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23 février 2012 4 23 /02 /février /2012 22:40

orfeo02.jpg

Orfeu (Breno Mello) et Eurydice (Marpessa Dawn)

 

       Manha de carnaval, musique du film Orfeu negro de Marcel Camus

 

Lundi 20 février, veille de Mardi gras et carnaval oblige, France Ô diffusait Orfeu negro (1959), film culte de Marcel Camus, Palme d’Or au Festival de Cannes et Oscar du Meilleur Film étranger cette année-là. C’est avec émotion que j’ai de nouveau entendu cette musique aux accents de bossa nova,  composée par Antônio Carlos Jobim et Luiz Bonfã, excusez du peu ! Et je me suis revue à dix ans, l’écoutant  sur un vieux 33 tours de papa.

Le film est adapté d’une pièce de Vinicius de Moraes, Orfeu da Conceição (1956). C’est un matin à l’aube, alors qu’il était en train de songer au mythe d’Orphée que le dramaturge  entendit, d’un morne tout proche, s'élever une batucada, « o morro do galvào », et que germa en lui l’histoire d’Orphée et d’Eurydice, transposée dans les favelas brésiliennes des années 50. La pièce fut créée en 1956 et le film fut réalisé en 1958 par Marcel Camus, cinéaste lyrique alors en vogue avec le succès de Mort en fraude (1957).

Le film, Orphée noir, est une transposition du mythe d’Orphée, ce fils ou élève d’Apollon et de la muse Calliope, image éternelle du musicien et du poète. Originaire de Thrace, il chante et joue de la harpe et toute la nature en est enchantée. Après avoir accompagné les Argonautes en Colchide et écarté les Sirènes, il revient en Thrace où il épouse une naïade ou dryade du nom d’Eurydice. Alors que celle-ci tente d’échapper à Aristée qui la poursuit de ses assiduités, elle est mordue par un serpent et en meurt. Accablé de  douleur, Orphée ne chante plus. A Ténare, en Laconie, il parvient par un passage souterrain au Styx. Sa lyre  charme Cerbère et Charon qui le laissent passer. Hadès et Perséphone sont séduits eux aussi  et lui accordent le privilège de retrouver Eurydice. Cependant, il lui est interdit de se retourner vers elle tant qu’ils n’auront pas atteint le monde supérieur. Incapable de résister à la force de son amour, il se retourne vers Eurydice et la perd à jamais. Désormais il vivra loin de la compagnie des femmes. Mais les Ménades de Thrace, ses compagnes des orgies dionysiaques, lui en veulent de les négliger. Jalouses les unes des autres, elles se précipitent sur lui et le mettent en pièces. Seule sa tête sera épargnée. Appelant sans relâche « Eurydice », elle parviendra dans l’île de Lesbos où elle sera enterrée, conférant aux habitants et à l’oracle du sanctuaire le don poétique. Quant à sa lyre, elle deviendra une constellation.

orfeo04.jpg

C’est avec beaucoup de subtilité et de poésie que le scénario du film reprend ces éléments.  Orphée y est un jeune et beau conducteur de tramway (Breno Mello), « traînant tous les cœurs après soi » et jouant merveilleusement de la guitare. Sur celle-ci est gravée la phrase : « Orphée est mon maître », qui fascine deux jeunes garçons, eux aussi danseurs et musiciens en herbe. A la veille du carnaval, Orphée, dont Mira (Lourdes de Oliveira) est follement amoureuse,  se prépare à prendre la tête de son école de samba. C’est à ce moment que survient Eurydice (Marpessa Dawn), une jeune provinciale, pleine de douceur, qui retrouve à Rio sa cousine Serafina (Léa Garcia). Les deux jeunes gens tombent amoureux l’un de l’autre mais Eurydice est inexplicablement poursuivie par un homme (Ademar da Silva) qui veut sa mort. Après lui avoir échappé une première fois sur les hauteurs de Rio, grâce à Orphée, elle finira par mourir électrocutée dans le local des tramways, alors que son poursuivant porte le costume de la Mort.

orfeo-la-mort.jpg

La Mort (Ademar da Silva) surveillant Eurydice lors du carnaval

 Au cours d’une cérémonie vaudou, Orphée la retrouve mais il la perd de nouveau en voulant la regarder. Alors qu’il la ramène chez lui, au-dessus de la baie de Rio, ses anciennes maîtresses se précipitent sur eux et ils basculent dans le ravin en contrebas. Mais Orphée n’est pas mort car le jeune garçon qui l’admirait s’empare de sa guitare et parvient lui aussi, en jouant, à faire se lever le jour.

Ce film associe avec art les thèmes éternels de l’Amour absolu et du Fatum à la vie quotidienne du petit peuple de Rio. La danse et la transe du carnaval viennent en contrepoint du drame qui se joue pour Eurydice, menacée par la Mort. La poursuite de la jeune femme dans les souterrains de la gare des tramways distille une angoisse sourde, qui vient clore la frénésie solaire de la journée de carnaval. J’ai aussi beaucoup aimé les scènes dans la petite maison de planches où pigeons, poules, chats et coqs sont charmés par la guitare d’Orphée, sous le regard admiratif des deux jeunes garçons, amoureux de musique, de chant et de danse.

Dans une atmosphère où se mêlent innocence, sensualité et violence, la musique et les mots du poète, au-delà de la mort, demeurent pour faire se lever le jour.

 orfeo-les-enfants.png

 

 

 

Matin, fais lever le soleil

Matin, à l'instant du réveil

Viens tendrement poser
Tes perles de rosée
Sur la nature en fleurs
Chère à mon cœur
Le ciel a choisi mon pays
Pour faire un nouveau paradis
Où loin des tourments
Danse un éternel printemps
Pour les amants

[Refrain] :
Chante chante mon cœur
La chanson du matin
Dans la joie de la vie qui reviens

Matin, fais lever le soleil
Matin, à l'instant du réveil
Mets dans le cœur battant
De celle que j'attends
Un doux rayon d'amour
Beau comme le jour
Afin que son premier soupir
Réponde à mon premier désir
Oui, l'heure est venue
Où chaque baiser perdu
Ne revient plus...
Oui, l'heure est venue
Où chaque baiser perdu
Ne revient plus.

[Refrain]

 

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Lénaïg : les paroles d'une chanson accompagnées de la musique ou d'une vidéo

 


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21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 08:35

 

annakarenina-clarence-brown.pngGreta Garbo dans Anna Karenine de Clarence Brown (1935)

 

 

Qui nous dira le charme de ces beaux noms en F

Venus de ce pays à l’âme convulsive

Des icônes inspirées colorées et naïves

La terre de Tolstoï Gogol et Tourgueniev

 

Qui saura retracer le pas de Noureïev

Le danseur émacié aux lignes fugitives

Les rythmes éclatants la folie instinctive

Du vif oiseau de feu que créa Prokofiev

 

Mais pour moi la Russie c’est l’image furtive

D’un doux visage blanc désolé et sans fief

C’est Greta Karenine la frêle sensitive

 

Oublieuse des pleurs du monde et des griefs

Des baisers langoureux des qui m’aime me suive

Sous son fin bibi noir dans l’ultime instant bref

 

Pour le Défi de la Semaine des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Lénaïg : couvre-chef  (insérer « Qui m’aime me suive » dans le texte)

 


 

 

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20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 14:56

 Portrait-of-Marcel-Proust-1892-m-j-e-blanche.jpg

Portrait de Proust par Jacques-Emile Blanche, 1892

 

Longtemps c’est vrai je me suis couchée de bonne heure

Perdue dans un gros livre au charme supérieur

En quête de ce temps aux couleurs d’opaline

Celui des madeleines et puis des aubépines

J’y rêvais de Balbec de Venise et de Parme

Et rencontrais Odette Du côté de chez Swann

 

A Balbec tout là-bas j’ai découvert la mer

L’amour fou d’une mère celui d’une grand-mère

J’ai aimé les trois arbres non loin d’Hudismesnil

Sous les chapeaux de paille les femmes étaient fragiles

J’ai deviné l’amour ses chagrins ses malheurs

Ses mouvances A l’ombre des jeunes filles en fleurs

 

Avecque Palamède Oriane et Basin

Qui descendaient de ceux que Saint-Simon  dépeint

De sa plume incisive j’ai fait la connaissance

D’une aristocratie fière arborant sa naissance

Salons impitoyables de comédiens qui mentent

Il était fascinant Le côté de Guermantes

 

On ne connaît jamais ceux que l’on veut aimer

On s’égare toujours sur leur identité

Et qu’il est douloureux ce cœur intermittent

Quand on aime Albertine et qu’on croit qu’elle vous ment

Indifférence amour tout est en désaccord

Dans ce monde interdit qu’est Sodome et Gomorrhe

 

La femme est un mystère on veut la retenir

Elle a beau être là près de vous qui respire

On sent soudain des ombres au son d’une sonate

Et son cœur se fait dur et froid comme une agate

L’amour est un poison il n’y a rien à faire

Albertine refuse d’être La prisonnière

 

Françoise a eu beau dire a fui la sensitive

Qui était cette femme devenue Fugitive

Qui aimait tant pourtant la chambre au pianola

Avec qui l’on faisait le si doux catleya

L’amour est un puzzle aux éléments perdus

Gilberte aurait pu être Albertine disparue

 

Longtemps je me suis couchée de bonne heure

Perdue dans un gros livre au charme supérieur

En quête de ce temps dont je n’oublierai pas

Elstir et Bergotte Vinteuil et La Berma

J’y ai appris le monde et je sais désormais

Que l’écriture enfin c’est Le temps retrouvé.

 

Pour le défi-poésie de Marc Lefrançois 

Il s’agit d’écrire une petite poésie sur La recherche du temps perdu. En fait, il n’est pas nécessaire d’avoir lu l’œuvre, et si l’on veut on peut en trouver facilement des résumés. La difficulté étant de placer dans chaque strophe un des 7 titres composant son œuvre.

Ainsi :

Du côté de chez Swann

A l’ombre des jeunes filles en fleurs

Le côté de Guermantes

Sodome et Gomorrhe

La prisonnière

Albertine disparue

Le temps retrouvé

 

Je sais qu’il y a des défis où il s’agit de composer un texte en intégrant un certain nombre de mots imposés. C’est le même esprit, mais plus corsé puisqu’il faut les placer dans l’ordre, faire des rimes et si possible retrouver l’esprit de ce roman fleuve qu’est A la recherche du temps perdu.

Bon courage à ceux qui veulent jouer le jeu !!!

 

 

 

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19 février 2012 7 19 /02 /février /2012 11:53

Truth_Lies_at_the_Bottom_of_the_Well_c1912-1915_Frances_Mac.jpg

      La vérité au fond du puits, Frances MacDonald MacNair (1912-1915)

 

 

 

Dans le puits de sa nuit

Une femme est tombée

Pitoyable pantin

Dans un lent mouvement tremblant

Tourbillonnant et tournoyant

 

La servante engrossée

La fille abandonnée

La grand-mère oubliée

L’épouse délaissée

Et la mère infertile

 

Ses cheveux se défont

Comme tombent les liens

Sa robe est le linceul

Qui leste son corps lourd

Et ses rêves enclos

 

Le puits aura tari

Et la poulie grincé

Mais du profond de l’eau

En haut sur la margelle

Elle voit un rond de ciel

 

Pour Papier Libre de Juliette,

Thème : la nuit est un puits

 

 

 


 

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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 23:19

 

 desnos2.jpg

Robert Desnos,au centre, appuyé sur un coude,

parmi les rescapés du camp de Terezin, en mai 1945

 

 

Dans le recueil des Œuvres de Robert Desnos (Quarto, Gallimard), j’avais découvert les étapes tragiques de la fin de sa vie, relatées par plusieurs écrits. D’abord, son arrestation, le 22 février 1944 à 10h, racontée par Youki à qui, alors qu’on l’emmenait, il avait tendu son stylo Parker en lui disant : « Garde-le-moi, chérie, je reviendrai le chercher. »

J’avais été émue par  les quatre lettres à son amour (la première, non datée, puis celles des 4 juin, 15 juillet 1944, et 7 janvier 1945) et par les derniers mots qu'elle aura lus de lui : "Et à toi, ma grande chérie, tout mon entier amour qui t'arrivera mais très refroidi par le voyage et la traduction. A bientôt ! tout mon amour ! "

J’avais lu les témoignages de ses compagnons de déportation : celui d’André Verdet, arrêté en même temps que lui, qui fut son compagnon dans le fameux convoi Nacht und Nebel, dit aussi « Pucheu », de Fresnes à Buchenwald, en passant par Compiègne et Auschwitz ; celui de Henri Pfihl et de Pierre Volmer qui le rencontrèrent à Flöha ; celui enfin d’Alena Kalouskova, qui le soigna à Terezin alors qu’il se mourait de la dysenterie. Sorti grâce à elle de l’anonymat, il avait appelé ce moment son « matin le plus matinal ».

Or, récemment, à l’occasion d’un déménagement, un ami m’a offert un petit opuscule, rédigé par Robert Laurence, que ce dernier avait dédicacé en 1981 à son père, alors colonel. Intitulé Souvenirs de déportation avec Robert Desnos, il est venu compléter ce que je savais du chemin de croix du veilleur du Pont-au-Change, ce « cœur qui haïssait la guerre ».

L’auteur y explique que c’est au camp de Royal-Lieu à Compiègne qu’il rencontra le poète, « militairement vêtu de kaki et guêtré ». Au sein de la bibliothèque du lieu, son autorité native faisait merveille et il en était l’âme.

Le 27 avril 1944, Desnos et lui firent partie du convoi de 1714 prisonniers, en partance pour une destination inconnue. Laurence garde en mémoire le cri animal du poète à son amour, présente lors de ce départ : « Youki ! Au revoir, Youki ! A bientôt ! »

Après un voyage de quatre jours et trois nuits, ils se retrouvèrent à Auschwitz-Birkenau qui, pourtant, à cette époque, n’accueillait plus que des juifs. Pour maintenir le moral des déportés, Desnos y exerça « ses talents de chiromancien » : « Accroupi à la turque, imperturbable, il annonçait à chacun, après d’extravagantes aventures, un dénouement idyllique… On faisait queue… »

Puis ce fut « cette autre Babel » qu’était Buchenwald, où un nouveau tri envoya Laurence et Desnos à Flossenburg, charmante cité de la forêt de Bohême. Là, au sein de 183 Français, ils furent de nouveau redirigés  vers Flöha, pour participer à un kommando de travail. Dans une des usines préposées à la fabrication des carlingues d’avions Messerschmitt, ils se retrouvèrent  avec 400 Russes, Polonais et autres nationalités. Du mois de mai 1944 au mois de mai 1945, ils vécurent là dans une promiscuité sans nom. Mais Laurence précise que jamais il ne tutoya Desnos, souhaitant ainsi conserver, malgré l’horreur, une forme de politesse, survivance du monde d’autrefois.

Il explique que c’est à Flohä qu’il fit plus ample connaissance avec l’écrivain. D’origine normande comme ce dernier, il précise que son nom devrait se prononcer Dêno et non Dessnoss, puisque c’est une variante de Des Nöes. Il dit comment le poète lui parlait de ses amis Jean-Louis Barrault et Madeleine Renaud, dont il avait un écho à travers les lettres qu’il recevait de Youki. Par ailleurs,  il jugeait avec sévérité ses contemporains écrivains.

Il rappelle que Desnos composait alors un poème surréaliste dont il lisait des passages à ses compagnons d’infortune et dont il transcrivait le texte sur du papier à cigarettes, enfermé dans une boîte en fer. Il récitait aussi par cœur Racine et Victor Hugo, et à Noël 1944, il avait chanté de vieilles chansons françaises.

Il évoque les parties de bridge. Desnos y « était étonnant de distraction. Ses yeux, élargis par des verres épais comme des hublots, se posaient rarement sur les cartes. Aimait-il le bridge ? je ne le saurai jamais », ajoute-t-il.

Robert Laurence se remémore encore un incident survenu au moment de la distribution de nourriture et qu’a rapporté aussi André Pfihl. Un jeune prisonnier, favori des kapos, avait bousculé Desnos et une part de la soupe brûlante et précieuse avait été perdue. Robert Desnos, en proie à la colère, avait jeté le restant de sa gamelle au visage du jeune « bardache » qui avait été brûlé. Robert Desnos fut battu et ses amis le contraignirent à s’excuser auprès du giton, afin d’éviter d’autres représailles encore plus sévères.

L’auteur se souvient encore qu’à Auschwitz, on avait tatoué sur l’avant-bras gauche des déportés leur numéro matricule. Mais le tatouage dont le poète était fier, c’était celui que Foujita, le premier mari de Youki, lui avait fait au bras droit. Œuvre d’art inachevée, qui aurait dû se poursuivre jusqu’à la poitrine, et qu’Ilse Koch, « la chienne de Buchenwald », aurait pu mettre dans sa collection si elle l’avait connu…

Entre espoir diffus et mort permanente, le croyants se retrouvaient, les francs-maçons se reconnaissaient : Desnos n’était ni des uns ni des autres.

Puis l’usine des Messerschmitt cessa son activité et le bombardement de Chmenitz occasionna trente mille morts. Et en avril 1945, ce fut l’exode et le franchissement des Erz-Gebirge. On fusillait les déportés trop malades pour marcher, les habitants des villages pleuraient en voyant passer les cohortes de morts-vivants. Robert Laurence écrit : « Je revois Desnos, sans lunettes, presque aveugle, pleurant, geignant, gémissant, souffre-douleur de ses codétenus déportés d’Ukraine. » Il entend encore, dans les Sudètes, la voix du poète « appelant au secours, fourvoyé parmi ces gens qui lui volaient sa paille et le bourraient de coups de poing. »

La dernière fois que Robert Laurence vit Desnos, ce fut, après le 8 mai 1945, « sur la galerie de la caserne de SS, où [ils étaient] hébergés ». Il lui sembla « rasséréné ». Cela ne devait être qu’un répit puisque le 8 juin 1945, à 5 h 30 du matin, dans une aube grisâtre, mourait celui qui avait écrit :

« Si nous ne dormons pas c’est pour guetter l’aurore

Qui prouvera qu’enfin nous vivons au présent »

(« Demain » in Etat de veille, 1942)

 

 

Sources :

Souvenirs de déportation avec Robert Desnos, Robert Laurence,  imprimé par Claude Adam à 400 exemplaires, Première parution, revue Europe, mai-juin 1972

Desnos, Œuvres, Quarto, Gallimard, 1999

 

 

 

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16 février 2012 4 16 /02 /février /2012 08:00

Jean Metzinger - L'oiseau bleu - 1913L'oiseau bleu, Jean Metzinger, 1913

 

L’oiseau bleu

 

J’ai dans mon cœur un oiseau bleu,

Une charmante créature,

Si mignonne que sa ceinture

N’a pas l’épaisseur d’un cheveu.

 

Il lui faut du sang pour pâture,

Bien longtemps je me fis un jeu

De lui donner sa nourriture :

Les petits oiseaux mangent peu.

 

Mais, sans rien en laisser paraître,

Dans mon cœur il a fait, le traître,

Un trou large comme la main.

 

Et son bec fin comme une lame,

En continuant son chemin,

M’est entré jusqu’au fond de l’âme.

 

A l’occasion du 9° Printemps des Poètes, avait été éditée une carte postale avec ce poème. Je l’ai retrouvé dans ma vieille Anthologie des Poètes Français Contemporains. Ce sonnet appartient à la toute jeunesse de Daudet puisqu’il est extrait de sa première œuvre, Les amoureuses, parue à Paris, en 1858, chez Tardieu. Après une période consacrée à l’écriture théâtrale, l’écrivain optera ensuite résolument pour la prose avec les succès qu’on lui connaît, et bien sûr les Lettres de mon moulin (1866), signées Gaston-Marie.

Gustave Geffroy parle ainsi de ces œuvres de jeunesse, « chansons inconsciemment chantées », parfois naïves. Il évoque ce premier recueil « comme un verger de printemps avec des arbres blancs et roses odorants comme des bouquets, tout dorés de soleil, tout plein de voix, traversé par des robes claires, obscurci par instants sous un nuage d’orage. »

Ce bel oiseau bleu, dont il est question dans le sonnet, insensiblement, se révèle le bourreau du cœur amoureux : sous la joliesse point la férocité. Tout comme dans certaines nouvelles à venir, dans lesquelles le soleil provençal ne pourra réduire la violence du sentiment.

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Lénaïg : les oiseaux

 

 


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14 février 2012 2 14 /02 /février /2012 15:18


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Sur la plage de Kerhilio (Erdeven),

(Photo ex-libris.over-blog.com, janvier 2012)

 

 

La plage est en argent

Le soleil est tout blanc

La nuée métallique

Brille sur l'Atlantique

Et les sables ondoient

Sur les vieux pieux de bois

 

 

 

Pour la communauté de Hauteclaire, Entre Ombre et Lumière,

Thème proposé par ABC : jeux de lumière

 

 


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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 12:10

 

Douce et barbe bleue 2 M Bonnet et P Gardeil

Douce (Mathilde Bonnet) et Barbe-Bleue (Philippe Gardeil)


Quelle petite fille n’a pas frémi, en même temps qu’elle était secrètement fascinée, à l’écoute de La Barbe-bleue, de Charles Perrault, ce « classique inconnu », selon Marc Soriano ? L’écrivain fut en effet pendant vingt ans le préposé au mécénat royal et au contrôle des œuvres littéraires et artistiques en l’honneur de Louis XIV et de son règne. L’on peut donc dire qu’il exerça une réelle influence sur les affaires culturelles. Exemple parfait de l’honnête homme du XVII° siècle, il contribua par ailleurs à « élargir le goût classique » en promouvant cet esprit nouveau, « plus riche de ses propres pensées que de celle des autres ».

Mais c’est en 1697, après sa disgrâce, qu’il va connaître le succès littéraire avec la parution des Histoires ou Contes du temps passé, précédées d’un frontispice, Contes de ma mère l’Oye, dont l’auteur prétendu est le fils de Perrault lui-même, alors âgé de dix ans ! Suivant en cela la mode des contes, née dans les salons précieux en 1685, il passe en même temps des vers (La Patience de Grisélidis, Peau d’Âne, Les Souhaits ridicules) à la prose avec les huit contes qui lui assureront une postérité sans égale : La Belle au bois dormant, Le Petit Chaperon rouge, La Barbe-bleue, Le Maître-chat ou le Chat-botté, Les FéesCendrillon ou la Petite Pantoufle de verre, Riquet à la houppe, Le Petit Poucet.

Avec lui, le conte devient le symbole d’un certain art français, art ambigu cependant : l’œuvre en effet n’est-elle pas  censée avoir été écrite par un enfant et avoir été corrigée par Perrault ? La moralité en vers pose aussi la question du destinataire : un enfant, un adulte ?

Il me semble que ces questions sont en germe particulièrement dans La Barbe-bleue, conte terrifiant s’il en est, et que l’on raconte sans sourciller aux enfants. Quelle image que celle de ce sang caillé dans lequel « se miraient les corps des femmes mortes attachées le long des murs » ! Quant à Barbe-Bleue, époux sanguinaire, qui dispose du droit de vie et de mort sur sa femme, il est le digne héritier de Gilles de Rais. Le récit véhicule encore l’idée de la curiosité insatiable de la femme, venue de l’Eve originelle et de Pandore. On sait aussi, depuis Freud et Bettelheim, que la clé tachée de sang est le symbole de la défloration.

Par ailleurs, si le temps du conte apparaît comme révolu et anachronique (le lecteur « voit bientôt que cette histoire/ Est un conte du temps passé »), la description de la luxueuse demeure de Barbe-bleue ne peut que faire penser aux fastes de Versailles, tandis que les frères sont, l’un officier des dragons et l’autre mousquetaire.

Tous ces thèmes complexes expliquent la postérité artistique musicale de ce conte qui, de Grétry (Raoul Barbe-Bleue, 1789) et Offenbach (Barbe-Bleue, 1866) à Paul Dukas (Ariane et Barbe-Bleue, 1907) et Béla Bartók (Le Château de Barbe-Bleue, 1911), en passant par le ballet éponyme de Marius Petipa (1896), a fait le bonheur de nombreux artistes.

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Douce et Barbe-Bleue (Affiche de Thomas Richard, Scorfa)

Un bel héritage dont Isabelle Aboulker s’est emparée avec délicatesse et musicalité, en composant son opéra Douce et Barbe-Bleue, créé en 2002. Il était représenté dimanche 11 février 2012, dans l’amphithéâtre Louis Richer, plein à craquer, de l’institution Saint-Louis à Saumur. Il était chanté par les enfants de la maîtrise Saint-Joseph de Lectoure (Gers), dirigée avec doigté par François Bonnet. Cette œuvre avait déjà fait l’objet de concerts en 2011, le passage à la mise en scène datant de janvier 2012. Une gageure réussie haut la voix pour ces jeunes chanteurs, affrontés à des rythmes et des lignes mélodiques variées et audacieuses.

Isabelle Aboulker qui, « avec obstination et plaisir- et contre toute logique- compose des opéras », revisite ici le célèbre conte de Perrault, La Barbe-bleue. Si elle en infléchit la fin en lui donnant une issue plus cruelle, elle étoffe le personnage de Douce, la jeune épousée, superbe contrepoint à la violence brutale d’un époux dont la barbe est symbole de toute puissance. La fin, certes, fait mentir la phrase consacrée, « ils furent heureux et eurent beaucoup d’enfants », mais il est dit avec humour que Perrault ne s’en offusquera point.

La mise en scène d’Emmanuel Gardeil est tout en fluidité et en sobriété. Le conte musical s’y déploie, alternant le texte du récitant à la voix ensoleillée (Bernard Daubas) avec les interventions des vingt enfants du chœur et les duos entre Douce (Mathilde Bonnet, soprano), sa sœur Anne (Laure-Marie Harant, alto) et sa mère (Camille Bonnet, alto) et avec Barbe-Bleue (Philippe Gardeil, baryton basse).

Sur le fond de scène, se détache un grand livre de contes à l’écriture hermétique hautement fantaisiste, conçu par Thomas Richard. Une page en sera déchirée pour donner accès à Douce au cabinet noir ; il deviendra aussi haute tour d’ou sœur Anne regarde « la route qui poudroie et l’herbe qui verdoie ». Il sera enfin le tragique mur blanc sur lequel Douce rejoindra ses compagnes d’infortune.

Le chœur des enfants, tout de noir vêtus, dans des costumes imaginés par Bénédicte Bonnet, interprète tour à tour les serviteurs du château de Barbe-Bleue, les amis de Douce qui cherchent à la protéger, les voix enfin qui la mettent en garde. Celles-ci, claires et légères symbolisent l’innocence d’une enfance vulnérable, victime des adultes.

Douce est habillée de blanc, avec seulement un lien rouge coulant de sa manche, qui servira d’attache à la fin, au moment de sa mort. Quant à Barbe-Bleue, avec sa fine barbe aile de corbeau de seigneur de la Renaissance, son regard noir et profond, son costume XIX° à basques d’un bleu dur, il incarne avec force ce prince qui est tout, sauf charmant.

Dans cet opéra qui ménage particulièrement bien le crescendo dramatique de cette tragique histoire, on retiendra sans doute le passage où les amis de Douce font mine d’ignorer ce qu’il est advenu de la clé du cabinet noir. Très rythmé, il sera repris avec un bel enthousiasme par le chœur au moment des rappels.

Mémorable aussi, le duo final entre Douce et Barbe-Bleue. Si son époux lui reproche sa désobéissance(« Vous m’avez désobéi !»), elle reconnaît son mensonge (« J’ai menti ! ») mais surtout lui avoue son amour. Un duo dramatique et plein d’émotion, dans lequel la jeune Mathilde Bonnet ne démérite nullement devant la puissance vocale de Philippe Gardeil.

Nathalie Richard au piano et François Bex au violoncelle complètent la distribution d’un spectacle plein de charme juvénile et de fraîcheur, en dépit de la violence du thème.

Avec cette œuvre originale, où s’équilibrent texte raconté et airs lyriques, grâce à ces voix jeunes et justes sur des mélodies qui ne sont pas sans rappeler parfois Poulenc, Isabelle Aboulker réussit le pari de réen-chanter le bon vieux Charles Perrault.

 Douce t barbe bleue photo DDM Ysabel arch.

Douce et Barbe-Bleue en concert

(Photo DDM, Ysabel arch.)

 

Sources :

Dictionnaire des Littératures de Langue française, Tome III, Beaumarchais, Couty, Rey, Editions Bordas

Programme de Douce et Barbe-Bleue

 

 

 

 

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10 février 2012 5 10 /02 /février /2012 08:54

 neige glaçons

Ronds de glaçons sur la Loire (Photo ex-libris.over-blog.com jeudi 08 février 2012)

 

Où vont les glaçons

Glissant sur la Loire

Où vont les glaçons

Bruissants et bavards ?

 

Où vont les glaçons

Susurrant couloir

Où vont les glaçons

Que leur voix égare ?

 

Où vont les glaçons

En blanc nonchaloir

Où vont les glaçons

Fuyant au hasard ?

 nei=ge loire

Glaçons en fuite vers l'aval (Photo ex-libris.over-blog.com, jeudi 08 février 2012)

 

Où vont les glaçons

Chuchotant parloir

Où vont les glaçons

Venus du blizzard ?

 

Où vont les glaçons

Ricochets blafards

Où vont les glaçons

Aux rondeurs bizarres ?

 

Où vont les glaçons

Linceul transitoire

Où vont les glaçons

Pleurant la gabare ?

 neige barque

 Gabare noyée sous les glaçons de la Loire

(Photo ex-libris.over-blog.com, jeudi 08 février 2012)

 

Jeudi 09 février 2012,

En longeant la Loire, vers Midouin

 

 

 

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9 février 2012 4 09 /02 /février /2012 22:52

 Pygmalion-et-galatee-Rodin-1889.JPG

Pygmalion et Galatée, Rodin, 1889

 

Camille avait un teint de lait

Comme celui de Galatée

 

Auguste régnait sur les arts

Il la sculpta tout en ivoire

 

Puis l’élève égala le maître

Elle refusa de se soumettre

 

Ensemble alors ils passèrent

La porte obscure de l'Enfer

 

Chez Rodin l’auguste sculpteur

Dans l’atelier déserté

Par la folie du feu sacré

Gît le moule froid de Galatée


 Sakountal-ou-vertumne-et-pomone-claudel.jpg

Sakountala ou L'Abandon ou Vertumne et Pomone (1886), Camille Claudel

 

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Enriqueta : les robots

 

Autre texte écrit sur Camille Claudel : link

 

 

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Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons-nous d'ahan

Ton cours vers d'autres nébuleuses

 

La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

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