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11 juin 2020 4 11 /06 /juin /2020 10:12

Le 5 juin 2020, j’ai publié sur FaceBook cette photo de la pleine lune au-dessus de notre village.

Mon cousin Eric me l’a commentée avec ce haïku :

Full Moon on the Rou,
Brittany sleeps overnight.
The Deep heart of blue...

Mon fils Sébastien, qui habite à Bondi (Australie) a enchaîné avec cette phrase :

" On a la meme ici! " (pas d’accent sur le clavier anglo-saxon !)

A quoi j’avais répondu : "On se relie en la regardant ensemble. "

Et sa belle-mère de poursuivre : "Oui, comme dans le roman IQ 84 de Haruki Murakami " ou l’histoire de Tengo et Aomamé.

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/9/9e/Couple_posed_swinging_on_a_%27new_moon%27_at_the_Trocadero%2C_ca._1934_%284521967683%29.jpgBas du formulaire

Couple posant sur un croissant de lune, évoquant la chanson d'amour citée en épigraphe du roman : « It’s a Barnum and Bailey world Just as phony as it can be, But it wouldn’t be make-believe If you believed in me. » — E. Y. Harburg & Billy Rose, It’s Only a Paper Moon

Et relisant hier soir le petit livre de François Cheng, Assise, Une rencontre inattendue, je m’arrête sur ce beau passage : « La nuit de lune à Assise demeurait cependant redoutable pour l’exilé venu d’Asie. A la vue de la campagne baignée de clarté lustrale, mon sentiment de solitude se transmuait en nostalgie du pays natal. C’est là que, une fois encore, la présence de François m’apparut secourable. Par-dessus mon épaule, sa voix résonna à mon oreille : « Ne soit pas accablé par la tristesse. Songe que cette lumière née de la nuit est dispensée partout et à tous. Elle ne cloisonne pas, elle élève ; elle ne sépare pas, elle réunit. »

Magie de la pleine lune qui relie nos voix et nos cœurs.

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10 juin 2020 3 10 /06 /juin /2020 15:59

Cygne noir (Photo Le Progrès)

Mon journal de jeunesse me réserve bien des surprises. Ainsi, sur mon écriture, je retrouve ce commentaire fait par un ami de mes parents qui s'appelait Paul. Je crois qu'il était assez perspicace, quoique le mot "destructeur" me fasse un peu peur ! Il écrit :

" Ton écriture revêt une forme, un aspect mathématique dont tu uses pour voiler ta pensée. Elle relève de l'indifférence du cygne qui passe - superbe et serein sur l'eau plate. L'on ne voit pas ses pattes s'agiter. Un équilibre écrasant, destructeur."

Il faudrait donc être d'accord avec la graphologue Bernadette de la Taille lorsqu'elle écrit : "L'écriture révèle notre personnalité profonde, il est plus facile de se dissimuler par la parole que par l'écrit." Et peut-être me réincarnerai-je un jour en un cygne noir.

 

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3 juin 2020 3 03 /06 /juin /2020 17:16

Quelle extraordinaire capacité d’observation, d’invention, de création chez Edna O’Brien qui, à presque 90 ans, a imaginé avec son dernier roman Girl (2019) le personnage de Maryam, une jeune Nigériane enlevée par Boko Haram en 2014 ! Pour créer ce magnifique personnage, l’écrivain irlandais n’a pas ménagé sa peine, voyageant au Nigéria, rencontrant de jeunes victimes, des psychiatres, des religieux, des soignants, tous ceux qui ont été les témoins de ces crimes perpétrés contre les femmes. Edna O’Brien explique qu’elle a fait table rase de sa géographie personnelle pour pénétrer l’horreur du sort réservé à ces jeunes écolières.

S’attachant à mettre en relief « le drame secret des jeunes captives », elle a fondu en un seul témoignage tous ceux qu’elle avait recueillis, donnant ainsi au personnage une étonnante réalité : « Mon unique méthode était de faire entendre leur imagination et leur voix par le truchement d’une seule fille, particulièrement visionnaire. » Et celle qui a fait de son œuvre entière un plaidoyer contre les injustices faites aux femmes a trouvé avec la jeune Maryam un porte-parole particulièrement émouvant. En exergue au roman, on peut lire : « Pour les mères et les filles du Nord-Est du Nigéria. » Et le grand écrivain J-M Coetzee d’écrire : « Par un extraordinaire acte d'imagination, nous voici transportés dans l'univers intérieur d'une jeune fille violée et réduite en esclavage par les djihadistes nigérians. Elle leur échappe et, avec acharnement et ténacité, entreprend de reconstruire sa vie brisée. Girl est un livre courageux sur une âme courageuse. »

C’est ainsi que le lecteur va suivre pendant plus de deux cents pages l’odyssée tragique de Maryam, « emmenée en trombe » à travers la forêt, lors de sa « première nuit d’effroi ». D’emblée le ton est donné avec l’incipit : « J’ETAIS UNE FILLE AUTREFOIS, c’est fini. Je pue. Couverte de croûtes de sang, mon pagne en lambeaux. Mes entrailles, un bourbier. » Nous la suivrons pas à pas, jour après jour, dans cet enfer, fermé par de  « grands remparts d’argile, surmontés de rouleaux de barbelés », avec sa petite mosquée « au minaret brillant en aluminium » et son « drapeau noir », claquant à son mât. Sous un grand arbre au centre de l’enceinte, « avec un branche robuste en saillie », elle sera contrainte d’apprendre les sourates dans une langue étrangère et d’adorer un dieu qui n’est pas le sien.

C’est là qu’avec ses compagnes, elles vont se revêtir de l’uniforme qui fera d’elle « des nonnes endeuillées », tandis que leurs vêtements sont brûlés. Puis ce sera l’embrigadement, les discours violents de l’émir aux « nouvelles filles d’Allah » contre tout ce qui a été leur passé, les sévices à la chaîne contre elles, devenues « COMME LE BETAIL DANS SON ENCLOS » : « Nous étions trop jeunes pour savoir ce qui s’était passé, ou lui donner un nom. »

Au sein de cette horreur sans nom (« Il n’y avait rien à dire, jamais rien à se dire les unes aux autres »), Maryam va rencontrer le petit John-John, capturé lui aussi, et devenir l’amie de Buki. Mais sans cesse il lui faudra subir les viols successifs, se méfier des espions, ne pas penser à s’enfuir, craindre d’être vendue comme épouse « à des hommes riches en Arabie ». Elle assistera avec épouvante à la lapidation de l’épouse adultère de l’émir en chef, un « carnage implacable ».

 

Puis, Maryam est donnée en mariage à Mahmoud, un homme doux et rêveur, qui s’était engagé pour que sa mère « ne meure pas de faim ». Après un combat, il reviendra blessé à la jambe et, apprenant que la jeune femme est enceinte, lui  donnera l’argent reçu après ses raids. Maryam met au monde une fille : « Cris de consternation : «  Ce n’est pas un mâle. » » A la faveur d’une intervention de l’armée nigériane, la jeune accouchée fuit dans la forêt accompagnée de Buki. Avec Babby – à qui elle a dit : « Je ne suis pas assez grande pour être ta mère » -  elles survivront un temps dans la forêt entre « crapahutage, les épines, la faim et [de] brefs éclats de colère », suivis de réconciliation, avant que Burki ne meure, mordue à la jambe par un serpent.

 

Maryam sera recueillie par des femmes Madara, des épouses de pasteurs qui soigneront sa fièvre, mais elle devra les quitter : « Le bruit avait couru qu’on cachait l’épouse d’un insurgé et son enfant. » Après de multiples tergiversations à un poste frontière et un affrontement verbal avec le commandant du lieu (qui marmonne « quelque chose de pourri au royaume de Danemark »), Maryam est conduite en ville où elle est soignée : « La femme en face de moi qui me dit combien je suis vaillante et résiliente. Je suis une survivante. »

 

Mais son chemin de croix n’est pas terminé : elle demande quand viendra sa mère, doit raconter au médecin ce qu’elle a vécu, le Jour Noir, et ressasse l’horreur. Quand elle revoit sa mère, celle-ci lui apprend la mort de son père et perçoit le regard révulsé de l’entourage sur son enfant. Puis arrive le jour où elle est reçue dans la résidence du Président : « Notre pays tiendra de nouveau la tête haute » et Maryam n’a qu’une envie, c’est « de parler, de dire : « Monsieur, vous n’êtes qu’à quelques pas de moi, mais à des années-lumière d’elles, dans leur cruelle captivité. Vous n’y étiez pas. Vous ne pouvez pas savoir ce qui nous a été fait. Vous vivez du pouvoir, et nous de l’impuissance. » Ce jour-là, elle retrouve Rebeka, la fille qui avait eu le courage de sauter hors du camion le soir de l’enlèvement. La jeune fille lui raconte qu’elle a dû quitter son village pour ne pas compromettre sa famille. Recueillie par une Américaine, elle habite désormais dans un foyer avec d’autres filles déplacées mais vit dans la peur que les djihadistes ne la prennent. Elle prédit à Maryam qu’elle sera elle aussi rejetée.

 

Sa mère apprend alors à sa fille que Youssouf son frère a été tué à la machette par les Jas Boys (djihadistes issus d’une scission d’avec Boko Haram) : « Youssouf était parti, je restais. Elle m’en veut. » Quant au bébé : « Babby nous rapprochera », ai-je dit au bout d’un moment. Il ne manquait plus que ça. Son visage s’était pétrifié, la bouche crispée. J’ai pensé aux bénitiers des églises, avec la petite fente pour y tremper le doigt. Je ne peux plus plonger le doigt dans le cœur de ma mère, plus jamais. »

 

Après un long voyage avec un Anglais et Esaü, un homme qui recherche désespérément sa femme, le chauffeur dépose Maryam et sa mère dans leur village. Elle y découvre l’Oncle venu habiter là après la mort de son père. Préoccupée du sort de Babby, elle interroge sa mère qui lui répond qu’elle est chez sa tante et qu’elle la reverra bientôt. Alors qu’elle pleure dans sa chambre, sa mère lui dit : « On n’a pas le pouvoir de changer les choses […] – Pourquoi pas ? – Parce qu’on est des femmes. » Et sa mère lui laisse entendre que Babby grandira : « Elle ne sera pas toujours une enfant… Quand elle sera grande, elle sera des leurs. »

 

La fête du retour au bercail est « un fiasco ». Maryma y rencontre Abigaïl, une amie du primaire, qui lui apprend que les anciens du village souhaitent – et l’Oncle au premier chef – qu’elle parte. Ce jour-là, seul le pasteur Reuben, qui a baptisé Maryam, lui montre de la compassion et l’invite à venir « partager son fardeau ». Après avoir cru trouver de l’aide pour retrouver Babby auprès de Chumi, une amie de sa mère, Maryam découvre une lettre anonyme avec cette injonction : « PETIT JESUS T’ORDONNE D’ABANDONNER CET ENFANT. » « La terre tourne. Tout le sommet d’une colline s’est élevé dans le ciel. Mes yeux saignent. On mène à l’abattoir des troupeaux d’agneaux blottis les uns contre les autres. Ils bêlent, bêlent leurs derniers souffles. »

 

Enfermée dans la maison par l’Oncle, Maryam apprend par Tatie et les cousines que « Babby est partie. Babby n’est plus ». Elles lui racontent les détails de la mort et lui disent que c’est impossible d’aller sur sa tombe, car elle est enterrée « loin de [leur] région afin de bannir le mal qui rôde ».  Et Maryam se sent entrer « dans la noirceur ». Par la suite, tandis qu’elle continue de rêver à Babby, sa mère fait venir la sorcière car elle considère qu’elle est « encore possédée ». C’est d’abord  « à cause de [son] lait maudit que l’enfant [lui] a été retirée ». Enfin, Maryam et sa mère apprennent par le pasteur Reuben et la sœur Angelina que Babby n’est pas morte, et qu’elle est retenue par un « malfrat » du nom de Lucky, à qui Tatie a confié le soin de la tuer. Voulant mériter le nom de Mère, Maryam parviendra à enlever Babby. Elles trouveront refuge momentanément dans un couvent puis dans un camp de réfugiés. Enfin, la sœur Angelina proposera à Maryam un poste d’institutrice dans un village reculé.  Parvenue à bon port, la jeune fille y trouve enfin la sécurité : « Tout était calme. En cet instant d’espoir et de bonheur sans mélange, il m’a semblé que ces rayons inondaient les dimensions les plus noires du pays lui-même. »

 

J’ai aimé ce personnage de fille courageuse qui, en dépit de toutes les horreurs, trouve à travers la présence de son enfant le courage, la persévérance de continuer à vivre. C’est un personnage que l’on n’oublie pas ! Le grand art d’Edna O’Brien réside dans le fait de lui avoir créé un langage bien à elle, à la fois réaliste, parfois puéril, et tellement poétique.     C’est l’âme des griots sous l’arbre à palabres, ce sont les danses et les chants d’Afrique qui irriguent cette langue et lui donnent tout son sel : la chanson de Mary, chantée par Buki, la fable des bêtes que lui contait son maître, Uban da dansa, les chansons en anglais qu’elle chantait au dancing, les souvenirs historiques des bergers qui accueillent Maryam.

 

Les personnages secondaires ne sont pas non plus négligés, qui ont aussi un espace pour raconter leurs drames et leurs tragédies : John-John enlevé par les djihadistes, qui s’était enfui et avait été retrouvé par eux tandis que sa grand-mère mourait dans le champ voisin ; Buki, dont le père avait essayé de la sauver sous les yeux  des habitants d’un village, entassés dans une fosse, sur laquelle les djihadistes avaient ensuite paradé à cheval ; la femme Madara et sa belle histoire d’amour et d’enfants ; le commandant du poste frontière, amateur de Charles Dickens ; Esaü, le passager du taxi qui élevait des colombes et qui recherchait désespérément sa femme Binta ; la grande femme qui travaillait dans la confection et racontait ses « afflictions ». Je n’aurais garde d’oublier le récit des rêves de Maryam, ceux qui l’aident à survivre, ceux qui la rendent nostalgique, et les textes bibliques lus dans le couvent, l’histoire de Noémi et de Ruth la Moabite, sa belle-fille. Et puis il y a cette merveilleuse calligraphie avec les mots entrelacés, Dawa Waaa, qui inaugure la dernière partie lorsque Maryam retrouve Babby, et qui fait de ce roman une superbe histoire de mère et d’enfant.

 

Dans la lignée de la trilogie romanesque d’Edna O’Brien, The Country Girls (1960), The Lonely Girl (1960) et Girls in Their Married Bliss (1964), ouvrages interdits en Irlande et parfois même brûlés, Girl est un livre magistral. Avec les années, l’irréductible Irlandaise n’a rien perdu de sa combativité et elle demeure cet ardent défenseur des femmes qu’elle fut toujours. C’est un roman terrible et bouleversant, comme un baume sur la souffrance indicible de ces jeunes filles qui ont trouvé en Edna O’Brien une porte-parole passionnée. Et la citation d’Euripide en exergue est bien la métaphore de ce splendide roman : « Voici le linge pour bander vos blessures », ainsi que le dit Hécube aux filles souillées de Troie dans Les Troyennes.

Photo UNICEF Nigéria

 

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29 mai 2020 5 29 /05 /mai /2020 08:07

 

Toujours dans mon journal de jeunesse, je retrouve cette annotation tellement juste. Oui, les mots nous échappent, ne nous appartiennent plus dès qu'ils sont publiés, lus. Qui est l'auteur de ce texte ? Je l'ignore.

"Tant qu’on écrit, on croit peut-être savoir ce que l’on tient dans l’objectif au bout de soi-même – la lumière – l’angle – le cadrage. Et puis vient la relecture, l’image développée, tirée là, sur le papier. Je ne suis plus celui qui l’a prise, mais celui qui la voit. Seigneur ! la surprise que c’est ! Le tour que vous jouent les mots, la mise en mots. Des tours pendables ! C’est toi, écrivain, le pendu. Il s’agit de se dépendre. Ca s’appelle travailler ! Souvent, on meurt étranglé."

 

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25 mai 2020 1 25 /05 /mai /2020 18:19

La table de l'écrivain, Jean-Louis Morelle, aquarelle (Pinterest) http://www.jean-louis-morelle.com/

Je poursuis la collecte des textes recopiés dans mon journal de jeunesse.  Je ne changerais pas une ligne à ce qui est écrit ici.

« Je voudrais dire ce qui ne peut pas se dire, un vers d’une chanson qu’on entend partout avant de ne plus l’entendre nulle part, le geste d’infinie douceur d’un homme gris dans le métro pour protéger une vieille dame, et la portière qui claque déjà ; je voudrais dire les silences de l’amour, les silences du malheur, les silences de la prière : tout ce qui est transitoire, tout ce qui est déjà fini, qui ne veut rien dire, qui ne sert à rien et qui est déjà oublié, à moins que tout ne signifie, que tout ne serve et que rien ne meure jamais. Je voudrais dire tout ce qui est en papier. »

 

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23 mai 2020 6 23 /05 /mai /2020 08:54

 

« La poésie n’est ni façon d’écrire, ni façon de vivre. Je crois qu’elle réside dans l’écart entre les deux. Il faut faire jouer cette articulation, éloigner et rapprocher les deux termes, comme on ouvre et ferme une paire de ciseaux. »

J'ai retrouvé ce texte dans le journal que je tenais quand j'étais jeune. J'ignore de qui il est mais il me convient toujours.

 

 

 

 

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22 mai 2020 5 22 /05 /mai /2020 09:42

Banquise, 11 décembre 2018 (Photo AFP, Kate Ramseyer)

Une autre surprise de mon journal d'autrefois... Tout cela est bien loin !

 

Beau comme un péché de jeunesse

Dur paysage d’hiver

Où les arbres sont des chandeliers

Mouettes et mains mêlées

Aux canaux qui se gercent

Cris jetés dans le blanc

Bruits se feutrant à la vitre de l’air

Hiver sur la mer

Hiver en mon cœur

 

 

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16 mai 2020 6 16 /05 /mai /2020 17:15

Sphinx du parc de Bagatelle (photo ex-libris.over-blog.com)

C'est avec surprise et étonnement que j'ai retrouvé ce poème dans de vieux papiers. J'avais dû l'écrire du temps de mes dix-sept ans et il témoigne d'une mélancolie adolescente...

 

J’aime un sphinx

Il dort au fond de moi

Ainsi que l’algue au creux des mers

Oh je voudrais tel un nomade  errant

Faire reposer ma tête en son cou ensablé

Et dormir sans fin en son ombre pensive

Le vent me durcirait la pluie me rongerait

Les sables alentour m’y enseveliraient

Je deviendrais semblable à cette fleur d’énigme

Je serais le collier de ce cou de pierraille

Et je mettrais le baume aux multiples entailles

Car il y a la lèpre et puis les éléments

Les averses de feu et puis celles du sang

Mais il serait aussi le lierre de ma métamorphose

La caresse invisible qui naît avec le temps

Et le sphinx hiératique serait mon bel amant

 

Sphinx du parc de Bagatelle (Photo ex-libris.over-blog.com)

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7 mai 2020 4 07 /05 /mai /2020 14:02

 

Dans le jardin qui devient vert

Il a neigé du seringa

 

Dans les tréfonds de sa mémoire

Des couronnes en tresse

Loin dans l’antique Perse

 

Des Jésuites en noir

Découvreurs de la fleur

Pour de blancs reposoirs

 

Lui le blanc philadelphe

Le jasmin des poètes

Au parfum d’oranger

 

Lui l’amant des abeilles

Dans son manteau d’hermine

Semé d’étoiles jaunes

 

Il a la souvenance

Qu’il fut le guérisseur

De ses tiges creusées

 

 

 

Photos ex-libris.over-blog.com

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23 avril 2020 4 23 /04 /avril /2020 14:18

C’est un printemps de confinement

Mais le jardin ne le sait pas

Tous les ans c’est pour lui la même renaissance

Entre ses murs de tuffeau blanc

Et son chêne verdi envahissant le ciel

Dans ce jardin reclus je marche chaque jour

Tel le prisonnier dans sa cour enfermé

Ignorant du futur  qui ne sait si un jour

Il reverra l’été

 

Mes pas continués ont formé un sentier

Sur le gazon touffu aux herbes écrasées

Des moucherons folâtres

En vibrants bataillons une escorte me font

 

Des lézards affairés en  petits crocodiles

Sous mes pieds fatigués en flèche se défilent

 

Un grossier bourdon bleu violemment me frôle

De son corps velouté de matou en goguette

 

Sur le  buisson de photinia aux fleurs en chou-fleur

Les carabes brillants sont des bijoux glacés

Dans l’ombre des palmiers croissent des grappes jaunes

Et mille raisins noirs

Ils forment un duo dans cette solitude

Puisque l’un est un mâle et l’autre une femelle

 

Les fruits du magnolia ont chu

Pommes de pin noircies accoucheuses de graines

Et l’on attend la fleur dans sa blancheur musquée

Qui s’enorgueillira en calice dressé

Emergeant de leur conque

Les roses en leur pâleur  se déplient se déploient

Fragile transparence prête à se déchirer

Sous le laurier en feuille aux promesses d’étoile

Sur les losanges verts du treillis régulier

Le jasmin rosâtre tente en vain l'escalade

Jusqu’aux ardoises grises offertes à la brise

Dans le petit chemin bordé de noisetiers

Tout blanc du seringa lilial

Ombragé par les fleurs de l’odorant lilas

Je respire en vertige les senteurs fleuries

Et les larmes perdues de la glycine mauve

Par-delà le mur beige aux chiffres à l’envers

Distraction du maçon

Je devine curieuse la voix de ma voisine

Enfermée dans son âge et ses infirmités

Qui parle à ses enfants en un bruit de sourdine

Parfois un bêlement dans le champ d’à côté

Me fait me souvenir du doux agneau pascal

Et le grincement vif d’une scie électrique

Se veut annonciateur des bûches de l’hiver

Dans ce jardin de cloître où recluse je rêve

L’hirondelle émigrée a retrouvé son nid

Ses folles arabesques vers le soir s’envolent

M’entraînant avec elle en une valse folle

 

Dans ce temps suspendu  où je suis comme un moine

Le jardin me console de l’immobilité

La cloche de l’église bat ma tempe pensive

La tourterelle grise sur le toit me fait signe

Les aboiements d’un chien m’aspirent au dehors

 

Au jardin des reclus

La vie se continue

 

Photos : ex-libris.over-blog.com

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Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons-nous d'ahan

Ton cours vers d'autres nébuleuses

 

La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

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