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4 avril 2011 1 04 /04 /avril /2011 23:00

  Aborigènes Protégé

Pancarte dans les Jardins botaniques de Sydney,

commémorant  "the Day of Mourning", le Jour de Deuil du peuple aborigène,

le 26 janvier 1938

 

C’était il y a deux ans et demi, dans les jardins botaniques de Sydney. Une série de panneaux y rappelaient le long et douloureux parcours des premiers habitants de l’Australie, les Aborigènes, pour la reconquête de leur dignité perdue.

Cette photo et ce texte évoquent le 26 janvier 1938, qui fut « Jour de deuil », et journée de protestation contre les 150 années de colonisation britannique, les traitements impitoyables et la saisie des terres dont ce peuple fut la victime.

Le reconnaissance de la citoyenneté australienne ne lui fut acquise qu’en 1967 et ce n’est qu’en 2008 que le gouvernement de Kevin Rudd a demandé pardon aux Aborigènes pour l’assimilation forcée des « générations volées ».

En 1780, lorsque les Anglais débarquèrent  sur la terre du vent du Sud, ne l’avaient-ils pas déclarée « Terra nullius », autrement dit « Terre vierge » ?

A l’occasion de la proposition de cette photo pour la Communauté Entre Ombre et Lumière, je publie de nouveau ce poème, écrit après mon voyage, et inspiré par le sort tragique des Aborigènes.

 

Au rocher sacré

 

Dans un repli du rocher

J’ai vu la vie d’un peuple

En transhumance

Aux lointains des vallées mortes

 

Il lisait dans le doux de la nuit

Des couronnes de feuilles

Ceignaient son front

Le ciel était son baldaquin

 

Dans les plis de la terre

J’ai vu l’enfant noir

Aux cheveux blonds

Il se baignait dans la clarté de l’eau

 

Avec son bâton

Il dessinait des ronds

Sur la terre rouge

C’était le Temps du Rêve

 

Dans le creux de l’ancien caillou

J’ai vu l’homme aux bras de lune

Et j’ai rêvé la femme

Aux seins de soie

 

Dans l’anfractuosité de la pierre

J’ai vu l’autre à la couleur de neige

Il fendait les crânes

Il crevait les yeux

 

Dans l’obscurité minérale

J’ai vu le fossoyeur perfide

Qui creuse le chagrin

Et les larmes

 

Dans les recoins secrets

J’ai vu la mort d’un peuple

Au rocher sacré

Qu'ils appellent Uluru

 

 

 

Pour la Communauté de Hauteclaire,

Entre Ombre et Lumière,

Thème proposé par Anne Le Sonneur :

Pancartes, panneaux, enseignes de villes

 

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4 avril 2011 1 04 /04 /avril /2011 16:50

  Camille claudel adjani film

Camille Claudel (Isabelle Adjani), sculptant La Petite Châtelaine aux cheveux tout à jour,

dans le film Camille Claudel, de Bruno Nuytten (1988)

 

 

J’ai toujours pensé que ma grand-mère maternelle aurait pu devenir un grand sculpteur. Alors qu’elle n’avait que quinze ans, n’avait-elle pas été la lauréate d’un grand Salon parisien ? Ne passait-elle pas le plus clair de son temps dans son atelier-serre, que ses parents lui avaient aménagé dans le jardin de leur hôtel particulier lillois ? Et que j’aime à regarder cette ancienne photo d’elle, toute jeune fille, au milieu de ses travaux d’atelier !

Elle avait épousé très jeune mon grand-père, ce beau jeune homme aux traits réguliers, à la bouche ferme, au front haut, surmonté d’une belle raie médiane. La Grande Guerre avait épargné leur amour.

Dans leur nouvelle vie à deux, mon grand-père avait souhaité que sa femme ne sculptât plus. Qu’avait-elle pensé alors, cette tendre épousée, qui, par amour, avait renoncé au voluptueux plaisir des mains dans la terre glaise, à la révolte de la pierre sous les coups du burin, à l’éclosion de ses rêves sous la forme de pièces sculptées ? Alors, c’était ses enfants qui étaient devenus ses œuvres et elle en avait eu neuf.

Puis, mon grand-père avait « fait de mauvaises affaires », ainsi qu’on le disait pudiquement dans certains milieux bourgeois. Ma grand-mère, pleine de courage, s’était résolue à travailler. Elle allait, me semble-t-il, vendre des boutons et autres colifichets à ses amies et ses parentes, dont je n’ose imaginer les regards de commisération qu’elles devaient poser sur la déclassée, contrainte de faire du porte à porte.

La ruée sauvage de Hitler avait contraint la famille à abandonner la capitale du Nord de la France et à trouver asile en Berry. On raconte qu’à cette époque, ma grand-mère avait tenu tête à des officiers allemands, venus réquisitionner la maison dans laquelle la famille avait trouvé refuge. C’était une vraie Mère Courage que ma grand-mère !

Et le sort s’était acharné sur elle. Elle avait connu l’indicible et incommensurable douleur de perdre quatre de ses enfants. Dès lors, sa vie n’avait plus été que l’ardent désir d’aller les retrouver, aspiration qu’elle exprimait dans de poignants poèmes.

Dans mon enfance et mon adolescence, j’ai bien souvent passé des vacances dans La Vieille Maison- c’était son nom- qu’elle habitait avec mon grand-père, près de Bourges. On s’y retrouvait entre cousins germains : on randonnait en solex, on visitait les châteaux berrichons, on allait chercher le lait à la ferme dans des bidons de fer-blanc, on achetait des bonbons à un franc dans la vieille épicerie, le long de la Route Nationale, on jouait au ping-pong dans la grande cuisine humide en contrebas, et qui sentait la pomme surie.

Peu nous importait à nous, ses petites-filles, que notre grand-mère, nous interdît de porter des pantalons puisque nous ramassions avec elle les myrtilles rouges et blanches, qu’elle nous apprenait à faire des pains perdus, qu’elle nous racontait l’histoire de Bonne-Biche et de Beau-Mignon ou les aventures du chevalier de Maison-Rouge. Sous le regard du buste ciré de La Florentine, à la chevelure en bandeaux et au sourire énigmatique, qu’elle avait sculpté autrefois, elle nous faisait pénétrer dans son monde, celui où Viviane ensorcelle Merlin et où Marie-Antoinette s’excuse devant son bourreau.

J’ai longtemps correspondu avec cette grand-mère, à qui je savais que je pouvais tout dire. Car, si elle était intransigeante sur les grands principes, elle possédait une qualité d’écoute incomparable. Et même si je ne tenais pas compte de ses conseils, je lui en aurais voulu de ne pas me les donner.

J’ai eu par la suite le grand bonheur que ma grand-mère, qui avait vécu toutes les joies et toutes les douleurs de la maternité, connaisse mes propres enfants. Et je garde en mémoire un de nos derniers souvenirs communs, cette visite à Fontevraud, où je lui fis découvrir le gisant d’Aliénor d’Aquitaine, la reine dont elle admirait la sagesse politique et l’érudition. Car j’oublie aussi de dire que ma grand-mère, passionnée d’Art et d’Histoire, mais qui avait peu voyagé, connaissait par cœur les tableaux des grands musées européens.

Puis ma grand-mère s’en est allée rejoindre ses enfants trop tôt perdus, quelques six mois avant que ne s’en aille à son tour mon grand-père. Mais la légende de ma grand-mère ne s’arrête pas là.

Bien des années après sa mort, ma mère et ma sœur ont eu l’occasion de retourner dans la belle maison de son enfance, habitée désormais par d’autres propriétaires. Vous me croirez si vous le voulez : on les a menées dans le fond du jardin, elles sont entrées dans la serre, dont une partie du toit était cassée, elles y ont découvert avec ébahissement la collection des bustes sculptés par ma grand-mère. Pendant de longues décennies, ils y étaient demeurés, personne n’ayant jugé bon de les enlever ! Et c’était comme si ma mère et ma sœur avaient pénétré dans cette photo sépia, celle sur laquelle se tient la fragile silhouette d’une adolescente, ma grand-mère artiste, debout pour l’éternité au milieu de ses rêves sculptés.

 

 

Pour Le Défi de la Semaine N°52,

Thème proposé par Hauteclaire :

La vérité de votre légende

 

 

 

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3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 21:43

 

Le silence d'Isaac 2

 

Dans un décor de branchages disposés en fond de scène, de feuilles mortes et de petits cailloux formant un chemin, sous une belle lumière dorée, sur les notes égrenées par la guitare de Jeff Sterwann, la conteuse Annie Peltier s’avance au milieu de grandes caisses en carton et en bois. Revêtue d’un long caftan boutonné de soie violette, coiffée d’un couvre-chef noir, elle défait le lien rouge d’un rouleau de parchemin. Le silence se fait et les enfants pénètrent dans l’histoire.

 

Le silence d'Isaac

 

La diseuse ouvre avec lenteur une des grandes boîtes et un paysage apparaît. L’histoire se passe à la fin de l’hiver, lorsqu’il arrive qu’il neige parfois au printemps. Siméon et Isaac sont deux amis inséparables, qui vivent le bonheur de leur amitié, fabriquant des bonshommes de neige, quittant le port en bateau pour aller admirer les sirènes. Annie Peltier les fait exister en les personnifiant tout simplement par l’index et le majeur de chaque main, recouverts de deux dés rouges et bleus.

Mais Siméon va mourir et Isaac se retrouve seul.  « Sa voix s’éteint  comme la flamme d’une bougie. » Alors que sa mère l’appelle, il part pour une longue déambulation dans la neige : « Il fallait qu’il parte ! » Avec beaucoup de délicatesse, de mimiques et de gestes pleins de suggestion, soutenue par les notes de la guitare, la conteuse, qui transporte une caisse en manière de sac à dos, emmène son auditoire aux côtés d’Isaac, au sein de la forêt profonde. Un sifflet lui permet d’imiter le chant des oiseaux, un papillon volète à l’extrémité d’une canne de bambou…

 

Le silence d'Isaac 5

 

Peu à peu, Isaac sent « la tristesse fondre au fond de sa gorge comme un sucre dans l’eau », et une fleur pousser en lui. Puis la conteuse fait surgir un bel arbre rouge qui apprend à Isaac qu’il peut apprivoiser la Nature : "Ouvre grand ton coeur!" lui dit-il. L’enfant part alors à la rencontre du Peuple silencieux et, même si Siméon lui manque toujours, « quelque chose de doux et rassurant naît en lui ». Au contact de la Nature, la voix d'Isaac lui revient.

De retour chez lui, Isaac a appris à ne plus craindre la Nature et à l’aimer. Il a retrouvé le goût de jouer, de faire pousser les fleurs, d’arroser le jardin, de ramasser du bois, de puiser de l'eau à la rivière et de chanter.

 

Le silence d'isaac 4

 

Et dans un dernier dialogue avec le chanteur-guitariste, dans lequel Isaac s’émerveille de la renaissance de sa voix, la conteuse quitte doucement la scène. Dans un au-revoir  fredonné, elle murmure aux enfants que, désormais, la voix d’Isaac est « comme l’oiseau au printemps qui ne cesse de chanter ».

Ce joli conte théâtralisé pour enfants, on a pu l’écouter samedi 02 avril 2011, à 18h, à la Maison des Associations, à Rou-Marson. Annie Peltier, de la Compagnie Vent Vif, y était invitée par la Bibliothèque de la commune (Réseau des Bibliothèques Saumur Agglo), dans le cadre de l’animation d’un semestre consacré à la défense de la nature. Accompagnée d’un guitariste chantant en yiddish et en langue rom, la comédienne, qui crée elle-même ses délicats décors colorés miniaturisés, a proposé à une vingtaine d’enfants, sous le charme, un périple initiatique, d’une chantante poésie. « Je voudrais que mes spectacles soient un murmure, un bruissement de feuillages qui fasse lever un regard », dit-elle. Et à voir les yeux émerveillés des enfants, on ne doute pas un instant qu’elle y ait réussi.

  Le silence d4isaac 4

 

 

 

 

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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 21:44

 

Dolmen Pr

Dolmen à Rou (Vendredi 1er avril 2011)

 

 

Cela  fera dix ans que je vis à six cents mètres de ce beau dolmen, dont j’ignorais jusqu’à l’existence. Il m’aura suffi de remonter l’étroite rue montueuse de mon village, de passer le carrefour, dominé par une petite croix de fer, de longer quelques maisons, de tourner à gauche après l’avant-dernière maison, de prendre un petit chemin jamais emprunté pour le découvrir.

La pierre tabulaire est à moitié effondrée au milieu des chênes et les jeune troncs semblent la supporter en un dernier effort. En cet après-midi ensoleillé de printemps, alors qu’un tout jeune cerisier éclate de toutes ses fleurs blanches, j'ai du mal à imaginer que ces pierres, disposées avec art, aient pu être sépulture. A l’intérieur, des graffitis, des cœurs, des prénoms d’amoureux, un dessin qui représente un oiseau, un autre un homme avec une sorte de coiffe.

En ce 1er avril 2011, je me dis qu’il est là depuis cinq mille ans. Et soudain, j’aperçois dans sa pierre rugueuse une étincelle d’éternité.

 

 

 

Pour la Communauté de Hauteclaire,

Week-End du Petit Patrimoine

 

 

 

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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 09:08

  Hirondelles P

       Hirondelles au nid sous le porche (Avril 2010)

 

 

 

 

Quand s’en revient l’hirondelle

Sous le porche de tuffeau

Le ciel rit à tire-d’aile

 

Elle vole en sentinelle

En piqués pyramidaux

Quand s’en revient l’hirondelle

 

Son nid comme une nacelle

Se blottit en contrehaut

Le ciel rit à tire-d’aile

 

Elle crie sa ritournelle

Et file son écheveau

Quand s’en revient l’hirondelle

 

Son ballet vif m’ensorcelle

Blanc et noir allegretto

Le ciel rit à tire-d’aile

 

Que j’aime la belle oiselle

Qui me dit le renouveau

Le ciel rit à tire-d’aile

Quand s’en revient l’hirondelle

 

 

 

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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 17:42

  Cardamane Pr

Fleurs de cardamine dans le sous-bois (Vendredi 1er avril 2011)

 

 

 

C’est un premier avril

Et le printemps jubile

Tout de vert et de blanc

Sous un ciel insolent

 

C’est un premier avril

Et le geai volubile

Surpasse le coucou

Coureur de guilledou

 

C’est un premier avril

Et le chemin distille

Les chaleurs des sylvains

Sous les aiguilles de pin

 

C’est un premier avril

Eclatant de béryl

Le sous-bois s’illumine

Des fleurs de cardamine

 

 

 

 

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31 mars 2011 4 31 /03 /mars /2011 18:44

Bretonnes sur le quai Charles Cottet

Bretonnes sur le quai, Charles Cottet

 

A Gabriel Vicaire

 

C’est Marivône Le Guînver,

Avec ses coiffes de batiste,

C’est Maryvône Le Guînver

Qui passe sa vie à rêver.

 

Marivônic, Dieu vous assiste

Dans l’avenir et le présent !

Marivônic, Dieu vous assiste :

Votre regard paraît triste !

 

Marivônic s’en va disant

Aux bateliers de la prairie,

Marivônic s’en va disant :

« N’est-ce pas l’heure du jusant ? 

 

« Et n’a-t-on pas vu, je vous prie,

Dans le chenal de Kerenor,

Et n’a-t-on pas vu, je vous prie,

Le vaisseau de sa seigneurie,

 

« Le beau vaisseau d’ivoire et d’or

Avec des mâts en palissandre,

Le beau vaisseau d’ivoire et d’or

De monseigneur Hadanic-Vor ? »

 

II

 

Hélas ! le soir tombe et mêle sa cendre

Aux brouillards légers qui montent des eaux,

Et les bateliers n’ont rien vu descendre

Sur le chenal bleu bordé de roseaux.

 

Mais Marivônic espère quand même,

En vain le temps passe, elle attend toujours,

Et, pour faire honneur à celui qu’elle aime

On ne la voit plus qu’en riches atours.

 

Regardez ! Sa coiffe est toute en batiste.

Ah ! qu’elle est jolie avec son justin

Où de fins galons, couleur d’améthyste,

Courent sur la laine et sur le satin !…

 

Et l’année ainsi va chassant l’année.

Marivône est vieille et marche à pas lents,

Et rien n’a changé dans sa destinée,

Sinon qu’aujourd’hui ses cheveux sont blancs.

  

III

 

Et la voilà vieille, vieille,

Au point qu’elle n’a, dit-on,

Sa pareille

Dans aucun bourg du canton.

 

Ses beaux yeux n’ont plus de flamme ;

Elle tremble au moindre vent ;

Mais son âme

Est aussi jeune qu’avant,

 

Et sous son hoqueton jaune,

Malgré l’âge et le besoin,

Marivône

Est toujours mise avec soin.

 

Songez donc, si tout à l’heure

L’impatient jouvenceau

Qu’elle pleure

Débarquait de son vaisseau

 

Et s’en venait d’un air tendre,

Avec deux ménétriers,

Pour lui tendre

L’anneau blanc des mariés !

 

IV

 

Or, un jour de printemps que la brise était douce,

Le beau vaisseau parut au détour du chenal,

Le jusant vers la mer l’entraînait sans secousse

Et ses hunes baignaient dans le vent matinal.

 

Mais à mesure aussi qu’il approchait des berges

On voyait que ses mâts étaient tendus de deuil.

Ses sabords restaient clos et quatre rangs de cierges

Flambaient sur le tillac autour d’un grand cercueil.

 

Marivône en silence attendait sur la grève,

Ses yeux gris avivés d’on ne sait quel éclat,

Car elle discernait maintenant qu’aucun rêve

N’a d’accomplissement sinon dans l’Au-Delà.

 

Elle portait toujours son vieux hoqueton jaune

Et, quand le noir vaisseau l’eut prise sur son bord,

A pas menus, les paumes jointes, Marivône

Alla s’agenouiller devant le prince mort.

 

Elle pria longtemps en fervente chrétienne,

Puis, disposant la couche où dormait son amant,

Elle étendit sa tête au chevet de la sienne,

Fit un signe de croix et mourut doucement.

 

J’aime beaucoup ce poème de Charles Le Goffic, qui appartient à une série de sept poèmes, regroupés dans Petits Poèmes, dédiés à José-Maria de Heredia. A travers une aura de légende, le poète y dit l’attente éternelle de celle dont l’amant est parti sur la mer. Tout une vie s’y déroule, de la jeunesse à la vieillesse de Marivônic, amoureuse éperdue de son prince. Les « mâts tendus de deuil » m’évoquent la voile noire du bateau de Tristan. Marivônic meurt d’amour, tout comme succomba Yseut la Blonde, croyant que Tristan était mort.

Pour dire cette tragique histoire de la femme qui reste à terre, Charles Le Goffic a su varier avec art le rythme des vers. Usant de l’octosyllabe (I), du décasyllabe (II), de l’heptasyllabe et du trisyllabe (III), et enfin de l’alexandrin (IV), multipliant les enjambements, il nous donne à voir et à entendre cette éternelle amoureuse au bout du quai, dont la vie ne fut qu’un rêve d’amour.

 

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Hauteclaire : Légendes de mer

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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29 mars 2011 2 29 /03 /mars /2011 07:45

   Père et fils P

  Père et fils aux courses (Dimanche 04 octobre 2010, Qatar Prix de l'Arc de Triomphe)

 

Ils sont allés

Au paddock

Ils les ont vu tourner

Ils les ont admirés

Ces Pégases ailés

Ces chevaux très racés

Il lui a expliqué

Les casaques en couleurs

La folie des parieurs

Ils ont lu les journaux

Vu les dames à chapeaux

Ils ont poussé des cris

Leurs jumelles brandies

Trépigné transpiré

Devant la piste verte

Quant passent les chevaux

En sauvage galop

 

Il sont là tous les deux

Semblables et heureux

Ils sont là deux jumeaux

Dans l’amour des chevaux

 

 

Pour la communauté Entre Ombre et Lumière,

Thème proposé par Alain : sur les pas de Doisneau,

Scènes de vie en noir et blanc 

 

 

 

 

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28 mars 2011 1 28 /03 /mars /2011 16:18

  la nuit du chasseur love and hate

  Les tatouages sur les mains de Harry Powell (Robert Mitchum)

 

Décidément, incarner le Mal sied à Robert Mitchum. Le mercredi 09 mars 2011, sur Arte, hallucinant de méchanceté brutale dans un thriller « flippant », il m’avait mis les nerfs à vif dans le film éponyme de Jack Lee Thomson (1962). Et voici que je le revois, au comble de la haine, lundi 21 mars, toujours sur Arte, dans un film devenu culte, La Nuit du Chasseur (1955), de Charles Laughton, adapté d’un roman de Davis Grubb, publié en 1943.

Cet acteur anglais, dont le coup d’essai filmique fut un coup de maître, explique avec humour  son propos : « Lorsque, autrefois, j’allais au cinéma, les spectateurs étaient rivés à leurs sièges et fixaient l’écran, droit devant eux. Aujourd’hui, je constate qu’ils ont le plus souvent la tête penchée en arrière, pour pouvoir mieux absorber leur popcorn et leurs friandises. Je voudrais faire un film en sorte qu’ils retrouvent la position verticale. » C’est peu de dire qu’il y a réussi et que le spectateur se redresse d’horreur devant  ce film, unique dans l’histoire du cinéma, et unique pour son auteur qui n’en réalisa jamais d’autre.

Ce film inclassable, réalisé en noir et blanc, à une époque où l’on privilégie désormais la couleur, et tourné en trente-six jours, raconte l’histoire d’un faux pasteur assassin de veuves, Harry Powell (Robert Mitchum, sans doute son plus grand rôle), qui cherche par tous les moyens à récupérer un magot de 10 000 dollars. C’est un camarade de cellule, condamné à mort pour vol à main armée suivi de deux meurtres, Ben Harper (Peter Graves), qui lui en révèle l’existence, alors qu’il se retrouve en prison pour avoir volé une voiture. Libéré, Powell n’aura de cesse de retrouver la famille de Ben, d’épouser sa veuve, Willa Harper (Shelley Winters), de la tuer, de terroriser ses deux enfants, John (Billy Chapin) et Pearl (Sally Jane Bruce), afin de faire main basse sur le butin. Le châtiment divin s’abattra sur lui, tandis que les deux enfants seront sauvés par une femme au grand cœur, Rachel Cooper (Lilian Gish).

Ce film sur l’enfance, le réalisateur l’explique ainsi : « Notre thème, comme celui du livre original, se limite à l’épreuve des petits enfants qui doivent apprendre ceci : le Mal a de multiples visages et la bonté surgit parfois où on l’attendait le moins. Nous n’avons pas cherché le symbole mais nous avons recréé le rêve. »

L’onirisme est en effet partout présent dans ce film, où tout est vu à hauteur d’enfant, à travers les yeux de John Harper, le frère de Pearl, à qui il a fait jurer de ne jamais dévoiler à quiconque que le butin est caché dans sa poupée. Nous sommes dans le domaine du conte et tout y est possible.

L’emploi du noir et blanc favorise la création d’une atmosphère fantastique, créée par le chef opérateur Stanley Cortez (La splendeur des Amberson…). On n’est pas près d’oublier la silhouette inquiétante du pasteur au chapeau noir, se profilant sur le mur de la chambre des deux enfants, la lumière mortifère baignant la chambre de Willa Harper, allongée telle une gisante, offerte au couteau de Harry Powell, et Willa, assise dans la voiture précipitée au fond de l’eau par l’assassin, ses chevaux flottant comme des algues.

 La nuit du chasseur nuit

  La nuit sur la rivière

 

On n’oubliera pas non plus les nuits pendant lesquelles les deux enfants fuient dans la barque du père, que le vieil ami alcoolique de John n’aura pas eu le temps de calfater, et qui les emporte au gré du courant. Veillés par toute une faune nocturne, lapin, renard, chouette, grenouille, tortue, et tandis que scintille le ciel noir, ils dorment dans la barque secourable. Epopée onirique, atmosphère de merveilleux, pour un conte où deux enfants cherchent à échapper à l’ogre qui les poursuit. Superbe image, à cet égard, d’une toile d’araignée encadrant la barque qui glisse au fil de la rivière. Parviendront-ils à échapper au piège tendu par l’homme du Mal ?

Le noir et blanc concourent excellemment à faire de ce film une réflexion sur le Bien et le Mal. Le noir est au service des lieux sombres (la cave, la nuit), qui sont toujours les zones dangereuses tandis que le blanc connote toujours l’innocence. Certes, le film est manichéen avec les deux mondes en lutte, représentés par les tatouages, Love et Hate, sur la main droite et la main gauche du faux pasteur. Certes, ce combat peut paraître simpliste, lorsque Harry Powell le mime au moyen de ses deux mains. Mais c’est sans doute cette même simplicité extrême, cette épure, qui confère au film toute sa puissance d’expressivité. Nombre de réalisateurs ne s’y sont pas trompé, qui se réfèrent à ce long métrage comme à un modèle exemplaire jamais égalé.

Le film intéresse encore par le contexte sociologique qui y est véhiculé. Nous sommes dans les années 30, au moment de la Grande Dépression, quand une multitude d’enfants orphelins courent les routes en quête de nourriture, quand les hommes cherchent du travail pour survivre (« On demande  des ramasseurs de pêches », lit-on sur une pancarte). C’est l’époque où les Américains sont prêts à trouver des boucs-émissaires pour exorciser leurs peurs et l’on voit la foule, prête à lyncher Harry Powell, au moment de son procès. Le temps encore où il sont prêts  à retomber dans leurs égarements religieux fanatiques. Willa Harper ne harangue-t-elle pas les foules dans la crainte du Jugement dernier, après son mariage avec le faux pasteur ? Harry Powell n’a-t-il pas une conception rétrograde de la femme en qui il voit la Tentatrice suprême ?

La religion est présente encore, mais d’une manière très poétique, avec les récits de la Bible que raconte Rachel Cooper aux enfants (Clary, Mary, Ruby, John, Pearl) qu’elle a recueillis. John est particulièrement séduit par l’histoire de Moïse sauvé des eaux. Il y retrouve en effet sa propre histoire et celle de Pearl, échoués en barque, dans les roseaux au pied de la maison de leur protectrice. En filigrane plane le récit de la fuite de Jésus en Egypte, afin d’échapper au massacre des Innocents, fomenté par le roi Hérode.

Ce film est sans doute aussi l’un des plus beaux films jamais réalisés sur l’innocence et sur l’enfance. L’on y découvre la fragilité de celle-ci (« Les enfants sont des victimes ») mais aussi leur étonnante maturité et leur force (« Les enfants supportent tout ! »). On y voit la puissance de l’attachement de John à son père, la violence du traumatisme subi par le fils lors de l’arrestation de Ben Harper, ceinturé et couché à terre par les policiers, traumatisme revécu par l’enfant lors de l’arrestation de Powell, qu’il ne dénoncera pas. Attachement filial que Pearl, plus petite et inconsciente de sa duplicité, voudrait reproduire avec le pasteur. On y perçoit l’étonnante lucidité des enfants, qui ont des antennes et comprennent certaines chose intuitivement, et l’invention dont ils font preuve pour échapper à leurs bourreaux. Le film dit aussi l’éveil de la sensualité adolescente avec le personnage de Ruby, qui tombe amoureuse du pasteur.

 

La nuit du chasseur john et powell

  Harry Powell le pasteur menaçant John Harper (Billy Chapin)

 

La Nuit du Chasseur est un film sans concession, qui filme le Mal à l’état pur et fascine par son âpreté. C’est Harry Powell ouvrant son canif dans sa poche alors qu’il regarde une femme en train de danser ; c’est le même Powell, brandissant la lame pour tuer Willa Harper sans aucun état d’âme ; c’est enfin le pasteur menaçant John dans la cave, laissant glisser le couteau le long de son cou. C’est ainsi qu’une lecture psychanalytique du film en dévoilera les perversions de la pédophilie et du viol, l’arme blanche et le fusil étant à décrypter comme des symboles phalliques.

A la croisée de nombreux genres, le conte, le western (Harry Powell chantant, à cheval), la fable, le film « gothique » noir, l’étude psychologique, hommage aux films de D. W. Griffith (emploi de Lilian Gish, grande actrice du muet), La Nuit du Chasseur est un film d'un expressionnisme fort et dérangeant, un "diamant noir".

Et, en dépit de tous les discours bien-pensants de Harry Powell, Dieu semble étrangement absent de ce film, qui commence par une magnifique séquence en plongée, où des enfants jouent à cache-cache et découvrent le cadavre d’une femme. Et dans ce film, où quasiment tous les adultes sont dangereux, sauf Rachel Cooper, malgré un happy end rassurant, on n’est guère certain que Love l’ait emporté sur Hate.

 

  La nuit du chasseur willa

  Le pasteur tuant Willa Harper (Shelley Winters)

 

Sources :

Dossier : La Nuit du Chasseur http://www.abc-lefrance.com /article.php3

 

 

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27 mars 2011 7 27 /03 /mars /2011 16:53

  img-web-1-05-0720-canard-colvert-appelant-en-bois-peint-epo

Canard colvert appelant, Bois peint du XIXe

 

 

Du petit fossé vert

Tapissé de coucous

Aux feuilles d’iris d’eau

Vives lames argentées

Où le courant se glisse

Pressé et ondoyant

Deux colverts ont jailli

Avec un grand bruit d’ailes

Battantes et affolées

Un envol éperdu

Levée brutale et drue

Pour un vol de concert

Deux noirs traits parallèles

Comme une signature

Sur le ciel du printemps

 

 

canards

Envol de canards sauvages,

M-L Fiot (1886-1953)

(Photo Art Curial)

 

 

 

 

 

 

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Published by Catheau - dans Poèmes
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Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons-nous d'ahan

Ton cours vers d'autres nébuleuses

 

La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

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