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20 mai 2010 4 20 /05 /mai /2010 15:12

 

Louise de V

 

Le 05 mai 2010, ARTE diffusait Madame de, film-culte et chef-d’œuvre de Max Ophüls, adapté du roman éponyme de Louise Lévesque de Vilmorin. La fin tragique de ce mélodrame qui voit la mort de l’héroïne, interprétée par Danielle Darrieux, m’a fait penser au poème qu’écrivit la dame du « salon bleu » de Verrières-le-Buisson et qui ouvre le recueil Fiançailles pour rire, paru en 1939.  Il est intitulé « Mon cadavre est doux comme un gant.

 

Mon cadavre est doux comme un gant

Doux comme un gant de peau glacée

Et mes prunelles effacées

Font de mes yeux des cailloux blancs.

 

Deux cailloux blancs dans mon visage,

Dans le silence deux muets

Ombrés encore d’un secret

Et lourds du poids mort des images.

 

Mes doigts tant de fois égarés

Sont joints en attitude sainte

Appuyés au creux de mes plaintes

Au nœud de mon cœur arrêté.

 

Et mes deux pieds sont les montagnes,

Les deux derniers monts que j’ai vus

A la minute où j’ai perdu

La course que les années gagnent.

 

Mon  souvenir est ressemblant,

Enfants emportez-le bien vite,

Allez, allez, ma vie est dite.

Mon cadavre est doux comme un gant.

 Le salon bleu

Le salon bleu de Verrières-le-Buisson

 

Car la reine des soirées mondaines des années 50, la petite fiancée de Saint-Exupéry, l’égérie de Malraux, fut aussi une poétesse qu’Edmonde Charles-Roux n’a pas hésité à comparer à Louise Labé. Malraux, dans sa préface aux Poèmes de Louise de Vilmorin, édités chez Gallimard, s’en explique. Selon lui, elles possèdent toutes deux le fait d’avoir écrit « peu de poèmes, des amusements rhétoriques, une création en marge de [leur] temps […], quelques cris inoubliables. » Femmes de grande culture, les deux Louise font résonner, à quelques siècles de distance, le « même son grave  […] à partir d’un domaine et d’un ton traditionnels, […] dans l’instant où la corde se brise ».

Dans le film de Max Ophüls, Madame de avoue : « La femme que j’étais a fait le malheur de celle que je suis devenue. » N’est-ce pas là ce malheur intime que celle qu’on appelait Maliciôse- du nom d’une  de ses œuvres, L’heure Maliciôse- sut exprimer dans ses meilleurs poèmes ? Ceux dont son dernier compagnon Malraux a dit qu’ « ils ont donné l’âme et la voix à un enchantement désespéré ».

 

Sources :

Poèmes, Louise de Vilmorin, Préface d’André Malraux (1970), Poésie/ Gallimard.

 

 

Pour le Jeudi en Poésie, Communauté Croqueurs de Mots.

 

 

Jeudi 21 mai 2010

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18 mai 2010 2 18 /05 /mai /2010 15:06

 

Colombe anny duperey et sa fille 2 reference

  Anny Duperey (Madame Alexandra) et Sara Giraudeau (Colombe),

dans Colombe à La Comédie des Champs-Elysées

Crédit photos, gala.fr

 

Samedi 15 mai 2010, France 2 retransmettait la centième de Colombe de Jean Anouilh, mise en scène par Michel Fagadau, à La Comédie des Champs-Elysées. L'auteur aurait eu cent ans cette année.

Cette pièce (1951) en quatre actes appartient aux quatre pièces dites « brillantes » du dramaturge. Elle y tient une place particulière puisqu'elle porte le prénom d'une de ses filles. De plus, celui qui fut à vingt-deux ans le secrétaire de Louis Jouvet, de 1925 à 1930, y emploie un de ses procédés favoris, le théâtre dans le théâtre. Il y manifeste sa passion pour le monde de la scène, passion née au lycée Chaptal et favorisée par ses rencontres avec Cocteau et Jean Giraudoux. Par ailleurs, elle aurait pu tout autant être qualifiée de « grinçante » car on y retrouve les thèmes chers au dramaturge, le désir d’absolu, le refus d’un monde fondé sur l’hypocrisie et le mensonge, l’impossibilité de l’amour, la prééminence accordée au jeu théâtral.

 

colombe-1951-affiche-decorateur-a-barsacq

Affiche de Colombe en 1951, Décor d'André Barsacq,

Photos Les Amis de Jean Anouilh wordpress.com

 

Michel Fagadau, directeur de La Comédie des Champs-Elysées en propose ici une seconde mise en scène, après celle de 1996 avec Geneviève Page, Laure Marsac et Jean-Paul Roussillon. La pièce avait été créée en 1951 au Théâtre de l’Atelier, avec Danièle Delorme et Yves Robert dans les rôles-titres, dans une mise en scène d’André Barsacq, reprise en 1954. En 1974, Anouilh lui-même, assisté de Roland Piétri, l’avait montée avec Danièle Lebrun dans le rôle de Colombe et Lucette Garcia-Ville dans celui de Madame Alexandra.

 

 colombe-1951costume-d-armand-decorateur-a-barsacq

Costume pour Armand, dans la mise en scène d'André Barsacq (1951),

Photos Les Amis de Jean Anouilh wordpress.com

 

Si la pièce a intéressé Michel Fagadau, c’est parce qu’elle est pour lui, dans le cadre spectaculaire du théâtre, une sorte de « comédie humaine à la Balzac », drôle et acide, qui présente toute « une panoplie de comportements humains ». Il dit avoir tenté de se faire l’avocat de chacun des personnages, permettant ainsi au spectateur de prendre parti. Selon lui, Anouilh possède au plus haut point « le génie de la construction », combinant avec art des pastiches de Marivaux, la « petite musique de Musset », le drame bourgeois, la comédie de mœurs ou de caractère. A l’étroit dans la division traditionnelle des genres (tragédie, comédie, drame), il préfère donc classer ses pièces selon des indications de tonalité (noire, grinçante, rose, brillante) qui ne l’enferment pas dans un genre fixe.

 

colombe 2

Le salut de la troupe, Mise en scène de Michel Fagadau (2010),

Crédit photos Cat.S/Theota.com

 

La pièce permet sans doute de redécouvrir un dramaturge injustement qualifié de « bourgeois », grâce à une distribution exceptionnelle. Madame Alexandra, la comédienne rivale de Marie Dorval, est interprétée par Anny Duperey qui joue ici avec un abattage remarquable, déployant ainsi tout l’éventail de son talent comique. Colombe, sa belle-fille, à la fois ingénue et rouée, qui découvre les pouvoirs de sa féminité, lui donne la réplique en la personne de sa propre fille, Sara Giraudeau (déjà récompensée par le Molière de la Révélation féminine théâtrale en 2007, pour La Valse des pingouins de Patrich Haudeceoeur). Rufus, le secrétaire de la diva, joue un La Surette humble et trivial, et provoque le rire, comme naturellement. Les autres comédiens sont au diapason, chacun jouant sa partition sans faire de l'ombre aux autres. Jean-Paul Bordes, alias Poète-Chéri, s’en donne à cœur joie avec les outrances poétiques d’Emile Robinet, et Fabienne Chaudat (Madame Georges), en habilleuse, est une fine mouche du coche. De la rivalité entre les deux frères, Julien et Armand (Benjamin Bellecour en dandy épicurien et vain), on retiendra peut-être le rôle difficile du premier. Fils mal-aimé de Madame Alexandra, mari trompé de Colombe, c’est une sorte d’Alceste idéaliste que Grégori Baquet rend crédible avec rage et émotion.

 

colombe-colombe-et-julien-d-delorme-et-y-robert

Danièle Delorme (Colombe) et Yves Robert (Julien),

dans la mise en scène d'André Barsacq (1951)

Photos Les Amis de Jean Anouilh wordpresse.com 

 

Car, derrière les ors du théâtre, sous le chatoiement des costumes (inventifs et délirants de Pascale Bordet), dans les coursives de la coulisse (un décor fluide de Mathieu Dupuy qui allie la scène et les loges), c’est une famille qui se délite sous la plume d’Anouilh. Madame Alexandra, la comédienne tyrannique, a tout sacrifié à son art et a eu sept époux. Si elle chouchoute son fils Armand, qui lui ressemble par son goût de la vie et des plaisirs, elle refuse son amour à Julien, « emmerdant » comme son père. Colombe, quant à elle, que l’on croyait naïve et pure, va vite être fascinée par les vanités et les illusions que distille le théâtre. Son éducation sentimentale, sous l’égide de sa belle-mère, est orchestrée par les vieux beaux qui frétillent autour d’elle. Elle succombera sans remords aux charmes délétères de son beau-frère. Quelle jolie scène, par exemple, que celle où Armand le séducteur lui fait répéter son texte et où ni l’un ni l’autre (ni le spectateur) ne sait plus s’il s’agit de la vie ou de la comédie.

 

colombe-1951-loge-de-colombe-decorateur-andre-barsacq

La loge de Colombe, dans la mise en scène d'André Barsacq (1951)

Photos Les Amis de Jean Anouilh wordpress.com

 

La pièce analyse sans concession un monde où l’idéalisme et les beaux sentiments ne sont pas de mise. Dans le lieu du faux-semblant par excellence qu’est le théâtre, on ne sait ce qu’il faut préférer, de l’égoïsme pragmatique et forcené de Madame Alexandra ou de la rigide aspiration à l’Amour de Julien. Et pourquoi Colombe, devenue mère trop jeune, n’aurait-elle pas le droit de goûter à l’indépendance et à la liberté, elle qui n’a vécu jusque là qu’à travers les désirs de son mari ? La question paraît d’une brûlante actualité.

Dans cette pièce où l’idéalisme et la pureté ne résistent pas au réalisme et à la compromission, on reconnaît la lucidité cynique d’un Jean Anouilh moraliste qui écrivait : « Le mal et le bien, aux origines, cela a dû être ce qui faisait plaisir ou non. »

 

Sources :

Dictionnaire des Littératures de langue française, « Jean Anouilh », J. -P. de Beaumarchais, Daniel Couty, Alain Rey, Bordas, 1987.

http://www.canalacademie.com/ida5673-Colombe-Anouilh-entre-realisme-et.html

http://fr.wikipedia.org/wiki/Colombe_

 

 

Mardi 18 mai 2010

 

 

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18 mai 2010 2 18 /05 /mai /2010 07:23

 

le-cerf-et-la-vigne JJ granville

  Le cerf et la vigne, Jean-Ignace-Isidore Grandville (1803-1847)

 

On était en avril et, par un frais matin,

Un chevreuil intrépide s’en vint dans un jardin.

Oublieux des conseils prodigués par sa mère

Et portant haut ses bois, il n’était pas peu fier

De vivre sans licol : « Foin de ces fariboles ! »

  Il muse, il se hasarde, il va, il batifole ;

Arrachant les écorces, mâchant les jeunes tiges,

Et broutant la bourdaine, il est pris de vertige.

 

Il aperçoit la femme du maître de céans,

Qui lui paraît, ma foi, une assez belle enfant.

« Voilà donc, rêve-t-il, l’épouse qu’il me faut,

Les biches à côté d’elle n’ont rien que des défauts. »

Tout imbu de son charme, il flatte, il apprivoise,

La dame lui sourit, le don juan pavoise.

 

En s’approchant du gîte, quelle n’est pas sa surprise,

Au-delà des croisées, de voir la table mise !

« Que j’aimerais- dit-il- être convive ici ! »

Il l'ignorait encore, on l’y voyait aussi :

Non pas sur une chaise mais au fond de l’assiette,

En cuissot de chevreuil, sur un lit de sarriette.

 

On l’avait chapitré, c’est un bien grand malheur

De convoiter la femme dont l’époux est chasseur.

 

Fable librement inspirée par la venue insolite d’un chevreuil dans le jardin d’Alice (revesetecrituresdalice.over-blog.com)

 

Mardi 18 mai 2010

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17 mai 2010 1 17 /05 /mai /2010 08:39

 

L'Illusionniste

Photo Filip Goma

 

Du 9 avril 2010 au 06 juin 2010, le joli petit théâtre du Ranelagh prête son ambiance feutrée à la jeune troupe de Label Compagnie, dirigée par Tristan Petitgirard. Elle y interprète L’Illusionniste de Sacha Guitry, une œuvre assez méconnue de Monsieur Moâ, sur le désir et la manipulation.

Cette pièce, rarement représentée, fut créée le 28 novembre 1917 au Théâtre des Bouffes-Parisiens. Sacha Guitry (il avait alors trente-cinq ans et n'était pas encore séparé d'Yvonne Printemps) y jouait le rôle-titre, celui de Teddy Brooks alias Paul Dufresne, Yvonne Printemps était Miss Hopkins et Pauline Carton jouait Honorine la bonne. En 1955, la télévision en diffusa une mise en scène avec Annie Girardot. Elle n’avait pas été reprise depuis l’interprétation de Jean-Claude Brialy, il y a vingt ans, aux Bouffes-Parisiens, comme pour la première.

 

L'Illusionniste 3

  Photo Filip Goma

 

Tristan Petitgirard, dont c’est la dixième mise en scène, a souhaité reprendre cette comédie en trois actes parce qu’il considère que c’est l’une des très grandes pièces de Guitry. Certes les thèmes y sont particulièrement riches (le désir, la vie d’artiste, la bourgeoisie), mais surtout, il en retient l’aspect charnel et l’analyse aiguë de la psychologie féminine.

La trame reprend le trio classique du boulevard, en le plaçant dans les milieux du music-hall pendant la Grande Guerre. Teddy Brooks est un magicien qui manipule aussi bien les cartes que les cœurs. Il fascine Miss Hopkins, subjuguée par le verbe du séducteur, et il jette son dévolu sur Jacqueline, la bourgeoise mondaine, en mal d’aventures, et que son amant Albert Cahen ennuie. Mais au jeu de la séduction, tel sera pris qui croyait prendre.

 

L'Illusionniste 2

Photo Filip Goma

 

Tristan Petitgirard propose une mise en scène très « classique » de cette pièce, dont son père Laurent Petitgirad a composé la musique, et notamment une très jolie valse. Elle compte à l’origine sept personnages qui ne sont plus que six, les rôles des deux assistants du magicien ayant été réunis.

Le metteur en scène précise  qu’il est malaisé d’obtenir les droits des pièces de Guitry,  Mme Aubart la gardienne du temple ne les accordant qu’aux metteurs en scène qui « respectent l’auteur » et ne le montent pas d’une manière moderne. Mais ce parti-pris d’inscrire l’œuvre dans l’époque des Années folles ne dessert nullement le propos. Tristan Petitgirard s’est plu à l’évocation de cette période où le public se pressait au music-hall pour applaudir la femme-canon, le pétomane, l’homme-serpent ou la femme à barbe. C’est le temps des soupers chez Maxim’s et d’une vie folle, dédiée tout entière aux arts et à la scène, même si l’on est en temps de guerre.

La pièce est le révélateur de l’amour de Guitry pour le théâtre. L’action débute dans une loge de théâtre, où un paravent voisine avec des affiches. Le metteur en scène nous donne ainsi à voir une première scène d’illusion très réussie. L’on y voit, de la coulisse, flanquée de deux miroirs côté cour et côté jardin, derrière un mince rideau transparent, Teddy Brooks réaliser un tour de magie. Il fait disparaître une femme, tandis que des spectateurs le regardent. Guitry lui-même s’était longuement entraîné au point de devenir pour ce rôle un excellent prestidigitateur. On apprend à cette occasion l’origine de l’expression « Passez muscade ». Par la suite, Teddy Brooks fera en effet apparaître et disparaître Jacqueline de sa vie. Mise en abyme et trompe-l’œil pour le public réel de la pièce, au-delà du quatrième mur du théâtre. Le ton est donné.

Par ailleurs, le plateau est utilisé avec intelligence. Tristan Petitgirard a en quelque sorte prolongé le décor du Théâtre du Ranelagh sur la scène. L’escalier de l’avant-scène permet subtilement à Teddy Brooks d’entraîner Jacqueline dans un monde rêvé. Quant aux changements de décor, ils se font à vue, orchestrés par les déambulations et les gestes du magicien.

Ce dernier, dans le troisième acte, fait un tableau très complet de la vie d’artiste : une vie de voyages, de haltes quotidiennes dans des hôtels toujours différents, mais une existence de liberté et de rêve que Jacqueline la bourgeoise sera incapable d’assumer. C’est pourquoi les artistes aiment en général ceux qui font le même métier qu’eux : « Ils sont libres aux mêmes heures que nous », déclare avec humour Teddy Brooks. « Il n’y a rien de pire que le vulgaire » disait Guitry, « si ce n’est le bourgeois. » Jacqueline, amoureuse de sa sécurité, ne pourra envisager d’adopter cette liberté qui ne peut se soumettre à la vie traditionnelle. La vision du monde artiste que propose ici Guitry est déjà très moderne.

Ce personnage d’artiste, flamboyant et séduisant, est interprété par Philippe Stellaire, dont l’allure, le timbre et le phrasé sont fidèles à Sacha Guitry lui-même. Le comédien, qui joue Guitry pour la première fois, dit aimer interpréter ces variations subtiles créées par l’auteur avec légèreté et fantaisie. Il reconnaît que « c’est merveilleux de se sentir brillant pendant plus d’une heure » ; il apprécie le modernisme du propos, la modernité de l’écriture, cet esprit si français, fait de sincérité et de travail.

On retrouve ici ce type d’homme si fréquemment représenté dans le théâtre de Guitry, cet homme à femmes, en quête de plaisir, qui porte un regard aigu sur la gent féminine. « Si la femme était bonne, Dieu en aurait une » proclamait-il. Certes, dans la pièce, « l’homme et le femme veulent la même chose, mais pas de la même façon ». Mais Teddy Brooks devra aller aux confins de son imagination pour la séduire et Jacqueline Beauchamps sera déchirée entre son désir et son orgueil. Il lui promettra une vie de rêve afin de passer une nuit avec elle.  Au petit matin, il partira avec la chanteuse, Miss Hopkins, une artiste comme lui.

 

L'Illuisionniste 4-copie-1

Photo Filip Goma 

 

La pièce fait l’éloge du moment présent et de la non-culpabilité. « Ne regrettez rien » dit le séducteur à Jacqueline, « puisque vous avez pris du plaisir ». Derrière cet hédonisme, on découvre cependant beaucoup de lucidité et de cruauté. La langue spirituelle de Guitry est une manière élégante de masquer la souffrance des êtres. Tout est dit par exemple lorsque Albert Cahen (joué par Tristan Petitgirard ), renvoyé par Jacqueline au cours d’une scène de ménage homérique, réalise son infortune en  ramassant une carte qui a glissé sous le canapé. Dans cette comédie de boulevard en demi-teinte, Guitry propose une vision douce-amère, dans laquelle le comique peut être douloureux parce qu’il est humain.

Ainsi, dans ce théâtre brillant qu’on ne peut cependant réduire au verbe, dans cette pièce où les personnages s’efforcent d’aller jusqu’au bout de leur rêves, on reconnaît bien l’art inimitable de celui qui écrivait : « Les femmes désirent ce qu’elles aiment, les hommes aiment ce qu’ils désirent. »

 

Sources :

http://www.ruedutheatre.eu/article/892/l-illusionniste/

Interview de Philippe Stellaire et Tristan Petitgirard sur Radio-Bleue

http://www.artistikrezo.com/actualites/Theatre.lillusionniste-theatre-ranelagh.html

Crédits photos :

http://creativescommons.org/licenses/by/2.0/deed.fr

http://www.flickr.com/photos/miss-hopkins/4515810318/

http://www.flickr.com/photos/miss-hopkins/4515773512/

http://www.flickr.com/photos/miss-hopkins/5224769886/

http://www.flickr.com/photos/miss-hopkins/4515140759/

 

 

 

Jeudi 13 mai 2010

 

 

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16 mai 2010 7 16 /05 /mai /2010 15:38

P1000548

Lotus, Jardin de Pamplemousses, Ile Maurice, mars 2010

  

Jardin de Pamplemousses

La saison est très douce

Mois de mars

Pluie éparse

 

Avenue Pope Hennessy

Aérien surgit

Bataillon de soldats

Le Nelumbo nucifera

 

  P1000545

 

Mystique nymphéa

Du siège de Bouddha

Efflorescence étale

La roue à huit pétales

 

île maurice 114 

 

Graine et fleur à la fois

Lentement elle croît

Blancheur née du limon

Energie et tension

 

De l’eau à la lumière

Une beauté première

Inspiration senteur

De la boue à la fleur

 

Au bassin des lotus

 

 île maurice 119

  Le bassin des lotus, Jardin de Pamplemousses, Ile Maurice, Mars 2010

 

 

 

 

Dimanche 16 mai 2010

 

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15 mai 2010 6 15 /05 /mai /2010 08:09

 Dali christophe colomb

  The Ship, 1942, Salvador Dali

 

Il en avait rêvé de ces contrées lointaines

Il les voulait trouver pour l’honneur de sa reine

 

Il les avait armés ses féminins vaisseaux

Et ils avaient vogué des journées sur les eaux

 

Il avait entendu la vigie crier Terre

Après des mois de vagues de bonace et d’éclairs

 

  1492-christophe-colomb-06-g

Cristophe Colomb de Ridley Scott

 

Il avait mis le pied plein de fièvre et d’orgueil

Sur un sol inconnu au-delà des écueils

 

Il avait accosté à la Guanahami

Et écouté pensif des perroquets les cris

 

Il avait abordé la terre de Cuba

Et il avait goûté aux feuilles de tabac

 

 1492 christophe colomb 1492 the conquest of paradise 1991

Christophe Colomb de Ridley Scott

 

Il avait rencontré des êtres pacifiques

Au visage doré à la candeur biblique

 

Il avait tant aimé d’Hispaniola les bords

Et s’était enivré aux lueurs de l’or

 

De la Mer Océane devenu amiral

Des Indes vice-roi gouverneur général

 

ColombTerre 

 

Il avait rembarqué pour trois autres voyages

Le Vénézuela d’infinis paysages

 

Dans les senteurs d’épices les cris la violence

Il avait succombé au désir de puissance

 

Enchaîné mis aux fers dedans sa caravelle

Il avait dû quitter les bleutés archipels

 

Il n’avait jamais su que c’est un nouveau monde

Qu’il avait inventé lui Christophe Colomb

  

salvador-dali cristophe colomb 

La découverte de l'Amérique par Christophe Colomb, 1958-1959, Salvador Dali

 

 

 

Pour le Casse-Tête de la Semaine de Lajémy

Lundi 15 mai 2010

 

 

 

 

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13 mai 2010 4 13 /05 /mai /2010 14:24

 

dali l'ascension du christ 1958

  L'Ascension du Christ, 1958, Huile sur toile (115x 123)

 

 

Dans l’iconographie, les peintre ont coutume de représenter l’Ascension du Christ à la verticale.  C’est le cas de Giotto, de Mantegna ou de Garofalo, pour n’évoquer que les toiles les plus célèbres.

Or, en 1958, Salvador Dali peint la montée du Fils de Dieu plus comme une lévitation que comme une ascension. L’huile sur toile (115x 123), qui appartient à la collection Pérez Simón de Mexico, fait actuellement partie d’une exposition, intitulée Du Greco à Dali, Les grands maîtres espagnols, qui se tient du 12 mars au 1er août 2010, au Musée Jacquemart-André.

Cette toile prend place au terme de la période surréaliste du maître espagnol, que l’on peut situer à la fin des années 40. Très fortement empreinte de mysticisme (elle inaugure la « période mystique nucléaire » qui débute en 1951), l’œuvre témoigne de la foi catholique de son auteur et en appelle à la grande tradition religieuse espagnole.

La série de peintures de cette époque présente le Christ qui éclaire un monde d’obscurité, tout en donnant l’illusion des trois dimensions.

Selon le peintre lui-même, ce tableau lui aurait été inspiré par « un rêve cosmique », qu’il fit en 1950, soit huit ans avant l’exécution de la toile. Dans ce rêve, dont il dit avoir perçu les couleurs vives, il a vu l’atome qu’il a situé en arrière-plan, et auquel il a donné la structure de l’intérieur d’un tournesol. Il aurait compris plus tard que ce noyau est la représentation de l’esprit unificateur du Christ.

Il s’explique ainsi : « Premièrement, en 1950, j’ai eu un « rêve cosmique » dans lequel je vis en couleur cette image qui, dans mon rêve, représentait le « nucleus de l’atome ». Ce nucleus prit par la suite un sens métaphysique, je le considère « l’unité de l’univers », le Christ ! Deuxièmement, grâce aux indications du père Bruno, carme, je vis le Christ dessiné par saint Jean de la Croix, je résolus géométriquement un triangle et un cercle, qui « esthétiquement » résument toutes mes expériences antérieures et inscrivis mon Christ dans ce triangle. »

Dali place le spectateur du tableau sous le corps du Christ. De la plante des pieds aux bras étendus, qui rappellent la Crucifixion, on discerne un triangle qui enserre le raccourci parfait du corps (On pense ici aussi au tableau de Mantegna, La mise au tombeau ou Le Christ mort). Dali a employé la même géométrie pour son Christ de saint Jean de la Croix (1951) et son Lapis-lazuli corpusculaire de l’Assomption. Comme il est dit plus haut, cette forme lui fut inspirée par un dessin du grand mystique espagnol Jean de la Croix, dans lequel le Christ est représenté comme s’il était vu d’en haut.

Par ailleurs, le corps est placé au centre d’un cercle transparent survolé par la colombe de l’Esprit-Saint, symbolisant le retour du Christ vers le Père. Quant aux doigts recroquevillés du crucifié, ils  enserrent la totalité de l’univers, qu’il rassemble par sa mort et sa résurrection.

Le visage du Christ est invisible, comme dans nombre de peintures. Légèrement inférieur, le noyau atomique, constitué de petites boules, donne l’illusion de deux disques qui vont se superposer. Une ligne d’horizon très basse fait apparaître un paysage maritime, sans doute Port Lligat, où Dali vit avec Gala. Au sommet du tableau, la Vierge, sous les traits de son épouse et muse, pleure la Passion de son fils, telle une Vierge flamande.

Témoignage de l’ébranlement sismique que fut pour lui l’explosion atomique du 6 août 1945, écho de sa vénération pour Marie sous les traits de la femme aimée, ce tableau crée un extraordinaire jeu de trompe-l’œil et de profondeur, révélant le mysticisme du peintre et sa fascination pour les découvertes de l’atome. « Dans un état de prophétisme », Dali va alors comprendre que les moyens picturaux ont vu leur apogée à la Renaissance et il va s’attacher à « prouver par [son] œuvre l’unité de l’univers en montrant la spiritualité de toute substance ».

 

Sources :

Dali, Gille Néret, Le Monde, dans 1 Le Musée du Monde, 2005, Série 2, p. 74-83.

http://perso.p-poirot.mageos.com/salvadordali.htm

http://www.culturespaces-minisite.com.greco-dali.parcours/02-4.html

http://peinture.suite101.fr/article.cfm/du-greco-a-dali

 

Jeudi 13 mai 2010

 

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11 mai 2010 2 11 /05 /mai /2010 18:28

 

Macbett

 

Jeudi 06 mai 2010, la compagnie Les Dramaticules jouaient à Saumur la farce tragique de Ionesco, Macbett. L’occasion de revenir sur les enjeux de cette pièce, qui fut créée en 1972, dans une mise en scène de Jacques Mauclair, au Théâtre de l’Alliance française. Geneviève Fontanel et Brigitte Fossey y interprétaient les rôles féminins.

La pièce est intéressante à plus d’un titre. D’abord, elle est la seule pièce où Ionesco entreprend un exercice de réécriture méthodique d’une pièce de Shakespeare, en l’occurrence Macbeth. L’ayant lue et relue, il croyait ne pouvoir rien en faire et il avait jeté ses notes. C’est alors qu’il a écrit sa version en vingt-cinq jours. Il l’a précisé lui-même : la pièce « parodie Shakespeare et introduit des éléments comiques ». Cependant, comme l’a montré Gérard Genette, le dramaturge français ne se moque pas de la tragédie anglaise, mais s’applique surtout à en radicaliser le pessimisme : « Macbett est un Macbeth (encore plus) excessif, un Macbeth hyperbolique, un hyper-Macbeth. » (Palimpsestes). Ionesco avait insisté sur cet aspect dans ses Notes et Contre-notes : « Revenir à l’insoutenable. Pousser tout au paroxysme, là où sont les sources du tragique. Faire un théâtre de violence : violemment comique, violemment dramatique. Le théâtre est dans l’exagération extrême des sentiments, exagération qui disloque la plate réalité quotidienne. Dislocation aussi, désarticulation du langage. »

De plus, si l’horizon de la pièce de Shakespeare demeure présent dans l’esprit du spectateur, ce dernier apprécie les libertés que Ionesco prend avec le texte d’origine, la parodie créant un climat de connivence. Il en reprend certes le thème, mais avec une distribution resserrée. En effet, Duncan, noble et généreux roi d’Ecosse chez le dramaturge anglais, devient chez Ionesco un archiduc sanguinaire qui exécute en une nuit cent-trente-sept mille ennemis vaincus. Macbett et Banco, avatars de Macbeth et Banquo, sont les deux généraux auxquels Duncan doit sa victoire sur Glamiss et Candor, doubles de Glamis et Cawdor. Macbett, à l’instigation de Lady Duncan, assassinera son roi pour s’emparer de la couronne, tout en laissant échapper Donalbain et Macol (Malcom chez Shakespeare). L'assassinat par ce dernier du tyran Macbett inaugurera un nouveau règne de violences, Ionesco noircissant ainsi le dénouement shakespearien.

Ainsi, il fait l’économie des personnages incarnant le bien, que sont Macduff et Fléance. Il amplifie le rôle de Duncan en soulignant sa lâcheté et sa corruption, il développe le couple de Judas formé par Glamiss et Candor, il fait se confondre Lady Duncan et sa suivante avec les deux sorcières, qualifiées de « vieilles jumelles ». Quant à Lady Macbeth, elle est remplacée par une Lady Duncan qui n’est plus guidée que par l’adultère.

Par ailleurs, le Macbett d’Ionesco est proche d’Ubu roi d’Alfred Jarry. « Mon Macbett, entre Shakespeare et Jarry, est assez proche d’Ubu roi », écrivait-il. N’y retrouve-t-on pas en effet le juron fameux, cher au Père Ubu, prononcé ici par Macbett, alors qu’il aperçoit la forêt qui avance et que Macol le tue « d’un coup d’épée dans le dos » ? Il s’agit bien encore de pièces qui mettent toutes deux en scène la perversion du pouvoir et l’enchaînement inéluctable de la violence sur le mode du « comique macabre d’un clown anglais ou d’une danse de morts ».

La compagnie des Dramaticules est dirigée par Jérémie Le Louët. Il oriente sa recherche théâtrale sur la musicalité de l’acteur, le décalage et les variations de cadence, le tempo, la dynamique, le phrasé. Lors de l’été 2006, la compagnie a joué ce Macbett au Théâtre du Balcon, dans le cadre du Festival d’Avignon. Au printemps 2008, la pièce avait été représentée cent fois. La troupe s’est emparée avec fièvre de ce « Macbeth cauchemardé par Ionesco ». Dans un décor fait de praticables rouges, où dominent sur un abat-jour les insignes du pouvoir, les sept comédiens, censés jouer trente-trois rôles, ne ménagent pas leur peine et proposent une interprétation convaincante de la pièce.

Le jeune metteur en scène explique ainsi son travail : « La mise en scène soumet aux acteurs plusieurs problématiques. Comment être dans l’extrémité des sentiments en évitant l’écueil de la parodie ? Comment rendre compte du grotesque et du sublime sans glisser vers le burlesque et la caricature ? Comment contourner le jeu psychologique et la sensiblerie sans être dans un jeu distancié ? »

Les comédiens répondent à ces questions difficiles en jouant le texte allegro, « à toute allure ». Scandés par la musique d’Ivan le Terrible de Prokofiev, les tirades ressassées, les dialogues répétés sont murmurés, proférés, assénés, hurlés, parfois avec une intensité excessive qui n'était peut-être pas nécessaire. Il n’en demeure pas moins que l’enthousiasme des acteurs est tempéré par un travail sur les déplacements et la gestuelle extrêmement précis, concourant à créer une interprétation claire et lisible de la pièce.

Si l’on peut regretter une obscurité trop prégnante sur scène à certains moments, on reconnaîtra que cette jeune troupe se fait l’écho, haut et fort, de la phrase de la scène 5 de l’acte V de Macbeth : « C’est la fable, racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne veut rien dire. »

 

Sources :

http://sites.google.com/site/dramaticules/macbett2

http://www.arcadi.fr/artistesetoeuvres/texte.php?id=276

http://www.erudit.org/revue/etudlitt/2007/v38/n2-3/016344ar.html (Article de Véronique Lochert : « Macbeth/ Macbett : répétition tragique et répétition comique, de Shakespeare à Ionesco. »

 

Mardi 11 mai 2010

 

 

 

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5 mai 2010 3 05 /05 /mai /2010 13:15

 

melancolie bosch 1 saint antoine

  Saint Antoine au désert ou la Mélancolie, Jérôme Bosch

 

Ascètes au désert

Vieux savants à leur table

Femmes abandonnées

 

 G de La tour, Madeleine à la veilleuse

Madeleine à la veilleuse, Georges de La Tour

 

Sur la main lasse et vaine

Le visage appuyé

 

 BOL PhilosopheEnMeditation ferdinand 1640

Le philosophe en méditation, Ferdinand Bol

 

Votre regard se perd

Au Temps qui vous accable

Au puits des vanités

 

  Corot-M-élancolie vers 1850

La Mélancolie, Camille Corot

 

Ô l’insondable peine

Des beaux désenchantés

 

melancolie edvard munch 1894-95

Mélancolie, Edvard Munch

 

 

 

Pour le Casse-Tête de la Semaine de Lajémy : Humeur

Maecredi 05 mai 2010

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4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 13:37

 

Manet Bouquet de violettes 1872 peint en 1872 pour berthe m

  Bouquet de violettes, Manet,

peint en 1872 pour Berthe Morisot

 

J’ai souvent imaginé ma grand-mère, tendant à son hôte, en un geste gracieux, son joli carnet de cuir, tout en le priant d’y écrire « une pensée ». Une pensée, ce mot qui définit une violette aux fleurs veloutées et nuancées, associe, dans ce sens, la notion de souvenir à celle d’un trait incisif et bien frappé. Ce terme possède le charme désuet du temps révolu où la conversation était un art, charme que distillent quatre textes rédigés par des invités dans le Carnet de poésie de ma grand-mère. Je les restitue avec la ponctuation d'origine.

Ainsi, le 16 janvier 1919, un certain Daniel, dont je peine à déchiffrer le patronyme, lui a écrit ce premier poème sans titre :

 

Le livre est sur la table, et mon esprit rebelle

A l’effort ordonné se dérobe et poursuit

La chimère du rêve et les espoirs fortuits

Vers les sommets lointains où l’âme se révèle.

 

En vain je le ramène et ma plume l’attend ;

Il m’échappe sans cesse et d’un bond se délivre

… Mais je revois la main qui m’a tendu le livre,

Le sourire amical et jeune m’invitant.

 

J’entends comme un écho la voix qui m’appela

Et me pria d’écrire une pensée à peine,

Et soudain mon esprit s’assagit et s’enrène ( ?)

… « Un mot », avez-vous dit. J’obéis : le voilà.

 

Gravelines 16 janvier 1919

 

Daniel Zirest-Lauraity ( ?)

 

 

P1000352

 

Un dénommé Bill, quant à lui, a souligné son embarras devant la demande de ma grand-mère, en lui répondant par une pirouette, qui n’est pas datée, mais qui est, ma foi, fort bien tournée :

 

?

 

Perplexité

 

Sur ce livre, chère Yvonne

Tu veux que je griffonne !…

Mais c’est dur à mon âge

De remplir un page

De grandes phrases sublimes,

Ou de pensées intimes.

Je ne peux pourtant pas

Parler sur les repas

Et le prix d’un canard !

Ni sur Jacques ou Bernard ?

Ni sur la crise des bonnes ?

Tu sourirais. Yvonne……

C’est pourquoi je préfère

Avec un geste austère

Refermer le volume

Et poser là ma plume.

 

Bill

 

P1000360 

 

Le dimanche 14 décembre 1924, c'est René Benjamin (1885-1948) que rencontre ma grand-mère. Cet écrivain et journaliste obtint le prix Goncourt en 1915 pour Gaspard. Partisan de L'Action française, il a écrit des ouvrages biographiques sur Maurice Barrès et Charles Maurras.  Il obtempère au souhait de ma grand-mère en évoquant avec à-propos la réponse d'une interlocutrice de Courteline :

 

Une pensée, Madame? Eh oui! je voudrais bien en avoir une ! Mais je suis un peu comme cette femme que connaissait Courteline, et qui lui disait :

- Penser ? Oh! Dame, moi, je ne pense presque jamais, et quand je pense.... je ne pense à rien ! .

 

René Benjamin

 

Dimanche 14 décembre 1924

 

 P1000367

 

 René Benjamin par André Villeboeuf 1930

René Benjamin, par André Villeboeuf, 1930

 

Enfin, un quatrième texte est signé de Béatrice Dussane. Née Dussan, la sociétaire du Français avait ajouté un e à son patronyme pour imiter Réjane. C’est vraisemblablement à l’occasion d’une représentation théâtrale que ma grand-mère rencontra celle qui édictait la règle qui, selon elle, contiendrait tout le théâtre : « La pensée avant le geste et le geste avant la parole. » Au moment où elle rencontre ma grand-mère, elle est âgée de trente-et-un ans. Les cinq lignes qu’elle écrit évoquent dans leur brièveté cet art du mot et de la répartie :

 

Et moi je ne pense pas, je passe ! Avec une rapidité qui me désole !

Je ne pense pas, je m’attriste et je m’excuse

 

B Dussane

 

 

P1000368

 

 

Batrice Dussane dans L'Amour veille

  Béatrice Dussane dans L'Amour veille par Nadar

 

 

 

 

Mardi 04 mai 2010

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