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27 avril 2010 2 27 /04 /avril /2010 17:03

 

 

La glycine

 

Glycine au début de mai, 2009

 

Sur le mur de tuffeau la glycine a jailli

En flamboyant taillis

Odorant incendie

 

Luxuriance sucrée

Aux senteurs vanillées

Sur les branches pleurantes

En grappes cascadantes

Dans les profonds feuillages

Orageux palissage

Une poussée sauvage

En irradiances fauves

Violettes et mauve

 

Sur le mur de tuffeau la glycine a flétri

 

 

 

 

 

Mardi 27 avril 2010

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26 avril 2010 1 26 /04 /avril /2010 16:31

 

Laurent terzieff

 

Hier soir, les Molières 2010 ont récompensé pour la quatrième fois (1988 : Molière du metteur en scène pour Ce que voit Fox et 1993 : Molière du metteur en scène et Molière du Théâtre privé pour Temps contre temps) ) le grand comédien Laurent Terzieff. Il a en effet reçu le Molière du comédien pour deux rôles différents : L’Habilleur (2009) de Ronald Harwood, mis en scène par lui-même (Théâtre privé) et Philoctète (2009-2010) de Jean-Pierre Siméon d’après Sophocle, monté par Christian Schiaretti (Secteur subventionné). Et il a reçu le Molière du Théâtre privé pour L’Habilleur.

Tout en évoquant Roger Blin et Jean-Marie Serreau, compagnons de route de la première heure, il a souligné qu’il a toujours œuvré pour une mixité entre un certain théâtre privé et l’aide publique dont [il] dispose ». « Le théâtre n’est pas ceci ou cela, mais ceci et cela », a-t-il conclu.

 

terzief l'habilleur

Laurent Terzieff dans L'Habilleur

 

Cette récompense est l’occasion de revenir sur le parcours extraordinaire d’un fou de théâtre, qui, à 74 ans, n’a pas désarmé.

Fils d’un sculpteur russe, émigré en France lors de la Première Guerre mondiale, et d’une mère céramiste, originaire de la région de Toulouse, Laurent Didier Alex Terziev naît dans cette même ville le 27 juin 1935. Son enfance se passe dans les « odeurs de glaise, de plâtre, de poussière, de coups de marteau », milieu artiste, qui sera déterminant pour la formation de l’adolescent, lecteur de Dostoïevski et amoureux de poésie.

La représentation de La Sonate des Spectres de Strindberg, dirigée par Roger Blin, lui fait appréhender « quelque chose de la face invisible du monde et de sa rencontre avec sa face visible ». Il fera ses débuts en 1953 au Théâtre de Babylone de Jean-Marie Serreau dans Tous contre tous d’Adamov. Dès lors, sa vie sera tout entière vouée au théâtre.

C’est cependant le cinéma qui le fait connaître au public avec le film de Marcel Carné, Les Tricheurs, portrait de la jeunesse de la fin des années 1950.

 

terzieff les tricheurs

Laurent Terzieff dans Les Tricheurs

 

Il mènera un temps une carrière au cinéma jusque dans les années 1980, jouant sous la houlette des plus grands metteurs en scène, tels  Clouzot et Godard, en passant par Buňuel. Philippe Garrel, quant à lui, le dirige à quatre reprises, notamment dans Les Hautes Solitudes en 1974.

Sa silhouette longiligne, son visage émacié au regard fiévreux lui procurent des rôles singuliers. On se souvient du jeune homme « superbe », étudiant au regard vert, en quête de sens, dans Les Garçons de Bolognini (1959), film écrit par Pier Paolo Pasolini, qui fera de lui le Centaure dans Médée, avec Maria Callas. Sur un scénario du metteur en scène italien, il tourne Ostia de Sergio Citti. Il y joue le rôle d’un garçon qui se fait assassiner à coups de barre de fer, sur la plage d’Ostie, préfiguration de la mort de Pasolini, de la même façon, au même endroit.

 

terzieff 4

 

Il sera un danseur homosexuel dans Brother Carl de Susan Sontag en 1971 ou encore Amerling dans Le Désert des Tartares de Zurlini, d’après le roman de Dino Buzzati. Plus rare par la suite sur les écrans, il est l’interprète de Souvarine dans le Germinal (1993) de Claude Berri. Dans son Journal, (1987) Matthieu Galey n’écrivait-il pas : « Avec ses cheveux longs, romantiques, il a l’air d’un nihiliste égaré au XXe siècle » ? 

 

terzieff laurent jeune

 

Parallèlement, en 1961, au Lucernaire, il a créé avec Pascale de Boysson, sa compagne à la vie et à la scène, la Compagnie Laurent Terzieff, qui va marquer l’histoire du théâtre. Pour ses débuts de metteur en scène, il choisit La Pensée de Leonid Andreïev, un théâtre poétique, car il aime les poètes. Il dit à ce propos : « Pour moi, tout ce que nous vivons n’est qu’une partie de la réalité. L’essentiel nous est caché, ou encore caché, selon que l’on croit ou non à un au-delà de la vie. Par l’intuition poétique, il peut nous être révélé. Pour moi, le théâtre doit être un miroir de la réalité. Il doit refléter les deux éléments fondateurs de l’existence : le monde intérieur et le monde extérieur […] »

 

terzief studio harcourt 1959

Laurent Terzieff, Studio Harcourt (1959)

 

De Tête d’or (1959) de Paul Claudel, mis en scène par Jean-Louis Barrault  à Moi, Bertold Brecht (2002), en passant par Carlos Semprún, Claude Mauriac, Rainer-Maria Rilke, Slawomir Mroezek, Oscar-Venceslas de Lubicz-Milosz, Pirandello (le rôle de Henry IV !) et bien d’autres, sa curiosité inlassable aura

procuré au public de grandes émotions théâtrales.

 

terzieff laurent 01

 

Désireux, comme il le dit, d’ « expérimenter le goût de l’époque » et peu intéressé par la relecture des classiques, il va surtout contribuer à faire connaître en France le théâtre anglo-saxon, en adaptant et en mettant en scène Murray Schisgal, Edward Albee, T. S. Eliot, James Saunders. Successeurs de Beckett et Ionesco dans une veine renouvelée, ces dramaturges retiennent son attention car ils prennent en compte « l’homme jeté dans le monde et qui se bat avec la vie ».

 

terzieff dans philoctète

Laurent Terzieff dans Philoctète

 

En montant Meurtre dans la cathédrale de T. S. Eliot avec R. Hermantier, en 1995, il avait approché le genre de la tragédie. Ayant vu Oedipus rex de Bob Wilson et  souhaitant aborder la tragédie, il acceptera le rôle de Philoctète, adapté par Jean-Pierre Siméon, qui avait pensé à lui en l’écrivant. Selon le comédien, la tragédie grecque, « c’est le mal injustifié, qui s’évanouit devant tout examen raisonnable, la culpabilité sans crime […] qui renvoie à la culpabilité divine. » Mais ce qui l’intéresse, « c’est la vision nouvelle qu’elle porte en elle : celle de l’homme responsable de ses actes ». Il déclare y retrouver ses véritables préoccupations théâtrales. N’a-t-il pas prôné l’insoumission dans la guerre d’Algérie, alors qu’il venait de jouer Tu ne tueras point de Claude Autant-Lara, et milité contre la guerre en Irak ?

 

terzieff laurent

 

Dimanche 26 mars, Laurent Terzieff nous est bien apparu tel qu’en lui-même et ainsi que le décrivait Matthieu Galley dans son Journal (décembre 1980), « pâle, transparent, les boucles autour de ce long visage exsangue, osseux, émacié, […] un adolescent ravagé, que son sourire illumine, sauve des années, de la mort ». Le visage même du Théâtre…

 

terzief philoctète

 

 

 

 

Sources :

http://www.tdg/geneve/culture/chant-magnétique-laurent-terzieff-

http://www.lexpress.fr/culture/scene/theatre/laurent-terzieff-le-theatre-reflete-ce

http://www.toutlecine.com/star/biographie/0003/00038367-laurent-terzieff.html

http://www.evene.fr/celebre/biographie/laurent-terzieff

http://fr.wikipedia.org/wiki/Laurent_Terzieff

 

Lundi 27 avril 2010

 

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24 avril 2010 6 24 /04 /avril /2010 22:30

 

 

Nadine Gordimer

 

Qui ne se souvient du roman de Karen Blixen, La Ferme africaine, que contribua à faire connaître l’adaptation cinématographique, Out of Africa ? C’est ce topos de la ferme africaine que traite aussi Nadine Gordimer, le grand écrivain sud-africain, dans Le Conservateur (1974). Dans ce roman magistral, l’espace africain devient la métaphore du conflit qui oppose les Noirs aux Afrikaners. La ferme africaine est le point focal où s’inscrit la présence du maître et des serviteurs, devenant par là même la pomme de discorde.

L’histoire est celle de Mehring, un Afrikaner aisé, homme d’affaires connu, qui devient propriétaire d’une ferme à environ quarante kilomètres de Johannesburg. Au début, il se contente d’y recevoir ses amis blancs ou sa maîtresse ; il y vient ensuite seul de plus en plus souvent (p. 33-37). La terre est cultivée par Jacobus le contremaître noir et les ouvriers du compound. Non loin de la propriété, c’est la location, une sorte de ghetto noir de cent cinquante mille habitants. A la périphérie est situé aussi un bidonville habité par des squatters. La boutique de la famille indienne des Bismillah, gardée par des chiens, est la dernière pièce de cette mosaïque ethnique. Les Indiens conservant le statut ambigu de indentured servants, ils se sentent toujours menacés d'expulsion. Quant aux Noirs, ils n'ont pas droit à une existence digne de ce nom et vivent en état de rélégation perpétuelle. Le premier chapitre du roman est consacré à la découverte du cadavre d’un Noir anonyme sur les terres de Mehring (dans les romans de Gordimer, c'est souvent par le Noir que le scandale arrive), mort inexpliquée qui ne cessera plus de le hanter. Cette obsession le contraindra à abandonner les lieux.

Certes, ce roman n’est pas d’une lecture aisée, et Nadine Gordimer le reconnaissait elle-même. Il est pourtant celui dont la récipiendaire du Prix Nobel de Littérature 1991 se disait le plus satisfaite. L’auteur y fait en effet coexister, un peu à la manière de Faulkner, le passé et le présent. Elle y pratique l’ambiguïté par un emploi subtil du pronom personnel de la 3e personne, qui met les Noirs à distance, et de l’indirect libre.  Elle y fait alterner les différents points de vue, au sein d’une structure particulièrement élaborée en onze sections et vingt-sept sous-sections, qui couvrent dix mois. Utilisant en contrepoint de la narration les mythes de création Zoulou, elle annonce le retour de la terre de Mehring à ses habitants originels. Ses descriptions puissamment poétiques de la nature (le vlei, p. 133 ; les vingt-trois pintades, p. 150-151 ; une nuit extraordinaire, p. 283-285) deviennent des métaphores de l’âme des personnages, tandis que s’organise un réseau complexe de significations autour d’un œuf, d’une pierre ou d'une bille de verre.

Aussi l’incipit  (p. 15-16) est-il particulièrement révélateur à cet égard, qui décrit des enfants noirs prêts à ouvrir au maître la barrière de la ferme, tandis que le lecteur ouvre le livre. Groupés autour « des œufs clairs et tachetés », ils veulent se les approprier et Mehring les leur dispute. Les œufs de pintade sont ici le symbole de la vie à venir et de la nouvelle société noire qui va éclore.

« Compteur Geiger de l’apartheid », ainsi que l’a surnommée Per Wästberg, Nadine Gordimer n’a jamais renoncé à dénoncer le vrai visage du racisme en Afrique du Sud. Dans ce but, elle imagine des personnages qui sont affrontés à des choix moraux difficiles et douloureux. C’est le cas de Mehring, l’« anti-héros afrikaner », que sa femme a quitté et qui ne comprend pas son fils. Son « flux de conscience » est le fil conducteur du lecteur, qui comprend qu’il fait perdurer avec bonne conscience le système de l’apartheid.  De plus, sous couvert de protéger la nature, il en est en réalité l’exploiteur. Le titre anglais, The Conservationnist, recèle à cet égard une ambiguïté voulue puisque qu’il connote à la fois l’écologie et le conservatisme.

Peu à peu, la présence du cadavre du Noir, enterré à la hâte par la police dans la troisième pâture, va induire chez Mehring un sentiment de culpabilité diffus. Ce dernier ne l’abandonnera plus et il finira par s’identifier au mort par un insidieux travail de l’imaginaire. Il prendra difficilement conscience que la violence qu’il exerce sur les femmes est de même nature que celle qu’il établit sur une terre qui n’est pas la sienne. Dès lors, au moment où il s’apprête à faire l’amour avec une métisse, transgression majeure, il ne lui reste plus que la fuite. Dans une scène, où Nadine Gordimer distille la plus grande ambiguïté (Mehring n’est-il pas tombé dans un guet-apens ?), les Noirs observent d’une hauteur le maître qui s’enfuit. Puis, sur les terres de ce dernier, ils enterrent le cadavre du Noir anonyme : « Ils l’avaient enfin porté dans la chambre du repos ; il était revenu. Il prenait possession de cette terre- la leur- il était l’un des leurs (p. 371). » «  La terre se referme sur le mort à l’instant même où se referme le livre. »

Avec ce très beau roman, celle que les Noirs surnomment affectueusement « Magogo » (Notre mamie) apporte bien la preuve que son Nobel « appartient à tous les Africains ».

 

Sources :

Le Conservateur, Nadine Gordimer, Les Cahiers rouges, Grasset.

Nadine Gordimer, Liliane Louvel, PU de Nancy, 1994.

Discours de réception du Nobel, « L’écriture de l’Etre », 7 décembre 1991.

« Nadine Gordimer et l’expérience sud-africaine », Per Wästberg, 26 avril 2001.

 

Samedi 24 avril 2010

 

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24 avril 2010 6 24 /04 /avril /2010 16:09

 

portrait de beibeder par mme ratel

               Portrait de Frédéric Beigbeder

              par Madame Ratel (1974)

 

En refermant Un roman français, plus autobiographie que roman du reste, j’ai pensé au poème d’Apollinaire, intitulé « A la Santé » :

 

Avant d’entrer dans ma cellule

Il a fallu me mettre nu

Et quelle voix sinistre ulule

Guillaume qu’es-tu devenu

 

Le Lazare entrant dans la tombe

Au lieu d’en sortir comme il fit

Adieu adieu chantante ronde

Ô mes années ô jeunes filles

 

Certes, loin de moi l’idée de comparer Beigbeder à l’incomparable poète « à la tête étoilée », d’autant plus que les pages de son livre consacrées à son emprisonnement ne sont pas les meilleures, il s’en faut de beaucoup.

Cependant, il y a dans cet ouvrage, imaginé à la faveur d’une garde à vue, un ton auquel le bo-bo des beaux-quartiers n’avait guère habitué son public.

Dans ce roman des origines, sorte de passage obligé pour les écrivains, il fait la part belle à ses grands-parents paternels et maternels avec de beaux portraits nostalgiques et sensibles. Il dit la fracture originelle familiale dont il ne s’est pas remis et l’admiration inconditionnelle, mais pétrie de sentiments mêlés, pour son frère. Alors que l’entrepreneur va recevoir la Légion d’Honneur, l’écrivain ne croupit-il pas  en cellule pour une provocation d’adolescent favorisé?

 

Prisonnier dans l'escalier

Prisonnier dans l'escalier du Palais de Justice

Dessin de H. de Hem, 1868

(Paris en Images)

 

A son tour, il pose la question : « Frédéric, qu’es-tu devenu ? » Et après de nombreux allers et retours dans un passé d’ « enfant gavé », devenu un « homme en ballottage », il sait seulement que son nez ne saigne plus. Désormais, l’important pour lui semble être de philosopher avec sa fille et de lui apprendre à faire des ricochets sur la plage de Guéthary.

Alors, Frédéric Beigbeder, un nouveau Lazare ? On le souhaite.

 

Samedi 24 avril 2010

 

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24 avril 2010 6 24 /04 /avril /2010 10:07

 

cadran solaire petiville

 

Cadran solaire (1738) au fronton du manoir de Petiville (Calvados)

 

Tourne le soleil autour du gnomon

Défilent les heures en haut du fronton

Une épine d'ombre sur de la lumière

Comme un doigt pointé vers ma fin dernière

 

 

Pour Le Casse-Tête de la Semaine

 de Lajémy

Thème : Ombre et Lumière

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23 avril 2010 5 23 /04 /avril /2010 19:34

 

P1000356

 

Dans le Carnet de poésie de ma grand-mère, il est une page que j’aime particulièrement. Y est inscrit un bref dialogue que la main du poète breton Charles Le Goffic a recopié, d’une écriture très élégante aux amples initiales, en utilisant la hauteur de la page. Ce court texte est daté du 09 mars 1922.

 

Dialogue dans la nuit

 

Qu’il fait noir, ô Zénon, et que la côte est dure !

       - Va tout de même ton chemin

Et dis-toi que le jour le plus sombre ne dure

Que jusqu’au lendemain.

 

                                                       Ch. Le Goffic

Dunkerque, 9 mars 1922.

 

En écrivant à brûle-pourpoint pour ma grand-mère ces quelques lignes qui invitent au courage devant l’adversité, à qui le poète breton (1863-1932) a-t-il pensé ? Le nom de Zénon qu’il choisit ici me semble symboliser l’homme qui philosophe, si « philosopher, c’est apprendre à mourir ».

 

Zenon d'Elée

Zénon d'Elée

 

Peut-être fait-il allusion à Zénon d’Elée dont Diogène Laërce rapporte l’existence dans les Vies des philosophes illustres (IX, 26-27). Celui dont il dit que, pour ne pas parler, il se trancha la langue avec les dents et la cracha au visage du tyran qui le torturait. Celui-là même dont la fermeté devant la mort impressionne Tertullien dans son Apologétique (50) : « Zénon d’Elée, à qui Denys demandait en quoi consiste la supériorité de la philosophie, répondit : « Dans le mépris de la mort. » Et c’est avec impassibilité que, sous les coups du tyran, il confirma son propos jusqu’à la mort. »

Pourtant, en lisant ces quatre lignes, je songe surtout à Zénon Ligre, le magnifique personnage de L’œuvre au noir (Opus nigrum) (1968) de Marguerite Yourcenar, originaire des Flandres comme ma grand-mère. Type exemplaire de l’humaniste de la Renaissance, inspiré par Paracelse et Pic de la Mirandole, médecin, alchimiste et philosophe, Zénon, de Cologne à Bruges en passant par la Suède, fera de nombreux voyages au cours desquels il aiguisera sa réflexion sur le monde. Réfugié à Bruges, condamné pour athéisme et impiété par l’Inquisition, il se suicidera pour ne pas se rétracter. Il symbolise l’homme en quête de la Vérité.

 

Gian Maria Volontè interprète de Zénon,

dans l'adaptation cinématographique de L'Oeuvre au noir

de Delvaux (1988)

 

Dans ses Essais et Mémoires, Marguerite Yourcenar écrit : « Je m’étais emparée tout de suite du prénom de Zénon, qui me plaisait, parce que, bien que donné assez fréquemment dans cette région aux époques de foi, en l’honneur d’un saint évêque de Vérone, il avait été aussi celui de deux philosophes antiques, le subtil Eléate, mis à mort, dit-on, par un tyran, et l’austère stoïcien [Zénon de Cition] qui paraît s’être suicidé, comme ce fut souvent l’usage dans sa secte. »

Je voudrais ainsi citer l’avant-dernier paragraphe et deux phrases du dernier paragraphe du dernier chapitre de L'Oeuvre au noir, intitulé « La fin de Zénon ». C’est un passage admirable qui pourrait venir en écho, par-delà les années, au petit dialogue recopié par Charles Le Goffic pour ma grand-mère. Marguerite Yourcenar ne m’en voudra pas, elle à qui « il est arrivé souvent de tenter de [s’] établir dans d’autres siècles, d’essayer de franchir plus ou moins la barrière des temps ».

Après avoir pensé au chanoine Campanus, qui « avait été le premier à lui faire lire les Anciens dont les héros périssaient de la sorte », Zénon, « avec la dextérité du chirurgien-barbier », se coupe la veine tibiale sur la face externe du pied gauche puis taillade l’artère radiale de son poignet gauche. Dans une sorte de dédoublement de lui-même, il attend la mort avec sérénité.

« La nuit était tombée, sans qu’il pût savoir si c’était en lui ou dans la chambre : tout était nuit. La nuit aussi bougeait : les ténèbres s’écartaient pour faire place à d’autres, abîme sur abîme, épaisseur sombre sur épaisseur sombre. Mais ce noir différent de celui qu’on voit par les yeux frémissait de couleurs issues pour ainsi dire de ce qui était leur absence : le noir tournait au vert livide, puis au blanc pur ; le blanc pâle se transmuait en or rouge sans que cessât pourtant l’originelle noirceur, tout comme les feux des astres et l’aurore boréale tressaillent dans ce qui est quand même la nuit noire. Comme le soleil d’été dans les régions polaires, la sphère éclatante parut hésiter, prête à descendre d’un degré vers le nadir, puis, d’un sursaut imperceptible, remonta vers le zénith, se résorba enfin dans un jour aveuglant qui était en même temps la nuit. […]

Mais toute angoisse avait cessé : il était libre ; […] Et c’est aussi loin qu’on peut aller dans la fin de Zénon. »

Ainsi, pour Zénon de Bruges, la liberté accordée par la mort prend la forme d’un jour aveuglant qui se confond avec la nuit.

En cette année 1922, où Charles Le Goffic rencontre ma grand-mère, Marguerite Yourcenar envisage un projet ambitieux, celui d’un roman familial couvrant plusieurs générations. Elle le mènera à bien sous le titre générique de Labyrinthe du monde et sous la forme d’une trilogie : Souvenirs pieux (1974), Archives du Nord (1977) et Quoi ? L’Eternité (1988). Et par de nombreux aspects, la Flandre de Zénon, c’est un peu déjà la Flandre qui sera celle de l’auteur, amoureuse comme son héros du monde rural et de la mer. Autant dire que le personnage de Zénon accompagna Marguerite Yourcenar toute sa vie, et qu'elle entretint avec lui un lien particulier, "quasi existentiel".

 

 

Sources :

L’Oeuvre  au Noir, Marguerite Yourcenar, Folio, n°798, p. 442-443

Anne-Yvonne Julien commente L'Oeuvre au Noir de Marguerite Yourcenar, Foliothèque

http://fr.wikipedia.org/wiki/Z%C3%A9non

 

 

 

 

Vendredi 23 avril 2010

 

 

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22 avril 2010 4 22 /04 /avril /2010 17:27

 

 

On va vers Bois Chéri

L’air humide de pluie

 

île maurice 281 

 

Shiva le dieu gardien

Veille sur le bassin

Le cobra son serpent

La lune et le trident

Et la main en avant

 

A Ganga Talao

Dessus les calmes eaux

Les trois dieux nous regardent

Tandis que l’on s’attarde

 

  île maurice 288

 

Il y a là le fils

Décapité jadis

Par un père ombrageux

Qui le coupa en deux

 

Ganesh l’éléphant

Au corps ventripotent

Celui qui porte chance

Le dieu de la sapience

 

  P1010021

 

Il y a Parvati

Dont Shiva fut épris

La déesse la mère

Que les Hindous révèrent

 

P1010023 

 

Shiva le bienfaisant

Est le dieu très puissant

On voit son troisième œil

Les pèlerins accueille

 

  île maurice 331

 

Sur la pierre sacrée

Des femme sont penchées

Elles versent de l’eau

Offrent des végétaux

 

 île maurice 329

 

J’aime leur gravité

Leurs robes colorées

Tout est calme et serein

Aux bords de Grand Bassin

 

  île maurice 319

 

Promenade à Grand Bassin

Mars 2010

 

 

 

Pour le Jeudi en Poésie

  www.over-blog.com/.../CROQUEURS_DE_MOTS.html -

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22 avril 2010 4 22 /04 /avril /2010 10:36

 

in-the-mood-for-love-

Maggie Cheung dans In the Mood for love

 

Dans ta robe en satin je te vis un matin

Dansante arachnéenne insecte damassé

Ta longue silhouette aux reflet diaprés

Pétrifia mon regard et scella mon destin

 

Dans ta robe flammée ressuscitaient des mondes

Des mystères moirés des vagues chatoyantes

Des légendes filées des bagues opalescentes

Tes mouvements faisaient de sensuelles ondes

 

Dans ta robe ocellée soyeuse de reflets

Dormaient des temps anciens des princesses chinoises

Des mandarins figés dans des brocarts turquoise

De longues caravanes aux luxueux secrets

 

Dans ta robe de faille s’agitaient des bannières

Aux motifs  rehaussés de lys et de dragons

Des rois s’agenouillaient aux coffres très profonds

Le tissu fabuleux vibrait dans la lumière

 

Dans ta robe brillante aux yeux de vers luisants

Vivaient des arcs-en-ciel tremblant d’iridescence

Et des magnanarelles aux doigts pleins de patience

Le cocon du bombyx y croissait lentement

 

Dans ta robe ottomane éclair de nuances

Sanglotaient les canuts révoltés sans chemise

Tissant chasubles d’or pour les grands de l’Eglise

Taffetas et shantung irisés de souffrance

 

Dans ta robe organdi ton corps se mouvait

Tes gestes dessinaient des courbes lumineuses

La minute arrêtée claire et voluptueuse

Au miroir de soie que ton âme habitait

 

Jeudi 22 avril 2010

papier libre.over-blog.net

Thème : le cri de la soie

 

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21 avril 2010 3 21 /04 /avril /2010 10:26

 

P1000353

 

Dans le Carnet de poésie de ma grand-mère, deux sonnets clôturent la série des textes sur la guerre. Il s’agit de Pax et Bellum, sous le titre générique de Les fumées, recopiés par la main de l’historien et bibliothécaire Frantz Funck-Brentano, d'une écriture régulière et penchée. Ces vers sont sans conteste de lui puisqu’il mena aussi une activité littéraire en étant l’auteur de pièces de théâtre jouées à L’Athénée et à L’Odéon et le créateur de quatre ballets représentés à l’Opéra.

J’imagine qu’ils furent écrits après une conférence donnée à Dunkerque par ce grand érudit et vulgarisateur, qui sut si bien évoquer le Moyen Age et l’Ancien Régime. Il modifia en effet l’image conventionnelle d’un Moyen Age grossier et barbare et fit un tableau nuancé et vivant du XVIII° siècle, tout en insistant sur le caractère familial de la monarchie.

En date du 29 janvier 1922 et disposés chacun sur une page, les deux poèmes évoquent la fumée en temps de paix et en temps de guerre. Je les ai restitués avec la ponctuation d’origine.

 

Funck-Brentano à la bibliothèque de l'Arsenal

 

Pax

 

Vous la suivez des yeux sous un ciel sans orage

Aigrette fine et souple au toit de la maison…

Elle va doucement se mêler au nuage

En ondulant comme les blés de la moisson.

 

Elle indique un abri à celui qui voyage

Des murailles de pierre incessante oraison

Qui s’élève, sereine, au milieu du village,

Et dans les champs, plus loin encor, à l’horizon…

 

Emblème de la paix et du labeur tranquille,

Ame de nos foyers, fumée humble et fragile

Le moindre vent vient te cueillir comme une fleur,

 

Et cependant si fière, et si libre et vaillante,

Compagne du devoir, gardienne vigilante

Qui du travail humain montez vers le Seigneur

 

Bellum 

 

Les obus ont crevé le chaume des toitures

Les granges ont flambé sous le feu des shrapnels,

Dans un sombre brasier s’effondrent les masures

Et l’église au clocher d’ardoise et les autels.

 

Des femmes on entend les déchirants appels,

Les longs sanglots meurtris leur souple chevelure

Roulant sur leurs genoux trempant dans les blessures

De leurs petits enfants frappés de traits mortels…

 

Et par la rue incendiée elle se glisse

La fumée aux contours indécis, en complice

On la voit s’échapper des maisons par le seuil.

 

Emblème de la guerre et des haines féroces,

Elle obscurcit la plaine où se creusent les fosses

Et recouvre la mort de son mouvant linceul.

 

Frantz Funck Brentano

Dunkerque, 29 janvier 1922

 

  Funck-Brentano

 

Frantz Funck-Brentano est né le 15 juin 1862 au château de Munsbach, dans le grand-duché de Luxembourg. Son père, luxembourgeois mais français de cœur, s’était engagé en qualité de médecin dans l’Armée française. Il avait été décoré de la Légion d’Honneur sur le champ de bataille pendant la guerre de 1870. Cette distinction était accompagnée du décret de grande naturalisation qui lui accorda du jour au lendemain la nationalité française. A son exemple, son fils optera aussi pour la France.

Dans le poème intitulé Bellum, au second quatrain, le poète évoque les « petits enfants frappés de traits mortels ».  Des points de suspension suivent ce groupe nominal. Il me semble qu'ils sont, pour l'auteur, une manière pudique- mais ô combien émouvante- de se souvenir de son propre fils, Claude Théophile, né le 27 juillet 1892, qui fut tué à l’ennemi comme aviateur sur le front des Vosges, le 15 février 1916.

 

 

Funck-Brentano Envoi autographe

 

 

 

 

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Frantz_Funck-Brentano

« Frantz Funck-Brentano », Robert Barroux (1948), Ecole des Chartes

 

 

 

Mercredi 21 avril 2010

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19 avril 2010 1 19 /04 /avril /2010 09:22

 

Vermeer-view-of-delft

Vue de Delft en 1660, Vermeer

 

 

Un pan de mur jaune

Avec un auvent,

Vermeer le peignit

Il y a longtemps

 

C’est au Jeu de Paume

Et je suis devant

Le tableau flamand

 

Delft dort dans l’ombre

Et le sable est rose

Rouges sont les toits

Bleues sont les tourelles

Bleus les personnages

Dessous les nuages

Et les coques noires

Dessus l’eau miroir

 

C’est au Jeu de Paume

Bergotte est devant

Le tableau flamand

 

Le pan de mur jaune

Est un papillon

Aux couleurs saumon

 

Crise d’urémie

En pleine agonie

Et tout étourdi

Voilà qu’il se dit

J’ai raté ma vie

 

J’aurais dû écrire

Mieux mes mots polir

Et puis les jaunir

Comme de la cire

Et rendre précieuse

La phrase menteuse

 

Perfection du mur

Que l’art transfigure

Chinoisante épure

Un matériau pur

Dit son imposture

 

C’est au Jeu de Paume

Un pan de mur jaune

Un autre royaume

 

Le mur de Vermeer

Qu’y-a-t-il derrière

La mort un mystère

 

 

 

Lundi 19 avril 2010

Pour Les Mots de Tête n°27

Qu'y-a-t-il derrière le mur?

www.over-blog.com/.../CROQUEURS_DE_MOTS.html

 

 

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Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons-nous d'ahan

Ton cours vers d'autres nébuleuses

 

La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

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