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24 avril 2010 6 24 /04 /avril /2010 10:07

 

cadran solaire petiville

 

Cadran solaire (1738) au fronton du manoir de Petiville (Calvados)

 

Tourne le soleil autour du gnomon

Défilent les heures en haut du fronton

Une épine d'ombre sur de la lumière

Comme un doigt pointé vers ma fin dernière

 

 

Pour Le Casse-Tête de la Semaine

 de Lajémy

Thème : Ombre et Lumière

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23 avril 2010 5 23 /04 /avril /2010 19:34

 

P1000356

 

Dans le Carnet de poésie de ma grand-mère, il est une page que j’aime particulièrement. Y est inscrit un bref dialogue que la main du poète breton Charles Le Goffic a recopié, d’une écriture très élégante aux amples initiales, en utilisant la hauteur de la page. Ce court texte est daté du 09 mars 1922.

 

Dialogue dans la nuit

 

Qu’il fait noir, ô Zénon, et que la côte est dure !

       - Va tout de même ton chemin

Et dis-toi que le jour le plus sombre ne dure

Que jusqu’au lendemain.

 

                                                       Ch. Le Goffic

Dunkerque, 9 mars 1922.

 

En écrivant à brûle-pourpoint pour ma grand-mère ces quelques lignes qui invitent au courage devant l’adversité, à qui le poète breton (1863-1932) a-t-il pensé ? Le nom de Zénon qu’il choisit ici me semble symboliser l’homme qui philosophe, si « philosopher, c’est apprendre à mourir ».

 

Zenon d'Elée

Zénon d'Elée

 

Peut-être fait-il allusion à Zénon d’Elée dont Diogène Laërce rapporte l’existence dans les Vies des philosophes illustres (IX, 26-27). Celui dont il dit que, pour ne pas parler, il se trancha la langue avec les dents et la cracha au visage du tyran qui le torturait. Celui-là même dont la fermeté devant la mort impressionne Tertullien dans son Apologétique (50) : « Zénon d’Elée, à qui Denys demandait en quoi consiste la supériorité de la philosophie, répondit : « Dans le mépris de la mort. » Et c’est avec impassibilité que, sous les coups du tyran, il confirma son propos jusqu’à la mort. »

Pourtant, en lisant ces quatre lignes, je songe surtout à Zénon Ligre, le magnifique personnage de L’œuvre au noir (Opus nigrum) (1968) de Marguerite Yourcenar, originaire des Flandres comme ma grand-mère. Type exemplaire de l’humaniste de la Renaissance, inspiré par Paracelse et Pic de la Mirandole, médecin, alchimiste et philosophe, Zénon, de Cologne à Bruges en passant par la Suède, fera de nombreux voyages au cours desquels il aiguisera sa réflexion sur le monde. Réfugié à Bruges, condamné pour athéisme et impiété par l’Inquisition, il se suicidera pour ne pas se rétracter. Il symbolise l’homme en quête de la Vérité.

 

Gian Maria Volontè interprète de Zénon,

dans l'adaptation cinématographique de L'Oeuvre au noir

de Delvaux (1988)

 

Dans ses Essais et Mémoires, Marguerite Yourcenar écrit : « Je m’étais emparée tout de suite du prénom de Zénon, qui me plaisait, parce que, bien que donné assez fréquemment dans cette région aux époques de foi, en l’honneur d’un saint évêque de Vérone, il avait été aussi celui de deux philosophes antiques, le subtil Eléate, mis à mort, dit-on, par un tyran, et l’austère stoïcien [Zénon de Cition] qui paraît s’être suicidé, comme ce fut souvent l’usage dans sa secte. »

Je voudrais ainsi citer l’avant-dernier paragraphe et deux phrases du dernier paragraphe du dernier chapitre de L'Oeuvre au noir, intitulé « La fin de Zénon ». C’est un passage admirable qui pourrait venir en écho, par-delà les années, au petit dialogue recopié par Charles Le Goffic pour ma grand-mère. Marguerite Yourcenar ne m’en voudra pas, elle à qui « il est arrivé souvent de tenter de [s’] établir dans d’autres siècles, d’essayer de franchir plus ou moins la barrière des temps ».

Après avoir pensé au chanoine Campanus, qui « avait été le premier à lui faire lire les Anciens dont les héros périssaient de la sorte », Zénon, « avec la dextérité du chirurgien-barbier », se coupe la veine tibiale sur la face externe du pied gauche puis taillade l’artère radiale de son poignet gauche. Dans une sorte de dédoublement de lui-même, il attend la mort avec sérénité.

« La nuit était tombée, sans qu’il pût savoir si c’était en lui ou dans la chambre : tout était nuit. La nuit aussi bougeait : les ténèbres s’écartaient pour faire place à d’autres, abîme sur abîme, épaisseur sombre sur épaisseur sombre. Mais ce noir différent de celui qu’on voit par les yeux frémissait de couleurs issues pour ainsi dire de ce qui était leur absence : le noir tournait au vert livide, puis au blanc pur ; le blanc pâle se transmuait en or rouge sans que cessât pourtant l’originelle noirceur, tout comme les feux des astres et l’aurore boréale tressaillent dans ce qui est quand même la nuit noire. Comme le soleil d’été dans les régions polaires, la sphère éclatante parut hésiter, prête à descendre d’un degré vers le nadir, puis, d’un sursaut imperceptible, remonta vers le zénith, se résorba enfin dans un jour aveuglant qui était en même temps la nuit. […]

Mais toute angoisse avait cessé : il était libre ; […] Et c’est aussi loin qu’on peut aller dans la fin de Zénon. »

Ainsi, pour Zénon de Bruges, la liberté accordée par la mort prend la forme d’un jour aveuglant qui se confond avec la nuit.

En cette année 1922, où Charles Le Goffic rencontre ma grand-mère, Marguerite Yourcenar envisage un projet ambitieux, celui d’un roman familial couvrant plusieurs générations. Elle le mènera à bien sous le titre générique de Labyrinthe du monde et sous la forme d’une trilogie : Souvenirs pieux (1974), Archives du Nord (1977) et Quoi ? L’Eternité (1988). Et par de nombreux aspects, la Flandre de Zénon, c’est un peu déjà la Flandre qui sera celle de l’auteur, amoureuse comme son héros du monde rural et de la mer. Autant dire que le personnage de Zénon accompagna Marguerite Yourcenar toute sa vie, et qu'elle entretint avec lui un lien particulier, "quasi existentiel".

 

 

Sources :

L’Oeuvre  au Noir, Marguerite Yourcenar, Folio, n°798, p. 442-443

Anne-Yvonne Julien commente L'Oeuvre au Noir de Marguerite Yourcenar, Foliothèque

http://fr.wikipedia.org/wiki/Z%C3%A9non

 

 

 

 

Vendredi 23 avril 2010

 

 

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22 avril 2010 4 22 /04 /avril /2010 17:27

 

 

On va vers Bois Chéri

L’air humide de pluie

 

île maurice 281 

 

Shiva le dieu gardien

Veille sur le bassin

Le cobra son serpent

La lune et le trident

Et la main en avant

 

A Ganga Talao

Dessus les calmes eaux

Les trois dieux nous regardent

Tandis que l’on s’attarde

 

  île maurice 288

 

Il y a là le fils

Décapité jadis

Par un père ombrageux

Qui le coupa en deux

 

Ganesh l’éléphant

Au corps ventripotent

Celui qui porte chance

Le dieu de la sapience

 

  P1010021

 

Il y a Parvati

Dont Shiva fut épris

La déesse la mère

Que les Hindous révèrent

 

P1010023 

 

Shiva le bienfaisant

Est le dieu très puissant

On voit son troisième œil

Les pèlerins accueille

 

  île maurice 331

 

Sur la pierre sacrée

Des femme sont penchées

Elles versent de l’eau

Offrent des végétaux

 

 île maurice 329

 

J’aime leur gravité

Leurs robes colorées

Tout est calme et serein

Aux bords de Grand Bassin

 

  île maurice 319

 

Promenade à Grand Bassin

Mars 2010

 

 

 

Pour le Jeudi en Poésie

  www.over-blog.com/.../CROQUEURS_DE_MOTS.html -

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22 avril 2010 4 22 /04 /avril /2010 10:36

 

in-the-mood-for-love-

Maggie Cheung dans In the Mood for love

 

Dans ta robe en satin je te vis un matin

Dansante arachnéenne insecte damassé

Ta longue silhouette aux reflet diaprés

Pétrifia mon regard et scella mon destin

 

Dans ta robe flammée ressuscitaient des mondes

Des mystères moirés des vagues chatoyantes

Des légendes filées des bagues opalescentes

Tes mouvements faisaient de sensuelles ondes

 

Dans ta robe ocellée soyeuse de reflets

Dormaient des temps anciens des princesses chinoises

Des mandarins figés dans des brocarts turquoise

De longues caravanes aux luxueux secrets

 

Dans ta robe de faille s’agitaient des bannières

Aux motifs  rehaussés de lys et de dragons

Des rois s’agenouillaient aux coffres très profonds

Le tissu fabuleux vibrait dans la lumière

 

Dans ta robe brillante aux yeux de vers luisants

Vivaient des arcs-en-ciel tremblant d’iridescence

Et des magnanarelles aux doigts pleins de patience

Le cocon du bombyx y croissait lentement

 

Dans ta robe ottomane éclair de nuances

Sanglotaient les canuts révoltés sans chemise

Tissant chasubles d’or pour les grands de l’Eglise

Taffetas et shantung irisés de souffrance

 

Dans ta robe organdi ton corps se mouvait

Tes gestes dessinaient des courbes lumineuses

La minute arrêtée claire et voluptueuse

Au miroir de soie que ton âme habitait

 

Jeudi 22 avril 2010

papier libre.over-blog.net

Thème : le cri de la soie

 

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21 avril 2010 3 21 /04 /avril /2010 10:26

 

P1000353

 

Dans le Carnet de poésie de ma grand-mère, deux sonnets clôturent la série des textes sur la guerre. Il s’agit de Pax et Bellum, sous le titre générique de Les fumées, recopiés par la main de l’historien et bibliothécaire Frantz Funck-Brentano, d'une écriture régulière et penchée. Ces vers sont sans conteste de lui puisqu’il mena aussi une activité littéraire en étant l’auteur de pièces de théâtre jouées à L’Athénée et à L’Odéon et le créateur de quatre ballets représentés à l’Opéra.

J’imagine qu’ils furent écrits après une conférence donnée à Dunkerque par ce grand érudit et vulgarisateur, qui sut si bien évoquer le Moyen Age et l’Ancien Régime. Il modifia en effet l’image conventionnelle d’un Moyen Age grossier et barbare et fit un tableau nuancé et vivant du XVIII° siècle, tout en insistant sur le caractère familial de la monarchie.

En date du 29 janvier 1922 et disposés chacun sur une page, les deux poèmes évoquent la fumée en temps de paix et en temps de guerre. Je les ai restitués avec la ponctuation d’origine.

 

Funck-Brentano à la bibliothèque de l'Arsenal

 

Pax

 

Vous la suivez des yeux sous un ciel sans orage

Aigrette fine et souple au toit de la maison…

Elle va doucement se mêler au nuage

En ondulant comme les blés de la moisson.

 

Elle indique un abri à celui qui voyage

Des murailles de pierre incessante oraison

Qui s’élève, sereine, au milieu du village,

Et dans les champs, plus loin encor, à l’horizon…

 

Emblème de la paix et du labeur tranquille,

Ame de nos foyers, fumée humble et fragile

Le moindre vent vient te cueillir comme une fleur,

 

Et cependant si fière, et si libre et vaillante,

Compagne du devoir, gardienne vigilante

Qui du travail humain montez vers le Seigneur

 

Bellum 

 

Les obus ont crevé le chaume des toitures

Les granges ont flambé sous le feu des shrapnels,

Dans un sombre brasier s’effondrent les masures

Et l’église au clocher d’ardoise et les autels.

 

Des femmes on entend les déchirants appels,

Les longs sanglots meurtris leur souple chevelure

Roulant sur leurs genoux trempant dans les blessures

De leurs petits enfants frappés de traits mortels…

 

Et par la rue incendiée elle se glisse

La fumée aux contours indécis, en complice

On la voit s’échapper des maisons par le seuil.

 

Emblème de la guerre et des haines féroces,

Elle obscurcit la plaine où se creusent les fosses

Et recouvre la mort de son mouvant linceul.

 

Frantz Funck Brentano

Dunkerque, 29 janvier 1922

 

  Funck-Brentano

 

Frantz Funck-Brentano est né le 15 juin 1862 au château de Munsbach, dans le grand-duché de Luxembourg. Son père, luxembourgeois mais français de cœur, s’était engagé en qualité de médecin dans l’Armée française. Il avait été décoré de la Légion d’Honneur sur le champ de bataille pendant la guerre de 1870. Cette distinction était accompagnée du décret de grande naturalisation qui lui accorda du jour au lendemain la nationalité française. A son exemple, son fils optera aussi pour la France.

Dans le poème intitulé Bellum, au second quatrain, le poète évoque les « petits enfants frappés de traits mortels ».  Des points de suspension suivent ce groupe nominal. Il me semble qu'ils sont, pour l'auteur, une manière pudique- mais ô combien émouvante- de se souvenir de son propre fils, Claude Théophile, né le 27 juillet 1892, qui fut tué à l’ennemi comme aviateur sur le front des Vosges, le 15 février 1916.

 

 

Funck-Brentano Envoi autographe

 

 

 

 

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Frantz_Funck-Brentano

« Frantz Funck-Brentano », Robert Barroux (1948), Ecole des Chartes

 

 

 

Mercredi 21 avril 2010

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19 avril 2010 1 19 /04 /avril /2010 09:22

 

Vermeer-view-of-delft

Vue de Delft en 1660, Vermeer

 

 

Un pan de mur jaune

Avec un auvent,

Vermeer le peignit

Il y a longtemps

 

C’est au Jeu de Paume

Et je suis devant

Le tableau flamand

 

Delft dort dans l’ombre

Et le sable est rose

Rouges sont les toits

Bleues sont les tourelles

Bleus les personnages

Dessous les nuages

Et les coques noires

Dessus l’eau miroir

 

C’est au Jeu de Paume

Bergotte est devant

Le tableau flamand

 

Le pan de mur jaune

Est un papillon

Aux couleurs saumon

 

Crise d’urémie

En pleine agonie

Et tout étourdi

Voilà qu’il se dit

J’ai raté ma vie

 

J’aurais dû écrire

Mieux mes mots polir

Et puis les jaunir

Comme de la cire

Et rendre précieuse

La phrase menteuse

 

Perfection du mur

Que l’art transfigure

Chinoisante épure

Un matériau pur

Dit son imposture

 

C’est au Jeu de Paume

Un pan de mur jaune

Un autre royaume

 

Le mur de Vermeer

Qu’y-a-t-il derrière

La mort un mystère

 

 

 

Lundi 19 avril 2010

Pour Les Mots de Tête n°27

Qu'y-a-t-il derrière le mur?

www.over-blog.com/.../CROQUEURS_DE_MOTS.html

 

 

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17 avril 2010 6 17 /04 /avril /2010 10:01

Rimbaud La photo retrouvée

 

Alban Caussé et Jacques Desse, libraires à Paris ont retrouvé il y a deux ans au fond d'une caisse une trentaine de clichés d'Aden à la fin du XIX° siècle. Ils ont appartenu à Jules Suel, beau-frère de Dubar, qui engagea Rimbaud dans la factorerie dirigée par Alfred Barbey. Ils représentent des bâtiments de la ville indigène, appelés Crater par les Anglais, des vues de Steamer point, appellation du port de la ville, des photographies de l'Hôtel de l'Univers, que l'on peut encore voir de nos jours, malgré sa décrépitude et dont Suel était le propriétaire. L'on sait que Rimbaud séjourna régulièrement à Aden pendant une dizaine d'année et qu'il logea dans cet hôtel, avant d'embarquer pour les côtes africaines et de livrer des fusils à Ménélik, roi du Coa.

Une des photographies, de format 9,6 x 13,6 cm, montre sept personnes, qui ont pris la pose sur le perron de l'Hôtel de l'Univers. En comparant différentes vues de Steamer point, Jean-Jacques Lefrère et Jacques Desse ont  pu dater ce cliché entre 1880 et 1890.

Ce groupe est composé essentiellement d'Européens, dont deux sont vêtus à la mode yéménite, et d'une femme. Parmi eux, sur la droite de la photo, on remarque un homme, qui a manifestement bougé pendant la prise de vue. En effet, ses traits ne sont pas très nets mais son regard, aigu en même temps que lointain, retient l'attention.

Lefrère et Desse ont rapproché ce cliché d'autres photographies de Rimbaud et ils ont été frappés par de nombreux points communs avec les huit rares clichés que l'on possède du poète devenu aventurier. Voici les traits caractéristiques qu'ils ont retenus : l'ovale du visage, la densité des cheveux, plantés de manière particulière, avec une pointe un peu décentrée sur la droite, les pattes très fines, des oreilles similaires dans leur implantation, leur forme et leur proportion, un nez assez large entre les sourcils, la forme de l'oeil, le dessin de la paupière et celui de l'arcade sourcilière.

Ils ont remarqué encore le regard très clair, souligné par Jean Richepin, qui écrivait que le poète avait des "yeux bleus comme [il n'en avait ] vu à personne : ils étaient gênants à force d'être clairs".

Ils ont souligné le bout du nez rond et les narines un peu échancrées, les fines moustaches blondes, semblables à celles que dessina Isabelle Rimbaud et dont le vice-consul de France à Massouah dans une lettre d'août 1887 avait dit qu'elles étaient "presque blondes mais petites".

Ils ont été attentifs à la bouche très dessinée qu'Ernest Delahaye, l'ami d'enfance de Rimbaud décrivait comme "non grande mais forte, rouge, d'un dessin rude, d'une expression violente et amère, lèvres épaisses, l'inférieure surtout, et comme fendue".

Le bas du visage a retenu leur attention par son menton rond et volontaire à la fois, les renflements sur les joues de part et d'autre de la bouche, les deux bosses sous la lèvre inférieure, détails que Julien Gracq appelait "la marque de famille" des Rimbaud et qu'Isabelle sa soeur possédait aussi.

 

isabelle rimbaud photo sur plaque de verre

                                                                   Isabelle Rimbaud, photo sur plaque de verre

 

L'élément déterminant de la comparaison a sans doute été la dissymétrie de la lèvre supérieure de Rimbaud, la partie gauche de celle(ci présentant un "manque", visible nettement sur la photo retrouvée.

Pour les auteurs de la trouvaille, celle-ci est d'importance puisqu'elle donne à voir avec netteté le visage de Rimbaud au début de ses aventures en Mer Rouge. Selon eux, elle serait une sorte de "chaînon manquant" entre les photos de l'adolescence et les autoportraits trop peu précis du Harar.

Elle est aussi très émouvante. En effet,  sur cette photo un peu floue, Rimbaud, vêtu simplement et prêt à se lever, ne semble-t-il pas mal à l'aise, comme s'il était déjà absent au monde, "aywhere, out of the world"?

 

 

Rimbaud-enfant

Rimbaud enfant

rimbaud à sept ans 

Rimbaud à sept ans

 

Rimbaud et son frère

Frédéric et Arthur Rimbaud en communiants 

 

  Rimbaud Institut Rossat

Arthur Rimbaud (croix rouge), en classe de 6°

à l'Institut Rossat 

   

 

Rimbaud à la moue

 

Rimbaud à douze ans, par Carjat

photo parue dans La Revue Blanche en 1897

 

rimbaud à la cravate noire 

  Rimbaud avec une lavallière noire

 

 

Rimbaud

Rimbaud à dix-sept ans, été 1872,

Photo de Carjat 

 

Buste de Rimbaud par Paterne Berrichon

Buste de Rimbaud par Paterne Berrichon,

paru dans La Plume en 1900 

 

Rimbaud en 1871

Rimbaud en 1871 

 

Rimbaud F Vallotton

Rimbaud par F. Vallotton

 

 

rimbaud par cazals

Rimbaud en 1871 par Casals 

 

 

 

 

  L-eternite-C-est-la-mer-allee-avec-le-soleil-Arthur-Rimbaud

 

Rimbaud par Paul Verlaine 

 

 

Rimabaud et verlaine

Rimbaud et Verlaine marchant dans Londres 

 

rimbaud à la pipe-copie-1 

Rimbaud en juin 1872 par Paul Verlaine 

 

 Rimbaud par Verlaine2

Rimbaud, la pipe à la main

 

Rimbaud dessin 2

Rimbaud assoupi sur une chaise 

 

rimbaud verlaine luc albert moreau 

Rimbaud et Verlaine par Luc-Albert Moreau 

 

 Rimbaud et verlaine un coin de table fantin latour

Rimbaud et Verlaine, Un coin de table, Fantin-Latour, 1872 

 

rimbaud l'allongé

Epilogue à la française,

Portrait du Français Arthur Rimbaud, blessé après boire

par son intime le poète français Paul Verlaine.

Sur nature par Jef Rosman

 

 

Arthur Rimbaud ernest delahaye 1875 

Rimbaud fumant

par Ernest Delahaye en 1875

 

Rimbaud dessin

Rimbaud assis en 1873

 

Rimbaud 1880

Rimbaud (debout à gauche) à Aden en 1880,

photo de Scheick-Otman 

   

Rimbaud autoportrait Harra 1883

  Autoportrait de Rimbaud au Harar

 

Rimabaud

Autoportrait de Rimbaud au Harar 

 

rimbaud in harar

Autoportrait de Rimbaud au Harar 

 

Rimbaud à Aden sur le perron de l'hôtel Univers entre 188 

Rimbaud (assis à droite) sur le perron de l'Hôtel Univers

entre 1880 et 1890 

 

Rimbaud La photo retrouvée

Gros plan de Rimbaud  (photo précédente)

 

 

Rimbaud par isabelle

 

Rimbaud par sa soeur Isabelle 

 

Rimbaud par Isabelle 3

Rimbaud par sa soeur Isabelle

 

irimbaud mourant 2 

Rimbaud mourant par sa soeur Isabelle

 

 

 

 

 

Sources:

Jean-Jacques Lefrère et Jacques Desse, Un coin de table à Aden.

 

Samedi 17 avril 2010

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15 avril 2010 4 15 /04 /avril /2010 15:14

 

P1000322

 

Dans le carnet de poésie de ma grand-mère, au milieu d’une page, une main inconnue, qui signe CR dans un élégant arrondi, a dessiné d’une main ferme au crayon de bois un paysage. L’ensemble, inscrit dans un cadre précis, utilise le feuillet transversalement dans sa hauteur. La page précédente, une écriture régulière indique que le dessin représente l’aspect du front belge devant Pervyse en février 1917.

Il s’agit d’une nature désolée, animée par quelques arbuste étiques, qui se détachent entre eau stagnante et ciel gris. Un chemin noir et gras serpente à travers ce qui ressemble à de la neige. Une impression de tristesse et de désolation émane de cette image en dégradés de gris. N’est-elle pas symbolique de l’attente des soldats, et d’une guerre qui ne veut pas finir ? Nous sommes en février. En avril, ce sera l’échec tragique de l’offensive du Chemin-des-Dames, menée par le général Nivelle. Mon grand-père y participera.

Pervyse (en flamand Pervijze) est aujourd’hui une section de la ville belge de Dixmude, située en région flamande dans la province de Flandre-Occidentale. Cette commune, qui était située le long du front de l’Yser, fut complètement détruite pendant la Grande Guerre. La ligne de chemin de fer Nieuport-Dixmude y passait, délimitant une zone, délibérément inondée par les Belges ; elle séparait les belligérants. Je pense que ce dessin représente bien la ligne de front inondée. Il m’apparaît très éloquent dans sa simplicité et son dénuement.

En le regardant, je songe aux premiers et aux derniers vers de La complainte de ceux qui vont combattre, un poème d’Edmond Rostand, publié dans Le Figaro, le 10 mai 1917 :

 

Voilà mille jours qu’on se bat.

Mille fois que le jour est né.

Mille fois qu’ils ont frissonné !

Les fins de nuits sont le moment

Du plus mauvais frissonnement.

[…]

C’est l’heure où l’on sort de son trou

La bouche amère et le cœur mou.

Pour souffrir ce qu’on a souffert,

On remet son chapeau de fer.

Des hommes passent, lourds, pliés,

Et la route est sans peupliers.

 

 

 

 

  Pervyse Soldats morts

Champ de bataille de Pervyse,

Cadavres de soldats morts au champ d'honneur

 

 

 

 

 

Jeudi 15 avril 2010

Pour le Jeudi en Poésie de Brunô

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13 avril 2010 2 13 /04 /avril /2010 15:57

Grenouilles granville 

Grenouilles par Granville 

 

 

Dans la nuit muette

Coassement des grenouilles

Hélant les étoiles

 

  Erdeven, le 11 avril 2010, 02 h du matin

 

 

 

 

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13 avril 2010 2 13 /04 /avril /2010 14:33

Adjani L'Ecole des femmes

Isabelle Adjani dans L'Ecole des Femmes 

 

C'était par un bel après-midi de juin, quand les terrasses des cafés parisiens sont remplies de garçons aux regards chapardeurs et de filles dont le soleil dardant rosit les joues.

Attablée dans un petit troquet devant une menthe à l'eau , j'attendais dans la transe le moment où je devrais me présenter devant le jury du Conservatoire. A cette époque, il existait encore un concours digne de ce nom, où les jurés, souvent de grands comédiens du Français, repéraient de leur oeil d'aigle ceux qui brûleraient demain les planches.

J'avais décidé d'interpréter le rôle d'Agnès dans L'Ecole des Femmes, plus précisément la scène 5 de l'acte II. C'est le moment où Arnolphe revient de voyage et où, soupçonneux, il interroge sa pupille, qui est en fait sa nièce, née des amours coupables de sa propre soeur.

Le choix du partenaire de jeu en cette occasion est capital car il vous emporte ou vous supporte, il vous sert ou vous dessert. Un de mes amis, qui m'avait suivie depuis le collège et le lycée, et avait choisi comme moi la voie étroite du théâtre, avait accepté, sur ma demande pressante, de me donner la réplique. J'avais une absolue confiance en Louis et je savais que rien par lui ne pourrait m'advenir de mauvais, d'autant plus que je le soupçonnais d'être secrètement amoureux de moi.

Je le considérais comme un grand frère car je n'avais pas eu de famille. Mes parents étaient morts alors que j'étais très jeune, et je n'avais aucun souvenir d'eux. J'avais été confiée à la garde de mon parrain, le frère de mon père. Ayant vécu longtemps avec cet oncle, guindé dans ses bottes de vieux militaire et ses principes d'un autre âge, il me semblait que le personnage d'Agnès m'était familier ; je la comprenais comme on comprend une soeur d'élection. Après bien des affrontements et des atermoiements, de guerre lasse, le vieux bourru au coeur tendre, avait fini par me laisser partir à Paris « faire la Sarah Bernhardt », comme il le marmonnait avec une pointe de mépris derrière ses moustaches à la Salvador Dali.

Cela faisait un mois déjà que nous répétions studieusement chaque soir dans ma petite chambre de bonne sous les toits. Nous avions bien assimilé la scène, nous nous l'étions bien mise en bouche, nous l'avions dite et redite "à l'italienne" et « à l'allemande », mais un passage, curieusement, me posait problème. C'était la célèbre réplique d'Agnès, « Le petit chat est mort! », que je parvenais pas à exprimer de façon convaincante. Chaque fois qu'elle se profilait dans le dialogue, mon coeur se mettait à battre la chamade et un sentiment indéfinissable s'insinuait en moi, curieux mélange de crainte et d'angoisse que je ne m'expliquais pas.

Au début, Louis avait été patient, cherchant par tous les moyens à m'aider à dire cette petite réplique anodine. Il s'était efforcé de me faire visualiser le chat : était-ce un gros chat persan, un Siamois, ou bien un vulgaire chat de gouttière? De quelle couleur était-il? Se laissait-il facilement caresser ou était-il indépendant? Où Agnès déposait-elle le matin la fragile soucoupe de lait qui lui était destinée? Avait-il un jour griffé sa petite maîtresse? Ce chaton est-ce que je l'aimais, bon sang? Rien n'y avait fait et la réplique glissait toujours aussi platement de mes lèvres. Alors Louis s'agaçait, s'énervait, et les insultes pleuvaient comme à Gravelote pour me faire sortir de mes gonds. Il n'avait qu'une crainte : que cette minuscule réplique ne me fasse échouer à ce concours auquel mon avenir était suspendu.

Sur la grande scène aux senteurs de vieux bois et de poussière, le moment fatidique était venu. Dans la coulisse, encore bruissante des élèves excités qui nous avaient précédés, avant d'endosser la défroque d'Arnolphe et d'Agnès, Louis m'avait violemment serré la main, en murmurant doucement : « Le petit chat n'est pas mort! » Projetés sur la scène au parquet craquant, devant le trou noir et profond de la salle où nous devinions l'aréopage sévère des jurés, nous entrâmes dans la maison d'Arnolphe, mais l'avions jamais quittée? Louis avait d'emblée trouvé le ton bonhomme et libidineux du vieux tuteur amoureux, et je le sentais juste dans la moindre de ses intonations et le plus imperceptible de ses gestes. Quant à moi, j'étais Agnès comme si elle avait toujours habité en moi, et les dieux du théâtre étaient avec nous.

Emportée par l'ivresse du jeu, je n'avais pas vu arriver la réplique fatidique. A l'instant même où je la prononçai, un phénomène étrange se produisit, semblable à ce qu'on appelle la vision panoramique des noyés. En un millième de seconde- mais cette translation spatiale et temporelle peut-elle être mesurée?- j'ai vu une grande chambre, éclairée par une froide lumière hivernale. Allongé sur le lit, un couple- que je reconnus comme celui de mes parents dont mon parrain m'avait montré une photo pâlie- allongé dans l'immobilité de la mort. Et sur le haut tapis de laine marocain aux couleurs ensoleillées, j'ai aperçu avec stupeur un tout petit chat blanc et gris, figé lui aussi dans une raideur cadavérique. Enfin, je me suis reconnue comme dans un miroir et je me suis entendue dire à mon oncle pétrifié, qui me serre la main avec brusquerie dans l'entrebâillement de la porte : « Parrain, le petit chat est mort! »

A la fin de la scène, de retour dans les coulisses, Louis m'a embrassée sur la bouche avec emportement. Il a murmuré que j'avais été magnifique. Et les vannes de mes larmes et de mon passé se sont enfin ouvertes.

J'ai été reçue au Conservatoire avec les félicitations d'un jury, ému comme rarement par l'annonce de la mort du petit chat d'Agnès. Et si depuis longtemps, j'ai passé l'âge de jouer la pupille d'Arnolphe, l'adolescente au chat demeure mon personnage préféré, celui qui a fait de moi une grande fille.

 

 

 

Pour papierlibre.over-blog.net : Thème : le chat.

Jeudi 08 avril 2010

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Published by Catheau - dans Papier Libre
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