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14 juin 2012 4 14 /06 /juin /2012 07:00

 Queneau.JPG

      Mer, rochers et algues, entre Kerouriec et La Roche Sèche en Erdeven

(Photo ex-libris.over-blog.com, janvier 2012)

 

 

 

Clochard nocturne aux yeux taillés

tu te traînes sur les rocs maritimes

laissant laiteuse la trace de ton passage bavé

les eaux noires continuent de rouler leurs airs

toi libre de respirer tu évites

les hommes couchés derrière leurs murailles

en haut de la falaise somnole un douanier

et lorsque la nuit se dissout tu repars

vers le nid d’algues où tu es né

 

Fendre les flots (1969),

in Courir les rues, Battre la campagne, Fendre les flots

Raymond Queneau

 

Queneau présentait ainsi la troisième partie de son recueil : « La vie est une navigation, on le sait depuis Homère. » Dans la préface de l’édition Gallimard, Claude Debon souligne que Fendre les flots est, des trois volumes, le plus « pensé », le plus construit.

Brève apostrophe à l’être humain, ce neuvain me semble bien résumer cette idée d’un homme, éternel voyageur, qui aspire à sortir de ses limites pour retourner vers les eaux originelles d’où il est issu.

Dans ce texte à l’apparence simplissime, subtile association de prosaïsme et de philosophie, on perçoit une grande profondeur. L’homme y apparaît sous la très belle métaphore d’un « clochard nocturne aux yeux taillés». Une image complexe qui associe la péjoration de l’appellation « clochard » à la beauté de l’errance, qui mêle aussi la noirceur de la nuit à la pénétration de ces yeux « taillés », peut-être comme des gemmes.

S’opposent ici les champs lexicaux de l’immobilité, du minéral, de l’enfermement (« rocs », « couchés », « murailles », « falaise », « douanier ») et de l’errance (« clochard », « maritimes », « rouler », « libre », « passage » « repars » « algues »).

Par le biais d’un lexique péjoratif ( « tu te traînes », « bavé »), d'une allitération en [t] des plus insistantes sur l’aspect lent et rampant (vers 1, 2 et 3), les premiers vers dessinent un être à la lenteur d’escargot, mollusque portant sa maison sur son dos, bavant une laitance qui écoeure.  En face de lui, la mer éternelle (« continuent ») est en proie à un mouvement infini, que vient souligner l’emploi des consonnes liquides.

Avec l’évocation ironique d’un « douanier » qui « somnole », fonctionnaire installé dans la monotonie des jours, la seconde partie du poème souligne ce désir fondamental de l’homme à sortir de ses frontières, à s’arracher à l’immobilité, à la prison de la terre. Il n’a de cesse de retourner vers la matrice originelle, son élément primordial d’où il a été exilé, « le nid d’algues » de la naissance. L’assonance stridente en [i] (« libre », « évites », « respirer », « nuit », « dissout », « nid ») est au service de cette inspiration extrême (aspiration), qui précède le départ au loin.

L’ensemble baigne dans une atmosphère cosmique obscure (« nocturne », « eaux noires », « la nuit »), que le mouvement vers l’ailleurs vient dissiper (« se dissout ») et anéantir. Ce poème dynamique (« tu repars ») philosophe sans en avoir l'air, tout comme Heiddeger lorsqu'il écrivait que « L’homme est l’être des lointains. »

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème : prendre l’air

 

 

 

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12 juin 2012 2 12 /06 /juin /2012 09:37

 Anges-1.JPG

Deux anges porteurs des instruments de la Passion, Chapelle du château de Chavigny à Lerné (37)

(Photo ex-libris.over-blog.com, Jeudi 07 juin 2012)

 

Dans la chapelle blanche éblouie de lumière

De beaux adolescents souriants et pensifs

Porteurs des instruments  d’une Passion mystère

Suspendus dans l’instant  tendre et contemplatif

Patientent que revienne le Christ trinitaire

 

Anges-2.JPG

 Ange porteur de l'échelle de la Descente de Croix, Chapelle du château de Chavigny à Lerné (37)

(Photo ex-libris.over-blog.com, Jeudi 07 juin 2012)

 

 

Pour la communauté de Hauteclaire, Entre Ombre et Lumière,

Thème proposé par Reine-Claude : les anges

 

 

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12 juin 2012 2 12 /06 /juin /2012 07:13

Ecorce-bouleau.JPG

 Bouleaux sous la neige

(Photo ex-libris.over-blog.com (Effet zoom focal et effet Lomo), 10 février 2012)

 

 

 

Prendre un jour le Transsibérien

Rouler dans une nuit de suie

Sous le cahot des astres

Dans le matin paralytique

L’âme entravée et les doigts gourds

S’accouder à la vitre qui tremble

Et surprendre dans un éclair épileptique

Sur la plaine en lignes de fuite

« Avec le cœur du ciel

L’écorce du bouleau »

 

Pour Papier Libre de Juliette,

Sur deux vers de Robert Desnos :

« Avec le cœur du ciel/ L’écorce du bouleau »

 

Ecorce-du-bouleau-2.JPG

 Ecorce de bouleau

(Photo ex-libris.over-blog.com (Effet Lomo), 31 janvier 2010)

 

 

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11 juin 2012 1 11 /06 /juin /2012 07:05

 Carabe

Carabe doré, dit jardinière ou vinaigrier, dans le jardin de Rou

(Photo ex-libris.over-blog.com, début juin 2012)

 

Au soleil de juin

Sur le gras lavandin

 

Mandibules dressées

J’ai vu comme un éclair

Un carabe doré

Bijou aux reflets verts

 

Dans son écrin de ciel

Bague au doigt de Cybèle

 

Dans le jardin, début juin 2012

 

 

 


 

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8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 10:35

Meditation.JPG

Pleine lune entre les branches à Rou 

(Photo ex-libris.over-blog.com, 06  mai 2012)

 

L’énergie de la sérénité

En soi

Comme un chant silencieux

 

 

Pour lire le texte de Noune, "Méditation 9" : link

 

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6 juin 2012 3 06 /06 /juin /2012 17:30

venus-vue-de-Katmandou-au-nepal-le-6-juin-reuters-nave-SH.jpg

Vénus passant devant le soleil, vue de Katmandou au Népal le 06 juin 2012

(Photo Reuters/ Nave SH CHITRAKAR, 20 minutes.fr)

 

 

Sur la joue fardée du Soleil

Vénus en coquetterie

A posé sa mouche

 

Mercredi 06 juin 2012,

jour du passage de Vénus devant le soleil

 

 

 

 


 

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6 juin 2012 3 06 /06 /juin /2012 17:05

Femelles.jpg

 

Dans son émission, Carnets de Route, débutée le 20 octobre 2011, François Busnel est allé jusqu’en avril 2012 à la rencontre des écrivains américains contemporains. C’est ainsi que le 27 janvier 2012, à Princeton, à deux pas de la prestigieuse université où elle enseigne, Joyce Carol Oates, la « wonder woman de la littérature américaine », lui a accordé un entretien passionnant. En 40 ans, avec plus de 115 livres, 55 romans, plus de 400 nouvelles, un dizaine d’essais, 8 livres de poésie, elle est devenue un des écrivains les plus discutés et les plus controversés de sa génération.

Dans son œuvre protéiforme, elle met en scène des personnages torturés, ambigus, névrosés aux prises avec les dysfonctionnements de la famille et du couple. Derrière des apparences sages, se dessinent des adolescents criminels, des enfants martyrisés, des pères bourreaux, des tueurs en série, des violeurs, des kidnappeurs, des terroristes.

Dans cette conversation, Joyce Carol Oates a expliqué comment les points de départ de ses romans ou de ses nouvelles sont souvent des faits divers survenus dans l’histoire de l’Amérique. Selon elle, faire l’anatomie d’un crime permet d’entrer un peu plus avant dans l’âme américaine, le crime et le mystère étant au cœur de toute expérience humaine. Chez les Grecs, dans les grands drames élisabéthains, dit-elle, le sujet est toujours le crime. Qu’il soit passionnel ou ignoble, que ce soit le comportement moral qui soit criminel, l’écrivain a le sentiment qu’en exprimer le mystère, c’est se plonger dans l’envers de la société et comprendre plus profondément la nature humaine.

Quand j’ai vu cette émission, j’étais en train de lire son recueil de nouvelles intitulé Les Femelles. Ses remarques sont ainsi venues à point corroborer l’impression éprouvée à la lecture de cet ouvrage. Le titre originel est The Female of the Species, sorte d’intitulé générique, qui mettrait en relief l’essence de la femme. Dans ces neuf nouvelles, il s’agit de partir en quête, non de la mère, mais bien plutôt que celle qu’habite une violence inconnue, celle d’Eros et de Thanatos.

Ce sont souvent de très jeunes femmes, à la maturité fragile. Ainsi, dans la première nouvelle, « Avec l’aide de Dieu », on fait la connaissance de Lucretia, la jeune femme adolescente amoureuse du très jaloux Lucas Pitman, le shérif adjoint du comté de Saint-Lawrence, assaillie par des coups de fil anonymes. Bien qu’elle se persuade que son époux ne lui « fait pas peur », elle devra tirer sur lui pour échapper à un sentiment irrationnel.

Quant à Mme G., épouse « superficielle et vaniteuse », elle « cherch[e ] son âme » sur Madison Avenue. Elle la retrouvera peut-être tragiquement dans la réserve ensanglantée d’un des magasins qu’elle a inlassablement fréquentés.(« Madison au guignol »).

Dans ce recueil, on rencontre aussi des mères, comme Christine, la mère aimante de Céci. Dans « Faim », amoureuse d’un homme qu’elle sait dangereux, elle ira pourtant jusqu’au bout de la plage déserte de Cape Cod avec Curver son mari, un pistolet calibre .42, dissimulé dans sa poche.

Les petites filles elles-mêmes ne sont pas plus épargnées par la plume de l’écrivain. « Banshee », négligée par sa mère, se promène dangereusement sur les toits par temps de grand vent avec son petit frère, bébé entre ses bras. Dans « Poupée : une ballade du Mississipi », sans doute la nouvelle la plus horrible, la petite lolita qui se prostitue pour faire vivre son beau-père, M. Early,  se vengera à sa manière :

« Tu vois, pa-pa, ce que tu m’as fait faire.

Mieux vaut eux que moi, petite. » 

« Obsession » met en scène une petite fille dont le père est mystérieusement « M-O-R-T » ainsi que le lui répète Calvin, l’amant de sa mère. Terrifiée, elle entend des cris de lapin dans la cave où ne demeurent plus que de vieilles cages. C’est ici l’occasion de réfléchir sur le sens de la vie : « Mon cœur se serre ; dans chaque cage un lapin est pris au piège. Pourtant, c’est parfaitement logique, je m’en rendrai compte tout au long de ma vie : dans chaque cage, un prisonnier. »

Dans « Dis-moi que tu me pardonnes », à travers les récits croisés d’une mère et de sa fille, on apprendra ce qui s’est passé il y a quarante ans, à l’Old Eagle House Tavern, dont « la vieille enseigne fanée représentait un aigle en vol, ailes déployées, serres prêtes à saisir leur proie ». Telle Mary, proie féminine du hasard : « On ne peut rien faire avec des dés, à part « les lancer » ».

Et s’il est des anges dans ce livre, ils ne sont certes pas conformes à l’idée qu’on s’en fait habituellement. L’ « Ange de colère » sera Gilead l’épileptique, celui qui suit Katrina la mal-aimée et qui finira par tuer avec un démonte-pneu l’homme qui avait voulu la faire avorter.

Quant à l’ « Ange de miséricorde », il prend les traits d’Agnès O’Dwyer, une infirmière qui euthanasie ses patients : « C’est quelque chose qui arrive ? C’est le Bien, chassant le Mal. J’apporte la miséricorde à ceux qui souffrent. JE SUIS LA MISERICORDE. » Ce dernier récit fait alterner habilement la parole de R., une jeune infirmière qui apprend l’existence de cette collègue secourable.

Joyce Carol Oates a l’art de nous entraîner avec elle là où l’on ne voudrait pas aller. Ses nouvelles débutent en effet souvent dans un quotidien banal qui dérape au moment où l’on ne s’y attend pas. Ses créatures au visage d’anges portent en elles un Mal originel qui ne demande qu’à s’exprimer. L’inventivité dont l’écrivain américain fait preuve dans la construction de ses textes,  l’alternance des voix de certains récits, les monologues intérieurs, sont au service de la complexité d’une âme humaine dont elle cherche sans relâche à sonder le mystère.

Avec François Busnel, évoquant les écrivains femmes désormais acceptées, Joyce Carol Oates souligne sa grande admiration pour Toni Morrison. « Elle écrit sur le mal, ou plus précisément l’innocence qui découvre soudain le mal. Elle confronte la part civile de l’être humain à sa part de sauvagerie. » Définition d’une écriture qui est aussi la sienne.

 

 

Sources :

Les Carnets de route de François Busnel, La Grande Librairie, 27 janvier 2012, France 5, 20h 35

 

 

 


 

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5 juin 2012 2 05 /06 /juin /2012 21:09

Goya-les-vieilles.JPG

Le Temps ou Les Vieilles, Goya, Palais des Beaux-Arts de Lille

(Photo ex-libris.over-blog.com, Mars 2012))

 

 

 

S'enfuir...

 

Pour la route horizon

Rêve dans la prison

Liberté bleue de l’eau

 

Pour le Temps un fléau

Lâcheté du soldat

Faute et mea culpa

 

Cauchemar de l’amant

Mensonge et reniement

 

 

 

 

Pour la communauté de Suzâme, Textoésie et vous,

Thème : s’enfuir, c’est…

 

 

 


 

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5 juin 2012 2 05 /06 /juin /2012 07:00


 Voile ali salem

Installation d'Ali Salem pour Art et Chapelles à Saint-Pierre d'Artannes (49)

(Photo ex-libris.over-blog.com, 17 juillet 2011)

 

Dans le blanc du matin

J’ai vu la porte ouverte

Comme d’un baldaquin

La tombe était couverte

Il n’y avait plus rien

La salle était déserte

Et cette toile offerte

Vierge telle un vélin

Ce n’était pas la perte

C’était la Vie enfin


 Voile ali salem extrémité saint pierre d'artannes

 Extrémité du voile de l'installation d'Ali Salem 

(Photo ex-libris.over-blog.com, le 17 juillet 2011))

 

 

Pour la communauté de Hauteclaire, Entre Ombre et Lumière,

Thème : voiles et voilages

 

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3 juin 2012 7 03 /06 /juin /2012 21:15

trois-enfants-giovanni10.jpg

 Maternité, 1908, Giovanni Giacometti

 

 

Le ciel est bleu il fait du vent

Je me souviens de trois enfants

 

Dans le grenier abandonnés

Gisent  épars leurs vieux jouets

 

J’entends leur pas j’entends leurs cris

Je vois leurs yeux qui me sourient

 

Leur chevelure en libres mèches

Et mes baisers sur leur peau fraîche

 

Sur le chemin leurs ombres dansent

Beaux souvenirs en fulgurance

 

Le brun le blond la douce infante

Se sont enfuis comme eau courante

 

Le ciel est bleu il fait du vent

Où sont partis mes trois enfants 

 

Miennes amours infiniment 

 

Dimanche 03 juin 2012,

Jour de la Fête des Mères

 

 

 

 

 

 

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La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

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