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2 juin 2012 6 02 /06 /juin /2012 22:34

 

Mozarrt-assassine-immigres-dans-train.jpg 

Famille d'immigrés dans le train, Izis, 1949

 

 

Dans Terre des hommes de Saint-Exupéry, on se souvient de la belle méditation humaniste de l’auteur, alors grand reporter, en partance pour la Russie, qui s’interroge sur les conséquences de la misère. Dans le train, mêlé aux immigrés polonais qui s’entassent en troisième classe, en route vers un destin tragique encore ignoré, il observe le bel enfant plein de promesses d’un de ces couples misérables. Dans le portrait sans concession qu’il en fait, ce n’est pas vraiment contre la misère qu’il s’insurge. Elle existe de fait et l’on s’y habitue, semble-t-il. Ici, on est loin du misérabilisme, de la charité et de la pitié dangereuse. C’est même avec une forme de cynisme assez déroutante qu’il s’élève plutôt contre la beauté flétrie dès l’enfance, contre le gâchis des dons et des talents.

 

"Je m’assis en face d’un couple. Entre l’homme et la femme, l’enfant, tant bien que mal, avait fait son creux, et il dormait. Mais il se retourna dans le sommeil, et son visage m’apparut sous la veilleuse. Ah ! quel adorable visage ! Il était né de ce couple-là une sorte de fruit doré. Il était né de ces lourdes hardes cette réussite de charme et de grâce. Je me penchai sur ce front lisse, sur cette douce moue des lèvres, et je me dis : voici un visage de musicien, voici Mozart enfant, Voici une belle promesse de la vie. Les petits princes des légendes n’étaient point différents de lui : protégé, entouré, cultivé, que ne saurait-il devenir ! Quand il naît par mutation dans les jardins une rose nouvelle, voilà tous les jardiniers qui s’émeuvent. On isole la rose, on cultive la rose, on la favorise. Mais il n’est point de jardinier pour les hommes. Mozart enfant sera marqué comme les autres par la machine à emboutir. Mozart fera ses plus hautes joies de musique pourrie, dans la puanteur des cafés-concerts. Mozart est condamné.

Et je regagnai mon wagon. Je me disais : ces gens ne souffrent guère de leur sort. Et ce n’est point la charité ici qui me tourmente. Il ne s’agit point de s’attendrir sur une plaie éternellement rouverte. Ceux qui la portent ne la sentent pas. C’est quelque chose comme l’espèce humaine et non l’individu qui est blessé ici, qui est lésé. Je ne crois guère à la pitié. Ce qui me tourmente, c’est le point de vue du jardinier. Ce qui me tourmente ce n’est point cette misère, dans laquelle, après tout, on s’installe aussi bien que dans la paresse. Des générations d’orientaux vivent dans la crasse et s’y plaisent. Ce qui me tourmente, les soupes populaires ne le guérissent point. Ce qui me tourmente, ce ne sont ni ces creux, ni ces bosses, ni cette laideur. C’est un peu, dans chacun de ces hommes, Mozart assassiné. »

 

La chanson d’Allain Leprest, « C’est peut-être », écoutée cet après-midi, m’a remémoré ce très beau texte. On y retrouve l’opposition entre une réalité décrite avec réalisme, voire brutalité, et l’absolu de l’Art, dont l’accès est interdit à l’enfant né dans la misère.

 

C’est peut-être

 

C'est peut-être Mozart le gosse qui tambourine
Des deux poings sur l'bazar des batteries de cuisine
Jamais on le saura, l'autocar du collège
Passe pas par Opéra, râpé pour le solfège.

C'est peut-être Colette la gamine penchée
Qui recompte en cachette le fruit de ses péchés
Jamais on le saura, elle aura avant l'heure
Un torchon dans les bras pour se torcher le cœur

C'est peut-être Grand Jacques le petit au rire bête
Qui pousse dans la flaque sa boîte d'allumettes
Jamais on le saura, on le fera maçon
Râpé Bora Bora, un mur sur l'horizon

C'est peut-être Van Gogh le p'tit qui grave des ailes
Sur la porte des gogues avec son opinel
Jamais on le saura, râpé les tubes de bleu
Il fera ses choux gras dans l'épicerie d'ses vieux

C'est peut-être Cerdan le môme devant l'école
Qui recolle ses dents à coup de Limpidol
Jamais on le saura, KO pour ses vingt piges
Dans le ring de ses draps en serrant son vertige

C'est peut-être Jésus le gosse de la tour neuf
Qu'a volé au Prisu un gros œuf  et un bœuf
On le saura jamais pauvre flocon de neige
Pour un bon Dieu qui naît, cent millions font cortège


Paroles: Allain Leprest. Musique: Richard Galliano 1992 "Voce a mano" © Saravah autres interprètes : Mon Côté Punk (2007)

 

 


 

 

 

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31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 22:50

A-los-poetas-de-la-generacion-del-27.JPG

Statue dédiée aux poètes de la génération de 27, Séville

(Photo ex-libris.over-blog. com, Effet Lomo, samedi 21 avril 2012 au matin)

A Séville, non loin des bords du Guadalquivir, on peut admirer cette statue en l’honneur des poètes de la génération de 27. Celle-ci constituait un groupe littéraire qui apparut sur la scène espagnole entre 1923 et 1927. Nés entre 1892 et 1903, considérant Góngora comme leur maître, ils furent désignés par le nombre 27. 1927,  c’est en effet l’année où on célébra le tricentenaire de la mort de Góngora. 

Ce groupe comprenait : Pedro Salinas, Jorge Guillén, Gerardo Diego, Dámaso Alonso, Federico García Lorca, Vicente Aleixandre, Emilio Prados, Rafael Alberti, Luis Cernuda, Manuel Altolaguirre. Ils agirent ensemble dans la commémoration du tricentenaire de la mort de Góngora, dans la résidence d’étudiants de Madrid où ils organisèrent toute une vie culturelle, dans le conseil de rédaction des revues comme Occidente ou la Gazeta Literaria, dans la composition de l’anthologie conçue par Gerardo Diego en 1931, à laquelle chaque auteur apporta sa contribution.

Ces jeunes poètes donnèrent la primauté aux formes populaires espagnoles et à la métaphore.  Ils tentèrent de concilier les traditions littéraires savantes et populaires espagnoles et les avant-gardes européennes. En eux, modernité et tradition se rencontrent, sans pour autant s’affronter.  Ils puisèrent leur inspiration chez Góngora, dans le romancero et les chansons traditionnelles mais aussi dans le monde le plus contemporain. Evoluant de la poésie pure vers un engagement plus concret, le groupe se dispersa lors de la guerre d’Espagne.

Dans ce square, des stèles présentent certains poèmes, dont celui-ci de Manuel Altolaguirre :


Ahora sé que eres tú.

Ahora, cuando no te siento,

Cuando mis sentidos no te limitan

Ahora es cuando cuando te tango

 

Maintenant sois ce que tu es.

Maintenant quand je ne te respire pas,

Quand mes sens ne te cernent pas,

Maintenant tu existes quand je ne te possède pas.

Sources :

FACEEF, F. G. Lorac, Vie et oeuvre

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème libre


 


.

 

 

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31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 08:03

 

 Coelacanthe.jpg

Coelacanthe (Photo www.larousse.fr)

 

« Un vent de Dieu tournoyait sur les eaux » et Dieu s’ennuyait, tout en caressant sa longue barbe neigeuse. Il eut l’idée lumineuse de créer la lumière. Puis d’un geste olympien, il sépara les eaux d’avec les eaux et fit naître le ciel sans gestation aucune. Comme d’un coup de baguette magique, il fit ensuite émerger les continents qui se différencièrent de la mer. Après avoir rendu les terres verdissantes, il conçut les grands luminaires qui se mirent à tournoyer en une valse lente dans la musique des sphères.

Ce n’est qu’à l’aube du cinquième jour qu’il se dit que ces grandes étendues solides et liquides étaient par trop monotones et qu’elles avaient besoin de mouvement. Il imagina aisément rémiges et pennes pour la gent ailée mais, pour le peuple des eaux, cela fut plus malaisé.

Après s’être beaucoup gratté une tête qu’il avait blanche et chenue, il donna vie au cœlacanthe. Il le nomma ainsi, dans la fierté d’avoir conçu ces yeux à la rondeur parfaite, cette mâchoire puissante, ces écailles de la dureté du racloir, ce corps massif couleur d’acier, aux sept nageoires, dures comme des épines : la perfection du poisson ! Comme le démiurge devant sa créature, il ne se lassait pas d’admirer cet être nageant pour lequel il avait déployé des trésors d’ingéniosité : l’invention d’un poumon, un bel organe électro-récepteur, d’élégantes franges sur la nageoire caudale et il n’en était pas peu fier !

Souhaitant de suite que l’animal marin ne demeurât pas solitaire, il dit au beau cœlacanthe : « Sois fécond, multiplie-toi et emplis les mers ! » Je dois ajouter que c’est d’ailleurs à cette occasion que Dieu inventa la litanie et celle-ci, mâle et femelle, telle la Parole de Dieu, se répandit sur les eaux.

Cœlacanthus

Wimania

Euporosteus

Alcoveria

Allenypterus

Chinlea

Diplurus

Mawsonia

Holophagus

Miguashaia

Ticinepomis

Hadronector

Libys

Et dans l’écho de ses mots, Dieu vit et entendit  que cela était bon. « Il y eut un soir, il y eut un matin : ce fut le cinquième jour. »

 

 

Pour Le Défi de la Semaine des Croqueurs de Mots, n° 82,

Thème proposé par Jill : noms de poissons

 

 

 

 

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30 mai 2012 3 30 /05 /mai /2012 13:35

ricochets-directoid.-com.jpgRicochets sur l'eau (Photo Directoïd.com)

 

 

 

Ricochets sur l’eau plate

Echo profond dans les montagnes

Reflets sans fin multipliés

 

Chant pur des mots

 

 

 

Pour la communauté de Suzâme, Textoésies et vous,

Textoésie en écho à Suzâme

link

 

 

 


 

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30 mai 2012 3 30 /05 /mai /2012 11:27

Romanès

      Alexandre Romanès et sa chèvre

 

Le père d’Alexandre Romanès disait :

« Etre gitan [prononcez « gitane »], c’est n’être dans rien :

ni dans le sport ni dans la mode,

ni dans le spectacle, ni dans la politique

et la réussite sociale n’a pas de sens pour nous. »

Et dans son troisième livre, Un peuple de promeneurs, le poète et directeur de cirque Alexandre Romanès, mari de Délia la Lovari, qui fut dompteur chez Firmin Bouglione (issu de cette famille, il changea son nom pour le patronyme issu de Rom, l’homme), spécialiste de l’échelle libre, ami de Jean Genet et de Christian Bobin, décline cet espace en creux, ce no man’s land du monde gitan.

Le gitan n’est dans rien au sens propre car il n’a pas de maison. Et lorsque Ceauşescu contraignit les Tziganes à demeurer dans des appartements, ils y mirent leurs chevaux et continuèrent à habiter dehors. Par ailleurs, pourquoi voudrait-il être dans la mode ou à la mode alors que pour le père d’Alexandre Romanès toutes leurs femmes « sont belles » ? Ce que corrobore son fils de huit ans, Sorine,  quand il déclare que « ça serait joli s’il n’y avait que des femmes ».

Le gitan est conscient des miroirs aux alouettes tendus par la société.

« Dans ma jeunesse, les imbéciles voulaient être jeunes beaux et riches,

maintenant ils veulent être jeunes beaux riches et célèbres»

reproche une vieille Gitane.

Et un autre vieux Tzigane considère que vouloir être inséré dans la société, c’est  être « poussé par le diable ». Car le pouvoir politique, selon lui encore, n’est qu’ « un fil, tenu par des hommes et des femmes prêts à tout ».

Dans ce merveilleux petit opus, composé de réflexions à brûle-pourpoint, de fragments de conversation, d’anecdotes vivantes et sensibles, Alexandre Romanès nous dit à sa manière, simple et inimitable, la surprenante beauté et la richesse d’un monde si souvent ostracisé.

Grâce à sa plume tout à la fois tendre et acérée, on pénètre dans un univers unique qui n’est pas et ne sera jamais le nôtre. Un univers « où tout ce qui n’est pas donné est perdu », où l’on a la musique dans le sang, où les violoniste « font pleurer les murs », où l’on reconnaît un bûcheron à son parfum d’arbres, où le rêve ancestral perdure, celui d’aller de village en village, sur les routes « dans une verdine, tirée par un cheval, […] avec un ours », où les femmes lisent dans les lignes de la main « jusqu’au coude ».

Alexandre Romanès nous aussi dit aussi sans fioritures la confrontation impossible avec un monde qui rejette ce peuple qu’il ne comprendra jamais. Il y dénonce sans ménagements les interminables histoires de papiers à mettre en règle, un casse-tête permanent qui les rendra « tous fous ». Il décrit cet homme qui « s’arrach[e] les cheveux par poignées, pour des papiers qu’il n’avait pas ». Il souffre lorsqu’il ne peut ramener des enfants, « pour une misérable histoire de papiers […] Si on m’avait marqué au fer rouge comme une bête, je n’aurais pas eu plus mal », déplore-t-il.

Il sait bien que « dans un pays, rien n’est plus visible qu’une minorité » et qu’ « Etre gitan, c’est aller en prison plus vite qu’un autre ». Il évoque les innombrables démêlés avec les maires dans les communes : n’ont-ils pas fait « ce qu’il fallait » pour qu’il n’y ait pas d’espace public qui leur soit réservé ?

Sa lucidité arrache les masques des principes bafoués au quotidien : dans le campement tzigane de Nanterre, sous les lumières de la Grande Arche de la Défense, baptisée « Arche de la Fraternité » :

« […] les enfants marchaient pieds nus l’hiver,

au milieu des rats, pas d’eau ni d’électricité,

et pas toujours quelque chose à manger ».

Et, il raconte que, chez les Gitans, parfois, pour se chauffer, on se dispute pour « avoir le chien dans son lit »…

Rejeté, humilié, mis au ban de la société, intouchable de notre monde occidental, le Gitan en occupe « la dernière place ». Pourtant, dans cet univers « où tout bouge », Alexandre Romanès nous l’assure :

« Mais cette place me plaît,

je n’en voudrais pas d’autre. »

Un livre poétique, émouvant et salutaire.

 

 romanes-2.JPG

      Le cirque Romanès (Photo Cirque Romanès)


 

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29 mai 2012 2 29 /05 /mai /2012 10:00

 

Marionnette 2

Marionnette d'ombre indonésienne du Wayang Kulit (bois et corne) représentant le Mal

(Photo ex-libris.over-blog.com Effet Orton)

 

 

A Java loin là-bas

Eternel combat

D’Arjuna

Héros idéal

 

Contre le Mal

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour la communauté de Hauteclaire, Entre Ombre et Lumière,

Thème : marionnettes et automates

 

 

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28 mai 2012 1 28 /05 /mai /2012 08:43

 

 Mar-Adentro-2.jpg

 

 

 

Il y a quelque temps, j'ai vu à la télévision Mar Adentro du réalisateur espagnol, Alejandro Amenabar. C'est l'histoire vraie de Ramon Sampedro, resté tétraplégique après un plongeon dans la mer. Demeuré plus de vingt-cinq ans immobile, soutenu par la présence constante et affectueuse de sa famille, il souhaita mourir. L'Etat lui ayant refusé cette liberté, il réalisa cependant son désir avec l'aide de onze de ses amis.

Selon moi, ce film ne se veut pas un plaidoyer pour l'euthanasie, tant il est animé par toutes les forces de la Vie : celle du courage et du libre-arbitre de Ramon Sampedro lui-même, celle de sa famille opposée à son choix, celle de ses amis à l'amitié sans faille, celle du rêve qui l'a aidé à vivre.

Pour preuve, ce poème intitulé « Mar adentro »,  écrit par Ramon Sampedro, et dont la traduction littérale en français est malaisée : peut-être "Au loin, au plus profond" ou encore « Mer intérieure » ou « Grand large »…


Au loin, au plus profond
et dans l'apesanteur du fond
où se réalisent les rêves,
s'unissent deux volontés
pour accomplir un désir. 

Un baiser embrase la vie,
en un éclair, un coup de tonnerre,
et par une métamorphose,
mon corps n'est déjà plus mon corps ;
c'est comme pénétrer au centre de l'univers. 

L'étreinte la plus puérile,
et le plus pur des baisers,
jusqu'à nous voir réduits
en un unique désir. 

Ton regard et mon regard
comme un écho qui se répète, sans aucune parole :
encore plus loin, au plus profond
jusqu'à l'au-delà absolu
par le sang et par les os. 

Mais toujours je me réveille
et toujours, je veux être mort
pour continuer avec ma bouche
emmêlée dans tes cheveux.

 

 


 

 

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28 mai 2012 1 28 /05 /mai /2012 06:43


 Pigeon dans le jardin

Pigeon s'envolant dans le jardin

(Photo ex-libris.over-blog.com, Effet HDR)

06 juin 2011 

 

 

 

 

Fraîcheur et profondeur

Lavée

Matinée de six heures

Peinture à la Dürer

Viriditas de l’arbre

Châssis de la fenêtre

Blanc clair des rideaux

 

Appel bissé

Coucou des bois

Roucoulade triplée

Tourterelle enivrée

Trilles jamais lassés

Oiseaux guetteurs du jour

Coassement tremblé

Grenouilles de l’étang

Pas vif sur le chemin

 

Tout l’air habité

Tout l’air inspiré

 

Cœur très matinal

Echo lointain

Vierge colombe

Esprit-Saint ?

 

Le 28 mai 2012, lundi de Pentecôte,

6 h du matin

 

 

 

 


 

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27 mai 2012 7 27 /05 /mai /2012 23:04

le-redon-cyclope-vers-1914.jpg

      Le Cyclope, Odilon Redon, vers 1914

 

 

 

Tout au-dessus de moi le ciel bleu se balance

Nuages à la renverse

Tel un grand Gulliver dans les fils de la Vierge

Je suis enchevêtrée

J’entends forer la taupe aux profonds souterrains

De son museau pointu

Grignoter l’écureuil dans le cèdre bleuté

De ses petites dents

Les verts palmiers en pots vibrant dessous le vent

Font un bruit de baguettes

En canons infinis les oiseaux se répondent

Chanteurs invisibles

Potentat des pierrailles étincelle grisée

Un lézard se faufile

Tout à l’aplomb du toit un ramier me surveille

En libre geôlier

Indiscrète et véloce une fourmi titille

Les ailes de mon nez

Je respire la terre et sa senteur d’humus

Parfum d’éternité

Le soleil immobile emprisonne de flamme

Tout mon corps engourdi

Le pic-vert a tapé sur le bois de mon cœur

Qui sursaute étonné

Les grenouilles coassent en se gaussant de moi

Quoi Quoi Quoi

Le nez dans la verdure et le bel aujourd’hui

Je te parle d’amour

Et l’herbe tend l’oreille

 

Dans le jardin,

Dimanche 27 mai 2012

 

Pour Papier Libre de Juliette,

Thème : « Aujourd’hui, quand je parle d’amour, l’herbe tend l’oreille » (Herta Muller)

 

 


 

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20 mai 2012 7 20 /05 /mai /2012 15:31

Grenade-et-Cordoue-2012-419.JPG

 Sous les arcades de la plaza de la Corredera à Cordoue

(Photo ex-libris.over-blog.com, lundi 16 avril 2012)

 

 

Sous les arcades fines

De la plaza mayor

De la Corredera

Tracée au nombre d'or

Ce soir-là nous vîmes

Les livres s'évader

Des noirs autodafés

 

Place de la Corredera,

vers le soir, lundi 16 avril 2012

 

 

 

 

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Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons-nous d'ahan

Ton cours vers d'autres nébuleuses

 

La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

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