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29 mars 2010 1 29 /03 /mars /2010 12:53

 Modiano-by-Nicolas-Hidiroglou2

Patrick Modiano par Nicolas Hidiroglou 


La présence de Patrick Modiano à la télévision est toujours un événement que savourent ses afficionados. Mais c’est aussi une épreuve pour le journaliste qui l’interroge, ne sachant jamais si son interlocuteur ira jusqu’au bout de sa réponse et ne se perdra pas dans les méandres d’une pensée en perpétuelle recherche de la chose juste qu’il veut exprimer. Pour Modiano aussi, on imagine que c’est un moment délicat que celui où il doit se faire l’exégète de ses propres mots. Et il y a quelque chose de profondément émouvant à voir ce grand écrivain hésiter, balbutier, s’interrompre, et être comme soulagé lorsque le journaliste formule ce qu’il a tenté de dire.

Il en était ainsi jeudi 11 mars 2010, à La Grande Librairie, le soir où François Busnel recevait Modiano pour son dernier roman L’Horizon. L’écrivain a d’abord reconnu être un grand marcheur mais beaucoup moins que du temps de sa jeunesse. Lorsqu’il marche dans Paris, il vérifie comment « ça a évolué » et comment il a intériorisé ce qu’il a vu entre 17 et 25 ans, pour en faire dans ses œuvres un Paris intemporel.

La Place de l’Etoile, le roman qui marque son entrée en littérature, rend compte d’une Occupation neuve et fantasmatique et elle est le fruit d’un long travail de mémoire. Le paradoxe de l’écriture de Modiano réside dans le fait qu’à travers une syntaxe claire, des phrases courtes et simples, un lexique du flou, est à l’œuvre un travail perpétré de livre en livre. « Je vais oublier », dit l’écrivain, alors « je voudrais cerner le truc ». Selon Marie Desplechin, il y a là une démarche assez proustienne et une constante depuis le premier roman.

Le temps de 1940-1945 est pour lui une obsession, d’autant plus que 1945 est la date de la naissance de l’écrivain. Pour lui, ceux qui sont nés en cette année-là sont le fruit de cette période trouble, qui est leur nuit originelle. Les gens nés après la guerre sont le fruit de rencontres hasardeuses. Ainsi, en 1982, dans De si braves garçons, l’écrivain évoque ces « enfants du hasard et de nulle part ». Les guerres favorisant les rencontres fugaces, les mouvements de prisonniers, de travailleurs, en temps normal, selon lui, ses parents ne se seraient jamais rencontrés. N’est-il pas le fils d’une comédienne flamande, Luisa Colpeyn, et d’un juif d’origine italienne ?

A Busnel remarquant qu’il ne parle pas d’amours mais de rencontres, Modiano répond que ces époques de fièvre sont anormales et que ce genre de rencontre ne résiste pas à la normalité. Dans Un Pedigree, il met en scène des jeunes gens qui n’ont pas eu le temps de se stabiliser et qui n’ont donc pas de colonne vertébrale. La guerre a accentué cette sorte de désordre et ils ont abordé cette époque trouble en étant du sable mouvant. Ils sont comme des fleurs qui n’ont pas eu le temps… (d’éclore).

Lorsque Busnel évoque en un condensé brutal les relations de son père avec la bande de la rue Lauriston, Modiano rétorque que son père ne savait pas qui il était et que tout ça était compliqué pour lui. Etranger dans un Paris étrange, il a continué à vivre comme s’il n’avait pas de loi.

Modiano

En ce qui concerne Lacombe Lucien, le film de Louis Malle, dont il a écrit le scénario, Modiano parle à son propos de gens fracassés. Il décrit le personnage comme un jeune paysan qui survit grâce à son instinct de conservation. Son père est prisonnier en Allemagne, sa mère vit avec un autre homme et de ce désordre initial naît son incertitude. Sans repères, il se laisse entraîner et s’oriente vers le mauvais chemin. Et pourtant, il aurait suffi d’un rien, ajoute Modiano, il aurait suffi que quelqu’un l’aiguille autrement. C’est un enfant perdu au départ, ce qui explique sa dérive. Ce film a choqué à l’époque par l’absence de jugement moral porté sur le personnage. L’explication de l’écrivain apporte donc un éclairage sur sa psychologie.

Cependant, à Busnel qui lui demande si cet anti-héros aurait pu s’appeler Patrick Modiano, l’écrivain répond que tout en essayant de le comprendre, il ne peut s’identifier à lui.

Le journaliste rappelle alors le livre de Rober Paxton sur l’Occupation, qui a fait date. On entend ensuite J. P. Rappeneau, le réalisateur du film Bon voyage, qui a travaillé avec Modiano. Il précise que l’écrivain sait tout sur la période de 1940 et racontait de multiples anecdotes. Quelques cinéastes ont été tentés d’adapter l’univers de Modiano. Patrice Leconte notamment l’a fait pour Villa triste avec un film intitulé Le Parfum d’Yvonne, qui essaie de traduire la sensualité et le parfum vénéneux et troublant de l’œuvre.

Dans une interview, Patrice Leconte fait remarquer que Patrick Modiano est en effet réputé pour être un écrivain inadaptable. S’il existe bien une intrigue sur le plan factuel, le flou domine car il n’y a pas de bases réalistes. L’essentiel réside dans tout ce qui n’est pas dit et dans les émotions souterraines. Si Modiano n’est pas le bon ami des cinéastes, c’est parce qu’il fait vraiment de la littérature et la sienne propre !

On peut comparer cette littérature à celle de Simenon. Les romans de ce dernier paraissent sans problèmes alors qu’ils en posent en fait, et de bien réels, car au fur et à mesure tout s’effrite.

La difficulté d’une adaptation de Modiano se situe dans l’existence de nombreuses allées et venues dans le temps, malaisées à rendre au cinéma. Quant aux blancs, ils sont comme de l’acupuncture, qu’il est n'est pas facile de recréer. Et dans un roman, le lecteur peut continuer sur sa lancée. De plus, il n’y a pas de mot « Fin » dans un roman de Modiano.

Dans le dernier roman de l’auteur, L’Horizon, un homme, Bosmans, part à la recherche d’une femme, Margaret Le Coz, dans le Paris des années 1960. Ce sont deux solitudes qui se sentent traquées. Et Modiano d’expliquer comment naît un roman. Au départ, c’est une image cinématographique, une image précise qui l’atteint : rue du 4 Septembre, une fille qui sort d’un bureau. Après, il ne sait plus comment continuer. Il est alors comme un conducteur qui conduit sans visibilité et chaque jour d’écriture est comme une sorte de rattrapage. Il essaie de trouver quelque chose qui puisse suivre, sans savoir vraiment où il va ; il raccroche comme des wagons. Ca  se fait par segments et c’est, comme dans le travail de joaillerie, ce qu’on appelle le « serti invisible ».

L’écriture est toujours une question de détail. Il suffit parfois de rayer deux phrases et de rajouter quelque chose d’infinitésimal. Ecrire donne l’impression de glisser sur une pente en essayant toujours de se rattraper. Le but à atteindre,  c’est une « matière sombre à saisir ».

Pour l’écrivain, il est fascinant de penser aux quarante ans de sa vie, d’y discerner tous les carrefours, d’y retrouver les rencontres qui ne se sont pas développées. La trame d’une vie est enveloppée de ces choses inachevées, de ces débris possibles qui ne sont jamais advenus. Modiano évoque cette vision assez terrible de ce que peut être une vie : comme si votre vie visible était environnée d’une "matière sombre" virtuelle. « Pourquoi avait-il choisi ce chemin plutôt qu’un autre ? »

L’écrivain dit que son mouvement naturel est de se jeter en avant et de ne pas hésiter. Comme dans un  kaléidoscope, il y a tellement de grains, de jeux (je ?), de solutions. La vie aurait pu être différente. La « matière sombre », ce sont ces virtualités, ces choses enfouies et c’est tout cela qui lui a donné l’impulsion d’écrire.

François Busnel remarque que dans L’Horizon, on trouve quelque chose de nouveau que révèle d’abord le titre. Quant au dernier paragraphe, il ouvre vers l’avenir. Et Modiano de répondre que dans un livre écrit à la 3ème personne, on prend le risque d’être Dieu le Père. Avec une fin ouverte, les personnages peuvent s’échapper du livre comme ils peuvent s’échapper d’un tableau.

Modiano est d’accord avec Busnel pour reconnaître qu’Un Pedigree, qui a remporté un immense succès, a permis l’émergence d’une note nouvelle dans l’œuvre. Cet ouvrage autobiographique ne peut se dissocier de ses romans. Il dit que ce texte, c’est comme quand on appuyait sur une touche sur les panneaux du métro et que l’on voyait apparaître le réseau des correspondances. Tous ses romans sont dans Un Pedigree.

L’Horizon se déroule à Berlin et à Paris. Dans un reportage, Jean-Louis Ezine du Nouvel Observateur, parle de ce Paris disparu que Modiano ressuscite. (Et Modiano, qui croyait bien connaître Ezine, précise qu’il n’a su que trente ans après leur rencontre qui il était vraiment, en lisant son ouvrage Les Taiseux, dans lequel il évoque la recherche du père.)

Selon Ezine, Modiano est l’écrivain des villes, l’arpenteur des paysages urbains, celui qui montre comment le passé passe dans les villes. Celui qui n’a pas oublié par exemple que la rue Delaisement, disparue aujourd’hui, faisait le lien entre Neuilly et Levallois, qui sait que telle bijouterie actuelle était une échoppe de livres en 1951, qui connaît dans le XIV° des maisons d’édition désaffectées, qui sont censées avoir disparu, mais qui conservent encore une certaine activité. Ces dernières librairies sont un rempart, un refuge pour l’auteur. Modiano marche vite dans Paris et il en connaît bien les zones périphériques. Sur certains plans ont été conservés nombre de rues qui n’existent plus, rues fantômes qui sont la porte ouverte à son imagination.
Il rappelle l’anecdote qui est à l’origine de La place de l’Etoile, qui se passe en 1942. Modiano a demandé à quelqu’un : « Indiquez-moi la place de L’Etoile ». L’homme lui a désigné la côté gauche de sa poitrine, indiquant ainsi l’emplacement  de l’étoile jaune que furent contraints de porter les Juifs. La Place de l’Etoile symbolise ainsi l’honneur et le déshonneur.


le paris onirique de modiano

                                                                                       Le Paris onirique de Modiano

Modiano est cet écrivain de la rive droite devenu écrivain de la rive gauche, topographie correspondant à son parcours personnel. Le romancier est le spectateur de la vie des cafés, nombreux dans ses œuvres, lieux de passage où se font les rencontres, où se nouent les intrigues.

François Busnel lit alors une phrase à la page 168, qu’il trouve fantastique. Celle-ci dit qu’une ville, c’est une vie et que la forme d’une ville correspond à la forme d’une vie. Modiano ajoute que la ville de Berlin (ville natale de Margaret le Coz l'héroïne) l’a frappé parce qu’elle a grandi avec les gens de sa génération, celle de 1945, et les a accompagnés. La ville a voulu masquer les terrains vagues et essayer de mettre de l’ordre dans les marécages.

Dans L'Horizon, le père de Margaret Le Coz est présenté comme un auteur, dont le narrateur dit que c’était une erreur de jeunesse. Modiano précise, quant à lui, qu’il a commencé à écrire très jeune et qu’il essaie d’éviter de se relire. S’il a la sensation d’être la même personne, il n’en finit pas d’être le père et le grand-père de celui qu’il a été.

Il ajoute que son premier livre aurait pu être autre chose et qu’il aurait voulu écrire une histoire d’amour comme Le Diable au corps, et que l’on regrette toujours. Il dit encore qu’on écrit des livres parce qu’on n’est pas content du précédent et que c’est une sorte de fuite en avant.

Cette fuite en avant conduit-elle Patrick Modiano et ses personnages vers un nouvel horizon ? C’est ce que laisse entendre la dernière phrase du roman : « Il lui semblait atteindre un carrefour de sa vie, ou plutôt une lisière d’où il pourrait s’élancer vers l’avenir. Pour la première fois, il avait dans la tête le mot : avenir, et un autre mot, l’horizon. Ces soirs-là, les rues désertes et silencieuses du quartier étaient des lignes de fuite, qui débouchaient toutes sur l’avenir et l’HORIZON. »


                                                           modiano 2
 
                                                                                                     Les escaliers du Vert-Galant, Le Paris de Modiano,
                                                                                                                                   Philippe Loparelli




Lundi 29 mars 2010

 

 

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25 mars 2010 4 25 /03 /mars /2010 18:29

                                                                                   Dans le cimetière les tranchées sont creusées au milieu

 

Dans le carnet de poésie de ma grand-mère, j’ai trouvé ce sonnet en alexandrins, recopié (ou plutôt copié) à l'encre noire sur un feuillet  libre, apparemment arraché à un autre livret, car les bords en sont finement dentelés. Il est comme écrit à la hâte, dans une sorte d’urgence fiévreuse à dire l’horreur, exprimée par les nombreux enjambements.

Son titre « Après la bataille », m’a évidemment fait penser au poème de Victor Hugo, dans La Légende des Siècles et qui porte le même titre. Le poème de ce dernier évoque la figure du général Hugo, lors de l’avancée des troupes françaises pendant la guerre d’Espagne. Poème célèbre par sa dramatisation et son art du récit, dans lequel le fils poète exalte le souvenir du père illustre, qui donne à boire au soldat « mort plus qu’à moitié » qui le vise au front. Tout le monde a en mémoire le dernier vers :

« Donne-lui tout de même à boire », dit mon père. »

Ici, le sonnet a une tonalité beaucoup plus tragique (proche peut-être du Dos de mayo peint par Goya qui y stigmatise les exactions des Français) et se clôt sur un vers empreint de mysticisme.

J’ignore à qui appartiennent les initiales A. V. écrites à la fin du texte, mais c’est sûrement quelqu’un qui a vu de près le spectacle horrible de la guerre. Peut-être est-ce même un soldat qui a participé à cette phase de ce que les historiens de la Grande Guerre ont appelé la guerre de position, qui fait suite à la guerre de mouvement de 1914. Au mois d’octobre de cette même année, après avoir occupé Lille, les Allemands sont arrêtés à Vimy lors de la bataille de l’Artois mais ils ont détruit le beffroi d’Arras.

Le 9 mai 1915, c’est la prise de la Targette à Neuville-Saint-Waast dans le Pas-de-Calais, village qui sera totalement détruit. La division marocaine réussit alors une percée sur la crête de Vimy. La situation décrite dans le poème est celle de l’Armée française avant qu’elle ne se lance dans la Deuxième Bataille de l’Artois et ne soit arrêtée à Lorette. Neuville-Saint-Waast ne sera dégagée qu’au mois d’octobre.

 

J’ai recopié le poème tel qu’il se présente, en respectant les majuscules, l’orthographe et la ponctuation employées.

 

Neuville Saint Waast- Sonnet- 12 mai 1915.

 

Après la bataille

 

La route, entre deux rangs d’arbres

                                       [déchiquetés

longe les murs béants d’un verger. La mitraille

a d’informes monceaux de pierre et de

                                                  [ferraille

Jonché le sol meurtri des jardins dévastés

                       -------

Tout fume encor ; du fond des boyaux empestés

Monte un affreux relent de mort et de

                                                  [bataille

Les cadavres gisants (un surtout qui vous

                                                            [raille

En un rictus hideux, pêle-mêle jetés

                      -------

Un chemin creux, au fond l’enclos du

                                             [cimetière

Au revers des talus, dormant dans la

                                             [poussière

les vainqueurs effondrés sur les corps

                                         [des vaincus ;

 

Parfois le sifflement d’un obus, un cratère

qui s’ouvre, et le couchant qui nimbe de lumière

la face en pleurs du Christ et ses bras étendus

 

                                                 A.V.

 

Les combats eurent lieu dans le cimetière lui-même (ainsi que le montre la photo), ce qui explique la présence d’un Christ "aux bras étendus", mais en même temps confère au poème toute sa portée symbolique.
Actuellement, le cimetière de La Targette à Neuville-Saint-Waast s’étend sur 44 525 m2.
12 210 corps y sont inhumés, dont 11 443 Français...

Je pense avec émotion à l’inconnu qui a pris la plume pour témoigner du scandale de la guerre et à ma grand-mère qui a conservé avec soin dans son carnet ce papier plié, sur lequel son nom est écrit au crayon de bois, preuve que ce poème lui était bien destiné.



Après la bataille 2


Pour le Jeudi en Poésie de Brunô
Jeudi 25 mars 2010

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24 mars 2010 3 24 /03 /mars /2010 12:00

 

Le noyer 3

  Le noyer devant ma fenêtre au petit matin, Hiver 2009.


J’aimais le noyer devant ma fenêtre

J’aimais le noyer diseur de saisons

Pigeons et ramiers en étaient les maîtres

Et chaque matin trillaient leur chanson

 

J’aimais le noyer et ses oraisons

J’aimais le noyer aux branches ouvertes

Au soleil au vent aux pluies aux frissons

Fièrement planté sur un petit tertre

 

J’aimais le noyer et ses frondaisons

J’aimais le noyer et ses feuilles vertes

Le chien des voisins y dormait en rond

Les poules bavardes y levaient la tête

 

J’aimais le noyer aux cerneaux ridés

J’aimais le noyer aux noix d’huile douce

Dont le goût suave vibrait le palais

En éclatement de sensations rousses

 

J’aimais le noyer au soleil couchant

J’aimais le noyer en ombre chinoise

Brindilles et feuilles doucement bruissant

Fragiles dessins sur les toits d’ardoise

 

Je pleure un noyer sanglotant sa sève

Je pleure un noyer perclus de douleur

Il était pour moi une porte au rêve

Le temps de ses branches y sonnait les heures

 

Je pleure un noyer devant ma fenêtre

Je pleure un noyer tronc décapité

Toujours érigé en songe peut-être

Un printemps prochain je le reverrai




Mercredi 24 mars 2010 

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23 mars 2010 2 23 /03 /mars /2010 08:52

4

Entre les murs dressés de l’ancienne maison

Epaisse forteresse

Les strates invisibles du silence

Reposent

Dans les interstices du temps

 

Prêter l’oreille

 

 Autrefois


Entendre
L’interruption orante

Sur les tomettes rouges et inégales

De l’abbé qui achève

Ses pater et ses ave

Au sein du presbytère
Deviner

Le mutisme des étoiles

Sur le vieux bassin de pierre

Quand se taisent

Le caquetage des poules

Et le cri des servantes

Dans le relais de poste

Lire

Aux replis secrets du parquet

De la maison commune

Les serments échangés

Des amants qui dansent

Au son des violons

 

Maintenant

Rêver 
A la tranquillité ailée

Des hirondelles au nid

Sous le grand porche rond

Humer
Le soupir aux senteurs de toison

Des moutons ne bêlant plus

Dans le pré au fond du jardin

Vibrer
Aux intermittences roucoulées

Deux longues une brève

De la tourterelle ivre

Au-dessus de la cheminée

Respirer
La pause odoriférante

Quand l’abeille gourmande

S’envole bourdonnante

Du rosier Pierre de Ronsard

Frissonner 
A l’arrêt soudain

De la chouette aveugle

Marcheuse sous le toit pointu

 

Toujours

Ecouter

Le sommeil des sons

L’accalmie des bruits

Ouïr 
L' âme aux aguets

Les instants en suspens

Habitants du silence



Mardi 23 mars 2010

Papierlibre.over-blog.net
Thème : Le silence 

 

 

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21 mars 2010 7 21 /03 /mars /2010 08:48


Moi petite 2


katrina cyclone

Prénom aux vents rageants

Cyclones ouragans

Nuages tournoyants

De tous les cataclysmes

 

Katrina Catarina


au sud de catharina

Prénom mystérieux

Girant au fond des cieux

Minéraux des plus vieux

Filants astéroïdes

 

Katharina Katja Kathryn Catalina


katyusha 2   

Prénom de violence

Qui des roquettes lance

Arme de la démence

Des orgues de Staline

 

Katioucha


Catharina la mégère 


Prénom d’une mégère

Une femme en colère

Qu'un Petruchio de fer

A su apprivoiser

 

Catharina Catheau

 LES-HAUTS-DE-HURLEVENT--1939-.2

Prénom d’un beau roman

Des éternels amants

Errant dans Hurlevent

Une mère et sa fille

 

Catherine Earnshaw Cathy Linton


catherine crachat 


Prénom de cette fille
 

Star que l’on maquille

Celle dont les yeux brillent

Sous la lune d’argent

 

Catherine Crachat

 Catherine de Medicis


Prénom d’une Italienne

Qui de France fut reine

Chantant la noire antienne

De saint Barthélémy

 

Catherine de Médicis


catherineII russie 2 


Prénom d’une Allemande
Une âme de légende

Devenue la très grande

Tsarine de Russie

 

Catherine II de Russie


 catherine décapitée


Prénom ensanglanté

Sainte martyrisée

Reines décapitées

Aika la torture

 

Catherine d’Alexandrie

Catherine Howard

Catherine Parr


 catherine dessin


Toi femme qui fulgures

Au sein de la souillure

Que l’amour transfigure

Katharos la pure

 

Pour Les Mots de Tête de Brunô, n°25 

Votre prénom
1) Recherchez et publiez en tête de votre article
une photo de vous à l'âge de 1 an à 2 ans maxi.
2) Ecrivez un texte court autour de votre prénom.

Dimanche 21 mars 2001.

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18 mars 2010 4 18 /03 /mars /2010 18:39


P1010266

Dans le carnet de poésie de ma grand-mère, j’ai découvert ce poème, écrit de sa main au crayon de bois, d’une élégante écriture remontant vers la droite. Les initiales de la signature  (celle du prénom de ma grand-mère, Yvonne, et celle du prénom de son mari, Edouard, suivies de l’initiale de leur patronyme) y apparaissent à l’encre bleue, au stylo plume.

Les pages de la fin du carnet étant quasiment collées, je n’avais jamais vu ce texte ! Il semble avoir été écrit sous le coup d’une inspiration soudaine,  après peut-être une promenade sur la digue éventée de Malo-les-Bains.
Ce sont trois quatrains de trois tétramètres (malgré un pentasyllabe à la deuxième strophe), ponctués par un trisyllabe ou trimètre, aux rimes suivies. Pour dire un spectacle qui lui était familier, ma grand-mère a su trouver un rythme qui convient bien aux sautes d’humeur de la Mer du Nord.

 

 

 

 

La Mer du Nord

 

Les flots méchants
Aux tons changeants

Comme l’opale

… Elle râle

 

Teinte en vermeil

Par le clair soleil

Qui l’enchante

… Elle chante

 

D’un bleu d’azur

Sous le ciel pur

Calme et sans lie

… Elle prie.

 

Y E D




 

Digue de Malo les bains






Pour le Jeudi en Poésie de Brunô.
  

Jeudi 18 mars 2010.

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16 mars 2010 2 16 /03 /mars /2010 16:01

Ces quatre quintils, dans lesquels trois rimes alternent avec deux rimes, recopiés dans le carnet de poésie de ma grand-mère, sont datés du 05 mars 1915. Le 03 août 1914, l'Allemagne a déclaré la guerre à la France. Le 13 janvier 1915, contre l'avis du maréchal French et de Joffre, Churchill et le conseil de guerre ont décidé l'opération navale des Dardanelles, qui subira un cuisant échec le 18 mars 1915. En avril commencera l'offensive française à l'est sur la Meuse et la Moselle et les Allemands emploieront pour la première fois des gaz asphyxiants à Langemack, au nord d'Ypres, en Belgique.
Le poème n'est pas signé. Devant la date, on peut lire  l'abréviation du lieu de création, "Copp.". Je pense qu'il s'agit de Coppenaxfort, village du Nord où était située la propriété familiale de mon grand-père, alors sous les drapeaux.  Il échappera miraculeusement à la mort lors de la bataille de Verdun. Je crois me rappeler que lui-même m'a raconté que la balle qui aurait dû le tuer a ricoché sur le portefeuille qu'il portait sous son uniforme. 
Mon père était né en 1911 et j'imagine que ce texte a pu être écrit par mon grand-père à l'intention de son épouse, au cours d'une de ses permissions. On y perçoit la douleur de la séparation, la persistance dans la mémoire de l'image de la femme aimée, le souvenir des serments échangés, l'expression d'un amour véritable, "si tendre et si rêveur". Et j'aime que ce poème mélancolique, recopié aux débuts d'une guerre qui sera longue, s'achève sur le pronom personnel "Nous", écrit avec une majuscule.



P1000343P1000344-1





























J'écouterai toujours, même [quand le destin
M'aura trahi, vibrer le murmure [incertain
De ta voix dans mon coeur... Je [suivrai son sillage
Dans une silhouette imprécise [au lointain
Que mon rêve fera fera  sa plus [vibrante image.

Je chercherai tes yeux aux [braises du foyer
Qui brûleront ma chair bien [moins que ta caresse !
Je sentirai passer, comme un [parfum d'ivresse,
Dans l'air triste du soir que l'ombre va noyer,
Ton haleine de fleur, ton charme de déesse.

Et je retrouverai ton amour et ton coeur
Dans mon coeur désolé de sa longue souffrance.
Je redirai les mots d'immortelle espérance
Que tu savais trouver, exquise de ferveur,
Pour dire notre amour si tendre et si rêveur.

Et quand tu songeras, plus tard, à la folie
De nos espoirs déçus, de nos serments si doux
Tu ne sauras jamais dans ta mélancolie
Que je rêve de toi toujours, ô ma jolie !
Et que mon rêve encor, c'est notre rêve à Nous.

Copp. 5 Mars 1915







Coppenaxfort

Mardi 16 mars 2010

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14 mars 2010 7 14 /03 /mars /2010 15:23

ile-maurice-009.JPGPointe aux Piments, Lundi 01 mars 2010.

1

Aimes-tu les jours d'or dénués de mystère,
Les rayons alourdis desséchant les rameaux,
Et sous un morne ciel que jamais rien n'altère
La campagne immobile en sa robe d'émaux ?

P1000900.JPGMariage indien, Jeudi 04 mars 2010.

Viens, la sombre varangue embaume et fera taire
Dans mon coeur anxieux la voix des anciens maux,
Viens, ta bouche est la source où je me désaltère
Et tes seins sont pour moi comme deux fruits gémeaux
.


P1010148Filao, Pointe aux Piments,
Dimanche 07 mars 2010.

Aimes-tu mieux la nuit ? Sous les filaos grêles,
Où l'ombre a fait tarir le chant des tourterelles,
Des rayons filtreraient sur nous comme des pleurs.

P1000870.JPGDécoration florale, Vendredi 05 mars 2010.

J'aime à t'entendre dire une vieille berceuse,
Et l'heure coulerait comme une eau paresseuse
Au parfum des prochains gérofliers en fleurs
.

2

P1000779.JPGFleur dans le jardin de la Maison Eurêka,
Jeudi 04 mars 2010.

De l'impassible ciel, toujours, toujours pareil,
Les brises, comme les oiseaux, sont envolées ;
Et d'inutiles fleurs, d'aucune aile frôlées,
Dorment dans l'air pesant leur lumineux sommeil.

ile-maurice-116.JPGLe bassin des lotus dans le jardin de Pamplemousses,
Mercredi 03 mars 2010.

Il faut avoir connu tes splendeurs désolées,
O monotone ciel, ô voûte de vermeil,
Et le spleen que déverse un éternel soleil,
Pour savoir tout le prix qu'ont les terres voilées.

P1010075.JPGVue des hauteurs de Chamarel,
Samedi 06 mars 2010.

Là-bas où les coteaux ont des formes de seins
Et se couvrent au soir de robes transparentes,
Des cygnes noirs et blancs nagent dans les bassins
.

maurice-suite-022.JPGLes sept terres de Chamarel,
Samedi 06 mars 2010.

Un ciel pâle s'y mire, et les vapeurs errantes,
Et les peupliers longs que septembre a rouillés ;
La nuit prochaine endort l'odeur des foins mouillés
.

 3

En vain brillent les eaux, pour qu'il s'y désaltère,
Moloch féroce boit les larmes des forêts.
L'île chaude sous lui fume comme un cratère,
Les oiseaux se sont tus dans les arbres retraits.

ile-maurice-345.JPGHauts de Chamarel, cascade,
Samedi 06 mars 2010.
 
Mais loin du ciel grisâtre et de la morne terre
Les murs gardent encor des repaires discrets
Où le sommeil pour l'homme évoque avec mystère
L'essaim silencieux des rêves aux doigts frais.

P1000945.JPGDanseuse indienne,
Jeudi 04 mars 2010.

Et déjà vient le soir parmi les aromates.
Arrachant sa chair brune à la fraîcheur des nattes,
Dans son voile éclatant, comme une longue fleur.

P1000948.JPGDanseuse indienne,
Jeudi 04 mars 2010.

Djalia s'est dressée et fait tinter ses bagues,
Tandis que les rayons du soleil qui se meurt
Allument une flamme à ses prunelles vagues.

Paul-Jean Toulet,
Vers inédits, III, Sonnets exotiques,
Ile Maurice, 1888.


Dimanche 14 mars 2010.

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13 mars 2010 6 13 /03 /mars /2010 16:45

 

Paul-Jean-Toulet-2.jpg


Paul-Jean Toulet (1867-1920) est un poète méconnu que l’édition de ses Œuvres  complètes chez Robert Laffont, en juin 2009, va, on l’espère, contribuer à sortir de l’oubli. Son nom demeure essentiellement attaché à ses Contrerimes, recueil publié en 1921, peu après sa mort, et qui comporte aussi des Chansons (dont la célèbre « Dans Arles, où sont les Aliscams »), des Dixains et des Coples (pièces courtes de deux à quatre vers).

« En feuilletant les pages de ce livre de poèmes qui, dès sa publication, valut à Toulet une gloire entre toutes authentique, on s’aperçoit que les « contrerimes » proprement dites sont au nombre de soixante-dix. Il faut entendre par « contrerimes » des quatrains aux vers alternés de huit et six [syllabes], mais dont les rimes s’embrassent. » (Ph. C.)

Pierre-Olivier Walzer définit ainsi  ce procédé prosodique, au jeu de rimes assez rare :  « La contrerime est cette pièce formée le plus souvent de trois quatrains, construits d’après le schéma : 8-6-8-6 rimant a b b a, de sorte que le grand vers rime avec le petit, ce qui donne à la strophe un élan et une rapidité impossible à atteindre dans une strophe aux vers égaux. »
Michel Décaudin précise que c’est « un système d’une science exquise, avec ses deux octosyllabes et ses deux hexasyllabes alternés, rimant « à contre-longueur » [selon l’expression même de Paul-Jean Toulet] : en vingt-huit syllabes se superposent deux schémas légèrement décalés l’un par rapport à l’autre, l’ordre des vers étant a b a b et celui des rimes a b b a ; il en résulte une allégresse de la démarche qu’accentuent encore la brièveté des pièces, l’usage du rejet et celui de l’ellipse. »  Le trait marquant de la poésie de Toulet est ainsi sa concision, aucune pièce du recueil ne dépassant trente-six vers.

« Système d’une parfaite précision qui se fonde sur un principe d’indétermination, lui-même soigneusement contrôlé », ce rythme subtil fut employé notamment par Leconte de Lisle pour conférer aux poèmes une touche d’exotisme. Cette forme rigoureuse marque par ailleurs un retour à un certain classicisme, dans le souci de se préserver des élans passionnés du cœur, en masquant avec pudeur sa souffrance. »  L’hexasyllabe, fréquemment introduit par un relatif ou une préposition, vient comme l’écho étouffé d’une sensation ou d’un souvenir.

Les premières « contrerimes » de Paul-Jean Toulet paraissent en 1910 et lui valent alors d’être reconnu dès 1913 comme le chef de file des poètes dits « fantaisistes », tels Tristan Derême, Jean-Marc Bernard ou Francis Carco.

 

 

P1010166.JPG

Coucher de soleil sur la pointe aux Piments,
Dimanche 07 mars 2010.

Toi qu’empourprait l’âtre d’hiver

Comme une rouge nue

Où déjà te dessinait nue

L’arôme de ta chair ;

 

Ni vous, dont l’image ancienne

Captive encor mon cœur,

Ile voilée, ombres en fleurs,

Nuit océanienne ;

 

Non plus ton parfum, violier*

Sous la main qui t’arrose,

Ne valent la brûlante rose

Que midi fait plier.

 

 

*Nom vulgaire des giroflées.

 

II

 

  ile-maurice-007.JPG

A la nuit tombante, Pointe aux Piments,
Lundi 1er mars 2010.
 

O mer, toi que je sens frémir

A travers la nuit creuse,

Comme le sein d’une amoureuse

Qui ne peut pas dormir ;

 

Le vent lourd frappe la falaise…

Quoi ! si le chant moqueur

D’une sirène est dans mon cœur-

O cœur, divin malaise.

 

Quoi, plus de larmes, ni d’avoir

Personne qui vous plaigne…

Tout bas, comme un flanc qui saigne,

Il s’est mis à pleuvoir.

 

IX


P1000495.JPGCasuarinas ou filaos, Pointe aux Piments,
Mardi 02 mars 2010.
 

Molle rive dont le dessin

Est d’un bras qui se plie,

Colline de brume embellie

Comme se voile un sein,

 

Filaos* au chantant ramage-

Que je meure et, demain,

Vous ne serez plus, si ma main

N’a fixé votre image.

 

*Synonyme de casuarina, arbre qui pousse

sur les côtes de l’île Maurice.

 

XLV

 

P1010161.JPGCoucher de soleil, Pointe aux Piments,
Dimanche 07 mars 2010.

Douce plage où naquit mon âme ;

Et toi, savane en fleurs

Que l’Océan trempe de pleurs

Et le soleil de flamme ;

 

Douce aux ramiers, douce aux amants,

Toi de qui la ramure

Nous charmait d’ombre, et de murmure,

Et de roucoulements ;

 

Où j’écoute frémir encore

Un aveu tendre et fier-

Tandis qu’au loin riait la mer

Sur le corail sonore.

 

XLVI




Samedi 13 mars 2010. 

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13 mars 2010 6 13 /03 /mars /2010 11:15


île maurice 244
Dans une rue de Port Louis, Ile Maurice,
Jeudi 04 mars 2010.

Elle est noire, c'est vrai. Corail ni jameroses*
Ne rient dans sa figure, ou l'or non plus des blés.
Mais, les charbons sont noirs comme elle. Allume-les :
On dirait un buisson de roses.

* Fruit du jamerosier ou jambosier, petit arbre à grandes fleurs, originaire de l'Inde,  
dont les fruits sont de grosses baie rouges sentant la rose.
On les utilise comme fruits de table ou pour préparer des boissons rafraichissantes.

LXI

maurice suite 017
La terre aux sept couleurs de Chamarel, sous la pluis tropicale,
Samedi 06 mars 2010.

Des bords du canal noir où tu quittas ton linge,
Le noir tchocra* te guette avec des yeux luisants,
Floryse. Au loin blanchit la mer sur les brisants,
Parfois sur Chamarel** on voit passer un singe.

* On désigne de ce nom un domestique, un groom, à l'île Maurice et à la Réunion.
** Au sud-ouest de l'île Maurice, terre dite "aux sept couleurs",  de l'orange au violet
en passant par l'ocre.

LXIX

île maurice 022
Pointe aux Piments, la mer devant la fenêtre,
au matin du mardi 02 mars 2010.

Nous fumâmes toute la nuit. Puis un boy vint
Pour ouvrir la fenêtre. Une aurore embaumée
Entra, chassant la nuit, les rêves, la fumée.
- "Une encor, dit Scilla. Ca fera juste 20."

LXXXIII


Ces quatrains sont extraits de Coples, pièces courtes de deux à quatre vers,
qui appartiennent au recueil Contrerimes.


Samedi 13 mars 2010.

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Des blancs ruisseaux de Chanaan

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