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13 mars 2010 6 13 /03 /mars /2010 08:49


P1000769
Statuette dans la Maison Eurêka à Moka, Ile Maurice,
le jeudi 04 mars 2010.

Au pays du sucre et des mangues,
Les pâles dames créoles
S'éventent sous les varangues
Au pays du sucre et des mangues
Et zézaient de lentes paroles.

Dans les grands faureuils balançoires
En sombre bois des îles
Elles content de vaines histoires,
Dans les grands fauteuils balançoires
Qui bercent leurs têtes futiles.

Ainsi qu'une odeur de parterre
Lointaine et paresseuse,
Dans le coeur s'infiltre en mystère
Ainsi qu'une odeur de parterre
Leur grâce voluptueuse.

Vers inédits, Premiers vers II,
(Environ 1887)


Paul-Jean Toulet s'embarque à dix-huit ans pour l'île Maurice : trois années (1885-1887) de découvertes et de plaisirs. S'il n'a écrit que de rares strophes sur l'ancienne Isle de France,  elles recèlent cependant une "sorcellerie évocatoire", que n'aurait pas reniée Baudelaire.



P1000727
Madame de la Tour, la mère de Virginie
dans Paul et Virginie de Bernardin de Saint-Pierre.
Maison Eurêka à Moka,
jeudi 04 mars 2010.


Samedi 13 mars 2010.

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12 mars 2010 5 12 /03 /mars /2010 19:29

                                                        île maurice 006-1

                                                              Nuit tombante, Pointe aux Piments, Ile Maurice,
                                                                                     Lundi 1er mars 2010.



             Jardin qu'un dieu sans doute a posé sur les eaux,
                  Maurice, où la mer chante, et dorment les oiseaux
.

                                                                                               XLIV, Coples.


Paul-Jean Toulet est né le 5 juin 1867 à Pau. Ses parents, qui habitaient l'île Maurice, rentrèrent en Béarn pour sa naissance. En décembre 1885, il s'embarque pour cette île "au parfum des prochains gérofliers en fleurs". Il y mena une vie sans soucis, s'adonnant au jeu, à la lecture et à sa passion des femmes. Il en reviendra avec le goût de la drogue : le gandia, sorte de chanvre séché, et l'opium.
Ce séjour le marqua définitivement et son oeuvre en conserve de nombreuses traces.



                                                        P1010165
                                                                    
                                                                Coucher de soleil, Pointe aux Piments, Ile Maurice,
                                                                                      Dimanche 7 mars 2010.

                        Douce plage où naquit mon âme ;
                                           Et toi, savane en fleurs
                                 Que l'Océan trempe de pleurs
                                           Et le soleil de flamme...
                                                                                      
                                                                                         Les Contrerimes


Samedi 13 mars 2010

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11 mars 2010 4 11 /03 /mars /2010 23:00

P1010267

Dans le carnet de poésie de ma grand-mère où ses hôtes et amis ont écrit des poèmes, j'ai découvert  quatre quatrains de sa main, perdus au milieu de pages vierges. Ils sont rédigés comme un cri, au crayon de bois, et m'ont beaucoup émue. Ayant la chance d'avoir une fille et depuis peu une petite-fille, je mesure soudain la souffrance secrète de ma grand-mère qui s'est confiée à son carnet.
Voici ses vers, non datés, tels qu'ils se présentent sur la page, légèrement relevés vers la droite. J'en ai reproduit exactement la ponctuation.


Ses fins cheveux d'or sont bouclés
Ses beaux yeux d'un bleu de pervenche
Joues roses, longs cils recourbés.....
Sur son front si pur je me penche

Je voulais tant qu'elle soit "Lui"
Physique et moral tout ensemble
Avant d'être mon rêve a fini....
Je voulais qu'elle "Lui" ressemble!

Frais et joyeux, j'entends ses ris
Que ses frères l'auraient gâtée
Elle eût été vraiment la fée
La fée de notre vieux logis

Pourquoi n'es tu jamais venue
Toi, si désirée de mon coeur
Pourquoi n'es tu jamais venue
Compléter notre grand bonheur

Petite fille aimée que je n'ai jamais eue

                                                     Y. E. D.


Pour le Jeudi en Poésie de Brunô.
Jeudi 11 mars 2010.

P1000330

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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 14:44

                                                                                 yinyang.png


Dans Le Jardin des Supplices d'Octave Mirbeau, je crois avoir lu il y a longtemps qu'il existe un supplice chinois des plus horribles. Il consiste à introduire par l'anus un rat qui vous dévore de l'intérieur. Eh bien, je suis ce peintre  tourmenté qui est rongé par l'aspiration à réaliser la forme parfaite. Et pour moi, cette forme unique et absolue, c'est la courbe.

J’aime la sphère, la volute, la circonvolution, le méandre, l’arabesque, tout ce qui sinue et s’insinue, ce qui s’enroule et se déroule, se ploie et se déploie, se plie et se déplie. Enfant, j’étais fasciné par le tournoiement de derviche de la toupie ; je passais des heures près de l’étang à y lancer des cailloux et à observer l’ondulation des cercles concentriques ; l’été, sur la dune, je ne me lassais pas de suivre du regard les sinusoïdes des cerfs-volants et les festons d’écume dessinés par les vagues.
Quand j'ai choisi de devenir peintre, pendant des années, chaque nuit, j'ai fait un rêve récurrent.  D'un tour de main parfait, je réalise devant un aréopage d'artistes célèbres le rond plein et  lisse de Giotto, et tous s'en émerveillent. Parfois encore, je suis Frenhoffer, le peintre, héros  du Chef-d'oeuvre inconnu de Balzac, qui détruit le portrait de la femme idéale, mais n'en laisse subsister qu'un pied, dont les rondeurs sont d'une absolue perfection. Je suis obsédé par le front rasé et bombé des femmes sévères, celles qui ne sourient pas dans les tableaux flamands. J'éprouve un amour immodéré pour le dos arrondi des blanches odalisques d'Ingres, dont paraît-il la plastique n'est pas fidèle au squelette féminin. Je ressens une horreur jubilatoire et sacrée devant les têtes de Gorgone sur lesquelles se contorsionnnent et se dressent des noeuds gordiens de serpents. Quant à l'enroulement de la vague d'Hokusai, il n'a cessé de se déployer en moi.

Lassé par les cours des académies occidentales qui ne m'apportaient plus que frustration et insatisfaction, je m'embarquai un jour pour la  Chine dans le dessein de me former à la calligraphie chinoise. Je ne souhaitais qu'une chose : me perdre dans la forêt de ses signes, leurs nuances et leur esthétique. Guidé par une aspiration maladive à la perfection, je désirais réaliser un jour lointain l’idéogramme parfait.
                                                                            
alphabet-chinois.gif
C'est ainsi que j'avais fait retraite auprès d'un vieux maître chinois aux doigts tordus par l'arthrose mais dont le geste était demeuré d'une sûreté étonnante. Il m'avait enseigné avec persévérance et patience cet art du trait qui métamorphose le pinceau et l'encre en cellule vivante. L'équilibre harmonieux entre les pleins et les vides, le subtil dosage entre le trait appuyé et l'esquisse m'avaient fait approcher la philosophie du yin et du yang, à laquelle nos esprits cartésiens sont si rebelles. Grâce à la calligraphie, autre porte ouverte aux vents de la peinture, je m'étais difficilement initié à la concentration et à la méditation et j'avais tenté de dépouiller de moi le "vieil homme" occidental.
Cependant, ma "bête" intérieure ne cessait pas de me ronger, m'incitant à aller toujours plus avant dans la quête de la quintessence de la courbe idéale. Ravagé par l'élan et la rage de parvenir à l'épure formelle, combien de fois n'ai pas brisé mon calame, renversé d'un revers de main exaspéré l'encrier ou encore jeté au feu des rouleaux entiers d'idéogrammes ! Je tombais alors dans un marasme, une oisiveté et une déréliction qui duraient parfois des mois. Le maître me contemplait sans mot dire et posait sur moi son regard éclairé et serein. Quand la crise me désertait, à pas comptés et retenus, il s'approchait doucement de ma silhouette effondrée. Il se contentait de m'apporter de nouvelles encres et de me fournir des calames
et des papiers de riz toujours plus raffinés.
                                                                                   pinceau-encre.jpg
Notre compagnonnage silencieux dura ainsi plusieurs années. Puis la vitalité du vieux sage déclina comme se consume une flamme. Un soir d'hiver, recroquevillé sur sa natte, tel un rameau desséché, il me délivra d'une voix étonnamment calme ce que je pris pour son testament.
- Tu dois encore franchir de nombreux précipices avant d'atteindre la sagesse, me dit-il. Tu n'as pas apprivoisé le tigre qui feûle en toi. Modère tes désirs, sinon il te dévorera.
Et il prononça surtout cette phrase qui, désormais, guide ma vie d'artiste :
- Tu es comme l'archer qui veut atteindre de suite la cible de la perfection. Mais ceci n'est que leurre et illusion. Je te l'affirme : "Le meilleur calligraphe n'est pas celui qui ne se trompe jamais mais celui dont les ratures conservent un peu de sens et un reste de beauté".

                                                                                                       calligraphie_chine_gr.jpg

Pour papierlibre.over-blog.fr : sur un symbole chinois (associant bête et violence).

Dimanche 14 mars 2010.

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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 09:10

P1020258

"Ne quittez pas cette colonie pour la France où les terres donnent deux récoltes en trois ans. Je ne connais point de sol aussi fertile dans le monde entier", disait Pierre Poivre, créateur de l'enclos de Mon Plaisir, qui devint ce magnifique jardin botanique dédié à ses essais.


P1020238


Au loin le grand bassin qui dessine un rectangle ;
Les nénuphars géants, soleils d'Amazonie
Y font naître leurs fleurs qui mourront en silence
Quand les blancs, rose et  mauve pâliront à la nuit.



P1020240

Armée de lotus blancs
Dans leur forêt de feuilles,
Une goutte en coulant
Y forme comme un oeil.



P1020229
Mercredi 03 mars 2010, dans le jardin Pamplemousses, le plus ancien village de l'Ile Maurice. 

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9 mars 2010 2 09 /03 /mars /2010 18:33
P1020283
Maison Eurêka, tout près de M
oka,

Dessous la varangue aux senteurs de mangue.

P1000689

Maison Eurêka, je viens de là-bas ;
Ce lieu enchanté, comment l'oublier ?

                                                                                                          

P1000719

 

Maison Eurêka, j'y entends mes pas,
Meubles de santal d'un pays natal.

P1020286-copie-2.JPG
Aux murs décorés, indiennes colorées,
Amours désunies, Paul et Virginie.

P1000760

Assiettes de Chine à la pâte fine,
Oranges et bleus des comptoirs heureux.

P1020305
Sur la table ronde une mappemonde,
C'est tout le bonheur d'être un voyageur !

P1020306

Sculpture de dodo, gros canard pataud,
Et les Hollandais les ont massacrés.

P1000703

Une table à thé aux formes ouvragées,
Scones d'un passé qui était anglais.

P1020294
Dans les hauts miroirs, c'est la vieille Histoire,
Celle d'une enfance à l'Isle de France.

Maison Eurêka, très très loin là-bas,
Bretonne et Française, Créole et Anglaise,

P1020299
C'est là que vécut la grande tribu
Des dix-sept petiots d'Henry Le Clézio.

Jean-Marie Gustave au profil batave
Est son descendant aux sandales de vent
.

P1020281

Jeudi 04 mars 2010, à Moka, Ile Maurice.
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9 mars 2010 2 09 /03 /mars /2010 18:33
P1020283
Maison Eurêka, tout près de M
oka,

Dessous la varangue aux senteurs de mangue.

Maison Eurêka, je viens de là-bas ;
Ce lieu enchanté, comment l'oublier ?

Maison Eurêka, j'y entends mes pas,
Meubles de santal d'un pays natal.

P1020286-copie-2.JPG
Aux murs décorés, indiennes colorées,
Amours désunies, Paul et Virginie.

Assiettes de Chine à la pâte fine,
Oranges et bleus des comptoirs heureux.

P1020305
Sur la table ronde une mappemonde,
C'est tout le bonheur d'être un voyageur !

P1020306

Sculpture de dodo, gros canard pataud,
Et les Hollandais les ont massacrés.

Une table à thé aux formes ouvragées,
Scones d'un passé qui était anglais.

P1020294
Dans les hauts miroirs, c'est la vieille Histoire,
Celle d'une enfance à l'Isle de France.

Maison Eurêka, très très loin là-bas,
Bretonne et Française, Créole et Anglaise,

P1020299
C'est là que vécut la grande tribu
Des dix-sept petiots d'Henry Le Clézio.

Jean-Marie Gustave au profil batave
Est son descendant aux sandales de vent
.

P1020281

Jeudi 04 mars 2010, à Moka, Ile Maurice.
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9 mars 2010 2 09 /03 /mars /2010 11:39
P1000645
C'est à Maheshwarnath, les coupoles y sont blanches,

Les guirlandes de fleurs sont naïvement peintes,
Et derrière Shiva, le cobra se déhanche,
Les animaux couchés sont gardiens de l'enceinte.

P1000644
Il y a là Vishnu, Ganesh et Muruga,
Sans oublier Brahma, dans leur maison de verre.
La cloche doucement tinte au son de nos pas,
Chaussures sagement abandonnées à terre.

P1010030

Un prêtre longiligne aux gestes indolents

Nous accueille et nous mène au coeur du temple saint;
Il accomplit le rite avec des gestes lents,
Et son regard est doux, habité et serein.

P1000621
Les bâtonnets d'encens consument doucement,
Un alamanda jaune finit de se faner,
Dans la coupelle en cuivre un long doigt de piment,
C'est un tressaillement d'instant d'éternité.

Mercredi 03 mars 2010,
photos prises à Maheswarnath,
le plus ancien temple hindouiste de l'Ile Maurice.



Mardi 09 mars 2010.
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26 février 2010 5 26 /02 /février /2010 10:02



"Quand, à l’occasion de la commémoration de la libération des camps, on associera Varlam Chalamov (Récits de la Kolyma) et Primo Lévi (Si c’est un homme), on aura construit l’Europe."  Jorge Semprun à La Grande Librairie, jeudi 25 février 2010.




varlam chalamov

Varlam Chalamov 

                                                                                      




 
                                

Primo Lévi
Primo Lévi



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24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 19:01

P1000333
Pendule offerte au Maréchal Foch , par la Ville de Cassel, en 
souvenir de son séjour en cette Ville, du 23 Octobre 1914 au
 22 Juin 1915.   (Carte postale trouvée entre les pages du carnet
de ma grand-mère.)                                           
        


Dans le carnet de poésie de ma grand-mère, ce poème de quatre strophes alternées de quatre et six vers inaugure la période de la Grande Guerre. Les textes s’y font plus sombres, et l’on y sent frémir la douleur de l’absence de ceux qui sont au front. Non daté et intitulé « Après la guerre… », avec sept points de suspension, ce poème est comme une sorte de préfiguration des bouleversements affectifs à venir. Ecrit d’une petite écriture ronde et régulière, il est signé M. Gay.

 

Lorsque je reviendrai, je ne trouverai plus,

Dans la lourdeur des soirs qui bruniront la plaine,

Le rêve dont mon âme aimante est encore pleine

Car mes pleurs du passé, l’oubli les aura bus !

 

Le cadre de ma vie, où vous étiez venue

Comme la bonne fée, au bout de l’avenue

Qui montre le chemin conduisant au bonheur,

Les vents l’auront terni de toute leur poussière,

Et les festons jaunis qui joncheront la terre

En les brisant, je les arroserai de pleurs ! …….

 

Si je ne reviens pas, vous n’écouterez plus,

Dans la langueur du soir illuminant la plaine,

Cette chanson d’amour dont notre âme était pleine,

Qu’à chanter pour nous seuls, nos deux cœurs s’étaient plûs. (sic)

 

Et lorsque, solitaire, au bout de l’avenue,

Lassée, au soir mourant, d’attendre ma venue

Vous vous ressouviendrez de tout notre bonheur !

Triste vous reviendrez, pensant que cette terre,

C’est un peu notre amour qui s’envole en poussière !

Et vos yeux, vos beaux yeux se rempliront de pleurs !

  P1000341-1 P1000342


Qui était ce jour-là l’hôte de ma grand-mère qui lui écrivait un texte aussi mélancolique ? Sans doute pas cette Madame M. Gay qui publia en 1922, aux éditions de la Librairie Geldage, un manuel scolaire, intitulé Claude et Francine, Premier Livre de Lecture courante. Poésie de Madame Genty ! Je pencherais plutôt pour un très jeune homme, un de ceux que la guerre engloutira, et qui imagine l’après-guerre avec pessimisme. Les deux premières strophes évoquent son retour et ses larmes car l’amour a fui. Les deux dernières envisagent sa mort et les larmes de celle qui l’a aimé. Dans un cas comme dans l’autre, la guerre aura tout détruit !

 

Pour le Jeudi en Poésie de Brunô.

Mercredi 24 février 2010.

 

 

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La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

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