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1 mars 2012 4 01 /03 /mars /2012 22:30

_Rue_Saint-Martin-a-hauteur-de-la-rue-de-Rivoli.JPG

Rue Saint-Martin

(Photo Wikipédia)

 

De l’aventure surréaliste aux compagnons des camps de concentration, Robert Desnos fut un chantre de l’amitié. En 1930, dans Corps et biens, il avait déjà écrit :

« Il avait le cœur sur la main

Et la cervelle dans la lune

C’était un bon copain… »

Dans Les portes battantes (1936-1938), il évoquait « cet ami que je n’ai pas revu… » :

« Mais le temps viendra bientôt

Où les rencontres d’amis seront désirables

Et où, de toutes façons,

Ils auront quelque chose à se dire »

Avec Etat de veille, recueil de poésie engagée (vingt poèmes publiés en 1943, dans la collection « Pour mes amis », édités hors commerce par Robert J. Godet, avec une gravure originale au burin par Gaston-Louis Roux), on retrouve ce fil de l’amitié, patiemment tissé avec ceux qui se battent aux côtés du poète pour la libération de la France.

C’est en effet le moment où Desnos est entré dans le réseau Agir après la rafle du Vel d’hiv. Il fournit alors des informations pour la presse clandestine et « fabrique des pièces pouvant aider des membres du réseau et des israélites ».

Ainsi dans le deuxième poème, « Histoire d’une ourse », on peut lire :

« J’entends des pas lourds dans la  nuit,

J’entends des chants, j’entends des cris,

Les cris, les chants de mes amis.

 

Leurs pas sont lourds

Mais quand naîtra le jour

Naîtra la liberté et l’amour. »

 

Dans le très beau poème, « Couplets de la rue Saint-Martin », c’est avec une pudeur retenue qu’il évoque son ami André Platard, disparu un matin, et qui sera fusillé par les nazis.

 

Je n’aime plus la rue Saint-Martin

Depuis qu’André Platard l’a quittée.

Je n’aime plus la rue Saint-Martin,

Je n’aime rien, pas même le vin.

 

Je n’aime plus la rue Saint-Martin

Depuis qu’André Platard l’a quittée.

C’est mon ami, c’est mon copain.

Nous partagions la chambre et le pain.

Je n’aime plus la rue Saint-Martin.

 

C’est mon ami, c’est mon copain.

Il a disparu un matin,

Ils l’ont emmené, on ne sait plus rien.

On ne l’a plus revu dans la rue Saint-Martin.

 

Pas la peine d’implorer les saints,

Saints Merri, Jacques, Gervais et Martin,

Pas même Valérien qui se cache sur la colline.

Le temps passe, on ne sait rien.

André Platard a quitté la rue Saint-Martin.

 

                                                              1942

 

in Etat de veille, avril 1943

 

D’une certaine manière, ce poème fait suite au dixième, daté de 1936, intitulé « Aujourd’hui je me suis promené… ». Le poète y raconte comment il se promène avec un camarade « même s’il est mort »,et comment celui-ci lui dit :

« Toi aussi tu viendras où je suis,

Un Dimanche ou un Samedi, »

Deux textes qui se répondent et qui sont préfiguration du sort qui sera dévolu à Desnos lui-même…

Composé d’une suite de quatre strophes, alternant quatre et cinq vers, ce poème est d’une extrême simplicité. S’apparentant à une chanson populaire, telle une rengaine, il demeure à l’esprit grâce à l’emploi du son [in] repris à la rime, à la répétition lancinante de l’adverbe « rien », à une suite de vers, composés uniquement de phrases juxtaposée, comme dans le langage quotidien.

Le désamour du poète pour la rue Saint-Martin s’explique par la disparition de l’ami, le copain, avec qui il partageait « la chambre et le pain », retrouvant à travers ce partage l’étymologie du mot co-pain. Il s’exprime surtout par le leitmotiv du vers « Je n’aime plus la rue Saint-Martin », répété cinq fois, et qui fait office de refrain.

André Platard demeure présent au cœur de Desnos. Son nom revient trois fois dans le poème, ce qui lui permet de le ramener à l’existence. Il en va de même pour l’emploi du présent permanent : « C’est mon ami, c’est mon copain ». Pourtant, même l’imploration des saints du quartier ne sert plus de rien, ils sont désormais inefficaces, en dépit de l’accumulation de leur  nom (« Merri, Jacques, Gervais, Martin »). L’allusion au Mont Valérien ajoute encore au tragique de l’évocation.

Enfin, le sort funeste de l’ami est exprimé de manière très euphémisée par les formes verbales « on ne l’a plus revu » et « André Platard a quitté… ». L’atmosphère ici est toute empreinte de pudeur et de délicatesse et fait immanquablement songer à « Pauvre Rutebeuf » de Villon :

« Que sont mes amis devenus

Que j’avais de si près tenus

Et tant aimés … »

Même épure, même dépouillement, révélateurs, me semble-t-il de ce que recherchait Desnos dans Réflexions sur la poésie : « Unir le langage populaire, le plus populaire, à une atmosphère inexprimable, à une imagerie aiguë… »

 

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Lilou Frédotte : l’amitié

 


 

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1 mars 2012 4 01 /03 /mars /2012 10:05

Cercles-da-sable-3.jpg

Cercles de sable : le début du spectacle

Mardi 28 février 2012, l’on parlait français et viêt-namien sur la scène du théâtre Beaurepaire à Saumur. L’on y jouait en effet Cercles de sable, un conte philosophique sur le thème du pouvoir, résultat de la collaboration créative entre des artistes du théâtre National Tuong de Hanoi et du Théâtre du Monte-Charge de Pau.

Initié par Alain Destandau, qui l’a écrit et qui en joue un des rôles, ce spectacle a pour ambition de « démontrer que l’on peut être ensemble, garder chacun sa culture, sa langue et communiquer ». « Etre différents mais ensemble », telle est donc la gageure réussie de cette pièce de théâtre où l’Occident et l’Orient se rencontrent.

Cette œuvre théâtrale originale au plus haut point a été créée au Festival In de Hué en juin 2006. Elle a ensuite été représentée à l’Opéra de Hanoi, à l’Opéra d’Ho Chi Minh Ville, au Festival International de Théâtre Expérimental de Hanoi, à Lao Cai et Sa Pa. Elle a ensuite tourné en France et au Festival d’Avignon.

L’intrigue raconte l’histoire de Rang (Alain Destandau), un prince au visage monstrueux, à qui sa mère, Xan Tin (Maider Cazaurang), a fait porter par amour un masque depuis l’enfance. Par respect pour son peuple, il se refuse à débuter son règne par un mensonge en lui cachant son visage. Lorsqu’il le dévoile à celle qui a été élevée avec lui, la belle Ti Lao, elle en est horrifiée. Il se résout donc à abandonner le pouvoir, encouragé en cela par son oncle Fong Tran (Yen Nguyen Viet) et sa tante Fong Tsi (Betina Schneeberger) qui s’emparent du trône et font régner la terreur. Quant à sa mère, elle pleure sur le sort malheureux de son fils. Au plus profond de la forêt où il s’est réfugié, le prince destitué rencontrera un bon Génie (Nguyen Van Tho). Celui-ci, par le biais d’un théâtre de marionnettes, l’enjoindra à reconquérir le pouvoir et à chasser les deux usurpateurs.

cercles de sable 4

Fong Tran (Yen Nguyen Viet) et Fong Tsi (Bétina Schneeberger)

(Photo Sud-Ouest.fr)

Toute la pièce se veut être le commentaire d’une phrase prononcée à plusieurs reprises par les protagonistes : « Nous osons ce que le pouvoir nous permet. » Et lorsque l’on découvre dans les boîtes rouges, typiques des cadeaux au Viêt-Nam, la tête coupée des mandarins, on comprend les excès auxquels cet exercice peut mener !

La mise en scène de ce spectacle plein de charme nous transporte dans un Viêt-Nam de contes de fées. Devant deux grands panneaux éclairés, l’un par un lumière rouge à jardin, l’autre par une lumière mordorée à cour, sont disposées deux hautes tables en laque rouge, sur lesquelles des bâtons d’encens se consument dans des vases en porcelaine.

Sur le fond de scène, au milieu, en costume viêt-namien traditionnel, dans des tonalités de brun, sont assis deux musiciens Ngyuen Van Quy (percussions) et Nguyen Xuan Mai (monocorde). Leur musique rythmera les péripéties du récit, accompagnant au début le chant très pur de Li Tao ou plus tard la complainte maternelle de Xan Tin ;  jouant du crescendo lors d’événements dramatiques ou modulant le glissando pendant les passages plus méditatifs.

Le conte s’ouvre et se clôt sur la déambulation mystérieuse de personnages voilés et vêtus de sombre, qui font couler du sable de leurs doigts sur le sol, délimitant l’espace du récit ou le mandala magique. Sable qui symbolise aussi la fuite du temps et la vanité du pouvoir, ainsi que le dit à un moment l’usurpatrice Fong Tsi.

Cercles de sable 1

Fong Tran et Fong Tsi encadrant Xan Tin (Maider Cazaurang)

(Photo Adima Productions)

On remarquera la fluidité qui se crée entre le jeu des trois comédiens viêt-namiens et celui des trois français. Les premiers (Ti Lao, le Génie, Fong Tran) sont dépourvus de masques mais les hommes portent le maquillage traditionnel de leur rôle ; les seconds (Fong Tsi, Rang, Xan Tin) ont le visage masqué jusqu’à la bouche. Ces masques très expressifs ont été créés par Erhard Stiefel, Maître d’Art dans la catégorie Arts et Spectacles.

Les costumes, imaginés par Minh Hanh, une créatrice de Haute Couture reconnue au Viêt-Nam, sont de toute beauté. Tissus brillants, chamarrés, rehaussés de broderies et de fils d’or, soies chatoyantes, plumes et tulles pleins de légèreté, longues manches virevoltantes, pantalons bouffants, chaussures à bouts recourbés, c’est tout un Extrême-Orient légendaire qui va naître du magnifique manteau du roi, que Li Tao déploie au début du spectacle.

On admirera encore les déplacements des personnages et leur gestuelles, précisément chorégraphiés dans la lenteur ou la vélocité : grâce de Li Tao, démarche féline de Fong Tran le méchant oncle, souplesse et agilité remarquables du Génie lors du combat dans la forêt. On retrouve ici cette technique subtile des arts martiaux asiatiques et la beauté flamboyante du maniement des trois drapeaux, notamment dans l’épilogue.

Cercles de sable 2

Le Génie (ici Le Hai Van) et le prince Rang (Alain Destandau)

Mais ce qu’on retiendra surtout de ce spectacle, c’est la rencontre de deux civilisations grâce à l’emploi du français et du viêt-namien, tant il est vrai que « la base de la culture, c’est la langue ». Ici, jamais l’emploi des deux langues n’est un obstacle à la compréhension du spectateur et le français vient harmonieusement en écho au viêt-namien monosyllabique. Les dialogues sont conçus de telle sorte que ce choix n’est jamais un obstacle mais confère au spectacle un charme exotique supplémentaire.

Alain Destandau est très attaché à ce thème de la rencontre des cultures et il a en projet d’autres collaborations, notamment avec des artistes marocains pour évoquer Al Andalus et la présence multiséculaire de la présence musulmane en Espagne.

Lors des saluts, l’auteur, metteur en scène et comédien, a tenu à remercier Silvio Pacitto, le directeur culturel de Saumur, qui avait repéré le travail de sa troupe à Avignon. Il a émis le souhait que cette aventure d’ouverture culturelle d’une langue à l’autre puisse perdurer. On aimerait que son souhait se réalise.

Cercles de sable 5 et

Li Tao (Nguyen Thi Loc Huyen) et Xan Tin (Maider Cazaurang)

(Photo DR)

 

Sources :

Programme du théâtre de Saumur : Cercles de sable, Théâtre/ France-Vietnam

Dossier pédagogique : Cercles de sable


 

 

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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 08:42

 Petit écolier 2

L'école du village, Albert Anker

 

 

Il est bien loin déjà le parfum de l’école

Des dictées annonées des leçons rabâchées

Des jours où l’on jouait aux billes à pigeon-vole

Le cœur empanaché

 

Il ne reviendra plus le ciel de la marelle

On sautait sur un pied les genoux écorchés

Les garçons et les filles en belle ribambelle

Le cœur amouraché

 

Il s’est enfui le temps de la petite enfance

Quand on jouait aux barres et puis à chat-perché

Dans les rires et les cris d’une douce innocence

Le cœur effarouché

 

Mais il roule en moi comme une ronde toupie

Qui tourne infiniment sans en être empêchée

Un petit écolier dont j’ai la nostalgie

Dans mon cœur écorché

 

Pour le concours organisé par les Editions Omnibus, relayé par FaceBook,

link

 


 

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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 08:00

 

Rouge-gorge-2.JPG

Rouge-gorge sur la neige devant la cuisine (Février 2012)

(Photo ex-libris.over-blog.com)

 

 

Sur la  vitre du monde

Le pinceau de la neige

A tout repeint au blanc d'Espagne

Il n’a pu effacer

Le rouge de l’oiseau

A la gorge incendie

 

Pour la communauté de Hauteclaire, Entre Ombre et Lumière,

Thème : les oiseaux

 

Rouge-gorge.JPG

Rouge-gorge sur la neige, devant la cuisine (Février 2012)

(Ohoto ex-libris.over-blog.com)

 

 

 

 


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25 février 2012 6 25 /02 /février /2012 09:42

Mongoutte

Au cimetièe de Mongoutte à Sainte-Marie-aux-Mines (Novembre 2011)

(Photo ex-libris.over-blog.com)

 

En écho à Suzâme et en avant-première.

Les autres textoésies seront publiés sur le blog de Suzâme (link).

 

L'arbre n'est pas

comme l'être

lorsque ses feuilles

l'abandonnent

son écorce le

protège

de son âme


Reçu le vendredi 24 février, à 14h 54

 

L'être est comme

l'arbre, quand son

âme l'abandonne, il

devient écorce et 

feuilles

 

 Envoyé le samedi 25 février, à 09h 05


 

 


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23 février 2012 4 23 /02 /février /2012 22:40

orfeo02.jpg

Orfeu (Breno Mello) et Eurydice (Marpessa Dawn)

 

       Manha de carnaval, musique du film Orfeu negro de Marcel Camus

 

Lundi 20 février, veille de Mardi gras et carnaval oblige, France Ô diffusait Orfeu negro (1959), film culte de Marcel Camus, Palme d’Or au Festival de Cannes et Oscar du Meilleur Film étranger cette année-là. C’est avec émotion que j’ai de nouveau entendu cette musique aux accents de bossa nova,  composée par Antônio Carlos Jobim et Luiz Bonfã, excusez du peu ! Et je me suis revue à dix ans, l’écoutant  sur un vieux 33 tours de papa.

Le film est adapté d’une pièce de Vinicius de Moraes, Orfeu da Conceição (1956). C’est un matin à l’aube, alors qu’il était en train de songer au mythe d’Orphée que le dramaturge  entendit, d’un morne tout proche, s'élever une batucada, « o morro do galvào », et que germa en lui l’histoire d’Orphée et d’Eurydice, transposée dans les favelas brésiliennes des années 50. La pièce fut créée en 1956 et le film fut réalisé en 1958 par Marcel Camus, cinéaste lyrique alors en vogue avec le succès de Mort en fraude (1957).

Le film, Orphée noir, est une transposition du mythe d’Orphée, ce fils ou élève d’Apollon et de la muse Calliope, image éternelle du musicien et du poète. Originaire de Thrace, il chante et joue de la harpe et toute la nature en est enchantée. Après avoir accompagné les Argonautes en Colchide et écarté les Sirènes, il revient en Thrace où il épouse une naïade ou dryade du nom d’Eurydice. Alors que celle-ci tente d’échapper à Aristée qui la poursuit de ses assiduités, elle est mordue par un serpent et en meurt. Accablé de  douleur, Orphée ne chante plus. A Ténare, en Laconie, il parvient par un passage souterrain au Styx. Sa lyre  charme Cerbère et Charon qui le laissent passer. Hadès et Perséphone sont séduits eux aussi  et lui accordent le privilège de retrouver Eurydice. Cependant, il lui est interdit de se retourner vers elle tant qu’ils n’auront pas atteint le monde supérieur. Incapable de résister à la force de son amour, il se retourne vers Eurydice et la perd à jamais. Désormais il vivra loin de la compagnie des femmes. Mais les Ménades de Thrace, ses compagnes des orgies dionysiaques, lui en veulent de les négliger. Jalouses les unes des autres, elles se précipitent sur lui et le mettent en pièces. Seule sa tête sera épargnée. Appelant sans relâche « Eurydice », elle parviendra dans l’île de Lesbos où elle sera enterrée, conférant aux habitants et à l’oracle du sanctuaire le don poétique. Quant à sa lyre, elle deviendra une constellation.

orfeo04.jpg

C’est avec beaucoup de subtilité et de poésie que le scénario du film reprend ces éléments.  Orphée y est un jeune et beau conducteur de tramway (Breno Mello), « traînant tous les cœurs après soi » et jouant merveilleusement de la guitare. Sur celle-ci est gravée la phrase : « Orphée est mon maître », qui fascine deux jeunes garçons, eux aussi danseurs et musiciens en herbe. A la veille du carnaval, Orphée, dont Mira (Lourdes de Oliveira) est follement amoureuse,  se prépare à prendre la tête de son école de samba. C’est à ce moment que survient Eurydice (Marpessa Dawn), une jeune provinciale, pleine de douceur, qui retrouve à Rio sa cousine Serafina (Léa Garcia). Les deux jeunes gens tombent amoureux l’un de l’autre mais Eurydice est inexplicablement poursuivie par un homme (Ademar da Silva) qui veut sa mort. Après lui avoir échappé une première fois sur les hauteurs de Rio, grâce à Orphée, elle finira par mourir électrocutée dans le local des tramways, alors que son poursuivant porte le costume de la Mort.

orfeo-la-mort.jpg

La Mort (Ademar da Silva) surveillant Eurydice lors du carnaval

 Au cours d’une cérémonie vaudou, Orphée la retrouve mais il la perd de nouveau en voulant la regarder. Alors qu’il la ramène chez lui, au-dessus de la baie de Rio, ses anciennes maîtresses se précipitent sur eux et ils basculent dans le ravin en contrebas. Mais Orphée n’est pas mort car le jeune garçon qui l’admirait s’empare de sa guitare et parvient lui aussi, en jouant, à faire se lever le jour.

Ce film associe avec art les thèmes éternels de l’Amour absolu et du Fatum à la vie quotidienne du petit peuple de Rio. La danse et la transe du carnaval viennent en contrepoint du drame qui se joue pour Eurydice, menacée par la Mort. La poursuite de la jeune femme dans les souterrains de la gare des tramways distille une angoisse sourde, qui vient clore la frénésie solaire de la journée de carnaval. J’ai aussi beaucoup aimé les scènes dans la petite maison de planches où pigeons, poules, chats et coqs sont charmés par la guitare d’Orphée, sous le regard admiratif des deux jeunes garçons, amoureux de musique, de chant et de danse.

Dans une atmosphère où se mêlent innocence, sensualité et violence, la musique et les mots du poète, au-delà de la mort, demeurent pour faire se lever le jour.

 orfeo-les-enfants.png

 

 

 

Matin, fais lever le soleil

Matin, à l'instant du réveil

Viens tendrement poser
Tes perles de rosée
Sur la nature en fleurs
Chère à mon cœur
Le ciel a choisi mon pays
Pour faire un nouveau paradis
Où loin des tourments
Danse un éternel printemps
Pour les amants

[Refrain] :
Chante chante mon cœur
La chanson du matin
Dans la joie de la vie qui reviens

Matin, fais lever le soleil
Matin, à l'instant du réveil
Mets dans le cœur battant
De celle que j'attends
Un doux rayon d'amour
Beau comme le jour
Afin que son premier soupir
Réponde à mon premier désir
Oui, l'heure est venue
Où chaque baiser perdu
Ne revient plus...
Oui, l'heure est venue
Où chaque baiser perdu
Ne revient plus.

[Refrain]

 

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Lénaïg : les paroles d'une chanson accompagnées de la musique ou d'une vidéo

 


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21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 08:35

 

annakarenina-clarence-brown.pngGreta Garbo dans Anna Karenine de Clarence Brown (1935)

 

 

Qui nous dira le charme de ces beaux noms en F

Venus de ce pays à l’âme convulsive

Des icônes inspirées colorées et naïves

La terre de Tolstoï Gogol et Tourgueniev

 

Qui saura retracer le pas de Noureïev

Le danseur émacié aux lignes fugitives

Les rythmes éclatants la folie instinctive

Du vif oiseau de feu que créa Prokofiev

 

Mais pour moi la Russie c’est l’image furtive

D’un doux visage blanc désolé et sans fief

C’est Greta Karenine la frêle sensitive

 

Oublieuse des pleurs du monde et des griefs

Des baisers langoureux des qui m’aime me suive

Sous son fin bibi noir dans l’ultime instant bref

 

Pour le Défi de la Semaine des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Lénaïg : couvre-chef  (insérer « Qui m’aime me suive » dans le texte)

 


 

 

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20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 14:56

 Portrait-of-Marcel-Proust-1892-m-j-e-blanche.jpg

Portrait de Proust par Jacques-Emile Blanche, 1892

 

Longtemps c’est vrai je me suis couchée de bonne heure

Perdue dans un gros livre au charme supérieur

En quête de ce temps aux couleurs d’opaline

Celui des madeleines et puis des aubépines

J’y rêvais de Balbec de Venise et de Parme

Et rencontrais Odette Du côté de chez Swann

 

A Balbec tout là-bas j’ai découvert la mer

L’amour fou d’une mère celui d’une grand-mère

J’ai aimé les trois arbres non loin d’Hudismesnil

Sous les chapeaux de paille les femmes étaient fragiles

J’ai deviné l’amour ses chagrins ses malheurs

Ses mouvances A l’ombre des jeunes filles en fleurs

 

Avecque Palamède Oriane et Basin

Qui descendaient de ceux que Saint-Simon  dépeint

De sa plume incisive j’ai fait la connaissance

D’une aristocratie fière arborant sa naissance

Salons impitoyables de comédiens qui mentent

Il était fascinant Le côté de Guermantes

 

On ne connaît jamais ceux que l’on veut aimer

On s’égare toujours sur leur identité

Et qu’il est douloureux ce cœur intermittent

Quand on aime Albertine et qu’on croit qu’elle vous ment

Indifférence amour tout est en désaccord

Dans ce monde interdit qu’est Sodome et Gomorrhe

 

La femme est un mystère on veut la retenir

Elle a beau être là près de vous qui respire

On sent soudain des ombres au son d’une sonate

Et son cœur se fait dur et froid comme une agate

L’amour est un poison il n’y a rien à faire

Albertine refuse d’être La prisonnière

 

Françoise a eu beau dire a fui la sensitive

Qui était cette femme devenue Fugitive

Qui aimait tant pourtant la chambre au pianola

Avec qui l’on faisait le si doux catleya

L’amour est un puzzle aux éléments perdus

Gilberte aurait pu être Albertine disparue

 

Longtemps je me suis couchée de bonne heure

Perdue dans un gros livre au charme supérieur

En quête de ce temps dont je n’oublierai pas

Elstir et Bergotte Vinteuil et La Berma

J’y ai appris le monde et je sais désormais

Que l’écriture enfin c’est Le temps retrouvé.

 

Pour le défi-poésie de Marc Lefrançois 

Il s’agit d’écrire une petite poésie sur La recherche du temps perdu. En fait, il n’est pas nécessaire d’avoir lu l’œuvre, et si l’on veut on peut en trouver facilement des résumés. La difficulté étant de placer dans chaque strophe un des 7 titres composant son œuvre.

Ainsi :

Du côté de chez Swann

A l’ombre des jeunes filles en fleurs

Le côté de Guermantes

Sodome et Gomorrhe

La prisonnière

Albertine disparue

Le temps retrouvé

 

Je sais qu’il y a des défis où il s’agit de composer un texte en intégrant un certain nombre de mots imposés. C’est le même esprit, mais plus corsé puisqu’il faut les placer dans l’ordre, faire des rimes et si possible retrouver l’esprit de ce roman fleuve qu’est A la recherche du temps perdu.

Bon courage à ceux qui veulent jouer le jeu !!!

 

 

 

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19 février 2012 7 19 /02 /février /2012 11:53

Truth_Lies_at_the_Bottom_of_the_Well_c1912-1915_Frances_Mac.jpg

      La vérité au fond du puits, Frances MacDonald MacNair (1912-1915)

 

 

 

Dans le puits de sa nuit

Une femme est tombée

Pitoyable pantin

Dans un lent mouvement tremblant

Tourbillonnant et tournoyant

 

La servante engrossée

La fille abandonnée

La grand-mère oubliée

L’épouse délaissée

Et la mère infertile

 

Ses cheveux se défont

Comme tombent les liens

Sa robe est le linceul

Qui leste son corps lourd

Et ses rêves enclos

 

Le puits aura tari

Et la poulie grincé

Mais du profond de l’eau

En haut sur la margelle

Elle voit un rond de ciel

 

Pour Papier Libre de Juliette,

Thème : la nuit est un puits

 

 

 


 

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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 23:19

 

 desnos2.jpg

Robert Desnos,au centre, appuyé sur un coude,

parmi les rescapés du camp de Terezin, en mai 1945

 

 

Dans le recueil des Œuvres de Robert Desnos (Quarto, Gallimard), j’avais découvert les étapes tragiques de la fin de sa vie, relatées par plusieurs écrits. D’abord, son arrestation, le 22 février 1944 à 10h, racontée par Youki à qui, alors qu’on l’emmenait, il avait tendu son stylo Parker en lui disant : « Garde-le-moi, chérie, je reviendrai le chercher. »

J’avais été émue par  les quatre lettres à son amour (la première, non datée, puis celles des 4 juin, 15 juillet 1944, et 7 janvier 1945) et par les derniers mots qu'elle aura lus de lui : "Et à toi, ma grande chérie, tout mon entier amour qui t'arrivera mais très refroidi par le voyage et la traduction. A bientôt ! tout mon amour ! "

J’avais lu les témoignages de ses compagnons de déportation : celui d’André Verdet, arrêté en même temps que lui, qui fut son compagnon dans le fameux convoi Nacht und Nebel, dit aussi « Pucheu », de Fresnes à Buchenwald, en passant par Compiègne et Auschwitz ; celui de Henri Pfihl et de Pierre Volmer qui le rencontrèrent à Flöha ; celui enfin d’Alena Kalouskova, qui le soigna à Terezin alors qu’il se mourait de la dysenterie. Sorti grâce à elle de l’anonymat, il avait appelé ce moment son « matin le plus matinal ».

Or, récemment, à l’occasion d’un déménagement, un ami m’a offert un petit opuscule, rédigé par Robert Laurence, que ce dernier avait dédicacé en 1981 à son père, alors colonel. Intitulé Souvenirs de déportation avec Robert Desnos, il est venu compléter ce que je savais du chemin de croix du veilleur du Pont-au-Change, ce « cœur qui haïssait la guerre ».

L’auteur y explique que c’est au camp de Royal-Lieu à Compiègne qu’il rencontra le poète, « militairement vêtu de kaki et guêtré ». Au sein de la bibliothèque du lieu, son autorité native faisait merveille et il en était l’âme.

Le 27 avril 1944, Desnos et lui firent partie du convoi de 1714 prisonniers, en partance pour une destination inconnue. Laurence garde en mémoire le cri animal du poète à son amour, présente lors de ce départ : « Youki ! Au revoir, Youki ! A bientôt ! »

Après un voyage de quatre jours et trois nuits, ils se retrouvèrent à Auschwitz-Birkenau qui, pourtant, à cette époque, n’accueillait plus que des juifs. Pour maintenir le moral des déportés, Desnos y exerça « ses talents de chiromancien » : « Accroupi à la turque, imperturbable, il annonçait à chacun, après d’extravagantes aventures, un dénouement idyllique… On faisait queue… »

Puis ce fut « cette autre Babel » qu’était Buchenwald, où un nouveau tri envoya Laurence et Desnos à Flossenburg, charmante cité de la forêt de Bohême. Là, au sein de 183 Français, ils furent de nouveau redirigés  vers Flöha, pour participer à un kommando de travail. Dans une des usines préposées à la fabrication des carlingues d’avions Messerschmitt, ils se retrouvèrent  avec 400 Russes, Polonais et autres nationalités. Du mois de mai 1944 au mois de mai 1945, ils vécurent là dans une promiscuité sans nom. Mais Laurence précise que jamais il ne tutoya Desnos, souhaitant ainsi conserver, malgré l’horreur, une forme de politesse, survivance du monde d’autrefois.

Il explique que c’est à Flohä qu’il fit plus ample connaissance avec l’écrivain. D’origine normande comme ce dernier, il précise que son nom devrait se prononcer Dêno et non Dessnoss, puisque c’est une variante de Des Nöes. Il dit comment le poète lui parlait de ses amis Jean-Louis Barrault et Madeleine Renaud, dont il avait un écho à travers les lettres qu’il recevait de Youki. Par ailleurs,  il jugeait avec sévérité ses contemporains écrivains.

Il rappelle que Desnos composait alors un poème surréaliste dont il lisait des passages à ses compagnons d’infortune et dont il transcrivait le texte sur du papier à cigarettes, enfermé dans une boîte en fer. Il récitait aussi par cœur Racine et Victor Hugo, et à Noël 1944, il avait chanté de vieilles chansons françaises.

Il évoque les parties de bridge. Desnos y « était étonnant de distraction. Ses yeux, élargis par des verres épais comme des hublots, se posaient rarement sur les cartes. Aimait-il le bridge ? je ne le saurai jamais », ajoute-t-il.

Robert Laurence se remémore encore un incident survenu au moment de la distribution de nourriture et qu’a rapporté aussi André Pfihl. Un jeune prisonnier, favori des kapos, avait bousculé Desnos et une part de la soupe brûlante et précieuse avait été perdue. Robert Desnos, en proie à la colère, avait jeté le restant de sa gamelle au visage du jeune « bardache » qui avait été brûlé. Robert Desnos fut battu et ses amis le contraignirent à s’excuser auprès du giton, afin d’éviter d’autres représailles encore plus sévères.

L’auteur se souvient encore qu’à Auschwitz, on avait tatoué sur l’avant-bras gauche des déportés leur numéro matricule. Mais le tatouage dont le poète était fier, c’était celui que Foujita, le premier mari de Youki, lui avait fait au bras droit. Œuvre d’art inachevée, qui aurait dû se poursuivre jusqu’à la poitrine, et qu’Ilse Koch, « la chienne de Buchenwald », aurait pu mettre dans sa collection si elle l’avait connu…

Entre espoir diffus et mort permanente, le croyants se retrouvaient, les francs-maçons se reconnaissaient : Desnos n’était ni des uns ni des autres.

Puis l’usine des Messerschmitt cessa son activité et le bombardement de Chmenitz occasionna trente mille morts. Et en avril 1945, ce fut l’exode et le franchissement des Erz-Gebirge. On fusillait les déportés trop malades pour marcher, les habitants des villages pleuraient en voyant passer les cohortes de morts-vivants. Robert Laurence écrit : « Je revois Desnos, sans lunettes, presque aveugle, pleurant, geignant, gémissant, souffre-douleur de ses codétenus déportés d’Ukraine. » Il entend encore, dans les Sudètes, la voix du poète « appelant au secours, fourvoyé parmi ces gens qui lui volaient sa paille et le bourraient de coups de poing. »

La dernière fois que Robert Laurence vit Desnos, ce fut, après le 8 mai 1945, « sur la galerie de la caserne de SS, où [ils étaient] hébergés ». Il lui sembla « rasséréné ». Cela ne devait être qu’un répit puisque le 8 juin 1945, à 5 h 30 du matin, dans une aube grisâtre, mourait celui qui avait écrit :

« Si nous ne dormons pas c’est pour guetter l’aurore

Qui prouvera qu’enfin nous vivons au présent »

(« Demain » in Etat de veille, 1942)

 

 

Sources :

Souvenirs de déportation avec Robert Desnos, Robert Laurence,  imprimé par Claude Adam à 400 exemplaires, Première parution, revue Europe, mai-juin 1972

Desnos, Œuvres, Quarto, Gallimard, 1999

 

 

 

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