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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 10:13

plage-ridee-embrumee.JPG

Brume sur la plage d'Erdeven

(Fin de l'été 2011, Photo ex-libris.over-blog.com)

 

La brume est tombée sur la plage

Comme tombe le drap sur le visage

Usé ridé

Du condamné


 rides eau ria soir

Le soir tombe sur la ria d'Etel

(Fin août 2011, Photo ex-libris.over-blog.com)

 

La nuit s’en vient

Sur la ria

La mer s’en va

Vers les lointains

 

Emportant vers le large

Les poissons invisibles

Les ridules paisibles

Sous les rêveuses barges

 

Pour la communauté de Hauteclaire, Entre Ombre et Lumière,

Thème proposé par Erato : rides

 

 


 

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11 mars 2012 7 11 /03 /mars /2012 11:17

 Concert

 Olivier Derbesse (clarinette), Christian Brière (violon), Laurent Boukobza (piano),

Richard Schmoucler (violon), Claude Giron (violoncelle),

Lurie Morar (cymbalum), Marc Desmons (alto), Bernard Cazauran (contrebasse)

(Photo Alix Laveau)

 

Sur la scène en rouge et noir

A dansé l’âme ashkénaze

Et la tristesse yiddish

 

Dans la lenteur nostalgique

La clarinette a pleuré

Le chôfar du bélier

Et le Kadish a prié

Tiré l’aiguille la mariée

Les violons volants et vifs

Ont fait danser les rabbis

Poliouchka soudain

M’a menée vers les lointains

D’un tango petit-russien

J’ai pleuré la diaspora

La nostalgie de là-bas

Et la yiddish mama

Et je me suis retrouvée

A Broadway au cabaret

Bei mir bist du scheyn

Et fumant la cigarette

De Papirosn la pauvrette

 

Aux rythmes vifs du klezmer

Au tempo si légendaire

Ils nous ont fait rêver

Ils nous ont fait danser

Les huit du Sirba Octet

Ceux qui rient et ceux qui pleurent

Piano enchanteur

Deux violons jumelés

Maillets blancs virevoltants

Cymbalum résonnant

Index recroquevillé

Sur les cordes enivrées

Archet frotté tapoté

Clarinette déhanchée

Alto sans fin déchaîné

Brun violoncelle effréné

Et contrebasse en apnée

Sifflets fous bien expirés

Claquement rythmé des mains

Sourires doux des musiciens

La musique au bout des doigts

Et le cœur qui tournoie

 

Quand la musique devient folle

Quand la musique enfin console

 

Samedi 10 mars 2012, salle Beaurepaire à Saumur,

Concert du Sirba Octet, A Yiddish Mame

 

 

 

 

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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 22:38

L-avaric-et-la-luxure-rodin-platre-en-bas-du-vantail-droit.jpg

 L'Avarice et la Luxure, Auguste Rodin (plâtre), 

Placé en bas du vantail droit de La porte de l'Enfer (vers 1889-1890)

 

 

Tapis persans

Au feu mourant

Cheveux défaits

Sur peau de lait

Pénombre pâle

Nacre et opale

Luxe et souillure

Blême luxure

 

Pour Papier Libre de Juliette,

Thème : une couleur pour un des sept péchés capitaux

 

 

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8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 23:32

 

youki-et-desnos.jpg

      Youki et Robert Desnos

 

quand l’âge aura flétri ces yeux et cette bouche

quand trop de souvenirs alourdiront ce cœur

quand il ne restera pour bercer dans sa couche

ce corps aujourd’hui beau que des spectres moqueurs

 

quand la poussière infecte en recouvrant les choses

vêtira d’un linceul les désirs abolis

quand l’amour plus fané qu’en un livre une rose

ne sera plus qu’un nom sous des portraits pâlis

 

quand il sera trop tard pour n’être plus cruelle

quand l’écho des baisers et l’écho des serments

Décroîtront comme un pas la nuit dans une ruelle

ou le sifflet d’un train vers le noir firmament

 

quand sur les seins pendants le ventre qui se ride

Les mains aux doigts séchés durcies par les passions

Et lasses d’essuyer trop de larmes acides

Referont le bilan de leur dégradation

 

quand nul fard ne pourra mentir à ce visage

S’il se penche au miroir jadis trop complaisant

Pour se désaltérer comme au lac d’un mirage

Aux rêves du passé revécus au présent

 

La belle que voilà restera belle encore

Par la vertu d’un feu reflété constamment

aux vitres d’un château dont les salles sonores

seront hantées par ceux qui furent ses amants

 

La belle que voilà ainsi qu’une fontaine

Dont le flot toujours pur sur les marbres disjoints

S’écoule en entraînant d’ineffables sirènes

Pour perdre sa splendeur ne renoncera point

 

Rien ne disparaîtra des ciels qui se reflètent

Malgré la peau fripée et malgré les reins plats

Restera jalousée et présente à la fête

Jeune éternellement la belle que voilà

 

Tant de cœurs ont battu jadis à son attente

qu’une flamme est enclose dans ce corps sans raison

qu’indigne de ces feux elle reste éclatante

Ainsi qu’à l’incendie survivent les tisons

 

Robert Desnos, in Youki 1930 Poésie

 

Dans les années 30, vivant désormais pour Youki et avec elle, Desnos se met à une poésie qui s’approche de la chanson ou de la comptine. Dans Youki 1930 Poésie, il associe ces deux genres dans des poèmes tout remplis de jeux verbaux et dans d’autres plus mélancoliques, à la forme plus classique.

C’est le cas de cette suite de neuf quatrains aux rimes croisées (dont nous avons respecté la surprenante ponctuation), intitulée « La belle que voilà », titre qui évoque une vieille chanson française.

Y célébrant la Femme aimée comme Ronsard le fit dans les Sonnets pour Hélène (« Quand vous serez bien vieille…), ou encore plus fortement Baudelaire dans « A une charogne », le poète ose ici l’image d’une femme vieillie et usée. Et l’on pense de même aux paroles de la chanson de Moustaki : « La femme qui est dans mon lit /N’a plus vingt ans depuis longtemps… »

Construit sur l’anaphore de la conjonction de temps, le texte consacre ainsi cinq strophes à la description de la dégradation du corps et à l’engloutissement des serments dans le passé. Pourtant, à l’encontre par exemple de « Colloque sentimental » de Verlaine, qui signe la fin définitive de l’amour, les quatre dernières strophes exaltent l’éternité d’un sentiment amoureux qui, tel le phénix, se pérennise grâce au souvenir.

Renouvelant ainsi à sa manière, simple et discrète, un thème ô combien rebattu, Desnos se situe ici dans la lignée des poètes de l’amour fou, dont la plume inspirée ressuscite la femme qu’ils aimèrent et ne cesseront d’aimer.

 

 

 


 

 

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8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 17:54


Allégorie de l'Harmonie 

Allégorie de l'Harmonie, attribuée à Bissolfo, premier quart du XVI° siècle

(Musée des Beaux-Arts de Grenoble), (Photos Base Joconde)

 

La musique des sphères

La caresse des mères

La toile au nombre d’or

La forme de l’amphore

Le sinueux d’un sein

L’eau claire du bassin

L’odeur du seringa

Le rond de l’oméga

La note au bon tempo

Le point après le mot

Les soleils du passé

Nos deux mains enlacées

 

Des éclairs du divin

Au cœur du quotidien

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Lilou Frédotte : harmonie

 


 

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8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 16:19

 F X De maison

 

J’aime rire mais je ne vais guère aux spectacles des humoristes : être contraint de rire pendant une heure trente m’a toujours semblé fastidieux. Pourtant, mardi  06 mars 2012, j’ai assisté au Théâtre Beaurepaire à Saumur au dernier spectacle de François-Xavier Demaison, Demaison s’évade, et j’avoue que j’y ai ri de bon cœur.

Dans ce one-man show, qui fait suite au premier, Demaison s’envole, l’ancien spécialiste en fiscalité internationale, propose une galerie de personnages déjantés. Vêtu simplement d’une chemise et d’un pantalon noirs, il joue sans aucun accessoire, ce qui lui fait dire en souriant que son spectacle est « le moins cher de Paris ».

En une heure et quart, l’humoriste se métamorphosera en une quinzaine de personnages délirants. Il emploie un ton Marie-Chantal pour Isabelle la femme d’un couple de bobos parisiens qui a ouvert une maison d’hôtes dans un riad à Marrakech  et dont « le spa est alimenté par une source naturelle captée avant d’arriver au village ». Il nous donne à entendre la puissance de sa voix en incarnant le gynécologue italien de sa femme qui pratique l’accouchement « bel canto ». Il imite à s’y méprendre la marche avec un déambulateur d’un grand-père qui a découvert le haschich à Koufra dans la division Leclerc et aime une Irlandaise obèse, « tellement grosse qu’elle a même des vergetures sur ses vêtements ». Il transforme d’une manière inénarrable son visage en celui de Bitou le petit castor, qui sera victime d’Arthur Hache, le serial killer québécois. Qu’il incarne un conseiller en adultère qui confie les 10 règles élémentaires pour tromper impunément sa femme ou un sommelier ivre de vins fins, qu’il danse sur des airs arabisants ou boxe un grand noir, sa vitalité et son énergie débordantes font merveille.

En dépit de quelques baisses de régimes et de passages où la vulgarité n’est pas toujours absente (le personnage du masseur-voyant ne m’a guère convaincue, n'en déplaise aux amateurs de "duches" !), on ne peut nier que le comédien, qui incarna Coluche et fut nominé aux César pour ce travail d’acteur, n’est pas économe d’énergie et d’enthousiasme. On aimera aussi sa relation avec le public et sa manière très personnelle de le faire participer au spectacle.

Ce rythme endiablé, cet art du dialogue qui font mouche sont pour Françouis-Xavier Demaison une manière de se raconter à travers des personnages complètements fous mais aussi parfois « désespérés et désespérants », ainsi qu’il de dit dans une interview à Nikos Aliaghas. N’est-il pas horrible cet homme cynique qui fête trois fois Noël avec sa mère, atteinte de la maladie d’Alzheimer ? Pour celui qui n’était pas fait pour le milieu des affaires, faire rire est un moyen « de lutter contre la violence qui nous entoure en la transformant en humour ». On le voit notamment avec son personnage de grand patron qui triche même lorsqu’il joue au golf. Il en va de même pour Diane, l’avocate d’affaires, célibataire à 47 ans, insupportable avec ses collaborateurs.

Alors si, comme le déclare François-Xavier Demaison, l’humour qui « transforme et poétise parfois le réel » est vraiment « une respiration », ce mardi soir-là, j’ai vraiment pris une bonne bouffée d’oxygène.

 

Sources :

Europe 1, le 19 septembre 2011, Interview de Demaison par Nikos Aliaghas.

L’Express Culture, le 23/11/11, Interview de Demaison par Bérénice Mottelay

 

 

 

 

 

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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 09:03

cyrano.jpg

   Cyrano de Bergerac (Edmond Rostand), La scène du balcon, Paul-Albert Laurens,

acte III, scène 10

(Crédit photos cyranodebergerac.fr)

 

 

 

La nuit était obscure et Cyrano fidèle

Accompagnait Christian chez une damoiselle

Une fine précieuse vive et spirituelle

Qui aimait les mots doux les serments éternels

Les phrases compliquées celles qui ensorcellent

Or pour plaire à Roxane l’ami qui se flagelle

Souffla au soupirant des aveux sensuels

Et quand Christian monta pour embrasser la belle

Il demeura en bas au-dessous de l’échelle

Brandissant son flambeau dont la flamme chancelle

Triste et désespéré de tenir la chandelle

 

Pour Le Défi de la Semaine,

Thème proposé par Lilou Frédotte : prendre une expression au pied de la lettre

 


 

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6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 23:25

de-dos-kangourou.JPG

Kangourou de dos à Kangaroo Island, Australie

(Novembre 2008, Photo ex-libris.over-blog.com)

 

 

C'était à Kangaroo Island

Que découvrit Matthew Flinders

Et que cartographia

Le Français Nicolas Baudin

Un île sans renards ni lapins

Où criaille le cacatoès noir

Et où vivait un émeu nain

En lointaine Australie


Or il y a trois ans

J'y vis ce kangourou

Je lui avais souri

Il n'était pas poli

Et me tourna le dos

 

 

Pour la communauté de Hauteclaire, Entre Ombre et Lumière,

Thème : de dos

 


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6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 14:18

Lucas-Cranach--les-trois-graces.jpg

Les trois Grâces, Lucas Cranach

 

Aujourd'hui, je fête l'anniversaire des trois ans de mon blog, que la fille de mon amie Alice m'a aidée à créer.

Cette quinzaine, il est 1152° dans le Top des blogs d'Overblog.

Depuis le 06 mars 2009, 226.959 pages y ont été vues pour un nombre de visites totales de 110.302.

Le mois de février 2012 aura été celui du plus grand nombre de visites, à savoir 15.254. 

Je remercie mes amis fidèles, Alice, Suzâme, Martine, Nounedeb, Monelle, Valdy, Brunô, Dan, Hauteclaire... et tous les autres, ma cousine photographe du Pays basque, mon cousin anglais qui traduit régulièrement mes pages dans la langue de Shakespeare, mes amies Dominique et Marie-France et ma fille Violaine, qui me lisent via FaceBook, mes fils, le proche et le lointain, qui me laissent des message codés que je reconnais toujours, oreilles attentives, lecteurs compréhensifs, âmes-soeurs pour des affinités électives à travers les mots.

J'adresse un signe plein de reconnaissance au lecteur magyar qui, hier, a traduit mon billet sur Un Pedigree de Modiano en hongrois. Je suis toujours aussi étonnée de découvrir mes mots métamorphosés dans d'autres langues, proches et lointaines, du russe au polonais, en passant par l'espagnol. Je salue encore tous ceux qui "recommandent" tel ou tel article ou qui mentionnent "J'aime" sous un billet qu'ils ont apprécié.

Ayant tant aimé l'ancienne l'ancienne Ile de France, il me plaît à penser que mon article, "Baudelaire à l'île Maurice : un voyage initiatique" soit un des plus lus de mon blog. Il en va de même pour le billet intitulé "Tadzio, l'ange de la mort", qui évoque le destin de ce personnage mythique de Mort à Venise, un de mes films-cultes.

Grâce au Carnet de Poésie de ma grand-mère, je suis émue d'avoir retrouvé les enfants de ceux qui y avaient leur nom, et d'avoir eu des échos de ce temps qui n'est plus.

En ce jour anniversaire du 06 mars 2012, je me souhaite, je nous souhaite encore beaucoup de belles rencontres et de passionnantes découvertes. Et j'applaudis sans réserve à ce qu'écrivait Marguerite Yourcenar, la première femme à entrer sous la Coupole, le 06 mars 1980 : "Quoi qu'il arrive, j'apprends. Je gagne à tout coup."

 

 


 


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4 mars 2012 7 04 /03 /mars /2012 23:03

 

 fort gardel traveler55 virtualtourist

Fort-Gardel. Les 10 et 11 avril 1913, le capitaine Gabriel Gardel, grand-père de Louis Gardel,

avec cinquante spahis, y arrêta une grosse harka du sultan Ahmoud.

(Photo Virtual tourist)

 

 

Lire Fort-Saganne de Louis Gardel, c’est entrer dans le rêve fracassé des bâtisseurs d’empires. Ce roman se passe en effet entre 1911 et 1915, au moment où les Touaregs qui s’étaient ralliés à la France en 1904 ne répondent plus aux messages et désertent, tandis que le chef sultan Ahmoud prépare une offensive à partir de Ghât, derrière la frontière tripolitaine. Le but pour l’Armée coloniale est alors d’occuper au plus vite le Tassili pour y asseoir sa domination sur les tribus Ajjer. Mais la  Grande Guerre sonnera le glas de l’expansion coloniale.

Le roman est l’histoire d’une jeune lieutenant ariégeois, d’origine paysanne, Charles Saganne. En quinze chapitres, le récit mêle une narration à la troisième personne à des lettres du héros à sa famille et à des pages de son journal. De l’école des enfants de troupe de Saint-Hippolyte-du-Fort aux tranchées de la Grande Guerre, en passant par le désert du Sahara, on suit le destin de cet homme jeune, épris d’aventures, qui connaîtra son heure de gloire à Esseyène, dans la nuit du 10 au 11 avril 1913, en affrontant au cours d’un combat mémorable les troupes rebelles d’Ahmoud. Un fait d’armes qui lui permettra d’entrer dans la légende targuie. Titulaire de la Légion d’honneur à vingt-sept ans, il pourra alors enfin épouser Madeleine de Saint-Ilette, le 2 juillet 1914. Après la mort de son frère Lucien au front, il combattra  lui aussi les Allemands et mourra au lazaret de Hann-Munden, alors que le prêtre lui apprend que sa femme attend un enfant.

Le parcours de cet officier amoureux du désert nous fait rencontrer toute une galerie de personnages hauts en couleurs, que Gardel décrit avec un remarquable art du portrait. Entre les politiques à Paris, « tous ces assis », et les militaires sur le terrain, le fossé est grand. Ainsi le colonel Dubreuilh, qui ambitionne de « devenir le plus jeune général de France », est persuadé que la prise de Ghât est la clé de la paix au Tassili alors que Bertozza, « grand cumuleur de mandats, bruissant comme un bourdon », qui pressent la menace de la guerre, pense que le « temps des aventures est passé.

Dans ce désert, qui peut procurer aussi bien un sentiment de « haute paix » que de « monotonie harassante », Saganne côtoiera le pire comme le meilleur. Les officiers des Affaires indigènes « à la mentalité de ronds-de-cuir », les coloniaux d’Afrique « zèbres qui ont besoin de l’étrille », le maréchal des logis alcoolique Vulpi, « vingt ans de Sahara. Deux fois cassé de son grade », le médecin Courette qui joue du violoncelle sur son chameau, René Hazan, l’interprète juif, qui ressemble à un lettré musulman, le capitaine Flammarin persuadé que même les Arabes qui [les] aiment [les] détestent », le brutal capitaine Baculard d’Arnaud, « gaillard à l’intelligence épaisse ». Aux côté  d’Embareck le « grand raconteur d’histoires », le noble Moussa Ag Amastane, le gentil Sama, il découvrira l’hospitalité, la fierté et le courage des Touaregs.

Il rencontrera aussi Charles de Foucauld, « homme admirable » à « l’humilité terrible », qui lui dira : « Cher monsieur Saganne, que vous le vouliez ou non, vous êtes un chercheur d’absolu ».

Pour moi, en effet, plus qu’une épopée guerrière, ce roman est davantage l’histoire d’un homme miné par une sorte de mal être, par le « taedium éternel, l’ennui [cette] maladie glissée partout, empoisonnant toute joie, entravant toute étude, désespérante ».

L’ennui est en effet « l’ennemi le plus redoutable » du jeune officier, ainsi qu’il l’écrit à son frère Lucien. C’est ce sentiment « accablant » qui, à Djelfa, le centre administratif où il est en garnison, le fait « s’abîmer dans l’inaction jusqu’à la nausée ». Sentiment que réactivent aussi les longues marches dans le désert à dos de chameau où l’on avance « comme dans un cauchemar », les crises de « grinche du Sud » où l’on se dit « qu’aucune cause ne justifie aucun acte », et la liberté de « réaliser toutes [les] fantaisies » dans un univers dont Courette, le médecin, dit qu’il les « rend tous malades ».

C’est un personnage complexe qui interdit à son frère d’épouser la femme qu’il aime et qui portera à jamais la culpabilité du suicide de celle-ci : « Il est coupable, irrémédiablement. Il a fait le mal absolu, celui pour lequel il n’y a ni excuse ni pardon. » C’est encore un amoureux que la journaliste Louise Tissot révélera à lui-même. Et quand il pensera à elle, en évoquant les trois objets qui la lui rappellent, il se dira : « Ces trois objets ont plus d’importance dans mon histoire (ma vraie histoire, celle qui court sous ce que je montre et ce que je fais) que mon entré à Saint-Maixent. » C’est enfin un rêveur qui ne souhaiterait qu’une chose, devenir colon au Maroc : « Une mule, une pioche, une gandoura : du lever au coucher du soleil défricher la terre, creuser le puits, planter. Le soir, se reposer, attentif au soir. Manger quand il a faim, auprès d’une petite fille silencieuse. Approcher le sommeil, y tomber. »

Après la mort de son frère au front, il obtiendra aussi de partir combattre les Allemands. Il dira alors : « Quand il y a trop de morts, je ne vois plus qu’eux. Des milliers de cadavres, c’est monstrueux. » Blessé à mort, comme le Targui Takarit, « il fera, contre tout espoir son devoir d’homme ». Au moment de mourir, ce qu’il revoit, « ce sont les moments vides : les lentes méharées, les attentes, les rêveries près des feux de bivouac ». En cet instant ultime, il considère que « ses exploits[…] ne lui ont rien appris » et que « cet héroïsme contre nature ne lui est d’aucun secours ». Alors qu’il retrouve « amplifiée, cette sensation de basculer vers le sol qu’il éprouvait quand, sous lui, le chameau s’agenouillait pour la halte », il comprend qu’il doit découvrir « un mot qui signifie à la fois « je vous remercie » et « je vous demande pardon ». Il mourra en le prononçant.

Alors, est-il un « formidable héros », ce Saganne, comme le dit la préface de l’édition Points ? L’héroïsme, il en a fait le tour, il en a vu les écueils, celui qui déclare à son ami René Hazan : « Mais tu sais, René, je ne pourrais pas recommencer, même avec l’assurance de la croix au bout, et de Madeleine en prime ! » Frère à sa manière du lieutenant Drogo du Désert des Tartares, autre roman du désert, il comprend sans doute comme lui que toute cette aventure n’a été qu’un « divertissement », avant l’ultime rendez-vous avec la Mort.

 

 

Fort-Saganne, Louis Gardel, Points, 1980

 


 

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Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

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