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25 avril 2014 5 25 /04 /avril /2014 03:59

                                                                                                               P1250794.JPG

 Le port de Singapour vers le soir, vu du téléphérique du Mont Faber

(Photo ex-libris.over-blog.com, Lundi  14 avril 2014)

 

 

 

 

 

 

Blog en pause

 

dans la ville du Merlion

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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9 avril 2014 3 09 /04 /avril /2014 07:18

 The-graham-children.jpg

      The Graham Children, William Hoggarth

 

 

 

On était au printemps, période enchanteresse,

Deux mandarins couvaient dans leur cage dorée.

Une chatte survient, gourmande et chasseresse,

Jalouse des amours des oiseaux désirés.

Sa patte de velours rapide et assassine

Renverse en un clin d’œil l’abri des amoureux

Qui s’envolent éperdus loin de la gent féline.

La maîtresse des lieux, ignorante du jeu,

Interdite, découvre les restes du saccage,

Le sable éparpillé et les œufs fracassés,

La graine aux quatre vents dans un vrai marécage,

Et l’os blanc de la seiche en deux parties brisé.

Nostalgique du chant de ses deux compagnons,

Elle s’apprête  à châtier la chatte meurtrière,

Elle pleure et récrimine, gémit et se morfond,

Quand soudain elle entend une chanson légère.

Derrière le maroquin et le vélin des livres,

Ses mandarins sont là, cachés dans l’ombre fraîche,

Attendant qu’une  main vienne et les en délivre.

Armée de l’épuisette d’un amateur de pêche, 

La dame les capture précautionneusement,

Et, leur lissant la plume d’une tendre caresse,

Remet  le doux duo dans sa cage céans,

Vilipendant la chatte et ses noires prouesses.


Craignant à juste titre de sa foudre connaître

Les cris, les jérémiades et les coups de bâton,

La chatte s’en vint vite entre les bras du maître,

Et échappa ainsi à l’abomination.

 

Moralité

 

Lorsque l’on est coupable d’un délit domestique,

Un protecteur puissant vaut toutes les tactiques.

 

Fable librement inspirée par la mésaventure survenue aux deux mandarins de mon amie Bénédicte

 

 

 

 


 

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6 avril 2014 7 06 /04 /avril /2014 21:51

 

 arbre-3.JPG

Le châtaignier de Pocé

(Photo ex-libris.over-blog.com, dimanche 06 avril 2014)

 

Dans l’après-midi doux

Au blanc soleil masqué

Sur le jaune colza

Et le blé vert poussant

Le ligneux châtaignier

Jette ses bras branchus


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Sur la tige élancée

Oursins abandonnés

Dans les sillons du tronc

Un soleil a poussé

Dessus son corps tout gris

Le ciel est en partance

 

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A l’ancre de la terre

Il nourrissait les pauvres

Et surveillait les bêtes

Il faisait les tonneaux

Et devenait charpente

En sa virilité

 

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Dans l’après-midi doux

Où chante le coucou

Sur son écorce ancienne

Je me suis appuyée

Pour ouïr le secret

De sa longévité

 

Pocé, dimanche 06 mars 2014

 

arbre-10.JPG

 

Photos ex-libris.over-blog.com, dimanche 6 avril 2014

 

 

 

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5 avril 2014 6 05 /04 /avril /2014 17:11

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 Nathalie Lermitte, Jacques Pessis, Aurélien Noël,

dans Piaf, Une vie en rose et noir

 

Jeudi 03 avril 2014, le Théâtre Beaurepaire à Saumur proposait aux spectateurs de se souvenir d’Edith Piaf. Dans le cadre du Festival des 1001 Voix, créé il y trois ans par Silvio Pacitto, Jacques Pessis et Aurélien Noël entouraient la comédienne et chanteuse Nathalie Lermitte pour une évocation vibrante de Edith Giovanna Gassion, plus connue sous le nom de la Môme Piaf.

Créée en 2004, la pièce avait été alors jouée dans cinq théâtres parisiens, avait fait une tournée en France et avait reçu une nomination aux Molière. Le trio avait ensuite été convié en Europe, en Russie, au Liban, à Dubaï, à Doha, jusqu’à Tahiti et Shangai à l’occasion de l’Exposition Universelle de 2010. Ecrit par Jacques Pessis, ce spectacle a fait l’objet d’une nouvelle mise en scène par Nathalie Lermitte en 2013 et connaît ainsi une seconde vie.

La pièce commence au moment où trois comédiens répètent le spectacle qu’ils s’apprêtent à jouer sur Edith Piaf. Ils sont dans le décor d’une loge de théâtre. A jardin, un canapé revêtu de velours frappé violet devant un portant où sont accrochés des vêtements de scène ; en fond de scène, une table de maquillage et un miroir ; à cour, une chaise pour le musicien du « piano du pauvre » et  un autre portant.

piaf--1--Noel-et-lermitte.jpg

Aurélien Noël, champion du monde d’accordéon en 1999 a signé les arrangements musicaux. Il interprète avec discrétion la silhouette des hommes qui ont traversé la vie de la chanteuse : Paul Meurisse et son chapeau, Yves Montand dans son habit de cow-boy, Charles Aznavour, le confident et l’ami fidèle, Georges Moustaki l’indolent, son « homme », le boxeur Marcel Cerdan, Théo Sarapo, le mari de la fin de sa vie.

Jacques Pessis joue le rôle du narrateur et il joue les différents mentors : Louis Leplée qui la découvrira et la lancera, le compositeur Raymond Asso qui fit d’elle une musicienne professionnelle, Bruno Coquatrix dont elle sauvera la salle de L’Olympia grâce à une tournée mémorable. Jacques Pessis conduit avec aisance ce spectacle en le ponctuant d’anecdotes qui rappellent la personnalité hors norme de la chanteuse légendaire.

Les hommes comptèrent beaucoup dans la vie d’Edith Piaf. Outre les chanteurs que j’ai déjà évoqués et qu’elle contribua souvent à lancer en les conseillant et en les encourageant, il y eut son père Louis Gassion, avec qui elle chanta dans des cirques itinérants puis dans la rue ;  Marcel Cerdan, son grand amour brisé en plein vol le 28 octobre 1949, sans oublier son premier mari, le chanteur Jacques Pills, un des Compagnons de la Chanson, Jean-Louis Jaubert, ou encore Jean Cocteau, avec qui elle s’était liée de grande amitié et qui mourut vingt-quatre heures après elle. On apprend que le cadeau de bienvenue d’Edith à ses hommes était toujours le même : un briquet, une montre, une gourmette en or !

Les deux comédiens masculins donnent la réplique à Nathalie Lhermitte, littéralement habitée par le rôle de la chanteuse. Elle a une manière très subtile de s'approprier son personnage en ne reprenant que certaines attitudes et quelques gestes d'Edith Piaf. Contrairement à Marion Cotillard qui l’avait interprétée au plus près dans le film La Môme, elle ne cherche pas à l’imiter, gardant par exemple ses cheveux blonds. Ne joue-t-elle l’actrice en répétition ? J’ai bien aimé cependant la fin du spectacle, lorsque, ayant revêtu la célèbre petite robe noire, elle met aussi  une perruque pour ressembler à Edith Piaf vieillissante et qu’elle l’enlève ensuite.

Nathalie Lermitte a su retrouver la gouaille et le franc-parler de la chanteuse des rues et ses répliques font souvent mouche dans la salle, laissant fuser les rires. On a pu aussi admirer ses dons pour imiter la sonnerie et les conversations téléphoniques !  Elle nous donne aussi à lire dans l’âme d’une femme à la vie traversée, mouvementée, qui ne se départit jamais d’un optimisme viscéral malgré les chagrins d'amour, l’addiction à la morphine et à l’alcool, les douleurs de la polyarthrite rhumatoïde, les nombreuses opérations : une vie en rose et noir !

Mais, surtout, Nathalie Lermitte interprète avec passion les chansons de Piaf, qui viennent ponctuer toujours avec justesse le récit de sa vie. Sa voix modulée et puissante a su atteindre le public au plus profond. Et il le lui a bien montré en lui faisant une standing ovation et en la bissant. La comédienne, longiligne et fragile, a ainsi exprimé avec passion et conviction l’art et l’âme de celle qui disait : « Si je n’étais pas chanteuse, je serais morte ! »

 

 

 

 


 

 

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5 avril 2014 6 05 /04 /avril /2014 09:31

 

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Moutons près d'une mare au Coudray-Macouard

(Photo ex-libris.over-blog.com, vendredi 4 mars 2014)

 

 

 

La clairière est verte

Blancs moutons dans le regain

C'est le printemps certes

 

 

 

En réponse au textoésie de Suzâme reçu le 02 avril 2014 à 8 h 29.

link

 

 

 

 


 


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3 avril 2014 4 03 /04 /avril /2014 15:37

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Jocelyne Tournier  

Samedi 22 mars, pour clôturer le Printemps des Poètes 2014, Claude, un ami de mon groupe de poésie, nous recevait chez lui. Il y avait invité  les Parisiennes Sophie Schneider et Jocelyne Tournier pour un spectacle poétique en appartement, intitulé Dans tes rêves.

Nous avions déjà rencontré Sophie Schneider, venue à Saumur pour Les Poétiques 2013, et membre du groupe des Coquecigrues. Rassemblés à l’initiative de Paul Guerre, directeur de la Maison de la Poésie, les participants de ce groupe disent « par cœur » des textes de poésie (http://www.franceculture.fr/emission-ca-rime-a-quoi-claude-guerre-et-les-par-coeuristes-2012-10-28). Sophie Schneider est par ailleurs professeur des écoles et la poésie lui est d’une grande aide dans l’apprentissage de la lecture.

Elle forme ici un duo avec Jocelyne Tournier, qui est comédienne et chanteuse. Mezzo-soprano, celle-ci a participé à de nombreux spectacles : La Funambule, Le cabaret de Melle Arthur, Chansons coquines et raffinées, Le cirque de Brigitte, Les 7 péchés capitaux ou la chanson de Barbara et, plus récemment, Faux départ, un spectacle ludique et fantaisiste.

Ce soir-là, dans la pénombre de l’appartement, éclairées seulement par une petite lampe de bureau, elles nous ont proposé une trentaine de textes exaltant la sensualité, le corps féminin, les vibrations et les déboires de l’amour. Vêtues d’élégantes robes noires, les jambes gainées de bas à résille, les lèvres maquillées de rouge, assises de part et d’autre d’une petite table ronde, chargée d’ouvrages de la collection Poésie/ Gallimard et de grands ou petits cahiers renfermant leurs textes, elles ont offert à leur public les mille et une facettes de l’art d’aimer.

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Sophie Schneider

Les poèmes alternaient avec des chansons chantées a capella par Jocelyne Tournier, accompagnés parfois d’un orgue de Barbarie miniature. Un minuscule moulin à musique égrenait aussi de temps à autre sa petite musique mécanique. Le spectacle s’est ainsi ouvert avec « Mon secret » de la « garçonne » Suzie Solidor. L’icône des années 1930 y distille le sentiment troublant de l’attente amoureuse :

 

« […] mais je n’ai qu’un rêve

Joie immense et brève

De te revoir

Chaque soir

Mon espoir […] »

 

« Nana », en espagnol, nous a donné à entendre une tendre berceuse de la veine populaire de Manuel de Falla, à laquelle a succédé un peu plus tard « Luccellino » de Vivaldi.

La « Chanson du feu » m’a fait découvrir Nicole Louvier (1933-2003), un auteur-compositeur-interprète et romancière des années 1950, que Maurice Chevalier avait surnommée « Le petit Radiguet de la chanson ». Dans ses Chansons interdites, elle dit l’ivresse des corps et le « jeu chinois de l’amour ».

La grande Barbara - à laquelle d’ailleurs Jocelyne Tournier m’a souvent fait penser – était à l’honneur avec « Joyeux Noël ». Cette chanson de la « dame en noir » prend avec humour Noël à contrepied avec la description d’un intermède amoureux, prétexte à « un Noël comme on n’en fait pas ». Mais le temps de la fête ne dure jamais bien longtemps et la routine reprend ses droits…

Grande admiratrice de Brigitte Fontaine (elle lui a consacré un spectacle), Jocelyne Tournier a chanté encore « La bouche des bébés ». « Après un rêve », une mélodie de Fauré, a évoqué le déchirement du réveil qui succède aux rêveries romantiques de la nuit tandis que « Rossignolet du bois » a appris à l’amant comment il faut aimer : « Faut aller voir la fille, faut l’aller voir souvent… »

Ce sont enfin « Les Passantes », qui ont clôturé mélancoliquement ce spectacle dédié en grande partie à la Femme. Il s’agit d’un texte d’Antoine Pol (1888-1971), que Brassens regretta toujours de n’avoir pu rencontrer, lui qui avait superbement mis son poème en musique :

« […] Alors, aux soirs de lassitude,

Tout en peuplant sa solitude

Des fantômes du souvenir,

On pleure les lèvres absentes

De toutes ces belles passantes

Que l’on n’a pas su retenir. »

 

En ce qui concerne les poèmes, Sophie Schneider et Jocelyne Tournier ont puisé dans un répertoire très varié. Passionnée par Guy Goffette, avec qui elle avait dit en duo des poèmes lors des Poétiques de 2013, Sophie Schneider avait choisi les quatre sonnets de « L’Attente » dans la partie II de La vie promise et un extrait en prose du poète belge.  Les quatre sonnets rapportent les paroles d’une femme à l’homme aimé. « […] Reste si tu viens pour rester » lui dit-elle. Et pourtant elle sait qu’il n’y a pas « le moindre/ écho de [lui] dans ce désert immense », qu’elle « reste à  [l’] attendre,/ seule et glacée, sous [ses] caresses. »

 

« […] Oui, c’est dans une île, dans une île

qu’il aurait fallu ouvrir l’un après l’autre,

peu à peu, notre unique trésor, et non

 

l’étaler comme ici, parmi les rognures du temps,

tout jouer d’un coup de dés sur le tapis

et puis demander au plafond l’heure du train. »

P1250386-copie-2

 

L’extrait de Elle par bonheur et toujours nue raconte comment l’écrivain fit la connaissance de Marthe Bonnard. Entré dans un musée pour échapper aux accablements conjugués de la chaleur et des sentiments, Guy Goffette se retrouve devant Marthe, le modèle puis l’épouse du peintre, "dont j'ignorais tout, sinon qu'elle était nue, sinon qu'elle était belle, et son éclat d'un coup me rafraîchit jusqu'au ventre ». Mais si l’écrivain s’attache à la femme, c’est sans doute pour mieux parler du peintre !

Prévert était aussi présent deux fois dans ce florilège. Il l’était avec drôlerie et dérision avec « L’amour à la robote », un poème dans lequel un homme qui écrit une lettre d’amour sur sa machine à écrire est piégé par cette même machine, qui finit par le tromper « avec un machin un machin à mourir de rire ». Un texte qui prend toute sa saveur à l’ère du tout numérique…

Avec « Déjeuner du matin », dont l’apparente simplicité n’est qu’un « trompe-l’œil », c’est une facette plus mélancolique du facétieux poète qui nous est dévoilée. La polysémie de ce texte simplissime (qui est le « je », qui est le « il » » ?) se dévoile au fil d’actions routinières et banales qui conduisent à un drame intime :


" [...] Et il est parti

Sous la pluie

Sans une parole

Sans me regarder

Et moi j'ai pris

Ma tête dans ma main

Et j'ai pleuré."


D’au-delà de la Méditerranée, le Marocain Abdellatif Laâbi (emprisonné de 1972 à 1980 et exilé en France depuis 1985) était convoqué avec deux poèmes « Comme un lierre » et « Celui qui n’a jamais » tandis que Boris Vian affirmait « Il y a des îles ».

Patrice Delbourg, une des jongleurs de mots des Papous dans la tête sur France-Culture, nous a invités à cuisiner voluptueusement en sa compagnie avec « Faim d’elle » Quant à la latino-américaine Isabel Allende, elle nous a recommandé « L’omelette », un texte extrait d’Aphrodite, un ouvrage où elle distille les plaisirs de la chair et de la bonne chère. Cette épicurienne y recommande l'omelette. Luxure et gourmandise ne sont-elles pas « les deux péchés capitaux auxquels il importe de s’adonner » ?

Avec « Idéal maîtresse » (1923) de Desnos, la femme est célébrée par l’écriture automatique des surréalistes :

« […] Eh quoi, déjà je miroir. Maîtresse tu carré noir et si les nuages de tout à l’heure myosotis, ils moulins dans la toujours présente éternité. »

« La muse sexuelle » (in Eros émerveillé) de André Velter a métamorphosé pour nous le poème en corps féminin :

 

« Poème en pente douce

De la nuque jusqu’aux reins

Des épaules aux chevilles

Des tempes au creux des seins

Et des lèvres jusqu’aux lèvres […] »

 

Dans « Magie » extrait de Lointain intérieur (1938), Henri Michaux explore le monde intérieur et ses fantasmes amoureux. Il nous invite à nous pencher sur la force et les déceptions du désir :

 

« […] Elle sentit un grand froid et qu’elle s’était trompée tout à fait sur mon compte.

Elle s’en alla la mine défaite et creusée, et comme si on l’avait volée. »


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 Gérard Philipe et Maria Casarès dans Les Epiphanies de Henri Pichette en 1947


Nos deux diseuses avaient encore convoqué deux grands chantres de la sensualité, Henri Pichette et Mahmoud Darwich. Elles ont ainsi modulé avec ferveur « Le Duo d’Amour Fou », extrait de la célèbre pièce Les Epiphanies du premier. On sait que c’est en 1947 que Gérard Philipe, Maria Casarès et Roger Blin la créèrent au Théâtre des Noctambules. Dans ce « mystère profane », ce dialogue amoureux et incandescent à nul autre pareil, embrase les amants « au soleil de midi, l’été, entre plaine et forêt », et on se souvient de leur litanie :

 

« […] Le Poète : Je t’imprime

L’Amoureuse : je te savoure

Le Poète : je te rame

L’Amoureuse : je te précède

Le Poète : je te vertige

L’Amoureuse : et tu me recommences […] »

 

Avec « L’art d’aimer » du poète palestinien Mahmoud Darwich, ce sont les subtilités et les flamboyances orientales que les deux amies  nous ont fait savourer dans ce poème construit sur l’anaphore : « Attends-la ! »

 

« Auprès du bassin, des fleurs du chèvrefeuille et du soir,

Attends-la […]

Jusqu’à ce que la nuit te dise :

Il ne reste plus que vous deux au monde.

Alors porte-la avec douceur vers ta mort désirée

Et attends-la !... »

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Dans cette alternance entre douceur et violence, « Commande » de Julio Cortazar, extrait de Crépuscule d’automne, a exprimé une forme de renaissance violente par l’amour :

 

« Ne m’accorde pas de répit, ne me pardonne jamais.

Harcèle mon sang, que chaque cruauté soit toi qui reviens.

Ne me laisse pas dormir, éloigne de moi la paix !

Alors je gagnerai mon royaume

et lentement je naîtrai. […]

 

Je n’aurais garde d’oublier que le Verlaine de Hombres (qui fut « Imprimé sous le manteau et ne se vend nulle part », 1891), consacré à l’homosexualité masculine, était aussi présent dans ce choix de textes sur l’amour, avec une suite de quatrains, à interdire aux oreilles jeunes et chastes. Considéré par Jacques Borel « comme une nouvelle fuite de l’être en désarroi […], l’envers et la rançon du songe », ce recueil n’a pas trouvé sa place dans les Œuvres poétiques complètes de La Pléiade.

J’ajouterai que la « Douzine cubiste » de Ian Monk, fervent oulipien, ponctuait le spectacle dans le désordre d’un corps féminin, sens dessus dessous et que cinq poèmes ont encore été dits dont je n’ai pas retrouvé les références.

Ainsi avec ce beau spectacle en ombre et lumière, tout en sensualité et en poésie, Sophie Schneider et Jocelyne Tournier, les deux jouteuses passionnées, nous ont convaincus que la poésie doit se dire à voix haute. Claude Guerre n’affirme-t-il pas « qu’il faut la dire, cette poésie qui nous occupe tant. Qu’il faut se la sortir des tripes. Qu’il faut se battre avec. On ne peut plus juste la photocopier avec la bouche. Il nous faut autre chose. Il faut la cracher avec le nous-mêmes tout entier » ?

 

 

Pour retrouver textes et auteurs :

"Mon secret", Suzie Solidor link

"Idéal Maîtresse", Desnos link

Les Epiphanies, Pichette link

Guy Goffette link link

Nicole Louvier link

"Joyeux Noël", Barbara link

Ian Monk link

Mahmoud Darwich, "L'art d'aimer" link

Brigitte Fontaine link

"L'amour à la robote", Prévert link

"Après un rêve", Fauré, link

Patrice Delbourg, link

"Rossignolet", link

Cortazar, link

"Magie", Michaux, link

Isabel Allende, link

"La muse sexuelle", André Velter, link

"Déjeuner du matin", Prévert,link

"Les Passantes", Antoine Pol, link


 

 

 

 

 

 

 

 

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30 mars 2014 7 30 /03 /mars /2014 18:09

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Fatima Soulhia-Manet dans le rôle de Marguerite Duras

 

Cette année, on célèbre le centenaire de la naissance de Marguerite Duras. C’est l’occasion pour plusieurs théâtres de programmer certaines de ses pièces. Ainsi, au Vieux Colombier, Muriel Mayette met en scène La Maladie de la mort, un long poème en prose dit par Sukiane Brahim et Alexandre Pavloff. A la Gaîté-Montparnasse, Fanny Ardant, avec Nicolas Duvauchelle et Agathe Bonitzer, joue la folie de l’amour maternel dans Des journées entières dans les arbres. A l’Atelier, Didier Bezace a choisi Emmanuelle Riva, l’héroïne d’Hiroshima mon amour, pour interpréter l’émouvant personnage féminin de Savannah Bay, aux côtés de Anne Consigny. Il monte également Le Square et Marguerite et le président. Quant au théâtre de Belleville, il innove en proposant une approche biographique de l’écrivain avec Marguerite et moi.

C’est cette pièce qui était jouée jeudi 27 mars 2014 à La Closerie de Montreuil-Bellay. Composé de textes extraits de grands moments de radio ou de télévision comme les interviews de Duras réalisées par Bernard Pivot ou Max-Pol Fouchet entre 1970 et 1990, faisant la part belle à la vidéo, le spectacle est interprété par Fatima Soulhia-Manet et Christophe Casamance, qui en ont réalisé la mise en scène, sur une idée originale de Dominique Terrier.

La mise en scène est dépouillée, permettant ainsi à la parole singulière de l’écrivain de monopoliser toute l’attention du spectateur. Sur de petites tables, à cour, sont disposés un poste de radio, des boissons. Sur le devant de la scène, un fauteuil de plastique rouge ; en fond de scène, un camion rappelant une des œuvres emblématiques de l’auteur et, par terre, une pile de livres. A jardin, un porte-manteau, sur lequel on aperçoit le gilet dont s’habillait l’écrivain par-dessus le célèbre chandail blanc à col roulé. La comédienne les revêtira après avoir enlevé le chemisier vert qu’elle porte au début.

Dans ce décor simplissime, Christophe Casamance, qui interprète le journaliste, debout ou assis, évoluera au gré du dialogue. Fatima Soulhia-Manet déambulera d’un endroit à l’autre, allumant une cigarette, buvant un verre, écoutant la radio. Elle s’assiéra encore sur le fauteuil rouge pour donner d’elle-même ce portrait éclaté et parfois surprenant. « Ca m’arrive beaucoup, beaucoup de fois, je parle avec les gens dans les trains, les avions, je fais la conversation avec les gens dans les épiceries, les garages, dans les cafés, etc… C’est irrésistible, je ne peux pas m’arrêter quelquefois… » Cette femme qui parle, c’est la dame du Camion, mais c’est aussi l’auteur elle-même, telle qu’elle se dévoile ici.

En effet, ce sont les nombreuses facettes de Marguerite Duras qui se font jour à travers ce spectacle original. Une part importante de la pièce est ainsi consacrée à ses opinions politiques. On y redécouvre cette femme, qu’une enfance passée dans le monde colonial de l’Indochine, que les récriminations maternelles quotidiennes de la mère contre l’injustice, rendit viscéralement de gauche.

Une militante, qui reconnaît pourtant sans ambages son désamour pour le parti communiste. Une femme généreuse, qui aspire à l’égalité entre les êtres, ce que nous montre l’extrait d’une vidéo qui donne la parole à une femme déshéritée. Une intellectuelle lucide qui remet les pendules à l'heure : "Mais non, personne n'a la même vie, personne n'est comme l'autre... personne... C'est ça la connerie de penser qu'entre un intellectuel et un autre intellectuel, il y a une différence, et pas entre un ouvrier et un autre ouvrier." Mais aussi un esprit partisan intolérant qui, à la question : « Mais vous admettez qu’il y ait des gens qui pensent autrement que vous ? », répond : « Euh, non, je ne l’admets pas."

On y apprend aussi qu’elle aime passionnément la chanson, « Capri, c’est fini », qu’elle adore faire la cuisine et particulièrement l’omelette viêt-namienne si complexe à réaliser, et qu’on ne saurait cuisiner pour soi seul (« Faire pour soi des pommes de terre sautées, c’est littéralement inconcevable ! La nourriture est faite vraiment pour tout le monde. Comme la vie, elle est vraiment faite pour tous.»)

Elle nous dit son ennui des bains de soleil et son incompréhension devant les gens qui sont en couple : « Moi, je plains les gens qui sont en couple ! » Elle nous raconte avec humour et dérision les histoires bêtes qui la font rire : "Vous saviez ça, qu'il y avait des gens qui n'avaient jamais de fous-rires? [...] C'est ça qui est terrifiant, de ne pas connaître ça, cette ivresse de la rigolade, disons le mot !"  Elle ne nous cache rien non plus de son alcoolisme, de son désir d’autodestruction, quand elle buvait quatre litres de rouge par jour.

J’ai beaucoup aimé l’évocation du « roman familial » de l’écrivain, dans l’Indochine d’autrefois. Le père mort, le frère aîné adulé par la mère, la passion pour le petit frère trop tôt disparu, le souvenir d’une mère opiniâtre et travailleuse qui ne l’aimait pas. « J’en suis née, et j’écris », dira-t-elle.

La comédienne Fatima Soualhia-Manet ne cherche pas à ressembler à Marguerite Duras, ainsi que Jeanne Moreau avait pu le faire dans le film que Josée Dayan avait consacré à l’écrivain. Cependant, sa voix grave, sa diction remarquable, son indéniable présence scénique, sa force de persuasion, ont une rare puissance d’évocation. Jouant subtilement de la parole et du silence, par ailleurs une des caractéristiques de l’écriture durassienne, « ourlée de silence », son interprétation parvient aisément à nous rendre attachant cet écrivain, qui fut autant adulé que haï.

Et si le spectateur a été sensible à cette approche théâtrale biographique de Marguerite Duras, il lui restera ensuite à retourner au texte. Aurélia Steiner, une héroïne de l'écrivain, ne dit-elle pas : « Ma vie personnelle n’existe pas, je n’ai d’histoire que dans mes livres… » ?


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      Christophe Casamance et Fatima Soulhia-Manet

(Photo L'Express-Culture)

 


 

 

 

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29 mars 2014 6 29 /03 /mars /2014 23:33

 

 affiche printemps poètes

 

 

Samedi 22 mars 2014, à 15 heures, à la Médiathèque de Saumur,  et pour clore le Printemps des Poètes, le groupe des 7 lecteurs de poésie, auquel j’appartiens, proposait une lecture à plusieurs voix. Accompagnés en douceur par la guitare légère et amicale d’Ahmed Kechi, nous y avons dit, certains par cœur, des poèmes lus pendant l’année et que nous aimons particulièrement.

Edith, qui fait partie notamment de l’association Lire et Faire lire, a proposé « Etude de mains » de Théophile Gautier. Le poète y décrit sa vision éblouie d’une main moulée en plâtre, « Pur fragment d’un chef-d’œuvre humain ». La description de la sculpture est prétexte à une rêverie folle sur les mouvements « De cette paume, livre blanc/ Où Vénus a tracé des signes/ Que l’amour ne lit qu’en tremblant. »

Elle a dit plus tard et avec passion « Hommage à la vie » de Supervielle, exaltation admirative de la vie et du temps qui passe. Ecrit en temps de guerre, le poème précise le rôle du poète, dont le rôle est de donner sens au monde.

Dany, qui est poète elle-même, et grande admiratrice de Christian Bobin, avait choisi un de ses poèmes intitulé « N’avons-nous pas été des princes d’amour ? » Pour elle, l'amour est bien "palpitation originelle". 

Elle a donné ensuite la parole à Blaise Cendrars qui fut un temps le frère d’élection de Marc Chagall. Dans Dix-neuf poèmes élastiques, le poète, en complète empathie artistique avec le peintre, qui « a passé son enfance sur la croix », évoque l’atmosphère de ses toiles et sa manière de peindre :

« […] Il peint avec un nerf de bœuf

Il peint avec toutes les sales passions d’une petite ville juive

Avec toute la sexualité exacerbée de la province russe […]

Une autre Dany a proposé « Quartier libre » de Prévert, dit très à propos dans la ville de la cavalerie :

[…] Alors

On ne salue plus

A demandé le commandant

Non

On ne salue plus

A répondu l’oiseau […]

Elle a choisi ensuite « Pour faire le portrait d’un oiseau », célèbre recette pour apprendre à peindre un oiseau, et réflexion sur l’inspiration, le travail sur le langage et la musicalité :

Peindre d’abord une cage

avec une porte ouverte

peindre ensuite quelque chose de joli

quelque chose de simple

quelque chose de beau

quelque chose d’utile

pour l’oiseau […]

Elle a changé de registre avec « Soleils couchants » de Verlaine, qui exprime l’âme saturnienne du poète. Le spectacle du soleil couchant où se mêlent les ors et les rouges y invite le poète à une rêverie mélancolique, reflet de son état d’âme splénétique.

Pour sa part, Claude a dit en anglais puis en français le poème « Invictus »  de William Ernest Henley. On sait que ce poème était entre les mains de Mandela lors de son long emprisonnement et qu’il l’aida à supporter la réclusion :

[…] Aussi étroit soit le chemin,

Nombreux les châtiments infâmes,

Je suis le maître de mon destin,

Je suis le capitaine de mon âme.

En amoureux de la nature, Claude a invité l’auditoire à « L’étreinte des nuages » de Jacques Lacarrière. Dans une inspiration cosmique, le grand voyageur rappelle la nostalgie du ciel, séparé de la terre aux origines du monde :

[…] Depuis qu’aux temps premiers du monde

Ouranos dut quitter la couche de Gaïa

 

Il n’a jamais cessé de regretter la terre

Les rondeurs de ses  seins, les courbes de ses cimes […]

Pour ma part, j’avais retenu un extrait Du Roman inachevé de Louis Aragon, qui propose le portrait du poète. Dans ce passage, celui-ci se fait démiurge pour « l’enchantement du verbe et la malédiction des poètes ».  Aragon compare le faiseur de mots à des enfants « ridicules et grandioses », à des « acteurs ambulants », à des « Romanichels » dont on ne veut nulle part. Une page lyrique qui conclut sur l’enchantement du langage :

[…] Voilà Cela commence comme cela : les mots vous mènent

On perd de vue les toits on perd de vue la terre On suit

Inexplicablement le chemin des oiseaux

J’ai dit aussi par cœur deux poèmes que j’aime particulièrement : le « Colloque sentimental » de Verlaine, dans lequel deux revenants de l’amour évoquent dans une veine macabre le néant de la passion : 

[…] – Te souvient-il de notre extase ancienne ?

Pourquoi voulez-vous donc qu’il m’en souvienne ? […]

Nous avons ensuite suivi « Les Pas »  de Paul Valéry dont on ne sait s’ils sont ceux de l’amante, de la muse ou de la mort. En quatre quatrains, le poète s’adresse à l’inconnue dans une attente méditative et ardente qui fait tout le charme mystérieux du poème :

[…] Ne hâte pas cet acte tendre,

Douceur d’être et de n’être pas,

Car j’ai vécu de vous attendre

Et mon cœur n’était que vos pas.

Je voudrais dire que j'ai été très émue d’entendre Véronique entamer cette lecture à la Médiathèque avec un poème, que j’avais écrit en 2011, et dédié à Camille Claudel. Ce poème est celui qui a trouvé sa place dans le recueil européen en ligne, dans le cadre du Printemps de Poètes, sur  le thème « Au cœur des Arts ». link

En pensant à la solitude extrême de Camille durant son internement à Montdevergues, j’avais imaginé que ce fut, peut-être,  dans les souvenir de ses années heureuses à Villeneuve, qu’elle trouva la force de résister :

[…] Alors c’était quoi l’espoir

Pour Camille ?

 

C’était peut-être le souvenir

Ténu et tremblotant

De l’enfance à Villeneuve

Ce joli Villeneuve

Quand elle courait petite

Dans les champs avec Paul

Pour trouver de la glaise

 

A pétrir

 

Un autre de mes textes « Bouffée d’éther » a été modulé à deux voix par Edith et Dany. J’y ai rassemblé nombre d’images que m’inspire la couleur bleue, sans jamais la nommer : images cinématographiques, souvenirs de lecture ou de voyages,  rappel de tableaux célèbres… Pour moi, dans tous ces bleus,  la couleur devient respiration.  Au sein de tous ces bleus,

[…] Il y a cela ce minuscule éclat de verre brisé

Où le ciel et la mer ne sont plus qu’une bouffée d’éther

Quant au « Bleu Klein » de Zéno Bianu, il a été décliné en voix décalées par Véronique, Françoise et Marie-Annick. Elles nous ont ainsi fait entrer « dans le bleu/ comme on pénètre dans la vraie vie ». Les deux derniers vers, ouvrant sur un vaste horizon de couleur, se sont quelque temps prolongés en écho : 

[…] une fête de l’infini

pour les marcheurs d’aurore

Véronique et Claude, en duo, ont offert au public un poème de François Cheng, dont le devoir de poète est « d’habiter poétiquement la terre. » Extrait de A l’orient de tout, Qui dira notre nuit, ce texte plein d’espoir affirme l’unité de l’univers et le consentement volontaire à la vie :

Puisque tout ce qui est de vie

Se relie

Nous consentirons

[…]

A la vie privée d’oubli

A la mort abolie

Véronique et moi-même avons uni nos voix pour dire trois poèmes de Pier Paolo Pasolini dont ma fille m’avait offert un recueil à Noël. Notre lecture alternée, en italien et en français, a mis en lumière l’intense mélancolie de l’enfance du cinéaste italien dans sa province natale. C’est dans « Le miroir » que se reflète « l’ennui de [son] enfance », c’est là que  « sur l’argent lisse/ Il y a la main très ancienne/ D’Abel petit garçon ».  « Casarsa » exprime ce sentiment diffus de culpabilité qui étreint le poète quand il se remémore « Casarsa l’étouffante » : 

Se àu fat di frut tal muscli neri

Ta la piel umida e muarra dal soreli ?

 

Qu’ai-je fait enfant dans la mousse noire

Dans la peau moite et morte du soleil ? […]

Enfin, dans « A ma loupiote », il s’adresse à une petite fille, qui lui ressemble. Il lui prédit une angoisse et une solitude semblables aux siennes :

Cressude un pùc, l’afàn

Che, nini, ‘i ài patît,

Tu patirâs, sintìnt

Silensi a la to vous.

 

[…] Déjà grandette, tu l’auras,

L’angoisse que j’avais,

Enfant, face au silence

Qui répond à tes cris. […]

Edith et Claude se sont affrontés avec humour avec la syllabe [né], dans « On est tous nés » de Patrick Dubost, extrait de Cela fait-il du bruit ? Ecrits pour la voix. Ce faisant, ils ont témoigné de la vie violente des mots et de leur portée ludique.

Le public a encore écouté en souriant les « Questions innocentes » de Gilles Baudry, poète et moine breton de l’abbaye de Landévennec. Ces questionnements pertinentes et poétiques, posés par Véronique et Dany, ont dû le laisser sans  voix !

Demande-t-on

      au vent

    de retenir

   son souffle ?

 

ou bien

 

    Face à la mort

ne sommes-nous pas

         toujours

   des prématurés ?

Enfin, pour clore cette lecture, Edith, Dany, Françoise, Véronique et moi-même avons dit successivement des extraits de Je suis formidable mais cela ne dure jamais très longtemps de Sylvie Laliberté. Dans ces jeux  avec les mots, une nouvelle réalité se fait jour. C’est donc dans une cacophonie ludique que nous avons achevé ce temps de lecture consacré aux poètes, lesquels ne ne se résoudront jamais au silence :

 « A l’école, les maîtresses voulaient que l’on garde le silence. C’est étrange que l’on veuille faire des enfants les gardiens du silence ! »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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29 mars 2014 6 29 /03 /mars /2014 08:20

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Le 21 mars 2014, Journée internationale de la Poésie, sur le site de Maguy Grech, Moments d'écriture, chez Calameo, est paru un recueil de poèmes en ligne. Initié par cette animatrice d’écriture en ligne et à Montpellier, il est constitué d’une petite soixantaine de poèmes écrits sur le thème du Printemps des Poètes 2014, « Au Cœur des Arts ». Vous pouvez lire ces textes en suivant ce lien : link

Ce recueil européen  rassemble des poèmes venus en grande majorité d’auteurs français mais aussi belges, anglais, italiens, espagnols, grecs. Il s’élargit à la Hongrie, La Mauritanie, La Réunion et, au-delà de l’Atlantique, au Canada et aux USA. Illustré par des photos de Pierre Grech évoquant l’Art à travers les siècles, il est dédié « à Olga Burguière poétesse » dont le poème « Langage intérieur » ouvre le recueil. Présentés en version originale et en version française, les poèmes y expriment les « battements de l’art » et le « besoin inné de la beauté ».

C’est Dany Lecènes, une amie poète, qui m’a incitée à répondre à l’appel de Maguy Grech. J’ai ainsi la chance qu’un de mes poèmes dédié à Camille Claudel y ait trouvé sa place à la page 45 : link

Dany Lecènes y est aussi à l’honneur avec un très beau poème intitulé « Sang d’encre ». Il dit la force indestructible de la Beauté qui persévère et demeure par-delà le mal et la mort, à travers la parole du poète. Je ne résiste pas au désir de le reproduire ici :

 

Par ton regard élargi

Sur le monde mauve

Par l’hier écarté

Par l’aujourd’hui défait

Par l’espérance vaine

Mais l’espérance encore

Germe caché aux sages

Par la victoire sûre

De ceux tombés premiers

Je dirai demain

Quelque chose de la beauté

Quelque chose qui ne meurt pas

L’étrangère, l’ensanglantante

              Beauté

Sur le monde mauve

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Auteur et metteur en scène, Dany Lecènes est avant tout poète et musicienne (flûte à bec et viole de gambe).

Dany Lecènes publie chez Edilivre : link

 

 

 

 

 

 

 

 

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27 mars 2014 4 27 /03 /mars /2014 18:32

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Jeudi 20 mars 2014, c’était le jour du printemps. Mais peut-on parler de renouveau quand un frère très aimé, enfui il y a longtemps, revient dans la maison familiale, peut-être pour y mourir ? C’est cette situation particulière qu’a imaginée le dramaturge Jean-Luc Lagarce dans sa pièce intitulée J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne, jouée ce soir-là au théâtre Beaurepaire à Saumur, dans une  mise en scène épurée de Mathilde Boulesteix,  

Il s’agit d’une œuvre chorale écrite en avril 1994, à la demande de Théâtre Ouvert, et créée en 1997, d’abord en Suisse par Joël Jouhanneau et en France par Stanislas Nordey. L’Aînée, La Mère, La Plus Vieille, La Seconde et La Plus Jeune vont tour à tour évoquer l’attente du jeune frère, « enfui […] depuis que son père l’avait chassé » et qui revient tel l’Enfant prodigue.

Mathilde Boulesteix  s’y montre sensiblement fidèle au synopsis (avril 1994) rédigé par Jean-Luc Lagarce en réponse à la commande du Théâtre Ouvert. Il écrit en effet : « La première femme, la deuxième femme, la troisième femme, la quatrième et la cinquième, toutes semblables, toutes sensiblement du même âge, habillées à l’identique, […] la même couleur pâle, comme les murs, comme la lumière de cette fin d’après-midi. » Les cinq comédiennes (Laure Nicolas, Julie Salles, Mathilde Boulesteix, Isaure Lapierre, Mylène Crouzilles) sont toutes très jeunes : trois d’entre elles (L’Aînée, La Plus Vieille et La Plus Jeune) sont vêtues de robes claires à tout-petits carreaux, vert pâle et gris ; La Mère (Mathilde Boulesteix) porte un sévère pantalon gris foncé et La Seconde, une robe rouge virevoltante à motifs blancs.

Le groupe féminin de ce huis-clos domestique, la tonalité douce de leurs vêtements, confèrent à l’ensemble une grande mélancolie. Elle sont bien à l’image de ce qu’écrit l’auteur : « Les servantes ou les nonnes./ Des infirmières, oui, bien sûr, des infirmières comme il en est dans les rêves ou les femmes silencieuse et paisibles chargées de la toilette des Morts. »

Cette impression est renforcée par le fait que les cinq interprètes sont déjà en scène  quand les spectateurs entrent dans la salle. Vestales de l’Attente, elle sont à la place qu’elles occuperont durant la majeure partie de la pièce : La Plus Vieille est assise à jardin dans un rocking-chair et elle plie un vêtement ; La Mère est debout devant la table de la salle à manger en fond de scène et elle dispose les assiettes pour le repas ; sur le devant de la scène, sur la droite, L’Aînée, tendue dans l’attente, est aussi debout, tandis qu’à cour, la Seconde, rêveuse, est assise sur un coffre (d’où surgiront à un moment les photos du passé) au pied duquel La Plus Jeune est accroupie et dessine. Tandis que « le jeune homme revenu de tout » repose (ou se meurt) dans « cette chambre où il vivait lorsqu’il était enfant et adolescent », le « ballet des filles et leurs éclats » peut enfin commencer.

Mathilde Boulesteix a fait le choix de ne pas incarner le jeune frère (ce que certaines mises en scène proposent). Le garçon demeure ainsi cette figure en creux que chacune des femmes va investir et ressusciter selon les mouvements de son cœur. Les interrogations, le mystère, n’en ont - me semble-t-il - que plus de force. Le metteur en scène excelle encore à créer une atmosphère mélancolique. J'ai particulièrement aimé le moment où L'Aînée se met au piano et chante doucement. Celui aussi où elle danse avec La Seconde échevelée sur l'air de Mon amant de Saint-Jean.

La pièce consiste ainsi en un long ressassement dans lequel la Grand-Mère, la Mère et les Trois Sœurs diront l’attente interminable, les espoirs, les désillusions, entraînés par la fuite du fils et du frère trop aimé. Se fera jour peu à peu la vérité de chacune, dans un prisme déformant et douloureux qui met à mal la figure du père. « C’est comme une chanson, de longues déclarations l’une à l’autre, le secret de leurs vies, leur légende patiemment construite. Elles se la jouent pour elles-mêmes. »

On ne peut qu’être admiratif devant la qualité de jeu de ces cinq belles comédiennes qui se sont chacune emparées de leur rôle avec beaucoup de sensibilité et d’émotion. La Mère, tout en rigidité, en intériorité et en éclats soudains (elle va jusqu’à casser les assiettes du repas), se refuse à endosser la responsabilité de la fuite de son fils : « Il partait toujours et toujours il revenait. Comment est-ce que je pouvais penser cela ? » Devant ses filles, elle défend le père que La Plus Jeune accuse de violence : « Il ne vous a pas touchées, n’a jamais touché personne. »

La Plus Vieille est plus en retrait. En observatrice dans son rocking-chair, elle a cependant toujours eu peur des relations entre le père et le fils, la crainte « aussi qu’ils ne puissent plus se retrouver  et se pardonner encore ». Elle accuse ses petites-filles de fabuler : « Rien du tout. C’est de l’arrangement. Vous inventez un peu plus chaque fois. »

L’Aînée, toujours « sur le bord des larmes », est celle qui formule le plus précisément la souffrance de l’attente, qui les a immobilisées et figées sur place : « Je regardais la route et je songeais aussi, comme j’y songe souvent, le soir, lorsque je suis sur le pas de la porte et que j’attends que la pluie vienne,/ je songeais encore aux années que nous avions vécues, toutes ces années ainsi,/ nous, vous et moi, toutes les cinq, comme nous sommes toujours et comme nous avons toujours été, je songeais à cela,/ toutes ces années que nous avions vécues et que nous avons perdues, car nous les avons perdues,/ toutes ces années que nous avions passées à l’attendre, celui-là, le jeune frère, depuis qu’il était parti, s’était enfui, nous avait abandonnées,/ depuis que son père l’avait chassé ».

La Seconde exprime avec fougue l’amour fou qui la liait à son frère et elle évoque le souvenir du temps où elle dansait avec lui dans une valse-hésitation passionnée : « M’a prise brutalement contre lui, à peine serrée dans ses bras, à peine embrassée, et aussitôt rejetée violemment,/ voulu m’éloigner et m’emporter avec lui, les deux à la fois, en même temps. »

Quant à La Plus Jeune, celle « qui ne comptait pas » dans son « recoin », elle vit dans le souvenir de la violence familiale et se refuse aux mensonges de celles qui dénaturent le passé : « vous voulez toujours embellir cette vie-là, cette époque, je n’ai jamais eu pourtant le souvenir qu’il y eût des jours sans cette colère et sans ces cris et sans cette violence ».

Dans ce « quintette pour voix de femmes », d’une certaine manière, c’est le sort dévolu aux femmes qui est mis en scène. Celles-ci, bien trop souvent, ne passent-elles pas  leur vie à ne pas vivre, à attendre que quelque chose leur arrive enfin ? L’écriture de Jean-Luc Lagarce, toute en lenteur, en reprises, en répétitions, est au service de ce sentiment d’attente diffus qui fait hésiter les cinq héroïnes entre enfermement et aspiration à la liberté. C’est la particularité du travail de recherche de la Compagnie de l’Instant Précis de choisir des textes aux écritures singulières et poétiques ». Dans sa « Note d’intention », Mathilde Boulesteix indique bien que cette pièce est une réexposition permanente de l’attente [et que] les mots y sont envisagés comme des coups de gomme cherchant à effacer, rectifier en vain l’indélébile croquis initial ».

On aura sans doute compris que cette pièce, où se déclinent une infinité de figures féminines, réelles ou imaginées, ne m’a pas laissée indifférente. Entre cris et chuchotements, entre regrets et remords, entre innocence et culpabilité, à la lisière de l’amour et de la haine, on n’est pas loin des Atrides et l’on pense à Tchékhov et à ses Trois Sœurs. En ce soir de printemps, j’ai beaucoup aimé cette « lente pavane » pour un frère défunt… ou peut-être pas, puisque les derniers mots de La Mère sont : « […]  j’avais cru entendre un bruit. »

 

Sources :

 * J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne, Jean-Luc Lagarce, Les Solitaires Intempestifs, 1997, 2005

 * Le programme de la Direction des Affaires Culturelles


 

 

 

 

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