Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
3 mai 2011 2 03 /05 /mai /2011 18:04

Medusa Arnold Böcklin

Medusa, Arnold Böcklin

 

J’ai toujours été fascinée par Méduse ("reine") et par ses cheveux de serpents. On connaît l’histoire de cette malheureuse fille de Phorcys et Céto, sur qui Poséidon jeta son dévolu. Séduite par le dieu marin dans un temple dédié à Athéna, elle fut punie par la déesse courroucée qui la métamorphosa en Gorgone, la faisant ainsi compagne d’Euryale et de Sthéno. Ses cheveux devinrent serpents et son regard eut le pouvoir de pétrifier ceux qui avaient l’audace de la regarder. Persée la décapita, l’utilisa pour délivrer Andromède du monstre et l’offrit enfin à Athéna, qui la fixa sur son bouclier, son égide. Ces épisodes sont fréquemment représentés dans l’iconographie.

La tête de Méduse fait aussi penser à l’allitération imitative dont use Oreste, devenu fou  à l’annonce de la mort d’Hermione dans Andromaque. Dans cette ultime scène 5 de l’acte V, il cède en effet à la démence quand Pylade lui annonce que Hermione s’est suicidée sur le corps de Pyrrhus, lui-même l’ayant assassiné pour elle. Après s’être adressé à son rival, il voit Hermione l’embrasser et, cédant à l’ubris,  il apostrophe alors les Erynies :

[…] Quels Démons, quels serpents traîne-t-elle après soi ?

Hé bien, Filles d’Enfer, vos mains sont-elles prêtes ?

Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?

A qui destinez-vous l’appareil qui vous suit ?

Venez-vous m’enlever dans l’éternelle Nuit ?

Venez, à vos fureurs Oreste s’abandonne.

Mais non, retirez-vous, laissez faire Hermione ;

L’Ingrate mieux que vous saura me déchirer,

Et je lui porte enfin mon cœur à dévorer.

Cette vision célèbre des Erynies provient de l’Oreste d’Euripide (v. 255-257). Quant à l’image précise de la chevelure aux serpents, attribut de nature des déesses vengeresses,  elle viendrait des Métamorphoses d’Ovide, qui écrit au vers 454 :

Elles peignaient les serpents noirs de leurs cheveux.

Mais la source en est peut-être la Médée de Sénèque, dont le vers 14 présente déjà l’allitération qui a enchanté des générations d’écoliers :

Crinem solutis squalidae serpentibus, (Hérissées d’une chevelure aux serpents dénoués).

En 1674, Boileau traduira le Traité du sublime de Longin, où sont cités les vers d’Euripide et, au chapitre XIII, il imitera Racine :

Mère cruelle, arrête, éloigne de mes yeux

Ces Filles de l’Enfer, ces spectres odieux.

Ils viennent ; je les vois : mon supplice s’apprête,

Quels horribles serpents leur sifflent sur la tête !

On sait aussi comment Sigmund Freud tira parti de la tête coupée de Méduse, en faisant de l’effroi devant la Méduse l’effroi de la castration. Ce symbole de l’horreur, c’est la déesse vierge Athéna qui le porte sur son costume, devenant ainsi une femme inatteignable, éloignée de toute concupiscence sexuelle.

Mais devant la tête de Méduse, on pourra aussi songer aux vers d’Apollinaire dans Le Bestiaire ou cortège d’Orphée (1911) :

Méduses malheureuses têtes

Aux chevelures violettes

Vous vous plaisez dans les tempêtes

Et je m’y plais comme vous faites

 

Sources :

Racine, Œuvres  complètes I, Théâtre-Poésie, Edition présentée, établie et annotée par Georges Forestier, Bibliothèque de la Pléiade, 1999

 

Pour la communauté de Hauteclaire,

Entre Ombre et Lumière,

Thème : Une forme qui ressemble à une autre

 

 

Repost 0
Published by Catheau - dans Des personnages.
commenter cet article
1 mai 2011 7 01 /05 /mai /2011 08:44

  Lathan le labyrinthe

  L'entrée du labyrinthe (Dimanche des Rameaux, 2009)

 

A 65 kms à l’est  d’Angers, se trouve le château de Lathan, dans le village de Breil, au milieu d’un grand parc d’une quarantaine d’hectares. Les deux châteaux des XV° et XVII° siècles ayant été détruits, le château actuel fut construit en 1862. Il s’est parfaitement intégré à un parc, où coexistaient un jardin classique et un jardin paysager romantique.

Le premier rassemble les principaux éléments théorisés par Le Nôtre : bosquets géométriques,  charmilles en étoile, jeux d'eau et statuaire très étudiés. Y poussent trois essences d’arbres : le chêne, le charme et le tilleul. De grandes perspectives y furent créées, représentées ici par un canal de 500 mètres, bordé d’une double allée de tilleuls et surplombé par une « gloriette ». L’eau est d’ailleurs un élément très présent ici. Une première arrivée d’eau se fait par le Lathan qui vient alimenter ce grand canal. Une seconde, appelée la Planchette, rassemble les émissaires de la partie haute du village, qui alimentent la cascade, laquelle se déverse dans le bassin appelé Miroir. Ce dernier est en lien avec le grand canal par une galerie souterraine.

 

Lathan le canal  Le grand canal et la gloriette (Dimanche des Rameaux, 2009)

 

Le second jardin, dont ne demeure qu'une partie, use des procédés imaginés au XVIII° siècle (allées curvilignes, îles, fabriques antiquisantes). Il donne une image recomposée et idéalisée d'une nature « à la Rousseau ». (M.O Mandy, 2002). Près de deux cents arbres et arbustes d’essences différentes, y proposent une nature romantique en liberté.

On peut voir encore de beaux pavillons des XVII° et XIX° siècles.

 

 Lathan le temple d'amour

Le temple d'Amour (Dimanche des Rameaux, 2009)

 

L’intérêt majeur de ce château privé est qu’il possède surtout le seul parcours galant complet connu à ce jour. Les propriétaires ont ainsi entrepris de restaurer le mystérieux labyrinthe souterrain, destiné aux amants en quête de « ce mystérieux objet dont [leurs] yeux étaient enchantés ». Long de cent-vingt cinq mètres, il est troué de trente-huit soupiraux, symbolisant les sentiments des amants, tout au long du parcours de l’amour et de la vie.

Il y a trois siècles, en effet, une précieuse angevine, Anne Frézeau de la Frézellière, fait construire au cœur de ce grand parc la reproduction de la Carte de Tendre imaginée par Madeleine de Scudéry (1607-1701). Dans le livre I de la première partie de son roman Clélie (1654-1660), Célère conte à une princesse l’histoire du prince étrusque Aronce et de la jeune Romaine Clélie. Il y décrit la fameuse Carte de Tendre, élaborée par cette dernière.

Il s’agit d’un itinéraire symbolique que les parfaits amants doivent suivre, en évitant les embûches et les obstacles. Voici le début de cette célèbre description : « Afin que vous compreniez mieux le dessein de Clélie, vous verrez qu’elle a imaginé qu’on peut avoir de la tendresse par trois causes différentes : ou par une grande estime, ou par reconnaissance, ou par inclination ; et c’est ce qui l’a obligée d’établir ces trois villes de Tendre, sur trois rivières qui portent ces trois noms, et de faire aussi trois routes différentes pour y aller. Si bien que, comme on dit Cumes sur la mer d’Ionie et Cumes sur la mer Tyrrhène, elle fait qu’on dit Tendre sur Inclination, Tendre sur Estime, et Tendre sur Reconnaissance. » Suit un parcours initiatique amoureux, qui doit permettre à l’amant de parvenir au but ultime, Tendre sur Reconnaissance.

C’est un des grands architectes français du XVIII° siècle, Victor Louis, qui se verra chargé de réaliser ce jardin. Au cours de ce parcours sentimental codifié, l’amoureux était accepté ou éconduit, au terme d’un itinéraire qui proposait trois issues. La sortie de l’Indifférence, dont l’accompagnement végétal est essentiellement constitué de conifères et d’arbres aux feuillage persistant ; aucune allée n’est tracée. Celui qui est rejeté est livré à lui-même. La sortie de l’Inimitié, dont la végétation est plus agressive et plus sauvage. C’est un parcours  confus, dont les allées ne mènent nulle part. Enfin la sortie triomphale, celle qui mène vers l’embarcadère de l’Ile d’Amour où se trouve le Temple de Vénus.

Alors, si l’envie vous prend de rêver à « la Nymphe divine » émergeant de l’onde, si vous souhaitez jouer au « corbillon », si vous n’avez de cesse de vous perdre dans le « promenoir des amants », n’hésitez pas à pousser la grille de ce parc mélancolique où erre l'âme des précieuses.

  Carte du tendre

La Carte de Tendre, Gravure du XVII° siècle, Paris, B. N.

L'itinéraire complexe de l'amour précieux

 

Sources :

L’Anjou, Entre Loire et tuffeau, Editions Ouest-France, Philippe et Catherine Nédélec

Itinéraires littéraires, XVII° siècle, Hatier, 1988

gralon.net/…/info-parc-de-lathan-955.h

www.jardinez.com

dep49-parc-de-lathan-breil-

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Catheau - dans Promenades
commenter cet article
29 avril 2011 5 29 /04 /avril /2011 18:01

  foujita le petit écolier en blouse noire 1918

Le petit écolier en blouse noire, 1918, Tsuguharu Foujita

 

 

Il est bien loin déjà le parfum de l’école

Des dictées annonées des leçons rabâchées

Des jours où l’on jouait aux billes à pigeon-vole

Le cœur empanaché

 

Il ne reviendra plus le ciel de la marelle

On sautait sur un pied les genoux écorchés

Les garçons et les filles en belle ribambelle

Le cœur amouraché

 

Il s’est enfui le temps de la petite enfance

Quand on jouait aux barres et puis à chat-perché

Dans les rires et les cris d’une douce innocence

Le cœur effarouché

 

Mais il roule en moi comme une ronde toupie

Qui tourne infiniment sans en être empêchée

Un petit écolier dont j’ai la nostalgie

Dans mon cœur écorché

 

 

Pour le Casse-Tête de la Semaine de Lajémy,

Thème : Chat-perché

 

 

 

Repost 0
28 avril 2011 4 28 /04 /avril /2011 13:45

  annie-ernaux photo-telerama

Annie Ernaux (Photo Télérama)

 

 

 

Avec L’Autre fille, Annie Ernaux poursuit l’ « autosociobiographie » d’elle-même, qui est au cœur de son œuvre. Dans ce bref récit de soixante-dix-huit pages, elle écrit une lettre pour la nouvelle collection de chez NIL, Les Affranchis : « Ecrivez la lettre que vous n’avez jamais osé écrire. » Elle reconnaît y avoir exploré un mythe, celui de la sœur qui l’a précédée, morte à l'âge de six ans, et dont elle ignorait tout.

En effet, par une fin d’après-midi, un dimanche qu’elle a toujours situé en août, elle surprend le récit de la disparition de cette autre fille, « entrée morte dans [sa] vie, l’été de [ses] dix ans ». De la bouche de sa mère, elle apprend que celle-ci  est décédée de la diphtérie, le Jeudi-Saint 1938. Mais surtout, elle, qui a « le diable au corps », découvre la « petite sainte », celle qui a dit avant de mourir : « Je vais aller voir la Sainte Vierge et le bon Jésus. »

Dès lors, comment se situer dans ces non-dits, dans cet "entre-deux" (Fabrice Thumerel) quand on n’est qu’une enfant de remplacement, une « ravisée », ainsi qu’on le dit en patois normand ? C’est cette interrogation lancinante qu’explore ce court récit, celui d’une douleur qui n’était pas la sienne, mais celle de ses parents. N’ayant aucun souvenir de cette sœur disparue, il fallait à l’auteur la faire exister « en allant plus loin ». Et elle dit elle-même que c’est l’exercice le plus difficile qu’elle ait jamais eu à faire.

En face d’une mère et d’un père inconsolables, il lui a fallu se construire, elle, la petite fille, qui était loin d'être « amitieuse » (câline, ainsi qu'on le disait en patois normand pour les enfants et les chiens), pour qui « le jour du récit est aussi le jour du jugement ». Sa mère n’a-t-elle pas dit : « Elle était plus gentille que celle-là » ?

Pourtant, elle aussi était « mal partie ». Fièvre aphteuse, boiterie, chute sur un tesson de bouteille, myopie, dents cariées, blessure au genou avec un clou rouillé qui manque de la faire mourir du tétanos, et dont elle réchappe. Mais se pose la question de sa légitimité à être  et elle écrit : « Il fallait donc que tu meures à six ans pour que je vienne au monde et que je sois sauvée. » Et elle ne sait pas si elle écrit pour ressusciter Ginette - le prénom interdit - ou la tuer à nouveau.

La mort de cette sœur inconnue semble être la clé d’un malaise fondamental, qui la fait douter de sa propre existence. Ainsi, dans son Journal, en août 1992, elle s'interroge : « Enfant – est-ce l’origine de l’écriture ?  Je croyais toujours être le double d’une autre vivant dans un autre endroit – que je ne vivais pas non plus pour de vrai – que cette vie était l’écriture, la fiction d’une autre. » Et elle ose cette explication, comme une tentative d’élucidation de son existence : « Je n’écris pas parce que tu es morte, tu es morte pour que j’écrive, ça fait une grande différence. » Enfant de remplacement, elle avoue : « Il fallait que tu meures, que tu sois sacrifiée pour que je vienne au monde. »

Se référant à la Lettre au père de Kafka, marquée par la peur (« Je te déchirerai comme un poisson »), Annie Ernaux explique que, en même temps qu'elle reçut le récit, elle devint la dépositaire de la loi du silence. Jamais elle n'évoqua sa sœur avec ses parents : « Nous avons maintenu la fiction au-delà de toute vraisemblance », dit-elle. Peut-être ne parla-t-elle jamais pour ne pas raviver la douleur de ses parents. Plus sûrement, sans doute, parce qu’elle savait intimement que cette première fille « était indestructible en eux », et qu’elle était persuadée que, pour elle, la « ravisée », l’enfant de remplacement, il n’y avait pas de place.

Quand sa mère tomba malade de la maladie d’Alzeimher et qu’on lui demandait sa date de naissance, elle donnait celle de la mort de sa fille aînée. De même, quand l’auteur lui amena son premier petit-fils, elle dit dans un lapsus : « La petite-fille est arrivée. » Alors qu’elle ne voulait pas que sa sœur ressuscite au travers de son fils, Annie Ernaux reconnaît que la lettre qu’elle lui écrit ici est une forme de résurrection.

En même temps, elle a bien conscience de l’impossibilité de ramener sa sœur disparue à l’existence. Elle n’éprouve aucune douleur pour cette sœur qu’elle n’a pas connue et elle ne vit que de son absence. (D’ailleurs, l’auteur reconnaît ne pas être satisfaite de l’emploi de la deuxième personne du singulier, puisqu’elle n’a jamais eu aucune intimité avec sa sœur.) C’est pour habiter ce vide qu’elle écrit  : « Tu es hors du langage des sentiments et des émotions. Tu es l’anti-langage. Tu n’as d’existence qu’au travers de ton empreinte sur la mienne. Ecrire, ce n’est rien d’autre que faire le tour de ton absence. Décrire l’héritage d’absence. Tu es une forme vide impossible à remplir d’écriture. » Elle, la « ravisée », venue à la place de l’autre, sait désormais cela qu’elle n’est pas « dans l’amour, mais dans la solitude et l’intelligence ».

Dans ce récit, elle continue d’explorer son rapport conflictuel à cette mère, qui a dit de sa sœur morte : « Elle était plus gentille que celle-là. » Devant cette révélation, comment ne pas se sentit "dupe", ne pas être "mortifiée" d'avoir vécu dans l'illusion d'être l'objet unique de l'amour de ses parents ? « Entre ma mère et moi, deux mots. Je les lui ai fait payer. J’ai écrit contre elle. Pour elle. A sa place d’ouvrière fière et humiliée. » Et en même temps, elle ne lui reproche rien : « Les parents d’un enfant mort ne savent pas ce que leur douleur fait à celui qui est vivant. » Empathie douce d’un écrivain qui se met à la place de ceux qui perdent un enfant : « Il était comme fou quand elle est morte », tel était son père à la mort de sa sœur.

Ce très beau récit se clôt sur une interrogation. Annie Ernaux se demande pourquoi elle a entrepris d’écrire cette lettre à sa sœur disparue et son dessein lui demeure « opaque ». S’est-elle acquittée d’une dette imaginaire en lui conférant par l’écriture l’existence que sa mort lui avait donnée à elle ? A-t-elle souhaité être ainsi quitte avec elle, avec cette ombre portée sur sa vie ? A-t-elle voulu lui échapper ? Mais elle espère aussi, avec un vieux « fond de pensée magique », que cette lettre parviendra quand même à sa destinataire, donnant ainsi toute sa portée à la phrase de Flannery O’Connor, mise en exergue au livre : « La malédiction des enfants, c’est qu’ils croient. »

Au travers de cette écriture simple et blanche, « plate » comme l’ont définie certains critiques, l’émotion est palpable. Et avec cette quête entêtée de la sœur  absente, avec cette superbe réflexion aux origines de l’écriture, Annie Ernaux dit magistralement que les mots seuls ouvrent la porte des tombeaux.

 

 

Sources :

Arte Journal, le 11/04/11, Reportage d'Emile Valentin et Julien Gidouin.

 

Repost 0
Published by Catheau - dans Lectures
commenter cet article
28 avril 2011 4 28 /04 /avril /2011 08:13

  Robe de soie

       Maggie Cheung (Mme Chan) et Tony Leung (M. Chow),

dans le In the Mood for Love (2000), de Wong-Kar-Wai

 

 

Dans ta robe en satin je te vis un matin

Dansante arachnéenne insecte damassé

Ta longue silhouette aux reflet diaprés

Pétrifia mon regard et scella mon destin

 

Dans ta robe flammée ressuscitaient des mondes

Des mystères moirés des vagues chatoyantes

Des légendes filées des bagues opalescentes

Tes mouvements faisaient de sensuelles ondes

 

Dans ta robe ocellée soyeuse de reflets

Dormaient des temps anciens des princesses chinoises

Des mandarins figés dans des brocarts turquoise

De longues caravanes aux luxueux secrets

 

Dans ta robe de faille s’agitaient des bannières

Aux motifs  rehaussés de lys et de dragons

Des rois s’agenouillaient aux coffres très profonds

Le tissu fabuleux vibrait dans la lumière

 

Dans ta robe brillante aux yeux de vers luisants

Vivaient des arcs-en-ciel tremblant d’iridescence

Et des magnanarelles aux doigts pleins de patience

Le cocon du bombyx y croissait lentement

 

Dans ta robe ottomane éclair de nuances

Sanglotaient les canuts révoltés sans chemise

Tissant chasubles d’or pour les grands de l’Eglise

Taffetas et shantung irisés de souffrance

 

Dans ta robe organdi ton corps se mouvait

Tes gestes dessinaient des courbes lumineuses

La minute arrêtée claire et voluptueuse

Au miroir de soie que ton âme habitait

 

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Jeanne Fa-Do-Si :

Les vêtements

 

 

 

Repost 0
Published by Catheau - dans Poèmes
commenter cet article
27 avril 2011 3 27 /04 /avril /2011 13:07

  Oeufs nid P

 

 

Vers le trou de la grange

Le rouge-queue passe

Et repasse

Dans l’anfractuosité de tuf

Près des rondes ammonites

Le rouge-queue a fait son nid

 

De beaux œufs blancs

Et translucides

Dans la douceur des mousses

Et des plumes

Attendant d’être éclos

A la tiédeur du mai

 

 

  Oeufs P

 

 

Hélas

Fouine belette ou chat

Le prédateur méchant

S’en est venu

Il a renversé le nid

Il a cassé les coquilles

Il a gobé les œufs

 

Et je n’entendrai pas

Pépier à l’envi

Et je ne verrai pas

S’envoler dans le ciel

Les petits rouges-queue

Morts avant d’être nés

 

 

Oeufs cassés P

 

 

 

 

Repost 0
Published by Catheau - dans Poèmes
commenter cet article
26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 16:47

  sphère jardin des délices bosch panneau central

Le Jardin des Délices (v. 1480 ou 1503-1504),

Détail du panneau central du tryptique, Hieronymus Bosch,

Musée du Prado

 

Dans le jardin délicieux aux suaves couleurs

Parmi les fruits géants les bêtes monstrueuses

Un homme et une femme revêtus de blancheur

Sont assis tous les deux dans la sphère harmonieuse

 

Ils sont là innocents les amoureux mythiques

Dans la matrice ronde fragiles embryons

Dans la douceur tiède sereins et impudiques

Ignorants de la Faute et de la Damnation

 

Et ils ne savent pas les amants archaïques

Que sur le palmier vert est tordu le Serpent

Qui les fera sortir de leur œuf idyllique

Et les enlacera jusqu’à la fin des temps

 

 

Pour la communauté de Hauteclaire, Entre Ombre et Lumière,

Thème : Sphères

 

 

 

Repost 0
Published by Catheau - dans Poèmes
commenter cet article
25 avril 2011 1 25 /04 /avril /2011 18:05

  Corbeaux

  Les corbeaux dans le noyer devant ma fenêtre

 

 

Dans le vert du noyer ce sont les noirs corbeaux

Nichant en colonies dedans leur corbeautière

Aux plumes métalliques aux appels sépulcraux

Messagers de la mort augures légendaires

 

Dans le vert du noyer ce sont les puissants freux

Voletant en grand nombre et leur croaillement

Les oiseaux de la nuit lourds et mystérieux

Chargés du mauvais sort depuis la nuit des temps

 

Dans le vert du noyer ce sont les grands choucas

A la robe bleuâtre qui aiment la parade

S’abattant sur les branches avec un grand fracas

Terrifiant le feuillage en vives escouades

 

Dans le vert du noyer ce sont les mal-aimés

De ce monde ignorant qui pourtant apportèrent

Sur l’ordre du Seigneur le pain pour subsister

A l’ermite Isaïe quand il fut au désert

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Catheau - dans Poèmes
commenter cet article
25 avril 2011 1 25 /04 /avril /2011 15:50

bloggif 4db57adc014a2

Saint-Sulpice de Rou, la façade au sud

 

Après l’église Sainte-Croix de Marson, et en ce lundi de Pâques, je voudrais vous faire découvrir l’église Saint-Sulpice de Rou, sa petite sœur. Rou et Marson ne sont-elles pas jumelées depuis bien longtemps ?

La petite église de Rou, le bourg cité comme étant le plus ancien (Ecclesia de Ruu, Liv. N, ch. 57 et or.), est nommée dès le Xe siècle. Elle présente encore de beaux vestiges de la construction du XIe siècle.

De plan rectangulaire, légèrement brisé par l’inclinaison symbolique du chevet, elle offre une nef unique, dont les murs en petit appareil sont éclairés vers le nord-est de trois petites fenêtres romanes en plein cintre, datées du XIe siècle. Le portail et toute la façade sont du XIIIe siècle, ainsi que le chœur et le clocher. Le pignon nord-ouest se prolonge d’un couronnement percé de deux baies, dont une avec justement le clocher. A l’intérieur, on pouvait admirer quatre statues de bois du XVe siècle. Le grand autel porte la date de sa construction : 1751. A l’entrée du chœur se trouve la tombe, servant de marche, du curé Samson, mort le 3 avril 1663. Hercules de Launay, seigneur de Rou, qui épousa Suzanne Leroux de la Tour de Ménives, le 26 juin 1661, fut inhumé dans cette église, le 29 octobre 1702.

Le lundi de Pâques de l’année 1921, un 28 mars, Mgr Joseph Rumeau, évêque d’Angers, en grand arroi, vint baptiser les deux nouvelles cloches ; elles avaient été en partie financées par les propriétaires du château de Marson, M. et Mme Fricotelle. Elles avaient été fondues par MM. Bollée, d’Orléans, en 1920.

s’appelait Marie-France. Elle remplaçait dans le campanile une vieille sœur nommée Marcelline et fondue par Mabilleau, à Saumur, en 1833. Quant à Mi, elle se prénommait Marie-Madelon.

 

bloggif 4db57c577a59f

Saint-Sulpice de Rou, avant restauration

 

La Semaine Religieuse de l'année 1921 a rapporté la cérémonie du baptême des cloches. En voici les premières lignes : « Peut-être, cher lecteur, ne savez-vous pas où se trouve Rou-Marson. Alors regardez sur la carte : à moitié chemin environ entre Saumur et Doué, vous trouverez Rou d’abord et ensuite Marson ; de là vient Rou-Marson. C’est une petite paroisse du Saumurois, humble comme la violette, qui ordinairement ne fait pas parler d’elle ; mais le lundi de Pâques, il n’en fut pas de même. De Saumur, de Saint-Florent, des Ulmes, de Distré, de Verrie, on s’y rendait en foule. « Vous allez sans doute à Rou, au baptême des cloches, se disaient les bonnes femmes. – Oui, et vous aussi. – Mais oui. –Eh bien, alors nous ferons route ensemble… »

L’église Saint-Sulpice a été restaurée récemment grâce au lancement d’une souscription et à la Fondation du Patrimoine ; mais, en ce lundi de Pâques 2011, les cloches n’ont pas sonné à Rou. Où sont les Pâques fleuries et carillonnées de notre enfance ?

 

  bloggif 4db57b9a33ff8

Saint-Sulpice, vue du Chemin des Marais

 

Sources :

 Les Carnets du Patrimoine, Les Guides Massin

Le Bulletin Paroissial de Rou-Marson, n° 8, août 1917, n°10, octobre 1917, n°12, décembre 1917, n°53, mai 1921

 


 

Repost 0
Published by Catheau - dans Promenades
commenter cet article
22 avril 2011 5 22 /04 /avril /2011 18:12

 

Busnel assis

 

Jeudi 21 avril 2011, à La Grande Librairie, François Busnel s’interrogeait sur l’autobiographie.  Comment écrire sur soi ?  Comment écrire sur sa famille ?  Qu’en est-il des dommages collatéraux ? Pourquoi l’écriture est-elle toujours plus forte que la raison ?  

Pour tenter de répondre à cette question, il avait rassemblé quatre écrivains : Annie Ernaux (L’autre fille), Lionel Duroy (Colères),  Philippe Grimbert (Un garçon singulier), Antoine Audouard (Le rendez-vous de Saïgon).

D’emblée deux exemples sont venus poser la question de l’intérêt de l’autobiographie. Lionel Duroy a raconté comment un chauffeur de taxi lui avait dit, pendant une course, qu’il ne voyait pas qui pouvait être intéressé par l’histoire d’un narrateur né dans une famille de onze enfants, alors que lui-même est né dans une famille qui en comporte neuf. Lionel Duroy s’était reconnu  là avec son roman Le Chagrin. A cela Annie Ernaux répondait qu’une de ses lectrices lui avait dit qu’elle l’enviait de posséder les mots pour raconter sa propre vie. « J’aime lire des vies », lui avait-elle dit. Et Annie Ernaux d'affirmer que cela fait du bien à pas mal de gens de lire un auteur qui sait écouter l’enfant qu’il a été.

 

Philippe grimbert

Philippe Grimbert

 

Dans Un enfant singulier, Philippe Grimbert, écrivain et psychanalyste, met en scène un narrateur, Louis, dans les années 70. Répondant à une petite annonce, il part en Normandie, à Orville, afin de s’occuper d’un adolescent singulier, un enfant autiste. La rencontre entre Louis, le garçon à part et sa mère sera cataclysmique. En effet, cette dernière se voit dans l’obligation de faire le choix entre son œuvre (elle écrit des romans érotiques) et son fils. Dans cette relation d’amour destructrice, qui, de la mère ou du fils, a détruit l’autre ?

C’est la forme romanesque qui s’est imposée à l’écrivain pour évoquer l’histoire de sa vie, qu’il tient ainsi à distance. Selon lui, le roman est le mieux à même pour raconter ce qu’on a vécu, tout souvenir étant par ailleurs reconstruction du passé. Dans cet ouvrage, Philippe Grimbert montre aussi la poésie de cette rencontre entre un narrateur, conditionné par une blessure mal refermée, et cet enfant pas comme les autres. La relation avec ce dernier est l’occasion d’un questionnement sur lui-même et elle le mènera aux portes de ce qu’il ne voulait pas voir.

L’auteur reconnaît qu’il a projeté beaucoup de lui-même dans le personnage de Louis. Il a éprouvé la nécessité de ce livre dont il a ressenti les incroyables exigences.

 

  annie ernaux

  Annie Ernaux

 

Pour Annie Ernaux, l’écriture de soi est essentiellement une recherche de la vérité, de ce qui nous construit, mais cela ne passe pas par la fiction. Avec L'autre fille, ce bref récit de soixante-dix pages, elle réfute l’idée que celui-ci expliquerait l’ensemble de son œuvre et qu’il en serait comme une clé explicative. Elle est opposée par ailleurs à toute lecture psychanalytique de ses oeuvres, ne laissant à personne le droit de lui inventer ses propres fantasmes.

Dans ce petit livre, elle raconte comment, à l’âge de dix ans, elle apprit fortuitement la mort d’une sœur ignorée, disparue à six ans de la diphtérie, "comme une petite sainte". « Elle était plus gentille que celle-là », dit la mère. Depuis, Annie Ernaux n’a pas oublié ce qui est devenu « comme une flamme à l’intérieur de soi ».

Elle a voulu élucider les effets de cette annonce en elle, et comprendre cette comparaison terrible. Et si elle n’en parla jamais à sa mère, c’est qu’elle était dans l’incapacité de le faire. On ne lui en avait pas parlé pour ne pas l’attrister  et elle avait reçu l’interdit en même temps que le récit. En parler à ses parents, n’aurait-ce pas réveillé leur douleur ?

Comment comprendre cela ? Elle dit à sa sœur : « Je n’écris pas parce que tu es morte ;  tu es morte pour que j’écrive. » C’est le choix de la vie. Annie Ernaux s’est inventé  l’idée qu’elle devait écrire parce qu’elle avait elle-même été sauvée (et sa sœur non) du tétanos. Elle s’est donc demandé ce qu’elle allait faire de « ça », pourquoi elle avait été épargnée, pourquoi elle. Et, à vingt ans, elle a décidé qu’elle écrirait.

Elle déclare que c’est la plus belle chose qu’elle puisse faire, écrire comme Virginia Woolf ou Simone de Beauvoir. Selon elle, « on peut mourir après avoir écrit un livre ». C’est bien cela qu’elle pense pendant le temps de l’écriture, même si, après, c’est moins vrai. Ainsi, elle a désespéré de jamais pouvoir terminer Les Années, pensant qu’elle n’y arriverait pas, car elle avait des soucis de santé.

L’autre fille est en fait une commande de son éditeur, qui venait de créer une nouvelle collection, Les Affranchis. « Ecrivez la lettre que vous n’avez jamais osé écrire », un peu dans la perspective de la Lettre au père de Kafka. Bien que détestant le genre épistolaire, elle a décidé d’écrire à cette sœur disparue. Cela a donc été la rencontre d’un désir et d’une forme. Annie Ernaux reconnaît pourtant n’être pas très satisfaite de l’emploi du « tu », ce pronom personnel instaurant une intimité qu’elle n’a jamais eue avec sa sœur.

Qu’est-ce qu’écrire se demande-t-elle. Comment trouver les mots ? L’enfant ne serait-il  pas à l’origine de l’écriture ? Enfant, elle-même se pensait le double d’une héroïne. Souvent, au moment du réveil, elle imaginait qu’elle était Scarlett O’Hara.

 

Lionel duroy lionel

Lionel Duroy

 

Avec son dernier opus, Colères, Lionel Duroy admet qu’il bouscule un interdit terrible. Car, si on écrit fréquemment sur ses parents, il est rare qu’on écrive sur son enfant. Déjà, ses œuvres précédente, Priez pour nous et Le chagrin, avaient provoqué un cataclysme familial, entraînant une brouille avec ses frères et sœurs, le divorce d’avec sa femme et des réactions violentes de son fils. En effet, ce dernier avait brûlé le manuscrit que son père lui avait envoyé pour qu’il le lise, puis il avait disparu de sa vie, lui laissant son passif, ses dettes. Alors, jusqu’où un écrivain peut-il utiliser des scènes vécues pour en faire de la littérature ?

Lionel Duroy confesse que l’écriture est pour lui une exploration de l’intime et que, par elle, il cherche sa voie de salut. Plus il écrit, plus il provoque de catastrophes, mais il se doit d’écrire sur ce qui est injuste, même s’il y a un prix très lourd à payer pour dire l’intime.

En captant son histoire familiale, il écrit pour dire comment on invente sa vie, tout en ne réinventant pas. Il s’efforce de comprendre au long d’un siècle ce qu’est une vie, dont les origines sont à trouver dans la Grande Guerre. Il lui suffit alors de tirer les fils.

Mais Lionel Duroy confesse que l’écriture fragilise. Il est immensément difficile de comprendre sa vie, c’est un travail quotidien, dans les ténèbres. Il faut « aller à l’os », ainsi que le dit François Busnel,  pour toucher l’intime. L’écrivain n’a pas échappé à la dépression, quand ses frères et sœurs (il appartient à une fratrie de onze enfants) lui ont tourné le dos.

Ecrire est une tâche noble, un moyen de résister à la mort. Il faut écrire pour riposter. Et même si cela occasionne la rupture avec un enfant, il faut continuer et écrire en toutes circonstances.

Si ce livre a fait trembler Lionel Duroy, il espère qu’un jour, son fils lui donnera la réplique. Et bien loin de se poser en victime, l’écrivain écrit simplement sur ce qui arrive. Il est satisfait d’avoir écrit ce livre, extrêmement tendu, en trois mois et dix jours. Le sujet lui a dicté une écriture particulière et il est la preuve que, même dans les pires catastrophes, même quand on chancelle, on peut continuer à écrire. Son œuvre est celle d’un artisan, qui se met à sa table de travail tous les matins.

A ne pas dire les choses, on meurt. Ce que fait Lionel Duroy est en quelque sorte une réponse à Rilke qu’il admire et à Annie Ernaux, qui est pour lui un modèle en littérature. Plutôt que de tourner en rond, c’est plutôt de creuser un sillon dont il s’agit. Inlassablement il revient sur des choses écrites il y a vingt-cinq ans, car le regard sur la vie change au fil des années. Et il faut du temps pour enfin être entendu.

 

antoine audouard

Antoine Audouard

 

Pour Antoine Audouard enfin, Le rendez-vous de Saïgon est une rencontre, à la fin de sa vie,  avec Yvan Audouard, « un père qui transmettait peu ».  C’est en quelque sorte une Lettre au père, qu’il qualifie d’ « écrivain mineur ». Il avoue que son père a toujours eu le regret de ne pas s’être pris au sérieux plus tôt. N’affirmait-il pas non sans ironie : « J’ai une admiration infinie pour l’œuvre que je n’ai pas écrite » ? Antoine Audouard a composé cet ouvrage dans un état de chagrin, avec l’envie de faire vivre un fantôme qui lui manquait affreusement.

C’est après un voyage au Viêt-Nam, où avait vécu son grand-père, officier dans l’armée coloniale, qu’il y emmènera son père (il y était né « par inadvertance »). Puis, après avoir écrit un roman, Antoine Audouard  demeurera auprès de son père malade. Pendant trois mois, il sera à ses côtés jusqu’à la fin, dans un expérience de vie extraordinaire, mais sans intention d’écriture au départ.

Dans ce livre, il raconte sa relation avec ce père dont il fut l’éditeur, et dont, lors d’un salon, il avait dit : « Je suis le père du lauréat ».  Hier soir, il a fait d’ailleurs un autre lapsus en disant : « On devient parents de ses enfants », au lieu de « parents de ses parents ». La preuve, sans doute, que cet ouvrage touche au plus profond  de la relation entre un fils et son père.

Ainsi, jeudi dernier, sans détours et sans fioritures, quatre écrivains nous ont dit que l'écriture de soi est toujours une écriture de la douleur.

 

 

 

 

 

Repost 0

Présentation

  • : Ex-libris
  • Ex-libris
  • : Un blog pour lire, pour écrire, pour découvrir et s'étonner. "La Vie a plus de talent que nous" disait Nabokov.
  • Contact

ex-libris

 ex-libris

 

Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons-nous d'ahan

Ton cours vers d'autres nébuleuses

 

La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

Recherche