leur point d’orgue dans la scène où s’exhale sa souffrance, lorsqu’il apprend la mort de Lucia. Du haut de son imposante stature, à travers sa voix qui s’adoucit dans la ferveur et la douleur, il parvient à faire passer une émotion extraordinaire, et son regard est brillant de larmes contenues. L’aria de sa propre mort est un moment d’une intensité rare.

 

Lucia Edgardo dans le cimetière

Edgardo (Joseph Calleja), près des tombes des Ravenswood

 

Quant à Kwangchul Youn, qui interprète Raimondo le chapelain, observateur lucide des égarements de la passion, il est le pilier moral de l’intrigue. Il est celui qui convainc Lucia d’épouser Arturo, et qui parvient à convaincre le public grâce à sa riche et chaude voix de basse.

Mais c’est bien sûr Natalie Dessay, la prima donna sanglante, qui recueille tous les suffrages. Dans la coulisse, elle explique à Renée Flemming que, si elle préfère les œuvres plus légères, elle est parfaitement à l’aise dans ce rôle, dont elle rêva pendant une quinzaine d’années, et qu’elle n’a depuis 2001 cessé d’interpréter (2004 à Chicago, 2006 à l’Opéra Bastille dans une mise en scène d’Andrei Serban, dirigée par Evelino Pidô, 2007 et 2008 au Met). Il faut dire que, lors de la scène de la folie, dans sa robe nuptiale ensanglantée, elle est stupéfiante de maîtrise et d’expression dramatique. Ne dit-elle pas vouloir rechercher « l’état » plutôt que de le mimer ?

Son expérience déjà longue de la scène fait que, désormais, elle sait s’imposer une distance vis-à-vis du rôle, ce qui lui permet d’aller beaucoup plus loin dans l’état recherché. La maîtrise capitale de la voix, de la respiration, de la diction (« Pour moi il n’y a pas de grand chanteur sans grand diseur », explique-t-elle), lui donne toute latitude pour « improviser » et trouver à chaque fois le paroxysme du sentiment. Sa réflexion approfondie sur le jeu de l’acteur, ses lectures de Stanislavski et des théories classiques sur le théâtre, lui ont enseigné que la démarche sur scène de l’acteur est très proche de celle du chanteur. Etre en mouvement sur scène l’aide à oublier qu’elle chante : « Lorsque je fais autre chose », dit-elle, « je n’y pense pas et je peux me concentrer sur le jeu. » Mais chanter demeure une technique. « Je parlerais plutôt d’un tourbillon où, d’un côté, on est complètement dans le personnage et, de l’autre, on est à l’extérieur en train de se contrôler et de contrôler comment on chante […] il faut lier ce relâchement physique et cette gestion mentale de l’épreuve. »

Dans ce rôle, Natalie Dessay est toute de fragilité dans l’amour et de force terrifiante dans la folie. Dans cette scène emblématique du rôle, il faut la voir évoluer des plus doux arpèges  amoureux aux accents de la folie la plus convaincante. Lorsque les invités du mariage la regardent, le poignard à la main, descendre l’escalier dans sa robe tachée du sang d’Arturo, elle chante avec une intensité d’une clarté qui fait frémir. Qu’elle déchire son voile de mariée, qu’elle roule en bas des dernières marches, qu’elle danse avec Enrico confondu avec son amant, qu’elle revienne soudain à elle-même et demande le pardon des hommes, elle est bouleversante de justesse et d’une extraordinaire vérité tragique. La soprano colorature joue ici sa partition la  plus magistrale, transcendant sa virtuosité technique par une expression enflammée de l'élément dramatique.

 

 lucia-di-lammermoor

Lucia dans la scène de la folie (Photo AP)

 

Dans cette version qui soutient la tension de bout en bout, la mise en scène de Mary Zimmerman est à l’unisson d’un spectacle très homogène et très esthétique. La transposition opérée au XIX° siècle par Mary Zimmerman place l’œuvre dans une perspective romantiquement noire, qui est ici excellemment rendue.

La nature, les spectres, l’eau mortifère du puits, la lune maléfique, y ont une place de choix. Dans la scène 1 de l'acte I, les arbres noirs, les chasseurs et leurs torches, les magnifiques chiens griffons gris, créent une atmosphère crépusculaire, préfigurant la tonalité générale de l’ensemble de l’opéra. La scène près du puits entre Lucia et Alisa est de toute beauté, avec l’apparition du délicat spectre blafard de la femme assassinée par un Ravenswood, double prémonitoire de Lucia, et qui disparaît lentement dans le puits. Dans la dernière scène, l’atmosphère de gothique fantastique est rendue par les silhouettes des tombes de la famille Ravenswood, tandis que des témoins en noirs, portant des parapluies, semblent tout droit sortis d’un film de Murnau. De l’au-delà de la mort, Lucia réapparaît, dans la robe du spectre de l’acte I, et elle guide son amant dans son geste suicidaire. L’ensemble est dominé par une gigantesque lune blafarde, Hécate maléfique, gardienne des amours maudites, nées sur la lande hantée de Lammermoor.

Les couleurs de cette mise en scène, servie par les décors évocateurs de Daniel Ostling, sont à l’unisson de ce choix éminemment romantique. L’ensemble baigne dans des tonalités éteintes, nuances de gris, de parme, de beige, de noir. A cet égard, le sombre costume de Lucia, imaginé par la costumière Mara Blumenfeld, au premier acte, fait songer à un très beau tableau de Carolus Duran, figurant une amazone. Dans cette palette mélancolique, symboles éclatants de la passion de Lucia, intenses et vibrantes, deux couleurs surgissent. C’est d’abord le rouge de sa tenue, lors de la signature du contrat de mariage, puis celui du sang qui éclabousse sa robe nuptiale. C’est ensuite le blanc de cette même robe de mariée et de celle du spectre. Le choix de la couleur rouge en particulier, s’il connote bien évidemment la passion souveraine, est aussi révélateur d’un personnage féminin qui se rebelle contre les codes d’une société patriarcale inhumaine.

Et, s’il ne fallait retenir qu’une seule image de cet opéra, une des créations les plus fortes et les plus puissantes de la période romantique précédant Verdi, c’est que la mariée y était en rouge…

 

  lucia-di-lammermoore sur escalier

 

 

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Lucia_di_Lammermoor

Interview de Natalie Dessay par Etienne Billault pour Evène, Novembre 2006

Extrait de l’article « La genèse d’un chef-d’œuvre et ses trois créateurs, Jacques Gheusi, Lucia di Lammermoor », L’Avant-Scène Opéra

 

 

 

 

 

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19 mars 2011 6 19 /03 /mars /2011 08:53

  Redon Sita 1893

Sita, 1893, Odilon Redon

 

 

Où m’en vais-je ainsi

Quand je rêve

Et que je m’ensommeille

Enfin abandonnée

Aux mirages flottants

Qui courent sous mon front

Comme des fils de la Vierge

 

Quel est donc ce pays que je ne connais pas

Où je suis délivrée de mon corps pesant

De l’espace et du temps

De la griffe et du vent

Du sang et des grimaces

De l’homme qui s’en va

Et qui ne revient pas

 

Je crois redevenir

Cet éternel enfant

Qui riait vaguement

Dans les eaux maternelles

Et dont les mouvements

Harmonieux et dansés

Etaient un friselis sur un rond ventre blanc

 

Et je sais que c’est là

Dans l’œuf originel

La matrice amoureuse

Le mystérieux Graal

Que je retournerai

Y rêver pour jamais

Mon songe éternité

 

 

 

Pour Le Casse-Tête de la Semaine de Lajémy,

Thème : Rêve Party

 

 

 

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18 mars 2011 5 18 /03 /mars /2011 14:57

 

Fritillaire P

Quatre fleurs de fritillaire "oeuf de pintade" (Jeudi 17 mars 2011)

 

 

 

Dans le petit chemin où courent les poneys

Vers la peupleraie haute aux arbres clairsemés

J’ai vu la fritillaire pintade bien nommée

Sommeillante dans l’herbe humide et piétinée

 

Etrange campanule à la robe en damier

Pointillisme blanchâtre mauve violacé

Nom d’un cornet à dés et d’un gallinacé

Humble fleur solitaire au destin menacé

 

Dans le petit chemin où courent les poneys

Dans un galop rapide une fuite endiablée

J’ai vu la fritillaire et sa tige dressée

Sur le vert-de-grisé sa clochette inclinée

 

Fragile fritillaire au charme très secret

Eclose au mois de mars et morte au mois de mai

Tu ornes les sentiers tel un rose collier

Mais ton parfum discret est bien empoisonné 

 

 

 

 

                                                                                                                                                                                    Poneys PLes poneys dans la peupleraie (Jeudi 17 mars 2011)

 

 

 

 

 

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18 mars 2011 5 18 /03 /mars /2011 10:34

  pablo-picasso-mendiant-et-enfant

Mendiant et enfant, Pablo Picasso

 

 

 

Assis en tailleur

Devant les vitres

Brillantes et bruyantes

Du Monoprix qui crie

Sur sa couverture rapiécée

Effrangée et salie

Vieux bouddha oublié

Aux yeux demi-fermés

Il attend

 

Quoi ?

 

La piécette jetée

Dans la sébile en fer

Le kawa clairet

Dans la tasse en carton

Le jambon périmé

Laissé sur le marché

La pomme rongée blette

Tombée dans la poubelle

Le filet d’eau glacée

Dans la douche cassée

Du froid foyer d’accueil

 

Sous son front

Le brouillard du vide

Dans ses yeux

Le trou noir de l’indifférence

Dans sa bouche

Le goût amer de la solitude

Sur sa peau

Les crevasses du manque et de l’oubli

Dans ses membres

La lassitude des errances

 

Le temps passe

Et repasse

Les gens passent

Et repassent

 

Lui

Il attend

La fin

De sa nuit

 

 

 

Pour Papier Libre de Juliette,

Thème : Attente

 

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17 mars 2011 4 17 /03 /mars /2011 09:28

  Orion guidé par cédalion poussin

Orion aveugle guidé par Cédalion et Diane dans le ciel, Nicolas Poussin

 

 

 

Orion mon beau chasseur

Que t’est-il advenu

Toi le grand massacreur

Dans les forêts feuillues

 

Orion mon doux veneur

Pourquoi t’ai-je perdu

Toi l’époux de Sidé

Le fils d’Euryalé

 

Orion mon rabatteur

Amant de Méropée

Désiré par l’Aurore

Pourquoi m’as-tu quittée

 

  orion-et-diane

Orion et Diane, Giorgio Ghisi

 

Orion mon fin pisteur

Toi le marcheur marin

Des flots bleus le gardien

Où t’en es-tu allé

 

Orion mon géant fou

Toi qui fus aveuglé

Guéri par le Soleil

Et ses rayons dorés

 

Moi qu’on dit vengeresse

N’ai-je pas accepté

Qu’au lancer du rond disque

Tu oses me défier

 

  Image d'orion dans le ciel

Image d'Orion dans le ciel

 

Orion mon victorieux

Des animaux sauvages

Le perfide scorpion

Piqua-t-il ton talon

 

Moi qui fus chasseresse

Ton amante rivale

T'aurais-je de mes flèches

Criblé et transpercé

 

Orion  mon sauvage

Jalousé d’Apollon

Aurais-je été dupée

Et t’aurais-je tué

 

 orion constellation

Constellation d'Orion

 

Orion mon bel amant

Ah que le cœur me fend

Dans la nuit hivernale

Redeviens mon féal

 

Orion mon fier Orion

Attache ta Ceinture

Lève ton Bouclier

Ceins ton grand Baudrier

 

Orion  mon compagnon

Dans le ciel infini

Sans fin nous chasserons

Dans les constellations

 

  Orion nébuleuse

La nébuleuse d'Orion

 

 

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Catiechris : planètes, infini, poussières d’étoiles…

 

 

 

 

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Published by Catheau - dans Jeudi en Poésie
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Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons-nous d'ahan

Ton cours vers d'autres nébuleuses

 

La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

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