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30 mai 2012 3 30 /05 /mai /2012 11:27

Romanès

      Alexandre Romanès et sa chèvre

 

Le père d’Alexandre Romanès disait :

« Etre gitan [prononcez « gitane »], c’est n’être dans rien :

ni dans le sport ni dans la mode,

ni dans le spectacle, ni dans la politique

et la réussite sociale n’a pas de sens pour nous. »

Et dans son troisième livre, Un peuple de promeneurs, le poète et directeur de cirque Alexandre Romanès, mari de Délia la Lovari, qui fut dompteur chez Firmin Bouglione (issu de cette famille, il changea son nom pour le patronyme issu de Rom, l’homme), spécialiste de l’échelle libre, ami de Jean Genet et de Christian Bobin, décline cet espace en creux, ce no man’s land du monde gitan.

Le gitan n’est dans rien au sens propre car il n’a pas de maison. Et lorsque Ceauşescu contraignit les Tziganes à demeurer dans des appartements, ils y mirent leurs chevaux et continuèrent à habiter dehors. Par ailleurs, pourquoi voudrait-il être dans la mode ou à la mode alors que pour le père d’Alexandre Romanès toutes leurs femmes « sont belles » ? Ce que corrobore son fils de huit ans, Sorine,  quand il déclare que « ça serait joli s’il n’y avait que des femmes ».

Le gitan est conscient des miroirs aux alouettes tendus par la société.

« Dans ma jeunesse, les imbéciles voulaient être jeunes beaux et riches,

maintenant ils veulent être jeunes beaux riches et célèbres»

reproche une vieille Gitane.

Et un autre vieux Tzigane considère que vouloir être inséré dans la société, c’est  être « poussé par le diable ». Car le pouvoir politique, selon lui encore, n’est qu’ « un fil, tenu par des hommes et des femmes prêts à tout ».

Dans ce merveilleux petit opus, composé de réflexions à brûle-pourpoint, de fragments de conversation, d’anecdotes vivantes et sensibles, Alexandre Romanès nous dit à sa manière, simple et inimitable, la surprenante beauté et la richesse d’un monde si souvent ostracisé.

Grâce à sa plume tout à la fois tendre et acérée, on pénètre dans un univers unique qui n’est pas et ne sera jamais le nôtre. Un univers « où tout ce qui n’est pas donné est perdu », où l’on a la musique dans le sang, où les violoniste « font pleurer les murs », où l’on reconnaît un bûcheron à son parfum d’arbres, où le rêve ancestral perdure, celui d’aller de village en village, sur les routes « dans une verdine, tirée par un cheval, […] avec un ours », où les femmes lisent dans les lignes de la main « jusqu’au coude ».

Alexandre Romanès nous aussi dit aussi sans fioritures la confrontation impossible avec un monde qui rejette ce peuple qu’il ne comprendra jamais. Il y dénonce sans ménagements les interminables histoires de papiers à mettre en règle, un casse-tête permanent qui les rendra « tous fous ». Il décrit cet homme qui « s’arrach[e] les cheveux par poignées, pour des papiers qu’il n’avait pas ». Il souffre lorsqu’il ne peut ramener des enfants, « pour une misérable histoire de papiers […] Si on m’avait marqué au fer rouge comme une bête, je n’aurais pas eu plus mal », déplore-t-il.

Il sait bien que « dans un pays, rien n’est plus visible qu’une minorité » et qu’ « Etre gitan, c’est aller en prison plus vite qu’un autre ». Il évoque les innombrables démêlés avec les maires dans les communes : n’ont-ils pas fait « ce qu’il fallait » pour qu’il n’y ait pas d’espace public qui leur soit réservé ?

Sa lucidité arrache les masques des principes bafoués au quotidien : dans le campement tzigane de Nanterre, sous les lumières de la Grande Arche de la Défense, baptisée « Arche de la Fraternité » :

« […] les enfants marchaient pieds nus l’hiver,

au milieu des rats, pas d’eau ni d’électricité,

et pas toujours quelque chose à manger ».

Et, il raconte que, chez les Gitans, parfois, pour se chauffer, on se dispute pour « avoir le chien dans son lit »…

Rejeté, humilié, mis au ban de la société, intouchable de notre monde occidental, le Gitan en occupe « la dernière place ». Pourtant, dans cet univers « où tout bouge », Alexandre Romanès nous l’assure :

« Mais cette place me plaît,

je n’en voudrais pas d’autre. »

Un livre poétique, émouvant et salutaire.

 

 romanes-2.JPG

      Le cirque Romanès (Photo Cirque Romanès)


 

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29 mai 2012 2 29 /05 /mai /2012 10:00

 

Marionnette 2

Marionnette d'ombre indonésienne du Wayang Kulit (bois et corne) représentant le Mal

(Photo ex-libris.over-blog.com Effet Orton)

 

 

A Java loin là-bas

Eternel combat

D’Arjuna

Héros idéal

 

Contre le Mal

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour la communauté de Hauteclaire, Entre Ombre et Lumière,

Thème : marionnettes et automates

 

 

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28 mai 2012 1 28 /05 /mai /2012 08:43

 

 Mar-Adentro-2.jpg

 

 

 

Il y a quelque temps, j'ai vu à la télévision Mar Adentro du réalisateur espagnol, Alejandro Amenabar. C'est l'histoire vraie de Ramon Sampedro, resté tétraplégique après un plongeon dans la mer. Demeuré plus de vingt-cinq ans immobile, soutenu par la présence constante et affectueuse de sa famille, il souhaita mourir. L'Etat lui ayant refusé cette liberté, il réalisa cependant son désir avec l'aide de onze de ses amis.

Selon moi, ce film ne se veut pas un plaidoyer pour l'euthanasie, tant il est animé par toutes les forces de la Vie : celle du courage et du libre-arbitre de Ramon Sampedro lui-même, celle de sa famille opposée à son choix, celle de ses amis à l'amitié sans faille, celle du rêve qui l'a aidé à vivre.

Pour preuve, ce poème intitulé « Mar adentro »,  écrit par Ramon Sampedro, et dont la traduction littérale en français est malaisée : peut-être "Au loin, au plus profond" ou encore « Mer intérieure » ou « Grand large »…


Au loin, au plus profond
et dans l'apesanteur du fond
où se réalisent les rêves,
s'unissent deux volontés
pour accomplir un désir. 

Un baiser embrase la vie,
en un éclair, un coup de tonnerre,
et par une métamorphose,
mon corps n'est déjà plus mon corps ;
c'est comme pénétrer au centre de l'univers. 

L'étreinte la plus puérile,
et le plus pur des baisers,
jusqu'à nous voir réduits
en un unique désir. 

Ton regard et mon regard
comme un écho qui se répète, sans aucune parole :
encore plus loin, au plus profond
jusqu'à l'au-delà absolu
par le sang et par les os. 

Mais toujours je me réveille
et toujours, je veux être mort
pour continuer avec ma bouche
emmêlée dans tes cheveux.

 

 


 

 

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28 mai 2012 1 28 /05 /mai /2012 06:43


 Pigeon dans le jardin

Pigeon s'envolant dans le jardin

(Photo ex-libris.over-blog.com, Effet HDR)

06 juin 2011 

 

 

 

 

Fraîcheur et profondeur

Lavée

Matinée de six heures

Peinture à la Dürer

Viriditas de l’arbre

Châssis de la fenêtre

Blanc clair des rideaux

 

Appel bissé

Coucou des bois

Roucoulade triplée

Tourterelle enivrée

Trilles jamais lassés

Oiseaux guetteurs du jour

Coassement tremblé

Grenouilles de l’étang

Pas vif sur le chemin

 

Tout l’air habité

Tout l’air inspiré

 

Cœur très matinal

Echo lointain

Vierge colombe

Esprit-Saint ?

 

Le 28 mai 2012, lundi de Pentecôte,

6 h du matin

 

 

 

 


 

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27 mai 2012 7 27 /05 /mai /2012 23:04

le-redon-cyclope-vers-1914.jpg

      Le Cyclope, Odilon Redon, vers 1914

 

 

 

Tout au-dessus de moi le ciel bleu se balance

Nuages à la renverse

Tel un grand Gulliver dans les fils de la Vierge

Je suis enchevêtrée

J’entends forer la taupe aux profonds souterrains

De son museau pointu

Grignoter l’écureuil dans le cèdre bleuté

De ses petites dents

Les verts palmiers en pots vibrant dessous le vent

Font un bruit de baguettes

En canons infinis les oiseaux se répondent

Chanteurs invisibles

Potentat des pierrailles étincelle grisée

Un lézard se faufile

Tout à l’aplomb du toit un ramier me surveille

En libre geôlier

Indiscrète et véloce une fourmi titille

Les ailes de mon nez

Je respire la terre et sa senteur d’humus

Parfum d’éternité

Le soleil immobile emprisonne de flamme

Tout mon corps engourdi

Le pic-vert a tapé sur le bois de mon cœur

Qui sursaute étonné

Les grenouilles coassent en se gaussant de moi

Quoi Quoi Quoi

Le nez dans la verdure et le bel aujourd’hui

Je te parle d’amour

Et l’herbe tend l’oreille

 

Dans le jardin,

Dimanche 27 mai 2012

 

Pour Papier Libre de Juliette,

Thème : « Aujourd’hui, quand je parle d’amour, l’herbe tend l’oreille » (Herta Muller)

 

 


 

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20 mai 2012 7 20 /05 /mai /2012 15:31

Grenade-et-Cordoue-2012-419.JPG

 Sous les arcades de la plaza de la Corredera à Cordoue

(Photo ex-libris.over-blog.com, lundi 16 avril 2012)

 

 

Sous les arcades fines

De la plaza mayor

De la Corredera

Tracée au nombre d'or

Ce soir-là nous vîmes

Les livres s'évader

Des noirs autodafés

 

Place de la Corredera,

vers le soir, lundi 16 avril 2012

 

 

 

 

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16 mai 2012 3 16 /05 /mai /2012 17:03

Dali-nu-dans-l-eau-1925.jpg 

 Nu dans l'eau, Salvador Dali

 

 

 

La mer est froide en mai

Ma peau mouillée se remémore

 

Mémoire de sirène

 

Textoésie envoyée à Suzâme vers 17h 15,

après mon deuxième bain de l'année

sur la plage de Kerminihy en Erdeven  

 

 

 

 

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16 mai 2012 3 16 /05 /mai /2012 12:46

vendredi 19 août 2011 013

 Au bas de l'escalier, vendredi 19  août 2011

(Photo ex-libris.over-blog.com)

 

Au creux de l'escalier

Sages et bien rangées

En petite guirlande

Les pantoufles attendent

Avant de voltiger

Les elfes au pied léger

 

 

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15 mai 2012 2 15 /05 /mai /2012 08:16

  fairy-tales-from-many-lands-2.jpg

 

Dans le métro filant à l'heure de pointe

Entre les murs

Charbon

Où les tags s'ennuient

Parmi les visages

Bougons

Et les valises

Avachies

Le père et la fille

 

Lui

La quarantaine à lunettes

Bien fatiguée

Veste et chapeau de velours

Brun

Sur des cheveux

Poivre et sel

Qui frisottent

Et dans le dos

Voûté par les errances

Une guitare dormant dans son étui

Tout noir

Appuyé sur un chariot de tissu

Vert vif

A roulettes

Avec des coccinelles d'été

Eclatantes de rouge

 

Elle

Sept ans peut-être

L'âge de raison dit-on

Jolie petite fée des Lilas

Immobile

Avec son regard

Profond de lac bleu

Un serre-tête

Doucement mauve

Orné d'une fleur de plastique

Encadrant ses boucles

Cascadantes

Et blondes

De petit lord Fauntleroy

De chauds collants de laine

Rugueuse

Sur de fines ballerines

Rose bonbon

Une robe

Courte en jersey

Où dansent des ronds

Violets

Son sac de petite dame en cuir

Marron

En bandoulière

 

Ces deux-là s'aiment

Fort

Ils se regardent

Seuls au monde

Dans le wagon qui roule

Loin

 

Et elle attend

Sérieuse

Silencieuse

Et sage

Le moment

Merveilleux

Où il ouvrira le livre

Bien-aimé

Dans sa couverture de plastique

Transparente

Qui pointe son nez hors du sac

Quand il lui contera

Le Il était une fois

Unique

Et toujours recommencé

Des Fairy Tales from Many Lands

 

Vendredi 11 mai 2012, 12h 10, Ligne 4,

Entre la gare du Nord et la gare Montparnasse

 

Pour le Défi n°81 des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Jeanne Fadosi : Enfances

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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13 mai 2012 7 13 /05 /mai /2012 15:13

Rockets-and-bluelights-turner.jpg

 Rockets and blue lights, Joseph Mallord Turner, 1865,

Yale Center for Bristish Art, Hartford, Connecticut

 

Quelle alchimie dans l'œil aigu du peintre

Toutes règles enfreintes

Quand tout se défait quand tout se déforme

En jeux protéiformes

Quand la mer se délite et puis se désagrège

En mouvants sortilèges

En jets blancs vaporeux

En tracés de ciel bleu

En onde arachnénenne

En éclats de phalènes

En fumées myriadiques

En lumières magiques

 

Et celui qui regarde

Sait qu'il se hasarde

Dans un monde mouvant

Près de l'écroulement

 

Pour Papier Libre de Juliette

Sur un tableau de Turner : Rockets and blue lights

 

 

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Des blancs ruisseaux de Chanaan

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La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

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