Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
16 janvier 2014 4 16 /01 /janvier /2014 22:15

pasolini-et-son-frere.jpg 

      Pier Paolo Pasolini et son frère Guido

 

Ma fille m'a offert pour Noël un recueil de poèmes de Pier Paolo Pasolini, intitulé Adulte ? Jamais, dans une belle édition bilingue. Ces poèmes, choisis, présentés et traduits de l'italien par René de Ceccaty, sont pour moi une véritable découverte, ignorante que j'étais de cet autre pan de l'oeuvre du cinéaste italien au destin tragique. Ce sont pour la plupart des textes inédits qui n'avaient jamais été traduits.

Je vous propose ici un court poème, "Le miroir", extrait de Le Cose (Les choses, 1943-1947). Le projet ne fut pas publié du vivant de Pasolini. En 1962, il publiera un roman intitulé Il sogno di una cosa (Le Rêve d'une chose, Gallimard, 1965), écrit à son arrivée à Rome en 1950.


Le miroir


Nu le miroir contemple

La solitude en lui-même,

Un ciel blanc et immense

Qui scintille dans le néant.

C'est le plafond. C'est l'ennui

De mon enfance.

Oui, là, sur l'argent lisse

Il y a la main très ancienne

D'Abel petit garçon.


Lo specchio

 

Nudo lo specchio garda

in sé la solitudine,

un cielo bianco e immenso

che scintilla nel nulla.

E il soffitto. E la noja

della mia fanciullezza.

Si, li nel liscio argento

c'è la mano antichissima

d'Abele fanciullino.

 

En quelques vers, à travers cet objet ô combien symbolique qu'est le miroir, le poète nous fait ressentir la solitude extrême de son enfance. Dans le miroir, aucun visage humain, mais une étendue vaste, désertée, sans couleur. Seul la traverse (comme un appel au secours, un geste de défense ou une invite) la main d'un petit Abel, dont le nom évoque toutes les violences du monde. On sait que les deux frères Pasolini mourront assassinés, Guido par des partisans titoistes, Pier Paolo par Pino Pelosi mais celui-ci n'était sans doute pas seul.

 

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Jeanne Fadosi : concret

 

 

 

 

 

 


 



Repost 0
Published by Catheau - dans Dits de poètes
commenter cet article
16 janvier 2014 4 16 /01 /janvier /2014 08:29

 homme-zodiacal.jpg

      "L'homme zodiacal ou l'homme anatomique", enluminure des frères de Limbourg,

Très Riches Heures du duc de Berry

 

Ô vous ma belle Ursine dont le corps est d'ivoire

Et dont les cheveux d'or sont reflets de soleil

Vous ma céleste soeur ma jumelle-miroir

Captive vous ferai dans l'orbe des merveilles

 

En vous sera le ciel et l'eau et puis la terre

En vous les univers connus et inconnus

La magique mandorle unira nos chimères

Nos deux corps amoureux nos âmes ambiguës

 

Du Zodiaque absolu le temps viendra toujours

Et j'y ajouterai l'ours noir et le cygne

Gémeaux nous brillerons à l'éther de l'Amour

Dans la constellation seront Jean et Ursine  

 

Pour Mil et Une,

sur l'enluminure des frères de Limbourg, "L'homme zodiacal",

dans Les Très Riches Heures du duc de Berry

 

 

 


Repost 0
13 janvier 2014 1 13 /01 /janvier /2014 09:26

 

 munro-the-new-yorker.jpg

Alice Munro (Phot The New Yorker)

 

 

Le 02 janvier 2014, à la gare de Lille d’où je quittais mon Nord, j’ai acheté Fugitives (Runaway) (2008), un recueil de nouvelles de l’écrivain d’un autre Nord, la Canadienne Alice Munro (Prix Nobel de Littérature 2013). J’ai été happée par les huit histoires qui racontent les fuites désirées mais toujours avortées de ses héroïnes féminines, dans le cadre des années 60. J’ajouterai que la traduction par Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso en est remarquable.

La nouvelliste possède au plus haut degré l’art de conter en un minimum de pages ces moments intenses où tout pourrait basculer, changer, infléchir le cours d’une vie. Mais les habitudes, le manque de courage, le hasard, font rentrer ses héroïnes dans le rang.

La première nouvelle, qui donne son titre à l’ensemble du recueil, est ainsi emblématique de l’atmosphère mélancolique et douce-amère de l’œuvre. Carla, qui travaille avec son mari Clark dans un centre équestre, se décide un jour à partir pour « prendre en charge sa propre vie ». Elle n’ira pas jusqu’au bout de son voyage car elle s’interroge soudain en pensant au regard de son mari sur elle: « Mais qu’est-ce qui compterait pour elle ? Comment saurait-elle qu’elle était vivante ? » Tout comme sa petite chèvre Flora qui avait disparu peu de temps avant sa propre fuite, elle revient au bercail. Mais que deviendra-t-elle ? Le soir, à  la lisière des bois, « c’était comme si une aiguille meurtrière s’était logée quelque part dans ses poumons et qu’en respirant prudemment elle pouvait éviter de la sentir. » Et elle se dit qu’ « il n’y avait peut-être rien là-bas ».

Les trois nouvelles suivantes, « Hasard », « Bientôt » et « Silence », racontent les grandes étapes de la vie de Juliet, une jeune doctorante en Lettres classiques qui « va catastrophiquement bien ». La première nouvelle conte sa rencontre dans un train avec Eric, un pêcheur qui deviendra son compagnon. Elle s’opère alors que la jeune femme éprouve un intense sentiment de culpabilité à la suite du suicide sur la voie d’un passager que Juliet vient d’éconduire. L’ « Affreux Bruit Sourd » la poursuivra longtemps.

« Bientôt » met en scène son difficile retour au domicile de ses parents, Sam et Sara, en compagnie de sa fille Pénélope, âgée de treize mois. Elle comprendra qu’elle n’aurait jamais dû y revenir : sa mère sombre dans la maladie d’Alzheimer, son père s’est entiché d’Irène la femme de ménage, le pasteur lui reproche sa profession d’athéisme : « Elle songea qu’un déplacement avait dû intervenir à cette époque-là, et qu’elle ne se rappelait pas. Un déplacement concernant son foyer […] le lieu où elle avait été chez elle avant, toute sa vie d’avant. » Et surtout, elle a fait défaut à sa mère (« Elle n’avait pas protégé Sara »), sa mère qui ne semblait tenir bon que parce qu’elle se disait : « Bientôt, je verrai Juliet . »

Enfin, « Silence » évoque la douloureuse quête de Juliet après la disparition de sa fille Pénélope. Au Centre d’Equilibre Spirituel où elle croit retrouver sa fille, elle s’entend dire par la Mère Shipton que Penelope l’a quittée parce qu’elle était « affamée de choses qui ne lui étaient pas accessibles dans son foyer ». Juliet s’identifie alors à la reine d’Ethiopie de l’œuvre d’Héliodore, Ethiopiques. Après avoir confié sa fille aux gymnosophistes, elle part à sa recherche car elle a été enlevée par Théagène, un noble thessalien. Après le naufrage de son mari Eric, des hommes se succèderont auprès de Juliet. Sa vie se continue dans le silence et la solitude : « Elle  espère comme les gens espèrent sans se faire d’illusion des aubaines imméritées, des rémissions spontanées, des choses comme ça. »

« Passion » se passe dans la vallée de l’Ottawa. C’est l’histoire de Grace, qui travaille dans un restaurant et dont Maury Travers tombe amoureux. A l’occasion de la célébration de Thanksgiving, elle se blesse au pied et est emmenée à l’hôpital par le demi-frère de Maury, Neil qui est médecin. Entre le jeune homme alcoolique et la jeune femme froide, c’est la révélation d’une reconnaissance intuitive, intime et secrète. Leur histoire ne durera que le temps d’une escapade où il lui apprend à conduire. Elle se terminera tragiquement. Et quand son fiancé Maury lui demandera : « Dis seulement que c’est lui qui te l’a fait faire. Dis seulement que tu ne voulais pas y aller », elle répondra laconiquement : « Je voulais y aller. »

« Offenses » retrace les angoisses de  Lauren, la fille de Harry et Eileen. Le conseil que son père lui a donné, c’est d’ « être à l’écoute ». Elle ne le sera que trop en découvrant un carton qui renferme des cendres, dont son père lui explique qu’elles sont celles d’une petite fille morte avant sa naissance. Et on a aura beau dire à Lauren qu’elle fut la bienvenue au foyer de ses parents, le doute s’insinue en elle. Il sera entretenu par Delphine dont Lauren devient l’amie, celle-ci lui laissant entendre qu’elle a été adoptée et qu’elle serait sa fille biologique. Et même si elle lui répète « Tu n’as aucune raison de t’inquiéter de quoi que ce soit », la vie de Lauren en est bouleversée. Malgré d’ultimes révélations, Lauren  sait que désormais « la seule chose à faire  était de prendre son mal en patience ».

« Subterfuges » met en scène Robin, une infirmière de vingt-six ans, qui vit avec une sœur handicapée plus âgée, Joanne.  Solitaire, « elle attendait voilà tout, comme si elle avait eu quinze ans, et n’était que par moments affrontée à sa vraie situation. » Chaque été, elle a pris l’habitude d’aller à Stratford voir au théâtre une pièce de Shakespeare. Cette année-là, elle rencontre l’horloger Danilo Adzic qui doit retourner momentanément dans son pays. Elle aura la chance « de se faire embrasser sur un quai de gare et se faire entendre dire de revenir dans un an ». Mais le hasard méchant déjouera ce projet amoureux et les subterfuges de Shakespeare- qui auraient pu l’alerter-  ne lui serviront de rien. Ce jour-là, c’est à cause d’une robe verte que Robin se retrouvera seule pour la vie : « A cause de la femme de la teinturerie, de l’enfant malade, elle n’avait pas mis ce qu’il fallait. »

La dernière nouvelle, « Pouvoirs », se présente en partie sous la forme d’un journal, en partie sous une forme narrative à la 3ème personne, en partie encore sous forme de lettres. La narratrice, Nancy, qui travaille avec son père dans la scierie de ce dernier, appartient à un groupe de lecture et elle est plongée dans la lecture de La Divine Comédie de Dante. Comme elle « aurai[t] accepté une tasse de thé », elle accepte d’épouser Wilf, un médecin. A l’occasion de son mariage, elle fait la connaissance de Ollie, qui a subi un pneumothorax, et avec qui elle s’entend très bien : ils sont comme deux enfants. Elle rencontre aussi Tessa qui possède des dons divinatoires. Par la suite, on apprend que Tessa et Ollie se sont mariés  et qu’ils ont vécu en utilisant les dons de Tessa et en se prêtant à des expériences pour la communauté scientifique. Le hasard remettra Nancy en présence de Tessa internée dans un centre psychiatrique et de Ollie, devenu alcoolique.  En sa présence, elle éprouvera « une perplexité croissante, puis un sentiment de déception […] puis une tristesse envahir tout son être ». En le revoyant, Nancy comprend ce qu’elle a perdu : « Ils avaient reculé devant ce désir quel qu’il fût voilà bien des années, et il leur fallait certainement en faire autant à présent qu’ils étaient vieux – pas terriblement vieux, mais assez vieux pour sembler disgracieux et absurdes. » A la fin, pourtant, Nancy semble échapper à l’emprise des pouvoirs de Tessa et de Ollie sur elle : « On dirait que quelqu’un de calme et de décidé –s’agirait-il de Wilf ? – a entrepris de […] l’emmener doucement , inexorablement, loin de ce qui commence à se désagréger derrière elle, se désagréger et s’assombrir tendrement pour se résoudre en une apparence de suie, une douceur de cendre. »

Dans ce recueil, j’ai aimé ces êtres de fuite, ces femmes qui rappellent toutes la chanson des Beatles, « She’s leaving home ».  L’écrivain saisit ses héroïnes dans cet entre-deux où elles ne savent plus très bien qui elles sont et ce qu’elles veulent vraiment. Certes, elle sont intelligentes, elles lisent - de Shakespeare à Tostoï en passant par Thomas Gray ou Wordsworth - elles sont courageuses. Mais il est en elles une faille comme ce « trou béant dans [l]a poitrine » de Robin et qui ne cesse de se creuser au fur et à mesure que les années passent. Alice Munro connaît l’art d’explorer les non-dits, les vacillement, les hésitations de la mémoire. Ainsi Juliet croyait que Penelope aimait son père quand, avec surprise,  elle l’entend dire : « Bah ! je le connaissais à peine ! »

La novelliste canadienne dit aussi admirablement les moments-clés de l’existence : « Décrivant ce passage, ce changement dans sa vie, plus tard Grace aurait pu dire – et dit effectivement - que c’était comme si une grille s’était refermée à grand bruit derrière elle. » Il en va de même pour la force terrible du chagrin, tel que l’éprouve Juliet : « C’est donc cela le chagrin. Elle a l’impression qu’un sac de ciment déversé en elle a rapidement durci. »

Chez l’écrivain, j’ai admiré la maîtrise de l’emploi du flash-back qui permet de créer le puzzle émouvant de la vie de ses héroïnes. Passé et présent se mêlent avec complexité mais harmonie et recomposent une mémoire sensible qui a retenu une phrase, un détail, marquants, dans l'espoir de cerner ce que furent les êtres. Ainsi de son fils Neil Mme Travers n’avait-elle pas dit en citant Thomas Gray : « Il est profond comme les gouffres insondables de l’océan qui portent » ? Olivier Cohen (dans son article « Alice Munro a réinventé la nouvelle ») le souligne très bien : « C’est un écrivain d’une puissance exceptionnelle, avec une capacité d’évocation très forte. Elle met en lumière, d’une façon frappante, des personnages face à des choix de vie déterminants, - souvent liés à une relation amoureuse - , un peu comme le ferait un metteur en scène de théâtre. »

Alors que les nouvelles de Joyce Carol Oates (que j’aime aussi énormément) mettent en scène des héroïnes border-line ou victimes de terribles violences, Alice Munro nous propose des femmes  tout ce qu’il y a de plus banales. Comme Carla, l’héroïne de la première nouvelle, elles éprouvent intensément « le besoin d’un genre de vie plus authentique ». Telle Juliet, elles ne cessent aussi de dire « j’aurais dû » ; à l’instar de Grace, elles ne veulent surtout pas être des poupées égoïstes « avec  un pois chiche dans le cerveau ».

C’est ainsi qu’avec un art consommé d’une stylisation à la Tchékhov, Munro trace pour son lecteur des lignes de fuite jamais atteintes par ses héroïnes ; celles-ci n’en sont ainsi que plus vulnérables et plus émouvantes.

 

Fugitives, Alice Munro, Points, P2205

 

 

 


 

Repost 0
Published by Catheau - dans Lectures
commenter cet article
9 janvier 2014 4 09 /01 /janvier /2014 14:55

 

 Moriarty-Steph.JPG

La dédicace de Steph Moriarty sur le dernier album, Fugitives

(Photo ex-libris.over-blog.com, 24 décembre 2013)

 

Pour la deuxième ou la troisième fois, nous avons passé la soirée de Noël avec la famille de ma belle-fille, dont le cousin germain est le guitariste et contrebassiste du groupe Moriarty. Architecte de formation, il en est l'un des cinq membres masculins avec Thomas Puéchavy, Arthur B.Gillette, Charles Camignac et Eric Tafani, Rosemary Standley en étant la chanteuse. L’occasion, pour celui qui se surnomme Steph Moriarty, de nous dédicacer le dernier album du groupe intitulé Fugitives qu’il nous a gentiment offert. A main levée, sur la pochette conçue par lui, Clement Deuwe et Ondine Pannet, il nous a dessiné un de ces personnages de vagabonds qui sont au cœur de ce dernier opus. En effet, sur la pochette du  CD, on peut lire qu’il est un essai « to capture the elusive spirits haunting the tales of ghosts, thieves, outlaws and assassins… » 

Ce CD reprend donc les vieilles ballades des ancêtres du folk que sont Woodie Guthrie, Hank Williams et encore d’autres textes plus anciens dont on a perdu l’origine exacte. Mais il s’agit toujours d’histoires de mauvais garçons en perdition, de femmes aimées et abandonnées, d’êtres en errance sur la route. L’harmonica, la cithare électrique, le banjo, la guitare électrique, la variété des percussions, le rythme bien marqué, la voix claire de Rosemary Standley, dont on aime les aigus légers, confèrent à l’ensemble ce charme si particulier qui est la marque de fabrique de ce groupe atypique.

Atypique d’abord peut-être par le nom qu’il s’est choisi : Moriarty. On sait qu’il s’agit de Dean Moriarty, le nom du personnage de Sur la route (1957) de Jack Kerouac. On pourra s’étonner du choix d’un tel patronyme, celui de l’ami de Sal Paradise, mi-ange, mi-démon et devenu l’ « âme du Beat ». Substitut de Neal Cassidy, l’ami réel de Kerouac, il a « passé un tiers de sa vie dans les salles de billard, un tiers en prison et un tiers dans les bibliothèques publiques ». Sans doute est-ce parce que la parole de l'écrivain américain est une parole libre, pleine d'énergie, à l'image de ce qu'aspire à être celle de Moriarty.

Et tout comme le roman de Kerouac s’est construit au cours des nombreux voyages entre l’Est et l’Ouest américain, les chansons du groupe se créent, s’affinent, se précisent, trouvent leur tonalité juste au cours des tournées. Ainsi le groupe peut partir sur la route alors que le disque n’est pas encore enregistré et le public incarne alors le rôle d’agent extérieur avec lequel il faut jouer et composer.

Cet esprit d’indépendance, de liberté, qui est celui du personnage littéraire, s’exprime par ailleurs dans la volonté du groupe de s’affranchir des contraintes matérielles du show bizz. Après avoir enregistré son premier album (Gee Whiz But This Is a Lonesome Town, 2007) chez Naïve, il a choisi, en 2010, de créer sa propre maison de production, Air Rytmo « afin de se réconcilier avec sa propre lenteur » et de créer sans contraintes, à son propre rythme.

Steph Moriarty, dans une interview passionnante à Parallèle[s] explique le choix de ce nom surprenant. Six membres du groupe viennent d’horizons divers et ont des attaches notamment avec les Etats-Unis. Tout comme les personnages de Kerouac remettent en question certains aspects de la civilisation américaines, plusieurs de leurs parents ont fait ainsi le choix de quitter l’Amérique pour la vieille Europe.

Moriarty-Steph-3.JPG

Steph Moriarty en train de dessiner sa dédicace sur l'album Fugitives

(Phot ex-libris.over-blog.com, le 24 décembre 2013)

 

Le contrebassiste poursuit en précisant que, pour le groupe, Kerouac est en fait un « stimulus de départ », qui joue le rôle de « déclenchement de la mémoire ». Il en retient la fluidité et la musicalité d’une prose spontanée. Il en aime la liberté de l’improvisation jazz qui invite à la surprise. Steph Moriarty reconnaît qu’au fil des concerts, des rencontres, le groupe découvre « un nouveau sens à ce nom ». Ce patronyme n’est-il pas irlandais, l'Irlande, ce peuple de voyageurs parti aux Etats-Unis et jusque dans la lointaine Australie ? A Adélaïde, au cours d’une de leurs tournées, les membres du groupe ont ainsi rencontré des Australiens, curieux de connaître ces musiciens qui avaient le même nom qu’eux !

Enfin, le musicien reconnaît, qu’au-delà de Kerouac, c’est sans doute le thème de l’immigration qui est fondateur et fédérateur. Soit l’immigration volontaire dont on vient de parler, soit l’immigration forcée, l’exil, qui est au cœur notamment de sa propre famille. Chaque membre du groupe a une culture musicale et des goûts différents ; pourtant, créant et composant ensemble, ils sont conduits inévitablement vers une forme de "créolisation de la musique", qui leur permet de faire vivre un langage commun.

C’est cela que j’aime dans la philosophie de ce groupe : tout comme les personnages de Kerouac sont ouverts à l’imprévu de toutes les rencontres, les membres de ce groupe, issus d’horizons différents, nous invitent à nous ouvrir à la culture de l’autre, celui que l’on rencontrera sur « sa » route.

 

Moriarty-Steph-2.JPG

      Steph Moriarty

(Photo ex-libris.over-blog.com, 24 décembre 2013, Effet Holga)

 

 

Sources :

Le site de Moriarty : link

Parallèle[s], interview de Steph Moriarty

Daily Rock, interview de Rosemary Standley et Stephan Zimmerli

 

 


 

Repost 0
Published by Catheau - dans Chansons
commenter cet article
5 janvier 2014 7 05 /01 /janvier /2014 17:32

 

Peder-Severin-Kroyer-Hip-hip-hurrah.jpg

Hip, Hip, Hurrah, Peder Severin Kroyer

 

A tous mes lecteurs fidèles ou de passage,

à tous ceux qui me laissent un commentaire toujours amical,

ou le petit « J’aime » de FaceBook,

aux lecteurs étrangers qui me permettent de lire mes pages traduites dans d’autres                                                                                                                      [langues

– et c’est toujours une étrange impression –

aux auteurs courtois qui me laissent un mot,

Jérôme Garcin, Angélique Villeneuve, Nicole Uzan…

aux étudiants de BTS qui aiment mon billet sur Le Petit Chaperon Rouge et                                                                                                           [Bettelheim, link

aux amateurs d’art que surprend L’Ascension du Christ de Salvador Dali, link

aux cinéphiles qui ont la nostalgie du Tadzio de Visconti, link

à ceux qui sont fascinés comme moi par Alice dans le miroir de Balthus, link

à ceux qui pratiquent l’art de la conversation, comme dans Ridiculelink

à ceux qui rêvent d’un voyage initiatique comme celui de Baudelaire à l’île Maurice, link

à ceux qui cherchent le mot juste comme Joseph Grand dans La Pestelink

 

je souhaite une  belle année

de lecture,

d’écriture,

d’aventure,

d’ouverture

au futur.

 

 

Depuis le 06 février 2009, date de la création de mon blog, j’ai publié 934 billets, eu à ce jour 265.677 visites, reçu 4.100 commentaires et 508.826 pages ont été lues (ou parcourues). Merci à tous mes lecteurs.

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Repost 0
Published by Catheau - dans Textes libres
commenter cet article
4 janvier 2014 6 04 /01 /janvier /2014 11:41

feux.JPG

Feu d'artifice de Sydney, vu de Vaucluse

(Photo ex-libris.over-blog.com, 31 décembre 2012, à minuit)

 

Dans les années profondes

de la nuit froide

du port

les étoiles éternelles

fixent

les flammes éphémères

des factices

feux d’artifice

 

Dunkerque, à minuit,

mardi 31 décembre 2013

 

feux-4.JPG

Feu d'artifice de Sydney, vu de Vaucluse

(Photo ex-libris.over-blog.com, 31 décembre 2012, à minuit)

 



Repost 0
3 janvier 2014 5 03 /01 /janvier /2014 22:55

plage-1.JPG

Sur la plage de Malo

(Photo ex-libris.over-blog.com, 29 décembre 2013)

 

 

Mer au soleil

Digue dans l’ombre

Phare dans le ciel

Chiens dans les flaques

Marcheurs dans le froid

 

Plage en hiver

 

Sur la plage de Malo,

dimanche 29 décembre 2013

 

plage-chien.JPG

Promeneurs et chien sur la plage de Malo

(Photo ex-libris.over-blog.com, dimanche 29 décembre 2013)

 

 


Repost 0
Published by Catheau - dans Poèmes de saison
commenter cet article
25 décembre 2013 3 25 /12 /décembre /2013 00:00

 giotto-nativite-scenes-de-la-vied-u-christ-fresque-de-la-c.jpg

La Nativité, Giotto, Fresque de la chapelle Scravogni, Padoue

 

[...] Et aucune femme n'a eu de la sorte son Dieu pour elle seule, un Dieu tout petit qu'on peut prendre dans ses bras et couvrir de baisers, un Dieu tout chaud qui sourit et qui respire, un Dieu qu'on peut toucher et qui rit. Et c'est dans un de ces moments-là que je peindrais Marie si j'étais peintre (Jean-Paul Sartre, Bariona, Jeu de Noël).

 

J'ai découvert ce texte dans un livre intitulé Visages de Marie présentés par Jean Vanier. Ce dernier y propose des tableaux et des textes à la louange de la Vierge. J'ai été surprise de découvrir que ces lignes sont de Jean-Paul Sartre qui faisait profession d'athéisme. C'est à la demande du père jésuite Paul Feller, interné avec lui au stalag 12 en Allemagne, que le philosophe existentialiste l'écrivit pour le Noël 1940. Bariona ou le Jeu de la Douleur et de l'Espoir met en scène des villageois de Bethléem qui souffrent du joug romain. Devant leur misère, leur chef Bariona s'efforce de les dissuader de mettre des enfants au monde. Alors que le Mages s'approchent pour honorer Jésus à la crèche, Bariona tente d'atteindre l'Enfant avant eux dans l'intention de le tuer. Arrivé trop tard, il tombe à genoux comme les autres.

Dans le camp de Trêves, ce soir de Noël si particulier, Paul Feller jouera le rôle de Bariona et Jean-Paul Sartre celui de Balthazar...



Joyeux Noël à tous mes lecteurs !

 

 

 




 

Repost 0
Published by Catheau - dans Textes libres
commenter cet article
22 décembre 2013 7 22 /12 /décembre /2013 21:23

Sommeil-2.JPG

La neige sous mes fenêtres

(Photo ex-libris.over-blog.com, décembre 2010)

 

 

Blog en sommeil

 

 

 


Repost 0
Published by Catheau - dans Textes libres
commenter cet article
20 décembre 2013 5 20 /12 /décembre /2013 22:32

pseudo.jpg-pseudo-barbe.jpg

 Yann Quaraquillo (Emile Ajar et Paul Pavlowitch) dans Pseudo

Crédit Photos : Ernesto Timor


Jeudi 19 décembre 2013, les spectateurs du Théâtre Beaurepaire à Saumur avaient rendez-vous avec Emile Ajar, alias Paul Pavlowitch, alias Romain Gary… Seul en scène pour interpréter une adaptation de Pseudo, dans une mise en scène de Lucie Gougat et Jean-Louis Baille, le comédien Yann Karaquillo les a entraînés dans son délire existentiel sur les affres de la création littéraire et les questionnements identitaires.

Pendant une heure trente, ils ont vécu les angoisses de ce personnage interné dans la clinique danoise du docteur Christianssen, qui lutte avec son double et ses fantômes. Car le je qui s’exprime ne sait plus quelle est la part de lui-même (Ajar ou Pavlowitch)— qui a écrit La vie devant soi, ce roman du mystérieux Emile Ajar, lauréat du prix Goncourt en 1975.

C’est en effet en 1976 que paraît Pseudo, l’œuvre qui met en scène la célèbre mystification qui permit à Romain Gary – fait unique dans l’histoire littéraire – de recevoir deux fois le prestigieux prix, Les Racines du ciel l’ayant obtenu déjà en 1956. Peut-être est-ce dans une phase dépressive que Gary demanda à son petit-neveu Paul Pavlowitch (33 ans) de se prêter à ce jeu de rôles des plus hasardeux, jeu déjà entamé en 1974 lors de la publication de Gros-Câlin sous le patronyme d’Ajar, à l’insu même de son éditeur. On peut lire dans Pseudo : « J’ai signé le nouveau contrat comme le précédent : Emile Ajar. J’étais inquiet : ça faisait deux fois que j’utilisais le même nom, et j’ai une peur bleue de la mort. Mais le docteur Christianssen m’avait rassuré. Allez-y, le destin ne vous cherchera pas plus sous le nom d’Ajar que sous un autre. Il s’en fout. »

Gary lui propose alors à son petit-neveu d'endosser ce nom d’emprunt. Pavlowitch aime son oncle, il a lu tous ses livres et il accepte. Quand le Goncourt est attribué à La Vie devant soi, Gary fait écrire à son neveu une lettre de refus. Hervé Bazin, président de l’Académie Goncourt, répond que « l’Académie vote pour un livre, non pour un candidat. Le prix Goncourt ne peut ni s’accepter ni se refuser, pas plus que la naissance ou la mort. M. Ajar reste couronné. » Romain Gary conçut en fait un plaisir secret tout particulier à se voir décerner deux fois le Goncourt tandis que son neveu assurait le rôle de l’auteur auprès des médias et de l’opinion publique ; il n’avoua jamais la supercherie de son vivant. « Je suis Emile Ajar, écrit-il avec orgueil dans Pseudo. Je suis le fils de mes propres œuvres et le père des mêmes ! Je suis mon propre fils et mon propre père ! » C’est à Apostrophes, en juillet 1981, que Pavlowitch révèlera l’imposture mais son oncle s’était suicidé sept mois plus tôt (02 décembre 1980).

Celui que l’on connaît de son pseudonyme le plus célèbre, Romain Gary, s’appelait en réalité Roman Kacew : Ajar et Gary ne furent d’ailleurs pas ses seuls pseudonymes. En effet, il est aussi l’auteur d’un polar politique sous le nom de Shatan Bogat, Les Têtes de Stéphanie, et d’une allégorie satirique signée Fosco Sinibaldi, L’Homme à la colombe. On sait que Roman Kacew  chercha longtemps le bon pseudo avant de se décider pour celui de Gary. On remarquera que « gary » en russe signifie « brûle » et que « ajar » a le sens de « braise », toujours en russe. Cela n’est pas anodin pour un auteur passionné, en quête de lui-même, qui passa sa vie à «brûler ses vaisseaux ». Ce jeu complexe sur le double et le pseudonymes m'a fait penser à la pièce de Fernando Pessoa, Mort d'un hétéronyme, qui avait été jouée aussi à Saumur.

Le comédien, passionné par ce texte (c’est lui qui a demandé aux metteurs en scène de le diriger), est assis à l’avant-scène en position quasi fœtale sur un tabouret. Tout vêtu de gris, avec une simple écharpe de soie d’un rouge éteint, les mains et les genoux joints dans une attitude de repli sur soi, Yann Quaraquillo est étonnant dans le rôle de ce malade qui murmure à voix basse, de peur d’être entendu par le médecin, les infirmières, le monde entier peut-être. Il semble se méfier de tout et de tous et vouloir à toute force se protéger – protéger son manuscrit – des agressions extérieures.

Le monologue se transforme parfois en dialogue lorsqu’il converse avec Tonton Macoute, Pinochet, Plioutch, ou lorsqu’il s’affronte à un flic dans la ville de Cahors tout en promenant en laisse son python de compagnie. Sa voix jusque là atténuée, susurrée, murmurée, en sourdine, s’exaspère en violence pour hurler la souffrance du schizophrène incompris, de l’écrivain supplanté par son double. Cette présence obsédante du double se manifestera par un jeu de masque avec l'écharpe rouge, l'apparition d'une fausse barbe et d'une moustache postiche, par l'exhibition d'une tête monstrueuse pendant l'un des cauchemars.

Dans une logorrhée hallucinée qui mélange considérations cliniques et questions métaphysiques, l’homme s’interroge : tout chef d’œuvre ne s’écrit-il pas toujours au prix de l’horreur ? La vie n’est-elle pas sans cesse aux prises avec la peur ? On retrouve dans ces multiples questionnements angoissés le pessimisme affiché de Romain Gary : la crainte du réel, l’interrogation sur son identité (de son vrai nom Roman Kacew, il se demandait s’il n’était pas plutôt le fils d’un artiste du muet, Ivan Masjoukine), la méfiance innée vis-à-vis des politiques, la question de la judéité, le rejet d’un espoir illusoire. C’est bien le « spleen slave », ainsi que le dit sa première femme Lesley Blanch, qu’exprime ici ce « déprimé chronique ».

pseudo4

Les rêves du malade

Crédit Photos : Ernesto Timor

Les nuits du malade sont habitées par des créatures inquiétantes que fait apparaître la mise en scène : un homme à tête de souris, un homme avec un sac sur le chef, semblable à ceux que portent les prisonniers au secret, des mannequins décapités et blafards, silhouettes démultipliant une personnalité inconnue. Ces apparitions terrifiantes  naissent parmi des bruits discordants de courts-circuits (ceux des neurones qui disjonctent peut-être), des grésillements de postes de radio et, vers la fin de la pièce, des bruits de combats (explosions, sirènes…). La pièce se termine quand ces créatures monstrueuses envahissent le fond de scène tandis qu’un blanc nuage les recouvre peu à peu. Signifient-elles que l'auteur s'est définitivement laissé envahir par ses démons et qu'il a été pris à son propre piège ? Quant à Franck Roncière, on notera que son travail sur la lumière est particulièrement au service de cet univers cauchemardesque.

Lucie Gougat et Jean-Louis Baille ont adopté un parti pris radical pour adapter ce texte qui peut se lire comme l’itinéraire d’un écrivain tourmenté –  sinon maudit. Le spectateur qui n’est distrait par aucun détail – il n’y a pas de décor -  doit certes faire un effort pour s’accrocher à ce monologue singulier, non dénué d’un humour grinçant, dont le sens se révèle à lui peu à peu. S’il ignore le contexte de la supercherie littéraire que fut l’affaire Gary/Ajar, il risque de s’ennuyer et de décrocher. C’est le cas de quelques spectateurs qui ont profité du noir sur scène pour quitter discrètement la salle.

Quant aux autres, dont je fus, qui ont persévéré dans l’écoute, qui ont prêté une oreille attentive aux errements d’un créateur en proie à ses démons intérieurs, ils n’ont pu qu’acquiescer quand Ajar alias Pavlowitch leur a demandé : « Vous appelez ça folie, vous ? Pas moi. J’appelle ça légitime défense. »

 

A lire :

gary.corneille-moliere.com

 pseudo3

Le monde onirique de Pseudo

Crédit Photos : Ernesto Timor

 

 


Repost 0
Published by Catheau - dans Théâtre
commenter cet article

Présentation

  • : Ex-libris
  • Ex-libris
  • : Un blog pour lire, pour écrire, pour découvrir et s'étonner. "La Vie a plus de talent que nous" disait Nabokov.
  • Contact

ex-libris

 ex-libris

 

Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons-nous d'ahan

Ton cours vers d'autres nébuleuses

 

La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

Recherche