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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 17:42

  Cardamane Pr

Fleurs de cardamine dans le sous-bois (Vendredi 1er avril 2011)

 

 

 

C’est un premier avril

Et le printemps jubile

Tout de vert et de blanc

Sous un ciel insolent

 

C’est un premier avril

Et le geai volubile

Surpasse le coucou

Coureur de guilledou

 

C’est un premier avril

Et le chemin distille

Les chaleurs des sylvains

Sous les aiguilles de pin

 

C’est un premier avril

Eclatant de béryl

Le sous-bois s’illumine

Des fleurs de cardamine

 

 

 

 

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31 mars 2011 4 31 /03 /mars /2011 18:44

Bretonnes sur le quai Charles Cottet

Bretonnes sur le quai, Charles Cottet

 

A Gabriel Vicaire

 

C’est Marivône Le Guînver,

Avec ses coiffes de batiste,

C’est Maryvône Le Guînver

Qui passe sa vie à rêver.

 

Marivônic, Dieu vous assiste

Dans l’avenir et le présent !

Marivônic, Dieu vous assiste :

Votre regard paraît triste !

 

Marivônic s’en va disant

Aux bateliers de la prairie,

Marivônic s’en va disant :

« N’est-ce pas l’heure du jusant ? 

 

« Et n’a-t-on pas vu, je vous prie,

Dans le chenal de Kerenor,

Et n’a-t-on pas vu, je vous prie,

Le vaisseau de sa seigneurie,

 

« Le beau vaisseau d’ivoire et d’or

Avec des mâts en palissandre,

Le beau vaisseau d’ivoire et d’or

De monseigneur Hadanic-Vor ? »

 

II

 

Hélas ! le soir tombe et mêle sa cendre

Aux brouillards légers qui montent des eaux,

Et les bateliers n’ont rien vu descendre

Sur le chenal bleu bordé de roseaux.

 

Mais Marivônic espère quand même,

En vain le temps passe, elle attend toujours,

Et, pour faire honneur à celui qu’elle aime

On ne la voit plus qu’en riches atours.

 

Regardez ! Sa coiffe est toute en batiste.

Ah ! qu’elle est jolie avec son justin

Où de fins galons, couleur d’améthyste,

Courent sur la laine et sur le satin !…

 

Et l’année ainsi va chassant l’année.

Marivône est vieille et marche à pas lents,

Et rien n’a changé dans sa destinée,

Sinon qu’aujourd’hui ses cheveux sont blancs.

  

III

 

Et la voilà vieille, vieille,

Au point qu’elle n’a, dit-on,

Sa pareille

Dans aucun bourg du canton.

 

Ses beaux yeux n’ont plus de flamme ;

Elle tremble au moindre vent ;

Mais son âme

Est aussi jeune qu’avant,

 

Et sous son hoqueton jaune,

Malgré l’âge et le besoin,

Marivône

Est toujours mise avec soin.

 

Songez donc, si tout à l’heure

L’impatient jouvenceau

Qu’elle pleure

Débarquait de son vaisseau

 

Et s’en venait d’un air tendre,

Avec deux ménétriers,

Pour lui tendre

L’anneau blanc des mariés !

 

IV

 

Or, un jour de printemps que la brise était douce,

Le beau vaisseau parut au détour du chenal,

Le jusant vers la mer l’entraînait sans secousse

Et ses hunes baignaient dans le vent matinal.

 

Mais à mesure aussi qu’il approchait des berges

On voyait que ses mâts étaient tendus de deuil.

Ses sabords restaient clos et quatre rangs de cierges

Flambaient sur le tillac autour d’un grand cercueil.

 

Marivône en silence attendait sur la grève,

Ses yeux gris avivés d’on ne sait quel éclat,

Car elle discernait maintenant qu’aucun rêve

N’a d’accomplissement sinon dans l’Au-Delà.

 

Elle portait toujours son vieux hoqueton jaune

Et, quand le noir vaisseau l’eut prise sur son bord,

A pas menus, les paumes jointes, Marivône

Alla s’agenouiller devant le prince mort.

 

Elle pria longtemps en fervente chrétienne,

Puis, disposant la couche où dormait son amant,

Elle étendit sa tête au chevet de la sienne,

Fit un signe de croix et mourut doucement.

 

J’aime beaucoup ce poème de Charles Le Goffic, qui appartient à une série de sept poèmes, regroupés dans Petits Poèmes, dédiés à José-Maria de Heredia. A travers une aura de légende, le poète y dit l’attente éternelle de celle dont l’amant est parti sur la mer. Tout une vie s’y déroule, de la jeunesse à la vieillesse de Marivônic, amoureuse éperdue de son prince. Les « mâts tendus de deuil » m’évoquent la voile noire du bateau de Tristan. Marivônic meurt d’amour, tout comme succomba Yseut la Blonde, croyant que Tristan était mort.

Pour dire cette tragique histoire de la femme qui reste à terre, Charles Le Goffic a su varier avec art le rythme des vers. Usant de l’octosyllabe (I), du décasyllabe (II), de l’heptasyllabe et du trisyllabe (III), et enfin de l’alexandrin (IV), multipliant les enjambements, il nous donne à voir et à entendre cette éternelle amoureuse au bout du quai, dont la vie ne fut qu’un rêve d’amour.

 

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Hauteclaire : Légendes de mer

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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29 mars 2011 2 29 /03 /mars /2011 07:45

   Père et fils P

  Père et fils aux courses (Dimanche 04 octobre 2010, Qatar Prix de l'Arc de Triomphe)

 

Ils sont allés

Au paddock

Ils les ont vu tourner

Ils les ont admirés

Ces Pégases ailés

Ces chevaux très racés

Il lui a expliqué

Les casaques en couleurs

La folie des parieurs

Ils ont lu les journaux

Vu les dames à chapeaux

Ils ont poussé des cris

Leurs jumelles brandies

Trépigné transpiré

Devant la piste verte

Quant passent les chevaux

En sauvage galop

 

Il sont là tous les deux

Semblables et heureux

Ils sont là deux jumeaux

Dans l’amour des chevaux

 

 

Pour la communauté Entre Ombre et Lumière,

Thème proposé par Alain : sur les pas de Doisneau,

Scènes de vie en noir et blanc 

 

 

 

 

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28 mars 2011 1 28 /03 /mars /2011 16:18

  la nuit du chasseur love and hate

  Les tatouages sur les mains de Harry Powell (Robert Mitchum)

 

Décidément, incarner le Mal sied à Robert Mitchum. Le mercredi 09 mars 2011, sur Arte, hallucinant de méchanceté brutale dans un thriller « flippant », il m’avait mis les nerfs à vif dans le film éponyme de Jack Lee Thomson (1962). Et voici que je le revois, au comble de la haine, lundi 21 mars, toujours sur Arte, dans un film devenu culte, La Nuit du Chasseur (1955), de Charles Laughton, adapté d’un roman de Davis Grubb, publié en 1943.

Cet acteur anglais, dont le coup d’essai filmique fut un coup de maître, explique avec humour  son propos : « Lorsque, autrefois, j’allais au cinéma, les spectateurs étaient rivés à leurs sièges et fixaient l’écran, droit devant eux. Aujourd’hui, je constate qu’ils ont le plus souvent la tête penchée en arrière, pour pouvoir mieux absorber leur popcorn et leurs friandises. Je voudrais faire un film en sorte qu’ils retrouvent la position verticale. » C’est peu de dire qu’il y a réussi et que le spectateur se redresse d’horreur devant  ce film, unique dans l’histoire du cinéma, et unique pour son auteur qui n’en réalisa jamais d’autre.

Ce film inclassable, réalisé en noir et blanc, à une époque où l’on privilégie désormais la couleur, et tourné en trente-six jours, raconte l’histoire d’un faux pasteur assassin de veuves, Harry Powell (Robert Mitchum, sans doute son plus grand rôle), qui cherche par tous les moyens à récupérer un magot de 10 000 dollars. C’est un camarade de cellule, condamné à mort pour vol à main armée suivi de deux meurtres, Ben Harper (Peter Graves), qui lui en révèle l’existence, alors qu’il se retrouve en prison pour avoir volé une voiture. Libéré, Powell n’aura de cesse de retrouver la famille de Ben, d’épouser sa veuve, Willa Harper (Shelley Winters), de la tuer, de terroriser ses deux enfants, John (Billy Chapin) et Pearl (Sally Jane Bruce), afin de faire main basse sur le butin. Le châtiment divin s’abattra sur lui, tandis que les deux enfants seront sauvés par une femme au grand cœur, Rachel Cooper (Lilian Gish).

Ce film sur l’enfance, le réalisateur l’explique ainsi : « Notre thème, comme celui du livre original, se limite à l’épreuve des petits enfants qui doivent apprendre ceci : le Mal a de multiples visages et la bonté surgit parfois où on l’attendait le moins. Nous n’avons pas cherché le symbole mais nous avons recréé le rêve. »

L’onirisme est en effet partout présent dans ce film, où tout est vu à hauteur d’enfant, à travers les yeux de John Harper, le frère de Pearl, à qui il a fait jurer de ne jamais dévoiler à quiconque que le butin est caché dans sa poupée. Nous sommes dans le domaine du conte et tout y est possible.

L’emploi du noir et blanc favorise la création d’une atmosphère fantastique, créée par le chef opérateur Stanley Cortez (La splendeur des Amberson…). On n’est pas près d’oublier la silhouette inquiétante du pasteur au chapeau noir, se profilant sur le mur de la chambre des deux enfants, la lumière mortifère baignant la chambre de Willa Harper, allongée telle une gisante, offerte au couteau de Harry Powell, et Willa, assise dans la voiture précipitée au fond de l’eau par l’assassin, ses chevaux flottant comme des algues.

 La nuit du chasseur nuit

  La nuit sur la rivière

 

On n’oubliera pas non plus les nuits pendant lesquelles les deux enfants fuient dans la barque du père, que le vieil ami alcoolique de John n’aura pas eu le temps de calfater, et qui les emporte au gré du courant. Veillés par toute une faune nocturne, lapin, renard, chouette, grenouille, tortue, et tandis que scintille le ciel noir, ils dorment dans la barque secourable. Epopée onirique, atmosphère de merveilleux, pour un conte où deux enfants cherchent à échapper à l’ogre qui les poursuit. Superbe image, à cet égard, d’une toile d’araignée encadrant la barque qui glisse au fil de la rivière. Parviendront-ils à échapper au piège tendu par l’homme du Mal ?

Le noir et blanc concourent excellemment à faire de ce film une réflexion sur le Bien et le Mal. Le noir est au service des lieux sombres (la cave, la nuit), qui sont toujours les zones dangereuses tandis que le blanc connote toujours l’innocence. Certes, le film est manichéen avec les deux mondes en lutte, représentés par les tatouages, Love et Hate, sur la main droite et la main gauche du faux pasteur. Certes, ce combat peut paraître simpliste, lorsque Harry Powell le mime au moyen de ses deux mains. Mais c’est sans doute cette même simplicité extrême, cette épure, qui confère au film toute sa puissance d’expressivité. Nombre de réalisateurs ne s’y sont pas trompé, qui se réfèrent à ce long métrage comme à un modèle exemplaire jamais égalé.

Le film intéresse encore par le contexte sociologique qui y est véhiculé. Nous sommes dans les années 30, au moment de la Grande Dépression, quand une multitude d’enfants orphelins courent les routes en quête de nourriture, quand les hommes cherchent du travail pour survivre (« On demande  des ramasseurs de pêches », lit-on sur une pancarte). C’est l’époque où les Américains sont prêts à trouver des boucs-émissaires pour exorciser leurs peurs et l’on voit la foule, prête à lyncher Harry Powell, au moment de son procès. Le temps encore où il sont prêts  à retomber dans leurs égarements religieux fanatiques. Willa Harper ne harangue-t-elle pas les foules dans la crainte du Jugement dernier, après son mariage avec le faux pasteur ? Harry Powell n’a-t-il pas une conception rétrograde de la femme en qui il voit la Tentatrice suprême ?

La religion est présente encore, mais d’une manière très poétique, avec les récits de la Bible que raconte Rachel Cooper aux enfants (Clary, Mary, Ruby, John, Pearl) qu’elle a recueillis. John est particulièrement séduit par l’histoire de Moïse sauvé des eaux. Il y retrouve en effet sa propre histoire et celle de Pearl, échoués en barque, dans les roseaux au pied de la maison de leur protectrice. En filigrane plane le récit de la fuite de Jésus en Egypte, afin d’échapper au massacre des Innocents, fomenté par le roi Hérode.

Ce film est sans doute aussi l’un des plus beaux films jamais réalisés sur l’innocence et sur l’enfance. L’on y découvre la fragilité de celle-ci (« Les enfants sont des victimes ») mais aussi leur étonnante maturité et leur force (« Les enfants supportent tout ! »). On y voit la puissance de l’attachement de John à son père, la violence du traumatisme subi par le fils lors de l’arrestation de Ben Harper, ceinturé et couché à terre par les policiers, traumatisme revécu par l’enfant lors de l’arrestation de Powell, qu’il ne dénoncera pas. Attachement filial que Pearl, plus petite et inconsciente de sa duplicité, voudrait reproduire avec le pasteur. On y perçoit l’étonnante lucidité des enfants, qui ont des antennes et comprennent certaines chose intuitivement, et l’invention dont ils font preuve pour échapper à leurs bourreaux. Le film dit aussi l’éveil de la sensualité adolescente avec le personnage de Ruby, qui tombe amoureuse du pasteur.

 

La nuit du chasseur john et powell

  Harry Powell le pasteur menaçant John Harper (Billy Chapin)

 

La Nuit du Chasseur est un film sans concession, qui filme le Mal à l’état pur et fascine par son âpreté. C’est Harry Powell ouvrant son canif dans sa poche alors qu’il regarde une femme en train de danser ; c’est le même Powell, brandissant la lame pour tuer Willa Harper sans aucun état d’âme ; c’est enfin le pasteur menaçant John dans la cave, laissant glisser le couteau le long de son cou. C’est ainsi qu’une lecture psychanalytique du film en dévoilera les perversions de la pédophilie et du viol, l’arme blanche et le fusil étant à décrypter comme des symboles phalliques.

A la croisée de nombreux genres, le conte, le western (Harry Powell chantant, à cheval), la fable, le film « gothique » noir, l’étude psychologique, hommage aux films de D. W. Griffith (emploi de Lilian Gish, grande actrice du muet), La Nuit du Chasseur est un film d'un expressionnisme fort et dérangeant, un "diamant noir".

Et, en dépit de tous les discours bien-pensants de Harry Powell, Dieu semble étrangement absent de ce film, qui commence par une magnifique séquence en plongée, où des enfants jouent à cache-cache et découvrent le cadavre d’une femme. Et dans ce film, où quasiment tous les adultes sont dangereux, sauf Rachel Cooper, malgré un happy end rassurant, on n’est guère certain que Love l’ait emporté sur Hate.

 

  La nuit du chasseur willa

  Le pasteur tuant Willa Harper (Shelley Winters)

 

Sources :

Dossier : La Nuit du Chasseur http://www.abc-lefrance.com /article.php3

 

 

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27 mars 2011 7 27 /03 /mars /2011 16:53

  img-web-1-05-0720-canard-colvert-appelant-en-bois-peint-epo

Canard colvert appelant, Bois peint du XIXe

 

 

Du petit fossé vert

Tapissé de coucous

Aux feuilles d’iris d’eau

Vives lames argentées

Où le courant se glisse

Pressé et ondoyant

Deux colverts ont jailli

Avec un grand bruit d’ailes

Battantes et affolées

Un envol éperdu

Levée brutale et drue

Pour un vol de concert

Deux noirs traits parallèles

Comme une signature

Sur le ciel du printemps

 

 

canards

Envol de canards sauvages,

M-L Fiot (1886-1953)

(Photo Art Curial)

 

 

 

 

 

 

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24 mars 2011 4 24 /03 /mars /2011 08:26

  Elizabeth mauve

 

Elle s’appelait Elizabeth

Mais on préférait Liz

Ou Lizzie

 

Je ne sais qu’une chose

C’est qu’elle avait des yeux

Comme je n'en vis jamais

Des yeux bleu violet

Des yeux bleu violine

Des yeux bleu colombin

Des yeux bleu zizolin

De mauve et d'améthyste

De lilas et de parme

   

Le mystérieux charme

D’une dernière étoile

Dont je vois le reflet

Comme dans un œil d’or

 

 

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Catiechris : étoiles

 

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23 mars 2011 3 23 /03 /mars /2011 18:06

  Marché à port louis 2 P

  Marché à Port-Louis, Ile Maurice (Mars 2010)

 

Je voudrais tant m’en retourner

Au milieu des couleurs

Au milieu des senteurs

Des chants et des clameurs

Au loin très loin

Là-bas

Dans l’île

De Maurice d’Orange

Qu'on appelait de France

Dans la ville créole

Que Baudelaire aima

 

Sur le marché de Port-Louis

 

  Marché à port louis 1 P

Marché à Port-Louis, Ile Maurice (Mars 2010)

 

Nous y marchanderions

Nos dernières roupies

Et là nous remplirions

Nos paniers de raphia

Comme un vaste bazar

Tissus en cachemire

Fruit verdi du chouchou

Jaunissant giraumon

Brinzelle oblongue et mauve

Longiligne margoze

Lalo très recourbé

Limon ensoleillé

Bananes et papayes

 

 Marché Pointe aux piments

Etal à Pointe-aux-Piments, Ile Maurice (Mars 2010)

 

Dans l’air lourd et serein

Sous l’œil colonial

D’un gouverneur français

Sieur de La Bourdonnais

En ma bouche enflammée

Coulerait tout soudain

Le jus rouge et sucré

De la pomme d’amour

 

  

 

 

Pour la Communauté Entre Ombre et Lumière,

Thème : les marchés 

 

 

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22 mars 2011 2 22 /03 /mars /2011 11:20

  Printemps rocaille-copie-1

Les fleurs de rocaille dans le jardin

 

J’ai vu

Le jaune fou du forsythia

Effarant le soleil

Tout par-dessus le mur

Les fines herbes fébriles

Qui se haussent du col

Dans les deux pots jumeaux

Celles qu’on dit mauvaises

Têtues de vouloir-vivre

Et trouant le gravier

Le prunus rosé

Comme un Japon ancien

Dans le fond du jardin

 

printemsp prunus p

  Le prunus en fleur dans le fond du jardin

 

Le bois dur des rosiers

Frémissant de leurs feuilles

Résillées et pointues

Dans le cœur des palmiers

La dague dégainée

Droite et qui s’éploiera

L’efflorescence bleue

Arrondissant les angles

De la rude rocaille

Les arbres à papillons

Mûrissants leurs senteurs

Pour leurs hôtes futurs

 

Printemps poisson P

Les poissons rouges dans le bassin

 

Les poissons remontés

Des tréfonds du bassin

Que je ne peux compter

La jacinthe très bleue

Au parfum capiteux

Dans la terra cotta

  

Printemps jacinthe p

  La jacinthe bleue

 

Sous l’écorce grattée

Des très vieux althéas

Du vert à volonté

Les pigeons gris et blancs

Aux ronds roucoulements

Que je n’entendais plus

Désormais revenus

La mouche qui trottine

Au hasard musardine

Sur le tuffeau chauffé

De silencieux félins

Les chats de mes voisins

Marquant leur territoire

De leurs excréments noirs

 

Printemsp chat p

  Un chat dans les herbes

 

Le coq orange

Et arrogant

Ressuscité dans le regain

 

 Printemps le coq p

Le coq indifférent

 

Refusant son regard

Au tapis blanc des plumes

Eparpillées éparses

De la poule ventrue

De la poule perdue

Violentée

Par le renard roué

Et qui ne verra pas

L’éclatement ardent

De son mortel

Printemps

   

Printemps plumes P

  Le renard est passé

 

 

 

 

 

 

 

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21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 12:57

                            Yves Leclair                                             Commere    

                                                   Yves Leclair                                                                            Pascal Commère

 

Hier, dimanche 20 mars 2011, s’achevait Le Printemps des Poètes 2011, dont le thème était consacré à D’Infinis Paysages.

La librairie, Le Livre à Venir, sise rue de la Tonnelle à Saumur, avait convié Yves Leclair et Pascal Commère pour une lecture de poèmes. Albane Gellé, poète et âme de l’association Littérature et Poétiques, a d’abord présenté ces deux jeunes poètes quinquagénaires. Tous deux écrivains attachés à leur terre, le premier enraciné dans la craie angevine, le second dans la glaise bourguignonne, nous ont fait pénétrer avec une extrême simplicité dans l’intimité de leurs mots.

Pascal Commère, fils de jockey et familier des bêtes et des maquignons, nous a d’abord emmenés loin dans un grand mouvement vers Oulan-Bator, au galop précipité des chevaux de Mongolie. De retour sur ses terres de l’Auxois, il a su nous dire son voisinage fraternel et compassionnel avec le monde rural, longtemps et toujours fréquenté. Il nous a fait ressentir l’extraordinaire vibration des mouches vibrionnantes, et le monde secret que recèle le fil de la lieuse. Il a expliqué que l’écriture est née chez lui vers l’âge de six ans et que, s’il n’avait pas écrit, il serait sans doute déjà mort.

Quant à Yves Leclair, il souhaite que son écriture tende de plus en plus vers l’épure. La poésie pour lui s’apparente à la méditation philosophique et, ultime paradoxe, le point d’orgue de l’écriture, serait peut-être de ne plus écrire. Appuyé sur son « bâton de randonnées », il a nous donné de nous émerveiller devant la jonquille de mars dans son pot d’étain, de nous abandonner à la « contemplation en montagne », pour enfin nous enjoindre à partir en quête de notre « Orient intime ». Et il nous a confié que c’est, dans sa jeunesse, la main tendue du grand poète Yves Bonnefoy qui lui permit d’entrer en poésie.

Hier, dans une petite librairie fleurant bon les livres, nous avons rêvé des chevaux de Mongolie et de la Chine de Bashô, des douces collines aux confins du Morvan et d’un jardin angevin planté d’arbres fruitiers. Mais surtout deux poètes nous ont confié que les « infinis paysages » sont au plus près de nous, en nous, et qu’il nous suffit de savoir les regarder.

 

  Le livre à venir 21 rue de la tonnelle

Le Livre à Venir, 21, rue de la Tonnelle à Saumur

 

 

 

 

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21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 09:25

vent

 

 

Dimanche, 20 mars 2011, en lien avec l’association Plein Ecran, et dans le cadre du Printemps du Cinéma, le cinéma le Palace à Saumur diffusait deux films du cinéaste iranien Abbas Kiarostami : à 11h, Et le vent nous emportera (Bad ma ra khahad bord), de 1999, et à 20h Ten. L’après-midi, François Bégaudeau, parrain de Plein Ecran, proposait une analyse filmique du long métrage du matin.

Le vent nous emportera tire son titre d’un poème, emprunté à Forough Farrokhzad, une poétesse iranienne (1937-1967), et dont quelques vers sont prononcés par le personnage principal du film, interprété par  Behzad Dourani.

Le film raconte la venue d’un cinéaste (sans doute le double de Kiarostami), qui se dit ingénieur en télécommunication, dans un village isolé du Kurdistan, éclatant de soleil et pourtant appelé « la vallée noire ». On y découvre progressivement qu’il est là avec son équipe pour filmer un rite funéraire, et  notamment des pleureuses qui se griffent le visage. Il attend donc la mort d’une centenaire, qui ne se résigne pas à mourir. Au terme d’un lent parcours initiatique, guidé par un jeune garçon à l’étonnante maturité, Behzad, va peu à peu perdre sa superbe de citadin, secourir un blessé, s’ouvrir aux autres et à la beauté du monde. En dépit de la mort de la vieille femme, il repartira sans avoir filmé le rituel mortuaire.

La belle affiche du film, représentant l’immensité des blés blonds sous le soleil, est révélatrice de l’œuvre. Elle correspond au moment où Behrad tisse soudain des liens nouveaux avec le monde qui l’entoure, où il écoute le vieux médecin qui le transporte sur sa mobylette réciter des vers d’Omar Khayyam, où le vent souffle sur la mer des blés.

Pour clore ce Printemps des Poètes 2011, consacré à D’Infinis Paysages, voici ce poème que Behrad récite dans l’obscurité d’une cave à une jeune femme occupée à traire une vache. Si elle demeure invisible, (la technique du hors champ étant une des techniques favorites de Kiarostami), on entend ces vers magnifiques, emblématiques d’un film à la beauté irradiante et secrète.


Dans ma nuit, si brève, hélas 
Le vent a rendez-vous avec les feuilles. 
Ma nuit si brève est remplie de l'angoisse dévastatrice 
Écoute ! Entends-tu le souffle des ténèbres ? 
De ce bonheur, je me sens étranger. 
Au désespoir je suis accoutumée. 
Écoute ! Entends-tu le souffle des ténèbres ? 
Là, dans la nuit, quelque chose se passe 
La lune est rouge et angoissée. 
Et accrochée à ce toit 
Qui risque de s'effondrer à tout moment, 
Les nuages, comme une foule de pleureuses, 
Attendent l'accouchement de la pluie, 
Un instant, et puis rien. 
Derrière cette fenêtre, 
C'est la nuit qui tremble 
Et c'est la terre qui s'arrête de tourner. 
Derrière cette fenêtre, un inconnu s'inquiète pour moi et toi. 
Toi, toute verdoyante, 
Pose tes mains, ces souvenirs ardents, 
Sur mes mains amoureuses 
Et confie tes lèvres, repues de la chaleur de la vie, 
Aux caresses de mes lèvres amoureuses 
Le vent nous emportera ! 
Le vent nous emportera ! 

 

 

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Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

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La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

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