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12 août 2020 3 12 /08 /août /2020 08:24

Persistance de la mémoire ou Les Montres molles (1931), Salvador Dali

 

Dans l’étuve des jours

Et la touffeur du temps

Ruisselante mémoire

 

La fraîcheur d'autrefois

Dans la vie frémissante

L’eau claire des matins

Sans le sel bleu des larmes

Le souffle de torrent

Du vent des amitiés

La caresse mouillée

De l’averse amoureuse

La vague verte et vive

Des visages vivants

La lampée frémissante

Des beaux étés perdus

La froidure de glacier

Du glaçon des douleurs

Le passage dans l’ombre

Hors des passions brûlantes

Le saisissement froid

Sur le marbre du cœur

 

Dans la moiteur des ans

Humer l’air frais des rires

Envolés au néant

Rouvrir une fenêtre

Au courant d’air des mots

Qui désaltéreront

Ma détresse assoiffée

 

Mercredi 12 août 2020

 

 

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8 août 2020 6 08 /08 /août /2020 16:13

 

Oncle maternel de Javier Cercas, par sa mère Blanca Mena, Manuel Mena avait 19 ans. Sur une photo qui a longtemps trôné dans la maison natale d’Ibahernando, il est figé pour l’éternité, sanglé dans son uniforme de phalangiste, « corps d’enfant dans un costume d’homme », supplétif fervent du franquisme, mort au combat pendant la bataille de l’Ebre, « la plus grande bataille de l’histoire d’Espagne », tombé au champ d’honneur d’une cause douteuse, le 21 septembre 1938. Depuis son enfance, l’écrivain espagnol Javier Cercas vit avec le souvenir de Manuel Mena, héros officiel de sa famille qui entretient le culte, aïeul statufié en jeune officier, « […] parfait symbole funèbre et violent de toutes les erreurs et les responsabilités et la culpabilité et la honte et la misère et la mort et les défaites et l’horreur et la saleté et les larmes et le sacrifice et la passion et le ­déshonneur de mes ancêtres ». L’oncle paternel de sa mère cristallise ainsi la dérive mortifère d’une époque que le temps et la défaite ont condamnée.

 

Que faire de cet héritage encombrant, accablant ? S’en détourner, le cacher ou l’affronter au grand jour ? Tout homme possède deux héritages, un bon et un mauvais, déclare Cercas sur France-Culture. Que fait-il de ce dernier ? Javier Cercas tournait autour de ce dilemme avec ses romans précédents, Les Soldats de Salamine, Anatomie d’un instant, L’Imposteur… Au chapitre 3, David Trueba, l’ami réalisateur  de Cercas, qui a adapté au cinéma Les Soldats de Salamine, lui dit : « Tu as inventé un héros républicain pour cacher que le héros de ta famille était franquiste » et encore : « Tu as caché une réalité moche derrière une jolie fiction. » (Mais les choses ne sont pas si simples puisqu’on apprendra par ailleurs que le grand-père de Cercas, Paco, fervent phalangiste, avait toujours tu qu’il avait sauvé un républicain de la mort.) On notera que, dès la troisième phrase, parlant de son oncle, Cercas induit une forme de doute sur la personnalité de son oncle que l’enquête va s’attacher à résoudre : « C’était un franquiste fervent, ou du moins un fervent phalangiste, ou du moins l’avait-il été au début de la guerre […]  Toute l’histoire de Manuel Mena se cache dans l’écart entre la première et la troisième proposition ; ce qui s’est passé pendant ses deux années sous l’uniforme franquiste, objet de l’enquête menée par Javier Cercas, et qui comblera le blanc que suggère ce « du moins ». Cette tournure résume, peut-être, l’objectif — s’il y en a un — de cette trilogie espagnole : interroger sans cesse un pays arc-bouté sur ses certitudes. Le livre est donc marqué au sceau de la complexité, la complexité étant d’ailleurs le propre du roman. « Savoir, ne pas juger, comprendre, c’est à ça qu’on s’emploie, nous, les écrivains » lit-on page 179.

 

Cercas alignait donc des livres remarquables, œuvres d’un grand écrivain, sur l’histoire violente de son pays, avec, en lui, toujours le spectre de ce fantôme, et ce qu’il charriait d’indicible : Manuel Mena ou comment s’en débarrasser. Cercas explique que pour lui, l’homme de gauche, entendre le nom de son oncle le faisait rougir de honte. Et pourtant, ce personnage était « le point aveugle » autour duquel son œuvre ne  cessait de tourner.

Au début de ce roman sans fiction (non fiction novel), qu’il se décide à entreprendre, Cercas écrit : « Le plus curieux, même si j’ai toujours entendu parler de lui, c’est que je ne connais pas le personnage, je suis incapable de me le représenter, je ne le vois pas… » (p. 52). En 2015, alors qu’il a déjà effectué deux ou trois ans de recherches sur Manuel Mena, il écrit à la page 162 : « Pourtant je ne voyais toujours pas Manuel Mena » qui demeure « une silhouette floue et lointaine ». Dans le chapitre 15, après avoir lu les notes de la main de son oncle, il a la révélation qu’il « connaît » enfin cet oncle  légendaire : « Et alors, je le vis. » (p. 248). Le roman n’est pas affabulation, remplissage des vides, des silences, de ce que le romancier ignore par des sentiments prêtés au personnage, mais quête de la vérité et pour le narrateur qui apprend, accepte et voit enfin Manuel Mena, acceptation de ce qu’il est, de son héritage, de l’ombre comme de la lumière : « Plus tard, je me dis qu’au fond je n’avais pas honte d’eux, mais que j’avais honte d’avoir eu honte d’eux. »

Toutes les questions posées dans les premières pages trouveront leurs réponses dans le superbe dernier chapitre. « Je ne devais pas écrire sur lui » lit-on au chapitre 1, et au chapitre 15, le narrateur dit enfin à sa mère : « Je devrais peut-être écrire un livre sur Manuel Mena. » (p. 305) L’ouvrage est donc l’histoire de cette quête, racontée comme un work in progress, qui détaille toutes les étapes de ce travail de mémoire.

 

La composition de l’ouvrage est rendue particulièrement complexe par la présence de deux narrateurs. Ceci est capital pour la compréhension de ce livre en train de se faire. Italo Calvino disait : « Il y a des romans où raconter le processus d’écriture est presque une obligation morale. » C’est bien le cas ici ! Dans une interview, Cercas affirme que « la forme, c’est tout », en prenant comme exemple Madame Bovary. Cercas va trouver sa forme tardivement et comprendre qu’en parlant de sa propre histoire, de ses origines familiales à Ibahernando, il atteint à l’universel. Tolstoï le disait : « Raconte ton village, tu raconteras le monde. »

Composé de quinze chapitres d’inégale longueur, ce récit de guerre, documenté autant sur le parcours de Manuel Mena que sur la chute de la République et les affrontements entre franquistes et républicains, alterne avec celui de l'enquête, des questions qu'elle soulève ; avec l'histoire de ce livre que l'auteur espagnol a tant tardé à écrire ; avec les réflexions sur la relation Histoire-fiction, sur l'image de la guerre, des guerres, quand on y mêle ou pas politique, héroïsme et morale ; sur la mémoire, et ce que serait l'immortalité. Tout ce qui fait que Manuel Mena  n'est « pas un vainqueur même s'il avait lutté dans le camp des vainqueurs. »

Le livre présente de multiples intérêts. On notera en premier lieu la description précise de la société rurale du village d’Ibahernando, d’où sont originaires Mena et Cercas, « un village encore au Moyen Age ». Un critique écrit que ce nom, c’est comme le début d’un romancero espagnol, épique, jusque dans l’inversion du sujet, « S’en allait Hernando…». C’est aussi l’hivernage : hibernando. Il s’agit bien de sortir la vie d’un jeune homme, Manuel Mena, du long hiver de l’oubli. On y découvre les origines de la famille de l’écrivain, d’humbles agriculteurs devenus de petits notables, qui se sont pris pour des « patriciens imaginaires ». On perçoit à travers le portrait des multiples personnages comment a pu germer la Guerre d’Espagne, la volonté de changement se heurtant aux résistances conservatrices. A travers le récit des témoins que Cercas interroge, on pénètre l’horreur de cette guerre civile qui multiplia les assassinats et les exactions.

 

Avec cette œuvre, Cercas se fait aussi un prodigieux peintre de batailles. Reconstituant le bref parcours militaire de son jeune oncle, engagé dans le 1er tabor des tirailleurs d’Ifni, sa formation, retrouvant ses quelques écrits, il le suit à travers les grandes batailles auxquelles il a participé : Teruel, « une horreur de douze heures », Lérida, « une attaque démente », la poche de Biesla, « un carnage » et enfin la bataille de l’Ebre, « la plus grande bataille de l’histoire d’Espagne », où Mena trouve la mort. Les récits en sont aussi précis que terrifiants.

Passionnantes encore sont les étapes de l’enquête avec les témoignages successifs de ceux qui ont connu Mena et qui lui « redonner[ont] provisoirement vie ». La mère de Cercas, qui avait tant admiré ce jeune oncle, les camarades de classe qui l’avaient connu, les victimes de la Phalange. Chez l’un d’entre eux, Manolo Amarilla, sera proposée une explication de la tragédie. Alejandro Cercas, cousin de l’auteur, y rappelle sa jeunesse, quand il ne comprenait pas que les vieux socialistes aient pu « faire se retourner contre [eux] ceux qui, objectivement n’étaient pas supposés être contre [eux] » Leurs ennemis de classe, ce n’était pas les petits paysans mais bien les aristocrates habitant Madrid. Les petits exploitants se sont alliés avec «  les riches contre les pauvres, plus pauvres qu’eux ». Manolo poursuit en précisant qu’en fait le conflit ne résidait pas « entre riches et pauvres mais entre ceux qui pouvaient manger et ceux qui ne pouvaient pas manger », et aussi entre les partisans de l’ordre et ceux qui brûlaient les oliveraies ou intimidaient les villageois.

Alejandro explique qu’il est agacé par ceux qui disent que « ça a été une tragédie et que les deux camps avaient raison ». Pour lui, c’est faux : « C’était un coup d’Etat militaire contre une démocratie, soutenu par l’oligarchie et l’Eglise. D’accord, cette démocratie était tout sauf parfaite […] mais ça restait une démocratie ; la raison politique était donc du côté des républicains. » Il n’accepte pas non plus « l’interprétation sectaire ou religieuse ou puérile » qui veut que tous les républicains étaient des anges et tous les franquistes des monstres » (p. 198). Il explique qu’il comprend comment sa famille, celle de Javier Cercas, a pu être franquiste : ils avaient le dernier mot au village, ils aimaient l’ordre et craignaient qu’on ne terrorise les gens : « Ils sont partis à la guerre parce qu’ils ont senti que c’était leur devoir, parce que c’était pour eux la seule issue. » Mais ils n’en ont tiré aucun profit : « Les autres ont fait leur beurre, ils ont tout raflé, mais pas eux. » La tragédie ne  naît-elle pas d’une « situation d’extrême nécessité qui fait s’opposer ceux qui n’ont rien à manger et ceux qui ont de quoi manger » ? « Si eux gagnent, ils nous tuent ; si nous, on gagne, on doit les tuer. Voilà la situation impossible à laquelle les responsables du pays ont conduit ces pauvres gens. » (p. 200). Plus tard, Alejandro et Javier Cercas reconnaîtront que leur famille s’est trompée de camp : « Leur camp aurait dû être celui de la République » (p. 205). Quant à Ibahernando, où il y avait de la vie avant la guerre, le franquisme l’a transformé « en un désert ». Et Cercas de penser : « C’est ce qu’il y a de plus triste dans le destin de Manuel Mena. Non seulement il est mort pour une mauvaise cause, mais en plus il est mort en se battant pour des intérêts qui n’étaient pas les siens. Ni les siens ni ceux de sa famille. […] Il est mort pour rien. » (p. 206).

Le chapitre 15 met un terme à l’enquête et, par son lyrisme et son développement sur la vie éternelle des ancêtres, c’est un des plus beaux du livre. Le scénario de l'enquête change, se muant en une lumineuse réflexion philosophique sur l'héroïsme, la mémoire, l'héritage. Jusqu'à cette superbe scène finale où la vieille mère de l'auteur gravit un escalier poussiéreux pour découvrir l'endroit exact, à Bot, où s'est éteint son oncle des décennies plus tôt. Au cœur du texte, une question lancinante : une vie brève mais glorieuse vaut-elle mieux qu'une existence longue, heureuse, mais médiocre ? » Relisant L’Odyssée, Cercas  se rend compte qu’Ulysse est l’exact contraire d’Achille. Celui-ci est l’homme d’une mort glorieuse, au faite de sa jeunesses, beauté et courage et accède à l’immortalité ; celui-là revient chez lui pour vivre une vie longue et heureuse avec Pénélope, même si au bout du chemin, c’est la vieillesse. A la fin du chant XI de L’Odyssée, il tombe sur la scène où Ulysse lui rend visite dans l’Hadès et le félicite d’avoir été le plus grand des héros qui vainquit la mort grâce à sa belle mort. Ce à quoi Achille répond qu’il aimerait mieux être le domestique d’un paysan plutôt que de régner « parmi ces ombres consumées » (pp. 290-291). Cercas se dit que le Manuel Mena désenchanté et taciturne, qu’il découvre au terme de son enquête, aurait peut-être aussi préféré être le serf d’un serf au lieu d’être un héros mort et que « la mort seule est indéniable ». Et en guise de réponse, Cercas démontre qu'écrire est la plus belle façon de lutter contre la mort.

Les nombreuses références littéraires de l’œuvre sont un bel hommage à la littérature. Quelques livres, lus et relus par Cercas, accompagnent l’épopée de Manuel Mena. Ce ne sont pas des références, pas seulement des lectures : des éclaireurs plutôt, presque des protagonistes, au même titre que David Trueba, son ami réalisateur. L’allusion au Désert des Tartares, de Dino Buzzati, permet à Cercas de comparer Blanca Mena au lieutenant Drogo dont toute la vie se consume dans l’attente des Tartares (p. 15 et 172). La maladie et la vieillesse empêcheront le héros de Buzatti de réaliser son rêve mais, tout comme Mena, qui fut assoiffé aussi « de gloire et de batailles » (p. 123),  il comprendra que la mort est la seule réalité. C’est dans la maison où est mort Mena que Cercas pense de nouveau à Drogo : « C’était cela la véritable bataille, celle qu’il avait depuis toujours attendue sans le savoir. » Cependant, alors que Drogo est mort sans combattre, Mena « a pu donner toute sa mesure sur un champ de bataille » (p. 298).

 « Il est glorieux de mourir pour la patrie », une nouvelle de Danilo Kiš (dans le recueil Encyclopédie des morts), est quant à elle, racontée par David Trueba (pp. 136-138). On est en Europe, à une époque indéfinie, et le héros est le comte Esterházy, mort à l’âge de Mena. Ayant participé à une insurrection populaire, il est condamné à mort. Sa mère vient le voir en prison et son fils lui dit qu’il est prêt à mourir. Elle lui annonce qu’elle va demander sa grâce à l’empereur et que, si elle réussit, elle se vêtira de blanc le jour de l’exécution pour lui signifier qu’il est sauvé. Le jeune comte veut à tout prix conserver son honneur et son courage mais, le jour de l’exécution, ses forces semblent l’abandonner. Or, il se reprend et arbore l’allure noble de sa famille en voyant sa mère vêtue de blanc, croyant que le pardon va arriver. Il meurt donc avec dignité… Cercas est l’écrivain de la complexité des faits, de l’ambiguïté qu’on cherche à lever, mais surtout pas en enjolivant, en préférant la légende. C’est patent dans la lecture que Trueba fait de la nouvelle, « magnifique » par son ambiguïté ». L’auteur dit qu’il y a deux interprétations possibles. L’une est héroïque, celle des vaincus : le jeune comte est mort en homme courageux, conscient qu’il allait mourir. La seconde est l’interprétation des vainqueurs : selon celle-ci, il ne s’agit que d’une mise en scène de la mère. En fait, c’est l’attitude de la mère qui est ambiguë. On peut penser, d’une part, qu’elle veut faire croire à son fils que l’empereur l’a gracié parce qu’elle l’aime et qu’elle veut qu’il meure apaisé sans connaître l’agonie des derniers instants. D’autre part, il est possible qu’elle agisse ainsi pour qu’il soit à la hauteur de son nom et de sa lignée et ne s’effondre pas. Elle veut pour lui une kalos thanatos. Une belle mort comme celle d’Achille ou de Mena « en supposant qu’il soit un jeune homme noble et pur ». La fin de la nouvelle dit : « L’histoire est écrite par les vainqueurs » et  « Le peuple tisse les légendes. Les littérateurs affabulent. Seule la mort est indéniable. » (pp-.144-146).

Et il y a surtout ces vieilles et belles éditions de l’Iliade et de l’Odyssée, que Cercas a trouvées par hasard dans un recoin de la maison de sa mère, lors de son premier voyage avec David Trueba, sans savoir à qui elles appartenaient. Il n’a cessé de les lire pendant ses années d’enquête. C’est l’Achille glorieux, mort pour la patrie, que Cercas croyait que sa mère avait toujours voulu qu’il soit. Les allusions à la kalos thanatos ponctuent le livre : pages 21, 59, 208, pp. 290-292, et surtout dans le dernier chapitre à la page 304. On y apprendra que Blanca Mena voulait surtout que son fils ne ressemble pas à Achille mais bien plutôt à Ulysse, revenu en Ithaque vieillir auprès de Pénélope.

On trouve encore des références à d’autres écrivains. Ainsi, aux pages 48 et 49, quand Cercas explique à Trueba qu’il ne veut pas refaire le même livre, son ami lui répond que « tous les romans de Kafka sont plus ou moins pareils, ceux de Faulkner aussi ». Quant à Hannah Arendt, elle est convoquée plusieurs fois. Page 55, Trueba et Cercas reconnaissent que la philosophe a raison et que Cercas ne doit pas « se sentir coupable mais responsable ». A la fin (pp. 134 et 310), Cercas pense que prendre en charge l’histoire de Mena et celle de sa famille, c’est la seule façon de se rendre responsable des deux ».

Les écrivains ont besoin des livres pour aller vers la mémoire, vers leurs propres livres. Le Cubain Reinaldo Arenas, persécuté à La Havane, avait enterré l’Iliade dans un parc. Il la déterra avant d’être mis en prison, où elle ne quittait plus sa paillasse. C’est du moins ce qu’il écrit dans Avant la nuit.

Dans une interview, Cercas dit encore à Pierre Assouline : « La première obligation de l’écrivain, c’est de se créer une tradition littéraire, en faire une lecture intéressée, s’y inscrire et voir ce qu’il peut y faire. Le philosophe Eugenio d’Ors disait que ce qui n’est pas tradition est plagiat. Picasso dit que l’originalité, ce n’est pas ressembler à personne mais ressembler à tout le monde. Pendant mes études, j’ai beaucoup lu la littérature, le théâtre et la poésie de l’âge d’or espagnol, les Gongora, Lope de Vega, Quevedo et les autres. Cervantès les avait lus et les a transformés. Il avait également avalé Pétrarque. Je crois qu’il ne suffit pas de tuer le père : il faut dévorer les maîtres en cannibale, mais en y ajoutant de la sauce piquante. Après seulement on peut écrire ce qu’ils n’ont pas écrit, tout en sachant que sans eux on n’y serait pas arrivés. Sans les Vies imaginaires de Marcel Schwob, Borges n’aurait pas été ce qu’il fut. Il ne suffit pas de dévorer : il faut ensuite rendre hommage comme on ferait une déclaration de soumission. »

« Ma chance, c’est qu’outre Cervantès et les écrivains du post-modernisme américain (Robert Coover, Donald Bartheme) qui étaient des expérimentateurs, ma langue natale m’a permis d’avaler tous les grands latino-américains. Mais ils ont tous fait ça. L’incipit de Cent ans de solitude est une phrase qu’on trouve presque mot à mot au milieu de Pedro Paramo de Juan Rulfo que tous admirent. Une imprégnation légitime. La tête de Cervantès était saturée de littérature. La littérature relève du cannibalisme. »

Outre les références littéraires, on notera aussi les références picturales qui viennent illustrer ou contredire l’idéalisation de la guerre, présente dès l’épigraphe d’Horace. Après la visite au Tondeur, un témoin dont le père a été assassiné par les franquistes, David Trueba explique qu'on a cru longtemps que la guerre est utile pour régler les problèmes et que, si elle est terrible, elle permet de montrer son héroïsme. Même les grands artistes le croyaient. En témoigne Vélasquez avec La Reddition de Bréda « et ce beau monde si courtois, si digne dans la défaite et si magnanime dans la victoire […] Même, les chevaux ont l’air intelligent et généreux ». Avec Les Désastres de la guerre de Goya, on sait qu’on est plus près de la vérité mais cela « fait peu de temps qu’on sait ça ».  Goya peint la guerre telle qu’elle est et Vélasquez telle qu’on aimerait qu’elle soit. Et Mena était sans doute plus proche de Vélasquez que de Goya ! (p. 135-136).

Ce livre aux multiples facettes m’a passionnée. Outre le fait d’y apprendre beaucoup de choses sur la Guerre d’Espagne, j’en ai apprécié la démarche biographique et autobiographique. D’une enquête personnelle sur une mémoire familiale déshonorante, Javier Cercas nous amène à des considérations métaphysiques universelles sur l’héritage et la responsabilité. Tout à la fois ouvrage politique et réflexion morale, étude sociologique et enquête historique, c’est aussi un work in progress qui nous explique comment et pourquoi se crée un livre et c’est ainsi un superbe hommage à la littérature.

 

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7 août 2020 5 07 /08 /août /2020 16:39

 

« J’attendais un langage, un souffle, un événement qui m’auraient arraché à ce cercle désenchanté. » A la quarantaine, le narrateur de L’Ange incliné, roman de Pierre Mari (2008), professeur d’université, est à ce moment crucial de sa vie où il remet tout en question. Le monde de la faculté lui apparaît vain, rempli de compromission, d’arrivisme, de lâcheté, de petitesse. L’image du couple de ses parents est gravement altérée, sa sœur aimée Claire est reléguée dans une clinique psychiatrique  et sa relation avec Laure, une universitaire comme lui, s’essouffle.

C’est lors d’un voyage en train que cet homme désabusé va faire la rencontre d’Anna Sylvain-Graziani, qui vient d’avoir vingt-quatre ans. « Nous avons parlé tout de suite », précise le narrateur. Un grave problème technique interrompant momentanément le voyage, le rapprochement se précise : « Je sentais son souffle, son haleine à chaque mot – je sentais surtout, tandis qu’une mèche de cheveux effleurait ma joue, qu’elle improvisait avec moi, accueillante, aux aguets, les moyens de m’abandonner cette frange d’espace qui relevait intimement d’elle – et déjà je participais un peu de sa vie. » Pour lui, soudainement et irrémédiablement, « il était impensable de ne pas descendre avec elle à Sémezanges ». Et c’est ainsi que s’opère la rencontre qui bouleverse sa vie.

Disponible désormais à tout ce qui peut arriver, le narrateur va déambuler avec la jeune femme dans cette ville qu’il avait connue autrefois. Dans une petite église, il retrouvera un groupe sculpté de deux anges, découvert quand il était enfant, au sortir d’une grave maladie,  et il a envie de confier cette pensée : « Cet ange, je pense souvent à lui, comme à quelqu’un qui aurait encore des révélations à me faire. » Quant à Anna, elle évoque le souvenir d’un homme que l’apparition d’un ange avait enjoint à se mettre à peindre. Elle est aussi marquée par « une phrase un peu solennelle : « Ma jeunesse fut encadrée par ces deux anges sévères et incorruptibles », qu’elle se répète souvent, sans savoir d’où elle est extraite. Les deux amoureux s’interrogent sur l’attitude des deux anges : y aurait-il « une différence de hiérarchie entre eux » ? L’un des deux n’aurait-il pas « le secret de cette scène et pas l’autre » ? Enfin, l’ange qui s’incline n’aurait-il pas « compris quelque chose » ? C’est ici une scène emblématique qui donne son titre au roman, L’Ange incliné. Elle met aussi en relief la communion d’esprit et de cœur instantanée entre les deux personnages.

Pendant ces trois jours hors du temps, le narrateur et Anna se conforment à une inscription, à l’entrée du palais des glaces : « Ne raisonnez pas, déplacez-vous avec votre cœur, de toute façon vous atteindrez la sortie.  » En haut d’un petit escalier délabré où Anna l’a entraîné, le narrateur ne cesse de se répéter cette phrase : « Je la connais depuis hier. » Et de préciser : « Elle se refermait maintenant sur nous comme une formule. Aucune autre, dans ce petit espace éperdu qui avait tout d’une destination, n’aurait pu concentrer plus simplement, plus intensément, le trouble du temps. Hier, aujourd’hui, maintenant, elle : j’avais envie de dire ces mots tout haut, à n’en plus finir. » Mais cette parenthèse enchantée doit se terminer – Anna a un autre homme dans sa vie -  et les amants se séparent. Anna lui fait une promesse : « J’aurais tellement voulu rester avec toi. Mais je ne t’abandonne pas Je te garde. Et pas dans un recoin secret. Bien visible, que tout le monde te voie. Au beau milieu. Tu m’entends ? Au. Beau. Milieu. Avec une majuscule à chaque mot. »

Ensuite, le narrateur et Anna se reverront par intermittence, mais toujours avec la même intensité. Entre messages écrits et échanges téléphoniques, il n’y aura plus que « ce délire d’attente », comblé par les rencontres de quelques jours. Ce quatrain, inscrit au fronton d’une maison et recopié par Anna, pourrait synthétiser la magie de ce qu’ils vivent et qui sera toujours entre parenthèses :

Quand nous sommes ensemble

Je vois se refermer sur nous

Les grandes portes d’un rêve

Où la vie n’aurait encore rien écrit       

Si les premiers chapitres de ce roman, racontant les démêlés du narrateur avec ses collègues universitaires, m’ont un peu ennuyée, j’ai beaucoup aimé les quatre suivants. Pierre Mari fait évoluer ses deux personnages dans un univers de montagne, en Engadine je crois, à l’unisson des deux amants. Ainsi, Anna dira : « Décidément Maloja est le plus beau nom de ce voyage – c’est un voyage à lui tout seul. […] J’ai envie de vivre Maloja comme un souvenir. » Le narrateur et Anna sont aussi très sensibles à la beauté des lieux où ils se promènent et qui, d’une certaine manière, les renvoie à leur amour. Je pense notamment à ce Passage des Mondes, le bien nommé, où ils se donnent rendez-vous.

Le personnage d’Anna est très attachant et éminemment poétique. Elle a le don de prononcer des phrases surprenantes et inventives et son regard sur les choses n’est jamais banal. Ainsi, lors de leur première rencontre : « Tu n’aurais pas eu envie de photographier notre train ? » Ou bien, quand le narrateur lui déclare : « Aide-moi à continuer s’il te plaît », elle répond : « Ferme les yeux, oublie que je suis là. Pense que tu m’écris une lettre. » Evoquant l’arc électrique qui a retardé leur train, elle explique : « Je ne savais pas ce que c’était, un arc électrique, je n’avais jamais entendu cette expression. Je suis un peu ignare. […] Quand tu m’as raccompagnée, que je suis rentrée chez moi, j’ai tout de suite regardé « arc électrique » dans le dictionnaire. J’ai relu plusieurs fois la définition. Ce matin encore, en me levant. Et tout à l’heure aussi. C’est mon poème avec toi. » Ou encore : « Je te remercie d’exister, de veiller sur moi. De me raconter ma vie. C’est comme si tes mots me réalisaient. Je viens de décider : « j’aurai vingt-quatre ans pour toujours. Et je danse. Tu danses avec moi ? » Avec elle, et à jamais pour le narrateur, la vie devient surprise.

Si Anna exprime son amour de manière souvent métaphorique ou détournée, le narrateur le fait avec un lyrisme, très émouvant. On peut lire : « Je ne voyais plus comment j’allais m’arracher à elle » ou bien : « Avec toi, j’invente des choses qui me font découvrir que j’avais des pensées. » Déchiré entre égarement, angoisse et amour, le narrateur s’adresse passionnément à la femme aimée : « Anna, être séparé de toi, entendre ta voix sans pouvoir te toucher, ce n’est pas possible, c’est insensé. J’aspire tellement à toi. A marcher, à parler, à te voir rêver chaque rue de ta ville. A savourer avec toi une immense étendue de temps. Et que personne ne s’en mêle, que rien ne vienne en travers. Juste nous deux – nous deux renouvelés à chaque instant, comme dans le train, nous deux à profusion. Livrés au génie bienveillant. » Anna devient l’unique.

Au terme de cette histoire, si les amants se séparent, une étincelle a surgi dans l’existence du narrateur, qui lui permet de « continuer ». Grâce à la rencontre avec Anna, il peut dire, après sa démission de l’université : « Au fond, tu sais, tout est très simple. Je n’étais pas dans mon chemin. Je suis parti. Et j’ai envie de continuer. » Avec elle, il a découvert tout de ce que l’amour offre « de libre, d’imprévu et d’inépuisable » : ce sont les termes qui concluent le roman.

En lisant ce livre, j’ai souvent pensé à L’Amour fou d’André Breton, qui est le récit fragmenté de sa rencontre avec celle qui deviendra sa femme. N’y lit-on pas, à l’adresse de sa propre fille : « Je vous souhaite d’être follement aimée » ? C’est bien cette « communication des cœurs », chère à l’auteur de Nadja, que l’on retrouve dans L’Ange incliné. A la différence que ce roman n’exalte pas l’amour charnel, ainsi que le fait Breton. Mais comme chez le surréaliste, le roman de Pierre Mari fait aussi la part belle à l’inattendu : « La surprise doit être recherchée pour elle-même, inconditionnellement. » Et c'est ce qu'Anna propose sans cesse au narrateur qui se reprend à vivre.

J’ai aimé ce roman, dont le commentaire pourrait être cette phrase de L’Amour fou : « Je te réinventerai pour moi comme j'ai le désir de voir se recréer perpétuellement la poésie et la vie. »

 

 

 

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3 août 2020 1 03 /08 /août /2020 13:24

Philémon et Baucis, Antoine Bourdelle, Aquarelle, 1919

Le mardi 17 mars 2015, j’avais regardé une émission de la série Couples, de Thierry Demaizières et Alban Teurlai. Le philosophe Pascal Bruckner y avait rappelé l’expression magnifique de Milan Kundera, selon laquelle des amants fidèles éprouvent l’un pour l’autre au fil du temps une « compassion éblouie ».

Actuellement, je lis le petit ouvrage de François Cheng, Œil ouvert et cœur battant (2016), où l’écrivain poète se demande comment envisager la beauté au cœur du mystère du mal, inhérent à notre monde. Il réfléchit, entre autres, sur le rôle de la pitié qui, selon lui, « nous fait voir les conditions réelles de la beauté, et par là, tout le prix de ce don inouï ». De plus, ajoute-t-il, ce sentiment possède « la capacité paradoxale de replacer les instants de beauté dans la durée : par sa juste compréhension des choses qui reconnaît les possibles faiblesses ou failles, elle nous prémunit contre d’éventuelles déceptions futures qui pourraient venir ternir ces instants uniques ».

A cette occasion, lui revient en mémoire une phrase de Jacques de Bourbon-Busset, « le chantre de l’amour durable » : « Point de vraie passion sans compassion », affirme l’auteur de L'Amour durable (1969). Ainsi, comme Milan Kundera, il pense que « la compassion assure à la passion sa durée ». A la veille de célébrer mes noces d’or, cette pensée est pour moi particulièrement lumineuse.

Lien vers mon autre billet : http://ex-libris.over-blog.com/2015/03/l-amour-fidele-ou-la-compassion-eblouie-milan-kundera.html

 

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3 août 2020 1 03 /08 /août /2020 12:36

Soleil couchant à Kerminihy (Photo ex-libris.over-blog.com)

soleil moribond

métal en fusion

une mer étale

aux couleurs d’opale

sur la dune grise

le jour agonise

Le 30 juillet 2020, sur la dune de Kerminihy

 

Soleil couchant à Kerminihy (Photo ex-libris.over-blog.com)

Lien vers mon autre poème sur le soleil couchant au même endroit  : http://ex-libris.over-blog.com/article-au-couchant-80555670.html

 

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30 juillet 2020 4 30 /07 /juillet /2020 12:47

Sur la plage vers le soir (Photo ex-libris.over-blog.com, le 27 juillet 2020)

 

Soleil chauffé à blanc

Ecume de nuages

Ciel en déguisement

De plomb est la plage

Sur la plage entre Kérouriec et la Roche sèche,

vers le soir

 

 

 

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24 juillet 2020 5 24 /07 /juillet /2020 10:31

Buse sur un fil électrique (Photo ex-libris.over-blog.com)

Au soleil matinal

Petite buse brune

En vigie vigilante

Guetteuse de mulots

A plongé sur nos têtes

En un piqué sauvage

Pour s’envoler busée *

Sur son fil électrique

Comme un trait sur le ciel

 

Sur la route entre Kerguevin et Kergavat,

mercredi 23 juillet 2020

 

* buser : échouer (belgicisme)

 

 

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18 juillet 2020 6 18 /07 /juillet /2020 13:09

 

Dans les herbes hautes

Marcher dans le vert

Aller vers l’étang

Ouvrir les roseaux

 

Blancs au loin les cygnes

Sereins sur l’eau plate

Mouvements ailés

Des gris cormorans

 

Et soudain

Surprise

Tel un météore

Le tressaillant saut

D’un poisson tout noir !

 

Mercredi 15 juillet 2020,

à l’étang de Kéravéon

Etang de Kéravéon (Photo ex-libris.over-blog.com)

 

 

 

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17 juin 2020 3 17 /06 /juin /2020 16:24

 

Un ramier amoureux voulut faire son nid

Sur une cheminée d’une maison bretonne.

Tout en persévérance et petit à petit,

Dans le fût du foyer il fit une colonne.

 

 

Pour ses œufs à venir il créa un chef-d’œuvre,

Tout en paille et en plume, en brindille, en crottin.

Tant il fut ingénieux avec cette manœuvre

Qu’il s’enorgueillissait d’être un Armoricain.

 

Le maître de céans regagnant ses pénates,

Un beau soir de juin, s’en vint pour faire un feu.

Hélas ! La sanction s’en trouva immédiate,

Le lieu en peu de temps devint gris et fumeux.

 

 

Notre homme s’en étonne : en scrutant  le conduit,

Il découvre bientôt ramures et brindilles.

Il crie, il récrimine contre l’ennui produit

Et contre le ramier, son nid et sa famille.

 

 

Il s’en va faire appel à un homme de l’art,

Spécialiste en toiture et en grand ramonage.

Usant de hérissons et de cannes bizarres,

Le couvreur détruisit nid et échafaudage.

 

L’écolo me dira que c’est un grand péché

D’avoir ainsi ôté l’asile au volatile ;

Mais l’oiseau ingénieur aura vite trouvé

Un bel arbre accueillant pour nouveau domicile.

 

Moralité

Quand la cheminée de bois se remplit,

Croyons-en ce que le proverbe dit :

« Petit à petit, l’oiseau fait son nid ».

 

Fable librement inspirée par la présence, sur toute la hauteur de notre cheminée, de plumes et de brindilles, apportées par un couple de pigeons squatters.

A Kergavat, mercredi 17 juin 2020

 

Photo ex-libris.over-blog.com

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12 juin 2020 5 12 /06 /juin /2020 20:55

Pie et son oisillon (DPR/AFP Archives Sebastian Kahnert)

Un bataillon de Pies régnait sur un quartier,

Réveillant de ses cris les rues du voisinage ;

L’Ajasse  avait fierté d’ainsi s’égosiller

Et se souciait bien peu de causer du dommage.

 

Le soir, elles s’en venaient, jacassantes, bavardes,

En reines  des jardins sans aucune vergogne :

C’était conciliabules, causeries piaillardes,

Si l’on récriminait, elles criaient Qui Qu’en grogne !

 

Ces fières demoiselles, vêtues de noir et blanc,

D’un éden sévrien se croyant les maîtresses,

Virent d’un mauvais œil un Lapin nonchalant

Dessus leur territoire, insulte manifeste !

 

Quand le pauvre Animal se promenait tranquille,

Elles fondaient sur lui en un vol en festons ;

De leur becs acérés usant comme d’aiguilles,

En harpies irritées elles piquaient le Piéton.

 

Le Tête-de-Lion n’avait d’autre recours

De se carapater jusque dans le garage

Qu’on lui avait donné comme issue de secours ;

Il était terrifié par cet assaut sauvage.

 

Il fallut attendre un quidam en colère

Qui, de sa carabine, en une volée de plombs,

Secourut à propos le roux bouc-émissaire,

Qui échappa ainsi à la loi du talion.

 

Moralité

 

Méfiez-vous de la pie,

Bavarde,

Si vous n’y prenez garde,

De son bec elle brocarde

Et vous met en charpie.

 

Fable librement inspirée par la présence de pies agressives et d’un lapin-nain dans le jardin de mes petits-enfants.

 

Le 12 juin 2020

 

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Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

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Nageurs morts suivrons-nous d'ahan

Ton cours vers d'autres nébuleuses

 

La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

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