Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
6 juin 2012 3 06 /06 /juin /2012 17:30

venus-vue-de-Katmandou-au-nepal-le-6-juin-reuters-nave-SH.jpg

Vénus passant devant le soleil, vue de Katmandou au Népal le 06 juin 2012

(Photo Reuters/ Nave SH CHITRAKAR, 20 minutes.fr)

 

 

Sur la joue fardée du Soleil

Vénus en coquetterie

A posé sa mouche

 

Mercredi 06 juin 2012,

jour du passage de Vénus devant le soleil

 

 

 

 


 

Repost 0
6 juin 2012 3 06 /06 /juin /2012 17:05

Femelles.jpg

 

Dans son émission, Carnets de Route, débutée le 20 octobre 2011, François Busnel est allé jusqu’en avril 2012 à la rencontre des écrivains américains contemporains. C’est ainsi que le 27 janvier 2012, à Princeton, à deux pas de la prestigieuse université où elle enseigne, Joyce Carol Oates, la « wonder woman de la littérature américaine », lui a accordé un entretien passionnant. En 40 ans, avec plus de 115 livres, 55 romans, plus de 400 nouvelles, un dizaine d’essais, 8 livres de poésie, elle est devenue un des écrivains les plus discutés et les plus controversés de sa génération.

Dans son œuvre protéiforme, elle met en scène des personnages torturés, ambigus, névrosés aux prises avec les dysfonctionnements de la famille et du couple. Derrière des apparences sages, se dessinent des adolescents criminels, des enfants martyrisés, des pères bourreaux, des tueurs en série, des violeurs, des kidnappeurs, des terroristes.

Dans cette conversation, Joyce Carol Oates a expliqué comment les points de départ de ses romans ou de ses nouvelles sont souvent des faits divers survenus dans l’histoire de l’Amérique. Selon elle, faire l’anatomie d’un crime permet d’entrer un peu plus avant dans l’âme américaine, le crime et le mystère étant au cœur de toute expérience humaine. Chez les Grecs, dans les grands drames élisabéthains, dit-elle, le sujet est toujours le crime. Qu’il soit passionnel ou ignoble, que ce soit le comportement moral qui soit criminel, l’écrivain a le sentiment qu’en exprimer le mystère, c’est se plonger dans l’envers de la société et comprendre plus profondément la nature humaine.

Quand j’ai vu cette émission, j’étais en train de lire son recueil de nouvelles intitulé Les Femelles. Ses remarques sont ainsi venues à point corroborer l’impression éprouvée à la lecture de cet ouvrage. Le titre originel est The Female of the Species, sorte d’intitulé générique, qui mettrait en relief l’essence de la femme. Dans ces neuf nouvelles, il s’agit de partir en quête, non de la mère, mais bien plutôt que celle qu’habite une violence inconnue, celle d’Eros et de Thanatos.

Ce sont souvent de très jeunes femmes, à la maturité fragile. Ainsi, dans la première nouvelle, « Avec l’aide de Dieu », on fait la connaissance de Lucretia, la jeune femme adolescente amoureuse du très jaloux Lucas Pitman, le shérif adjoint du comté de Saint-Lawrence, assaillie par des coups de fil anonymes. Bien qu’elle se persuade que son époux ne lui « fait pas peur », elle devra tirer sur lui pour échapper à un sentiment irrationnel.

Quant à Mme G., épouse « superficielle et vaniteuse », elle « cherch[e ] son âme » sur Madison Avenue. Elle la retrouvera peut-être tragiquement dans la réserve ensanglantée d’un des magasins qu’elle a inlassablement fréquentés.(« Madison au guignol »).

Dans ce recueil, on rencontre aussi des mères, comme Christine, la mère aimante de Céci. Dans « Faim », amoureuse d’un homme qu’elle sait dangereux, elle ira pourtant jusqu’au bout de la plage déserte de Cape Cod avec Curver son mari, un pistolet calibre .42, dissimulé dans sa poche.

Les petites filles elles-mêmes ne sont pas plus épargnées par la plume de l’écrivain. « Banshee », négligée par sa mère, se promène dangereusement sur les toits par temps de grand vent avec son petit frère, bébé entre ses bras. Dans « Poupée : une ballade du Mississipi », sans doute la nouvelle la plus horrible, la petite lolita qui se prostitue pour faire vivre son beau-père, M. Early,  se vengera à sa manière :

« Tu vois, pa-pa, ce que tu m’as fait faire.

Mieux vaut eux que moi, petite. » 

« Obsession » met en scène une petite fille dont le père est mystérieusement « M-O-R-T » ainsi que le lui répète Calvin, l’amant de sa mère. Terrifiée, elle entend des cris de lapin dans la cave où ne demeurent plus que de vieilles cages. C’est ici l’occasion de réfléchir sur le sens de la vie : « Mon cœur se serre ; dans chaque cage un lapin est pris au piège. Pourtant, c’est parfaitement logique, je m’en rendrai compte tout au long de ma vie : dans chaque cage, un prisonnier. »

Dans « Dis-moi que tu me pardonnes », à travers les récits croisés d’une mère et de sa fille, on apprendra ce qui s’est passé il y a quarante ans, à l’Old Eagle House Tavern, dont « la vieille enseigne fanée représentait un aigle en vol, ailes déployées, serres prêtes à saisir leur proie ». Telle Mary, proie féminine du hasard : « On ne peut rien faire avec des dés, à part « les lancer » ».

Et s’il est des anges dans ce livre, ils ne sont certes pas conformes à l’idée qu’on s’en fait habituellement. L’ « Ange de colère » sera Gilead l’épileptique, celui qui suit Katrina la mal-aimée et qui finira par tuer avec un démonte-pneu l’homme qui avait voulu la faire avorter.

Quant à l’ « Ange de miséricorde », il prend les traits d’Agnès O’Dwyer, une infirmière qui euthanasie ses patients : « C’est quelque chose qui arrive ? C’est le Bien, chassant le Mal. J’apporte la miséricorde à ceux qui souffrent. JE SUIS LA MISERICORDE. » Ce dernier récit fait alterner habilement la parole de R., une jeune infirmière qui apprend l’existence de cette collègue secourable.

Joyce Carol Oates a l’art de nous entraîner avec elle là où l’on ne voudrait pas aller. Ses nouvelles débutent en effet souvent dans un quotidien banal qui dérape au moment où l’on ne s’y attend pas. Ses créatures au visage d’anges portent en elles un Mal originel qui ne demande qu’à s’exprimer. L’inventivité dont l’écrivain américain fait preuve dans la construction de ses textes,  l’alternance des voix de certains récits, les monologues intérieurs, sont au service de la complexité d’une âme humaine dont elle cherche sans relâche à sonder le mystère.

Avec François Busnel, évoquant les écrivains femmes désormais acceptées, Joyce Carol Oates souligne sa grande admiration pour Toni Morrison. « Elle écrit sur le mal, ou plus précisément l’innocence qui découvre soudain le mal. Elle confronte la part civile de l’être humain à sa part de sauvagerie. » Définition d’une écriture qui est aussi la sienne.

 

 

Sources :

Les Carnets de route de François Busnel, La Grande Librairie, 27 janvier 2012, France 5, 20h 35

 

 

 


 

Repost 0
Published by Catheau - dans Lectures
commenter cet article
5 juin 2012 2 05 /06 /juin /2012 21:09

Goya-les-vieilles.JPG

Le Temps ou Les Vieilles, Goya, Palais des Beaux-Arts de Lille

(Photo ex-libris.over-blog.com, Mars 2012))

 

 

 

S'enfuir...

 

Pour la route horizon

Rêve dans la prison

Liberté bleue de l’eau

 

Pour le Temps un fléau

Lâcheté du soldat

Faute et mea culpa

 

Cauchemar de l’amant

Mensonge et reniement

 

 

 

 

Pour la communauté de Suzâme, Textoésie et vous,

Thème : s’enfuir, c’est…

 

 

 


 

Repost 0
Published by Catheau - dans Textoésie
commenter cet article
5 juin 2012 2 05 /06 /juin /2012 07:00


 Voile ali salem

Installation d'Ali Salem pour Art et Chapelles à Saint-Pierre d'Artannes (49)

(Photo ex-libris.over-blog.com, 17 juillet 2011)

 

Dans le blanc du matin

J’ai vu la porte ouverte

Comme d’un baldaquin

La tombe était couverte

Il n’y avait plus rien

La salle était déserte

Et cette toile offerte

Vierge telle un vélin

Ce n’était pas la perte

C’était la Vie enfin


 Voile ali salem extrémité saint pierre d'artannes

 Extrémité du voile de l'installation d'Ali Salem 

(Photo ex-libris.over-blog.com, le 17 juillet 2011))

 

 

Pour la communauté de Hauteclaire, Entre Ombre et Lumière,

Thème : voiles et voilages

 

Repost 0
3 juin 2012 7 03 /06 /juin /2012 21:15

trois-enfants-giovanni10.jpg

 Maternité, 1908, Giovanni Giacometti

 

 

Le ciel est bleu il fait du vent

Je me souviens de trois enfants

 

Dans le grenier abandonnés

Gisent  épars leurs vieux jouets

 

J’entends leur pas j’entends leurs cris

Je vois leurs yeux qui me sourient

 

Leur chevelure en libres mèches

Et mes baisers sur leur peau fraîche

 

Sur le chemin leurs ombres dansent

Beaux souvenirs en fulgurance

 

Le brun le blond la douce infante

Se sont enfuis comme eau courante

 

Le ciel est bleu il fait du vent

Où sont partis mes trois enfants 

 

Miennes amours infiniment 

 

Dimanche 03 juin 2012,

Jour de la Fête des Mères

 

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Catheau - dans Poèmes
commenter cet article
2 juin 2012 6 02 /06 /juin /2012 22:34

 

Mozarrt-assassine-immigres-dans-train.jpg 

Famille d'immigrés dans le train, Izis, 1949

 

 

Dans Terre des hommes de Saint-Exupéry, on se souvient de la belle méditation humaniste de l’auteur, alors grand reporter, en partance pour la Russie, qui s’interroge sur les conséquences de la misère. Dans le train, mêlé aux immigrés polonais qui s’entassent en troisième classe, en route vers un destin tragique encore ignoré, il observe le bel enfant plein de promesses d’un de ces couples misérables. Dans le portrait sans concession qu’il en fait, ce n’est pas vraiment contre la misère qu’il s’insurge. Elle existe de fait et l’on s’y habitue, semble-t-il. Ici, on est loin du misérabilisme, de la charité et de la pitié dangereuse. C’est même avec une forme de cynisme assez déroutante qu’il s’élève plutôt contre la beauté flétrie dès l’enfance, contre le gâchis des dons et des talents.

 

"Je m’assis en face d’un couple. Entre l’homme et la femme, l’enfant, tant bien que mal, avait fait son creux, et il dormait. Mais il se retourna dans le sommeil, et son visage m’apparut sous la veilleuse. Ah ! quel adorable visage ! Il était né de ce couple-là une sorte de fruit doré. Il était né de ces lourdes hardes cette réussite de charme et de grâce. Je me penchai sur ce front lisse, sur cette douce moue des lèvres, et je me dis : voici un visage de musicien, voici Mozart enfant, Voici une belle promesse de la vie. Les petits princes des légendes n’étaient point différents de lui : protégé, entouré, cultivé, que ne saurait-il devenir ! Quand il naît par mutation dans les jardins une rose nouvelle, voilà tous les jardiniers qui s’émeuvent. On isole la rose, on cultive la rose, on la favorise. Mais il n’est point de jardinier pour les hommes. Mozart enfant sera marqué comme les autres par la machine à emboutir. Mozart fera ses plus hautes joies de musique pourrie, dans la puanteur des cafés-concerts. Mozart est condamné.

Et je regagnai mon wagon. Je me disais : ces gens ne souffrent guère de leur sort. Et ce n’est point la charité ici qui me tourmente. Il ne s’agit point de s’attendrir sur une plaie éternellement rouverte. Ceux qui la portent ne la sentent pas. C’est quelque chose comme l’espèce humaine et non l’individu qui est blessé ici, qui est lésé. Je ne crois guère à la pitié. Ce qui me tourmente, c’est le point de vue du jardinier. Ce qui me tourmente ce n’est point cette misère, dans laquelle, après tout, on s’installe aussi bien que dans la paresse. Des générations d’orientaux vivent dans la crasse et s’y plaisent. Ce qui me tourmente, les soupes populaires ne le guérissent point. Ce qui me tourmente, ce ne sont ni ces creux, ni ces bosses, ni cette laideur. C’est un peu, dans chacun de ces hommes, Mozart assassiné. »

 

La chanson d’Allain Leprest, « C’est peut-être », écoutée cet après-midi, m’a remémoré ce très beau texte. On y retrouve l’opposition entre une réalité décrite avec réalisme, voire brutalité, et l’absolu de l’Art, dont l’accès est interdit à l’enfant né dans la misère.

 

C’est peut-être

 

C'est peut-être Mozart le gosse qui tambourine
Des deux poings sur l'bazar des batteries de cuisine
Jamais on le saura, l'autocar du collège
Passe pas par Opéra, râpé pour le solfège.

C'est peut-être Colette la gamine penchée
Qui recompte en cachette le fruit de ses péchés
Jamais on le saura, elle aura avant l'heure
Un torchon dans les bras pour se torcher le cœur

C'est peut-être Grand Jacques le petit au rire bête
Qui pousse dans la flaque sa boîte d'allumettes
Jamais on le saura, on le fera maçon
Râpé Bora Bora, un mur sur l'horizon

C'est peut-être Van Gogh le p'tit qui grave des ailes
Sur la porte des gogues avec son opinel
Jamais on le saura, râpé les tubes de bleu
Il fera ses choux gras dans l'épicerie d'ses vieux

C'est peut-être Cerdan le môme devant l'école
Qui recolle ses dents à coup de Limpidol
Jamais on le saura, KO pour ses vingt piges
Dans le ring de ses draps en serrant son vertige

C'est peut-être Jésus le gosse de la tour neuf
Qu'a volé au Prisu un gros œuf  et un bœuf
On le saura jamais pauvre flocon de neige
Pour un bon Dieu qui naît, cent millions font cortège


Paroles: Allain Leprest. Musique: Richard Galliano 1992 "Voce a mano" © Saravah autres interprètes : Mon Côté Punk (2007)

 

 


 

 

 

Repost 0
Published by Catheau - dans Chansons
commenter cet article
31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 22:50

A-los-poetas-de-la-generacion-del-27.JPG

Statue dédiée aux poètes de la génération de 27, Séville

(Photo ex-libris.over-blog. com, Effet Lomo, samedi 21 avril 2012 au matin)

A Séville, non loin des bords du Guadalquivir, on peut admirer cette statue en l’honneur des poètes de la génération de 27. Celle-ci constituait un groupe littéraire qui apparut sur la scène espagnole entre 1923 et 1927. Nés entre 1892 et 1903, considérant Góngora comme leur maître, ils furent désignés par le nombre 27. 1927,  c’est en effet l’année où on célébra le tricentenaire de la mort de Góngora. 

Ce groupe comprenait : Pedro Salinas, Jorge Guillén, Gerardo Diego, Dámaso Alonso, Federico García Lorca, Vicente Aleixandre, Emilio Prados, Rafael Alberti, Luis Cernuda, Manuel Altolaguirre. Ils agirent ensemble dans la commémoration du tricentenaire de la mort de Góngora, dans la résidence d’étudiants de Madrid où ils organisèrent toute une vie culturelle, dans le conseil de rédaction des revues comme Occidente ou la Gazeta Literaria, dans la composition de l’anthologie conçue par Gerardo Diego en 1931, à laquelle chaque auteur apporta sa contribution.

Ces jeunes poètes donnèrent la primauté aux formes populaires espagnoles et à la métaphore.  Ils tentèrent de concilier les traditions littéraires savantes et populaires espagnoles et les avant-gardes européennes. En eux, modernité et tradition se rencontrent, sans pour autant s’affronter.  Ils puisèrent leur inspiration chez Góngora, dans le romancero et les chansons traditionnelles mais aussi dans le monde le plus contemporain. Evoluant de la poésie pure vers un engagement plus concret, le groupe se dispersa lors de la guerre d’Espagne.

Dans ce square, des stèles présentent certains poèmes, dont celui-ci de Manuel Altolaguirre :


Ahora sé que eres tú.

Ahora, cuando no te siento,

Cuando mis sentidos no te limitan

Ahora es cuando cuando te tango

 

Maintenant sois ce que tu es.

Maintenant quand je ne te respire pas,

Quand mes sens ne te cernent pas,

Maintenant tu existes quand je ne te possède pas.

Sources :

FACEEF, F. G. Lorac, Vie et oeuvre

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème libre


 


.

 

 

Repost 0
Published by Catheau - dans Dits de poètes
commenter cet article
31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 08:03

 

 Coelacanthe.jpg

Coelacanthe (Photo www.larousse.fr)

 

« Un vent de Dieu tournoyait sur les eaux » et Dieu s’ennuyait, tout en caressant sa longue barbe neigeuse. Il eut l’idée lumineuse de créer la lumière. Puis d’un geste olympien, il sépara les eaux d’avec les eaux et fit naître le ciel sans gestation aucune. Comme d’un coup de baguette magique, il fit ensuite émerger les continents qui se différencièrent de la mer. Après avoir rendu les terres verdissantes, il conçut les grands luminaires qui se mirent à tournoyer en une valse lente dans la musique des sphères.

Ce n’est qu’à l’aube du cinquième jour qu’il se dit que ces grandes étendues solides et liquides étaient par trop monotones et qu’elles avaient besoin de mouvement. Il imagina aisément rémiges et pennes pour la gent ailée mais, pour le peuple des eaux, cela fut plus malaisé.

Après s’être beaucoup gratté une tête qu’il avait blanche et chenue, il donna vie au cœlacanthe. Il le nomma ainsi, dans la fierté d’avoir conçu ces yeux à la rondeur parfaite, cette mâchoire puissante, ces écailles de la dureté du racloir, ce corps massif couleur d’acier, aux sept nageoires, dures comme des épines : la perfection du poisson ! Comme le démiurge devant sa créature, il ne se lassait pas d’admirer cet être nageant pour lequel il avait déployé des trésors d’ingéniosité : l’invention d’un poumon, un bel organe électro-récepteur, d’élégantes franges sur la nageoire caudale et il n’en était pas peu fier !

Souhaitant de suite que l’animal marin ne demeurât pas solitaire, il dit au beau cœlacanthe : « Sois fécond, multiplie-toi et emplis les mers ! » Je dois ajouter que c’est d’ailleurs à cette occasion que Dieu inventa la litanie et celle-ci, mâle et femelle, telle la Parole de Dieu, se répandit sur les eaux.

Cœlacanthus

Wimania

Euporosteus

Alcoveria

Allenypterus

Chinlea

Diplurus

Mawsonia

Holophagus

Miguashaia

Ticinepomis

Hadronector

Libys

Et dans l’écho de ses mots, Dieu vit et entendit  que cela était bon. « Il y eut un soir, il y eut un matin : ce fut le cinquième jour. »

 

 

Pour Le Défi de la Semaine des Croqueurs de Mots, n° 82,

Thème proposé par Jill : noms de poissons

 

 

 

 

Repost 0
30 mai 2012 3 30 /05 /mai /2012 13:35

ricochets-directoid.-com.jpgRicochets sur l'eau (Photo Directoïd.com)

 

 

 

Ricochets sur l’eau plate

Echo profond dans les montagnes

Reflets sans fin multipliés

 

Chant pur des mots

 

 

 

Pour la communauté de Suzâme, Textoésies et vous,

Textoésie en écho à Suzâme

link

 

 

 


 

Repost 0
Published by Catheau - dans Textoésie
commenter cet article
30 mai 2012 3 30 /05 /mai /2012 11:27

Romanès

      Alexandre Romanès et sa chèvre

 

Le père d’Alexandre Romanès disait :

« Etre gitan [prononcez « gitane »], c’est n’être dans rien :

ni dans le sport ni dans la mode,

ni dans le spectacle, ni dans la politique

et la réussite sociale n’a pas de sens pour nous. »

Et dans son troisième livre, Un peuple de promeneurs, le poète et directeur de cirque Alexandre Romanès, mari de Délia la Lovari, qui fut dompteur chez Firmin Bouglione (issu de cette famille, il changea son nom pour le patronyme issu de Rom, l’homme), spécialiste de l’échelle libre, ami de Jean Genet et de Christian Bobin, décline cet espace en creux, ce no man’s land du monde gitan.

Le gitan n’est dans rien au sens propre car il n’a pas de maison. Et lorsque Ceauşescu contraignit les Tziganes à demeurer dans des appartements, ils y mirent leurs chevaux et continuèrent à habiter dehors. Par ailleurs, pourquoi voudrait-il être dans la mode ou à la mode alors que pour le père d’Alexandre Romanès toutes leurs femmes « sont belles » ? Ce que corrobore son fils de huit ans, Sorine,  quand il déclare que « ça serait joli s’il n’y avait que des femmes ».

Le gitan est conscient des miroirs aux alouettes tendus par la société.

« Dans ma jeunesse, les imbéciles voulaient être jeunes beaux et riches,

maintenant ils veulent être jeunes beaux riches et célèbres»

reproche une vieille Gitane.

Et un autre vieux Tzigane considère que vouloir être inséré dans la société, c’est  être « poussé par le diable ». Car le pouvoir politique, selon lui encore, n’est qu’ « un fil, tenu par des hommes et des femmes prêts à tout ».

Dans ce merveilleux petit opus, composé de réflexions à brûle-pourpoint, de fragments de conversation, d’anecdotes vivantes et sensibles, Alexandre Romanès nous dit à sa manière, simple et inimitable, la surprenante beauté et la richesse d’un monde si souvent ostracisé.

Grâce à sa plume tout à la fois tendre et acérée, on pénètre dans un univers unique qui n’est pas et ne sera jamais le nôtre. Un univers « où tout ce qui n’est pas donné est perdu », où l’on a la musique dans le sang, où les violoniste « font pleurer les murs », où l’on reconnaît un bûcheron à son parfum d’arbres, où le rêve ancestral perdure, celui d’aller de village en village, sur les routes « dans une verdine, tirée par un cheval, […] avec un ours », où les femmes lisent dans les lignes de la main « jusqu’au coude ».

Alexandre Romanès nous aussi dit aussi sans fioritures la confrontation impossible avec un monde qui rejette ce peuple qu’il ne comprendra jamais. Il y dénonce sans ménagements les interminables histoires de papiers à mettre en règle, un casse-tête permanent qui les rendra « tous fous ». Il décrit cet homme qui « s’arrach[e] les cheveux par poignées, pour des papiers qu’il n’avait pas ». Il souffre lorsqu’il ne peut ramener des enfants, « pour une misérable histoire de papiers […] Si on m’avait marqué au fer rouge comme une bête, je n’aurais pas eu plus mal », déplore-t-il.

Il sait bien que « dans un pays, rien n’est plus visible qu’une minorité » et qu’ « Etre gitan, c’est aller en prison plus vite qu’un autre ». Il évoque les innombrables démêlés avec les maires dans les communes : n’ont-ils pas fait « ce qu’il fallait » pour qu’il n’y ait pas d’espace public qui leur soit réservé ?

Sa lucidité arrache les masques des principes bafoués au quotidien : dans le campement tzigane de Nanterre, sous les lumières de la Grande Arche de la Défense, baptisée « Arche de la Fraternité » :

« […] les enfants marchaient pieds nus l’hiver,

au milieu des rats, pas d’eau ni d’électricité,

et pas toujours quelque chose à manger ».

Et, il raconte que, chez les Gitans, parfois, pour se chauffer, on se dispute pour « avoir le chien dans son lit »…

Rejeté, humilié, mis au ban de la société, intouchable de notre monde occidental, le Gitan en occupe « la dernière place ». Pourtant, dans cet univers « où tout bouge », Alexandre Romanès nous l’assure :

« Mais cette place me plaît,

je n’en voudrais pas d’autre. »

Un livre poétique, émouvant et salutaire.

 

 romanes-2.JPG

      Le cirque Romanès (Photo Cirque Romanès)


 

Repost 0
Published by Catheau - dans Lectures
commenter cet article

Présentation

  • : Ex-libris
  • Ex-libris
  • : Un blog pour lire, pour écrire, pour découvrir et s'étonner. "La Vie a plus de talent que nous" disait Nabokov.
  • Contact

ex-libris

 ex-libris

 

Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons-nous d'ahan

Ton cours vers d'autres nébuleuses

 

La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

Recherche