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11 mai 2014 7 11 /05 /mai /2014 10:24

 

 lapin-acm.JPG

Lapin en argile au Musée des Arts Asiatiques de Singapour 

(Photo ex-libris.over-blog.com, 25 avril 2014)

 

Toujours au Musée des Arts Asiatiques de Singapour, le 25 avril 2014, j’ai aimé ce lapin en céramique. Les oreilles en arrière, accroupi, comme en alerte, il semble prêt à sauter. Si beaucoup d’animaux domestiques ont été découverts dans les tombes de la dynastie Han (du bétail, des chevaux, des cochons et des chiens), le lapin est cependant rarissime.

La légende d’un lapin vivant dans la lune et secrétant un élixir d’immortalité apparaît pour la première fois dans les Songs of the South (Chu ci), une compilation des Han de l’Ouest. On peut y lire : « Quel est ce point noir dans la lune ? Est-ce un lapin qui se cache là ? »

Dans leur Dictionnaire des Symboles, Alain Chevalier et Jean Gheerbrant évoquent longuement la symbolique de cet animal léger et bondissant. Ils expliquent que le lapin (ou le lièvre) est souvent le compagnon mystérieux de la lune. S’il dort le jour, il gambade et batifole la nuit, telle la lune qui apparaît et disparaît. Les Aztèques croyaient que les taches de l’astre étaient issues d’un lapin qu’un dieu aurait projeté sur sa face. Dans leur calendrier, on trouve les années-lapin ; pour les Maya-Quiché, la déesse Lune en danger est secourue par un héros Lapin. Ainsi, en sauvant la Lune, le Lapin « sauve le principe du renouvellement cyclique de la vie ».

En Europe, en Asie, en Afrique, les taches sont elles-mêmes des lièvres ou des lapins. Cette croyance perdure dans la comptine que tous les enfants ont fredonnée :

J’ai vu dans la lune

trois petits lapins

qui mangeaient des prunes

en buvant du vin

tout plein.

Dans la mythologie égyptienne, le grand initié Osiris prend l’apparence d’un lièvre, dépecé et jeté dans le Nil afin d’assurer la régénération périodique. Quant au paysans chi’ites d’Anatolie, ils ne mangent pas de lièvre car ils croient que l’animal est la réincarnation d’Ali. En Inde, dans la Sheshajâtaka, le Bodhisattva apparaît sous la forme d’un lièvre pour se jeter en sacrifice dans le feu.

Symbole de la renaissance comme la lune, on comprend pourquoi le lièvre est ainsi, dans le taoïsme, le préparateur de la drogue d’immortalité. « On le représente au travail à l’ombre d’un figuier, broyant des simples dans un mortier. Les forgerons utilisaient son fiel pour la fonte des lames d’épée : il était censé communiquer force et éternité à l’acier, pour ces mêmes raisons qui faisaient qu’en Birmanie on le considérait comme l’ancêtre de la dynastie lunaire. »

La symbolique du lapin ou du lièvre est pourtant marquée au sceau de l’ambivalence. Ne dit-on pas, en Chine, que la hase conçoit en regardant la lune ce qui fait dire à Yan Tcho-Keng-lou que « les jeunes filles se conduisent presque toujours comme des lapines qui regardent la lune » ? Si les quatre cents lapins des paysans aztèques expriment l’abondance et la fertilité, ils sont aussi symboles de paresse et d’ivrognerie pour les Mexicains. Quant aux années-lapin, elles sont bonnes ou mauvaises car « le lapin saute d’un côté et de l’autre » !

Souvent frappé d’un interdit alimentaire chez de nombreux peuples, parfois image de la vie élémentaire, de l’être en devenir, ou encore du gaspillage, animal sacrificiel associé à l’immortalité ou à la fertilité, le lapin est un animal plein de surprises. Et la prochaine fois que je regarderai le clair de lune, j’aurai une petite pensée pour lui !

 

Sources :

Cartouches du Musée des Arts Asiatiques de Singapour

Dictionnaire des Symboles, Jean Chevalier, Alain Gheerrant, Bouquins


rabbit-legend.JPG

Cartouche du Musée des Arts Asiatiques


 

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8 mai 2014 4 08 /05 /mai /2014 16:57

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 La façade coloniale de l'hôtel Raffles à Singapour

(Photo ex-libris.over-blog.com, vendredi 18 avril 2014)

 

Dans l’enclave blanche

Select et so british

Du colonial Raffles

Où le grand portier sikh

So smart

Ouvre avec déférence

La porte des limousines

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Devant le Raffles Hotel, le voiturier et le portier sikh

(Photo ex-libris.over-blog.com, vendredi 18 avril 1014)

Dans le parfum douceâtre

Des frangipaniers roses

Le long des galeries blanches

Ouvertes sur des pans de verdure

Tropicale

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Au Raffles Hotel

(Photo ex-libris.over-blog.com, vendredi 18 avril 2014)

A l’ombre des bois noirs et cirés

Derrière les hautes fenêtres

Où Conrad rêvait à Lord Jim

Malraux à ses statues khmères

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Sous les lustres 1900

Où Herman Hesse

Ernest Hemingway

Somerset Maugham

Sirotaient leur Gin Sling

Et où Ava Gardner

Valsait pieds-nus sur le parquet

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Une photo de deux tigres dans les vestiaires du bar du Raffles Hotel

(Photo ex-libris.over-blog.com, vendredi 18 avril 2014)

Déambule l’ombre

Puissante et silencieuse

Du dernier tigre de Singapour

 

Au Raffles, vendredi 18 avril 2014

 

P1260348.JPGLes initiales du Raffles Hotel

(Photo ex-libris.over-blog.com, vendredi 18 avril 2014)

 

 

 

 

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7 mai 2014 3 07 /05 /mai /2014 18:52

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Un papillon noir à Pulau Tangah

(Photo ex-libris.over-blog.com, dimanche 20 avril 2014)

 

 

 

Pour leur premier anniversaire de mariage, Paul avait décidé d’emmener Sonja dans l’île de Tangah, à seize kilomètres au large et au sud-est de la Malaisie. Ses copains de la banque HSBC où il travaillait lui avaient vanté l’atmosphère paradisiaque de cette île dédiée à la baignade, au snorkeling, à un farniente édénique parmi les bougainvillées et les frangipaniers.

Quand il avait dit à Sonja qu’il fallait environ trois heures de voiture de Singapour à la ville malaise de Mersing d’où l’on embarquait pour Pulau Tengah, elle avait montré un enthousiasme des plus modéré pour cette balade et il en avait ressenti un léger pincement au cœur.

Il faut dire que Sonja était danoise et qu’en sirène du Nord, elle supportait assez mal le climat humide et moite de la Ville du Merlion. Elle s’y sentait fréquemment oppressée et la clim lui donnait de fréquents maux de gorge. Aussi la voyait-on souvent avec une longue écharpe de soie autour du cou.

Ses longs cheveux blonds presque blancs, ses yeux d’un bleu d’eau pure comme les lacs de son pays natal, la blancheur fragile et diaphane de sa peau, sa longiligne silhouette de sylphide nordique suscitaient sans cesse de longs regards noirs et appuyés de la part des Asiatiques, qu’ils fussent chinois, malais ou indonésiens. Paul avait eu bien du mal à s’y faire mais maintenant, il n’y prêtait plus guère attention, si ce n’est pour traiter gentiment sa femme d’ « idole blanche ».

Délaissant la trépidation de Singapour, ils avaient emprunté un taxi habitué à faire ce parcours sur une route bordée de palmiers. A la frontière malaise, de petits douaniers au doux visage s’étaient montrés suspicieux et inquisiteurs. Avec autorité, ils avaient tendu au couple  un boîtier sur lequel Paul et Sonja avaient dû inscrire l’empreinte de leur index. Sous les arceaux métalliques du tunnel de fer de la douane, tapie dans le fond de la voiture, Sonja irradiait telle une lumière blanche.

Ensuite, dans la foule bigarrée de Mersing, elle n’avait cessé d’attirer les regards avec son immense chapeau de paille, son châle et ses énormes lunettes noires qui lui dévoraient le visage. L’attente avait été longue sur la petite navette déglinguée dont les deux gros moteurs noirs Yamaha se refusaient obstinément à démarrer. Un mécanicien avait été appelé à la rescousse dans les vapeurs lourdes du gas-oil et sous la pluie fine qui s’était mise à tomber. Les moteurs avaient enfin ronronné normalement et le patron du petit bateau s’était retourné avec une fierté violente vers Sonja, lui offrant un affreux sourire édenté qui l’avait fait frissonner.

Pendant le trajet, Paul se rappelait que l'homme n’avait cessé de la regarder avec une insistance désagréable et malsaine. Parmi les quelques autres rares passagers qui avaient pris place avec eux, un Singapourien très élégant, tout vêtu de blanc, qui ressemblait à Tony Leung, lui avait aussi jeté de profonds regards admiratifs. Mais Sonja gardait toujours son indifférence nordique, se contentant de brèves pressions sur la main de Paul comme si elle avait voulu le rassurer.

Au bout d’un an de vie commune, Paul se posait toujours bien des questions sur son épouse. Trader à Singapour, il avait rencontré Sonja au cours d’une soirée au Raffles, organisée par sa société de courtage. Le coup de foudre avait été violent et réciproque et ils s’étaient mariés rapidement, pour ensuite s’installer dans un HDDB de luxe réservé aux nombreux expatriés de Singapour. S’il était très occupé par son travail, il n’en allait pas de même pour elle qui passait ses journées à faire du shopping et à déambuler dans Little India et Chinatown. Elle aimait particulièrement le Jardin des Papillons de Sentosa, qui possède une remarquable collection de lépidoptères du continent asiatique. Je découvre la ville lui disait-elle laconiquement, lorsqu’il lui demandait ce qu’elle avait fait de sa journée. Il n’avait jamais cherché à en savoir plus.

Arrivés sur l’île, ils avaient pris possession de leur « villa », perdus parmi les palmiers, les casuarinas et les frangipaniers. Sous leurs yeux, une mer turquoise, où sautait de temps à autre l’arc dansant d’un poisson noir. A leurs oreilles, des cris perçants d’oiseaux, comme ceux d’un enfant, et le souffle léger du vent dans les palmes. La chambre, avec son grand lit blanc entouré tel un cocon de sa moustiquaire, le bois luisant des portes et du parquet, avaient fait venir aux lèvres de Paul les vers de Baudelaire : « Là, tout n’est qu’ordre et beauté/ Luxe, calme et volupté. » Sonja semblait apaisée et heureuse, prodiguant à Paul de furtifs gestes tendres.

Ils avaient passé l’après-midi à arpenter l’île. Ils s’étaient émerveillés d’un rien, d’une noix de coco verte abandonnée sur le sable, du piqué des blanches hirondelles de mer sur l’eau transparente, du lent passage d’un gecko sur le chemin de teck, d’une fragile fleur de frangipanier tombée sur un banc de bois ouvragé.

En revenant enlacés vers l’hôtel, ils étaient passés à côté d’une étrange sculpture, représentant la tête d’un être fabuleux, mi-homme, mi-tigre. C’est un masque de chamane, avait dit Paul,  il révèle la dualité des êtres. Tu es peut-être une tigresse qui a pris l’apparence d’une femme ou bien une femme qui cache une tigresse, avait-il ajouté. Sonja avait souri doucement sans mot dire.

Sur le sentier de la forêt dominant l’hôtel, ils avaient eu l’œil attiré par un somptueux papillon noir tacheté de rouge, immobile sous le couvert touffu. Mon âme est comme ce papillon, avait murmuré la jeune femme et Paul lui avait fermé la bouche d’un baiser. C’était leur anniversaire de mariage et il n’avait aucun envie qu’une quelconque pensée sombre vînt en ternir la célébration.

La nuit était tombée très vite, vaste et obscure. Ils avaient dîné sous les pales tournoyantes des ventilateurs de la salle à manger ouverte sur l’obscurité chaude et la mer qui bruissait doucement en contrebas. Il y avait peu d’hôtes ce soir-là mais Paul s’était étonné de ne pas retrouver là pour le dîner l’homme en blanc du bateau du matin.

L’enthousiasme de Sonja était tombé d’un coup. Si le repas avait été délicieux, la jeune femme, sans doute épuisée par la chaleur, n’y avait guère touché que du bout des lèvres. Paul avait tenté de la dérider en lui racontant ses derniers exploits au cricket mais elle était restée de marbre. Il avait commandé une bouteille de champagne, espérant qu’une légère griserie s’emparerait d’elle et la dériderait. Elle s’était soudain levée : je vais me coucher, avait-elle murmuré d’une voix lasse. Je te rejoindrai quand j’aurai fini la bouteille, lui avait-il répondu avec un brin d’agacement et de déception dans la voix.

Bien longtemps après, il se rappellerait avec une nostalgie mêlée d’horreur cet instant où il avait vu sa pâle silhouette élancée disparaître derrière l’amas confus et sombre des araucarias et des casuarinas. Elle ne s’était même pas retournée.

Il ne savait pas combien de temps il était demeuré seul, les yeux perdus dans l’obscurité habitée de la nuit malaise à siroter les dernières gouttes d’un champagne devenu tiède. Puis, il avait emprunté lentement le sentier de teck menant à leur bungalow, à l’affût du moindre vol de chauve-souris, du moindre crissement dans les fourrés, tandis que des torchères de bambou éclairant le jardin émanait un grésillement âcre.

En haut des marches du bungalow, la porte était inexplicablement ouverte. Un frisson l’avait parcouru quand il avait aperçu, épinglé sur la rambarde de bois de l’escalier, un grand papillon noir. En entrant dans la pièce éclairée par une petite veilleuse, il avait soudain eu le sentiment du désastre. La fine chemise de nuit claire de Sonja gisait au pied du lit, telle une chrysalide. Sa valise était béante et sous le carré de la moustiquaire le lit n’avait pas été défait. Dans la salle de bains, sa trousse de toilette non plus n’avait pas été ouverte. Sonja ! Sonja ! avait-il crié comme dans un cauchemar éveillé où aucun son ne sort de la bouche. Seul le piétinement d’un oiseau sur le toit lui avait fait écho.

Comme un fou il avait ouvert les portes des placards, regardé sous le lit, tout le corps agité d’un tremblement qui n’était pas celui du palu. Puis il avait couru jusqu’à la petite jetée de bois en hurlant le nom de sa femme. Aucun bateau n’y était amarré, l’eau noire était profonde comme un gouffre. Ses cris avaient alerté les hôtes des villas avoisinantes dont les lumières s’étaient allumées peu à peu. Certains l’avaient accompagné jusqu’à la réception tout en essayant de le calmer tandis qu’il répétait le prénom de sa femme comme une litanie.

On avait téléphoné au manager de l’hôtel qui avait vite pris la mesure de l’événement. Il avait donné l’ordre de réveiller tout le personnel masculin composé de Singapouriens, d’Indonésiens et de Philippiens, fins connaisseurs de la forêt. Armés de bâtons, éclairés par des torches de bambou, ils avaient parcouru à de nombreuses reprises et sans succès les quelques chemins de promenade qui traversaient l’île de part en part. Il avait fallu se rendre à l’évidence, Sonja n’était nulle part, elle s’était volatilisée.

Au matin, des inspecteurs de police, étaient venus par bateau de la ville malaisienne de Johor. Toujours aidés du personnel de l’hôtel, ils avaient repris les recherches en pénétrant plus avant dans la forêt et la mangrove à l’ouest de l’île. Ils avaient sondé avec de longues tiges de bambou les puits de l’île, ceux-là même que les Vietnamiens, réfugiés sur Pulau Tangah, avaient forés pendant la Seconde Guerre Mondiale. Sur de petites embarcations de couleur, ils avaient recherché dans l’eau limpide un éventuel corps flottant entre deux eaux. Un hélicoptère de l’Armée avait même été réquisitionné pour survoler l’île.

Dans un état second, Paul, hébété, avait suivi les recherches. Il avait lui-même été mis sur le gril par les enquêteurs, et contraint de répondre à un feu roulant de questions qui, de mari inquiet l’avaient vite transformé en époux suspect. Cette inquisition accusatrice l’avait rendu fou et il avait eu bien du mal à convaincre les enquêteurs de son innocence. Oui, il aimait sa femme, non, elle n’avait pas d’amant, oui, leur couple était sans problèmes, sinon, aurait-il emmené sa femme pour célébrer leur anniversaire de mariage ? Comment aurait-il pu la tuer ? Le personnel du restaurant avait témoigné qu’il était resté longtemps attablé après son départ. Et puis, il n’y avait pas de cadavre, on n’avait pas retrouvé de corps, il n’y avait aucune trace de lutte dans la chambre. Cette disparition était une véritable énigme, elle défiait le bon sens, elle n’avait aucun sens !

Les quelques client de l’hôtel, rares à cette saison qui suit les fêtes de Pâques, avaient eux aussi était questionnés. Ils avaient tous remarqué cette jeune femme au teint blême, au visage mangé par d’énormes lunettes noires, aux épaules recouvertes d’une mousseline, à la tête ombragée par un grand chapeau de paille. Aucun autre détail notable n’avait cependant retenu leur attention, sinon que personne ne l’avait trouvée souriante.

Paul avait bien évoqué l’homme élégant embarqué avec eux sur le bateau qu’il n’avait plus revu ensuite. Cet inconnu, profitant de la nuit, n’aurait-il pu enlever sa femme sur un petit esquif ? Un instant, l’avait effleuré l’idée insensée que cet homme ait pu être connu de Sonja et que celle-ci ait organisé avec lui sa propre disparition. Il s’était bien vite repris : n’était-ce pas faire injure à Sonja que de la soupçonner ainsi ?

Au bout de deux jours, il avait fallu se rendre à l’évidence : on ne retrouverait pas Sonja. D’ailleurs, le manager de l’hôtel avait fait pression sur les policiers pour que cessent les investigations et que l’île retrouve son calme. Il considérait que toute cette malheureuse affaire n’avait déjà que trop nui à la réputation de son île paradisiaque. La mort dans l’âme, Paul avait dû se résoudre à quitter cette île choisie pour être l’écrin du bonheur et qui était devenue un endroit maléfique. Les larmes aux yeux, assis sur la banquette de bois du bateau qui le ramenait vers Mersing, il avait vu s’éloigner la jetée de bois, les bougainvillées roses et blancs, la plage éclatante de blancheur et le vert sombre de la petite forêt qui surplombait l’île.

Grâce à l’intervention de l’ambassadeur de France, les policiers malais l’avaient ramené à Singapour par hélicoptère. Il avait ainsi évité le passage par la douane et une nouvelle épreuve qu’il aurait été incapable de supporter. A Singapour, son patron lui avait octroyé une semaine. Mais pour quoi faire au juste ? Accomplir son deuil ? Ranger son appartement où tout lui rappelait Sonja ? Tenter de comprendre ? Mais comprendre quoi ? Explique-t-on l’inexplicable ? Peut-on concevoir l’inconcevable ?

Il avait bien tenté de reconstituer l’année passée avec Sonja, essayé de relire avec minutie les jours si peu nombreux vécus auprès d'elle. Tout se diluait dans sa mémoire, il n’avait rien à quoi se rattacher. Il s’était encore efforcé de retrouver les gens qu’elle avait pu rencontrer, ceux qui auraient pu lui parler d’elle, d’une autre Sonja qu’il n’aurait pas connue, de cette étrangère avec qui il avait vécu, une femme à l'image de ces memsahibs européennes décrites par Somerset Maugham dans ses nouvelles, pleines de duplicité et de mystère. Peine perdue, la jeune femme n’avait noué aucune relation tangible et c’était comme si elle n’avait jamais existé. Peu à peu, sans qu'il le souhaitât, son image s'était effacée de sa mémoire, comme un dessin au crayon qui pâlit et disparaît.

Après plusieurs années d’une vie somnambulique à Singapour, Paul avait regagné la France et était reparti vivre chez sa mère qui tenait une petite auberge dans le Haut-Var. Aujourd'hui, je crois qu’il n’a plus qu’une passion : collectionner les papillons.

 

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      Une sculpture malaise à Pulau Tangah

(Photo ex-libris.over-blog.com, lundi 24 avril 2014)

 

 


 

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6 mai 2014 2 06 /05 /mai /2014 20:44

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La mer vue de Long Beach  Tangah Island (Malaisie)

(Photo ex-libris.over-blog.com, mardi 22 avril 2014)

 

A l'horizon de mes yeux

Des cônes dans le loin sont à la queue leu-leu

A mon dos incliné

La forêt fait

Comme un vert oreiller

Le sable aux mille ans de corail

A blanchi mon regard

L'arc noir d'un poisson

A dessiné la mer en un bleuté turquoise

La mouette à l'affût du poisson ondoyant

En preste vif-argent a piqué dans la vague

Une noix de coco

Soudain a basculé avec un bruit de pierre

Ma peau moite et humide

Picote et se souvient du sel


Lundi en plein midi

Lundi en Malaisie

 


 

Lundi 21 avril 2014, vers midi, Tangah Island

 

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Une noix de coco sur la  plage de Long Beach, Tangah Island, Malaisie

(Photo ex-libris.over-blog.com, mardi 22 avril 2014)

 

 

 


 

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6 mai 2014 2 06 /05 /mai /2014 07:38

P1260592

Pulau Tangah, Malaisie

(Photos ex-libris.over-blog.com, dimanche 20 avril 2014))

 

 

Dans le carré ouaté de la moustiquaire

Le tournoiement astral des pales du ventilateur

Au bruit de métronome

 

Dans les ténèbres de la veille

Le sombre profond du bois noir des portes

 

Au- dessus du toit de palmes

Le tuitt-tuitt d’un oiseau inconnu

 

Sur les draps d’un blanc de lait

La fuite silencieuse et preste d’un insecte

 

Et sous le tulle frémissant l’écrasement moite

De la nuit malaise

 

Dimanche 20 avril 2014, 11 h du soir, Pulau Tangah

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25 avril 2014 5 25 /04 /avril /2014 03:59

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 Le port de Singapour vers le soir, vu du téléphérique du Mont Faber

(Photo ex-libris.over-blog.com, Lundi  14 avril 2014)

 

 

 

 

 

 

Blog en pause

 

dans la ville du Merlion

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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9 avril 2014 3 09 /04 /avril /2014 07:18

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      The Graham Children, William Hoggarth

 

 

 

On était au printemps, période enchanteresse,

Deux mandarins couvaient dans leur cage dorée.

Une chatte survient, gourmande et chasseresse,

Jalouse des amours des oiseaux désirés.

Sa patte de velours rapide et assassine

Renverse en un clin d’œil l’abri des amoureux

Qui s’envolent éperdus loin de la gent féline.

La maîtresse des lieux, ignorante du jeu,

Interdite, découvre les restes du saccage,

Le sable éparpillé et les œufs fracassés,

La graine aux quatre vents dans un vrai marécage,

Et l’os blanc de la seiche en deux parties brisé.

Nostalgique du chant de ses deux compagnons,

Elle s’apprête  à châtier la chatte meurtrière,

Elle pleure et récrimine, gémit et se morfond,

Quand soudain elle entend une chanson légère.

Derrière le maroquin et le vélin des livres,

Ses mandarins sont là, cachés dans l’ombre fraîche,

Attendant qu’une  main vienne et les en délivre.

Armée de l’épuisette d’un amateur de pêche, 

La dame les capture précautionneusement,

Et, leur lissant la plume d’une tendre caresse,

Remet  le doux duo dans sa cage céans,

Vilipendant la chatte et ses noires prouesses.


Craignant à juste titre de sa foudre connaître

Les cris, les jérémiades et les coups de bâton,

La chatte s’en vint vite entre les bras du maître,

Et échappa ainsi à l’abomination.

 

Moralité

 

Lorsque l’on est coupable d’un délit domestique,

Un protecteur puissant vaut toutes les tactiques.

 

Fable librement inspirée par la mésaventure survenue aux deux mandarins de mon amie Bénédicte

 

 

 

 


 

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6 avril 2014 7 06 /04 /avril /2014 21:51

 

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Le châtaignier de Pocé

(Photo ex-libris.over-blog.com, dimanche 06 avril 2014)

 

Dans l’après-midi doux

Au blanc soleil masqué

Sur le jaune colza

Et le blé vert poussant

Le ligneux châtaignier

Jette ses bras branchus


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Sur la tige élancée

Oursins abandonnés

Dans les sillons du tronc

Un soleil a poussé

Dessus son corps tout gris

Le ciel est en partance

 

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A l’ancre de la terre

Il nourrissait les pauvres

Et surveillait les bêtes

Il faisait les tonneaux

Et devenait charpente

En sa virilité

 

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Dans l’après-midi doux

Où chante le coucou

Sur son écorce ancienne

Je me suis appuyée

Pour ouïr le secret

De sa longévité

 

Pocé, dimanche 06 mars 2014

 

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Photos ex-libris.over-blog.com, dimanche 6 avril 2014

 

 

 

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5 avril 2014 6 05 /04 /avril /2014 17:11

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 Nathalie Lermitte, Jacques Pessis, Aurélien Noël,

dans Piaf, Une vie en rose et noir

 

Jeudi 03 avril 2014, le Théâtre Beaurepaire à Saumur proposait aux spectateurs de se souvenir d’Edith Piaf. Dans le cadre du Festival des 1001 Voix, créé il y trois ans par Silvio Pacitto, Jacques Pessis et Aurélien Noël entouraient la comédienne et chanteuse Nathalie Lermitte pour une évocation vibrante de Edith Giovanna Gassion, plus connue sous le nom de la Môme Piaf.

Créée en 2004, la pièce avait été alors jouée dans cinq théâtres parisiens, avait fait une tournée en France et avait reçu une nomination aux Molière. Le trio avait ensuite été convié en Europe, en Russie, au Liban, à Dubaï, à Doha, jusqu’à Tahiti et Shangai à l’occasion de l’Exposition Universelle de 2010. Ecrit par Jacques Pessis, ce spectacle a fait l’objet d’une nouvelle mise en scène par Nathalie Lermitte en 2013 et connaît ainsi une seconde vie.

La pièce commence au moment où trois comédiens répètent le spectacle qu’ils s’apprêtent à jouer sur Edith Piaf. Ils sont dans le décor d’une loge de théâtre. A jardin, un canapé revêtu de velours frappé violet devant un portant où sont accrochés des vêtements de scène ; en fond de scène, une table de maquillage et un miroir ; à cour, une chaise pour le musicien du « piano du pauvre » et  un autre portant.

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Aurélien Noël, champion du monde d’accordéon en 1999 a signé les arrangements musicaux. Il interprète avec discrétion la silhouette des hommes qui ont traversé la vie de la chanteuse : Paul Meurisse et son chapeau, Yves Montand dans son habit de cow-boy, Charles Aznavour, le confident et l’ami fidèle, Georges Moustaki l’indolent, son « homme », le boxeur Marcel Cerdan, Théo Sarapo, le mari de la fin de sa vie.

Jacques Pessis joue le rôle du narrateur et il joue les différents mentors : Louis Leplée qui la découvrira et la lancera, le compositeur Raymond Asso qui fit d’elle une musicienne professionnelle, Bruno Coquatrix dont elle sauvera la salle de L’Olympia grâce à une tournée mémorable. Jacques Pessis conduit avec aisance ce spectacle en le ponctuant d’anecdotes qui rappellent la personnalité hors norme de la chanteuse légendaire.

Les hommes comptèrent beaucoup dans la vie d’Edith Piaf. Outre les chanteurs que j’ai déjà évoqués et qu’elle contribua souvent à lancer en les conseillant et en les encourageant, il y eut son père Louis Gassion, avec qui elle chanta dans des cirques itinérants puis dans la rue ;  Marcel Cerdan, son grand amour brisé en plein vol le 28 octobre 1949, sans oublier son premier mari, le chanteur Jacques Pills, un des Compagnons de la Chanson, Jean-Louis Jaubert, ou encore Jean Cocteau, avec qui elle s’était liée de grande amitié et qui mourut vingt-quatre heures après elle. On apprend que le cadeau de bienvenue d’Edith à ses hommes était toujours le même : un briquet, une montre, une gourmette en or !

Les deux comédiens masculins donnent la réplique à Nathalie Lhermitte, littéralement habitée par le rôle de la chanteuse. Elle a une manière très subtile de s'approprier son personnage en ne reprenant que certaines attitudes et quelques gestes d'Edith Piaf. Contrairement à Marion Cotillard qui l’avait interprétée au plus près dans le film La Môme, elle ne cherche pas à l’imiter, gardant par exemple ses cheveux blonds. Ne joue-t-elle l’actrice en répétition ? J’ai bien aimé cependant la fin du spectacle, lorsque, ayant revêtu la célèbre petite robe noire, elle met aussi  une perruque pour ressembler à Edith Piaf vieillissante et qu’elle l’enlève ensuite.

Nathalie Lermitte a su retrouver la gouaille et le franc-parler de la chanteuse des rues et ses répliques font souvent mouche dans la salle, laissant fuser les rires. On a pu aussi admirer ses dons pour imiter la sonnerie et les conversations téléphoniques !  Elle nous donne aussi à lire dans l’âme d’une femme à la vie traversée, mouvementée, qui ne se départit jamais d’un optimisme viscéral malgré les chagrins d'amour, l’addiction à la morphine et à l’alcool, les douleurs de la polyarthrite rhumatoïde, les nombreuses opérations : une vie en rose et noir !

Mais, surtout, Nathalie Lermitte interprète avec passion les chansons de Piaf, qui viennent ponctuer toujours avec justesse le récit de sa vie. Sa voix modulée et puissante a su atteindre le public au plus profond. Et il le lui a bien montré en lui faisant une standing ovation et en la bissant. La comédienne, longiligne et fragile, a ainsi exprimé avec passion et conviction l’art et l’âme de celle qui disait : « Si je n’étais pas chanteuse, je serais morte ! »

 

 

 

 


 

 

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Published by Catheau - dans Chansons
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5 avril 2014 6 05 /04 /avril /2014 09:31

 

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Moutons près d'une mare au Coudray-Macouard

(Photo ex-libris.over-blog.com, vendredi 4 mars 2014)

 

 

 

La clairière est verte

Blancs moutons dans le regain

C'est le printemps certes

 

 

 

En réponse au textoésie de Suzâme reçu le 02 avril 2014 à 8 h 29.

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Des blancs ruisseaux de Chanaan

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La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

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