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4 novembre 2020 3 04 /11 /novembre /2020 21:37

 

V

Dans la Ville impériale où bat le cœur de Vienne

Tout près de l’opéra tragique désespoir

A soudain résonné la musique barbare

Faisant de cette nuit un triste requiem

 

Mardi 03 novembre 2020,

au lendemain de l’attentat de Vienne

 

 

VI

Soleil froid de novembre dans un éther bleu dur

Les hortensias fanés pleurent de dénuement

Les lauriers étêtés sanglotent leur blessure

Le jardin se prépare à son confinement

 

Mercredi 04 novembre 2020,

en regardant le jardin

 

 

 

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2 novembre 2020 1 02 /11 /novembre /2020 11:01

 

IV

 

Lundi de novembre quand souffle l’autan

S'émeuvent en moi ceux que j’ai aimés

Non plus sous la terre ou le marbre blanc

Mais dans l’indicible aux bords du Secret

 

Lundi 02 novembre 2020, jour des Défunts

 

Photo ex-libris.over-blog.com, 11-2017

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1 novembre 2020 7 01 /11 /novembre /2020 16:31

Nuit de vendredi

Pleine lune blême

Dans la basilique

Un pavement rouge

Vendredi 30 octobre 2020,

au lendemain de l'attentat à Notre-Dame de l'Assomption

 

Jardin déserté

Où le vent se lève

La rose esseulée

A courbé la tête

Samedi 31 octobre 2020

 

Cortège des saints

Anges chérubins

Vibrant de lumière

Un visage aimé

Dimanche 1er novembre 2020,

jour de la Tousaint

 

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31 octobre 2020 6 31 /10 /octobre /2020 17:43

Mère de douleur, Picasso, 1959

Cet après-midi, relisant le recueil de quatrains, Enfin le royaume (2018), de François Cheng, je suis de nouveau impressionnée par son immense compassion pour l’Autre. En cette époque de violence extrême, je reproduis ici plusieurs de ses quatrains inspirés.

 

Page 86, ce quatrain me fait penser à Victorine Dartois et aux victimes des récents attentats islamistes :

Violettes violées,

Rouge-gorge égorgé,

Nuit serait partage,

Si cauchemar n’est.

 

Page 95, c’est un quatrain dédié à une écrivaine et sinologue française qui s’est suicidée en 2007, à l’âge de 36 ans :

A Lisa Bresner

La terrible vie terrestre n’est point pour toi.

Ton amour trop vaste pour qu’on pût t’aimer ;

Ton rêve trop haut pour qu’on te suivît. Par la fenêtre,

En un seul cri, tu rejoignis l’ange, ton propre être.

 

Page 98, le quatrain est écrit à la mémoire d’Estelle Mouzin :

A Estelle que nous n’oublions pas

et à toutes les autres

Le gouffre où la bête a broyé ton innocence,

Il est en nous. Jusqu’au bout nous te chercherons.

Pour toi, nous gardons ce qui nous reste de tendresse,

Et nous veillons à ce que rien ne nous apaise.

 

Page 127, le poète nous exhorte à  faire face :

Tenir bon. Jusqu’à l’écœurement,

Jusqu’au retournement, chair broyée,

Os rompus, chute dans le Rien, seul à même

De réinventer le Tout. Tenir bon.

 

Et page 148, une forme d’espoir, en dépit de tout :

Tu te souviens des noms ; tu entends

Le tien. Quelqu’un doit se souvenir

De tout. D’outre-ciel une voix pérenne

Tisse la toile à n’en plus finir.

 

 

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27 octobre 2020 2 27 /10 /octobre /2020 10:34

Lors de mes balades, j'aime aller me promener près de deux petits étangs, proches de la maison. Plusieurs photos ont suscité des commentaires, rapprochant mes clichés de certaines toiles de Monet. J'aime cette comparaison avec ce peintre fasciné par la météo et la lumière, qui écrivait : "Ce que je ferai, ce sera l'impression de ce que j'aurai ressenti."

Les peupliers (1891)

Saules au bord de l'Yerres (1876)

Etang à Montgeron (1876)

 

 

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15 octobre 2020 4 15 /10 /octobre /2020 16:41

le chemin du Tertre

on l’a descendu

dans sa coulée verte

il était pentu

broderie  sauvage

en son voisinage

de blancs cyclamens

notes musiciennes

roses amulettes

dans l’humide herbette

le chien caracole

en sa course folle

au bas du chemin

un concert soudain

de jacassements

et de sifflements

on tourne la tête

et dans la courette

du jaune et du bleu

des envols radieux

de fous bruissements

des jabotements

et dans la volière

des dieux messagères

vives légendaires

si ensorcelantes

des perruches chantent

 

Au bas du chemin du Tertre, à Marson,

mercredi 07 octobre 2020

Photos ex-libris.over-blog.com

 

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3 octobre 2020 6 03 /10 /octobre /2020 15:00

En l'église Saint-Sulpice de Rou, Dany Lecènes, François Folscheid, Catherine Thévenet

Lors des Journées du Patrimoine 2020, les 19 et 20 septembre, Dany Lecènes, François Folscheid et moi-même avons proposé une lecture poétique, intitulée Pierres et Lueurs. C’est la troisième fois que nous sommes accueillis dans les petites églises Saint-Sulpice de Rou et Sainte-Croix de Marson dont nous aimons l’harmonie et la sérénité.

Les textes que nous avions retenus étaient soit en cours d’écriture (Cairns pour Dany), soit en voie de publication (Gravir le silence pour François), soit encore des inédits ou des textes appartenant à de précédents recueils pour moi. Les poèmes alternaient avec des virgules musicales, jouées à la flûte alto, au tambourin, au mélodica, au métallophone par Dany.

Nous avions disposé une table devant nous, agrémentée de bougies blanches. Avant la lecture de chaque poème, l’un d’entre nous y déposait un galet blanc, pour une "poésie en lambeaux de lueurs" ainsi que l'écrit François Folscheid.

François a débuté cette lecture en faisant cette proposition : « Si la lueur de l’aurore, nous éclaire jusque dans/ notre sommeil, alors nous saurons faire chanter/ l’inachevé de nos jours ; alors nous saurons faire/ danser l’insuffisance de ce qui est. »

Dany a évoqué « la pierre d’automne », celle dont la « corne fabuleuse » offre « Mille écus d’or jetés/ Sur le sol résigné/ Pour acheter/ Le sommeil des veilleurs ».

Car, selon François, il faut « Renaître par la terre. […] Un chemin de/ bonne blessure commence là, dans le chant premier/ des arbres, de l’herbe et des pierres. »

Une blessure que je célèbre « Dans l’eau pâle de mes fenêtres », quand je perçois « A la fenêtre close et grise/ le choc sourd des illusions frappées en pleine face/ sur le sang des clématites violines/ et les épines bleuies de la passiflore cruelle ».

Une angoisse qui est aussi celle de François, disant « La grande nuit mauve », « l’angoisse de la mort », sauvée par « la trousse de secours : un visage, le chant/ d’un oiseau, un galet poli par le vent. »

Dany a proposé une première pause musicale à la flûte alto avec Musette, de Esprit-Philippe Chédeville.

Dany Lecènes à la flûte

Puis nous avons célébré le cercle. Moi d’abord, avec « le soleil en suspens/ Comme une bille de bilboquet » et « parfait comme le rond de Giotto », qui sombre « Au péril de la mer/ Dans le fossé mystérieux du monde/ Au-delà de moi-même ». Puis François qui affirme que « Toujours nous reviendrons au cercle […] – parce que tout est contenu dans la lentille d’eau du/ regard : le toi et le moi, l’avant et l’après, l’amour et son retrait. »

Dany a fait alors parler la « Sixième pierre du Cairn de la patience »,  la « Pierre du milieu » : « Sur moi on a bâti un homme/ Et une femme », dit-elle. Elle recèle « Un jardin des délices/ Pour un avènement/ Infiniment/ Présent ». Une euphorie de l’amour que je reprends dans « Le cœur d’amour surpris », quand « Violemment/ Insolemment/ A soudain resurgi/ […] « Le souvenir vibrant/ […] Du bel arc électrique/ Jailli à l’improviste/ […] Qui consuma nos corps ».

Pour une deuxième pause musicale, Dany a joué Boulavogue au tin twistle.

François a ensuite poursuivi son exaltation - exhortation - de la terre : « Terre profonde, houille pleine – te creuser, / encore et toujours. / […] faire renaître le songe/ […] revenir à ton poumon de lenteur pour un plus haut dénouement. »

Avec la « Deuxième pierre du Cairn de la patience », Dany établit un lien entre la Beauté et la souplesse du chat. Tel Atlas, il supporte la nue « L’air de rien/ Dans l’air/ Jusqu’à l’entaille du zénith/ Qui n’est rien d’autre/ Qu’une arabesque/ Rêvée ».

Je reprenais ce thème du chat et de l’arabesque avec mon poème « Paresse des journées », expression d’une infinie lenteur : « […] Déliées arabesques aux doigts de la danseuse/ Etirement du chat sur les heures soyeuses/ Métamorphose ailée pesantes amoureuses […] La plume à l’encre bleue toujours recommencée/ Que naissent enfin les mots au secret alphabet ».

Dany proposait alors une improvisation au métallophone.

La lenteur était soulignée de nouveau par François et sublimée par la couleur : « […] Aurore, couchant – déité : une force lente irradie/ quand le temps se contemple, mais quelle lueur se/ lève quand le sang du ciboire se dissout ? Etre aussi nu que le blanc, respirer aussi grand/ Que le bleu, et mourir aussi dense que le noir, pour/ Pour porter loin au-dedans le rebond de lumière. »

Et Dany de poursuivre en continuant d’aspirer à la beauté : « […] Puisque la beauté s’entrevoit,/ Que la grâce effleure,/ Et que le cœur est lourd/ Aux jours absurdes/ De l’inespérance. »

Une aspiration et une angoisse existentielles reprises par François : « […] Rive extrême de soi quand tout se dénude et se/ retire, quand le soir se cuivre du sang immense de/ l’inconnaissable. » Et pourtant l’espoir persiste : « […] Le monde ne tient qu’à ce fragment d’aurore,/ cette lueur de fanal au bout de l’irrémédiable. »

C’était à moi de continuer avec le poème « Hortus conclusus », plongeant dans les profondeurs de l’intimité : « […] Au cœur de mon corps/ Verger de pommes d’or/ Au nadir de moi-même/ Un jardin clôturé/ Et nul/ N’en ouvrira/ La porte/ Etroite ».

Une quatrième pause prenait place avec Dany au mélodica et un premier extrait de son Bestiaire des tout-petits.

François évoquait alors son arbre, celui qui est un recours pour lui : « […] Mon arbre plie mais n’abdique : il cherche ce/ qui murmure, suinte et ruisselle encore sous la terre/ et les pierres. »

Dany le suivait dans cette voie avec la « Quatrième pierre du Cairn de la patience » : « Prière m’est faite/ De me faire arbre/ La fontaine de mon ombre/ Abreuve/ Les humus inférieurs […] »

Et, pour ma part, avec « Tu seras mon arbre », je célébrais « L’arbre dans la fenêtre » qui « s’offre à moi le matin/ Il est toujours le même/ mais il est différent/ selon les ciels changeants […] Tu seras mon arbre/ disait Apollon à Daphné/ et moi je le redis/ à mon haut fût fidèle ».

Avec un quatrain plein de légèreté, extrait de Il pleut des grâces, Dany exaltait la magie de l’hiver : « Champ de neige pour rires d’enfants clochettes/ Flocons épinglés sur squelettes d’arbres/ Hiver en ruisseau de larmes abîmées/ Vertige suspendu, éclaboussures à marier. »

A la flûte soprano, Dany jouait alors Sheebeg and Sheemore de Turlough O’Carolan.

François de nouveau interrogeait : « […] De mille têtes de feu, nous frappons la porte/ invisible, mais seul le froid de l’énigme nous/ répond. » Et pourtant « Dans la nuit haute, seuls les trembles font/ douceur habitable. »

Alternativement, nous avons dit alors, deux par deux, les vers de mon poème, « Harmonia mundi » : « La musique des sphères/ La caresse des mères/ […] L’odeur du seringa/ Le rond de l’oméga […] Des éclairs du divin/ Au cœur du quotidien ».

Après une improvisation aux grelots, Dany évoquait la « Septième pierre du Cairn de la patience », «  […] Pierre sage/ Pierre folle/ En laquelle sont gravés/ Les jours passés […] Si rose/ Qu’on glose/ Sur ses guerres/ Closes/ A l’heure dernière/ Où tout repose ».

Et c’était à mon tour de décrire le « Rosier d’octobre » : « […] Entre les tombes/ Entre les morts/ Le rosier rejaillit/ L’espace d’un matin/ Au creux de ses pétales/ De sa peau automnale/ Voilà qu’ici repose/ L’éternité enclose ».

Pour une nouvelle pause, Dany jouait Vaudeville à la flûte piccolo.

Et, une fois encore, avec la « Première pierre du Cairn de la patience », Dany rendait les honneurs à la Beauté : « Elle est celle que nul ne jette/ A pour nom Beauté […] Elle est celle avant celle du tombeau/ Celle de l’aurore d’aimer/ La prière solide/ Le mot initié/ Beauté/ Que nul ne dit sans plier/ Les genoux ».

Après les questions, l’angoisse, la peur, François nous conduisait sur un chemin ouvert, vers autre chose : « Non point le serré des peurs, des croyances ;/ […] mais la montée de l’aube dans/ le calme des vitres, l’odeur du bois dans les paumes/ du repos – tout ce qui s’ouvre à grandes brassées en/ écume de joie […].

Je poursuivais dans cette voie avec « Métamorphose », évocation d’une âme-papillon : « […] Doux rêve flottant/ Mystérieux moment/ Mon âme qui ose / Sa métamorphose ».

Un mouvement confirmé par Dany et sa « Deuxième pierre du Cairn des saisons » : « […] Plus ubéreuse qu’aucune autre/ Radieuse/ Une âme palpite en moi/ Une humanité/ A prétendre/ Pour laquelle je fiance/ Mes plaintes quaternaires/ Aux refrains allègres/ D’un enfant/ Joie ».

François concluait cette lecture poétique avec deux extraits, toujours de Gravir le silence. Il y dit la poésie qui avance  « A pas heurtés, la poésie en lambeaux de lueurs/ dans la nuit du monde ». Il nous invite à « Y chercher le glas de nos peurs, de nos/ renoncements. Y chercher la lampe, le phare de/ brume dans son éclat d’oiseau ébloui. » Il y rêve de ce lieu ardemment désiré : « […] Ce serait pure présence : un chant d’oiseau/ aurait brisé la vitre qui nous sépare de nous-mêmes. »

En ces temps difficiles où la maladie est une menace diffuse, il peut sembler hasardeux de dire avec Jean-Pierre Siméon que « la poésie sauvera le monde ». A nous trois cependant elle apparaît bien comme un recours, un havre, un baume et une consolation. Et c’est bien cela qu’elle était pour Alicia Gallienne, jeune poétesse morte d’une terrible maladie, à l’aube de ses vingt ans, au petit matin du 29 décembre 1990, et dont Gallimard a publié cette année les poèmes sous le titre L’autre moitié du songe m’appartient. Elle y écrivait :

« Vous avez mille fois raison

Si vous pensez qu’écrire me rassure

C’est l’unique soulagement

Et le plus subtil de tous

Il y a chaque jour des mots à accomplir »

 

 

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11 septembre 2020 5 11 /09 /septembre /2020 14:08

Ground Zero (cnn.com)

En ce 11 septembre 2020, voilà dix-neuf ans qu'ont eu lieu les attentats terribles du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. C'est pourquoi je publie de nouveau le poème que j'avais écrit en 2011 et intitulé "Le coeur à Ground Zero". Il a trouvé sa place dans mon recueil de poèmes, Mais l'ancolie...

Où le verre et l’acier

S’élevaient babéliens

Dans le ciel des affaires

Là où ce fut la fournaise

Et l’enfer

Là où trois mille vies

Se sont embrasées

Ont été asphyxiées

Ont été consumées

Ont été calcinées 

Ont été sacrifiées

Sont parties en fumée

Sont devenues poussière

Dans le crématoire américain

A ciel ouvert

C’est désormais le creux

Rectangulaire

Celui de la douleur

Où pleurent

Les eaux du souvenir

Et où celui qui reste

Avec un papier calque

Vient retrouver

Vient caresser

Vient réécrire

Le nom

De celle qu’il aima

Sur la margelle grise

Le cœur à Ground Zero

Au lendemain du 11 septembre 2011

 

 

 

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1 septembre 2020 2 01 /09 /septembre /2020 09:30

 

A la fin de l’été, près d’un bassin tranquille,

Un Jardinier zélé taillait, la main habile,

Un buisson d’hortensias d’un rose desséché,

Aux pétales fanés, tout recroquevillés.

 

Au-dessus du quidam volaient les hirondelles,

Bourdonnaient les abeilles, rêvaient les tourterelles,

Quand, soudain, il avise sur le rebord pierreux

Une Grenouille verte au regard curieux.

 

Son iris doré le fixe et dévisage

L’amoureux de la flore et l’as du jardinage,

L’ami des animaux, le sauveur des oiseaux,

Le confident des bêtes, moineaux et  crapauds.

 

Etonné que Phryné, la belle ensorceleuse,

Jette sur sa personne un regard d’amoureuse,

Il est soudain la proie d’une invincible envie

Et d’une douce main caresse la jolie.

 

La belle est immobile et sa peau en frissonne,

Aux doigts du Jardinier sourit et s’abandonne,

Quant à lui, séduit par l’immobilité,

Il jouit et savoure un instant de beauté.

 

Hélas ! Triste ici-bas ! Le temps est éphémère,

La Grenouille rieuse a fui tel un éclair.

Le Jardinier s’en veut et pleure amèrement

De n’avoir plus longtemps prolongé ce moment.

 

Et puis il s’interroge : qui était cette dame

Au regard immobile, à la robe ottomane ?

Une âme voyageuse, une reine des fées,

La diseuse de pluie, riche en fécondité ?

 

Jamais il n’oubliera cet instant virtuose

Où l’amour s’est allié à la métamorphose,

La rencontre furtive, étonnante et secrète

D’un Jardinier ému, d’une Grenouille verte.

 

Texte librement inspiré par la rencontre réelle entre mon jardinier de mari et une des grenouilles de notre bassin.

 

 

Photos : ex-libris.over-blog.com

 

 

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23 août 2020 7 23 /08 /août /2020 10:33

Héloïse Gaillard en l'église Sainte-Croix de Marson (Photo ex-libris.over-blog.com)

La saison culturelle 2020-2021 de Rou-Marson s’est ouverte avec brio grâce à la présence de la flûtiste et hauboïste de renom, Héloïse Gaillard. Samedi 20 août, à 16 h 30, dans l’église Sainte-Croix de Marson, sous le regard de la Vierge à l’Enfant et de sainte Catherine, la jeune musicienne a interprété les 12 Fantaisies pour flûte seule de Georg Philipp Telemann (1681-1767), compositeur baroque prolifique, qui jouait lui-même de cet instrument ainsi que du violon, de la cithare et du clavecin.

Avant de commencer son récital, Héloïse Gaillard a dit son attachement à ce musicien qui l’accompagne depuis ses premiers pas musicaux et dont elle ne cesse de revisiter cette œuvre si riche. Il « nous incite à l’audace tout en requérant la rigueur nécessaire à la juste compréhension du discours » précise-t-elle dans la Note de programme.

L’artiste a aussi insisté sur sa joie de retrouver le public pour la première fois après le confinement. Certes, il y a eu beaucoup de vidéos sur internet pendant ce temps d’isolement mais rien ne remplace le spectacle vivant, a-t-elle souligné.

Selon Héloïse Gaillard, pour cette œuvre particulière, Telemann « souhaitait laisser aux interprètes le choix des instruments ». C’est pour cela qu’elle a préféré jouer les 12 Fantaisies pour flûte seule sur quatre flûtes différentes, nous donnant là une superbe occasion de découvrir les possibilités variées de la flûte alto, de la flûte soprano, de la grande flûte de voix, chaleureuse et profonde, et de la petite flûte sopranino, aux sonorités plus aiguës.

Quel plaisir d’écouter ces fantaisies, qui méritent si bien leur nom tant la liberté, la virtuosité (et, on pourrait le croire, l’improvisation), y sont reines ! Si elles sont invitation à la danse et à la gaieté, Héloïse Gaillard précise bien que cette musique a été composée dans ce temps baroque « où la rhétorique jouait un rôle fondamental, ce qui engage à l’humilité et [lui] impose le respect du texte ». J’ai particulièrement aimé la Douzième fantaisie en sol mineur, extraordinaire dans ses couleurs, ses nuances, sa variété.

J’ai été aussi très impressionnée par l’engagement physique de l’artiste, dont tout le corps est sollicité par l’interprétation : l’émotion, la tension y sont palpables. Héloïse Gaillard a joué la première partie de son récital assise puis, après une petite pause de quelques minutes, elle a choisi d’être debout.

En l’écoutant, comment ne pas penser aux vers de Jean Richepin, qui font parler la flûte :

« […] Et depuis, quand sa lèvre aux souffles musicaux

Eveille les chansons au creux de mon silence,

Je tressaille, je vibre, et la note s’élance ;

Le chapelet des sons va s’égrenant dans l’air ;

On dirait le babil d’une source au flot clair ; […] »

Merci à Héloïse Gaillard pour ce moment intense de pureté musicale.

 

Sources : Note de programme.

Photos : ex-libris.over-blog.com

 

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Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons-nous d'ahan

Ton cours vers d'autres nébuleuses

 

La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

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