Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
8 février 2012 3 08 /02 /février /2012 19:26

 

 Carole-martinez-C-Helie-Gallimard.jpg

 

 

Avec Du domaine des murmures (Prix Goncourt des Lycéens), son second roman après Le cœur cousu, la romancière Carole Martinez poursuit son investigation du monde féminin. Dans cette œuvre, elle met en scène une jeune fille du XII° siècle, Esclarmonde, fille très aimée du seigneur des Murmures, qui règne sur Hautepierre. En 1187, le jour de son mariage avec Lothaire, le fils du seigneur de Montfaucon, se refusant à n’être qu’une matrice pour la descendance de la lignée, elle choisit de renoncer au monde pour lui préférer la réclusion dans une petite chapelle. Rebelle plutôt que véritable mystique, de son « reclusoir » ouvert seulement par une fenestrelle, elle entrera paradoxalement en communication avec l’univers.

Cette idée magnifique d’une femme emmurée dont la parole porte au loin, Carole Martinez explique qu’elle la tient de sa grand-mère qui, vivant dans une toute petite pièce unique, y déployait pourtant des histoires extraordinaires. Issue de cette oralité, elle dit avoir voulu garder cette relation entre « la rumeur séculaire des femmes et son travail d’écriture qui essaie de la fixer ».

Carole Martinez s’est aussi beaucoup promenée dans l’Histoire et elle doit beaucoup à l’Histoire des femmes en Occident, de Georges Duby et Michelle Perrot. Elle a par ailleurs été fortement inspirée par le dernier vers de « El Desdichado » de Nerval, « Les soupirs de la sainte et les cris de la fée ». Esclarmonde, échappant grâce à l’aide du Christ au sort peu enviable des femmes du Moyen Age, va vite être considérée comme une sainte. Bérangère, la servante géante (en partie inspirée par la Géante de Baudelaire), deviendra pour sa part une sorte de fée verte, une fée des eaux de la Loue, la rivière qui coule en bas du château des Murmures. Quant à Douce, la seconde femme du père d’Esclarmonde, le départ de ce dernier pour la croisade lui octroiera une forme de puissance temporelle. Ainsi chaque personnage féminin se voit doté d’un pouvoir particulier, tel celui de la sage-femme ou celui de l’ancêtre Emengarde, « enterrée vivante dans les fondations du bâtiment, comme graine ».

On ne sait qu’admirer le plus dans ce roman, de la manière dont la romancière s’empare de l’Histoire ou de l’art dont elle tisse la parole de son héroïne. J’ai en effet beaucoup aimé cet univers médiéval recréé avec ses violences et ses beautés. Celui où une jeune fille de quinze ans se tranche l’oreille le jour de ses noces, où un seigneur  inflige les stigmates du Christ à un nouveau-né, où une femme empoisonne son époux avec du pain fabriqué avec du miel et du blé dont elle a enduit son corps nu, celui où un croisé qu’on a cru mort revient des croisades pour se venger avec un cheval fou. Mais aussi celui où le fiancé bafoué devient le troubadour de la recluse, celui où celle-ci s’émerveille d’une minuscule fraise sauvage aperçue de sa fenestrelle, celui encore où une servante sait parler aux arbres et aux pierres. Un univers lointain où « la frontière était mince entre sainteté et hérésie ».

J’aurai longtemps en mémoire la description hallucinée de la croisade, composée de cent mille hommes, dont les souffrances empliront les nuits d’Esclarmonde dans sa prison volontaire. Bien peu en reviendront de ceux qui y étaient partis. Frédéric Barberousse, qui craignait tant l’eau, y trouvera la mort dans le Cydnos. Son fils Frédéric de Souabe traînera longtemps les os et le rêve de son père dans un petit sac de cuir, avant de succomber lui aussi. Tous ces hommes « écrasés comme des fourmis sous les murs de Saint-Jean d’Acre », et l’archevêque Thierry II, tué d’une pierre en plein front lancé par un David sarrasin, et le seigneur des Murmures mourant dans une faille de craie pour échapper à la brûlure du soleil. Carole Martinez a vraiment la plume épique lorsqu’elle raconte l’aventure folle de ces « cadavres en marche dont le rouge sang de la croix tournait à l’ocre ».

Mais ce qui est sans doute le plus remarquable dans ce roman, c’est le grand art avec lequel la romancière orchestre la parole. C’est le « menu souffle » de celle-ci qui se lève dès l’incipit « sur le blanc de la page ». D’emblée, le lecteur est entraîné par cette voix : « Nous acceptons de tomber dans le gouffre pour y puiser les voix liquides des femmes oubliées qui suintent autour de nous. » Il est sollicité à plusieurs reprises dans l’œuvre afin de prêter l’oreille à Esclarmonde, cette « ombre qui cause » : « A toi qui écoutes… toi qui écoutes… »

D’un château l’autre, de la forteresse des Murmures du XII° siècle aux ruines du XXI° siècle, ce sont ces mots d'autrefois que la romancière a captés et restitués. Dans un lieu « tissé de murmures », une parole enclose va faire jaillir le monde et le révéler tel qu’il est, « vaste et sublime ». En l’espace de deux années, cette parole d’Esclarmonde va aussi profondément transformer son être intime : « Dieu a balayé mon projet en me révélant à moi-même » dira-t-elle avant de mourir sous le regard doux de Lothaire, celui qu’elle avait refusé.

A mi-chemin entre Histoire et légende, entre mensonge et prophétie, entre miracle et superstition, la voix d’Esclarmonde nous invite à retrouver « la magie, le spirituel, la contemplation », disparus dans le vacarme des villes. Elle nous demande de prêter l’oreille à ce temps où le monde « était poreux, pénétrable au merveilleux » et de retrouver la force des vieux récits. Quant au personnage d’Esclarmonde, à la fois fée et sainte, il est surtout un magnifique portrait de femme, dont la puissance évocatoire ne peut que trouver un écho en chacun de nous.

 

 

Sources :

Interview de Carole Martinez, Vidéo Fnac.com

 

Repost 0
Published by Catheau - dans Lectures
commenter cet article
7 février 2012 2 07 /02 /février /2012 10:24

 Image-dans-image-3.JPG

Le miroir dans la chambre

(Photo ex-libris.over-blog.com Hiver 2010)

 

 

Sur la chaux blanchie

De la chambre opale

En triste pendu

Muet impassible

Secret impossible

Je suis le miroir

Solitaire et froid

 

Dans mon lac gelé

Des tapis noyés

L’hiver d’un lit blanc

J’aspire au soleil

Qui me blondira

Et je crains la pluie

Qui m’alarmera

 

Mais tout ce que j’aime

C’est toi mon Narcisse

Quand ton reflet glisse

Et vient m’animer

 

Pour le défi de la Semaine des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Enriqueta : la vie d’un objet

 

 

 

 

Repost 0
6 février 2012 1 06 /02 /février /2012 17:38

 Caserne-pompiesr-sevres.JPG

Fenêtre au rideau rouge, caserne des pompiers de Sèvres

(Photo ex-libris.over-blog.com, juin 2011)

 

 

 

Par un après-midi de juin

Au 15 rue Fréville-le-Vingt

Sur le mur chaud et embrasé

Aux tout premiers feux de l’été

Un rideau ardent cramoisi

Tous les mystères d’Aurevilly

Et derrière le rouge flottant

Le vif éclair étincelant

Du casque d’argent guerrier

D’un beau capitaine de pompiers

 

Fin juin 2011, devant la caserne  des pompiers de Sèvres

 


Repost 0
Published by Catheau - dans Poèmes d'humour
commenter cet article
5 février 2012 7 05 /02 /février /2012 16:45

 Jarre-sous-la-neige.JPG

Jarre au bord du bassin gelé

(Photo ex-libris.over-blog.com, dimanche 05 février 2012)

 

La jarre au jardin

Les joues sous la neige

Au givre gelées

Geint et puis gémit

 

La jarre au jardin

Jolie dans son piège

Joue des sortilèges

Songe au perce-neige

 

La jarre au jardin

Gercée de givrure

Plus jamais ne jase

Au jour japonais

 

Le 05 février 2012,

par un dimanche neigeux

 


 

Repost 0
Published by Catheau - dans Poèmes de saison
commenter cet article
4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 18:11

 

 szymborska_wislawa.jpg

 

 

Qui a dit que l’Académie Nobel n’aimait pas les poètes ? N’a-t-elle pas deux années consécutives récompensé Seamus Heaney l’Irlandais (1995) et la Polonaise Wislawa Szymborska (1996), dont on a annoncé la mort jeudi 1er février 2012 ? Et je voudrais évoquer ici brièvement celle qui fut choisie « pour une poésie qui, avec une précision ironique, permet au contexte historique et biologique de se manifester en fragments de vérité humaine ».

C’est une œuvre singulière en effet que celle de Wislawa Szymborska, longtemps inconnue en France. Seuls Christophe Jewelski et Isabelle Macor-Filarska avait fait connaître Dans le fleuve d’Héraclite, pour le compte de la Maison de la Poésie du Nord-Pas-de-Calais.

Cette poétesse polonaise, née le 2 juillet 1923, à Bnin dans l’ouest de la Pologne, étudia d’abord la littérature polonaise et la sociologie à l’université Jagellon, de 1945 à 1948. D’une certaine manière son premier poème « Szukam slowa » (« Je cherche le mot ») (1945) est emblématique  de toute son œuvre à venir, qu’on a pu qualifier de poésie gnomique.

Après avoir été liée au parti ouvrier unifié polonais, elle s’en éloignera pour fréquenter certains milieux dissidents (auxquels elle collaborera sous le pseudonyme de Stanczykówna)  et le quittera définitivement en 1966.

De 1953 à 1981, elle travaille à la rédaction de la revue hebdomadaire Zycie Literackie (La vie littéraire) et déploie son art dans de nombreux domaines, du tourisme au jardinage et à la sorcellerie, en passant par l’histoire de l’art et la critique littéraire. Elle est aussi connue pour avoir traduit en polonais le poète juif Icyk Manger et les baroques français et notamment Agrippa d’Aubigné.

On ne peut guère l’identifier à aucun mouvement littéraire car elle a créé sa propre école d’écriture. Il s’agit d'une poésie « simple comme bonjour », quoiqu’elle « ne néglige nullement les innovations poétiques, mais dans une simplicité qui les fait quasiment passer inaperçues ». C’est ainsi que certains critiques la rapprochent de Queneau, Ponge ou Guillevic.

Dans La fin et le commencement (1993), voilà comment elle évoque la poésie :

 

Certains,

pas tout le monde,

pas la majorité, mais une minorité.

Hormis les écoliers qui le doivent,

et les poètes eux-mêmes.

Ca doit faire dans les deux mille.

Certains aiment.

Mais on aime aussi le potage aux vermicelles.

On aime les compliments et la couleur bleu clair.

On aime un vieux foulard

On aime flatter un chien. La poésie, mais qu’est donc la poésie ?

Plus d’une réponse brûlante a déjà été donnée.

Et moi je n’en sais rien.

Je n’en sais rien et je m’y accroche

comme une rampe de salut.

 

Alliant subtilement l’humour à la réflexion philosophique, elle s’interroge sur l’être humain, comme dans « Eloge de la mauvaise opinion de soi », extrait de De la mort sans exagérer (1996), qui rassemble plusieurs de ses oeuvres :

 

Le busard n’a strictement rien à se reprocher.

Les scrupules sont étrangers à la panthère.

Les piranhas ne doutent jamais de leurs actions.

Le serpent à sonnettes s’approuve sans réserve.

 

Personne n’a jamais vu un chacal repenti.

La sauterelle, l’alligator, la trichine et le taon

vivent bien comme ils vivent, et en sont très contents.

 

Un cœur d’orque pèse bien cent kilogrammes

mais sous tout autre aspect demeure fort léger.

Quoi de plus animal que la conscience tranquille

sur la troisième planète du soleil.

 

Dans un langage plein de compassion, elle a rendu aussi un vibrant hommage aux victimes de la guerre et des totalitarismes, ainsi que le montre cet extrait de Je ne sais quelles gens, en 1997 (par ailleurs le titre de son discours de réception au Nobel) :

 

Je ne sais quelles gens fuyant je ne sais quelles autres.

Dans un je ne sais quel pays sous le soleil

et sous certains nuages.

 

Ils laissent derrière eux je ne sais quel tout,

champs labourés, je ne sais quelles poules, quels chiens,

quels miroirs où les flammes se reflètent.

 

Ils portent sur leurs dos cruches et baluchons.

Plus ils sont vides et plus ils pèsent lourd […]

 

Et encore dans Fin et début  :

 

[…]

Ceux qui sont au courant

du pourquoi du comment

cèderont bientôt la place

à ceux qui en savent peu.

Puis à ceux qui en savent prou.

Puis enfin, rien du tout.

 

Dans l’herbe qui couvrira

les causes et les effets,

il faudra que quelqu’un se couche

un épi entre les dents

à regarder les nuages.

 

Elle a l’art d’allier le concret à la profondeur, comme dans ce poème « Conversation avec une pierre », extrait de Sel (1962) :

 

« Je frappe à la porte de la pierre

devant moi, laisse-moi entrer.

je veux pénétrer dans ton intérieur,

y jeter un coup d’œil,

te respirer à fond.[…] »

 

« Je n’ai pas de porte, dit la pierre. »

  

En dépit du petit nombre de poèmes, moins de 400, (« Il y a une poubelle dans ma chambre, dit-elle. Un poème écrit le soir est relu le matin. Il ne survit pas toujours. »), c’est donc une œuvre au registre étendu, qui ne néglige pas non plus le lyrisme comme en témoigne ce quatrain, « Jamais deux fois » (1990) :

 

Souriants, à moitié enlacés,

nous essayons de trouver l’harmonie,

bien que nous soyons aussi différents

que deux gouttes d’eau claire

 

Birgitta Trotzig, un membre de l’Académie suédoise,  évoque à propos de la poétesse polonaise et comme point de départ de son œuvre, « l’expérience d’une catastrophe […], l’effondrement complet d’une foi ». Et pour rendre compte du quotidien et du vide qui la remplacent, elle souligne combien lui fut nécessaire la création d’ « une langue particulière, une langue qui rend les choses relatives, une langue qui commence méthodiquement à partir de zéro ». Pour la poétesse polonaise, « il n’est pas [non plus] de questions plus importantes que les questions naïves » et elle se réclame de « vers qui n’imposent ni interdisent rien ».

Il faut donc découvrir l’œuvre de Wislawa Szymborska, tellement révélatrice de notre époque, me semble t-il. Ne disait-elle pas dans son dernier recueil : « Mes signes particuliers sont le ravissement et le désespoir » ?

 

Sources :

Beskid.com, La Pologne on line

Nobelprize.org

Quelques mots sur Wislawa Szymborska, Club des Poètes

Wislawa Szymborska, Babelio.com

 

 

 

 

 

 

 

 

Repost 0
3 février 2012 5 03 /02 /février /2012 19:03

 Francois-bonvin-le-verre-d-eau.jpg

Le verre d'eau, François Bonvin, quatrième quart du XIX° siècle,

Musée des Beaux-Arts de Grenoble

 

 

 

Derrière le verre dur et cassant

La fraîche limpidité de l’eau

 

Sous l’abat-jour blanchi du soir

La douceur d’or de la lumière

 

Sous la goutte de rosée matinale

Le vert naissant de la feuille

 

Sous le voile léger du coton

La rondeur ravie du sein maternel

 

Sous la peau claire et diaphane

Le sang solitaire qui sinue

 

Sous le verre bombé de la montre

Les minutes tueuses du temps

 

Sous l’œil curieux du microscope

Les mille insoupçonnés de l’univers

 

Derrière la glace sans tain toute ternie

Les longs mensonges des êtres

 

Et

 

Dans ton regard de devin translucide

Pour moi enfin l’épiphanie du monde

 

Pour Le Casse-Tête de la Semaine,

Thème : en transparence

 

 

 

 

Repost 0
3 février 2012 5 03 /02 /février /2012 09:34

ODILON-REDON-CLOSED-EYES 2

Yeux clos 2, Odilon Redon

 

Ton âme

Est une contrée très lointaine

Volatile aérienne

Derrière l’horizon et sa ligne secrète

Un sfumato bleuté un boréal halo

En tremblée perspective

Et lorsque je me penche sur ton regard noyé

J’y découvre hantés en stellaires voyages

D’infinis pays sages

 

Pour Papier Libre de Juliette,

Thème : d’infinis paysages

 


 

Repost 0
Published by Catheau - dans Papier Libre
commenter cet article
2 février 2012 4 02 /02 /février /2012 09:13

John-Wiliam-Waterhouse-Hylas-et-les-nymphes-1896.jpg

Hylas et les nymphes, John William Waterhouse, 1896

 

 

 

Nuit rhénane 

 

Mon verre est plein d’un vin trembleur comme une flamme
Écoutez la chanson lente d’un batelier
Qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes
Tordre leurs cheveux verts et longs jusqu’à leurs pieds

Debout chantez plus haut en dansant une ronde
Que je n’entende plus le chant du batelier
Et mettez près de moi toutes les filles blondes
Au regard immobile aux nattes repliées

Le Rhin le Rhin est ivre où les vignes se mirent
Tout l’or des nuits tombe en tremblant s’y refléter
La voix chante toujours à en râle-mourir
Ces fées aux cheveux verts qui incantent l’été

Mon verre s’est brisé comme un éclat de rire


Alcools, Guillaume Apollinaire (1880 - 1918)

 

 

Ce poème est un des plus célèbres du recueil d’Alcools. Inaugurant la série des neuf poèmes des Rhénanes, un recueil dans le recueil, il se met à l’écoute d’un autre texte, qui est la « chanson » d’un batelier ; chaque strophe reprendra le thème du chant, du carmen magique. Ce dernier est renforcé par la thématique du cercle, sous-tendue par le verbe « tordre » et le participe passé employé comme adjectif ,« repliées ». La circularité en est encore renforcée par la double occurrence du substantif "verre" au premier et au dernier vers.

Car c’est bien de charme dont il s’agit ici : charme délétère et mortifère des nixes et de la Lorelei, chères aux conteurs germaniques, et à Apollinaire lui-même. L’on sait que ces fées des eaux renvoient à Annie Playden, la gouvernante anglaise de la vicomtesse de Milhau, dont il tombera éperdument amoureux, mais que la violence de son amour effraiera. Incarnations magiques, ces sept fées (chiffre magique) aux cheveux couleur d’eau sont elles-mêmes parole, puisqu’elles « incantent l’été », un verbe employé ici transitivement.

Pour lutter contre l’envoûtement  des ces femmes des eaux,  le narrateur-poète exhorte d’autres femmes « blondes », celles-ci bien réelles, dont les tresses sages et « repliées » sont censées conjurer la magie de celles qui tordent leur libre chevelure.

Ce poème « fantastique », emblématique du titre du recueil Alcools, met en scène un poète enivré (vers 1, 9 et 13), qui délègue son ivresse au fleuve Rhin, et dont on ne sait s’il parvient à rompre l’enchantement. Le dernier et unique alexandrin de la fin du poème est problématique : ce verre brisé est-il le signe que le charme est rompu ? Ou ce rire n’est-il pas plutôt le rire diabolique des sirènes maléfiques ?

« Nuit rhénane » véhicule toute une thématique de l’inspiration, connotée bien sûr par le thème de l’ivresse poétique. Elle est renforcée par l’idée de miroitement et de reflet (vers 9 et 10) mais aussi par les termes « flamme » et « or » et l'homonymie entre les substantifs "verre" et "vers". Mais le discours poétique peut-il vaincre le charme en le nommant ?

On sera sensible enfin au traitement des sonorités, remarquable dans la troisième strophe. L’assonance en [i] y mime la tension extrême du poète en train de succomber à la magie mortelle, symbolisée encore par le magnifique néologisme qu’est ce « râle-mourir ».

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème : la superstition

 

 

Repost 0
Published by Catheau - dans Jeudi en Poésie
commenter cet article
1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 14:05

 

 A-fleur-de-peau.JPG

 Le bassin gelé (Photo ex-libris.over-blog.com)

 

A fleur de neige

A fleur de givre

A fleur de gel

 

Sous l’épiderme froid

De l’eau

 A-fleur-de-peau-2.JPG

L’esquisse rouge

Des poissons immobiles

 

Les racines pétrifiées

Des nénuphars noyés

 A-fleur-de-peau-3.JPG

Et mon âme

A fleur de peau

 

Dans la froidure figée

D’un 1er février

 

Avec un jour de retard,

pour la communauté de Hauteclaire, Entre Ombre et Lumière,

Thème proposé par Joëlle Colomar : à fleur de peau

 

 


 

Repost 0
Published by Catheau - dans Poèmes de saison
commenter cet article
1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 10:12

 

grands-parents-enfants-tet.jpg

Grands-parents et petits-enfants lors de la fête du Têt

(Iconographie : Blog de Phong Tuc Tâp Quàn)

 

 

Dans l’élégante et tendre

Porcelaine de Chine

Aux transparences lisses

Venue des lointains Ming

Dans l’éclatement jaune

Des fleurs de forsythia

Promesses du printemps

Les lî xì or et rouge

Dévoilent les étrennes

Du Nouvel An lunaire

 

Sur la table de fête

Fécondité du Têt

Les bánh tét tout ronds

Aux graines de mungo

Tout verts du bananier

Le tét khro bruni

Du porc au caramel

Et des oeufs mijotés

Au nuóc măm marin

Les cinq fruits savoureux

Les cinq vœux  éternels

 

Sous les yeux des ancêtres

Souriants dans leurs cadres

Dans leur soie rose et bleue

Aux fins boutons de perle

Sur leurs pantalons blancs

Moi je me souviendrai

De deux petits-enfants

Hésitants et timides

Remerciant leurs aïeux

Tout en leur souhaitant

Pour Nhâm Thìn qui vient

L’an du Dragon de terre

Phúc lôc tho le bonheur

Et la prospérité

Et la longévité

 

Samedi 28 janvier 2012, pendant la semaine du Têt viêt-namien,

Dans la 9e année des 10 troncs célestes, la 5e des 12 rameaux terrestres

 

 

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Catheau - dans Poèmes
commenter cet article

Présentation

  • : Ex-libris
  • Ex-libris
  • : Un blog pour lire, pour écrire, pour découvrir et s'étonner. "La Vie a plus de talent que nous" disait Nabokov.
  • Contact

ex-libris

 ex-libris

 

Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons-nous d'ahan

Ton cours vers d'autres nébuleuses

 

La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

Recherche