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28 juillet 2011 4 28 /07 /juillet /2011 17:55

 

marylin

Marylin Monroe dans Sept ans de réflexion de Billy Wilder (1955)

 

 

 

Fragile Marylin

Aux jambes longilignes

Jamais on n'oubliera

Ce cliché entrechat

Où tu joues la surprise

D'une façon exquise

Et où un courant d'air

Devenu légendaire

Fripon et effronté

Léger et indiscret

Lève ta robe blanche

Pour que tu te déhanches

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Commios : déluré

 

 

 

 

 

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27 juillet 2011 3 27 /07 /juillet /2011 13:29

 

 

Du 25 juin au 15 août 2011, l'association Art et Chapelles, avec le concours de Patrimoine Religieux en Saumurois, propose un circuit artistique de 44 kilomètres dans sept chapelles de la région de Saumur. On en connaît le principe : il s'agit pour l'artiste de s'imprégner de l'atmosphère du lieu et d'y créer une œuvre qui le reflète ou, à tout le moins, en distille un écho.

La balade commence à Marson dans l'église Sainte-Croix (XII°- XV°- XVII° siècles) dont l'ancien vocable était celui de sainte Catherine. Inspiré par les statues du XVI° siècle à l'effigie de saint Sébastien et de sainte Catherine d'Alexandrie, le peintre Louis Harel a réalisé trois polyptiques en peinture à l'huile, rappelant le martyre du patron des archers et de la patronne des jeunes filles et des philosophes. Les triangles, censés suggérer les flèches dont fut victime le premier, répondent aux chevrons de la superbe charpente en carène renversée qui surplombe la nef. Si le trait de pinceau très appuyé rattache le peintre à l'expressionnisme, la vivacité des couleurs le rapproche de l'abstraction lyrique. L'ensemble témoigne d'une grande puissance d'expression.

 

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  Saint Sébastien dans l'église Sainte-Croix de Marson

(Dimanche 17 juillet 2011)

 

A quelques kilomètres de là, le vidéaste Thierry Froger a investi Saint-Pierre de Meigné-sous-Doué, dont l'existence est attestée depuis le X° siècle. Si l'extérieur, très remanié au XIX° siècle, retient moins l'attention, il n'en est pas de même pour l'intérieur. Outre le beau bénitier de Claude Cordier dont le pied est orné de petits enfants nus, tels des putti, et la chaire avec les quatre évangélistes, on notera de curieuses représentations de saint Pierre et saint Paul, portant les attributs des papes du XVIII° siècle. L'artiste présente ici une « lessive » de cinq images, représentant chacune une femme qui indéfiniment lave un linge. Au-dessous, une série de bassines en plastique de couleurs vives, inspirées par le vitrail qui surplombe le porche, présentent des papiers chiffonnés, sur lesquels sont reproduits au tampon des visages féminins appartenant à des tableaux célèbres. Avec cette « installation », intitulée Les Suaires, et en interrogeant « images et corps à travers leur capacité d'apparition et de disparition », Thierry Froger invite à méditer sur le thème de la purification. Une création énigmatique et intrigante.

 

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  Les Suaires de Thierry Froger à Saint-Pierre de Meigné-sous-Doué

 

En pénétrant dans l'église Saint-Laurent de Forges, on sera surpris par une organisation de l'espace très théâtralisée. Un très beau confessionnal, une chaire remarquablement sculptée, sous une voûte en plâtre à cintres surbaissés, précèdent un chœur voûté sur croix d'ogives gothiques, orné d'un décor bleu et doré peint au XVIII° siècle, et d'un retable. On retiendra une très belle table de communion en tuffeau, unique sans doute en Anjou. Le ciel étoilé du décor peint a donné l'occasion à la licière Laurence Marie de créer son propre firmament sous la voûte de plâtre blanc. « Finalement, j'occupe le plafond comme une réponse à celui du chœur » avoue-t-elle. Au bleu et au doré du XVIII° siècle elle oppose son ciel, fait de morceaux de vivant tulle blanc et de boutons dorés. Ce faisant, se crée une scansion, un rythme de l'espace dans le lieu saint.

 

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     Le ciel de Laurence Marie à Saint-Laurent de Forges

 

Dans l'église Saint-Hilaire de Montfort, aux étonnants contreforts arrondis en colonnes- uniques pour un édifice religieux- on admirera un retable typique de la Contre-Réforme. On y remarquera dans le haut à gauche un portrait en médaillon de Charles Borromée, grande figure de cette période troublée, peint par Philippe de Champaigne. Dans cet endroit, très théâtral lui aussi, le sculpteur Franck Loret a accroché au plafond de la nef, du porche au chœur, dans le sens de la longueur, une sculpture en papier mâché, qui représente une sorte de long maillage. L'ombre de l'ensemble est portée sur les murs latéraux, donnant ainsi de l'ampleur à cette création. Selon l'artiste, ces « fragments intérieurs » représentent la trace de tous ceux qui sont venus dans cette église. Les différentes parties du maillage, liées entre elles par de fins brins de métal, signifient le lien qui les unit à jamais. Une œuvre aérienne et discrète à la belle symbolique.

 

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La sculpture en papier mâché de Franck Loret à Saint-Hilaire de Montfort

 

Cet après-midi-là, mon périple de découverte s'est achevé dans l'église Saint-Pierre d'Artannes. Je n'aurai pas vu l'œuvre du sculpteur Anne Martinuzzi-Compaint à Saint-Pierre de Dampierre-sur-Loire, ni celle du peintre Judith Wolfe à Saint-Pierre de Parnay.

Mais pour moi le point d'orgue de ce circuit en art aura été les toiles du peintre Ali Salem. Dans cette petite chapelle du XII° siècle, superbement restaurée depuis peu, l'artiste d'origine algérienne a travaillé pendant six mois sur le thème de la Crucifixion. Il propose ainsi à l'admiration du visiteur une petite quinzaine de toiles, rectangulaires dans la nef et triangulaires dans le chœur, « lancinance et répétition » étant au cœur de son œuvre. Dans ces peintures aux vives couleurs, la silhouette du Christ torturé se dessine avec force. Le thème est repris encore avec sept toiles, placées sur le mur sud, évoquant le martyre des moines de Tibihirine. Au-dessous, des tessons de faïence, des lampes à huile, du sable, font allusion aux cimetières maghrébins et aux marabouts.

 

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Mais le plus surprenant peut-être, c'est ce grand drapé blanc qui s'élève en croix victorieuse jusqu'au sommet de la nef, émergeant d'un parallélépipède de verre en forme de tombeau, rempli de tissus de couleur. La résurrection du Christ, fondement de la foi des chrétiens, se donne à lire ici dans tout son élan libérateur. Choix artistique d'autant plus étonnant pour un artiste d'origine musulmane : en effet si l'islam reconnaît en Jésus un prophète, il ne croit pas à la Résurrection, Toujours est-il que cette œuvre lumineuse est le vivant témoignage du regard d'un artiste ouvert et tolérant, qui interroges les signes, et qui a su exalter avec une belle puissance le mystère d'une foi qui n'est sans doute pas la sienne. Et par les temps qui courent, il me semble que c'est une démarche assez rare pour qu'elle mérite d'être signalée.

 

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  Une des Crucifixions du peintre Ali Salem

   

Sources :

Le livret d'accompagnement Art et Chapelles, Imprimerie Norbert Plot, 06/2011

http://artetchapelles.free.fr

http://artetchapelles.canalblog.com

 

 

 

 

 

 

 

 

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26 juillet 2011 2 26 /07 /juillet /2011 07:00

 

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                  Publicité pour le parfum Bellodgia de Caron

                               dans L'Illustration du 24 mai 1930

 

 

 

 

Quand tu seras partie

Quand tout sera fini

Quand tu seras perdue

Quand je serai rompu

Quand j'aurai oublié

Ton nom notre passé

Les traits de ton visage

L'amour et ses ravages

Me restera de toi

Qui fut ma joie ma croix

Ce fin parfum d'œillet

Au charme suranné

La vivante fragrance

Souffle de ta présence

Courant dessus ma peau

En troublant glissando

 

 

Pour la communauté  de Hauteclaire, Entre ombre et lumière,

Thème proposé par Denise : Affiches anciennes

 

 

 

 

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23 juillet 2011 6 23 /07 /juillet /2011 10:22

    fresque étel

 

                   Fresque de l'église d'Etel, par Xavier de Langlais

 

 

 

L'église des marins a sombré dans le noir

Et les voix des chanteurs s'élèvent dans le soir

Sur la fresque en couleurs où la Vierge au jusant

Au peuple de la mer présente son enfant

 

Leur voix mâle et profonde envahit tout l'espace

Elle chante le vent la vague au blanc fugace

Les vaillants capitaines et leurs amies au port

L'audace des départs les algues de la mort

 

Elle suit la marche lente des vieux goémoniers

Moissonneurs de la mer aux chevaux fatigués

Et rêve d'une terre de ciel et d'océan

Où un phare clignotant guidera les errants

 

Elle crie la prière de l'homme au ciré jaune

Frissonnant sur le pont dans la pluie des cyclones

Et rêvant à la fille de Valparaiso

A ses cheveux si noirs à ses bras blancs si chauds

 

Pareilles à la marée les voix roulent puissantes

L'accordéon sanglote d'une âme gémissante

Les Gabiers d'artimon matelots en bordée

Nous emmènent au plus loin sur leurs mers inventées

 

 Vendredi 22 juillet 2011, église d'Etel,

 Concert des Gabiers d'artimon (Lorient)  

 

 

 

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                 Les Gabiers d'artimon (Photo bretondetheix)

 

 

 

 

 


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19 juillet 2011 2 19 /07 /juillet /2011 08:18

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                 Collégiennes écoutant leur professeur

          lors d'une exhibition à Tamarama beach, Australie

                                  (Novembre 2008)

 

 

Quand elles seront bien vieilles

Les jeunes collégiennes

En uniforme gris

Groupées à la douzaine

Autour du sablier

Elles se rappelleront

Ce matin de novembre

Quand elles avaient quinze ans

Un coeur et corps ardents

Des rires triomphants

Mais le sable a coulé

Les années ont passé

Vide est le sablier

 

Novembre 2008, Tamarama beach, Australie

 

 

 

Pour la communauté de Hauteclaire, Entre ombre et lumière,

Thème proposé par Murielle :

Quelque chose de petit reproduit en grand

 


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18 juillet 2011 1 18 /07 /juillet /2011 13:23

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Pleine lune sur Carantec (Mercredi 13 juillet 2011)

 

 

En ce soir de juillet

La lune en sa pâleur

Baignait de sa lueur

Les toits bleu ardoisé

 

La nuit ne venait pas

L’air était transparent

Le vent était absent

La mer comme un drap

 

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  Le ciel rosit sur les rochers de Rhu-Land (Mercredi 13 juillet 2011)

 

 

On venait des rochers

Qui sombraient dans le noir

Les barques en reposoir

Sur les eaux oubliées

 

Je me suis retournée

Le soleil au fer blanc

S’enfonçait dans le sang

D’un ciel supplicié

 

Mercredi 13 juillet 2011,

Carantec, vers 10h du soir

 

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  Coucher de soleil devant le port de Carantec (Mercredi 13 juillet 2011)

 

 

 

 

 

 

 

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17 juillet 2011 7 17 /07 /juillet /2011 09:37

  Calot 3 clochers

Saint-Pol de Léon, vue de l'île Callot   à Carantec

(Phot ex-libris.over-blog.com, jeudi 14 juillet 2011)

 

 

 

On va à l’île Callot

Par la Passe aux Moutons

Il flotte dans les flaques

Où se tordent les algues

Des araignées de mer

De fins poissons d’argent

Des mouvements de mouettes

 

Dans l’odeur des fenouils

Filiformes et fragiles

Une barque bleutée

Attend son goémon

Le château du Taureau

Dresse sa  masse grise

 

On voit les hampes grêles

Des jardins de la mer

Le trio des clochers de Saint-Pol de Léon

Tremblotant dans la brume

Et le cube tout blanc

D’un haut ferry au port

 

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Vers l'ïle Callot

(Photo ex-libris.over-blog.com, jeudi 14 juillet 2011)

 

L’école où l’on allait

A fermé ses volets

Un tracteur haut perché

Dort près des rochers ronds

Des vivaces ajoncs

Et des champs de légumes

 

Par le chemin qui monte

Parmi les hortensias

On devine ar-Galloud

Flanquée de ses trois cloches

Qui chantent fa-la-do

A l’heure de midi

 

Et dans le sanctuaire

Salué des corsaires

Quand ils prenaient le large

Derrière le jubé

Sous les barques votives

Sous les yeux de saint Yves

Dans sa robe écarlate

Marie Toute-Puissante

Brandira doucement

Son long sceptre fleuri

 

Jeudi 14 juillet 2011

  callot MarieNotre-Dame de Toute- Puissance, dans la chapelle de l'île Callot

 (Photo ex-libris.over-blog.com, jeudi 14 juillet 2011)

 

 

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17 juillet 2011 7 17 /07 /juillet /2011 09:00

Femme à la fenêtre Caspar David Friedrich 1822 Nationalga

            Femme à la fenêtre (1822), Carl Caspar Friedrich,

                               Nationalgalerie, Berlin

 

 

 

La fenêtre est ouverte et le jardin s'endort,

Longuement, avec des bruits d'eau et des murmures

D'invisibles oiseaux blottis dans les ramures

Que le soir a tiédies de sa caresse d'or.

 

La fenêtre est ouverte. Et monte le silence

Du coeur des fleurs, du coeur de l'ombre jusqu'à nous

Qui, pensifs, l'écoutons venir à pas très doux

Du fond de notre obscure et grave conscience.

La fenêtre est ouverte... et le jardin n'est plus

Qu'une chose confuse et doucement lointaine

Où l'on entend parfois, aux rumeurs des fontaines,

Bouger les ailes des oiseaux qui se sont tus.

 

Premiers vers in La Bohème et mon coeur, 1939, Francis Carco

 

 

 

 

Blog entre parenthèses

 

 

 

 

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16 juillet 2011 6 16 /07 /juillet /2011 10:54

Coccinelles 2

                       La plage de la Roche sèche à Erdeven

                           (Photo ex-libris.over-blog.com)

 

 

La plage est sommeilleuse

La mer est paresseuse

Le ciel a revêtu

Son habit de revue

Et d'indolents nuages

Comme chats blancs s'étirent

Des cheveux d'algues brunes

Alanguis sur la grève

Enserrent les marcheurs

D'un lacis reptilien

La brise désinvolte

Caresse les oyats

Je fais couler le sable

Aux couleurs de la terre

Entre mes doigts humides

 

Comme tombe une portière

Le soleil soudain

A perdu sa lumière

 

Les yeux levés au ciel

Je regarde plonger

Un envol de mouettes

Qui vont à la pêchette

De rouges jouvencelles

De folles coccinelles

Aux mouches libertines 

 

Lundi 11 juillet 2011

 

 

 

 

 

 

 

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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 17:54

Le docteur Jivago

Larissa Fiodorovna Antipova (Julie Christie)

et Iouri Andréiévitch Jivago (Omar Sharif),

dans le film de David Lean, Le docteur Jivago

(Photo Allo-Ciné)

 

 

J'avais vu il y a bien longtemps le film de David Lean, Le docteur Jivago et, comme beaucoup je le pense, j'avais gardé en mémoire le beau visage sensuel et grave de Julie Christie dans le rôle de Lara et le regard fiévreux et méditatif d'Omar Sharif, l'interprète de Youri Andréievitch Jivago. Ne surnageaient dans mes souvenirs que cette histoire d'amour et de douleur.

Or, à la lecture de l'œuvre de Pasternak, il me semble que l'essentiel est peut-être résumé dans cette passion faite de paradoxes et que, d'une certaine manière, elle reflète toutes les ambiguïtés de la révolution russe, par ailleurs si bien dépeinte dans le roman. L'écrivain russe qui déclarait « Ne pas choisir, surtout ne pas choisir », propose ici un roman d'amour qui apparaît comme une fable symbolique. Le médecin poète, « intellectuel à l'échine docile », pétri de paradoxes, qui condamne et accepte la violence, est le reflet des tourments d'un auteur, « équilibriste entre sa chère Russie et le bolchevisme ». Tout comme peut l'être aussi Lara, Larissa Fiodorovna Antipova, « celle qui porte une faille pour toute la vie », qui est déchirée entre sa faute originelle et sa pureté ; comme l'est encore son époux Pacha, Pavel Pavlovitch Antipov, alias Strelnikov, que son « don de pureté morale et d'équité », exempts de tolérance du cœur et d'intuition, mèneront aux pires excès.

Admirable roman qui n'est pas celui des « justes, ceux qui ne sont jamais tombés, qui n'ont jamais fait un écart. » Pour ceux-là, « leur vertu est morte, elle a peu de prix. » En effet « la beauté de la vie ne [leur] a pas été révélée » (p. 511). Un des thèmes récurrents de Pasternak n'est-il pas celui de la vie, déjà exprimé dans Ma sœur la vie ? Et Youri, alors qu'il critique « les promoteurs de la révolution [qui] n'aiment que le tohu-bohu et les chambardements, affirme : « L'homme est né pour vivre et non pour se préparer à vivre. Et la vie elle-même, quoi de plus précieux, de plus enivrant ? » (p. 385)

Amour de la vie, opiniâtreté à vivre, qui se trouvent remarquablement exprimés dans ce passage où Youri Jivago, de retour à Iouratine après ses dix-huit mois passés chez les partisans, assimile la Russie à Lara : « C'est une soirée de printemps. L'air est tout piqué de sons. Les voix des enfants qui jouent sont éparpillées un peu partout comme pour montrer que l'espace est palpitant de vie. Et ce lointain, c'est la Russie, cette mère glorieuse, incomparable, dont la renommée s'étend au-delà des mers, cette martyre, têtue, extravagante, exaltée, adorée, aux éclats toujours imprévisibles, à jamais sublimes et tragiques ! Oh, comme il est doux d'exister ! Comme il est doux de vivre sur la terre et d'aimer la vie ! Oh, comme l'on voudrait dire merci à la vie même, à l'existence même, le leur dire à elles, et en face.

Oui, Lara, c'est tout cela. Puisqu'on ne peut communiquer par la parole avec ces forces cachées, Lara est leur représentante, leur symbole. Elle est à la fois l'ouïe et la parole offertes en don aux principes muets de l'existence. » (p. 501).

On retrouve l'expression de cette conception au moment où le docteur Jivago contemple la forêt lors de son séjour forcé dans la milice des Bois. A la contempler, « c'est comme si l'esprit de la vie entrait à flots dans sa poitrine, traversait tout son être et faisait jaillir des ailes de son dos ». Il revoit le visage de Lara, dont il chuchote le prénom : « Et ce murmure s'adressait à toute sa vie, à toute la terre, à tout ce qui s'étendait devant lui, à l'espace illuminé par le soleil. » (p. 442).

Strelnikov, lorsqu'il rencontre pour la seconde et dernière fois Jivago à Varyniko, la veille de son suicide, reconnaît aussi à la jeune femme cette capacité à incarner les beautés et les tourments du monde. Evoquant son épouse alors qu'elle était lycéenne, il dit : « C'était une petite fille, une enfant, mais on pouvait déjà lire sur son visage, dans ses yeux, l'alarme du siècle, son inquiétude. Tous les thèmes de l'époque, toutes ses larmes et toutes ses offenses, toutes ses impulsions, tout son ressentiment accumulé et toute sa fierté étaient inscrits sur son visage et dans son allure, dans ce mélange de modestie virginale et de sveltesse audacieuse. On pouvait accuser le siècle en son nom, par ses lèvres. […] Cela ressemble à une prédestination, à un signe du destin. Il fallait posséder cela de naissance, y avoir droit. » (p. 588).

Ce don de la vie, Youri Jivago le possède aussi au plus haut degré, ainsi que le lui révèle Anna Ivanovna Groméko, la mère de son épouse Tonia, et qu'il guérit au début du roman. Reconnaissant son talent, elle lui dit : « Et le talent, au sens le plus haut et le plus vaste, c'est le don de la vie. » Et Youri l'exprime dans le poème qu'il écrit alors qu'il est victime du typhus « Deux petites phrases vaguement rimées l'obsè[dent] alors :

 

La joie de Le toucher

Il faut se réveiller

 

C'est ainsi qu'il revient à la vie : « Et l'enfer, la perdition, la mort sont heureux de Le toucher, mais aussi le printemps, et Madeleine, et la vie. Il faut se réveiller et se lever. Il faut ressusciter. » (p. 268).

De ce roman des ruptures, nombre de scènes demeurent en mémoire : l'arbre de Noël chez les Sventitski, quand Lara tire sur Komarovski, la danse du vieux Juif moqué par un jeune cosaque, le voyage hallucinant de Jivago et des siens vers Varyniko, la mort du jeune garde blanc tué par Jivago, la venue dans les lignes des partisans d'un malheureux, amputé du bras droit et de la jambe gauche par les Blancs en représailles, les nuits à Varyniko tandis que dehors hurlent les loups...

Toute l'œuvre m'apparaît marquée par ce quelque chose de radical que définit Youro Jivago devant son beau-père Alexandre Alexandrovitch : « Dans cette façon de tout pousser jusqu'au bout, sans rien craindre, il y a quelque chose de bien russe et qui nous est familier depuis longtemps. Quelque chose de l'implacable luminosité de Pouchkine, l'Annonciateur, de l'impeccable fidélité au réel d'un Tolstoï. »

Mais au-delà des douleurs des séparations amoureuses et des excès de la révolution, demeure cette foi en la vie que le poète Jivago exprime dans l'avant-dernier quatrain de « La noce », le onzième des vingt-cinq poèmes, qui clôturent le roman :

 

Et la vie, est-ce autre chose

Qu'un instant sans poids,

Que se fondre en tous les autres

Comme en don de soi ?

 

 

 

Les références renvoient à l'édition Folio, n°79

 

 

 

 

 

 

 

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Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

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Ton cours vers d'autres nébuleuses

 

La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

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