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8 mai 2014 4 08 /05 /mai /2014 16:57

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 La façade coloniale de l'hôtel Raffles à Singapour

(Photo ex-libris.over-blog.com, vendredi 18 avril 2014)

 

Dans l’enclave blanche

Select et so british

Du colonial Raffles

Où le grand portier sikh

So smart

Ouvre avec déférence

La porte des limousines

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Devant le Raffles Hotel, le voiturier et le portier sikh

(Photo ex-libris.over-blog.com, vendredi 18 avril 1014)

Dans le parfum douceâtre

Des frangipaniers roses

Le long des galeries blanches

Ouvertes sur des pans de verdure

Tropicale

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Au Raffles Hotel

(Photo ex-libris.over-blog.com, vendredi 18 avril 2014)

A l’ombre des bois noirs et cirés

Derrière les hautes fenêtres

Où Conrad rêvait à Lord Jim

Malraux à ses statues khmères

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Sous les lustres 1900

Où Herman Hesse

Ernest Hemingway

Somerset Maugham

Sirotaient leur Gin Sling

Et où Ava Gardner

Valsait pieds-nus sur le parquet

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Une photo de deux tigres dans les vestiaires du bar du Raffles Hotel

(Photo ex-libris.over-blog.com, vendredi 18 avril 2014)

Déambule l’ombre

Puissante et silencieuse

Du dernier tigre de Singapour

 

Au Raffles, vendredi 18 avril 2014

 

P1260348.JPGLes initiales du Raffles Hotel

(Photo ex-libris.over-blog.com, vendredi 18 avril 2014)

 

 

 

 

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7 mai 2014 3 07 /05 /mai /2014 18:52

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Un papillon noir à Pulau Tangah

(Photo ex-libris.over-blog.com, dimanche 20 avril 2014)

 

 

 

Pour leur premier anniversaire de mariage, Paul avait décidé d’emmener Sonja dans l’île de Tangah, à seize kilomètres au large et au sud-est de la Malaisie. Ses copains de la banque HSBC où il travaillait lui avaient vanté l’atmosphère paradisiaque de cette île dédiée à la baignade, au snorkeling, à un farniente édénique parmi les bougainvillées et les frangipaniers.

Quand il avait dit à Sonja qu’il fallait environ trois heures de voiture de Singapour à la ville malaise de Mersing d’où l’on embarquait pour Pulau Tengah, elle avait montré un enthousiasme des plus modéré pour cette balade et il en avait ressenti un léger pincement au cœur.

Il faut dire que Sonja était danoise et qu’en sirène du Nord, elle supportait assez mal le climat humide et moite de la Ville du Merlion. Elle s’y sentait fréquemment oppressée et la clim lui donnait de fréquents maux de gorge. Aussi la voyait-on souvent avec une longue écharpe de soie autour du cou.

Ses longs cheveux blonds presque blancs, ses yeux d’un bleu d’eau pure comme les lacs de son pays natal, la blancheur fragile et diaphane de sa peau, sa longiligne silhouette de sylphide nordique suscitaient sans cesse de longs regards noirs et appuyés de la part des Asiatiques, qu’ils fussent chinois, malais ou indonésiens. Paul avait eu bien du mal à s’y faire mais maintenant, il n’y prêtait plus guère attention, si ce n’est pour traiter gentiment sa femme d’ « idole blanche ».

Délaissant la trépidation de Singapour, ils avaient emprunté un taxi habitué à faire ce parcours sur une route bordée de palmiers. A la frontière malaise, de petits douaniers au doux visage s’étaient montrés suspicieux et inquisiteurs. Avec autorité, ils avaient tendu au couple  un boîtier sur lequel Paul et Sonja avaient dû inscrire l’empreinte de leur index. Sous les arceaux métalliques du tunnel de fer de la douane, tapie dans le fond de la voiture, Sonja irradiait telle une lumière blanche.

Ensuite, dans la foule bigarrée de Mersing, elle n’avait cessé d’attirer les regards avec son immense chapeau de paille, son châle et ses énormes lunettes noires qui lui dévoraient le visage. L’attente avait été longue sur la petite navette déglinguée dont les deux gros moteurs noirs Yamaha se refusaient obstinément à démarrer. Un mécanicien avait été appelé à la rescousse dans les vapeurs lourdes du gas-oil et sous la pluie fine qui s’était mise à tomber. Les moteurs avaient enfin ronronné normalement et le patron du petit bateau s’était retourné avec une fierté violente vers Sonja, lui offrant un affreux sourire édenté qui l’avait fait frissonner.

Pendant le trajet, Paul se rappelait que l'homme n’avait cessé de la regarder avec une insistance désagréable et malsaine. Parmi les quelques autres rares passagers qui avaient pris place avec eux, un Singapourien très élégant, tout vêtu de blanc, qui ressemblait à Tony Leung, lui avait aussi jeté de profonds regards admiratifs. Mais Sonja gardait toujours son indifférence nordique, se contentant de brèves pressions sur la main de Paul comme si elle avait voulu le rassurer.

Au bout d’un an de vie commune, Paul se posait toujours bien des questions sur son épouse. Trader à Singapour, il avait rencontré Sonja au cours d’une soirée au Raffles, organisée par sa société de courtage. Le coup de foudre avait été violent et réciproque et ils s’étaient mariés rapidement, pour ensuite s’installer dans un HDDB de luxe réservé aux nombreux expatriés de Singapour. S’il était très occupé par son travail, il n’en allait pas de même pour elle qui passait ses journées à faire du shopping et à déambuler dans Little India et Chinatown. Elle aimait particulièrement le Jardin des Papillons de Sentosa, qui possède une remarquable collection de lépidoptères du continent asiatique. Je découvre la ville lui disait-elle laconiquement, lorsqu’il lui demandait ce qu’elle avait fait de sa journée. Il n’avait jamais cherché à en savoir plus.

Arrivés sur l’île, ils avaient pris possession de leur « villa », perdus parmi les palmiers, les casuarinas et les frangipaniers. Sous leurs yeux, une mer turquoise, où sautait de temps à autre l’arc dansant d’un poisson noir. A leurs oreilles, des cris perçants d’oiseaux, comme ceux d’un enfant, et le souffle léger du vent dans les palmes. La chambre, avec son grand lit blanc entouré tel un cocon de sa moustiquaire, le bois luisant des portes et du parquet, avaient fait venir aux lèvres de Paul les vers de Baudelaire : « Là, tout n’est qu’ordre et beauté/ Luxe, calme et volupté. » Sonja semblait apaisée et heureuse, prodiguant à Paul de furtifs gestes tendres.

Ils avaient passé l’après-midi à arpenter l’île. Ils s’étaient émerveillés d’un rien, d’une noix de coco verte abandonnée sur le sable, du piqué des blanches hirondelles de mer sur l’eau transparente, du lent passage d’un gecko sur le chemin de teck, d’une fragile fleur de frangipanier tombée sur un banc de bois ouvragé.

En revenant enlacés vers l’hôtel, ils étaient passés à côté d’une étrange sculpture, représentant la tête d’un être fabuleux, mi-homme, mi-tigre. C’est un masque de chamane, avait dit Paul,  il révèle la dualité des êtres. Tu es peut-être une tigresse qui a pris l’apparence d’une femme ou bien une femme qui cache une tigresse, avait-il ajouté. Sonja avait souri doucement sans mot dire.

Sur le sentier de la forêt dominant l’hôtel, ils avaient eu l’œil attiré par un somptueux papillon noir tacheté de rouge, immobile sous le couvert touffu. Mon âme est comme ce papillon, avait murmuré la jeune femme et Paul lui avait fermé la bouche d’un baiser. C’était leur anniversaire de mariage et il n’avait aucun envie qu’une quelconque pensée sombre vînt en ternir la célébration.

La nuit était tombée très vite, vaste et obscure. Ils avaient dîné sous les pales tournoyantes des ventilateurs de la salle à manger ouverte sur l’obscurité chaude et la mer qui bruissait doucement en contrebas. Il y avait peu d’hôtes ce soir-là mais Paul s’était étonné de ne pas retrouver là pour le dîner l’homme en blanc du bateau du matin.

L’enthousiasme de Sonja était tombé d’un coup. Si le repas avait été délicieux, la jeune femme, sans doute épuisée par la chaleur, n’y avait guère touché que du bout des lèvres. Paul avait tenté de la dérider en lui racontant ses derniers exploits au cricket mais elle était restée de marbre. Il avait commandé une bouteille de champagne, espérant qu’une légère griserie s’emparerait d’elle et la dériderait. Elle s’était soudain levée : je vais me coucher, avait-elle murmuré d’une voix lasse. Je te rejoindrai quand j’aurai fini la bouteille, lui avait-il répondu avec un brin d’agacement et de déception dans la voix.

Bien longtemps après, il se rappellerait avec une nostalgie mêlée d’horreur cet instant où il avait vu sa pâle silhouette élancée disparaître derrière l’amas confus et sombre des araucarias et des casuarinas. Elle ne s’était même pas retournée.

Il ne savait pas combien de temps il était demeuré seul, les yeux perdus dans l’obscurité habitée de la nuit malaise à siroter les dernières gouttes d’un champagne devenu tiède. Puis, il avait emprunté lentement le sentier de teck menant à leur bungalow, à l’affût du moindre vol de chauve-souris, du moindre crissement dans les fourrés, tandis que des torchères de bambou éclairant le jardin émanait un grésillement âcre.

En haut des marches du bungalow, la porte était inexplicablement ouverte. Un frisson l’avait parcouru quand il avait aperçu, épinglé sur la rambarde de bois de l’escalier, un grand papillon noir. En entrant dans la pièce éclairée par une petite veilleuse, il avait soudain eu le sentiment du désastre. La fine chemise de nuit claire de Sonja gisait au pied du lit, telle une chrysalide. Sa valise était béante et sous le carré de la moustiquaire le lit n’avait pas été défait. Dans la salle de bains, sa trousse de toilette non plus n’avait pas été ouverte. Sonja ! Sonja ! avait-il crié comme dans un cauchemar éveillé où aucun son ne sort de la bouche. Seul le piétinement d’un oiseau sur le toit lui avait fait écho.

Comme un fou il avait ouvert les portes des placards, regardé sous le lit, tout le corps agité d’un tremblement qui n’était pas celui du palu. Puis il avait couru jusqu’à la petite jetée de bois en hurlant le nom de sa femme. Aucun bateau n’y était amarré, l’eau noire était profonde comme un gouffre. Ses cris avaient alerté les hôtes des villas avoisinantes dont les lumières s’étaient allumées peu à peu. Certains l’avaient accompagné jusqu’à la réception tout en essayant de le calmer tandis qu’il répétait le prénom de sa femme comme une litanie.

On avait téléphoné au manager de l’hôtel qui avait vite pris la mesure de l’événement. Il avait donné l’ordre de réveiller tout le personnel masculin composé de Singapouriens, d’Indonésiens et de Philippiens, fins connaisseurs de la forêt. Armés de bâtons, éclairés par des torches de bambou, ils avaient parcouru à de nombreuses reprises et sans succès les quelques chemins de promenade qui traversaient l’île de part en part. Il avait fallu se rendre à l’évidence, Sonja n’était nulle part, elle s’était volatilisée.

Au matin, des inspecteurs de police, étaient venus par bateau de la ville malaisienne de Johor. Toujours aidés du personnel de l’hôtel, ils avaient repris les recherches en pénétrant plus avant dans la forêt et la mangrove à l’ouest de l’île. Ils avaient sondé avec de longues tiges de bambou les puits de l’île, ceux-là même que les Vietnamiens, réfugiés sur Pulau Tangah, avaient forés pendant la Seconde Guerre Mondiale. Sur de petites embarcations de couleur, ils avaient recherché dans l’eau limpide un éventuel corps flottant entre deux eaux. Un hélicoptère de l’Armée avait même été réquisitionné pour survoler l’île.

Dans un état second, Paul, hébété, avait suivi les recherches. Il avait lui-même été mis sur le gril par les enquêteurs, et contraint de répondre à un feu roulant de questions qui, de mari inquiet l’avaient vite transformé en époux suspect. Cette inquisition accusatrice l’avait rendu fou et il avait eu bien du mal à convaincre les enquêteurs de son innocence. Oui, il aimait sa femme, non, elle n’avait pas d’amant, oui, leur couple était sans problèmes, sinon, aurait-il emmené sa femme pour célébrer leur anniversaire de mariage ? Comment aurait-il pu la tuer ? Le personnel du restaurant avait témoigné qu’il était resté longtemps attablé après son départ. Et puis, il n’y avait pas de cadavre, on n’avait pas retrouvé de corps, il n’y avait aucune trace de lutte dans la chambre. Cette disparition était une véritable énigme, elle défiait le bon sens, elle n’avait aucun sens !

Les quelques client de l’hôtel, rares à cette saison qui suit les fêtes de Pâques, avaient eux aussi était questionnés. Ils avaient tous remarqué cette jeune femme au teint blême, au visage mangé par d’énormes lunettes noires, aux épaules recouvertes d’une mousseline, à la tête ombragée par un grand chapeau de paille. Aucun autre détail notable n’avait cependant retenu leur attention, sinon que personne ne l’avait trouvée souriante.

Paul avait bien évoqué l’homme élégant embarqué avec eux sur le bateau qu’il n’avait plus revu ensuite. Cet inconnu, profitant de la nuit, n’aurait-il pu enlever sa femme sur un petit esquif ? Un instant, l’avait effleuré l’idée insensée que cet homme ait pu être connu de Sonja et que celle-ci ait organisé avec lui sa propre disparition. Il s’était bien vite repris : n’était-ce pas faire injure à Sonja que de la soupçonner ainsi ?

Au bout de deux jours, il avait fallu se rendre à l’évidence : on ne retrouverait pas Sonja. D’ailleurs, le manager de l’hôtel avait fait pression sur les policiers pour que cessent les investigations et que l’île retrouve son calme. Il considérait que toute cette malheureuse affaire n’avait déjà que trop nui à la réputation de son île paradisiaque. La mort dans l’âme, Paul avait dû se résoudre à quitter cette île choisie pour être l’écrin du bonheur et qui était devenue un endroit maléfique. Les larmes aux yeux, assis sur la banquette de bois du bateau qui le ramenait vers Mersing, il avait vu s’éloigner la jetée de bois, les bougainvillées roses et blancs, la plage éclatante de blancheur et le vert sombre de la petite forêt qui surplombait l’île.

Grâce à l’intervention de l’ambassadeur de France, les policiers malais l’avaient ramené à Singapour par hélicoptère. Il avait ainsi évité le passage par la douane et une nouvelle épreuve qu’il aurait été incapable de supporter. A Singapour, son patron lui avait octroyé une semaine. Mais pour quoi faire au juste ? Accomplir son deuil ? Ranger son appartement où tout lui rappelait Sonja ? Tenter de comprendre ? Mais comprendre quoi ? Explique-t-on l’inexplicable ? Peut-on concevoir l’inconcevable ?

Il avait bien tenté de reconstituer l’année passée avec Sonja, essayé de relire avec minutie les jours si peu nombreux vécus auprès d'elle. Tout se diluait dans sa mémoire, il n’avait rien à quoi se rattacher. Il s’était encore efforcé de retrouver les gens qu’elle avait pu rencontrer, ceux qui auraient pu lui parler d’elle, d’une autre Sonja qu’il n’aurait pas connue, de cette étrangère avec qui il avait vécu, une femme à l'image de ces memsahibs européennes décrites par Somerset Maugham dans ses nouvelles, pleines de duplicité et de mystère. Peine perdue, la jeune femme n’avait noué aucune relation tangible et c’était comme si elle n’avait jamais existé. Peu à peu, sans qu'il le souhaitât, son image s'était effacée de sa mémoire, comme un dessin au crayon qui pâlit et disparaît.

Après plusieurs années d’une vie somnambulique à Singapour, Paul avait regagné la France et était reparti vivre chez sa mère qui tenait une petite auberge dans le Haut-Var. Aujourd'hui, je crois qu’il n’a plus qu’une passion : collectionner les papillons.

 

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      Une sculpture malaise à Pulau Tangah

(Photo ex-libris.over-blog.com, lundi 24 avril 2014)

 

 


 

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6 mai 2014 2 06 /05 /mai /2014 20:44

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La mer vue de Long Beach  Tangah Island (Malaisie)

(Photo ex-libris.over-blog.com, mardi 22 avril 2014)

 

A l'horizon de mes yeux

Des cônes dans le loin sont à la queue leu-leu

A mon dos incliné

La forêt fait

Comme un vert oreiller

Le sable aux mille ans de corail

A blanchi mon regard

L'arc noir d'un poisson

A dessiné la mer en un bleuté turquoise

La mouette à l'affût du poisson ondoyant

En preste vif-argent a piqué dans la vague

Une noix de coco

Soudain a basculé avec un bruit de pierre

Ma peau moite et humide

Picote et se souvient du sel


Lundi en plein midi

Lundi en Malaisie

 


 

Lundi 21 avril 2014, vers midi, Tangah Island

 

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Une noix de coco sur la  plage de Long Beach, Tangah Island, Malaisie

(Photo ex-libris.over-blog.com, mardi 22 avril 2014)

 

 

 


 

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6 mai 2014 2 06 /05 /mai /2014 07:38

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Pulau Tangah, Malaisie

(Photos ex-libris.over-blog.com, dimanche 20 avril 2014))

 

 

Dans le carré ouaté de la moustiquaire

Le tournoiement astral des pales du ventilateur

Au bruit de métronome

 

Dans les ténèbres de la veille

Le sombre profond du bois noir des portes

 

Au- dessus du toit de palmes

Le tuitt-tuitt d’un oiseau inconnu

 

Sur les draps d’un blanc de lait

La fuite silencieuse et preste d’un insecte

 

Et sous le tulle frémissant l’écrasement moite

De la nuit malaise

 

Dimanche 20 avril 2014, 11 h du soir, Pulau Tangah

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25 avril 2014 5 25 /04 /avril /2014 03:59

                                                                                                               P1250794.JPG

 Le port de Singapour vers le soir, vu du téléphérique du Mont Faber

(Photo ex-libris.over-blog.com, Lundi  14 avril 2014)

 

 

 

 

 

 

Blog en pause

 

dans la ville du Merlion

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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9 avril 2014 3 09 /04 /avril /2014 07:18

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      The Graham Children, William Hoggarth

 

 

 

On était au printemps, période enchanteresse,

Deux mandarins couvaient dans leur cage dorée.

Une chatte survient, gourmande et chasseresse,

Jalouse des amours des oiseaux désirés.

Sa patte de velours rapide et assassine

Renverse en un clin d’œil l’abri des amoureux

Qui s’envolent éperdus loin de la gent féline.

La maîtresse des lieux, ignorante du jeu,

Interdite, découvre les restes du saccage,

Le sable éparpillé et les œufs fracassés,

La graine aux quatre vents dans un vrai marécage,

Et l’os blanc de la seiche en deux parties brisé.

Nostalgique du chant de ses deux compagnons,

Elle s’apprête  à châtier la chatte meurtrière,

Elle pleure et récrimine, gémit et se morfond,

Quand soudain elle entend une chanson légère.

Derrière le maroquin et le vélin des livres,

Ses mandarins sont là, cachés dans l’ombre fraîche,

Attendant qu’une  main vienne et les en délivre.

Armée de l’épuisette d’un amateur de pêche, 

La dame les capture précautionneusement,

Et, leur lissant la plume d’une tendre caresse,

Remet  le doux duo dans sa cage céans,

Vilipendant la chatte et ses noires prouesses.


Craignant à juste titre de sa foudre connaître

Les cris, les jérémiades et les coups de bâton,

La chatte s’en vint vite entre les bras du maître,

Et échappa ainsi à l’abomination.

 

Moralité

 

Lorsque l’on est coupable d’un délit domestique,

Un protecteur puissant vaut toutes les tactiques.

 

Fable librement inspirée par la mésaventure survenue aux deux mandarins de mon amie Bénédicte

 

 

 

 


 

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6 avril 2014 7 06 /04 /avril /2014 21:51

 

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Le châtaignier de Pocé

(Photo ex-libris.over-blog.com, dimanche 06 avril 2014)

 

Dans l’après-midi doux

Au blanc soleil masqué

Sur le jaune colza

Et le blé vert poussant

Le ligneux châtaignier

Jette ses bras branchus


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Sur la tige élancée

Oursins abandonnés

Dans les sillons du tronc

Un soleil a poussé

Dessus son corps tout gris

Le ciel est en partance

 

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A l’ancre de la terre

Il nourrissait les pauvres

Et surveillait les bêtes

Il faisait les tonneaux

Et devenait charpente

En sa virilité

 

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Dans l’après-midi doux

Où chante le coucou

Sur son écorce ancienne

Je me suis appuyée

Pour ouïr le secret

De sa longévité

 

Pocé, dimanche 06 mars 2014

 

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Photos ex-libris.over-blog.com, dimanche 6 avril 2014

 

 

 

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5 avril 2014 6 05 /04 /avril /2014 17:11

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 Nathalie Lermitte, Jacques Pessis, Aurélien Noël,

dans Piaf, Une vie en rose et noir

 

Jeudi 03 avril 2014, le Théâtre Beaurepaire à Saumur proposait aux spectateurs de se souvenir d’Edith Piaf. Dans le cadre du Festival des 1001 Voix, créé il y trois ans par Silvio Pacitto, Jacques Pessis et Aurélien Noël entouraient la comédienne et chanteuse Nathalie Lermitte pour une évocation vibrante de Edith Giovanna Gassion, plus connue sous le nom de la Môme Piaf.

Créée en 2004, la pièce avait été alors jouée dans cinq théâtres parisiens, avait fait une tournée en France et avait reçu une nomination aux Molière. Le trio avait ensuite été convié en Europe, en Russie, au Liban, à Dubaï, à Doha, jusqu’à Tahiti et Shangai à l’occasion de l’Exposition Universelle de 2010. Ecrit par Jacques Pessis, ce spectacle a fait l’objet d’une nouvelle mise en scène par Nathalie Lermitte en 2013 et connaît ainsi une seconde vie.

La pièce commence au moment où trois comédiens répètent le spectacle qu’ils s’apprêtent à jouer sur Edith Piaf. Ils sont dans le décor d’une loge de théâtre. A jardin, un canapé revêtu de velours frappé violet devant un portant où sont accrochés des vêtements de scène ; en fond de scène, une table de maquillage et un miroir ; à cour, une chaise pour le musicien du « piano du pauvre » et  un autre portant.

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Aurélien Noël, champion du monde d’accordéon en 1999 a signé les arrangements musicaux. Il interprète avec discrétion la silhouette des hommes qui ont traversé la vie de la chanteuse : Paul Meurisse et son chapeau, Yves Montand dans son habit de cow-boy, Charles Aznavour, le confident et l’ami fidèle, Georges Moustaki l’indolent, son « homme », le boxeur Marcel Cerdan, Théo Sarapo, le mari de la fin de sa vie.

Jacques Pessis joue le rôle du narrateur et il joue les différents mentors : Louis Leplée qui la découvrira et la lancera, le compositeur Raymond Asso qui fit d’elle une musicienne professionnelle, Bruno Coquatrix dont elle sauvera la salle de L’Olympia grâce à une tournée mémorable. Jacques Pessis conduit avec aisance ce spectacle en le ponctuant d’anecdotes qui rappellent la personnalité hors norme de la chanteuse légendaire.

Les hommes comptèrent beaucoup dans la vie d’Edith Piaf. Outre les chanteurs que j’ai déjà évoqués et qu’elle contribua souvent à lancer en les conseillant et en les encourageant, il y eut son père Louis Gassion, avec qui elle chanta dans des cirques itinérants puis dans la rue ;  Marcel Cerdan, son grand amour brisé en plein vol le 28 octobre 1949, sans oublier son premier mari, le chanteur Jacques Pills, un des Compagnons de la Chanson, Jean-Louis Jaubert, ou encore Jean Cocteau, avec qui elle s’était liée de grande amitié et qui mourut vingt-quatre heures après elle. On apprend que le cadeau de bienvenue d’Edith à ses hommes était toujours le même : un briquet, une montre, une gourmette en or !

Les deux comédiens masculins donnent la réplique à Nathalie Lhermitte, littéralement habitée par le rôle de la chanteuse. Elle a une manière très subtile de s'approprier son personnage en ne reprenant que certaines attitudes et quelques gestes d'Edith Piaf. Contrairement à Marion Cotillard qui l’avait interprétée au plus près dans le film La Môme, elle ne cherche pas à l’imiter, gardant par exemple ses cheveux blonds. Ne joue-t-elle l’actrice en répétition ? J’ai bien aimé cependant la fin du spectacle, lorsque, ayant revêtu la célèbre petite robe noire, elle met aussi  une perruque pour ressembler à Edith Piaf vieillissante et qu’elle l’enlève ensuite.

Nathalie Lermitte a su retrouver la gouaille et le franc-parler de la chanteuse des rues et ses répliques font souvent mouche dans la salle, laissant fuser les rires. On a pu aussi admirer ses dons pour imiter la sonnerie et les conversations téléphoniques !  Elle nous donne aussi à lire dans l’âme d’une femme à la vie traversée, mouvementée, qui ne se départit jamais d’un optimisme viscéral malgré les chagrins d'amour, l’addiction à la morphine et à l’alcool, les douleurs de la polyarthrite rhumatoïde, les nombreuses opérations : une vie en rose et noir !

Mais, surtout, Nathalie Lermitte interprète avec passion les chansons de Piaf, qui viennent ponctuer toujours avec justesse le récit de sa vie. Sa voix modulée et puissante a su atteindre le public au plus profond. Et il le lui a bien montré en lui faisant une standing ovation et en la bissant. La comédienne, longiligne et fragile, a ainsi exprimé avec passion et conviction l’art et l’âme de celle qui disait : « Si je n’étais pas chanteuse, je serais morte ! »

 

 

 

 


 

 

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5 avril 2014 6 05 /04 /avril /2014 09:31

 

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Moutons près d'une mare au Coudray-Macouard

(Photo ex-libris.over-blog.com, vendredi 4 mars 2014)

 

 

 

La clairière est verte

Blancs moutons dans le regain

C'est le printemps certes

 

 

 

En réponse au textoésie de Suzâme reçu le 02 avril 2014 à 8 h 29.

link

 

 

 

 


 


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3 avril 2014 4 03 /04 /avril /2014 15:37

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Jocelyne Tournier  

Samedi 22 mars, pour clôturer le Printemps des Poètes 2014, Claude, un ami de mon groupe de poésie, nous recevait chez lui. Il y avait invité  les Parisiennes Sophie Schneider et Jocelyne Tournier pour un spectacle poétique en appartement, intitulé Dans tes rêves.

Nous avions déjà rencontré Sophie Schneider, venue à Saumur pour Les Poétiques 2013, et membre du groupe des Coquecigrues. Rassemblés à l’initiative de Paul Guerre, directeur de la Maison de la Poésie, les participants de ce groupe disent « par cœur » des textes de poésie (http://www.franceculture.fr/emission-ca-rime-a-quoi-claude-guerre-et-les-par-coeuristes-2012-10-28). Sophie Schneider est par ailleurs professeur des écoles et la poésie lui est d’une grande aide dans l’apprentissage de la lecture.

Elle forme ici un duo avec Jocelyne Tournier, qui est comédienne et chanteuse. Mezzo-soprano, celle-ci a participé à de nombreux spectacles : La Funambule, Le cabaret de Melle Arthur, Chansons coquines et raffinées, Le cirque de Brigitte, Les 7 péchés capitaux ou la chanson de Barbara et, plus récemment, Faux départ, un spectacle ludique et fantaisiste.

Ce soir-là, dans la pénombre de l’appartement, éclairées seulement par une petite lampe de bureau, elles nous ont proposé une trentaine de textes exaltant la sensualité, le corps féminin, les vibrations et les déboires de l’amour. Vêtues d’élégantes robes noires, les jambes gainées de bas à résille, les lèvres maquillées de rouge, assises de part et d’autre d’une petite table ronde, chargée d’ouvrages de la collection Poésie/ Gallimard et de grands ou petits cahiers renfermant leurs textes, elles ont offert à leur public les mille et une facettes de l’art d’aimer.

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Sophie Schneider

Les poèmes alternaient avec des chansons chantées a capella par Jocelyne Tournier, accompagnés parfois d’un orgue de Barbarie miniature. Un minuscule moulin à musique égrenait aussi de temps à autre sa petite musique mécanique. Le spectacle s’est ainsi ouvert avec « Mon secret » de la « garçonne » Suzie Solidor. L’icône des années 1930 y distille le sentiment troublant de l’attente amoureuse :

 

« […] mais je n’ai qu’un rêve

Joie immense et brève

De te revoir

Chaque soir

Mon espoir […] »

 

« Nana », en espagnol, nous a donné à entendre une tendre berceuse de la veine populaire de Manuel de Falla, à laquelle a succédé un peu plus tard « Luccellino » de Vivaldi.

La « Chanson du feu » m’a fait découvrir Nicole Louvier (1933-2003), un auteur-compositeur-interprète et romancière des années 1950, que Maurice Chevalier avait surnommée « Le petit Radiguet de la chanson ». Dans ses Chansons interdites, elle dit l’ivresse des corps et le « jeu chinois de l’amour ».

La grande Barbara - à laquelle d’ailleurs Jocelyne Tournier m’a souvent fait penser – était à l’honneur avec « Joyeux Noël ». Cette chanson de la « dame en noir » prend avec humour Noël à contrepied avec la description d’un intermède amoureux, prétexte à « un Noël comme on n’en fait pas ». Mais le temps de la fête ne dure jamais bien longtemps et la routine reprend ses droits…

Grande admiratrice de Brigitte Fontaine (elle lui a consacré un spectacle), Jocelyne Tournier a chanté encore « La bouche des bébés ». « Après un rêve », une mélodie de Fauré, a évoqué le déchirement du réveil qui succède aux rêveries romantiques de la nuit tandis que « Rossignolet du bois » a appris à l’amant comment il faut aimer : « Faut aller voir la fille, faut l’aller voir souvent… »

Ce sont enfin « Les Passantes », qui ont clôturé mélancoliquement ce spectacle dédié en grande partie à la Femme. Il s’agit d’un texte d’Antoine Pol (1888-1971), que Brassens regretta toujours de n’avoir pu rencontrer, lui qui avait superbement mis son poème en musique :

« […] Alors, aux soirs de lassitude,

Tout en peuplant sa solitude

Des fantômes du souvenir,

On pleure les lèvres absentes

De toutes ces belles passantes

Que l’on n’a pas su retenir. »

 

En ce qui concerne les poèmes, Sophie Schneider et Jocelyne Tournier ont puisé dans un répertoire très varié. Passionnée par Guy Goffette, avec qui elle avait dit en duo des poèmes lors des Poétiques de 2013, Sophie Schneider avait choisi les quatre sonnets de « L’Attente » dans la partie II de La vie promise et un extrait en prose du poète belge.  Les quatre sonnets rapportent les paroles d’une femme à l’homme aimé. « […] Reste si tu viens pour rester » lui dit-elle. Et pourtant elle sait qu’il n’y a pas « le moindre/ écho de [lui] dans ce désert immense », qu’elle « reste à  [l’] attendre,/ seule et glacée, sous [ses] caresses. »

 

« […] Oui, c’est dans une île, dans une île

qu’il aurait fallu ouvrir l’un après l’autre,

peu à peu, notre unique trésor, et non

 

l’étaler comme ici, parmi les rognures du temps,

tout jouer d’un coup de dés sur le tapis

et puis demander au plafond l’heure du train. »

P1250386-copie-2

 

L’extrait de Elle par bonheur et toujours nue raconte comment l’écrivain fit la connaissance de Marthe Bonnard. Entré dans un musée pour échapper aux accablements conjugués de la chaleur et des sentiments, Guy Goffette se retrouve devant Marthe, le modèle puis l’épouse du peintre, "dont j'ignorais tout, sinon qu'elle était nue, sinon qu'elle était belle, et son éclat d'un coup me rafraîchit jusqu'au ventre ». Mais si l’écrivain s’attache à la femme, c’est sans doute pour mieux parler du peintre !

Prévert était aussi présent deux fois dans ce florilège. Il l’était avec drôlerie et dérision avec « L’amour à la robote », un poème dans lequel un homme qui écrit une lettre d’amour sur sa machine à écrire est piégé par cette même machine, qui finit par le tromper « avec un machin un machin à mourir de rire ». Un texte qui prend toute sa saveur à l’ère du tout numérique…

Avec « Déjeuner du matin », dont l’apparente simplicité n’est qu’un « trompe-l’œil », c’est une facette plus mélancolique du facétieux poète qui nous est dévoilée. La polysémie de ce texte simplissime (qui est le « je », qui est le « il » » ?) se dévoile au fil d’actions routinières et banales qui conduisent à un drame intime :


" [...] Et il est parti

Sous la pluie

Sans une parole

Sans me regarder

Et moi j'ai pris

Ma tête dans ma main

Et j'ai pleuré."


D’au-delà de la Méditerranée, le Marocain Abdellatif Laâbi (emprisonné de 1972 à 1980 et exilé en France depuis 1985) était convoqué avec deux poèmes « Comme un lierre » et « Celui qui n’a jamais » tandis que Boris Vian affirmait « Il y a des îles ».

Patrice Delbourg, une des jongleurs de mots des Papous dans la tête sur France-Culture, nous a invités à cuisiner voluptueusement en sa compagnie avec « Faim d’elle » Quant à la latino-américaine Isabel Allende, elle nous a recommandé « L’omelette », un texte extrait d’Aphrodite, un ouvrage où elle distille les plaisirs de la chair et de la bonne chère. Cette épicurienne y recommande l'omelette. Luxure et gourmandise ne sont-elles pas « les deux péchés capitaux auxquels il importe de s’adonner » ?

Avec « Idéal maîtresse » (1923) de Desnos, la femme est célébrée par l’écriture automatique des surréalistes :

« […] Eh quoi, déjà je miroir. Maîtresse tu carré noir et si les nuages de tout à l’heure myosotis, ils moulins dans la toujours présente éternité. »

« La muse sexuelle » (in Eros émerveillé) de André Velter a métamorphosé pour nous le poème en corps féminin :

 

« Poème en pente douce

De la nuque jusqu’aux reins

Des épaules aux chevilles

Des tempes au creux des seins

Et des lèvres jusqu’aux lèvres […] »

 

Dans « Magie » extrait de Lointain intérieur (1938), Henri Michaux explore le monde intérieur et ses fantasmes amoureux. Il nous invite à nous pencher sur la force et les déceptions du désir :

 

« […] Elle sentit un grand froid et qu’elle s’était trompée tout à fait sur mon compte.

Elle s’en alla la mine défaite et creusée, et comme si on l’avait volée. »


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 Gérard Philipe et Maria Casarès dans Les Epiphanies de Henri Pichette en 1947


Nos deux diseuses avaient encore convoqué deux grands chantres de la sensualité, Henri Pichette et Mahmoud Darwich. Elles ont ainsi modulé avec ferveur « Le Duo d’Amour Fou », extrait de la célèbre pièce Les Epiphanies du premier. On sait que c’est en 1947 que Gérard Philipe, Maria Casarès et Roger Blin la créèrent au Théâtre des Noctambules. Dans ce « mystère profane », ce dialogue amoureux et incandescent à nul autre pareil, embrase les amants « au soleil de midi, l’été, entre plaine et forêt », et on se souvient de leur litanie :

 

« […] Le Poète : Je t’imprime

L’Amoureuse : je te savoure

Le Poète : je te rame

L’Amoureuse : je te précède

Le Poète : je te vertige

L’Amoureuse : et tu me recommences […] »

 

Avec « L’art d’aimer » du poète palestinien Mahmoud Darwich, ce sont les subtilités et les flamboyances orientales que les deux amies  nous ont fait savourer dans ce poème construit sur l’anaphore : « Attends-la ! »

 

« Auprès du bassin, des fleurs du chèvrefeuille et du soir,

Attends-la […]

Jusqu’à ce que la nuit te dise :

Il ne reste plus que vous deux au monde.

Alors porte-la avec douceur vers ta mort désirée

Et attends-la !... »

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Dans cette alternance entre douceur et violence, « Commande » de Julio Cortazar, extrait de Crépuscule d’automne, a exprimé une forme de renaissance violente par l’amour :

 

« Ne m’accorde pas de répit, ne me pardonne jamais.

Harcèle mon sang, que chaque cruauté soit toi qui reviens.

Ne me laisse pas dormir, éloigne de moi la paix !

Alors je gagnerai mon royaume

et lentement je naîtrai. […]

 

Je n’aurais garde d’oublier que le Verlaine de Hombres (qui fut « Imprimé sous le manteau et ne se vend nulle part », 1891), consacré à l’homosexualité masculine, était aussi présent dans ce choix de textes sur l’amour, avec une suite de quatrains, à interdire aux oreilles jeunes et chastes. Considéré par Jacques Borel « comme une nouvelle fuite de l’être en désarroi […], l’envers et la rançon du songe », ce recueil n’a pas trouvé sa place dans les Œuvres poétiques complètes de La Pléiade.

J’ajouterai que la « Douzine cubiste » de Ian Monk, fervent oulipien, ponctuait le spectacle dans le désordre d’un corps féminin, sens dessus dessous et que cinq poèmes ont encore été dits dont je n’ai pas retrouvé les références.

Ainsi avec ce beau spectacle en ombre et lumière, tout en sensualité et en poésie, Sophie Schneider et Jocelyne Tournier, les deux jouteuses passionnées, nous ont convaincus que la poésie doit se dire à voix haute. Claude Guerre n’affirme-t-il pas « qu’il faut la dire, cette poésie qui nous occupe tant. Qu’il faut se la sortir des tripes. Qu’il faut se battre avec. On ne peut plus juste la photocopier avec la bouche. Il nous faut autre chose. Il faut la cracher avec le nous-mêmes tout entier » ?

 

 

Pour retrouver textes et auteurs :

"Mon secret", Suzie Solidor link

"Idéal Maîtresse", Desnos link

Les Epiphanies, Pichette link

Guy Goffette link link

Nicole Louvier link

"Joyeux Noël", Barbara link

Ian Monk link

Mahmoud Darwich, "L'art d'aimer" link

Brigitte Fontaine link

"L'amour à la robote", Prévert link

"Après un rêve", Fauré, link

Patrice Delbourg, link

"Rossignolet", link

Cortazar, link

"Magie", Michaux, link

Isabel Allende, link

"La muse sexuelle", André Velter, link

"Déjeuner du matin", Prévert,link

"Les Passantes", Antoine Pol, link


 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Catheau - dans Dits de poètes
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Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

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La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

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