Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
14 février 2021 7 14 /02 /février /2021 17:17
 

 

Vison ou hermine

Calligraphie sur la neige

Rêve de fourrure
 
 
Photo T. Thévenet
 
 
Partager cet article
Repost0
11 février 2021 4 11 /02 /février /2021 11:02

Dans l'église Sainte-Croix de Marson (Photo ex-libris.over-blog.com)

C’était vers le midi

Au temps d’Epiphanie

L’église solitaire

Ouverte à la lumière

Le prie-Dieu en velours

Dans le rouge du jour

Le lutrin immobile

Attendant l’Evangile

Sur l’autel en tuffeau

Des fleurs en chapiteau

Dans l’ombre des branchages

Glissant sur son visage

La blanche Vierge-mère

Que le soleil éclaire

Tient dans ses bras l’Enfant

En offrande à l’orant

Qui prie seul à genoux

Sous les tiges du houx

C'était vers le midi

Au temps d'Epiphanie

J’ai vu l’Amour sans âge

Dans l’ombre des branchages

Dans l’église de Marson, mercredi 20 janvier 2020

 

Partager cet article
Repost0
8 février 2021 1 08 /02 /février /2021 11:18

Le Zouave du pont de l'Alma

Hiver à Paris

Quand la Seine prend ses aises

Le Zouave s'enrhume

 

 

Partager cet article
Repost0
25 janvier 2021 1 25 /01 /janvier /2021 18:34

Statue du dieu Pan par le sculpteur grec Fanis Sakkelariou, dans le parc des Buttes-Chaumont

 

Suzanne Granget (Nids d'écriture en Berry) nous propose d'écrire avec plusieurs ou tous les mots-plumes suivants :

Source - terre - fée - cristallin - rituel - lover - tourbillon - mimosa - fontaine - vertige - passer - corset.

 

Quand le grand Pan sauvage investissait la terre,

Animant la Nature en un fou tourbillon,

En nymphe à la fontaine et en fées familières,

La source était vivante, amoureuse d'Alcyon.

 

Quand le grand Pan est mort, on éprouva vertige.

Des nixes et des faunes finit le rituel,

La forêt silencieuse oublia ses prodiges,

Et nul ne viendra plus s'enivrer d'hydromel.

 

Parmi les mimosas, un jour doré d'été,

J'aimerais ardemment, au milieu des collines,

Revoir le dieu Pan, sa bestiale beauté,

Ses déesses des eaux et leur voix cristalline.

 

Dimanche 10 janvier 2021

 

Partager cet article
Repost0
25 janvier 2021 1 25 /01 /janvier /2021 18:17

Photo Suzanne Granget

L'atelier d'écriture en ligne de Suzanne Granget, Nids d'écriture en Berry, nous propose des mots épars. Voici ce qu'ils m'ont inspiré :

 

Comment vivre

Dans ce monde mystérieux

Solitaire et nocturne

Comment y affronter la haine

Et l’étrangeté de la différence

Dis

Quelqu’un

Viendra-t-il te prendre

Sous son aile consolante

Et

Te rendre la présence

Au berceau de l’enfance

Quand tu ignorais tout

De ta future histoire

 

 

Partager cet article
Repost0
16 janvier 2021 6 16 /01 /janvier /2021 18:40

Lire le dernier opus d’Enrique Vila-Matas, c’est pénétrer dans un territoire mouvant, tout en clair-obscur (le terme revient souvent), où l’on ne sait plus bien qui est qui, qui est réel ou ne l’est pas, et où le thème de la disparition court en filigrane. Placé sous les auspices de Raymond Queneau, le pape de l’OuLiPo, Ouvroir de littérature potentielle, le roman raconte l’affrontement et la complicité de deux frères autour de la littérature. Vila-Matas parviendra-t-il à nous éclairer, il se le demande avec la citation placée en exergue : « Cette brume insensée où s’agitent des ombres, comment pourrais-je l’éclaircir ? », extraite de Chêne et Chien, roman autobiographique en vers de Queneau.

Originaires de Cadaquès, Rainer Schneider Reus et Simon Rainer Reus ont choisi tous les deux l’écriture. Il y a vingt ans, le premier a quitté l’Espagne pour les Etats-Unis où il est devenu célèbre avec des « romans rapides » sous le nom de Rainer Bros ou Grand Bros, tout en choisissant l’anonymat, comme Thomas Pynchon, le célèbre écrivain américain. Le second est demeuré dans la maison paternelle (sur le point de s'effondrer) à Cadaquès où il vit chichement comme « fournisseur de citations littéraires, expert dans l’anticipation de phrases et, bien sûr, de traductions : traducteur préalable vétéran ». Tout comme Théo van Gogh aidait financièrement son frère Vincent, Rainer finance deux fois par an Simon, qui lui envoie de manière cryptée des citations pour ses livres. Une grande partie du succès de Rainer est fondé sur le « travail remarquable concernant » les phrases fournies par son frère, qui constituent la « structure intellectuelle de son œuvre ». Simon, qui se dénomme « hokusaï », est en quelque sorte le ghost writer de son frère, son « nègre » - s’il est encore permis d’user de ce terme. Sans doute Bros est-il aussi accompagné dans l’écriture par sa femme Dorothy à laquelle il est fait allusion sporadiquement et que Simon rencontre peut-être à la fin, mais rien n’est moins sûr.

Les deux frères ennemis sont liés par la complicité, l’affrontement et la dépendance, Simon se définissant comme l’ « esclave préféré d’un auteur distant ». Rainer se plaît en effet à l’humilier en lui attribuant en en-tête de ses courriers le titre de « subordonné, der Gefühle (assistant en allemand), de gratte-papier, de simplet, de théoricien cryptique… ». Il lui dit encore : « Pour ce qui est d’avoir un avenir, tu n’en as pas », tandis que Simon est d’accord avec leur tante Victoria pour qui l’écrivain américain n’est qu’« une honteuse imitation de Salinger ». Rainer est d’ailleurs considéré par la jeune génération américaine comme un écrivain commercial qui fait de l’argent. Et si Rainer est un alcoolique invétéré, ainsi que nous le verrons lors de la rencontre à Barcelone, Simon est un « abstème opiniâtre ». Enfin, quand la « monstruosité » est le propre de Rainer, Simon lui-même se qualifie de « monstre ».

Les deux frères communiquent peu et ne se sont pas vus depuis vingt ans. C’est alors que Rainer reprend contact avec Simon et lui donne rendez-vous à Barcelone, non loin de la maison de leur tante Victoria, l’autre intellectuelle de la famille qui a travaillé avec le professeur Souriau, connu pour son travail sur les « existences moindres ». Ce philosophe y développe le thème des « vies mineures, de l’ombre, entre la vie éternelle et le climat de précarité et d’horreur propre à la condition humaine », définition d’une vie qui pourrait correspondre à celle que mène Simon.

Alors que le même Simon - dans la brume de l'écriture - cherche à poursuivre la phrase « J’ai laissé le soleil m’éclairer… », (ce qui m’a fait penser au personnage de Joseph Grand dans La Peste, cherchant indéfiniment la phrase parfaite), les deux frères vont s’affronter sur leurs conceptions respectives de la littérature. Il existe en effet « une tension entre ne pas savoir s’il fallait incarner le rejet de l’écriture et y renoncer ou avoir foi en la littérature, mettre partout de la joie et continuer à écrire ». Ecrire de la fiction, n’est-ce pas une autre façon de penser qui s’oppose au réalisme ? Si Rainer affirme vouloir désormais écrire une non-fiction, pour son frère, « un récalcitrant annotateur des choses étrangères, un maniaque des citations », « vivre, c’était construire des fictions », et il devient alors « le dernier survivant de la littérature ». Selon lui, « n’importe quelle version narrative d’une histoire réelle est toujours une forme de fiction. A partir du moment où l’on ordonne le monde avec ses mots, sa nature se modifie… » La fin du roman nous révèlera cependant que les deux frères sont l’avers et le revers d'un Janus bi-frons, l’écrivain, tiraillé entre des pulsions contraires : le « Et alors ? » d’un Rainer qui affirme que « par ailleurs son œuvre le fait suer » et un Simon qui trouve son bonheur de vivre dans l’écriture de fictions.                                                                                                                                          

Lors de cette rencontre improbable, on apprend que Rainer l’écrivain caché, a servi de nègre à Pynchon, autre auteur caché. Vila-Matas orchestre ici avec brio le thème de la disparition qui court tout au long de l’œuvre : « Une double immersion pour se cacher vraiment et à fond. Une cachette ingénieuse : un écrivain caché (contenant, par ailleurs, d’autres écrivains cachés, au bas mot Dorothy et moi), tapi dans un autre écrivain de plus grande renommée mondiale encore, non moins caché. Le plan était bien conçu. A savoir qui allait le rencontrer là-bas : dissimulé en Amérique à l’endroit exact où s’était déjà caché un autre écrivain. » (p. 220) Orchestration d'une mise en abyme impressionnante !

Surgit ici l’aspiration à « l’art de disparaître » et « de parler littérature d’en dehors du monde réel, depuis un espace illimité, libéré d’une certaine manière de tant d’attaches du monde terrestre », « depuis le clair-obscur de cette matinée éternelle ». » Alors que Rainer s’est moqué de Simon en lui proposant d’écrire sa vie, celui-ci rêve de le faire lui-même « mais avec toujours la distance nécessaire, laissant en arrière dans le monde des possibilités la tragédie et pénétrant plus à fond dans un climat froid, spectral ». Il s’agirait donc d’écrire « à condition de nous libérer du corps, de nous transformer en seulement pure narration et pensée ». (pp. 226-227). Un écrivain qui serait pur esprit ?

Rainer, quant à lui, finit par lui avouer qu’il aurait aimé écrire comme Flaubert l’a fait dans Un cœur simple ». Balançant « entre le mépris et le renoncement afférent à l’écriture, ou la foi injustifiée et la joie afférente », sa joie, « en définitive » serait « de pouvoir continuer et ainsi finir par se livrer, même si c’était de manière suicidaire ou désespérée, à sa passion pour accéder à une idée de l’infini et écrire à partir d’elle ».  Les deux frères sont donc bien un même personnage, l’écrivain schizophrénique, écartelé entre des pulsions contraires : le « Et alors ? » et le bonheur d’écrire.

« Cette brume insensée », qui enveloppe tout le roman, recouvre aussi la disparition d’autres personnages. On pense au Père des deux frères qui, en dépit de sa mort, accompagne Simon, tel un « spectre familier » alors que l’obscurité est tombée sur Cadaquès. Son fils évoque « sa propre et fantomatique énergie, née de l’absence », une idée reprise à la fin du roman : « Sacré concept : énergie née de l’absence ! » Siboney, l’infirmière de son Père, disparaît aussi au début du roman, après avoir révélé à Simon sa solitude. Son amie Gemma lui ayant appris que, depuis qu’elle n’est plus là, « le temps passait plus lentement pour elle », Simon se dit que  « l’énergie provenant de son absence se faisait sentir partout. » L’expert en citations l’affirme : « Parce que prendre de la distance vis-à-vis des choses – ce qui pour moi revient à prendre de la distance vis-à-vis de la tragédie, ce qui, à son tour, est la même chose qu’être maître dans l’art de ne pas se laisser voir – s’apprend avec le temps. N’est-ce pas Bansky ? » Une leçon que pourrait retenir bien des écrivains fascinés par les médias.  N’oublions pas que l’ombre de Georges Perec plane  sur ce roman, lui qui a écrit La Disparition (disparition de la lettre E) et W. ou un souvenir d’enfance (disparition de son père lors de la Shoah). On ne peut que penser aussi à Romain Gary et à son double littéraire Paul Pavlovich, lauréat du Goncourt avec La vie devant soi. On sait que Gary fut dévoré par ce double, ce qui le mena peut-être au suicide.

En ce qui concerne l’art de citer, on se référera au chapitre 15, exact milieu d’un roman qui en compte 31. On peut y lire notamment Perec s’inspirant d’Aragon : « C’est que l’introduction de la pensée d’un autre, d’une pensée déjà formulée dans ce que j’écris, prend ici, non plus valeur de reflet, mais d’acte conscient, de démarche décidée, pour aller au-delà de ce point d’où je pars, qui était le point d’arrivée d’un autre. » (pp. 110-111). Pour un écrivain, citer c’est donc se situer dans une continuité et profiter d’une expérience littéraire passée. Perec lui-même fut un grand « artiste citeur » : « Dans son inquiétant Un homme qui dort, il avait eu recours à plus d’une dizaine d’auteurs, parmi lesquels se détachaient Kafka et Melville. « Il vivait des citations », en vint à dire Harry Mathews de Perec qui fut son meilleur ami. […] une activité nécessaire, par ailleurs, pleine de bon sens, puisqu’il semblait stupide de jeter par-dessus bord les grandes trouvailles du passé, le vaste patrimoine de nos visions impromptues, de nos intuitions. Il était encore plus stupide de ne pas savoir s’approprier tout ce qui pouvait nous intéresser le plus dans le vaste patrimoine que l’histoire de la littérature met à notre disposition. » Perec pourrait donc être l’inspirateur du personnage de Simon.

Le roman, riche en citations, est révélateur de l’immense culture de Vila-Matas qui nous promène dans toute la littérature occidentale, de Platon à Salman Rushdie, en passant par Shakespeare et les grands poètes européens. Culture cinématographique aussi avec Nicholas Ray ou Hitchcok, picturale avec Monet et Dali dont l’ombre plane sur Cadaquès, architecturale avec Gaudi. On remarquera que la dernière allusion est faite à Jorge Luis Borges, tant il est vrai que le roman est labyrinthique comme les œuvres de l’écrivain argentin.

Un tel roman, émaillé de nombreuses citations, pourra faire peur à plus d’un. Il me semble pourtant qu'il est à lire comme un jeu, cher aux OuLiPiens. S’il s’enracine dans une géographie et un temps réaliste, Barcelone en octobre 1917, en proie aux démons de l’indépendance, il fourmille de détails fantaisistes : la visite hallucinogène chez le quincaillier Ferragut, la rencontre inopinée avec un lapin sorti d’un terrier (Alice n’est pas loin !) lors du voyage avec le peintre Vergès vers Barcelone, la cachette improbable de Rainer fuyant tante Victoria à New-York, ou encore la comparaison des nuages avec des mocassins blancs qu’on retrouve aux pieds d’un personnage. Erudition folle et fantaisie débridée donc !

Cette brume insensée est un roman inclassable qui peut sembler difficile d’accès. Mais quand on accepte d’accompagner Simon, l’expert en citations, de Cadaquès à Barcelone, on errera avec lui "au coeur des ténèbres", parmi les ombres des grands auteurs, on réfléchira sur les raisons d’écrire, on s’interrogera sur l’identité et sur la mort. Dans cette vertigineuse mise en abyme, on se dira qu’il reste bien des auteurs à découvrir et on remerciera Vila-Matas de sa surprenante leçon de littérature.

                                                                                                                     

Partager cet article
Repost0
2 janvier 2021 6 02 /01 /janvier /2021 14:04

La Pythie de Delphes, John Collier, 1892, Musée d'Australie Méridionale, Adélaïde

 

Lorsque l'année s'achève, point la mélancolie ;

Le temps se fait fardeau et se creusent les rides ;

On revit ce qui fut et tout ce qui a fui,

Aux tréfonds de soi-même il se fait un grand vide.

 

Lorsque l'année commence, on renaît d'espérance ;

Tout ce qu'on n'a pas fait, c'est sûr on le fera !

On attend les demains avec impatience,

Le monde s'offre à nous tel un bel opéra.

 

On dansera ému sur une valse à Vienne,

On marchera fier au pas de Radetzky,

Et l'on s'embrassera sous les feux d'artifice.

 

On sera ignorant de l'éternelle antienne,

Celle du désespoir et des temps assombris,

Mais comme on aimerait être la Pythonisse !

 

Le 2 janvier 2021

 

Bonne année à tous mes lecteurs, fidèles ou éphémères !

 

 

Partager cet article
Repost0
28 décembre 2020 1 28 /12 /décembre /2020 11:03

 

Coin de la fenêtre
Quartier de lune curieux
Du noir de ma chambre
 
Mercredi 23 décembre 2020
 

 

Torrent de Kérit
Des corbeaux porteurs de pain
Elie au désert
 
Jeudi 24 décembre 2020
 

Madeleine à la bougie, Georges de la Tour

 

Tempête Bella
Panne d'électricité
Visage aux bougies
 
Dimanche 27 décembre 2020
 
 
 
Partager cet article
Repost0
27 décembre 2020 7 27 /12 /décembre /2020 18:54

La Poule et le Chien

C’était après Noël, quand les gourmets repus

Aspirent au répit car ils n’en peuvent plus.

Une Poule et un Chien se disputaient un os,

Relief d’un repas comme pour une noce,

De chapon ou de dinde on ne le savait pas,

Mais dont chacun voulait en faire son repas.

Sur l’odorant perron où traînait la mangeaille,

Le volatile était chef du champ de bataille.

Sautillant, picorant l’objet de gourmandise,

Il assaillait sans cesse le Chien en couardise,

Qui léchait humblement les marches cuisinières

Et ne savait comment ce bel os soustraire

A la Poule agressive, toujours sur l’offensive,

Spécialiste en parade, en feinte et en esquive.

Or, que le plus petit l’emportât sur le gros

Faisait rire les gens qui s’exclamaient : « Haro ! »

La belle rassurée prend un brin la tangente,

Etourderie fatale à la Poule imprudente !

D’un preste coup de patte, le Chien, vif et véloce,

En offrande à sa gueule s'empare du bout d’os.

Celle qui se croyait vainqueur du quadrupède,

Vexée et dépitée, que le sort dépossède,

Humiliée, s’enfuit dedans son poulailler.

 

Moralité

 

Ne vous fiez jamais à qui fait profil bas,

Il pourrait vous duper en incertain combat.

 

Fable librement inspirée par Fifille et Jade, la poule et la chienne de mon amie Bénédicte.

 

Partager cet article
Repost0
22 décembre 2020 2 22 /12 /décembre /2020 20:14

En ce temps de confinement, on aime à se plonger dans les rayons de sa bibliothèque pour en redécouvrir les richesses. C’est ainsi que j’ai de nouveau feuilleté avec admiration le très bel ouvrage, offert par un de mes amis l’année dernière. Intitulé Harmoniques, cette œuvre est de la main de son père, Albert Picard, qui en a créé les 10 gravures  originales en couleurs et écrit les poèmes qui les accompagnent. Alain Tapié (Conservateur du musée des Beaux-Arts de Caen) et Patrick Malvezin ont rédigé la préface de cette œuvre, qui se présente dans un superbe coffret cartonné noir, avec une empreinte en cuir marron clair représentant le signe de la Balance. Elle fut tirée à 90 exemplaires numérotés, sur Velin d’Arches pur chiffon en novembre 1989 et porte le numéro 62. Le tirage en fut réalisé sur les presses de l’atelier La Clef à Usson par Sauxillages. Quant à l’impression des textes et la reliure-coffret, elles furent réalisées par l’Imprimerie Watel à Brioude. C’est ce qu’on appelle un Beau livre !

Alain Tapié et Patrick Malvezin nous font pénétrer avec subtilité dans les arcanes de l’œuvre d’Albert Picard. Selon le premier, ce qu’il appelle les « formes pensées » de l’artiste est le résultat d’un travail qui fait voyager « la forme-objet au gré des terroirs d’expression, peinture, sculpture, gravure, tapisserie… » La tapisserie fut aussi au cœur de l’œuvre d’Albert Picard ; en témoignent toutes celles qui tapissent de manière lumineuse les murs de la maison de mon ami.

Albert Picard, « humaniste », propose avec Harmoniques un projet polyvalent, inspiré par la forme-lumière, chère à Delaunay, et par le peintre Albert Gleizes, un des fondateurs du cubisme. Pour ce dernier, il s’agit de « contenir la forme dans le dessin constructeur et [de] conférer à la couleur le statut d’un solide, allégé de la séduction ». Ainsi les « formes pensées » d’Albert Picard s’attachent « à dissoudre la structure de la lumière, à signaler par le relief la vocation monumentale de cette structure ».

Le relief en effet est capital dans cette suite de gravures qui, selon Tapié, peuvent faire penser aux fresques médiévales par ces différentes empreintes : « Empreintes des griffures et des incisions, empreintes des pigments posés en transparence, empreinte de la forme dans l’estampage du support. » « Humbles et savantes », ces œuvres lui évoquent encore les papiers découpés de Matisse. La gravure, « forme-objet », se métamorphose en « tissage de lumière » ; « ciselure, broderie, incision, tapisserie » créent en effet une répétition de motifs qui matérialisent la pensée.

Pour sa part, Patrick Malvezin s’interroge sur le rapport entre la gravure et le poème.  N’y-a-t-il pas un risque à faire correspondre peinture et poésie, en dépit de ce que Baudelaire, héraut des « correspondances », sut réussir avec le poème « Les Phares » ? Par ailleurs, bien souvent la peinture n’est qu’illustrative du poème et empêche l’émotion. Quant au poème écrit sur une œuvre plastique, il peut apparaître comme une explication, un commentaire, « qui brise doublement deux merveilleuses alchimies de l’émotion et de la rêverie entre le sensible et l’intelligible ».

Il semble que les poèmes d’Albert Picard ne veuillent nullement imposer un sens à l’œuvre picturale. On les lira plutôt comme « rêverie poétique proposée parmi d’autres possibles ». « Le fait que le poète soit le peintre permet peut-être de s’aventurer au-delà d’une suggestion par un regard inspiré. » Et l’on ne peut que reconnaître la belle harmonie qui existe entre les textes et les gravures.

Ce qui frappe dans ces dernières, ce sont ces reliefs blancs tout en volutes qui viennent animer les compositions. Albert Picard, pour qui la sculpture est « une voie vers une plus haute spiritualité », s’en explique : « J’entrepris alors de rechercher plutôt comment des compositions picturales pourraient s’enrichir de reliefs non colorés capables de donner, par leurs lumières bien distribuées, une plus grande force à l’œuvre ainsi qu’une meilleure lisibilité. » Couleurs, reliefs affirment ainsi des structures, créent des cadences, intégrant « dans une arabesque de lumière les mouvements des couleurs et donn[ant] plus de force au dénouement formel ».

Albert Picard précise que les poèmes lui ont été « directement inspirés par ces gravures ». Selon lui, elles ont pour vocation de faire naître « chez le spectateur un élan poétique » et de le « faire rêver ».

Dans ces dix poèmes, j’en ai retenu quatre. « Musique » (3) associe le son de la harpe, jouée par l’aimée, au souvenir douloureux d’un oiseau blessé qu’enfant le poète fit mourir en le serrant trop dans sa fureur d’aimer. Un poème où l’on sent la passion qui s’exacerbe au point d’être mortifère et fatale : « L’insupportable passion folle/ qui l’emporte, trop forte, / vers la mort. » Les striures de la gravure rappellent la harpe, le rouge connotant la passion, quand les deux cercles sont prêts à être emprisonnés par des formes lunaires.

Harmoniques 6 évoque la place Saint-Marc en deux temps. Le poète se souvient d’elle grouillante d’un monde cosmopolite, sous les battements d’ailes au chaud de l’été, quand tout est « lumière et bonheur ». Ensuite, il la retrouve dans la solitude : passants, oiseaux, soleil ont disparu : « Sur les quais inondés, où la barque m’attend, / le clapotis s’est tu. » Le jaune, le violet de la gravure proposent une sorte de tournoiement qui m’évoque la surcharge dorée de l’église Saint-Marc. Le bleu, n’est-ce point l’eau vénitienne ?

Harmoniques 9, « Heures claires », propose une tonalité plus joyeuse mais la fin en est encore très mélancolique. Le poète y chante le temps heureux de l’autrefois quand il était dans son « grand jardin » et que les enfants jouaient à la marelle. Mais tout cela n’existe plus que dans le passé. L’éclat du  blanc et du vert de la gravure sont atténués par un liseré noir, ombre sur le souvenir.

Harmoniques 10, « Au pays des rizières », est sans doute le poème que je préfère. Le poète y fait le portrait lumineux des femmes repiquant le riz : « […] elles rient/ dans l’éblouissante lumière. » Un tableau qui remémore au poète la femme aimée, non dans la nostalgie mais dans l’exaltation du souvenir : « Ton souvenir brûlant explose/ tout à coup dans mon cœur/ pour revivre les heures chères/ l’amour, les joies de naguère, / au lieu des pleurs. » Les rectangles verts de la gravure, rappelant les rizières, s'harmonisent en douceur avec les reliefs blancs arrondis.

L’association entre les gravures et les poèmes apparaît ici comme une superbe réussite. Si l’expression poétique y demeure classique, simple, sans aucun hermétisme, avec une belle variation rythmique, l’œuvre picturale, novatrice et originale,  vient en contrepoint la sublimer et l’exalter. Un magnifique présent que ce livre d'artiste !

 

Photo ex-libris.over-blog.com

 

 

 

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Ex-libris
  • : Un blog pour lire, pour écrire, pour découvrir et s'étonner. "La Vie a plus de talent que nous" disait Nabokov.
  • Contact

ex-libris

 ex-libris

 

Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons-nous d'ahan

Ton cours vers d'autres nébuleuses

 

La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

Recherche