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30 mai 2010 7 30 /05 /mai /2010 14:42

 

levy justine watson

 

Concevoir et attendre un enfant alors que sa mère se meurt d'un cancer, c'est cette épreuve que Justine Lévy, Louise dans le roman, raconte avec rage et lucidité dans Mauvaise fille. Ne se sent-elle pas monstrueuse d'avoir « zappé [sa mère] en faisant un enfant »? Ne culpabilise-elle pas de manquer d'amour pour celle dont elle se sent si proche, malgré les aléas de la vie? La mort de sa mère est une épée plantée en plein coeur : « Je sais que la date me poursuivra, que je vieillirai à la place de maman, que je prendrai chaque année deux ans, un pour moi, un pour elle, jusqu'au jour où je serai plus vieille qu'elle et que le temps m'aura rattrapée, il ne suffit pas de dire je ne crois pas au temps pour que le temps n'existe pas et qu'on ne souffre pas atrocement le jour de l'anniversaire de la naissance ou de la mort de sa maman. Mais c'est ainsi. Je suis ainsi. Mauvaise fille. »

Elle décrit avec une minutie quasi-masochiste les premiers symptômes de sa grossesse, la peur, la honte, la culpabilité engendrées par la venue d'un être qu'elle aimera plus qu'elle-même et plus que sa mère, Alice. Elle se revoit, elle la vivante, annonçant à celle qui l'a portée que sa fille est enceinte alors que la malade est déjà trop faible pour le comprendre : « J'ai trop attendu et je crois qu'elle ne m'a pas entendue. » Et quand sa fille naît, songeant à sa mère morte d'un cancer du sein, elle refuse de l'allaiter : « Le bon lait maternel que je ne lui donnerai pas, les bons anticorps, la bonne fusion, je ne veux pas de cette fusion là, elle me dégoûte, on s'aime et puis on souffre et puis on est une mère indigne et on meurt. »

Le lecteur suit ainsi en parallèle la grossesse de la narratrice et le lent cheminement de la maladie chez sa mère. En un dosage subtil, la jeune femme alterne ces deux étapes de sa vie, tellement inconciliables. Elle narre les inquiétudes liées à l'attente de l'enfant, “cette excroissance d'elle-même, ce morceau de [soi]”, qu'elle traite d'abord aussi mal qu'elle. Elle évoque avec humour le rendez-vous chez l'aptonomiste qui lui dit de parler à sa fille et de ne pas garder stress et tristesse “dans la gorge et dans le ventre”. Elle explique comment elle déteste sa sensiblerie nouvelle, ce corps qu'elle ne reconnaît plus Elle insiste sur son refus d'être regardée, sur son rejet de l'air “béat” et “guilleret” du “club des enceintes”. Elle s'interroge, se demandant si elle sera une bonne mère, alors qu'elle déteste sa vie, qu'elle fume et qu'elle a peur.

La narratrice ne fait l'impasse sur rien. Elle dit les visites éprouvantes et humiliantes avec sa mère chez Toubib, le Grand Professeur, incapable de retenir le nom de sa patiente, indifférent à son sort, et devant qui la malade doit étaler sa “nudité ruinée”. Elle raconte les visites à l'hôpital Saint-Louis, “son sale et vieux copain”; elle dit le manque de maman, celle avec qui elle riait tant, car est-ce encore maman, “cette chose-là, reliée à ses tuyaux”? Elle se demande quels sont les mots qui soulagent, répertorie les petits gestes qu'elle accomplit- lui tenir les mains, lui lire des livres, la forcer à manger- décrit les instants où elle n'en peut plus d'assister à l'agonie de sa mère, cette “chose” cette “forme”, “que le cancer a bouffée de l'intérieur”. Elle se remémore le séjour à l'île d'Houat lors de sa rémission, quand sa mère souhaitait devenir la bonne mère qu'elle n'avait jamais su être. La fille garde en mémoire « la dernière plainte qui n'est pas sortie », le « dernier mot de maman. Il n'a plus que moi ce mot».

C'est ainsi que grâce à l'écriture, elle écrit une émouvante élégie à la mère morte. La narratrice se dit que sa mère est peut-être tombée malade pour qu'un rapprochement s'opère entre elles. Elle évoque l'amour de ses parents, “quand ils avaient dix-huit ans et qu'ils s'aimaient et qu'ils étaient beaux, et jeunes, et la vie devant eux, et sur pied d'égalité, aussi forts, aussi amants, autant de chances l'un que l'autre.” Elle revoit celle qui s'appelait Alice, avec son visage de « vierge phosphorescente avec quand même cet air de dédain général». Elle souligne sa « grande beauté d'avant le cancer, […] qui excusait tout, qui rachetait tout, même le mal qu'elle [lui] faisait». Elle rappelle comment son père, après leur séparation, n'avait jamais cessé de la comparer aux autres femmes qu'il rencontrait et comment Alice “était toujours la plus belle”. Elle se souvient comment, sans ressources, elle était toujours prête à dépanner un copain. Elle livre la lettre envoyée à son père, datée du 23 juin 98, celle dans laquelle elle écrit : “Bernard. Tu vas rire : j'ai bien vécu, j'ai eu plein d'aventures étranges et d'autres très jolies comme Louise. J'ai été une belle femme. Pas trop con et parfaitement indaptée sociale, ce qui m'a, paraît-il, conféré un certain charme Mais, ce mardi 23 juin, j'ai décidé que j'avais assez vécu... ”

Et alors que sa mère descend dans la terre « avec son kimono aux manches larges, pour cacher son gros bras », elle verse des pleurs libérateurs tandis que son enfant lui donne des coups de pied dans le ventre : « parce que c'est la vie qui palpite, qui veut croître, qui proteste, la vie dans le ventre, la vie comme dans une poupée russe, et au même moment, maman, en bas, dans la terre, cogne et tambourine contre le bois, ça s'appelle la concordance des temps et ce sera ma vie maintenant. »

Dans cette sorte d'autobiographie romancée- on reconnaît sans difficultés BHL dans le père de la narratrice-, Justine Lévy dit avec justesse et désespoir la douleur de devenir orpheline en même temps que le bouleversement de mettre un enfant au monde. L'ouvrage, cependant, se clôt sur le constat du « train de vie » inéluctable : n'est-ce pas dans l'ordre des choses que la mère meure pour que la fille devienne mère à son tour? Au-delà de la colère, du scandale, des regrets, la « souffrance séchée » n'est-elle pas tout simplement ce que Boris Cyrulnik appelle du beau mot de résilience?

 

Jeudi 27 mai 2010

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30 mai 2010 7 30 /05 /mai /2010 14:02

 

patrick-modiano photo franck Courtés pour lire

Patrick Modiano, Photo de Franck Courtés pour Lire

 

Dans le dernier opus de Patrick Modiano, sobrement intitulé L'Horizon, le narrateur, Jean Bosmans, écrit qu'il ne sait plus dans quel livre il a lu que « chaque première rencontre est une blessure ». Une angoisse le saisit à l'idée qu'il pourrait ne plus jamais retrouver celle qu'il a rencontrée lors d'une manifestation, place de l'Opéra, Marguerite Le Coz, née à Berlin, et qui disparaît un soir de sa vie.

Par-delà « les années confuses qui ont suivi », « depuis quarante ans », le livre raconte comment il part en quête de cette femme, pour laquelle « il n'y avait jamais eu de point de départ »; elle « avançait dans la vie par bonds désordonnés,par ruptures et chaque fois elle repartait à zéro ». Ne fuit-elle pas un jour en train parce que ses patrons, le docteur André Poutrel et Yvonne Gaucher, dont elle garde le petit Peter, ont été arrêtés ? Elle craint en effet un interrogatoire, le lendemein, au quai des Orfèvres: « Ils savent des choses sur moi que je ne t'ai pas dites et qui sont dans leurs dossiers. »

C'est donc tout ce qui a été passé sous silence, « brèves rencontres, rendez-vous manqués, lettres perdues, prénoms et numéros de téléphone figurant dans un ancien agenda et que vous avez oubliés, et celles et ceux que vous avez croisés sans même le savoir », qui constituent le coeur même du roman. Ce que les astronomes appellent « la matière sombre », et qui, « plus vaste que la partie visible de votre vie », est infinie, devient l'unique objet de la quête de Jean Bosmans.

Admirable roman où le narrateur- tel Orphée descendant aux Enfers- plonge dans cette « matière sombre » pour en « retenir les ombres et en savoir plus long sur elles ».

Derrière ce narrateur, il n'est pas difficile de voir par ailleurs une sorte de double de Modiano. Comme lui, il a une mère flanquée d'un amant- « une femme aux cheveux rouges » et un homme à l'allure de prêtre défroqué ou de torero- qui vient lui réclamer de l'argent; comme lui, il aime les livres- il travaille dans la librairie des éditions du Sablier; comme lui, il écrit pour exprimer « un sentiment d'asphyxie »; comme lui, depuis quarante ans, il est devenu romancier et a publié une vingtaine de livres. Ainsi, le roman apparaît comme une sorte de concentré de toute l'oeuvre modianesque (Mais.ne pouvait-on déjà le dire pour Un Pedigree? )

Comme à l'accoutumée chez Modiano, la mémoire du narrateur est faillible, les indications inscrites dans son carnet personnel sont vagues, les phrases chuchotées dans son sommeil ne signifient plus rien au réveil, les calculs de probabilité sont inutiles. Et pourtant, la réalité des paroles échangées entre deux personnes se dissipe-t-elle vraiment dans le néant? La lumière du rêve qui a baigné ce que Jean Bosmans a vécu avec Margaret n'est-elle pas justement la vraie? Dans les replis du temps, Margaret et les autres, ceux de la Bande Joyeuse, Mérovée, Boyaval, le professeur Ferne et sa femme, Michel Bagherian, le docteur André Poutrel, Yvonne Gaucher et le petit Peter, ne vivent-ils pas « encore tels qu'ils étaient à l'époque »?

Il semble en effet que, dans ce roman de Modiano, il y ait quelque chose de nouveau, dont le titre L'Horizon est le signe. Certes,il y avait dans les précédents romans la volonté de cerner le passé, mais ici la certitude qu'il reste « des ondes, un écho d [u] passage » des personnages est clairement affirmée par le narrateur.

Et c'est justement la mémoire sublimée par l'écriture qui va lui permettre cette quête impossible. Lorsqu'il commence à écrire, c'est là qu'il comprend qu'il est proche d'une frontière « d'où il pourrait s'élancer vers l'avenir. Pour la première fois, il avait dans la tête le mot: avenir, et un autre mot: l'horizon. Ces soirs-là, les rues désertes et silencieuses du quartier étaient des lignes de fuite, qui débouchaient toutes sur l'avenir et l'HORIZON ». C'est ce sentiment d'un espoir, d'une ouverture qu'il avait aussi éprouvé en rêvant une rare fois de Margaret. Dans ce rêve, ils étaient attablés tous deux dans le bar de Jacques l'Algérien. La lumière en était lumineuse; « Quelques mots lui vinrent à l'esprit, sans doute le titre d'un livre: Une porte sur l'été. »

Parti à Berlin, le narrateur, qui n'a « aucune assise dans la vie », retrouvera la trace de celle avec qui il lui avait semblé qu'il avait vécu dans un « présent perpétuel ». Ainsi que le dit Nerval, « La treizième revient, c'est toujours la première ». Alors qu'un passant du nom de Rod Miller vient d'indiquer à Jean Bosmans l'adresse de la librairie Ladjinikov, que Margaret a reprise depuis deux ans, le narrateur éprouve un sentiment de sérénité. Il a soudain « la certitude d'être revenu à l'endroit exact d'où il était parti un jour, à la même place, à la même heure et à la même saison, comme deux aiguilles se rejoignent sur le cadran quand il est midi. »

Ainsi, dans cette nouvelle recherche du temps perdu entreprise par Modiano, où il est aussi question de science occultes à travers le livre d'André Poutrel, Le Cénacle d'Astarté, la croyance ésotérique en un temps cyclique et en l'Eternel retour vient sauver définitivement Margaret Le Coz de l'oubli. Pour Jean Bosmans,« elle ne cesse de marcher à sa rencontre sur le trottoir en pente de l'avenue Reille dans une lumière limpide d'hiver quand le ciel est bleu... »

 

 

Mardi 25 mai 2010

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23 mai 2010 7 23 /05 /mai /2010 21:58

 

L'Arlésienne van gogh

  L'Arlésienne, Van Gogh

Dans le Carnet de Poésie de ma grand-mère, deux textes qui se suivent évoquent le Sursum corda. Cette expression latine renvoie à l’injonction : « Elevons nos cœurs », qui ouvre le dialogue d’ouverture de la préface de la prière eucharistique, au cours de la messe catholique. Elle est encore l’anaphore de certaines liturgies des Eglises orthodoxes et catholiques orientales, celles de saint Basile et de saint Jean Chrysostome. Elle est souvent traduite par l’expression : « Haut les cœurs ! ».

 

Le premier texte, non daté, est signé du nom de Marie Gasquet (1872-1960). Née à Saint-Rémy de Provence, celle-ci est un écrivain de Provence, fille du poète provençal Marius Girard. Célèbre pour sa culture et sa beauté, filleule de Frédéric Mistral, elle fut désignée en 1892 comme reine du Félibrige. (Fondé officiellement le 21 mai 1854 (jour de la Sainte Estelle), dans le château de Font-Ségugne, à Châteauneuf de Gadagne, qui appartenait alors à la famille Giera, le Félibrige est, au départ, un mouvement littéraire provençal, ayant pour objectif la défense de la langue d’oc.)

Elle épousa Joachim Gasquet, un poète ami de Paul Cézanne, fut directrice de collection chez Flammarion et écrivit une dizaine de romans, dont le plus connu s’intitule Une enfance provençale.

Il est probable que ma grand-mère la rencontra au cours d’une conférence, peut-être sur un thème religieux. N’a-t-elle pas écrit sur Jeanne d’Arc, la Fête-Dieu ou encore Bernadette de Lourdes ? Les quelques lignes qu’elle lui offre alors sont, pour celle que la tristesse guette, une invitation à porter haut son regard et ses aspirations.

 

« Lorsque, à la manière des marins de Dunkerque, on sait naviguer non sur la vague qui menace mais sur l’étoile qui conduit, on peut fièrement dire si la tristesse vient : "Ce qui me console le mieux, ce n’est pas ce que j’ai atteint, c’est ce à quoi j’ai aspiré."

                                                                   Sursum Corda

                                                                   Marie Gasquet »

 P1000370

Le second texte, porte la signature d’une certaine Ag. Dubuisson, sans doute une amie de ma grand-mère. Il est en date du 18 mars 1933. Le 05 mars, dans un climat de terreur, le parti nazi a remporté les élections en Allemagne, le 23 mars, le Reichstag accorde les pleins pouvoirs à Hitler et le 29, une loi abolira les libertés fondamentales.

Avec une certaine modestie, cette femme dit hésiter à laisser une « pensée » sur la page qu’on lui tend. Elle évoque avec émotion – semble-t-il- un jour précis où ma grand-mère et elle se sont rencontrées. Je me demande ce que cache ici l’expression « Sursum ». Fait-elle allusion à une difficulté particulière, à un deuil, à la « montée des périls » ? Comment le savoir ?

 

« Si je ne savais pas que l’ombre fait valoir la lumière, je n’écrirais pas après les pages précédentes…

De talent  je n’en ai point, mais seulement un peu de cœur….. Dans cet album, comme dans votre vie- simplement- je puis laisser une trace d’affection, évoquant l’heure belle où mon cœur a rencontré le vôtre sur cette route du « Sursum ».

                                                                                                                                                                                                                                

                                                      Ag. Dubuisson

18 mars 1933

 P1000371

L’emploi récurrent de l’expression « Sursum Corda » est-il l’indice que les deux femmes font allusion au même événement ? Peut-être. Toujours est-il que, parodiant le titre d'un roman de Marie Gasquet, Ce que les femmes disent des femmes, ce que deux femmes disent ici à une troisième ne me semble pas si vain…

 

 

 

Sources :

fr.wikipedia.org/wiki/Marie_Gasquet

 

Dimanche 23 mai 2010

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22 mai 2010 6 22 /05 /mai /2010 13:39

PHOTOLISTE_20090624141850_grece_naissance_de_diane_600_.jpg       

      Naissance de Diane et Apollon sous le palmier de l'île de Délos,

Abel de Pujol


Mystère des chemins

Dans le croisement hasardeux

Des routes

 

Eclair des rencontres

Aux marches des rizières

Dans la folie des grappes

Et la fumée des villes

Diamant des regards

Aux dires balbutiés

Aux mains entrelacées

 

Enfant aux yeux d’amande

Sur un rêve ignoré

Promesses de la fleur

A l’éclat de prunus

Qui serre dans ses poings

Le fabuleux futur

La lèvre souriant

Aux ombres de la chambre

Chaton pelotonné

Au sein comme au soleil

Stupéfaction du vivre

Sur les draps étonnés

Allégresse du cri

Hurlé des impatiences

Temps où l’on ne sait rien

Que la vie immédiate

Dans la tiédeur des nuits

 

Nous

On ne le savait pas

Dans le soir de notre âge

Que tu viendrais un jour

 

Toi

Au blanc prénom de lune

Au sourire étoilé

A la peau diaphane

Diane

 

 

Samedi 20 mai 2010

 

 

 

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21 mai 2010 5 21 /05 /mai /2010 14:00

 

goya chronos.-copie-1

Chronos dévorant ses enfants, Goya

 

Dans les couloirs du sang

Tout au creux de mes yeux

Immobile aux aguets

Le Temps

Attend

 

Insidieux et secret

Au long cours de mes veines

Sinuant doucement

Le Temps

Se tait

 

Au plus profond des doutes

Où mon esprit se perd

Statue  fossilisée

Le Temps

Ecoute

 

Dieu  au masque d’idole

A l’ombre du mystère

Au berceau des années

Le Temps

Somnole

 

Violent et brutal

Sous la soie de ma peau

A coups bien assénés

Le Temps

S’emballe

 

Hystérique et pervers

Au cœur de mes entrailles

Clouant au pilori

Le Temps

Lacère

 

Ombrageux Minotaure

Dans le profond des nuits

Courant vers l’infini

Le Temps

Dévore

 

 


Pour papierlibre.over-blog.net

Personnifier un animal, une plante ou une chose pour décrire l’immobilité et le mouvement ou le silence et le bruit.

 

 

Vendredi 21 mai 2010

 

 

 

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20 mai 2010 4 20 /05 /mai /2010 15:12

 

Louise de V

 

Le 05 mai 2010, ARTE diffusait Madame de, film-culte et chef-d’œuvre de Max Ophüls, adapté du roman éponyme de Louise Lévesque de Vilmorin. La fin tragique de ce mélodrame qui voit la mort de l’héroïne, interprétée par Danielle Darrieux, m’a fait penser au poème qu’écrivit la dame du « salon bleu » de Verrières-le-Buisson et qui ouvre le recueil Fiançailles pour rire, paru en 1939.  Il est intitulé « Mon cadavre est doux comme un gant.

 

Mon cadavre est doux comme un gant

Doux comme un gant de peau glacée

Et mes prunelles effacées

Font de mes yeux des cailloux blancs.

 

Deux cailloux blancs dans mon visage,

Dans le silence deux muets

Ombrés encore d’un secret

Et lourds du poids mort des images.

 

Mes doigts tant de fois égarés

Sont joints en attitude sainte

Appuyés au creux de mes plaintes

Au nœud de mon cœur arrêté.

 

Et mes deux pieds sont les montagnes,

Les deux derniers monts que j’ai vus

A la minute où j’ai perdu

La course que les années gagnent.

 

Mon  souvenir est ressemblant,

Enfants emportez-le bien vite,

Allez, allez, ma vie est dite.

Mon cadavre est doux comme un gant.

 Le salon bleu

Le salon bleu de Verrières-le-Buisson

 

Car la reine des soirées mondaines des années 50, la petite fiancée de Saint-Exupéry, l’égérie de Malraux, fut aussi une poétesse qu’Edmonde Charles-Roux n’a pas hésité à comparer à Louise Labé. Malraux, dans sa préface aux Poèmes de Louise de Vilmorin, édités chez Gallimard, s’en explique. Selon lui, elles possèdent toutes deux le fait d’avoir écrit « peu de poèmes, des amusements rhétoriques, une création en marge de [leur] temps […], quelques cris inoubliables. » Femmes de grande culture, les deux Louise font résonner, à quelques siècles de distance, le « même son grave  […] à partir d’un domaine et d’un ton traditionnels, […] dans l’instant où la corde se brise ».

Dans le film de Max Ophüls, Madame de avoue : « La femme que j’étais a fait le malheur de celle que je suis devenue. » N’est-ce pas là ce malheur intime que celle qu’on appelait Maliciôse- du nom d’une  de ses œuvres, L’heure Maliciôse- sut exprimer dans ses meilleurs poèmes ? Ceux dont son dernier compagnon Malraux a dit qu’ « ils ont donné l’âme et la voix à un enchantement désespéré ».

 

Sources :

Poèmes, Louise de Vilmorin, Préface d’André Malraux (1970), Poésie/ Gallimard.

 

 

Pour le Jeudi en Poésie, Communauté Croqueurs de Mots.

 

 

Jeudi 21 mai 2010

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18 mai 2010 2 18 /05 /mai /2010 15:06

 

Colombe anny duperey et sa fille 2 reference

  Anny Duperey (Madame Alexandra) et Sara Giraudeau (Colombe),

dans Colombe à La Comédie des Champs-Elysées

Crédit photos, gala.fr

 

Samedi 15 mai 2010, France 2 retransmettait la centième de Colombe de Jean Anouilh, mise en scène par Michel Fagadau, à La Comédie des Champs-Elysées. L'auteur aurait eu cent ans cette année.

Cette pièce (1951) en quatre actes appartient aux quatre pièces dites « brillantes » du dramaturge. Elle y tient une place particulière puisqu'elle porte le prénom d'une de ses filles. De plus, celui qui fut à vingt-deux ans le secrétaire de Louis Jouvet, de 1925 à 1930, y emploie un de ses procédés favoris, le théâtre dans le théâtre. Il y manifeste sa passion pour le monde de la scène, passion née au lycée Chaptal et favorisée par ses rencontres avec Cocteau et Jean Giraudoux. Par ailleurs, elle aurait pu tout autant être qualifiée de « grinçante » car on y retrouve les thèmes chers au dramaturge, le désir d’absolu, le refus d’un monde fondé sur l’hypocrisie et le mensonge, l’impossibilité de l’amour, la prééminence accordée au jeu théâtral.

 

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Affiche de Colombe en 1951, Décor d'André Barsacq,

Photos Les Amis de Jean Anouilh wordpress.com

 

Michel Fagadau, directeur de La Comédie des Champs-Elysées en propose ici une seconde mise en scène, après celle de 1996 avec Geneviève Page, Laure Marsac et Jean-Paul Roussillon. La pièce avait été créée en 1951 au Théâtre de l’Atelier, avec Danièle Delorme et Yves Robert dans les rôles-titres, dans une mise en scène d’André Barsacq, reprise en 1954. En 1974, Anouilh lui-même, assisté de Roland Piétri, l’avait montée avec Danièle Lebrun dans le rôle de Colombe et Lucette Garcia-Ville dans celui de Madame Alexandra.

 

 colombe-1951costume-d-armand-decorateur-a-barsacq

Costume pour Armand, dans la mise en scène d'André Barsacq (1951),

Photos Les Amis de Jean Anouilh wordpress.com

 

Si la pièce a intéressé Michel Fagadau, c’est parce qu’elle est pour lui, dans le cadre spectaculaire du théâtre, une sorte de « comédie humaine à la Balzac », drôle et acide, qui présente toute « une panoplie de comportements humains ». Il dit avoir tenté de se faire l’avocat de chacun des personnages, permettant ainsi au spectateur de prendre parti. Selon lui, Anouilh possède au plus haut point « le génie de la construction », combinant avec art des pastiches de Marivaux, la « petite musique de Musset », le drame bourgeois, la comédie de mœurs ou de caractère. A l’étroit dans la division traditionnelle des genres (tragédie, comédie, drame), il préfère donc classer ses pièces selon des indications de tonalité (noire, grinçante, rose, brillante) qui ne l’enferment pas dans un genre fixe.

 

colombe 2

Le salut de la troupe, Mise en scène de Michel Fagadau (2010),

Crédit photos Cat.S/Theota.com

 

La pièce permet sans doute de redécouvrir un dramaturge injustement qualifié de « bourgeois », grâce à une distribution exceptionnelle. Madame Alexandra, la comédienne rivale de Marie Dorval, est interprétée par Anny Duperey qui joue ici avec un abattage remarquable, déployant ainsi tout l’éventail de son talent comique. Colombe, sa belle-fille, à la fois ingénue et rouée, qui découvre les pouvoirs de sa féminité, lui donne la réplique en la personne de sa propre fille, Sara Giraudeau (déjà récompensée par le Molière de la Révélation féminine théâtrale en 2007, pour La Valse des pingouins de Patrich Haudeceoeur). Rufus, le secrétaire de la diva, joue un La Surette humble et trivial, et provoque le rire, comme naturellement. Les autres comédiens sont au diapason, chacun jouant sa partition sans faire de l'ombre aux autres. Jean-Paul Bordes, alias Poète-Chéri, s’en donne à cœur joie avec les outrances poétiques d’Emile Robinet, et Fabienne Chaudat (Madame Georges), en habilleuse, est une fine mouche du coche. De la rivalité entre les deux frères, Julien et Armand (Benjamin Bellecour en dandy épicurien et vain), on retiendra peut-être le rôle difficile du premier. Fils mal-aimé de Madame Alexandra, mari trompé de Colombe, c’est une sorte d’Alceste idéaliste que Grégori Baquet rend crédible avec rage et émotion.

 

colombe-colombe-et-julien-d-delorme-et-y-robert

Danièle Delorme (Colombe) et Yves Robert (Julien),

dans la mise en scène d'André Barsacq (1951)

Photos Les Amis de Jean Anouilh wordpresse.com 

 

Car, derrière les ors du théâtre, sous le chatoiement des costumes (inventifs et délirants de Pascale Bordet), dans les coursives de la coulisse (un décor fluide de Mathieu Dupuy qui allie la scène et les loges), c’est une famille qui se délite sous la plume d’Anouilh. Madame Alexandra, la comédienne tyrannique, a tout sacrifié à son art et a eu sept époux. Si elle chouchoute son fils Armand, qui lui ressemble par son goût de la vie et des plaisirs, elle refuse son amour à Julien, « emmerdant » comme son père. Colombe, quant à elle, que l’on croyait naïve et pure, va vite être fascinée par les vanités et les illusions que distille le théâtre. Son éducation sentimentale, sous l’égide de sa belle-mère, est orchestrée par les vieux beaux qui frétillent autour d’elle. Elle succombera sans remords aux charmes délétères de son beau-frère. Quelle jolie scène, par exemple, que celle où Armand le séducteur lui fait répéter son texte et où ni l’un ni l’autre (ni le spectateur) ne sait plus s’il s’agit de la vie ou de la comédie.

 

colombe-1951-loge-de-colombe-decorateur-andre-barsacq

La loge de Colombe, dans la mise en scène d'André Barsacq (1951)

Photos Les Amis de Jean Anouilh wordpress.com

 

La pièce analyse sans concession un monde où l’idéalisme et les beaux sentiments ne sont pas de mise. Dans le lieu du faux-semblant par excellence qu’est le théâtre, on ne sait ce qu’il faut préférer, de l’égoïsme pragmatique et forcené de Madame Alexandra ou de la rigide aspiration à l’Amour de Julien. Et pourquoi Colombe, devenue mère trop jeune, n’aurait-elle pas le droit de goûter à l’indépendance et à la liberté, elle qui n’a vécu jusque là qu’à travers les désirs de son mari ? La question paraît d’une brûlante actualité.

Dans cette pièce où l’idéalisme et la pureté ne résistent pas au réalisme et à la compromission, on reconnaît la lucidité cynique d’un Jean Anouilh moraliste qui écrivait : « Le mal et le bien, aux origines, cela a dû être ce qui faisait plaisir ou non. »

 

Sources :

Dictionnaire des Littératures de langue française, « Jean Anouilh », J. -P. de Beaumarchais, Daniel Couty, Alain Rey, Bordas, 1987.

http://www.canalacademie.com/ida5673-Colombe-Anouilh-entre-realisme-et.html

http://fr.wikipedia.org/wiki/Colombe_

 

 

Mardi 18 mai 2010

 

 

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18 mai 2010 2 18 /05 /mai /2010 07:23

 

le-cerf-et-la-vigne JJ granville

  Le cerf et la vigne, Jean-Ignace-Isidore Grandville (1803-1847)

 

On était en avril et, par un frais matin,

Un chevreuil intrépide s’en vint dans un jardin.

Oublieux des conseils prodigués par sa mère

Et portant haut ses bois, il n’était pas peu fier

De vivre sans licol : « Foin de ces fariboles ! »

  Il muse, il se hasarde, il va, il batifole ;

Arrachant les écorces, mâchant les jeunes tiges,

Et broutant la bourdaine, il est pris de vertige.

 

Il aperçoit la femme du maître de céans,

Qui lui paraît, ma foi, une assez belle enfant.

« Voilà donc, rêve-t-il, l’épouse qu’il me faut,

Les biches à côté d’elle n’ont rien que des défauts. »

Tout imbu de son charme, il flatte, il apprivoise,

La dame lui sourit, le don juan pavoise.

 

En s’approchant du gîte, quelle n’est pas sa surprise,

Au-delà des croisées, de voir la table mise !

« Que j’aimerais- dit-il- être convive ici ! »

Il l'ignorait encore, on l’y voyait aussi :

Non pas sur une chaise mais au fond de l’assiette,

En cuissot de chevreuil, sur un lit de sarriette.

 

On l’avait chapitré, c’est un bien grand malheur

De convoiter la femme dont l’époux est chasseur.

 

Fable librement inspirée par la venue insolite d’un chevreuil dans le jardin d’Alice (revesetecrituresdalice.over-blog.com)

 

Mardi 18 mai 2010

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17 mai 2010 1 17 /05 /mai /2010 08:39

 

L'Illusionniste

Photo Filip Goma

 

Du 9 avril 2010 au 06 juin 2010, le joli petit théâtre du Ranelagh prête son ambiance feutrée à la jeune troupe de Label Compagnie, dirigée par Tristan Petitgirard. Elle y interprète L’Illusionniste de Sacha Guitry, une œuvre assez méconnue de Monsieur Moâ, sur le désir et la manipulation.

Cette pièce, rarement représentée, fut créée le 28 novembre 1917 au Théâtre des Bouffes-Parisiens. Sacha Guitry (il avait alors trente-cinq ans et n'était pas encore séparé d'Yvonne Printemps) y jouait le rôle-titre, celui de Teddy Brooks alias Paul Dufresne, Yvonne Printemps était Miss Hopkins et Pauline Carton jouait Honorine la bonne. En 1955, la télévision en diffusa une mise en scène avec Annie Girardot. Elle n’avait pas été reprise depuis l’interprétation de Jean-Claude Brialy, il y a vingt ans, aux Bouffes-Parisiens, comme pour la première.

 

L'Illusionniste 3

  Photo Filip Goma

 

Tristan Petitgirard, dont c’est la dixième mise en scène, a souhaité reprendre cette comédie en trois actes parce qu’il considère que c’est l’une des très grandes pièces de Guitry. Certes les thèmes y sont particulièrement riches (le désir, la vie d’artiste, la bourgeoisie), mais surtout, il en retient l’aspect charnel et l’analyse aiguë de la psychologie féminine.

La trame reprend le trio classique du boulevard, en le plaçant dans les milieux du music-hall pendant la Grande Guerre. Teddy Brooks est un magicien qui manipule aussi bien les cartes que les cœurs. Il fascine Miss Hopkins, subjuguée par le verbe du séducteur, et il jette son dévolu sur Jacqueline, la bourgeoise mondaine, en mal d’aventures, et que son amant Albert Cahen ennuie. Mais au jeu de la séduction, tel sera pris qui croyait prendre.

 

L'Illusionniste 2

Photo Filip Goma

 

Tristan Petitgirard propose une mise en scène très « classique » de cette pièce, dont son père Laurent Petitgirad a composé la musique, et notamment une très jolie valse. Elle compte à l’origine sept personnages qui ne sont plus que six, les rôles des deux assistants du magicien ayant été réunis.

Le metteur en scène précise  qu’il est malaisé d’obtenir les droits des pièces de Guitry,  Mme Aubart la gardienne du temple ne les accordant qu’aux metteurs en scène qui « respectent l’auteur » et ne le montent pas d’une manière moderne. Mais ce parti-pris d’inscrire l’œuvre dans l’époque des Années folles ne dessert nullement le propos. Tristan Petitgirard s’est plu à l’évocation de cette période où le public se pressait au music-hall pour applaudir la femme-canon, le pétomane, l’homme-serpent ou la femme à barbe. C’est le temps des soupers chez Maxim’s et d’une vie folle, dédiée tout entière aux arts et à la scène, même si l’on est en temps de guerre.

La pièce est le révélateur de l’amour de Guitry pour le théâtre. L’action débute dans une loge de théâtre, où un paravent voisine avec des affiches. Le metteur en scène nous donne ainsi à voir une première scène d’illusion très réussie. L’on y voit, de la coulisse, flanquée de deux miroirs côté cour et côté jardin, derrière un mince rideau transparent, Teddy Brooks réaliser un tour de magie. Il fait disparaître une femme, tandis que des spectateurs le regardent. Guitry lui-même s’était longuement entraîné au point de devenir pour ce rôle un excellent prestidigitateur. On apprend à cette occasion l’origine de l’expression « Passez muscade ». Par la suite, Teddy Brooks fera en effet apparaître et disparaître Jacqueline de sa vie. Mise en abyme et trompe-l’œil pour le public réel de la pièce, au-delà du quatrième mur du théâtre. Le ton est donné.

Par ailleurs, le plateau est utilisé avec intelligence. Tristan Petitgirard a en quelque sorte prolongé le décor du Théâtre du Ranelagh sur la scène. L’escalier de l’avant-scène permet subtilement à Teddy Brooks d’entraîner Jacqueline dans un monde rêvé. Quant aux changements de décor, ils se font à vue, orchestrés par les déambulations et les gestes du magicien.

Ce dernier, dans le troisième acte, fait un tableau très complet de la vie d’artiste : une vie de voyages, de haltes quotidiennes dans des hôtels toujours différents, mais une existence de liberté et de rêve que Jacqueline la bourgeoise sera incapable d’assumer. C’est pourquoi les artistes aiment en général ceux qui font le même métier qu’eux : « Ils sont libres aux mêmes heures que nous », déclare avec humour Teddy Brooks. « Il n’y a rien de pire que le vulgaire » disait Guitry, « si ce n’est le bourgeois. » Jacqueline, amoureuse de sa sécurité, ne pourra envisager d’adopter cette liberté qui ne peut se soumettre à la vie traditionnelle. La vision du monde artiste que propose ici Guitry est déjà très moderne.

Ce personnage d’artiste, flamboyant et séduisant, est interprété par Philippe Stellaire, dont l’allure, le timbre et le phrasé sont fidèles à Sacha Guitry lui-même. Le comédien, qui joue Guitry pour la première fois, dit aimer interpréter ces variations subtiles créées par l’auteur avec légèreté et fantaisie. Il reconnaît que « c’est merveilleux de se sentir brillant pendant plus d’une heure » ; il apprécie le modernisme du propos, la modernité de l’écriture, cet esprit si français, fait de sincérité et de travail.

On retrouve ici ce type d’homme si fréquemment représenté dans le théâtre de Guitry, cet homme à femmes, en quête de plaisir, qui porte un regard aigu sur la gent féminine. « Si la femme était bonne, Dieu en aurait une » proclamait-il. Certes, dans la pièce, « l’homme et le femme veulent la même chose, mais pas de la même façon ». Mais Teddy Brooks devra aller aux confins de son imagination pour la séduire et Jacqueline Beauchamps sera déchirée entre son désir et son orgueil. Il lui promettra une vie de rêve afin de passer une nuit avec elle.  Au petit matin, il partira avec la chanteuse, Miss Hopkins, une artiste comme lui.

 

L'Illuisionniste 4-copie-1

Photo Filip Goma 

 

La pièce fait l’éloge du moment présent et de la non-culpabilité. « Ne regrettez rien » dit le séducteur à Jacqueline, « puisque vous avez pris du plaisir ». Derrière cet hédonisme, on découvre cependant beaucoup de lucidité et de cruauté. La langue spirituelle de Guitry est une manière élégante de masquer la souffrance des êtres. Tout est dit par exemple lorsque Albert Cahen (joué par Tristan Petitgirard ), renvoyé par Jacqueline au cours d’une scène de ménage homérique, réalise son infortune en  ramassant une carte qui a glissé sous le canapé. Dans cette comédie de boulevard en demi-teinte, Guitry propose une vision douce-amère, dans laquelle le comique peut être douloureux parce qu’il est humain.

Ainsi, dans ce théâtre brillant qu’on ne peut cependant réduire au verbe, dans cette pièce où les personnages s’efforcent d’aller jusqu’au bout de leur rêves, on reconnaît bien l’art inimitable de celui qui écrivait : « Les femmes désirent ce qu’elles aiment, les hommes aiment ce qu’ils désirent. »

 

Sources :

http://www.ruedutheatre.eu/article/892/l-illusionniste/

Interview de Philippe Stellaire et Tristan Petitgirard sur Radio-Bleue

http://www.artistikrezo.com/actualites/Theatre.lillusionniste-theatre-ranelagh.html

Crédits photos :

http://creativescommons.org/licenses/by/2.0/deed.fr

http://www.flickr.com/photos/miss-hopkins/4515810318/

http://www.flickr.com/photos/miss-hopkins/4515773512/

http://www.flickr.com/photos/miss-hopkins/5224769886/

http://www.flickr.com/photos/miss-hopkins/4515140759/

 

 

 

Jeudi 13 mai 2010

 

 

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16 mai 2010 7 16 /05 /mai /2010 15:38

P1000548

Lotus, Jardin de Pamplemousses, Ile Maurice, mars 2010

  

Jardin de Pamplemousses

La saison est très douce

Mois de mars

Pluie éparse

 

Avenue Pope Hennessy

Aérien surgit

Bataillon de soldats

Le Nelumbo nucifera

 

  P1000545

 

Mystique nymphéa

Du siège de Bouddha

Efflorescence étale

La roue à huit pétales

 

île maurice 114 

 

Graine et fleur à la fois

Lentement elle croît

Blancheur née du limon

Energie et tension

 

De l’eau à la lumière

Une beauté première

Inspiration senteur

De la boue à la fleur

 

Au bassin des lotus

 

 île maurice 119

  Le bassin des lotus, Jardin de Pamplemousses, Ile Maurice, Mars 2010

 

 

 

 

Dimanche 16 mai 2010

 

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