Un blog pour lire, pour écrire, pour découvrir et s'étonner. "La Vie a plus de talent que nous" disait Nabokov.
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Dans notre groupe de lecture, nous avons eu la présentation par une amie hispanophone de Pedro Páramo, de l’auteur mexicain Juan Rulfo (1917-1986). Né à Pulco, à six ans, il perd son père qui est assassiné et sa mère en 1927. C’est en effet l’époque de la guerre des Cristeros qui fit nombre de victimes. La révolution mexicaine (1910-1917) s’était poursuivie pas une guerre civile. Le clergé se révolte contre les anticléricaux et la frustration des paysans contre les caciques se manifeste avec force. Ces événements tragiques, l’anéantissement de sa famille, ont bouleversé Rulfo et il transposera son expérience dans le village de Comala, décor de Pedro Páramo, mais sans jamais juger. Il passe donc son enfance dans un orphelinat de Guadalajara. Parti pour México, il collabore à des revues, s’intéresse à l’archéologie, à l’anthropologie et voyage. En 1941, il est agent de l’immigration et il rencontre le cinéaste Armando Arriola. Il devient un excellent photographe et publie, en 1953, un recueil de nouvelles, Ilano en Ilamas, qui raconte la vie des paysans de la région de Jalisco dans une nature aride et hostile.
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En 1955, il publie ce qui sera son unique roman, Pedro Páramo, qui évoque la confusion entre le monde des morts et celui des vivants. Il devient alors un véritable mythe littéraire. Selon Borgès, « Páramo est un des meilleurs romans des littératures de langue hispanique, et même de la littérature. » L’essayiste américaine, Susan Sontag, en fait l’éloge comme un des livres les plus influents. Alvaro Mutis aurait dit au jeune Garcia Marquez: « Tenez, lisez-le pour apprendre. » Tahar Ben Jelloun quant à lui, considère « Pedro Páramo (comme) un livre "amulette". Une espèce d'objet magique, car Juan Rulfo a tout dit en si peu de pages. Je me suis trouvé très rarement face à une telle densité. » Quant à Carlos Fuentes il écrit : « L’œuvre de Juan Rulfo n’est pas seulement la plus haute expression à laquelle soit parvenu, jusqu’à maintenant, le roman mexicain : à travers Pedro Páramo, nous pouvons trouver le fil qui nous conduit au nouveau roman latino-américain. »
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Juan Rulfo publiera encore une nouvelle, Le Coq d'or, à laquelle on pourrait ajouter encore quelques textes écrits pour le cinéma. Curieusement, ces œuvres n’auront aucune suite. Juan Rulfo travaille alors pour la télévision et finit sa carrière comme directeur éditorial de l’Instituto Indigenista de México. Il meurt d’un cancer du poumon en 1986.
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On le considère comme l’initiateur du « réalisme magique » qui marque la fin du roman révolutionnaire. C’est une appellation introduite en 1925 par le critique d'art allemand Franz Roh pour rendre compte en peinture d'éléments perçus et décrétés comme « magiques », « surnaturels » et «irrationnels» surgissant dans un environnement défini comme « réaliste », à savoir un cadre historique, géographique, ethnique, social ou culturel avéré. Ainsi la réalité reconnaissable ou l'univers familier deviennent le lieu naturel et non problématisé de manifestations paranormales et oniriques. C'est le Vénézuélien Arturo Uslar Pietri qui réintroduit ce terme dans un article du journal El Nacional de 1948. Rulfo est alors considéré comme étant à l’origine d’une nouveauté narrative telle que la pratiquera Faulkner. C’est une manière de décrire la réalité comme si elle était magique et le mélange des mondes qu’on y découvre s’oppose bien sûr au réalisme. Le symbolisme s’y mêle aux éléments réels. Angoisse, agonie, mort, y sont des thèmes privilégiés, de même que le temps qui n’est qu’une illusion.
Dans Le Monde mexicain, Jean-Marie Le Clézio, qui a longtemps vécu au Mexique, s’est interrogé sur les concepts magiques et mythologiques du monde indigène. Et Christophe Colomb dans ses lettres avait déjà fait de même. Dans Les Prophéties du Chilam Balam, Le Clézio indique que la victoire de l'envahisseur n'a pas réussi à supprimer l'esprit magique des vieux textes sacrés. Pour l’homme maya, il n’existe ni passé ni avenir et, chez les Amérindiens, on trouve aussi le thème de la descente aux Enfers avec le retour aux ancêtres. Les croyances des différentes ethnies, maya, aztèque, olmèque, et le métissage (Européens, Africains, indigènes), ont donc nourri le réalisme magique. Selon elles, les mythes expriment la vie et les Mexicains ont une cohabitation familière avec les morts. On sait combien ils fêtent le Jour des Morts, qui est « comme un frisson sacré ».
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Le résumé du roman est le suivant : Juan Preciado promet à sa mère sur son lit de mort qu'il ira à Comala réclamer à son père Pedro Páramo ce qui lui revient. Sur le chemin de Comala, il rencontre Abundio, un muletier, qui lui révèle être lui aussi un fils de Pedro Páramo, ce qui déconcerte le personnage principal. Juan découvre un village désert à l'atmosphère sinistre. Par la suite, Juan Preciado fera de nombreuses rencontres qui lui apprendront aussi de multiples choses sur son père. Le roman raconte également l'histoire de Pedro Páramo, sous forme fragmentaire et sans suivre l'ordre chronologique, ce qui ne facilite pas la lecture car il faut toujours identifier qui parle. Le récit est divisé en séquences brèves, séparées par des blancs. Sa construction non chronologique, non linéaire, nous fait ainsi passer d'un dialogue à un monologue intérieur, de la première à la troisième personne, d'un narrateur à un autre, ce qui explique qu'on ait pu proposer une version théâtrale du roman. A première vue, deux époques s’entrecroisent : le présent de la quête de Juan Preciado et le passé qui surgit pour nous laisser entrevoir la vie et les agissements de son père, Pedro Páramo. Mais la construction de l’œuvre se révèle bien plus complexe, et nécessite, selon les dires de l’auteur la « coopération » du lecteur. Le récit n’avance pas de manière linéaire, les différentes temporalités ne s’entrecroisent pas seulement, elles communiquent, se répondent, les morts et les vivants dialoguent.
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Revenons au titre du roman de Juan Rulfo, Pedro Páramo. Pedro renvoie à la pierre et Páramo, c’est le désert, le lieu stérile : « Qu’est-ce qui est arrivé à ce village ; il a l’air aussi désert que s’il était abandonné. On dirait que personne n’y habite. » (P. 15) Ce village, c’est Comala qui est en fait Macondo. La chaleur y est insupportable et Juan Preciado y entre comme s’il descendait aux Enfers. Le paysage immense que lui montre le bourriquier, qui s’avérera être son frère Abundio, est la Media Luna, possession de Pedro Páramo, le cacique du village. La Media Luna connote la lune et la mort, cet astre froid, qui se lève la nuit. Pedro Páramo est aussi une critique du caciquisme incarné par le personnage éponyme, dont le nom renvoie à la dureté. Le père du héros ne fait qu'apporter la mort autour de lui et dans le village de Comala.
Nous avons évoqué la structure complexe du roman, dont Juan Preciado est le narrateur jusqu’à sa mort au fragment 36. Ensuite jusqu’à la fin, c’est l’histoire de Comala avant la venue de Preciado et l’abandon du village par ses habitants. Ce que découvre Preciado à son arrivée, c’est ce qu’était Comala avant qu’il ne s’y rende. C’est un endroit réel, peuplé de fantômes irréels. Enfermé avec Dorotea dans la tombe, Preciado écoute l’histoire du village qu’elle lui raconte.
Si Preciado s’est rendu à Comala, c’est sur le souhait de sa mère Dolorès/Doloritas qui, au moment de sa mort, a gardé la nostalgie de sa jeunesse dans ce village. Elle lui dit : « Là-bas, tu m’entendras mieux. Je serai plus près de toi. Tu trouveras la voix de mes souvenirs plus proche que celle de ma mort, si la mort a jamais eu une voix. » Et son fils commente : « Ma mère… la vivante. »
Celle-ci a gardé un souvenir idyllique du village et de son amie Susana avec qui elle jouait au cerf-volant. « … Etendues vertes. Voir monter et descendre l’horizon avec le vent qui courbe les épis, la risée su soir avec une pluie de triple friselis. La couleur de la terre, l’odeur de la luzerne et du pain. Un village qui sent le miel répandu… »
Si Preciado réentend les paroles de sa mère, il découvre un lieu qui ressemble à l’enfer. Y règnent la chaleur, le feu, l’abandon. Ses sens le trompent-ils ? Il se parle à lui-même et s’adresse à sa mère : « Tu t’es trompée d’adresse. Tu m’as donné une fausse indication. Tu m’as envoyé là où nul ne trouve son chemin. Dans un village abandonné. Pour chercher quelqu’un qui n’est plus. » Il met donc un certain temps à réaliser mais prend conscience qu’il est dans un lieu sans vie. Le bourriquier lui ayant indiqué où se loger, il fait la connaissance de Doña Eduviges Dyada qui lui apprend qu’Abundio est son frère. Le bourriquier lui-même le lui avait dit : « Moi aussi je suis un fils de Pedro Páramo. » Preciado met du temps à comprendre ; même quand les morts viennent frapper à la porte, il demeure dans le doute, alors qu’il a pénétré dans un infra-monde.
Traversant le village avec Damiana Cisneros, celle-ci lui dit : « Ce village est plein d’échos. Ils semblent avoir été reclus au creux des murs ou sous les pierres. Quand on marche, on a l’impression qu’ils vous emboîtent le pas. On entend des craquements. Des rires. Des rires très anciens comme lassés de rire. Des voix usées d’avoir trop servi. On entend tout ça. Je crois qu’un jour viendra où ces bruits s’éteindront. » Puis Damiana va disparaître et l’appel de Preciado sera répercuté par l’écho : « … ana… neros… ! … ana… neros ! »
Page 87, c’est la mort de Preciado. Dans un temps figé, il se rend compte qu’il est couché sous la terre à côté « du corps d’une femme, fait de terre, enveloppé de croûtes de terre tomb[ant] en morceaux ». Dans une atmosphère absente de tout air, c’est « la canicule d’août » dans « une nuit lourde et calme, toute chaude ». Preciado meurt par asphyxie : « Il n’y avait pas d’air. J’ai dû boire celui qui sortait de ma bouche en l’arrêtant de mes mains avant qu’il ne s’échappe. Je le sentais aller et venir, de plus en olus imperceptible, jusqu’au moment où il est devenu si ténu qu’il m’a glissé entre les doigts à jamais. Je dis bien à jamais. Je me rappelle avoir vu des sortes de nuages écumeux tourbillonner au-dessus de ma tête, puis me tremper dans leur bouillonnement et me perdre dans leurs sombres vapeurs. C’est la dernière chose que j’ai vue. » Il dira un peu plus tard : « Ce sont les murmures qui m’ont tué. » Page 72, il avait déjà dit : « J’entendais de temps à autre résonner quelques paroles, et la différence s’imposait : celles qui m’avaient jusqu’alors été adressées, ici, je l’ai alors compris, étaient dépourvues de toute sonorité, ne se faisaient pas entendre mais sentir, aussi muettes que les propos tenus en rêve. » Preciado verra le fantôme du père de Suzana, entendra Bartolome qu’il ne voit jamais.
Page 99, on découvre une conception post mortem de l’auteur qui s’apparente au purgatoire chrétien. Après la mort, le défunt vit dans un état provisoire qui le condamne à errer sur la terre. C’est le cas de Dorotea, persuadée de n’avoir aucune chance d’être sauvée car elle servait d’entremetteuse pour Pedro Páramo, le cacique. En fait, morts et vivants cohabitent : « Il y a encore des gens qui restent. […] Le fait est qu’ils vivent cloîtrés chez eux. Je ne sais pas ce qu’ils peuvent faire de leurs jours, mais leurs nuits, ils les passent entre quatre murs. Ici, ces heures-là sont pleines d’effroi. Si vous voyiez toutes les âmes qui vaguent dans les rues ! Elles sortent à la tombée de la nuit. Personne n’aime les voir. Elles sont si abondantes, et nous si peu nombreux, qu’on a même renoncé à prier pour leur repos éternel. » Ainsi morts et vivants semblent vivre dans la normalité.
Dans la littérature, la quête du père est un thème banal. Mais il est ici traité d’une manière originale. C’est à cause de la promesse faite à sa mère que Preciado part à la recherche de son géniteur mais aussi de sa propre identité : « Et je lui ai promis d’aller le voir quand elle serait morte. » Or, son père est mort depuis longtemps lorsqu’il arrive à Comala et cette quête, qui n’a été qu’un rêve illusoire, se solde par un échec. Ce personnage peut être considéré comme le symbole du peuple mexicain qui a vécu le chaos. Selon Carlos Fuentes, il représente la frustration d’un peuple devant l’échec de la Révolution.
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Pedro Páramo représente le système féodal dont les grands propriétaires règnent sur des latifundia de milliers d’hectares sur lesquelles ils ne vivent pas. Les peones, à leur service, sont souvent endettés auprès des caciques. Ceux-ci assurent leur autorité par la corruption, l’annexion des terres, en un mot la violence. Fulgor, qui fut le contremaître du père de Pedro Páramo, déteste son maître. Et Preciado apprend comment le cacique s’est emparé de la propriété d’Enmedio, terres de sa mère, doña Dolores. Il dit à son émissaire Fulgor : « Tu diras à Lola bien des choses de ma part et que je l’aime. C’est le plus important. C’est vrai, Sedano, je l’aime. Pour son argent, tu saisis ? Tu t’occuperas de ça demain à la première heure. » Chassée ensuite du domaine, Dolores s’enfuira avec son fils Preciado. C’est pour cela qu’elle lui a dit au début de son aventure : « Surtout, ne lui réclame rien. N’exige que notre dû. Ce qu’il me devait et ne m’a jamais donné… L’oubli dans lequel il nous a laissés, fais-le-lui payer cher, mon enfant. »
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Pedro Páramo a eu plusieurs fils ; on connaît déjà Abundio, qui finira par tuer son père. A la fin du roman, il est ivre et vient demander à son père « un petit secours pour enterrer [sa] morte, « sa petite Cuca ». Son geste meurtrier est elliptique à cause des cris assourdissants de Damiana, la servante. Les hommes du cacique « ont désarmé Abundio, qui tenait encore son couteau plein de sang ». Pedro Páramo verra venir sa mort. « Après avoir fait quelques pas, il est tombé, une supplication tout au fond de lui-même, mais sans dire un mot. Il a heurté la terre d’un coup sec et s’est écroulé comme un tas de pierres. » Ces pierres qui étaient aussi dures que son cœur.
Miguel, le fils le plus aimé, qui vivait dans l’abjection et la transgression, mourra d’une chute de cheval. Le cacique connaîtra aussi la mort de Susana San Juan, la seule femme qu’il n’ait jamais vraiment aimée. Après un premier mariage, cet amour de jeunesse, prisonnière de sa folie (elle restera toujours amoureuse de Florencio), lui demeurera à jamais inaccessible. Après sa mort et l’enterrement qui se transforme au son assourdissant des cloches en fête populaire, Don Pedro jure de se venger : « Don Pedro ne disait mot, ne sortait pas de sa chambre. Il a juré de se venger de Comala. « Je vais croiser les bras et Comala mourra de faim. » C’est ce qu’il a fait. »
Le père Renteria est le représentant de l’Eglise mais il est tout sauf un modèle de foi. Il refuse d’abord sa bénédiction à Miguel, le fils de Pedro Páramo qui a violé sa nièce Ana. Le cacique s’efforce de le convaincre : « Je sais que vous le détestiez, mon père, et avec raison. L’assassinat de votre frère, que mon fils a commis, si l’on en croit les rumeurs ; le viol de votre nièce Ana, que vous lui attribuez ; les offenses et le manque de respect dont il a pu se rendre coupable à l’occasion, voilà des griefs que n’importe qui peut admettre. Mais il faut maintenant les oublier, mon père. Prenez-le en considération et pardonnez-lui comme Dieu lui a peut-être pardonné. » Le prêtre fera la bénédiction et Pedro Páramo lui donnera « une poignée de pièces d’or ». En revanche, alors que la sœur d’Eduviges, Marìa Dyada qui est pauvre, lui demande de la « sauver », il refuse car elle s’est suicidée. Il lui demande seulement de prier beaucoup tout en ajoutant : « Peut-être, il se pourrait qu’avec des messes hautes… mais il nous faudrait, pour ça, demander de l’aide, faire venir diacres et sous-diacres, et ça coûte de l’argent. » Avec lui, tout se résout avec de l’argent. Il est par ailleurs totalement dépendant du cacique et l’on observe qu’il est le seul personnage qui ne meurt pas. Le roman est ainsi une critique sociale qui dénonce l’union du temporel et du spirituel.
La Révolution s’invite aussi dans le roman lorsqu’une vingtaine d’homme armés arrivent chez Pedro Páramo. A celui-ci qui leur demande ce qu’il peut faire pour eux, l’un des hommes explique pourquoi ils ont pris les armes : « On s’est rebellés contre le gouvernement et contre vous parce qu’on en a assez de vous supporter. Le gouvernement parce qu’il est ignoble, et vous parce que vous n’êtes que des bandits, de gros voleurs sournois. Je ne parle même pas de monsieur le gouverneur, à qui nous dirons ce que nous avons à dire à coups de fusil. » Un autre guerillero affirme qu’il « faut se mettre un riche dans la poche si on veut se faire épauler ». Pedro Páramo donnera en cadeau « cent mille pesos » aux révolutionnaires et leur prêtera « encore trois cents hommes pour augmenter [leur] contingent ». Son attitude paraît bien ici dictée par la peur.
Le roman est très pessimiste. Pour aucun des personnages il n’existe de salut et leur frustration et leur solitude sont absolues. Quant aux paysans, ils ne bénéficieront pas de la réforme agraire et il est clair que la biographie de Rulfo a pu constituer la trame du roman.
On admire cette œuvre car la technique romanesque y est innovante. On a vu que tous les personnages interviennent pour reconstituer l’histoire de Comala. On lit ce roman comme un puzzle : soit on le reconstitue soit on reste dans le flou. L’espace aussi est imprécis mais ces imprécisions sont significatives. Sommes-nous dans les bouches de l’Enfer, dans un vrai village, dans le monde de la mort ? Les sens des personnages sont trompeurs et Preciado ne peut s’y fier. Tous ces éléments contribuent à créer un univers angoissant auquel toute tentative d’explication rationnelle est vouée à l’échec. Maria Vargas Llhosa considère que l’auteur donne une vision bien sombre de la réalité mexicaine. La poésie, cependant n’en est pas absente. Ainsi les passages en italique évoquent le Comala idyllique d’avant, celui dont Dolores se souvient. Il y a aussi de belles descriptions de la lune, des étoiles et du monde divin. Ces passages sont comme un souffle bienvenu qui permet d’échapper à ce monde des morts. L’ouvrage peut aussi poser la question de savoir si la mort est un anéantissement ou une initiation. Enfin, bien loin d’être un roman « rural » et « paysan » comme on l’a considéré au début, Pedro Páramo est devenu un grand roman « mexicain » (il fait entendre la voix profonde du Mexique) puis « latino-américain » et plus généralement l’une des plus grandes œuvres du XXème siècle.
Sources :
Mes notes du compte-rendu de mon amie
Wikipédia