Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
5 février 2010 5 05 /02 /février /2010 19:46

20081203-Opera_Comique-Dido_and_Aeneas.jpg

 

Lundi 01 février 2010, ARTE diffusait Didon et Enée d’Henry Purcell, enregistré à l’Opéra-Comique en décembre 2008. La mise en scène de Deborah Warner, la direction de William Christie, l’interprétation des chanteurs, particulièrement celle de Malena Ernman (Didon) et de Hilary Summers (la reine des sorcières), ont rendu accessible cet opéra, considéré comme le véritable premier opéra anglais et un des sommets du répertoire baroque.

C’est un opéra en trois actes d’Henry Purcell, compositeur anglais, qui suscite encore beaucoup de questions à propos de son origine. Si tous sont d’accord pour reconnaître en Nahum Tate, dramaturge et poète irlandais, le librettiste, qui s’est inspiré du Livre IV de l’Enéide de Virgile, certains affirment que cette œuvre trouve sa source dans Vénus et Adonis, un masque pour le divertissement du roi, composé en 1683 par le maître de Purcell, John Blow. Il nécessite en effet  le même nombre de chanteurs que pour Vénus et Adonis et un nombre identique de solistes. On pense que, probablement, les chanteurs endossèrent des costumes similaires à ceux qui avaient été portés par la troupe de John Blow. L’opéra aurait été créé vers 1683-1684 au Whitehall de Charles II ou dans les appartements de Windsor. A l’appui de cette thèse, l’absence de musique dans les copies de partition retrouvées, de plusieurs parties du livret imprimé (par exemple il manque la musique d’un important prologue allégorique). Avant décembre 1689, c’est une adaptation de Didon et Enée qui aurait été adaptée et présentée par la Boarding School for Young Ladies et Gentlewomen of Josias Priest.
D’autres pensent que l’œuvre naquit au printemps 1689. Nahum Tate, qui devint plus tard poet laureate, aurait alors adapté pour le livret sa première pièce, Brutus d’Albe ou les Amoureux enchantés, représentée en 1678. La reine de Syracuse et Brutus seraient redevenus les personnages de Didon et Enée, que Tate avait créés au départ. L’opéra aurait été représenté pour la première fois en 1689 à la Boarding School, à Chelsea. Le livret d’opéra débutait par un long prologue, mettant en scène Phoebus et Vénus. En fait le manuscrit de Purcell a disparu ; une copie de la partition du milieu du XVIII° siècle est incomplète, le livret avec son Prologue étant plus long que la musique et ne mentionnant pas l’orchestration. Quant à la version de 1785, elle fut découverte en 1961. Notons que Didon et Enée est un opéra très court (65 minutes) : certains passages en ont été perdus et il était certainement représenté avec d’autres pièces théâtrales et musicales.


Didon-samacchini.jpg

                                  Mercure ordonne à Enée d'abandonner Didon, Samacchini Orazio. 

Si le livret de Nahum Tate n’est pas d’une grande qualité littéraire, c’est cependant la musique de Purcell qui en fait un chef-d’œuvre. La partition est écrite pour quatuor à cordes (violon I, violon II,  2 altos). Pour le continuo, on trouve un violoncelle, une viole de gambe, un théorbe et un clavecin. L’accent est mis sur les parties vocales, doublées le plus souvent par les instruments. Les morceaux des sorcières sont remarquables. Chantés de façon nasalisée, ils confèrent à la partition une originalité et un aspect comique, surprenant pour un opéra baroque classique. La spontanéité de l’inspiration mélodique, la concision et l’équilibre de l’œuvre, la grande variété des moyens dramatiques sont bien les éléments qui permettent à l’expression
d’atteindre à une vérité intense, notamment dans les arias.

La distribution est la suivante :

Didon, Reine de Carthage : soprano ou mezzo.

Enée, Prince troyen : ténor ou baryton léger.

Belinda, confidente de Didon : soprano.

Seconde suivante : soprano.

Magicienne, reine des sorcières : soprano.

Première sorcière : Soprano.

Seconde sorcière : soprano.

Un esprit (sous les traits de Mercure) : contre-ténor ou contralto.

Un marin : ténor.

Chœur de courtisans et de marins.

Chœur de sorcières.

On connaît l’argument. L’action de l’acte I se situe à Carthage au palais de la reine Didon. La reine aime en secret Enée, le roi troyen, mais craint de décevoir son peuple en en faisant l’aveu (C’est l’aria : « Ah Belinda, I am prest with torment »). Belinda, sa confidente, l’invite dans un aria (« Shake the cloud off your brow ») à retrouver le sourire en lui suggérant d’épouser Enée. Le fils d’Anchise et Didon succombent à l’amour.

Dans l’acte II, à la scène 1, l’action a pour décor une caverne. La reine des sorcières, qui hait la reine de Carthage, ourdit un plan pour qu’Enée l’abandonne. Un de ses « lutins » doit prendre la forme de Mercure et l’enjoindre à retourner en Italie, selon les vœux de Jupiter. Les sorcières se réjouissent de ce complot dans un duo (« But’ere we this perform. »). La scène 2 se déroule dans une forêt où Didon et Enée jouissent des plaisirs de la chasse. Un orage éclate, créé par les sorcières, et la compagnie se presse de rentrer à la ville. Enée resté seul entend l’Esprit, qui a pris la forme de Mercure, lui dire qu’il doit se rendre « sur les rivages de l’Hespérie  et rebâtir Troie détruite », c’est-à-dire y fonder l’empire de Rome.

L’acte III, dans le port de Carthage, voit les marins préparer le départ (« Come away fellow sailors !). Enée annonce à Didon qu’il doit la quitter sur les ordres de Jupiter. Devant cet abandon, elle le rejette tandis qu’il affirme sa volonté de braver les dieux en demeurant auprès d’elle. Elle le repousse définitivement et il s’en va. Elle se donne la mort et, dans le célèbre lamento (When I am laid in earth »), prie Belinda de se souvenir d’elle mais d’oublier son destin.

didon-rubens.jpgLa mort de Didon, Pierre-Paul Rubens. 


La mise en scène est de Deborah Warner, familière du théâtre shakespearien, qui travailla en résidence à la Royal Shakespeare Company et fut associée au Royal National Theater de Londres. Elle est soutenue par le chœur des Arts Florissants et un orchestre bien étoffés, que William Christie oriente vers une interprétation généreuse.

La musique du Prologue a disparu mais le texte de Nahum Tate, trois poèmes sur le thème d’Echo et Narcisse, subsiste. L’actrice Fiona Shaw, vêtue d’un jean et d’un justaucorps de cuir, les déclame avec vitalité et enjouement.

Le décor tend à l’épure. Il est constitué d’un plateau carré en surélévation, avec, au fond, des éléments qui peuvent se superposer dans un éclairage subtil (vergues de bateau, façade classique, feuillage tombant des cintres en cascade, rideau formé de chaînettes d’argent). Dans la scène 2, celle des sorcières, un groupe de trois jeunes gens descend des cintres ; deus ex machina, image des esprits des airs peut-être ou de l’orage ?

Deborah Warner a associé robes à vertugadin, bottes et culotte XVII° pour les solistes et costumes sombres simplissimes pour le chœur. Les trois sorcières portent des culottes longues sous leurs robes noires. On s’étonnera peut-être de découvrir les envolées, les danses, les pirouette et les cris des petites collégiennes en uniforme, censées sans doute incarner les Demoiselles de Chelsea. Ce n’est pas forcément un choix des plus réussis !

Quant aux rôles-titres, si le visage de Malena Ernman est parfois un tantinet grimaçant, reconnaissons que, dans le lamento final, elle est absolument superbe de justesse et d’émotion. Christopher Maltman, à la voix puissante, plus en retrait, est cependant convaincant dans le rôle du prince troyen et le baiser échangé avec Didon à la fin de l’Acte I est des plus passionnés. Le timbre de Judith van Wanroij-Belinda est d’une grande clarté, juste contrepoint à la tonalité très basse de Didon. Quant à Hilary Summers, elle s’en donne à cœur joie dans le rôle de la reine des sorcières avec un abattage étonnant. Multipliant les grimaces, soulevant sa robe à la manière du French Cancan, fumant sans vergogne une cigarette, elle est un véritable personnage shakespearien dans l’outrance et la dérision.

Passés les premiers moments où ce mélange des genres, qu’on peut trouver facile, agace, on se laisse entraîner dans ce voyage à Carthage, qui nous rend plus proches les personnages mythiques. Et l’on se lamente avec Ausone, qui écrivait dans l'Epitaphe des Héros: « Pauvre Didon, nul époux ne t’a donné le bonheur. Celui-ci meurt, tu fuis ; celui-là fuit, tu meurs. »

Sources:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Dido_and_C3%86neas
http;//www.lamediatheque.be/travers_sons/op_pur01.htm
 

Didon Guerin

                                                                               Enée et Didon, Esquisse, P-N Guérin.




Vendredi 05 février 2010

Repost 0
Published by Catheau - dans Opéras
commenter cet article
5 février 2010 5 05 /02 /février /2010 09:41


marie-antoinette--a-la-Conciergerie.jpg 

"Mon Dieu, si nous avons commis des fautes, nous les avons certainement expiées aussi", déclarait Marie-Antoinette à ses derniers moments.

marie-antoinettebuste-conciergerie.jpg
A
utrichienne, Longue Silhouette aux Multiples Visages,


U
ltime Condamnée, Douloureuse Victime de L’horrible carnage,


Bafouée
Et Française dans la Rumeur Tremblante,

Pardonne Nos Offenses, Jeune reine Innocente.  

 

marie-antoinette-enfant.jpg                                                                                             marie-antoinette-en-blanc.jpg
MarieAntoinette-avec-ses-enfants.jpg

 

 

Pour Le Casse-Tête de la Semaine de Brunô.
Je vous indique les premières lettres de chaque mot.
A vous de composer, dans cet ordre,
un poème avec ou sans rimes.
Sujet libre.



Vendredi 05 février 2010

Repost 0
Published by Catheau - dans Poèmes
commenter cet article
3 février 2010 3 03 /02 /février /2010 19:12

le-carnet-de-bonne-maman.JPG 

 

J’ai reçu récemment en cadeau pour mon anniversaire un très joli carnet de cuir qui a appartenu à ma grand-mère. J’y découvre avec émerveillement les poèmes qu’elle recopiait de son élégante écriture à l’anglaise, poèmes désuets aujourd’hui, écrits par des auteurs qu’on ne lit plus guère, tels François Coppée, Sully Prudhomme, Marcelline Desbordes-Valmore. J’y contemple aussi de ravissants dessins ou pastels que lui ont dessinés Pompon ou le peintre valenciennois Maurice Ruffin et les artistes qu’elle recevait dans son salon.

Ainsi, le 27 juin 1904, bonne-maman a recopié à l’encre violette ce poème dont elle a séparé les strophes par un trait. Il est signé d'un certain Miquet ou Miguet. Mais peut-être est-ce une femme de ses amies...

 

Les trois oiseaux.

 

J’ai dit au ramier : « Pars & va quand même

Au-delà des champs d’avoine & de foin

Me chercher la fleur qui fera qu’on m’aime.

Le ramier m’a dit : « C’est trop loin ! »

-----------

Et j’ai dit à l’aigle : « Aide-moi j’y compte

Et si c’est le feu du ciel qu’il me faut

Pour l’aller ravir, prends ton vol & monte.

Et l’aigle m’a dit : « C’est trop haut ! »

----------- 

Et j’ai dit enfin au vautour : « Dévore

Ce cœur trop plein d’elle & prends-en ta part.

Laisse ce qui peut être intact encore. »

Le vautour m’a dit : « C’est trop tard! »

 

François Coppée


P1000335-1

Pour le Jeudi en Poésie de Brunô.
Jeudi 04 février 2010

Repost 0
3 février 2010 3 03 /02 /février /2010 10:52

Toa-grand.jpg

Sacha Guitry était appelé Monsieur Moâ. Il a répondu à cette critique : " Pauvres sots qui me reprochez ma façon de dire moi. Si vous étiez de mes intimes, vous sauriez comment je dis toi..."

Toute l’œuvre de Sacha Guitry (155 pièces !) n’est que variations sur l’essence du jeu théâtral. Mardi  02 février 2010, à la salle Beaurepaire de Saumur (le joli théâtre à l’italienne est en restauration), la jeune troupe de la Compagnie La Piccola Familia, emmenée avec virtuosité par son metteur en scène et acteur principal, Thoma Jolly (qui a monté la saison dernière Arlequin poli par l’amour de Marivaux), nous a donné à revisiter la pièce Toâ, comédie dans laquelle la mise en abyme est portée à son point d’excellence. Cette pièce, elle-même adaptée d’une œuvre antérieure intitulée Florence (1939), à l’origine du film éponyme (1949), fut créée par Guitry et Elvire Popesco au début des années 1940.

Thomas Jolly explique qu’il ne connaissait pas Guitry et que ses histoires de cocus, d'amants et de maîtresses volages ne retenaient pas son attention. Mais à un moment de sa vie, la pièce s’est trouvée en adéquation avec des questionnements personnels. S’il se faisait une « fausse » idée du dramaturge, sa rencontre avec lui l’en a vite détrompé. Il a été séduit par sa maîtrise de la langue et des dialogues : « C’est une langue vive, bavarde et luxuriante […] offrant à chacun des silences une épaisseur propre à la laisser résonner de toute sa densité […] bien loin de l’apparente légèreté dont on l’affuble […] », souligne-t-il.  Sa mise en scène, particulièrement intelligente, est véritablement au service de la redécouverte de cette parole inimitable.

L’intrigue met en scène un écrivain, Michel Desnoyers, partagé entre sa maîtresse Anna Ecaterina qui vient de le quitter(« il y a vingt minutes ! ») et une autre femme, Françoise de Calas, épouse de son meilleur ami, Fernand de Calas. En même temps, il écrit et fait jouer une pièce qui raconte sa propre histoire. Il y fait participer tout son entourage et même sa bonne Maria La Huchette.


Toa-Etoile.jpg
On assiste ainsi à la représentation, au cours de laquelle Ecaterina, assise au milieu du public, intervient pour s’insurger contre le fait que l’auteur utilise leur aventure amoureuse comme trame de l’histoire. Le décor est celui de l’appartement de l’écrivain, orné d'une orchidée, plante favorite d’Ecaterina et sa propre photo trône sur le bureau ! S’ensuit un dialogue où le dramaturge (et comédien) s’efforce de prouver à son ex-maîtresse que tout cela n’est qu’artifice, en-deçà du quatrième mur du théâtre. L’habileté diabolique de Guitry est portée à son comble puisque la pièce s’adapte en même temps à la représentation en cours  à Saumur : « Scandale à la salle Beaurepaire».

Le parti pris choisi par Thomas Jolly est très original. Refusant de jouer le vaudeville, façon "boulevard" à la française, il propose au spectateur une mise en scène burlesque (Thomas Jolly avatar de Buster Keaton?), réglée comme une chorégraphie, réglée au cordeau. Le décor à triple fond, signifié par un cadre blanc décoré de feuilles d’acanthe, créateur d’un espace de plus en plus réduit, met bien en relief les différents espaces théâtraux. Il permet de souligner aussi le temps de l'intrigue, celui de l'écriture de la pièce que Michel Desnoyers est censé écrire, celui de la représentation censée être jouée dans la pièce, celui encore de la représentation à laquelle assiste le spectateur. Vertigineuse mise en abyme qui brise le quatrième mur de la rampe. Quant au  rideau de scène, il est fait de légers cartons rouges qui s’effondrent au début et qui feront office d’accessoires.
Les six jeune comédiens, vêtus de noir et de rouge (et blanc pour Maria la bonne) s’en donnent à cœur joie. Se conformant aux didascalies de la voix off ou les détournant, les acteurs jouent tantôt comme des marionnettes avec une diction saccadée, tantôt retrouvent un jeu plus naturel en fonction des situations (notamment dans la scène très émouvante entre Ecaterina et Michel qui évoquent leur amour au cours d'un dîner). Une comédienne joue les utilités, incarne la voix off, joue le rôle du gendarme qui expulse Ecaterina de la salle, devient le double de Maria la bonne.


Toa-cocu.jpg
Les trouvailles scéniques abondent et sont pleines d’inventivité, qui permettent de jouer avec les codes de la représentation théâtrale, à commencer par la magistrale scène de ménage du début où, dans un ballet très synchronisé, quatre des six comédiens cassent des assiettes derrière un léger filet noir. On aimera aussi les escarpins à talons rouges qui font office de téléphone, la lettre d'amour volée qui s'affiche sur un écran, le pneumatique sous forme de vrai pneu, les quatre praticables recouverts d’un tissu blanc qui sont scène, bureau du maître, table de salle à manger ou placards qui affichent le scandale. Les changements, toujours impeccablement dirigés, s’opèrent à vue tandis qu’on entend des extraits d’émissions télévisées ou radiophoniques, choisis pour leur humour. Quant à la musique, violente au début, elle s’adaptera à merveille à l’évolution des personnages, à l’image de la métaphore de Michel Desnoyers, comparant son histoire d’amour aux différents mouvements d’un concerto.

L’ensemble est une formidable leçon de théâtre, d’autant plus que Thomas Jolly a inclus dans le spectacle des extraits d’enregistrement de la voix nasillarde, et reconnaissable entre mille, de Sacha Guitry, tel qu’en lui-même. A la fin, dans une demi-pénombre, les six jeunes comédiens, assis sagement sur des chaises alignées et les mains posées sur les genoux, écoutent avec gravité les conseils de jeu du Maître, Sacha Guitry, qu’ils miment par instant. Avec ce spectacle, Monsieur Moâ peut être rassuré : la relève est assurée. Et  avec quel brio !



Thomas-Jolly.jpg

 

Mercredi 03 février 2010

Repost 0
Published by Catheau - dans Théâtre
commenter cet article
2 février 2010 2 02 /02 /février /2010 11:40

Phèdre Acte II scène 5
Phèdre et Hippolyte (Phèdre, Acte II, scène 5, Jean Racine),
Illustration de Anne-Louis Girodet (1824).

Ô Phèdre la brillante

Toi fille de Minos

Et de Pasiphaé

Ton visage me hante

Ton nom me fait rêver

 

Ô Phèdre la démente

Toi la proie de Vénus

Victime désignée

La déesse méchante

Rien ne sert de prier

 

Ô Phèdre désirante

Envieuse d’Ariane

Qui sut le fil donner

En secourable amante

A Thésée en danger

 

Ô Phèdre la tremblante

Quand tu vis Hippolyte

Le fils de Thésée

Chasseur qui t’enchante

Et que tu vas aimer

 

Ô Phèdre l’hésitante

Jouet aux mains d’Oenone

Ta nourrice adorée

Aux paroles tentantes

Aux mots empoisonnés

 Phedre-Hippolyte-Pierre-Narcisse-Guerin.jpg

Phèdre et Hippolyte, Pierre-Narcisse Guérin (1815)

Ô Phèdre l’impudente

Jalouse d’Aricie

De ton beau-fils aimée

Cette vierge innocente

Que tu feras pleurer

 

Ô Phèdre l’indécente

Désirant Hippolyte

Violant le sacré

Il faudra que tu mentes

Au retour de Thésée

 

Ô Phèdre terrifiante

Vengeresse Erynie

Et reine bafouée

Pas un geste ne tentes

Pour sa mort éviter

 

Ô Phèdre repentante

Indigne d’Hélios

Tu aspires au secret

Et pleine d’épouvante

Ta mort vas rechercher

 

Ô Phèdre fascinante

Fille de l’Antiquité

Je ne peux oublier

Ton visage d’amante

Par l’amour sublimé


phedre-Dominique-Blanc.jpgDominique Blanc dans l'adaptation de Phèdre
par Patrice Chéreau



Le Casse-Tête de la Semaine : Thème : Mythes et Légendes.
Mardi 02 février 2010 

 

 

 

Repost 0
Published by Catheau - dans Poèmes
commenter cet article
1 février 2010 1 01 /02 /février /2010 23:48

La-Meditation-Puvis-de-Chavannes.jpg
Mes parents avaient de l’argent, ils voyageaient beaucoup et ils ne m’aimaient pas. Quand j’avais eu douze ans, ils m’avaient mise en pension dans un de ces internats religieux austères, dont la réputation n’est plus à faire, mais dénués d’âme. Derrières les hauts murs léprés de mousse, j’avais cru un temps trouver la chaleur humaine qui m’avait tant manqué. Cela n’avait été qu’un leurre de bien courte durée. Exacerbées par les privations, les brimades et l’isolement, les filles y étaient méchantes et perverses. Quant aux religieuses, visage mutique de sphinx, bandage blanc de momie, voile noire de veuve perpétuelle, elles avaient le cœur sec de celles qui n’ont jamais connu d’hommes. On les appelait « Madame ».

Dans ce désert de l’amour, mon unique refuge était la poésie. La nuit, quand Désirée, la vieille surveillante boîteuse, était passée dans le dortoir éteindre les lumières, je retirais avec précautions de dessous mon matelas les petits classiques Larousse beiges et violets. Dans le silence glacial de mon box, entrecoupé de toux maladives, de soupirs étouffés, de pleurs devinés, je lisais Lamartine et Hugo- seuls poètes du XIX° siècle autorisés par la mère supérieure- jusqu’à ce que, malgré moi, mes paupières s’alourdissent et se ferment. A la lueur vacillante d’une lampe-torche miniature, que j’avais dérobée dans la remise du jardinier, je m’enivrais des envolées lyriques des deux grands romantiques. Je rêvais que j’étais le lévrier qui regarde amoureusement Lamartine dans le portrait d’Henri Decaisne ; je m’imaginais entrant dans un salon au bras de Victor Hugo, tel qu’il apparaît, tout de noir vêtu sur le tableau en pied de Louis Boulanger. Et c’est ainsi que tous deux me sont demeurés en mémoire dans la beauté inaltérée de leur jeunesse.
lamartine-2-copie-1.jpg

Notre professeur de Français était une religieuse, jaune et squelettique, au visage d’ascète, dont le nom en religion était Madame Scolastique. Je ne sais si elle avait choisi ce prénom parce que Scholastique est la sœur de saint Benoît ou en souvenir de cette discipline enseignée au Moyen Age et dont Rabelais fustige la sclérose. Toujours est-il que ce nom lui convenait parfaitement ; son enseignement était rigide, sans aucune fantaisie, et il me semblait toujours qu’elle récitait une leçon.

Ce matin-là que je n’ai jamais oublié, nous devions dire à voix haute les seize quatrains du poème Le  Lac de Lamartine. J’avais appris ce texte dans une grande exaltation, emportée par l’expression de la passion du poète pour sa muse, Julie Charles, la belle créole morte phtisique à trente-trois ans. Je les avais imaginés enlacés sous les futaies des bois de Hautecombe, Lamartine souhaitant enclore l’instant éphémère de l’amour et disant à Julie :

- Ô ma bien-aimée, comme je voudrais retenir le Temps et jeter l’ancre sur l’océan de nos jours !

J’avais vibré avec lui dans l’intensité de sa brève idylle pour cette jeune femme mariée, à qui il avait évité la noyade dans le lac du Bourget. Et sans cesse je pensais à ce qu’il avait écrit : « J’ai sauvé une jeune femme qui se noyait, elle remplit aujourd’hui mes jours. » Quel serait celui qui viendrait remplir mes journées tristes et vides?

De son ton froid et sec, Madame Scholastique m’avait appelée sur l’estrade de bois. « Eichert ! Au tableau ! », m’avait-elle intimé en prononçant mon patronyme à l’allemande, ce qui avait fait ricaner toute la classe. On sentait là, dans cette manière insistante de me nommer, la rancune ancestrale du chrétien contre Judas et les traces mal effacées des pogroms du Vendredi Saint. Tremblante et heureuse à la fois de pouvoir dire à voix haute les vers harmonieux du poète de Milly, qui m’étaient entrés au cœur, j’entamai d’une voix ferme la première strophe :

Ainsi, toujours poussé vers de nouveaux rivages,

Dans la nuit éternelle emportés sans retour,

Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des  jours […]

Levant sa main de justice d’un geste agacé, Madame Scholastique m’interrompit de sa voix sépulcrale : - Reprenez, Eichert, vous avez commis une erreur !

Toute à ma récitation, je demeurai interdite, surprise de cette interruption que je ne comprenais pas. N’avais-je pas mis suffisamment le ton ? Avais-je parlé trop vite ? Avais-je fait une mauvaise liaison ? N’avais-je pas respecté le rythme des vers ? Les questions m’arrivaient en foule mais j’étais incapable d’y répondre. Je repris une respiration et recommençai, tandis que les filles de la classe pouffaient en se poussant du coude : 

Ainsi toujours  poussés vers de nouveaux rivages,

Dans la nuit éternelle emportés sans retour,

Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des jours […]

De nouveau la main squelettique s’éleva dans l’air chaud de la salle de classe en une arabesque souveraine :

- Décidément, Eichert, vous le faites exprès ! Que vous ai-je dit ?

- Vous m’avez dit, Madame, que j’avais fait une erreur.

- Oui ! Eh bien, l’avez-vous corrigée ?

- Je ne sais pas, Madame, je…

- Cela suffit, Eichert. Ne me donnez pas à croire que vous êtes stupide. Recommencez, je vous prie !

Mes certitudes commençaient à vaciller. Tandis que mon cœur battait la breloque, je sentis le rouge me venir aux joues, mes mains devenir humides, mes jambes se mettre à trembler. Une fille cria : - Alors, Eichert, tu la craches ta récitation ! Et les autres de rire grassement tandis que Madame Scholastique, de son ton doctoral, leur donnait l’injonction de se taire.

Dans le silence soudain revenu, je récitai les trois premiers vers pour la troisième fois, sans en changer un iota. Telle la statue du Commandeur, mon implacable professeur en voile et robe de serge noirs, se redressa de toute sa hauteur macabre :

- Eichert persiste et signe ! siffla-t-elle en me fixant de son regard de Méduse. Nous n’avons pas de temps à perdre avec une insolente ou une idiote ! Quel type de rimes Monsieur de Lamartine a-t-il utilisé ? J’attends !

- Il a utilisé des rimes embrassées, Madame, lui répondis-je en bredouillant.

- Eh bien ? Qu’en concluez-vous ?

J’étais dans l’incapacité totale de rien en conclure. Je ne voyais pas où elle voulait en venir et tout se brouillait dans ma tête. Comment Lamartine, l’amant d’Elvire que j’aimais tant, pouvait-il être aussi cruel avec moi ?

- Eichert a perdu l’inspiration, ironisa Madame Scholastique, tout en survolant de son œil de rapace la classe qui riait sous cape.

C’est alors que dans un mouvement aussi inattendu que violent, elle me tira par le bras, me fit agenouiller sans ménagements sur l’estrade de bois et de ses mains griffues comme des serres m’appuya fermement la tête sur la page jaunie de son livre de Littérature. – Lisez, Eichert, jeta-t-elle comme un oukase.

Les yeux brouillés par les larmes, clouée au pilori, j’ânonnai  avec difficulté ces vers que j’avais murmurés tant de fois avec ferveur et qui m’avaient trahie :

Ainsi toujours poussés vers de nouveaux rivages,

Dans la nuit éternelle emportés sans retour,

Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des AGES

Jeter l’ancre un seul jour ?

Dans le trouble, l’accablement, l’effondrement de tout mon être, les lettres du mot de la rime maudite se mirent à danser une folle sarabande devant mes yeux exorbités. Et dans un brouhaha chaotique, au milieu des gloussements et des rires, j'entendis Madame Scholastique déclarer avec emphase et méchanceté :

- Il vaut mieux lire et boire soi-même sa honte plutôt que de se l’entendre dire par autrui !

 lamartine-Chasseriau.jpg

                                                                                       Lamartine par Chassériau



Inclure l'expression "l'océan de nos jours" dans un texte (papierlibre.over-blog.net) 

Lundi 1er février 2010

Repost 0
Published by Catheau - dans Papier Libre
commenter cet article
31 janvier 2010 7 31 /01 /janvier /2010 15:55



les-yeux-des-bouleaux.jpgPromenade à Verrie, le 31 janvier 2010



Bouleaux blancs blafards

Aux yeux grand ouverts

Tout fardés de noir

Désespérément

Contemplent l'hiver



Le 31 janvier 2010

Repost 0
30 janvier 2010 6 30 /01 /janvier /2010 11:51

porte-bleue-copie-1.jpg

Porte dans un village d'Ardèche (2008) 


J’aurais aimé entrer

La porte était fermée

 

J’aurais aimé frapper

Or je n’ai pas osé

 

J’aurais aimé parler

Je suis resté muet

 

J’aurais aimé appeler

L’écho m’a répliqué

 

J’aurais aimé chanter

Le rythme était faussé

 

J’aurais aimé pleurer

Mes larmes étaient séchées

 

J’aurais aimé crier

Mais ma voix s’est cassée

 

J’aurais aimé hurler

Mon cri s’est étranglé

 

J’aurais aimé écrire

Les mots m’ont déserté

 

J’aurais aimé te dire

Que je t’avais aimée

 

Samedi 30 janvier 2010

Repost 0
Published by Catheau - dans Poèmes
commenter cet article
30 janvier 2010 6 30 /01 /janvier /2010 11:15

 

livre-ouvert.jpg

J’aurais aimé être

La fleur que tu cueilles

Et que tu effeuilles

 

J’aurais aimé être

Les pages du livre

Dont les mots t’enivrent

 

J’aurais aimé être

Le chien que tu dresses

Et que tu caresses

 

J’aurais aimé être

Cette  tendre épaule

Quand ta main la frôle


J’aurais aimé être

Celui qui est tien

Et je ne suis rien



Le thème de la semaine: J'aurais aimé être (Proposition de Lajemy Pour Le Casse-Tête de la Semaine)

Samedi 30 janvier 2010

Repost 0
29 janvier 2010 5 29 /01 /janvier /2010 10:16

franketienne-buste.jpg
Jeudi 28 janvier 2010, François Busnel organisait une Spéciale Ecrivains d’Haïti, à La Grande Librairie.


On y a vu et entendu les grands écrivains, haïtiens ou non, Dany Laferrière, Louis-Philippe Dalembert, Eddy Harris, Alain Mabanckou et de nombreux autres, tous unis par l’écriture et les mots pour soutenir Haïti, l’île martyrisée.

 

Mais s’il ne fallait retenir qu’une image, c’est celle de l’écrivain Frankétienne dans sa maison vacillante. Dans ce reportage, on l’y entendait évoquer le boa souterrain qui a tout dévasté et lire des extraits de sa pièce prophétique Le Piège. N’avait-il pas écrit le 10 novembre 2009 :


« La terre titube, la terre vacille, la terre vire et chavire en tressaillements de frayeur, en déraillements de terreur, dans le macabre opéra des rats […] effondrements des villes, des bidonvilles, des châteaux et des palais en hécatombe cacophonique. »


Et métaphore symbolique de la résistance culturelle des Haïtiens, l’image de la bibliothèque de Frankétienne, demeurée debout au milieu des gravats !


« La vie doit continuer et la création, comme dit Nietszche, par-delà les tombes, la création continue. » (Conversation entre Frankétienne et Philippe Bernard, le 25 janvier 2010, Etonnants Voyageurs).


Babylone-en-ruines-Gustave-Dore--Vision-de-saint-jean-.jpgBabylone en ruines (Vision de saint Jean), Gustave Doré

 

Vendredi 29 janvier 2010

Repost 0

Présentation

  • : Ex-libris
  • Ex-libris
  • : Un blog pour lire, pour écrire, pour découvrir et s'étonner. "La Vie a plus de talent que nous" disait Nabokov.
  • Contact

ex-libris

 ex-libris

 

Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons-nous d'ahan

Ton cours vers d'autres nébuleuses

 

La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

Recherche