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21 septembre 2022 3 21 /09 /septembre /2022 14:12

Tête de vieille Bretonne (Alice Bailly, 1872-1938)

Quel âge avait-on quand on la voyait, je ne sais plus. Mais, dans ma mémoire, sa silhouette inquiétante surgit toujours avec la même intensité, saturée d’angoisse.

C’était pendant l’été breton, quand le temps est doux, parfois très chaud, rafraîchi par les brises de l’après-midi. Mon frère, ma sœur et moi passions nos vacances en famille, près de la rivière d’Auray, dans la maison de nos grands-parents. Nous aimions cette maisonnette, tout en granite, avec un toit de chaume, l’ancienne laiterie de la ferme voisine, que les fermiers en sabots longeaient vers le soir en ramenant leurs vaches pour la traite. Dans l’unique pièce du bas ornée d’une cheminée monumentale, surmontée d’un vieux panier aux fleurs séchées, on cuisait des saucisses, on jouait au cadavre exquis, on regardait les matches de tennis à la télévision avec notre grand-mère. Assis à une table de bois, notre grand-père, qui marchait avec difficulté, nous tournait le dos, plongé dans des lectures ou des écritures. L’orange du soleil couchant pénétrait horizontalement par la fenêtre rectangulaire que mes grands-parents avaient fait percer à l’ouest pour trouer la pénombre des lieux. Je n’oublierai pas cette odeur d’humidité et de feu de bois que transpiraient les vieux murs de la maison : elle demeure à jamais la senteur des vacances.

 

Souvent après les parties de tennis acharnées avec notre grand-mère, nous aimions à nous plonger dans la lecture. Non loin de la cheminée, sur trois petites tablettes de bois, s’étageaient de vieux livres attachés pour toujours à cet endroit. A cause de l’humidité, leurs pages en étaient gondolées, tachetées, s’effritant parfois sous nos doigts. Il y avait là de vieux opuscules historiques sur les monuments du Morbihan, des romans de la comtesse de Ségur dans leur reliure passée rouge et or, des livres de poche oubliés par les uns et les autres au cours des années. Au milieu de ce bric-à-brac livresque, se détachait la couverture noire et douce au toucher du Guide de la Bretagne mystérieuse, dont l’auteur portait un nom merveilleusement bretonnant, Le Scouëzec Gwenc'Hlan. Sa forme rectangulaire étroite, qui me faisait penser à un cercueil miniature, présentait de hauts caractères dorés et le dessin d’un dolmen se détachant sur un fond vert. Profondément enfoncé dans le canapé jaune, éclairé par une petite fenêtre carrée, parmi les coussins multicolores, réalisés au crochet par mon arrière-grand-mère, je me plongeais avec des frissons dans les légendes bretonnes, distillées tout au long d’anecdotes autour de lieux, de monuments, organisés par ordre alphabétique. Les vieilles illustrations en noir et blanc contribuaient à me faire rêver sur la matière de Bretagne. Coutumes, pardons, sources miraculeuses, rochers des fées, Merlin et le roi Arthur valsaient dans ma tête comme des korrigans dansant sur la lande. Et dans ma chambre obscure, tandis que j’entendais une fouine courir sous le toit de chaume, je frissonnais sous mes draps. Je m’imaginais, apeuré, rencontrant dans l’épouvante les lavandières de la nuit ou la chouette effraie annonciatrice de la mort.

Plage Saint-Pierre (Locqmariaquer)

Le jour éclatant revenait, avec les hennissements du cheval des voisins, dissipant les peurs de la nuit. L’après-midi, très vite après le déjeuner, nos parents nous embarquaient pour la plage de Saint-Pierre dans une vieille Passat blanche au museau allongé.  Cette plage était alors encore sauvage avec un parking où l’on craignait souvent de s’ensabler. C’était une anse à l’arrondi calme, bordée de dunes, qui partait en pente douce jusqu’à la mer. Non loin, on apercevait un étang et le petit bois de la pointe Er Hourel. On pouvait y saisir l’élégante silhouette filiforme des échasses et des spatules blanches. Une promenade très matinale donnait l’occasion d’y entrevoir la fuite preste d’une hermine. On aimait cet endroit retiré où l’amiral de Boissieu, le gendre du général de Gaulle, amateur de tranquillité, avait acquis une maison.

 

Le Chat noir du rond-point (désormais à la mairie)

Pour nous, enfants, aller sur cette plage était toujours une petite aventure. On partait dans l’impatience de découvrir, au milieu du rond-point de Locmariaquer et de Saint-Philibert, le Chat noir, une petite sculpture en granit, créée par un certain Emile Germain, qui avait une longue histoire. Certains disaient que le propriétaire du café qui se trouvait là l’avait placé sur le toit de sa maison. D’autres racontaient qu’en 1960 il avait été subtilisé par des Américains en garnison à Kerneveste pour être emporté aux Etats-Unis. Persévérant, le cafetier l’avait remplacé et le félin de pierre avait commencé une nouvelle vie faite de déguisements et de travestissements. Chaque nuit en effet, des mains inconnues le repeignaient ou l’affublaient d’hermines noires, de rayures bariolées, de déguisements de toutes sortes. Ainsi, c’était à chaque fois la surprise de voir de quelle couleur serait le chat, toujours objet de convoitise. Ne fut-il pas de nouveau volé et retrouvé à Auray, et même en Belgique raconte-t-on ? On se perdait en conjectures, on s’amusait à imaginer sous quel jour nouveau et insolite il nous apparaîtrait.

Tête de vieille Bretonne (Jean Boucher)

Ensuite la route était rectiligne jusqu’à un feu rouge – dont l’arrêt nous rendait impatients - puis nous obliquions à droite vers Saint-Pierre-Lopérec. Petit hameau autrefois agricole, avec sa fontaine dans le bas du village, il alignait ses anciennes fermes où l’on cultivait maïs, choux, betteraves et pommes de terre. On sentait qu’on arrivait à la plage et, dans la voiture, notre excitation augmentait. C’est alors que, dans le virage, elle surgissait sur la gauche, dans son long sarrau gris, qui lui faisait comme un suaire. Elle, la grande et vieille femme au visage émacié et sévère, aux cheveux en désordre, blanchis tels des ossements de seiche. Rigide, dans une immobilité de statue, son squelette saillant sous sa peau, elle nous fixait sans ciller et son regard de ténèbres semblait sonder jusqu’au fond de la voiture. Notre père donnait un coup de volant pour l’éviter tandis que, pétrifiés d’horreur et de surprise, nous poussions tous un cri étranglé. Elle disparaissait aussi vite qu’elle était apparue, comme si elle s’évanouissait dans les souffles de l’air chaud de l’après-midi. Le cœur battant, de retour à la réalité, nous entendions notre père murmurer : « Elle est folle, cette paysanne, je finirai par l’écraser ! » Puis nous arrivions à la plage :  l’insouciance de l’enfance, le murmure bleu de la mer, le ricanement des mouettes effaçaient le temps suspendu de cette rencontre qui se reproduisait de manière irrégulière mais suffisamment souvent pour qu’elle m’ait impressionné durablement.

L'Ankou

On raconte qu’en Bretagne, près des calvaires, les vivants rencontrent parfois les morts. Le Guide noir de la Bretagne mystérieuse m’avait aussi appris la légende de l’Ankou qui, armé de sa faux dont le fer est monté à l’envers, vient emporter sur sa charrette grinçante ceux qui ont le malheur de croiser son chemin. Enfant, j’ai toujours beaucoup cauchemardé, et maintenant quand je fais de mauvais rêves, c’est sous la forme grise de la dame de Saint-Pierre que m’apparaît la Mort. Il y a peu, j’ai rencontré un ami dont les parents possédaient une maison de vacances à Saint-Pierre. Au cours de la conversation, il m’a confié que, comme moi, il est hanté par le souvenir de la grande femme du hameau. Et j’ai repensé à la phrase du Guide noir, que l’on se murmurait à bas bruit au XIX° siècle : « Hirisien e hran, éma en Ankeu arnan » qui signifie : « Je frissonne, l’Ankou est sur moi ». Mais, bien sûr, tout cela n’est que légende !

 

 

 

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1 septembre 2022 4 01 /09 /septembre /2022 08:46

 

Dans le vase en calice
J'ai mis sans artifice
Des althéas des sauges
Et un duo de roses
Des fleurs de buddleia
Et de longues salvias
Et j'y vois exaltés
Les adieux de l'été
Le 31 août 2022
 
 
 
 
 
 

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24 août 2022 3 24 /08 /août /2022 17:06

Dimanche 21 août 2002, un petit déjeuner était servi dans le parc du château de Marson. La jeune chanteuse Auristelle s’y produisait au synthétiseur, accompagnée d’un batteur et d’un guitariste. Le nom choisi par cette jeune chanteuse vient de « aurus », l’or, et « stella », l’étoile. C’est ainsi que la jeune artiste a intitulé Poussière d’étoiles, son premier CD récemment publié. S’adressant à ses auditeurs, elle a suggéré l’idée que nous sommes tous des « poussières d’étoiles ».

Issue d’une famille de musiciens, Auristelle, compositrice et interprète, chante depuis toujours et a commencé très tôt le piano. Elle a reçu une formation lyrique avec la Maîtrise des Pays de la Loire et a approfondi sa technique vocale dans le registre jazz. Actuellement, elle se forme à la percussion, la batterie et le piano-jazz au Conservatoire d’Angers.

Dans la matinée un peu fraîche de ce dimanche matin, Auristelle nous a proposé son univers avec des compositions de son cru, mêlant jazz, soul et chanson française.  Elle a aussi repris de grands standards comme ceux de Gershwin. Sa voix claire et bien timbrée a résonné sous le blanc tuffeau du château, tandis que le soleil faisait son apparition Une agréable manière de commencer la journée !

Vers le soir, à 17h30, j’ai retrouvé le chemin de l’église Sainte-Croix de Marson pour écouter le quatuor Accolade. Créé en 2018, celui-ci rassemble quatre musiciens aux parcours variés, réunis par la passion du chant a cappella et la curiosité d’explorer les possibilités créatrices de l’union de leurs voix. Deux jeunes femmes composent cet ensemble : Myriam Delcroix est alto, Barbara Lenormand, soprano. Quand aux deux chanteurs, l’un, Gilles Noulin est basse et l’autre,Théo Jugie, ténor.

Venus d’univers différents, la polyphonie, le piano, la musique de chambre, le jazz et la chanson, ils réussissent la gageure de proposer un programme éclectique où la poésie traditionnelle voisine avec des auteurs du début du XX° siècle et des chansons célébrissimes du répertoire populaire français.

La réussite de leur prestation tient à l’entrain du groupe et aux petites mises en scène créées pour chaque chanson. Irrévérence, humour, sensibilité composent ainsi un cocktail original qui revivifie des textes que l’on connaît par cœur. Ainsi en va-t-il notamment pour « Les demoiselles de Rochefort » ou « Le poinçonneur des lilas ». Pour ma part, j’ai particulièrement aimé leur interprétation mélancolique et poignante de « Il n’y a pas d’amour heureux » d’Aragon (dans mon panthéon poétique) et « Automne », extrait d’Alcools d’Apollinaire. J’ai découvert « Les fleurs et les arbres, op. 68 », mis en musique par Saint-Saëns, et « Trois chansons, Nicolette », par Maurice Ravel. Et redécouvert des « Chansons » de Charles d’Orléans, mises en musique par Claude Debussy. Ce périple poétique et musical nous a ainsi fait voyager à travers les siècles, témoignant de l’inventivité des auteurs et musiciens français.

Ce jeune quatuor, dont la passion pour le chant est communicative, a été longuement applaudi. Et pour le rappel, il nous a offert la « Chanson d’Orphée », immortalisée dans le film Orfeu Negro : « Chante, chante mon cœur/ La chanson du matin/ Dans la joie de la vie qui revient ».

Une manière de clôturer en beauté ce festival des Rencontres Musicales Gourmandes, qui ne saurait exister sans la mobilisation efficace et conviviale des bénévoles et habitants de Rou-Marson.

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23 août 2022 2 23 /08 /août /2022 18:09

Mario Raskin

Les 20 et 21 août 2022, avait lieu la vingtième édition des Rencontres Musicales Gourmandes de Rou-Marson. Dans la charmante église Sainte-Croix et dans le parc du château de Marson se sont déroulés concerts, petit déjeuner, déjeuner, goûters et dîners, ceux-ci toujours en musique.

Pour ma part, j’ai assisté au concert du trio Coulicam, au petit déjeuner dans le parc du château, dimanche matin, avec la chanteuse Auristelle, et le samedi à 18h30, au concert de clôture, le dimanche à 17h30, avec le quatuor Accolade.

Ce jour-là, le trio Coulicam était composé de Mario Raskin au clavecin, Laetizia Tuza au violoncelle et Christophe Mourault au violon. D’origine argentine, le claveciniste est un interprète reconnu pour sa vision personnelle et créative de la littérature musicale des XVII° et XVIII° siècles. Depuis quelques années, il anime cet ensemble en compagnie de ses musiciens et il a assuré pendant sept ans la direction artistique du festival de la Saison Musicale de Montsoreau. Laetitiza Tuza pratique le violoncelle depuis son enfance et a beaucoup joué dans des ensembles baroques. Elle étudie également l’orgue depuis 2015. Quant à Christophe Mourault, il s’est spécialisé en violon, violon ancien et violon baroque, tout en ayant suivi un cursus de chant de la Renaissance. Il s’intéresse à des répertoires très variés.

Laetitia Tuza

Sous la très belle et très rare charpente gothique à chevrons-formant-ferme, caractérisée par l’absence de panne faîtière, de pannes intermédiaires et de liernes, ont résonné les œuvres de Telemann, Haendel, Scarlatti, Vivaldi et Bach.

De l’œuvre immense et variée de Telemann, au nombre de 6000, Mario Raskin avait retenu la Sonate pour violon et basse continue et la Sonate pour violoncelle et basse continue. Elles ont permis aux deux jeunes instrumentistes de nous donner d’emblée la mesure de leur talent. J’aime beaucoup les œuvres en basse continue, avec ce registre grave tenu pendant le morceau.

Christophe Mourault

Mario Raskin nous a ensuite proposé une des suites pour clavecin, éditées sous le contrôle du compositeur en 1720, la Suite pour clavecin en fa mineur. Le compositeur précise en effet dans la préface : « Je me suis trouvé dans l'obligation de publier les leçons ci-après en raison des copies incorrectes qui en ont été faites à l'étranger, et cela à mon insu. » À plusieurs égards, les huit suites du recueil de 1720 démontrent l'indépendance d'esprit de Haendel. Quant à la forme de ces œuvres, si l'origine en est évidemment la suite française, la structure traditionnelle, groupant dans l'ordre allemande, courante, sarabande et gigue, n'y est pas respectée de façon rigoureuse. Au contraire, Haendel les parsème de pièces de facture et de nom italiens. La première partie s’est achevée avec la Sonate pour violon et basse continue en fa majeur du même compositeur.

La seconde partie était consacrée à trois sonates de Scarlatti (K511, K213, K512), à la Sonate pour violoncelle et basse continue (celle que j’ai préférée) de Vivaldi et à la Sonate pour violon et basse continue BWV1021 de Bach. Scarlatti a composé 555 sonates pour clavecin d'une originalité exceptionnelle et pour la plupart inédites de son vivant. Avec ce corpus, il est l'un des compositeurs majeurs de l'époque baroque car le clavecin fut le medium idéal pour exprimer son génie de compositeur et son art de jouer de cet instrument. Si on reconnaît de suite une sonate de Scarlatti, « cette architecture si invariable et si typée à la fois… n'engendre aucune monotonie ». « L’ivresse digitale » réservera toujours des surprises à l’auditeur. Ces sonates sont construites selon une coupe en quatre mouvements, lent-vif-lent-vif. Le violoncelliste Jean-Guihen Queyras évoque la « force évocatrice de cette musique », qui selon lui, conduit parfois à une expérience presque sensorielle. Les mouvements sont généralement basés sur des motifs de danse.

Le concert s’est achevé avec la Sonate pour violon et basse continue BWV1021. Cette sonate fut découverte en 1928. Le chiffrage de la basse continue a été soigneusement détaillé par Bach lui-même, probablement à des fins didactiques, ses quatre mouvements contrastés respectant par ailleurs le modèle corellien de la sonata da chiesa, la sonate d’église. Il s’agit d’une œuvre instrumentale, comportant trois ou quatre mouvements, voire plus, en usage aux xviie et xviiie siècles. C'est l'une des formes importantes de la période dite "baroque" de la musique. Son nom la distingue de la sonata da camera (sonate de chambre) : leurs caractères musicaux respectifs les destinaient à une exécution dans des lieux et pour des circonstances différentes, même si les formes présentent des similitudes certaines.

Ce très beau concert a remporté un vif succès. Pour ma part, j’ai été particulièrement séduite par l’association de ces trois musiciens – deux très jeunes et un plus âgé - et par l’harmonie qui règne entre eux. J’aime la sonorité du clavecin qui me plonge dans un XVIII° rêvé, celui de Farinelli, de Barry Lindon ou des Liaisons dangereuses. Je suis sensible à la succession de ces mouvements lents puis vifs qui apportent une multitude de couleurs aux œuvres, nous faisant passer de la mélancolie à l’allégresse. J’ai apprécié la structure de ce concert, composé surtout de sonates, une forme qui deviendra un genre majeur aux XIX° et XX° siècles. Et je reconnais bien volontiers avec Milan Kundera que l’on peut « s’enivrer avec une sonate ».

 

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26 juillet 2022 2 26 /07 /juillet /2022 11:29

Vendredi 25 juillet 2022, à 22h15, j’ai regardé Iphigénie de Tiago Rodrigues, mis en scène par Anne Théron, joué à l’Opéra Grand Avignon et diffusé sur France 5. J’aimerais en dire quelques mots.

On connaît l’Iphigénie d’Euripide (405 av. J-C), pièce dans laquelle la fille d’Agamemnon est remplacée in fine par une biche sur l’autel du sacrifice, afin que se lèvent les vents pour que la flotte grecque parte vers Troie. Celle de Racine aussi, bien sûr, en 1674, dont le dramaturge a encore modifié la fin en sacrifiant Eriphile, fille secrète d’Hélène, à la place de la victime désignée.

Passionné par les mythes fondateurs, le metteur en scène portugais s’empare après bien d’autres (Rotrou, Goethe, Gluck, Cacoyannis, Lanthimos) de ce personnage féminin, victime de la violence des hommes. Il revisite le mythe pour donner une existence nouvelle à une jeune fille sacrifiée à « l’honneur des Grecs » et aux lois de la guerre. On précisera que la pièce, très proche de celle d’Euripide, appartient à un triptyque Iphigénie/Agamemnon/Électre, écrit pour la troupe de comédiens permanents du Théâtre National Dona Maria à Lisbonne. Rodrigues a monté la trilogie là-bas, avec eux, puis elle n’a plus été jouée.

Ayant découvert le texte en 2016, Anne Théron, artiste associée au Théâtre National de Strasbourg, se l’est rappelé avec une grande émotion et s’est dit qu’il fallait absolument qu’elle le monte ; d’autant plus, dit-elle, que c’est « une pièce féministe et révolutionnaire écrite par un homme ». Elle, qui s’intéresse au cri intérieur des femmes, en aime surtout le questionnement radical que propose Rodrigues : « C’est l’histoire d’une jeune fille, Iphigénie, qui dit OK, stop, ce sont des mensonges… stop… on arrête. On passe à autre chose. Aujourd’hui, c’est cet espoir sous-jacent qui m’intéresse. » Elle affirme aussi : « […] Je dirais que l’endroit où je cherche aujourd’hui, ce n’est plus « l’inconscient » mais l’invisible… Un plateau, ça sert à ça… Faire entendre le texte et en même temps mettre en scène ce qui n’est pas dit. Ce que j’appelle la matière noire. » Elle précise qu’elle a beaucoup aimé travailler avec les deux jeunes acteurs portugais, Carolina Amal et Joao Cravo Cardoso, qui ont formé une belle homogénéité avec les comédiens avec qui elle avait envie de travailler depuis longtemps. « Entre eux, dit-elle, c’est solidarité, bienveillance et exigence. »

Le spectacle prend place devant une vidéo de Nicolas Comte, qui se déroule en continu, présentant une plage (filmée sur les grèves du Nord, familières à Anne Théron) et une mer attendant le vent dans la baie d’Aulis. On y verra passer de sombres nuages puis, peu à peu, la plage se remplira de soldats en partance pour Troie. Les personnages, dans de beaux éclairages de Benoît Théron, évoluent sur des praticables qui se disjoignent au fur et à mesure, signifiant peut-être l’absence de communication qui les isole progressivement.

Le dramaturge lisboète a écrit la pièce pour neuf personnages qui, telles des ombres attendant que le vent se lève, seront présents sur scène tout au long du spectacle. Tous vont s’interroger afin de savoir pourquoi Iphigénie a été sacrifiée par le roi Agamemnon pour mener la guerre contre Troie. On reconnaît là les membres des Atrides, Agamemnon (Vincent Dissez), père d’Iphigénie, Clytemnestre (Mireille Herbstmeyer), la mère, Ménélas le frère d’Agamemnon (Alex Descas) ; Achille le chef de guerre grec amoureux d’Iphigénie (Joao Cravo Cardoso), Ulysse le porte-parole des Grecs (Richard Sammut) et le Vieillard (Philippe Morier-Genoud), dans le très beau rôle du messager et du dépositaire de la mémoire.

C’est un Chœur de femmes en colère contre l’histoire qu’il a la charge de raconter (Fanny Avram et Julie Moreau), qui va les inciter avec véhémence à s’interroger sur l’enchaînement de ces événements tragiques et suggérer que la Guerre de Troie aurait pu ne pas avoir lieu.  Anne Théron le précise ainsi dans une interview : « Le Chœur annonce dès le début : vous le savez, une tragédie finit toujours mal. Néanmoins, ce même Chœur cherche désespérément un souvenir qui pourrait empêcher la terrible fatalité des Atrides. Comment échapper à son destin ? Agamemnon déclare que les dieux sont morts, pourtant les hommes se débattent face à leur libre arbitre, sans parvenir à échapper à ce destin. Dans cette pièce, il y a quelque chose qui se passe autour du souvenir, pas simplement ce qui a été mais ce qui adviendra si l’on répète ce qui a été. Il faut raconter autrement, fabriquer une autre mémoire. Il est temps. »

Cette colère donne ainsi lieu à de beaux moment chorégraphiques, créés par Thierry Thieû Niang. On découvre « une danse de colère qui fait avancer le temps. » En effet, dans cette adaptation, les personnages ne sont plus soumis à la volonté des dieux et peuvent ainsi user de leur libre arbitre. Il y est dit que « les dieux sont des fables qu’on nous raconte pour nous souvenir autrement de ce qui s’est passé ». Et encore : « Les dieux sont des histoires que l’on raconte aux Grecs pour justifier ce qu’ils ne comprendraient pas autrement. » Et dans le même temps Ulysse affirme : « Ce qui importe, c’est l’inévitable. » Dans cette pièce qui commence par « Hélas ! », et où le Chœur annonce la fin funeste de toute tragédie, on se demandera comment échapper à son destin, comment ne pas répéter le malheur et la catastrophe et s’il est possible de choisir une autre issue. La pièce, dans une perspective très moderne, propose une réflexion sur le présent, la mémoire, le déterminisme. Les dieux, ici, servent de prétextes à des tragédies dont ils ne sont pas responsables, puisqu’ils n’existent pas.

Il s’agit donc de raconter le sacrifice de la fille d’Agamemnon d’une autre manière en interrogeant l’intime, c’est-à-dire les motivations de chacun. Ainsi, au début, le roi des Grecs se demande comment un père peut sacrifier sa fille pour l’honneur d’un seul, son frère Ménélas, dont la femme a été enlevée par Pâris – mais peut-être avec le consentement d’Hélène elle-même. Un roi qui s’affronte à Ménélas pour finir par accepter le sacrifice « pour l’honneur des Grecs ». Un père et un roi qui affirment : « Les gens comme nous ne peuvent pas être heureux. » Un roi, à qui son épouse reproche son « honnêteté » foncière : « Maudite honnêteté qui place les autres au-dessus de ta fille. » A qui Clytemnestre dit encore : « Tu peux faire ce que tu veux » et qui répond : « Je ne l’ai jamais pu. » Vincent Dissez interprète avec nuance et profondeur cet Agamemnon déchiré entre son amour filial et son devoir de chef des armées. Son frère Ménélas après de nombreux affrontement finit lui-même par reconnaître que tout ceci se résume à du vent.

Clytemnestre, quant à elle, est un formidable personnage féminin, bouleversée par ce qui attend sa fille et ulcérée par l’attitude de son royal époux. « Trouves-tu juste de tuer ta fille ? » assène-t-elle à Agamemnon. Et de lui prédire sa mort future : « Si tu reviens, tu regretteras de n’être pas mort dans cette guerre. » Pour elle, il n’existe ni pardon ni oubli de ce crime : « Personne n’oubliera, nous nous en souviendrons pendant des milliers d’années. » Clytemnestre est cependant la seule à proposer une autre voie, celle de l’abandon du pouvoir et du choix d’une vie familiale simple qui leur permettrait d’échapper à ce destin tragique. Anne Théron est fascinée par ce personnage : « Clytemnestre est un personnage gigantesque. Elle demande aux hommes de renoncer. […] C’est une femme en colère fermement décidée à ce qu’Agamemnon soit responsable de son crime face à l’histoire. En ce sens, elle fabrique ainsi une autre mémoire de la tragédie pour nous qui la regardons aujourd’hui. C’est vertigineux ! » La comédienne, aux longs cheveux dénoués et aux traits tourmentés, insuffle à son personnage une force et une violence remarquables, notamment quand elle s’effondre à genoux lors de la décision irrévocable du sacrifice d’Iphigénie. : « Ma fille ! Non ! »

La très jeune comédienne, qui interprète Iphigénie, demeure souvent muette. « C’est moi qui vais mourir et je suis restée silencieuse », dit-elle lors que les autres personnages sont revêtus de longs vêtements noirs (imaginés par Barbara Kraft), elle est la seule à porter une courbe robe, sombre aussi bien sûr, mais que relève la blancheur d’un col blanc, enserrant ce cou qui sera victime du glaive. Ses bras et ses jambes sont nus et connotent son extrême jeunesse Quand elle s’exprime, c’est pour reprocher à son père les promesses qu’il lui faisait dans son enfance : « Tu me disais : « Un jour, tu seras heureuse. Je mourrai, sachant que mon père est un menteur. » Et d’ajouter : « Je ne veux mourir pour personne, pas même pour moi ! » Elle acceptera cependant son sacrifice mais en lui conférant un autre visage. Elle affirmera en effet qu’il ne faut pas se souvenir de sa mort comme d’un sacrifice commandé par les hommes et réclamera haut et fort l’oubli définitif de son sort tragique. Ainsi, par ce non catégorique, elle se réapproprie entièrement sa mort, refusant que son corps soit utilisé pour les lois de la guerre et s’opposant de manière irréductible à un monde de mensonge. « Je meurs pour être oubliée. Que j’ai vécu, que je suis morte. […] Adieu, soleil ! Rien d’autre que la lame. Ne me touchez pas. Adieu. » Ainsi, contrairement à l’Iphigénie d’Euripide et à celle de Racine, elle n’est pas sauvée in extremis. Sur la video du fond de scène, on la voit, image poignante, silhouette minuscule, s’évanouir dans les lointains de la plage tandis que s’amassent les ombres noires des nuages. Avant qu’elle ne disparaisse, Iphigénie chante avec Achille un très beau poème d’amour en portugais, leur langue secrète et intime.

J’ai beaucoup aimé cette adaptation qui s’apparente à un oratorio. Le hiératisme des personnages, tout en noir, chaussés de lourdes chaussures (souvenir des cothurnes ?), m’a semblé fidèle à l’esprit de la tragédie antique. J’y ai retrouvé cette « tristesse majestueuse » dont Racine reconnaît qu’elle est l’âme du poème tragique. Et j’ai été séduite par le contraste entre cette mise en scène, somme toute « classique » et le contenu novateur de l’adaptation de Tiago Rodrigues qui fait des femmes des résistantes et ouvre une voie à leur libération. Ce que justifie Anne Théron : « Je me suis souvenue du futur. »

 

Sources :

Manuel Piolat Soleymat, 13 juillet 2022 - N° 301

Entretien avec Anne Théron, Propos recueillis en mai 2022 par Emmanuel Serafini

Image C. Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 


 

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Je vous écris dans le noir, une étonnante et bouleversante confidence façonnée par Sylvie Van Cleven

 

 

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26 juillet 2022 2 26 /07 /juillet /2022 11:25

C’est une de mes petites toiles, signée d’un peintre russe, et achetée sur le marché d’Erdeven, il y a quelques années : « Sur les bords de la mer Noire », quand la vie y était douce, et sans l’ombre menaçante des bateaux militaires à l’horizon. Et j’ai pensé à ce poème de Maryna Uzun, dans Souviens-toi de ton Odessa et autres poèmes :

« Odessa comme une île »

Odessa,

Comme une île,

Commença

Par les mouettes,

Odessa,

Des piazzas,

Une silhouette,

Elle vous file

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26 juin 2022 7 26 /06 /juin /2022 18:24

Salammbô par Georges-Antoine Rochegrosse

On connaît l’article de Proust sur Flaubert dans La Nouvelle Revue Française, No 76, 1er janvier 1920 (repris dans le recueil Pastiches et mélanges), publié en réponse à un article dans la même revue d’Albert Thibaudet.  En dépit de certaines réticences, il y affirme son admiration pour l’auteur de Madame Bovary. En voici le début : « Je lis seulement à l’instant (ce qui m’empêche d’entreprendre une étude approfondie) l’article du distingué critique de la Nouvelle Revue Française sur « le Style de Flaubert ». J’ai été stupéfait, je l’avoue, de voir traiter de peu doué pour écrire, un homme qui par l’usage entièrement nouveau et personnel qu’il a fait du passé défini, du passé indéfini, du participe présent, de certains pronoms et de certaines prépositions, a renouvelé presque autant notre vision des choses que Kant, avec ses Catégories, les théories de la Connaissance et de la Réalité du monde extérieur. »

Paul Morand par Jacques-Emile Blanche

On sait aussi que la lecture à voix haute par sa mère de François le Champi était l'un des grands plaisirs de Marcel Proust enfant. C’est ainsi que le 27 juin 1917, il lit à Paul Morand une page de Salammbô qui lui inspire un portrait de la duchesse de Guermantes métamorphosée par la vieillesse, dans Le Temps retrouvé (Marcel Proust, L’écriture et les arts, Chronologie). A la suite de cette visite, Paul Morand écrit : « Passé chez Proust. Il me lit une page de Salammbô. Il rit parce que je déteste Salammbô et que je dis : « C'est du Rochegrosse. » Georges-Antoine Rochegrosse, né le 02 août 1859 à Versailles et mort le 11 juillet 1938 à El Biar (Algérie) est un peintre, décorateur, et illustrateur français. Membre influent de la Société des peintres orientaliste français, il exposera non seulement à Paris, mais aussi au Salon des artistes algériens et présidera le jury de l'Union artistique de l'Afrique du Nord dès 1925, ainsi que le Syndicat professionnel des artistes algériens. C’est sans doute son amour de l’Afrique du Nord qui a fait de lui un des illustrateurs du roman de Flaubert. On notera le mépris de Paul Morand dans son jugement sur Salammbô.

Au chapitre I du roman, "Le Festin", on lit le portrait de la fille d'Hamilcar : "Sa chevelure, poudrée d’un sable violet, et réunie en forme de tour selon la mode des vierges chananéennes, la faisait paraître plus grande. Des tresses de perles attachées à ses tempes descendaient jusqu’aux coins de sa bouche, rose comme une grenade entr’ouverte. Il y avait sur sa poitrine un assemblage de pierres lumineuses, imitant par leur bigarrure les écailles d’une murène. Ses bras, garnis de diamants, sortaient nus de sa tunique sans manches, étoilée de fleurs rouges sur un fond tout noir. Elle portait entre les chevilles une chaînette d’or pour régler sa marche, et son grand manteau de pourpre sombre, taillé dans une étoffe inconnue, traînait derrière elle, faisant à chacun de ses pas comme une large vague qui la suivait."

Salammbô, illustré par Georges-Antoine Rochegrosse

Recherchant les passages de La Recherche qui décrivent la duchesse vieillie dans " le bal des têtes", et comparant les textes, j'ai noté l'insistance sur les bijoux et la mention de la couleur rose pour la bouche de Salammbô et pour la curieuse grosseur sur la joue de la duchesse.  Quant à l'évocation des "écailles d'une murène", elle me fait penser au "vieux poisson sacré" qu'est devenue la duchesse de Guermantes dans le portrait qu'en brosse le Narrateur :

« Alors moi qui depuis mon enfance vivais au jour le jour, ayant reçu d'ailleurs de moi-même et des autres une impression définitive, je m'aperçus pour la première fois, d'après les métamorphoses qui s'étaient produites dans tous ces gens, du temps qui avait passé pour eux, ce qui me bouleversa par la révélation qu'il avait passé aussi pour moi. Et indifférente en elle-même, leur vieillesse me désolait en m'avertissant des approches de la mienne. Celles-ci me furent, du reste, proclamées coup sur coup par des paroles qui à quelques minutes d'intervalle vinrent me frapper comme les trompettes du Jugement. La première fut prononcée par la duchesse de Guermantes ; je venais de la voir, passant entre une double haie de curieux qui, sans se rendre compte des merveilleux artifices de toilette et d'esthétique qui agissaient sur eux, émus devant cette tête rousse, ce corps saumoné émergeant à peine de ses ailerons de dentelle noire, et étranglé de joyaux, le regardaient, dans la sinuosité héréditaire de ses lignes, comme ils eussent fait de quelque vieux poisson sacré, chargé de pierreries, en lequel s'incarnait le Génie protecteur de la famille de Guermantes. « Ah ! me dit-elle, quelle joie de vous voir, vous mon plus vieil ami. » […]

Peu à peu pourtant, à force de regarder sa figure hésitante [celle de Mme d’Arpajon], incertaine comme une mémoire infidèle qui ne peut plus retenir les formes d'autrefois, j'arrivai à en retrouver quelque chose en me livrant au petit jeu d'éliminer les carrés, les hexagones que l'âge avait ajoutés à ses joues. D'ailleurs, ce qu'il mêlait à celles des femmes n'était pas toujours seulement des figures géométriques. Dans les joues restées si semblables pourtant de la duchesse de Guermantes et pourtant composites maintenant comme un nougat, je distinguai une trace de vert-de-gris, un petit morceau rose de coquillage concassé ; une grosseur difficile à définir, plus petite qu'une boule de gui et moins transparente qu'une perle de verre [...] »

Si les gens des nouvelles générations tenaient la duchesse de Guermantes pour peu de chose parce qu'elle connaissait des actrices, etc., les dames aujourd'hui vieilles de la famille la considéraient toujours comme un personnage extraordinaire, d'une part parce qu'elles savaient exactement sa naissance, sa primauté héraldique, ses intimités avec ce que Mme de Forcheville eût appelé des royalties, mais encore parce qu'elle dédaignait de venir dans la famille, s'y ennuyait et qu'on savait qu'on n'y pouvait jamais compter sur elle. Ses relations théâtrales et politiques, d'ailleurs mal sues, ne faisaient qu'augmenter sa rareté, donc son prestige. De sorte que, tandis que dans le monde politique et artistique on la tenait pour une créature mal définie, une sorte de défroquée du faubourg Saint-Germain qui fréquente les sous-secrétaires d'État et les étoiles, dans ce même faubourg Saint-Germain, si on donnait une belle soirée, on disait : « Est-ce même la peine d'inviter Oriane ? Elle ne viendra pas. Enfin pour la forme, mais il ne faut pas se faire d'illusions. » Et si, vers 10 heures et demie, dans une toilette éclatante, paraissant, de ses yeux, durs pour elles, mépriser toutes ses cousines, entrait Oriane qui s'arrêtait sur le seuil avec une sorte de majestueux dédain, et si elle restait une heure, c'était une plus grande fête pour la vieille grande dame qui donnait la soirée qu'autrefois, pour un directeur de théâtre, que Sarah Bernhardt, qui avait vaguement promis un concours sur lequel on ne comptait pas, fût venue et eût, avec une complaisance et une simplicité infinies, récité au lieu du morceau promis vingt autres. La présence de cette Oriane, à laquelle les chefs de cabinet parlaient de haut en bas et qui n'en continuait pas moins (l'esprit mène le monde) à chercher à en connaître de plus en plus, venait de classer la soirée de la douairière, où il n'y avait pourtant que des femmes excessivement chic, en dehors et au-dessus de toutes les autres soirées de douairières de la même season (comme aurait dit encore Mme de Forcheville), mais pour lesquelles soirées ne s'était pas dérangée Oriane. […] »

J'ignore si les passages relevés sont les bons ; il me semble cependant qu'ils témoignent bien de l'admiration de Proust pour Flaubert.

 

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20 juin 2022 1 20 /06 /juin /2022 15:34

Vendredi 17 juin 2022, à 18h, bravant la canicule, plus d’une vingtaine de courageux marcheurs se sont retrouvés sur la place du château de Marson pour une Balade contée, le Nez en l’air. Organisée par les bénévoles de la Bibliothèque de Rou-Marson (dont je fais partie) et Renée Monnier des Sentiers botaniques, elle a conduit les promeneurs, casqués de chapeaux de paille, entre les deux villages, parmi de petits champs, petits bois, petits sentiers, dans une nature où l’on se sent loin de tout. Grâce à Renée Monnier, experte ès botanique, ils ont été attentifs aux nombreux acacias, à la rondeur d’un vieux châtaignier, à la chondrille à tige de jonc venue du Midi, à la viccia cracca à la jolie fleur mauve et au sable si fin des chemins, issu des pierres gréseuses.

Quatre haltes bienvenues dans le sous-bois leur ont permis d’écouter des poètes, chantres de Dame Nature. De Ronsard à Colette, en passant par Chateaubriand, George Sand ou encore Charles Cros, ils ont savouré le plaisir d’être seuls dans la forêt et de rêver à ses nymphes et à ses sylvains. D’une halte à l’autre, les promeneurs ont fredonné la chanson célèbre de Mireille, « Ce petit chemin qui sent la noisette ».

Devant la rondeur d’un vieux châtaignier, nous avons débuté la promenade avec un de mes poèmes célébrant l’utilité ancienne et la belle longévité de cet arbre : « [… A l’ancre de la terre/ Il nourrissait les pauvres/ Et surveillait les bêtes/ Il faisait les tonneaux/ Et devenait charpente en sa virilité […] »

Auguste Lacaussade, né à L’Isle Bourbon, nous a accompagnés en chantant « Les Jours de juin », en nous invitant à « aller au bois » et à fuir la ville. L’« épaisse ramure » de la « forêt de Meudon ou d’Auteuil » lui aura fait oublier [s]on île  et [s]es vertes savanes ».

Cinq distiques de Charles Cros (« Les Quatre saisons ») ont souligné le pouvoir parfumé des fleurs du printemps dans le sentiment amoureux : « […] Nous n’aurions rien dit, réséda/ sans ton parfum qui nous aida. » Et avec Rimbaud, le poète aux semelles de vent, nous avons goûté à la « sensation » « par les soirs bleus d’été » d’« aller dans les sentiers ».

Théophile Gautier nous a bercés de sa ballade, « Quand à peine un nuage », dans laquelle il célèbre le petit peuple de l’herbe, couleuvres, lézards, taupes, araignées, fourmis, papillons et tutti quanti : « […] Qu’il fait bon ne rien faire, / Libre de toute affaire, / Libre de tous soucis, / Et sur la mousse tendre/ Nonchalamment s’étendre, / Ou demeurer assis ; […]

Ce fut ensuite le temps d’écouter la première partie d’une nouvelle de Maupassant, « Au bois ». Un petit récit dans lequel on découvre M. et Mme Beaurain, des commerçants d’un âge respectable, surpris par le garde champêtre en « flagrant délit de mauvaises mœurs », « à la frontière d’Argenteuil ».

A l’abri d’un sous-bois, nous avons retrouvé Pierre de Ronsard et son ode célèbre « A la forêt de Gastines » : « Couché sous tes ombrages verts,/ Gastines, je te chante/ Autant que les Grecs, par leurs vers/ La forêt d’Erymanthe ; […] » Et son poème « Contre les bûcherons de la forêt de Gastines » a résonné à nos oreilles de façon très moderne : « […] Forêt, haute maison des oiseaux bocagers, / Plus le cerf solitaire et les chevreuils légers/ Ne paîtront sous ton ombre, et ta verte crinière, / Plus du soleil d’été ne rompra la lumière. […]

Forêt, célébrée encore par Chateaubriand avec « La Forêt », un poème extrait des Tableaux de nature. Il y chante son « aimable solitude », son « ombrage ignoré » et termine ainsi : « D’autres vous rediront des amours étrangères ; / Moi de vos charmes seuls j’entretiens les déserts. »

C’était ensuite au tour de Colette de dire son amour des bois avec un extrait de Claudine à l’école, « Dans les bois de Saint-Sauveur ». Elle y raconte ses « frayeurs suffocantes » lors de la rencontre avec des serpents ; ses préférences à s’y promener seule plutôt avec ces « petites grandes filles » qui ont peur de « se déchirer aux ronces » et s’effrayent devant les « petites bêtes ».

Dans un poème en forme de petite comptine, extrait de Au clair de la lune, Maurice Carême a conté les mésaventures du chasseur. Quand il jette son fusil, tous les animaux lui apparaissent ; quand il le reprend, ils ont disparu : « Et soudain plus de loup/ Plus de renard surtout/ Plus de pie, de faisan/ Lui tout seul comme avant »

Cette troisième halte s’est achevée avec un autre de mes poèmes, « Feuilles et fées ». Les demandes réitérées d’une petite fille aux membres de sa famille pour savoir « Où s’en vont les fées et les dames vertes/ Quand l’automne est là, les forêts désertes ».  Sa grand-mère finit par lui répondre : « Fillote, je le sais, mais c’est un secret ! / En habits de deuil/ Elles sont endormies/ Dans leur lit de feuilles. »

La quatrième halte, à la croisée de deux chemins, était consacrée davantage à la marche et au sentiment de solitude dans la nature. Gilbert d’Ahuy aime à marcher sur les « petits sentiers lumineux » : « Petits sentiers de balade, / Même sans faire de grande distance, / Où tranquillement on avance […] »

Sabine Sicaud, dans « La Solitude », nous a donné à rêver sur la couleur verte : « Solitude… pour vous cela veut dire seul, / Pour moi – qui saura me comprendre ? / Cela veut dire : vert, vert dru, vivace tendre, / Vert platane, vert calycanthe, vert tilleul […]

George Sand nous a dit sa félicité à « contempler la sérénité des grosses pierres au clair de lune ». Et d’ajouter : « Je m’identifiais tellement au mode d’existence de ces choses tranquilles, prétendues inertes, que j’arrivais à participer à leur calme béatitude ».

Avec « Voyageur, il n’y a pas de chemin », Antonio Machado nous a appris que, pour le Voyageur, « le chemin/ C’est la trace de [s]es pas », qu’« il n’y a pas de chemin » et que « Le chemin se fait en marchant ».

Sarah Marquis, quant à elle, affirme que « le lien avec la nature est le seul moyen pour l’être humain de sauver sa peau ». « Après tout », dit-elle, « il s’agit simplement de retrouver la condition originelle de l’être humain : mettre un pied devant l’autre, au cœur de l’immensité de la nature. »

Et Jacques Lanzmann de conclure : « Marcher, est-ce que cela ne serait pas, en définitive, tourner avec ses pieds, au pas à pas, page après page, le grand livre de la vie ? »

Notre balade s’est achevée avec humour sur la seconde partie de la nouvelle de Maupassant. Mme Beaurain y explique comment ses rêveries romantiques et un retour de flamme pour son mari les ont conduits à s’aimer de nouveau sur les lieux de leur première rencontre. « Le maire était un homme d’esprit. Il se leva, sourit et dit : « Allez en paix, madame, et ne péchez plus… sous les feuilles. »

Cette balade par un soir chaud de juin s’est achevée dans la fraîcheur de la cave communale de Marson. Gâteaux au chocolat, aux noix et au café, à la mélisse et à la framboise, accompagnés de cakes salés faits-maison, les y attendaient. Et en dégustant bulles roses et blanches, les promeneurs ont encore partagé des citations sur la marche, bien persuadés que « le but, ce n’est pas le bout du chemin, c’est le cheminement » ainsi que l’écrit Eric-Emmanuel Schmitt.

 

Photos : Dominique Lenfantin, Catherine Thévenet, Marie-Christine Barbot

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16 juin 2022 4 16 /06 /juin /2022 17:42

Don Juan (Laurent Lafitte) et Elvire (Jennifer Decker)

En ce jour où les lycéens planchent sur le bac de Français que j’ai si souvent enseigné, surveillé et corrigé, je voudrais faire quelques remarques sur le Dom Juan d’Emmanuel Daumas, retransmis sur France 5 le vendredi 03 juin. Captée au Théâtre du Vieux-Colombier, la pièce présente bien des atouts mais aussi des excès que je voudrais signaler. Lors de la première, on sait que Dom Juan ou le Festin de Pierre, une comédie irrégulière en cinq actes et en prose, inspirée du Burlador de Séville de Tirso de Molina, suscita un succès net mais pas triomphal.  Mais au lendemain de la représentation (le 15 février 1665) et de la suppression de la scène du pauvre (III, 2), la pièce, discrètement censurée par Louis XIV, ne revint pas à l’affiche. Après un pamphlet de l’avocat Rochemont et plusieurs Lettres et Réponses favorables à Molière, celui-ci ne reprend pas la pièce et ne la publie pas malgré le privilège obtenu. Il faudra attendre 1683 pour la publication à Amsterdam d’une version la plus proche de celle de la première. En 1677, Thomas Corneille présentera un Dom Juan très affadi qui aura cours jusqu’en 1841 où l’on revient enfin au texte de Molière. Depuis la reprise triomphale de la pièce par Jouvet en 1947, le succès ne s’est jamais démenti.

C’est dans le cadre de la saison « Molière 2022 », célébrant le 400e anniversaire de l’illustre dramaturge, qu’Eric Ruf a sollicité Emmanuel Daumas pour mettre en scène l’histoire du « grand seigneur méchant homme ». Pour l’administrateur de la Comédie-Française, Dom Juan étant « la pierre angulaire du théâtre de Molière », il lui propose d’adapter « sans décors » cette pièce à machines, un « spectacle comique d’épouvante, baroque, fantastique et sensationnel ». Dans sa Note d’intention, Emmanuel Daumas explique comment il a souhaité relever la gageure : « Et cela me plaît beaucoup d’imaginer Dom Juan avec (presque) rien. Des perruques sûrement. Des choses sur la tête. Du maquillage. Des habits très simples. Quelques accessoires extravagants. Cinq acteurs pour tout faire. Une petite troupe au milieu des spectateurs. Un tréteau au centre du théâtre. Et réussir à être impressionnant quand même. »

C’est ainsi qu’au Théâtre du Vieux-Colombier, un dispositif bi-frontal, tel un ring de boxe en bois massif, délimité par des piliers de fer, donne à voir l’affrontement du libertin et de la société. Sur les côtés, en contrebas, deux séries de coiffeuses très simples, surmontées de miroirs et de néons, loges de théâtre et lieu des changements à vue. Cet espace simplissime permet à la magie du théâtre d’agir à plein : ne faudra-t-il pas imaginer la plage du naufrage en mer, la forêt de la rencontre avec le Pauvre et avec les frères d’Elvire, la résidence de Don Juan, le mausolée du Commandeur ? Une économie de moyens qui ne disperse pas le regard et qui donne toute sa place au jeu des comédiens et à la parole de Molière.

Sganarelle (Stéphane Varupenne)

Toujours dans ce souci d’épure, le metteur en scène a fait le choix de cinq comédiens. Laurent Lafitte est Don Juan, Stéphane Varupenne interprète Sganarelle ; Jennifer Decker campe Elvire tandis qu’Alexandre Pavloff est à la fois une religieuse dans l’acte I, Mathurine dans l’acte II puis le père de Don Juan, un des frères d’Elvire et le Commandeur. Le jeune Adrien Simion est aussi une religieuse, puis le Pauvre, Monsieur Dimanche et un des frères d’Elvire. Interchangeables, ils représentent tous les membres d’une société que défie Don Juan. Emmanuel Daumas les décrit comme « la farandole des couillons, qui vont se grimer pour faire tous les rôles. Les jeunes, les vieux, les filles et les garçons, les spectres et les statues qui bougent. Les diables sur Terre et en Enfer. Lesquels sont les plus grotesques, burlesques, épouvantables et violents ? Lesquels sont déjà morts-vivants ? »

J’ai beaucoup aimé le Don Juan interprété par Laurent Lafitte, un comédien que je n’appréciais guère, mais qui m’a convaincue ici, notamment par la fluidité de ses déplacements et son impeccable diction. Tel un ange noir, vêtu d’un col roulé, recouvert d’un élégant spencer, et d’un pantalon serré noirs sur des boots de la même couleur, il semble que rien ne puisse l’atteindre : ni les malédictions d’Elvire, qui l’indiffèrent, ni les démonstrations burlesques de Sganarelle, qui le font rire, ni l’entêtement du Pauvre à refuser de jurer, qui l’exaspèrent, ni les remontrances de son père, qui l’impatientent. Seul, le mouvement de tête de la statue du Commandeur semble un moment l’ébranler avant qu’il ne se reprenne. Athée, libertin, matérialiste, il appartient tout entier à la terre et à son désir de séduire qui n’est pour lui qu’un jeu. Ce jeu qui le conduira à l’hypocrisie suprême puisque « tous les vices apparents passent pour vertus ». Le comédien Laurent Lafitte incarne ainsi à merveille « l’hupokrites », l’acteur en grec. Il me semble qu’il ait bien répondu au souhait d’Emmanuel Daumas qui le voulait « Arrogant. Lucide. Mystérieux. Joueur. Incompréhensible. Malin. Sensuel. Glacial. En colère. Rapide. Intrépide. Logique. Intimidant. Charmant. Affamé. Pressé. Histrionique. Dangereux. Seul. Au moins. »

Stéphane Varupenne, en survêtement et baskets, propose un Sganarelle qui, conformément à l’origine italienne de son nom (sgannare, dessiller, amener à voir ce qu’on veut ignorer), cherche maladroitement à convaincre son maître que sa conduite risque de l’entraîner en Enfer. Il est partagé entre son admiration pour lui (« Quel homme ! Quel homme ! ») et son épouvante devant son attitude : « Quel homme abominable me vois-je obligé de servir ! » Entre obséquiosité et connivence, le comédien propose un Sganarelle vif et nuancé qui ne démérite pas dans l’ombre de Laurent Lafitte.

Don Juan avec Charlotte (Jennifer Decker) et Mathurine (Alexandre Pavloff)

Jennifer Decker touche dans le rôle d’Elvire, la femme bafouée. C’est bien une création originale de Molière qui n’évoque en rien les héroïnes de Tirso de Molina. Et si celle qui a été « ôtée d’un couvent » (le plus grand défi donjuanesque), n’apparaît que deux fois (en I, 3 et IV, 6) sur les vingt-sept scènes de la pièce, elle n’en demeure pas moins présente indirectement dans l’esprit du spectateur. Elle est à l’origine des propos entre Gusman et Sganarelle dans la scène d’exposition, elle poursuit le héros à travers ses frères dans l’acte III, elle est enfin « la femme voilée » de l’acte V qui annonce la fin du séducteur. C’est un magnifique personnage que cette femme abusée, toujours amoureuse au début de la pièce, capable des pires malédictions, qui apparaît métamorphosée dans l’acte IV, ayant dominé sa passion mais toujours soucieuse du sort de celui qu’elle a aimé. La comédienne insuffle une belle passion à ce personnage tragique, noble et complexe. Mais pourquoi l’avoir affublée de si horribles costumes – si l’on peut appeler cela des costumes - ? Quand elle n’est pas dévêtue de son habit de nonne par Don Juan au début de la pièce, elle apparaît en sous-vêtements de flanelle blanche ou revêtue d’une grande veste de satin rose bien peu flatteuse. Elle est de plus coiffée d’une horrible perruque blonde qui lui donne l’aspect d’une poupée de carnaval. J’avoue ne pas comprendre la signification de ce choix qui ôte au personnage tout le tragique dont il est porteur et ravale la femme, qu'elle soit religieuse ou paysanne.

Ces dernières remarques m’amènent aux bémols que je voulais souligner. Dès la scène d’exposition, j’ai eu envie d’arrêter de regarder la pièce. En effet, Don Gusman, l’écuyer d’Elvire n’y apparaît pas et il est remplacé par deux nonnes du couvent d’Elvire, hilares, entonnant un chant religieux et en train de fumer. Jouées par Alexandre Pavloff et Adrien Simion, ce sont elles qui sont les interlocutrices de Sganarelle dans la célèbre tirade du tabac. Partagées entre approbation et répulsion devant le discours du valet, si elles signifient clairement l’attitude blasphématoire du héros, elles placent d’emblée la pièce sous le signe du grotesque.

Dans la même veine, on découvrira à l’acte II un Alexandre Pavloff travesti en Mathurine. La charge est lourde qui fait d’elle une drag queen, complètement excitée, en perruque, pantalon et chaussures à talons. Quel apport à la pièce si ce n’est d’être dans l’air du temps ? Le Pauvre (Adrien Simion), lui aussi, s’offre à la vue du spectateur, barbouillé de terre et à demi-nu, tel un Christ humilié. Certes, c’est un pauvre hère, on l’avait compris ; mais quel besoin d’en faire ce personnage repoussant, à la limite de la bestialité ? Reconnaissons cependant que ce jeune comédien, en Monsieur Dimanche, surprend et tire bien son épingle du jeu. Les frères d’Elvire seront, eux aussi, dépouillés de leurs vêtements, et tout sanguinolents. Des effets très appuyés et artificiels qui, selon moi, entachent cette mise en scène et ne lui ajoutent rien, bien au contraire !

En dépit de mon opinion mitigée, je ne regrette pas d’avoir regardé cette représentation où les trois interprètes principaux témoignent du grand art des Comédiens-Français. Par ailleurs, avec ce choix épuré, ainsi que l’écrit Philippe Leclercq, le metteur en scène « revient à l’essence de la convention théâtrale, au texte et aux gestes, au théâtre comme jeu pur, avec trois fois rien comme décor : quelques objets, un peu de déguisement et beaucoup d’espace vide pour l’imagination, la fiction, le faux où l’on fait semblant pour de vrai. »

Cependant, je garderai toujours en mémoire le Dom Juan de Marcel Bluwal, dans lequel Michel Piccoli incarne avec noblesse le héros tragique dans son affrontement avec Dieu et sa longue marche vers la mort. Ici, le séducteur, inaccessible à toute transcendance et qui finit écartelé, m’apparaît « humain, trop humain ».

 

 

 

 

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22 mai 2022 7 22 /05 /mai /2022 10:46

La plage de Jean-Bart (Mapio.net)

 

Il paraît qu’aujourd’hui

on l’appelle El Marsa

 

Dans les faux-poivriers

les verts eucalyptus

et l’odeur des lentisques

pour nous c’était Jean Bart

du nom de ce corsaire

brandissant son grand sabre

sur une place flamande

Statue de Jean Bart à Dunkerque

Avec nos espadrilles

sur la falaise en pente

on glissait vers la Crique

extasiés de soleil

éperdus dans l’azur

et dans les eaux étales

on nageait vers notre Ile

Et moi je me souviens

du reflet de la mer

dans les aigues-marines

des yeux de mes cousines

 

 

 

 

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Des blancs ruisseaux de Chanaan

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