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16 février 2012 4 16 /02 /février /2012 08:00

Jean Metzinger - L'oiseau bleu - 1913L'oiseau bleu, Jean Metzinger, 1913

 

L’oiseau bleu

 

J’ai dans mon cœur un oiseau bleu,

Une charmante créature,

Si mignonne que sa ceinture

N’a pas l’épaisseur d’un cheveu.

 

Il lui faut du sang pour pâture,

Bien longtemps je me fis un jeu

De lui donner sa nourriture :

Les petits oiseaux mangent peu.

 

Mais, sans rien en laisser paraître,

Dans mon cœur il a fait, le traître,

Un trou large comme la main.

 

Et son bec fin comme une lame,

En continuant son chemin,

M’est entré jusqu’au fond de l’âme.

 

A l’occasion du 9° Printemps des Poètes, avait été éditée une carte postale avec ce poème. Je l’ai retrouvé dans ma vieille Anthologie des Poètes Français Contemporains. Ce sonnet appartient à la toute jeunesse de Daudet puisqu’il est extrait de sa première œuvre, Les amoureuses, parue à Paris, en 1858, chez Tardieu. Après une période consacrée à l’écriture théâtrale, l’écrivain optera ensuite résolument pour la prose avec les succès qu’on lui connaît, et bien sûr les Lettres de mon moulin (1866), signées Gaston-Marie.

Gustave Geffroy parle ainsi de ces œuvres de jeunesse, « chansons inconsciemment chantées », parfois naïves. Il évoque ce premier recueil « comme un verger de printemps avec des arbres blancs et roses odorants comme des bouquets, tout dorés de soleil, tout plein de voix, traversé par des robes claires, obscurci par instants sous un nuage d’orage. »

Ce bel oiseau bleu, dont il est question dans le sonnet, insensiblement, se révèle le bourreau du cœur amoureux : sous la joliesse point la férocité. Tout comme dans certaines nouvelles à venir, dans lesquelles le soleil provençal ne pourra réduire la violence du sentiment.

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Lénaïg : les oiseaux

 

 


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14 février 2012 2 14 /02 /février /2012 15:18


P1090788

Sur la plage de Kerhilio (Erdeven),

(Photo ex-libris.over-blog.com, janvier 2012)

 

 

La plage est en argent

Le soleil est tout blanc

La nuée métallique

Brille sur l'Atlantique

Et les sables ondoient

Sur les vieux pieux de bois

 

 

 

Pour la communauté de Hauteclaire, Entre Ombre et Lumière,

Thème proposé par ABC : jeux de lumière

 

 


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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 12:10

 

Douce et barbe bleue 2 M Bonnet et P Gardeil

Douce (Mathilde Bonnet) et Barbe-Bleue (Philippe Gardeil)


Quelle petite fille n’a pas frémi, en même temps qu’elle était secrètement fascinée, à l’écoute de La Barbe-bleue, de Charles Perrault, ce « classique inconnu », selon Marc Soriano ? L’écrivain fut en effet pendant vingt ans le préposé au mécénat royal et au contrôle des œuvres littéraires et artistiques en l’honneur de Louis XIV et de son règne. L’on peut donc dire qu’il exerça une réelle influence sur les affaires culturelles. Exemple parfait de l’honnête homme du XVII° siècle, il contribua par ailleurs à « élargir le goût classique » en promouvant cet esprit nouveau, « plus riche de ses propres pensées que de celle des autres ».

Mais c’est en 1697, après sa disgrâce, qu’il va connaître le succès littéraire avec la parution des Histoires ou Contes du temps passé, précédées d’un frontispice, Contes de ma mère l’Oye, dont l’auteur prétendu est le fils de Perrault lui-même, alors âgé de dix ans ! Suivant en cela la mode des contes, née dans les salons précieux en 1685, il passe en même temps des vers (La Patience de Grisélidis, Peau d’Âne, Les Souhaits ridicules) à la prose avec les huit contes qui lui assureront une postérité sans égale : La Belle au bois dormant, Le Petit Chaperon rouge, La Barbe-bleue, Le Maître-chat ou le Chat-botté, Les FéesCendrillon ou la Petite Pantoufle de verre, Riquet à la houppe, Le Petit Poucet.

Avec lui, le conte devient le symbole d’un certain art français, art ambigu cependant : l’œuvre en effet n’est-elle pas  censée avoir été écrite par un enfant et avoir été corrigée par Perrault ? La moralité en vers pose aussi la question du destinataire : un enfant, un adulte ?

Il me semble que ces questions sont en germe particulièrement dans La Barbe-bleue, conte terrifiant s’il en est, et que l’on raconte sans sourciller aux enfants. Quelle image que celle de ce sang caillé dans lequel « se miraient les corps des femmes mortes attachées le long des murs » ! Quant à Barbe-Bleue, époux sanguinaire, qui dispose du droit de vie et de mort sur sa femme, il est le digne héritier de Gilles de Rais. Le récit véhicule encore l’idée de la curiosité insatiable de la femme, venue de l’Eve originelle et de Pandore. On sait aussi, depuis Freud et Bettelheim, que la clé tachée de sang est le symbole de la défloration.

Par ailleurs, si le temps du conte apparaît comme révolu et anachronique (le lecteur « voit bientôt que cette histoire/ Est un conte du temps passé »), la description de la luxueuse demeure de Barbe-bleue ne peut que faire penser aux fastes de Versailles, tandis que les frères sont, l’un officier des dragons et l’autre mousquetaire.

Tous ces thèmes complexes expliquent la postérité artistique musicale de ce conte qui, de Grétry (Raoul Barbe-Bleue, 1789) et Offenbach (Barbe-Bleue, 1866) à Paul Dukas (Ariane et Barbe-Bleue, 1907) et Béla Bartók (Le Château de Barbe-Bleue, 1911), en passant par le ballet éponyme de Marius Petipa (1896), a fait le bonheur de nombreux artistes.

affiche-douce-BB-janvier-2012_200x0.jpg

Douce et Barbe-Bleue (Affiche de Thomas Richard, Scorfa)

Un bel héritage dont Isabelle Aboulker s’est emparée avec délicatesse et musicalité, en composant son opéra Douce et Barbe-Bleue, créé en 2002. Il était représenté dimanche 11 février 2012, dans l’amphithéâtre Louis Richer, plein à craquer, de l’institution Saint-Louis à Saumur. Il était chanté par les enfants de la maîtrise Saint-Joseph de Lectoure (Gers), dirigée avec doigté par François Bonnet. Cette œuvre avait déjà fait l’objet de concerts en 2011, le passage à la mise en scène datant de janvier 2012. Une gageure réussie haut la voix pour ces jeunes chanteurs, affrontés à des rythmes et des lignes mélodiques variées et audacieuses.

Isabelle Aboulker qui, « avec obstination et plaisir- et contre toute logique- compose des opéras », revisite ici le célèbre conte de Perrault, La Barbe-bleue. Si elle en infléchit la fin en lui donnant une issue plus cruelle, elle étoffe le personnage de Douce, la jeune épousée, superbe contrepoint à la violence brutale d’un époux dont la barbe est symbole de toute puissance. La fin, certes, fait mentir la phrase consacrée, « ils furent heureux et eurent beaucoup d’enfants », mais il est dit avec humour que Perrault ne s’en offusquera point.

La mise en scène d’Emmanuel Gardeil est tout en fluidité et en sobriété. Le conte musical s’y déploie, alternant le texte du récitant à la voix ensoleillée (Bernard Daubas) avec les interventions des vingt enfants du chœur et les duos entre Douce (Mathilde Bonnet, soprano), sa sœur Anne (Laure-Marie Harant, alto) et sa mère (Camille Bonnet, alto) et avec Barbe-Bleue (Philippe Gardeil, baryton basse).

Sur le fond de scène, se détache un grand livre de contes à l’écriture hermétique hautement fantaisiste, conçu par Thomas Richard. Une page en sera déchirée pour donner accès à Douce au cabinet noir ; il deviendra aussi haute tour d’ou sœur Anne regarde « la route qui poudroie et l’herbe qui verdoie ». Il sera enfin le tragique mur blanc sur lequel Douce rejoindra ses compagnes d’infortune.

Le chœur des enfants, tout de noir vêtus, dans des costumes imaginés par Bénédicte Bonnet, interprète tour à tour les serviteurs du château de Barbe-Bleue, les amis de Douce qui cherchent à la protéger, les voix enfin qui la mettent en garde. Celles-ci, claires et légères symbolisent l’innocence d’une enfance vulnérable, victime des adultes.

Douce est habillée de blanc, avec seulement un lien rouge coulant de sa manche, qui servira d’attache à la fin, au moment de sa mort. Quant à Barbe-Bleue, avec sa fine barbe aile de corbeau de seigneur de la Renaissance, son regard noir et profond, son costume XIX° à basques d’un bleu dur, il incarne avec force ce prince qui est tout, sauf charmant.

Dans cet opéra qui ménage particulièrement bien le crescendo dramatique de cette tragique histoire, on retiendra sans doute le passage où les amis de Douce font mine d’ignorer ce qu’il est advenu de la clé du cabinet noir. Très rythmé, il sera repris avec un bel enthousiasme par le chœur au moment des rappels.

Mémorable aussi, le duo final entre Douce et Barbe-Bleue. Si son époux lui reproche sa désobéissance(« Vous m’avez désobéi !»), elle reconnaît son mensonge (« J’ai menti ! ») mais surtout lui avoue son amour. Un duo dramatique et plein d’émotion, dans lequel la jeune Mathilde Bonnet ne démérite nullement devant la puissance vocale de Philippe Gardeil.

Nathalie Richard au piano et François Bex au violoncelle complètent la distribution d’un spectacle plein de charme juvénile et de fraîcheur, en dépit de la violence du thème.

Avec cette œuvre originale, où s’équilibrent texte raconté et airs lyriques, grâce à ces voix jeunes et justes sur des mélodies qui ne sont pas sans rappeler parfois Poulenc, Isabelle Aboulker réussit le pari de réen-chanter le bon vieux Charles Perrault.

 Douce t barbe bleue photo DDM Ysabel arch.

Douce et Barbe-Bleue en concert

(Photo DDM, Ysabel arch.)

 

Sources :

Dictionnaire des Littératures de Langue française, Tome III, Beaumarchais, Couty, Rey, Editions Bordas

Programme de Douce et Barbe-Bleue

 

 

 

 

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10 février 2012 5 10 /02 /février /2012 08:54

 neige glaçons

Ronds de glaçons sur la Loire (Photo ex-libris.over-blog.com jeudi 08 février 2012)

 

Où vont les glaçons

Glissant sur la Loire

Où vont les glaçons

Bruissants et bavards ?

 

Où vont les glaçons

Susurrant couloir

Où vont les glaçons

Que leur voix égare ?

 

Où vont les glaçons

En blanc nonchaloir

Où vont les glaçons

Fuyant au hasard ?

 nei=ge loire

Glaçons en fuite vers l'aval (Photo ex-libris.over-blog.com, jeudi 08 février 2012)

 

Où vont les glaçons

Chuchotant parloir

Où vont les glaçons

Venus du blizzard ?

 

Où vont les glaçons

Ricochets blafards

Où vont les glaçons

Aux rondeurs bizarres ?

 

Où vont les glaçons

Linceul transitoire

Où vont les glaçons

Pleurant la gabare ?

 neige barque

 Gabare noyée sous les glaçons de la Loire

(Photo ex-libris.over-blog.com, jeudi 08 février 2012)

 

Jeudi 09 février 2012,

En longeant la Loire, vers Midouin

 

 

 

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9 février 2012 4 09 /02 /février /2012 22:52

 Pygmalion-et-galatee-Rodin-1889.JPG

Pygmalion et Galatée, Rodin, 1889

 

Camille avait un teint de lait

Comme celui de Galatée

 

Auguste régnait sur les arts

Il la sculpta tout en ivoire

 

Puis l’élève égala le maître

Elle refusa de se soumettre

 

Ensemble alors ils passèrent

La porte obscure de l'Enfer

 

Chez Rodin l’auguste sculpteur

Dans l’atelier déserté

Par la folie du feu sacré

Gît le moule froid de Galatée


 Sakountal-ou-vertumne-et-pomone-claudel.jpg

Sakountala ou L'Abandon ou Vertumne et Pomone (1886), Camille Claudel

 

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Enriqueta : les robots

 

Autre texte écrit sur Camille Claudel : link

 

 

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8 février 2012 3 08 /02 /février /2012 19:26

 

 Carole-martinez-C-Helie-Gallimard.jpg

 

 

Avec Du domaine des murmures (Prix Goncourt des Lycéens), son second roman après Le cœur cousu, la romancière Carole Martinez poursuit son investigation du monde féminin. Dans cette œuvre, elle met en scène une jeune fille du XII° siècle, Esclarmonde, fille très aimée du seigneur des Murmures, qui règne sur Hautepierre. En 1187, le jour de son mariage avec Lothaire, le fils du seigneur de Montfaucon, se refusant à n’être qu’une matrice pour la descendance de la lignée, elle choisit de renoncer au monde pour lui préférer la réclusion dans une petite chapelle. Rebelle plutôt que véritable mystique, de son « reclusoir » ouvert seulement par une fenestrelle, elle entrera paradoxalement en communication avec l’univers.

Cette idée magnifique d’une femme emmurée dont la parole porte au loin, Carole Martinez explique qu’elle la tient de sa grand-mère qui, vivant dans une toute petite pièce unique, y déployait pourtant des histoires extraordinaires. Issue de cette oralité, elle dit avoir voulu garder cette relation entre « la rumeur séculaire des femmes et son travail d’écriture qui essaie de la fixer ».

Carole Martinez s’est aussi beaucoup promenée dans l’Histoire et elle doit beaucoup à l’Histoire des femmes en Occident, de Georges Duby et Michelle Perrot. Elle a par ailleurs été fortement inspirée par le dernier vers de « El Desdichado » de Nerval, « Les soupirs de la sainte et les cris de la fée ». Esclarmonde, échappant grâce à l’aide du Christ au sort peu enviable des femmes du Moyen Age, va vite être considérée comme une sainte. Bérangère, la servante géante (en partie inspirée par la Géante de Baudelaire), deviendra pour sa part une sorte de fée verte, une fée des eaux de la Loue, la rivière qui coule en bas du château des Murmures. Quant à Douce, la seconde femme du père d’Esclarmonde, le départ de ce dernier pour la croisade lui octroiera une forme de puissance temporelle. Ainsi chaque personnage féminin se voit doté d’un pouvoir particulier, tel celui de la sage-femme ou celui de l’ancêtre Emengarde, « enterrée vivante dans les fondations du bâtiment, comme graine ».

On ne sait qu’admirer le plus dans ce roman, de la manière dont la romancière s’empare de l’Histoire ou de l’art dont elle tisse la parole de son héroïne. J’ai en effet beaucoup aimé cet univers médiéval recréé avec ses violences et ses beautés. Celui où une jeune fille de quinze ans se tranche l’oreille le jour de ses noces, où un seigneur  inflige les stigmates du Christ à un nouveau-né, où une femme empoisonne son époux avec du pain fabriqué avec du miel et du blé dont elle a enduit son corps nu, celui où un croisé qu’on a cru mort revient des croisades pour se venger avec un cheval fou. Mais aussi celui où le fiancé bafoué devient le troubadour de la recluse, celui où celle-ci s’émerveille d’une minuscule fraise sauvage aperçue de sa fenestrelle, celui encore où une servante sait parler aux arbres et aux pierres. Un univers lointain où « la frontière était mince entre sainteté et hérésie ».

J’aurai longtemps en mémoire la description hallucinée de la croisade, composée de cent mille hommes, dont les souffrances empliront les nuits d’Esclarmonde dans sa prison volontaire. Bien peu en reviendront de ceux qui y étaient partis. Frédéric Barberousse, qui craignait tant l’eau, y trouvera la mort dans le Cydnos. Son fils Frédéric de Souabe traînera longtemps les os et le rêve de son père dans un petit sac de cuir, avant de succomber lui aussi. Tous ces hommes « écrasés comme des fourmis sous les murs de Saint-Jean d’Acre », et l’archevêque Thierry II, tué d’une pierre en plein front lancé par un David sarrasin, et le seigneur des Murmures mourant dans une faille de craie pour échapper à la brûlure du soleil. Carole Martinez a vraiment la plume épique lorsqu’elle raconte l’aventure folle de ces « cadavres en marche dont le rouge sang de la croix tournait à l’ocre ».

Mais ce qui est sans doute le plus remarquable dans ce roman, c’est le grand art avec lequel la romancière orchestre la parole. C’est le « menu souffle » de celle-ci qui se lève dès l’incipit « sur le blanc de la page ». D’emblée, le lecteur est entraîné par cette voix : « Nous acceptons de tomber dans le gouffre pour y puiser les voix liquides des femmes oubliées qui suintent autour de nous. » Il est sollicité à plusieurs reprises dans l’œuvre afin de prêter l’oreille à Esclarmonde, cette « ombre qui cause » : « A toi qui écoutes… toi qui écoutes… »

D’un château l’autre, de la forteresse des Murmures du XII° siècle aux ruines du XXI° siècle, ce sont ces mots d'autrefois que la romancière a captés et restitués. Dans un lieu « tissé de murmures », une parole enclose va faire jaillir le monde et le révéler tel qu’il est, « vaste et sublime ». En l’espace de deux années, cette parole d’Esclarmonde va aussi profondément transformer son être intime : « Dieu a balayé mon projet en me révélant à moi-même » dira-t-elle avant de mourir sous le regard doux de Lothaire, celui qu’elle avait refusé.

A mi-chemin entre Histoire et légende, entre mensonge et prophétie, entre miracle et superstition, la voix d’Esclarmonde nous invite à retrouver « la magie, le spirituel, la contemplation », disparus dans le vacarme des villes. Elle nous demande de prêter l’oreille à ce temps où le monde « était poreux, pénétrable au merveilleux » et de retrouver la force des vieux récits. Quant au personnage d’Esclarmonde, à la fois fée et sainte, il est surtout un magnifique portrait de femme, dont la puissance évocatoire ne peut que trouver un écho en chacun de nous.

 

 

Sources :

Interview de Carole Martinez, Vidéo Fnac.com

 

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7 février 2012 2 07 /02 /février /2012 10:24

 Image-dans-image-3.JPG

Le miroir dans la chambre

(Photo ex-libris.over-blog.com Hiver 2010)

 

 

Sur la chaux blanchie

De la chambre opale

En triste pendu

Muet impassible

Secret impossible

Je suis le miroir

Solitaire et froid

 

Dans mon lac gelé

Des tapis noyés

L’hiver d’un lit blanc

J’aspire au soleil

Qui me blondira

Et je crains la pluie

Qui m’alarmera

 

Mais tout ce que j’aime

C’est toi mon Narcisse

Quand ton reflet glisse

Et vient m’animer

 

Pour le défi de la Semaine des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Enriqueta : la vie d’un objet

 

 

 

 

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6 février 2012 1 06 /02 /février /2012 17:38

 Caserne-pompiesr-sevres.JPG

Fenêtre au rideau rouge, caserne des pompiers de Sèvres

(Photo ex-libris.over-blog.com, juin 2011)

 

 

 

Par un après-midi de juin

Au 15 rue Fréville-le-Vingt

Sur le mur chaud et embrasé

Aux tout premiers feux de l’été

Un rideau ardent cramoisi

Tous les mystères d’Aurevilly

Et derrière le rouge flottant

Le vif éclair étincelant

Du casque d’argent guerrier

D’un beau capitaine de pompiers

 

Fin juin 2011, devant la caserne  des pompiers de Sèvres

 


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5 février 2012 7 05 /02 /février /2012 16:45

 Jarre-sous-la-neige.JPG

Jarre au bord du bassin gelé

(Photo ex-libris.over-blog.com, dimanche 05 février 2012)

 

La jarre au jardin

Les joues sous la neige

Au givre gelées

Geint et puis gémit

 

La jarre au jardin

Jolie dans son piège

Joue des sortilèges

Songe au perce-neige

 

La jarre au jardin

Gercée de givrure

Plus jamais ne jase

Au jour japonais

 

Le 05 février 2012,

par un dimanche neigeux

 


 

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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 18:11

 

 szymborska_wislawa.jpg

 

 

Qui a dit que l’Académie Nobel n’aimait pas les poètes ? N’a-t-elle pas deux années consécutives récompensé Seamus Heaney l’Irlandais (1995) et la Polonaise Wislawa Szymborska (1996), dont on a annoncé la mort jeudi 1er février 2012 ? Et je voudrais évoquer ici brièvement celle qui fut choisie « pour une poésie qui, avec une précision ironique, permet au contexte historique et biologique de se manifester en fragments de vérité humaine ».

C’est une œuvre singulière en effet que celle de Wislawa Szymborska, longtemps inconnue en France. Seuls Christophe Jewelski et Isabelle Macor-Filarska avait fait connaître Dans le fleuve d’Héraclite, pour le compte de la Maison de la Poésie du Nord-Pas-de-Calais.

Cette poétesse polonaise, née le 2 juillet 1923, à Bnin dans l’ouest de la Pologne, étudia d’abord la littérature polonaise et la sociologie à l’université Jagellon, de 1945 à 1948. D’une certaine manière son premier poème « Szukam slowa » (« Je cherche le mot ») (1945) est emblématique  de toute son œuvre à venir, qu’on a pu qualifier de poésie gnomique.

Après avoir été liée au parti ouvrier unifié polonais, elle s’en éloignera pour fréquenter certains milieux dissidents (auxquels elle collaborera sous le pseudonyme de Stanczykówna)  et le quittera définitivement en 1966.

De 1953 à 1981, elle travaille à la rédaction de la revue hebdomadaire Zycie Literackie (La vie littéraire) et déploie son art dans de nombreux domaines, du tourisme au jardinage et à la sorcellerie, en passant par l’histoire de l’art et la critique littéraire. Elle est aussi connue pour avoir traduit en polonais le poète juif Icyk Manger et les baroques français et notamment Agrippa d’Aubigné.

On ne peut guère l’identifier à aucun mouvement littéraire car elle a créé sa propre école d’écriture. Il s’agit d'une poésie « simple comme bonjour », quoiqu’elle « ne néglige nullement les innovations poétiques, mais dans une simplicité qui les fait quasiment passer inaperçues ». C’est ainsi que certains critiques la rapprochent de Queneau, Ponge ou Guillevic.

Dans La fin et le commencement (1993), voilà comment elle évoque la poésie :

 

Certains,

pas tout le monde,

pas la majorité, mais une minorité.

Hormis les écoliers qui le doivent,

et les poètes eux-mêmes.

Ca doit faire dans les deux mille.

Certains aiment.

Mais on aime aussi le potage aux vermicelles.

On aime les compliments et la couleur bleu clair.

On aime un vieux foulard

On aime flatter un chien. La poésie, mais qu’est donc la poésie ?

Plus d’une réponse brûlante a déjà été donnée.

Et moi je n’en sais rien.

Je n’en sais rien et je m’y accroche

comme une rampe de salut.

 

Alliant subtilement l’humour à la réflexion philosophique, elle s’interroge sur l’être humain, comme dans « Eloge de la mauvaise opinion de soi », extrait de De la mort sans exagérer (1996), qui rassemble plusieurs de ses oeuvres :

 

Le busard n’a strictement rien à se reprocher.

Les scrupules sont étrangers à la panthère.

Les piranhas ne doutent jamais de leurs actions.

Le serpent à sonnettes s’approuve sans réserve.

 

Personne n’a jamais vu un chacal repenti.

La sauterelle, l’alligator, la trichine et le taon

vivent bien comme ils vivent, et en sont très contents.

 

Un cœur d’orque pèse bien cent kilogrammes

mais sous tout autre aspect demeure fort léger.

Quoi de plus animal que la conscience tranquille

sur la troisième planète du soleil.

 

Dans un langage plein de compassion, elle a rendu aussi un vibrant hommage aux victimes de la guerre et des totalitarismes, ainsi que le montre cet extrait de Je ne sais quelles gens, en 1997 (par ailleurs le titre de son discours de réception au Nobel) :

 

Je ne sais quelles gens fuyant je ne sais quelles autres.

Dans un je ne sais quel pays sous le soleil

et sous certains nuages.

 

Ils laissent derrière eux je ne sais quel tout,

champs labourés, je ne sais quelles poules, quels chiens,

quels miroirs où les flammes se reflètent.

 

Ils portent sur leurs dos cruches et baluchons.

Plus ils sont vides et plus ils pèsent lourd […]

 

Et encore dans Fin et début  :

 

[…]

Ceux qui sont au courant

du pourquoi du comment

cèderont bientôt la place

à ceux qui en savent peu.

Puis à ceux qui en savent prou.

Puis enfin, rien du tout.

 

Dans l’herbe qui couvrira

les causes et les effets,

il faudra que quelqu’un se couche

un épi entre les dents

à regarder les nuages.

 

Elle a l’art d’allier le concret à la profondeur, comme dans ce poème « Conversation avec une pierre », extrait de Sel (1962) :

 

« Je frappe à la porte de la pierre

devant moi, laisse-moi entrer.

je veux pénétrer dans ton intérieur,

y jeter un coup d’œil,

te respirer à fond.[…] »

 

« Je n’ai pas de porte, dit la pierre. »

  

En dépit du petit nombre de poèmes, moins de 400, (« Il y a une poubelle dans ma chambre, dit-elle. Un poème écrit le soir est relu le matin. Il ne survit pas toujours. »), c’est donc une œuvre au registre étendu, qui ne néglige pas non plus le lyrisme comme en témoigne ce quatrain, « Jamais deux fois » (1990) :

 

Souriants, à moitié enlacés,

nous essayons de trouver l’harmonie,

bien que nous soyons aussi différents

que deux gouttes d’eau claire

 

Birgitta Trotzig, un membre de l’Académie suédoise,  évoque à propos de la poétesse polonaise et comme point de départ de son œuvre, « l’expérience d’une catastrophe […], l’effondrement complet d’une foi ». Et pour rendre compte du quotidien et du vide qui la remplacent, elle souligne combien lui fut nécessaire la création d’ « une langue particulière, une langue qui rend les choses relatives, une langue qui commence méthodiquement à partir de zéro ». Pour la poétesse polonaise, « il n’est pas [non plus] de questions plus importantes que les questions naïves » et elle se réclame de « vers qui n’imposent ni interdisent rien ».

Il faut donc découvrir l’œuvre de Wislawa Szymborska, tellement révélatrice de notre époque, me semble t-il. Ne disait-elle pas dans son dernier recueil : « Mes signes particuliers sont le ravissement et le désespoir » ?

 

Sources :

Beskid.com, La Pologne on line

Nobelprize.org

Quelques mots sur Wislawa Szymborska, Club des Poètes

Wislawa Szymborska, Babelio.com

 

 

 

 

 

 

 

 

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Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons-nous d'ahan

Ton cours vers d'autres nébuleuses

 

La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

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