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18 septembre 2012 2 18 /09 /septembre /2012 08:30

 

 Ahrakas_and_Oghani-cynocephales-muse-d-ar-copte-le-Caire.gif

Icône d'Arhakas et Oghani, figures cynocéphales

Musée d'art copte, Le Caire

 

Taire le mystère

Dire son secret à la terre

Salutaire secrétaire

 

Ce que fit le roi Marc

Aux oreilles de cheval

 

Textoésie envoyé le mardi 18 septembre 2012,  à 09h 28,

En écho au textoésie de Suzâme, reçu le dimanche 16 septembre 2012 à 10h 17 link

 

 

 

 

 

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17 septembre 2012 1 17 /09 /septembre /2012 12:06

Les poétiques 6

Didier Sandre lors de la lecture de textes des éditions La Dragonne

(Photo ex-libris.over-blog.com)

Les 7, 8 et 9 septembre 2012, les amoureux de la poésie s’étaient de nouveau donné rendez-vous à Saumur, au jardin des Plantes, pour la 6ème édition des Poétiques. Accompagnée de ses deux guitaristes, Grégory Natale et Eric Rathé, l’artiste pluridisciplinaire québécoise Sylvie Laliberté a ouvert le festival avec ses chansons faussement naïves, tristes et pas tristes, sur l’amour et le monde actuel.

Les rencontres de l’année dernière avaient été consacrées aux éditions Zulma ; cette année, c’était les éditions La Dragonne, créées en 1998, qui étaient à l’honneur. D'autres éditeurs étaient aussi présents : Potentille, Approches, Entre deux, Les Ateliers Rougier, La revue Ficelle, Dernier Télégramme, Les Prestigieux Etablissements Frichtre, la Médiathèque de Saumur et bien sûr la librairie indépendante Le Livre à Venir animée par Patrick Cahuzac.


Les-poetiques-10.JPG

Le stand de la librairie indépendante Le Livre à Venir à Saumur

(Photo ex-libris.over-blog.com)

Le samedi 8, leur créateur, Olivier Brun, est venu évoquer la variété d’un catalogue, où se côtoient Philippe Claudel, Bernard Noël ou Florent Kieffer. La demi-douzaine de collections de la maison  propose romans, récits, poèmes, plus ponctuellement des livres d’artistes. Souhaitant une proximité avec ses lecteurs, La Dragonne « s’attache, de manière artisanale, à faire découvrir- ou redécouvrir- des livres qui savent prendre leur temps ». « Chaque livre, réalisé avec soin, se voudrait le prolongement d’une aventure humaine autant que littéraire ».

Les poétiques 3

L'Ecole de Musique de Saumur au jardin des Plantes

Ce même samedi, on pouvait aussi assister à une lecture-rencontre avec la peintre et poète, Caroline Sagot-Duvauroux. Elle était accompagnée de Cathie Barreau, écrivain et responsable de la Maison Julien-Gracq à Saint-Florent-le-Vieil. Née en 1952, elle vit à Crest dans la Drôme où elle s’occupe d’un marché annuel de petits éditeurs. Depuis 2002, elle publie chez José Corti. Selon Antoine Emaz, c’est « l’énergie, la pulsion de langue, le continuel en avant de parole, le goût de la matière verbale », qui caractérisent son écriture. Une « écriture de l’élan », qui se collette avec les mots et leur redonne vie. « Je dissone. Vous ignorez qu’outre mesure un chant bat… » 

Cette première journée s’est achevée avec une lecture dansée, proposée par le poète Antoine Mouton (publié à La Dragonne) et la danseuse et chorégraphe Carole Bonneau, qui enseigne au CNDC d’Angers. Intitulé Un qui s’en va, un qui reste, le spectacle met en scène « des objets usuels, des sensations où les mots sont reliés entre eux par le mouvement et sollicités de manière inhabituelle ».

les poétiques 2

Bibliothèque d'Urcée, une série gravures au carborundum, de Gérard Titus-Carmel

(Photo ex-libris.over-blog.com)

Le dimanche 9 septembre au matin avait lieu un atelier, animé par Pierre Bodériou, artiste et enseignant à l’Ecole d’Art. Il a permis à une huitaine de participants de se sensibiliser à la technique et à l’art de la gravure. Celle-ci était par ailleurs superbement représentée par une exposition d’œuvres originales de Gérard Titus-Carmel (peintre, dessinateur et poète), la série de gravures, intitulée Bibliothèque d’Urcée. Avec cette œuvre, l’artiste utilise une technique de gravure mise au point par Henri Goetz, la gravure au carborundum. Celui-ci est une poudre dont on se sert dans l’industrie de rodages divers, le travail du verre, de la fonte, le polissage des pierres, mélangée avec des vernis ou des résines qui durcissent au séchage. Le thème du livre devient, sous les doigts de l’artiste, prétexte à un travail géométrique et coloré. « Une méditation plastique sur le fil du rasoir : à la fois construite et buissonnière... »

Gérard Titus-Carmel, illustrateur notamment d’Yves Bonnefoy et de Philippe Jacottet, était par ailleurs l’interlocuteur du poète Antoine Emaz, auteur d’une trentaine de recueils de poèmes. Leur entretien a porté sur la réalité du livre d’artiste, dont j’aimerais rendre compte ici.

Les poétiques

Entretien de Gérard Titus-Carmel et Antoine Emaz sur le livre d'artiste

(Photo ex-libris.over-blog.com)

Je suis arrivée alors que la rencontre avait déjà commencé. Gérard Titus-Carmel disait que, dans cette délicate entreprise, l’illustrateur doit s’adresser à la personne idoine qui a écrit le texte qu’il fallait. Pour Antoine Emaz, il s’agit toujours d’un travail de relation, que l’on parte d’un travail plastique ou de poèmes. Ainsi, pour le livre intitulé Vagues, il a écrit un texte né de la forme prévue par l’artiste, tout un système de pliages. Il ne faut surtout pas être prisonnier de l’image proposée par l’artiste et l’échange doit se faire dans les deux sens.

Le livre d’artiste est bien plus qu’un travail à quatre mains. Gérard Titus-Carmel évoque l’auteur, l’artiste, l’éditeur, le façonnier, le distributeur. De plus, s’il faut certes rentrer dans une forme, il faut aussi penser à la façon dont l’artiste entrevoit la collaboration en différé, à l’écart qui existe entre les deux formes. Il importe de tenir compte de la nature même du travail de chacun, le peintre dans son atelier et l’auteur dans sa bibliothèque.

A propos du travail d’imprimerie, Gérard Titus-Carmel regrette la disparition des véritables imprimeurs. Il évoque avec mélancolie un imprimeur de ses amis, à L’Haye les Roses, survivant d’une époque qui ne connaissait pas encore le jet d’encre.

Selon Antoine Emaz, la « part insubmersible » qui demeure, c’est le rapport entre l’artiste et l’écrivain. Il souligne cette zone d’amitié, de correspondances, qui permet encore la réalisation d’une œuvre qui sera tirée à cinq ou six exemplaires, dans une perspective qui n’est pas marchande. C’est ce que Daniel Leuwers appelle les « livres pauvres ». Constituant des collections hors commerce, ce sont de petits ouvrages où l’écriture manuscrite d’un poète rejoint l’intervention originale d’un peintre. Publiés depuis une dizaine d’années chez Gallimard, ils ont déjà atteint le cap des mille livres.

En ce qui concerne l’importance des affinités électives, est évoquée ici la rencontre du sculpteur et peintre Antonio Segui avec Alberto Manguel. Tous deux Argentins, tous deux exilés en France, ils ont publié plusieurs livres ensemble ( Sombras de Segui, Il Ritorno…)

Puis Gérard Titus-Carmel rappelle la traduction de Pétrarque par Yves Bonnefoy, qu’il a illustrée (Je vois sans yeux et sans voix je crie, chez Galilée, « Lignes fictives », 2011). Est-ce l’auteur italien qu’il illustre ou le poète français, se demande-t-il. Il lui faut "trouver l’interstice", dit-il, considérant que c’est plutôt la traduction de Bonnefoy qui illustre Pétrarque. Quant à lui, il lui faut découvrir une autre façon d’entrer dans les mots.

Pour ce qui est des contraintes technique, elles sont parfois selon lui, et paradoxalement, le prix de la liberté. Ainsi, le fait de lui imposer deux couleurs, par exemple, lui permet de ne pas avoir à hésiter sur la troisième ! A ce propos, Antoine Emaz se souvient de sa collaboration avec Marie Alloy pour le recueil intitulé D’une haie de fusains hauts (Editions Le Silence qui roule).  A côté des lavis de couleur verte, le poème, souligne-t-il, doit pouvoir tenir tout seul, et l’artiste doit pouvoir se voir en soi : « Quelque chose comme une ventilation lente d’être ». Et si l’on n’est pas satisfait, reprend Antoine Emaz, la question se règle vite : ou l’on se remet au travail, ou l’on écrit un autre texte.

Il précise par ailleurs que, pour sa part, il n’écrit quasiment plus de poèmes, « ça ne marche plus ». C’est ainsi qu’il est en train de réaliser l’anthologie de son œuvre poétique. Caisse claire (chez Points) rassemble ses textes de 1990 à 1997. Sauf, avec des encres de Djamel Meskache (chez Tarabuste), réunit les poèmes de 1986 à 2001. Il lui reste un dernier ouvrage à faire pour la période 2000-2010. Après, « j’aurais fini », assure-t-il.

Ensuite, Gérard Titus-Carmel  parle des repentirs. Après avoir peint un tableau, on se dit qu’il est là, qu’il ne bouge pas, et puis, un jour, il apparaît désastreux. Et l’on se met à repeindre dessus. Il se remémore ainsi cette grande toile violette, aux teintes vineuses, dont pendant six mois il avait été très satisfait. Un jour, soudain, il s’est dit que c’était "un désastre" et il l’a repeinte au jaune de Naples. Une femme visitant son atelier lui a dit : « J’aime beaucoup la jaune. » Revue et corrigée, la toile violette avait disparu. Il rappelle encore l’anecdote de Pierre Bonnard qui visitait les musées une boîte de couleurs à la main et retouchait les toiles de maître.

Dans la réalisation d’un livre d’artiste, subtile alliance d’un poète et d’un illustrateur, le peintre est-il « appelé à filer doux » ? En fait, il s’agit plutôt pour chacun de se placer dans sa « belle et voisine solitude » et de faire en sorte « qu’une autre voix se joigne à la sienne ». Le peintre tentera de « donner forme au mystère », en approchant « l’indénouable secret des mots », en prêtant l’oreille au « chant d’un écho ». Tout est dans la qualité du partage, « comme l’ombre et la colonne, le prince et l’architecte ».

Il semblerait par ailleurs qu’il n’y ait pas de loi en ce qui concerne le format de l’ouvrage. Selon Gérard Titus-Carmel, qui a illustré une quarantaine de livres, aux formes les plus variées, seul compte « le beau geste ». Il avoue que l’illustrateur est « presque de trop mais que ce trop est demandé ». Le livre réussi sera celui que l’on referme en disant : « C’est bien ! »

Quant à s’attaquer aux « grands textes », le peintre qu’il est n’y songe guère. S’il reconnaît les réussites de Daumier avec La Divine Comédie ou de Granville avec La Fontaine, il déplore ce que fit Dali par exemple avec l’Evangile de Jean. Dans ce genre d’entreprise, n’est-il pas en effet très malaisé de « tenir la longueur » ? Il préférera se préoccuper de la structure d’un texte en l’illustrant au début avec le frontispice, au milieu et à la fin. Une manière discrète de dire : « Je suis toujours là ! »

Antoine Emaz rappelle alors son travail (Obstinément peindre, davantage « étude » ou « note sur ») avec  Monique Tello, peintre et graveur, publié Au Temps qu’il fait. Après lui avoir donné à visiter son atelier, le peintre a envoyé au poète des gravures de tigres et de feuilles de figuiers. Il les a eues longtemps sous les yeux dans « un continu de regard » ; il a voisiné avec elles. Il ne parlera pas de construction mais bien plutôt de « prises de vue sur un travail ». Cherchera-t-il « quelque chose qu’il ne voit pas » ? Sera-t-il attiré par une couleur ? En l’occurrence, dans ce cas-précis, Antoine Emaz n’a d’abord perçu qu’un fouillis de lignes puis, peu à peu, dans ces œuvres à la limite du figuratif et de l’abstrait, il a « vu » les tigres. De même, les feuilles de figuier lui sont apparues davantage comme des motifs décoratifs sans référent réel. C’est alors que « du texte finit par s’écrire » et que « le texte essaie d’ouvrir le regard ».

C’est ce « regard long et attentif » que Gérard Titus-Carmel a provoqué chez lui quand le poète a admiré la série des Nielles, « presque effrayants d’énergie », dans lesquels le peintre a décliné l’image du torse de Christ de Matthias Grünewald. Dans le mouvement de cette série de cinq nielles gravés, il a décelé « quelque chose de fantastique ». Gérars Titus Carmel explique alors cette légère rotation du tronc du Christ qui fait qu’il tourne sur lui-même. « Tout en rendant hommage à Grünewald, cette série extrêmement raffinée offre par la superposition de deux gravures et dans un jeu subtil de transparences, une double lecture de la vision du thorax et une démultiplication de plans, qui accentuent l’effet d’asphyxie et de torture infligées au corps supplicié. » Des vingt-huit cuivres d’origine, il n’en a retenu que cinq, donnant à voir « la présence-absence d’un corps rêvé ». Antoine Emaz, dit-il, a su parler de cette vie-là, qui pouvait assurer la série. Antoine Emaz lit alors des extraits de ce qu’il a écrit sur les 150 dessins de La Suite Grünewald (en téléchargement sur le site de François Bon). 

Mais Gérard Titus-Carmel est aussi un peintre qui écrit. Voilà pourquoi il évoquera son recueil de poèmes intitulé Ressac. Ce sont trente poèmes, quasiment identiques, qu’accompagne une sorte de voix off comme dans un chœur antique, une manière de Variations Goldberg sur la mer. Antoine Emaz le présente ainsi chez Poezibao : « Livre strictement d’une seule situation : une personne immobile regarde les vagues se briser sur une plage de galets. […] une écriture du flux rythmique autant que de l’émotion et de la mémoire. Mais c’est tout aussi bien une écriture de la contrainte, du cadre, de la composition. J’ai déjà dit la situation unique tenue sur cent pages ; il faut ajouter l’organisation quasi arithmétique de l’ensemble. » Un recueil que j'ai acheté et dont j'aime le titre des trois mouvements : " Oppresse du loin montant", "Variations sur le ressac" et "Oppresse du loin descendant".

Antoine Emaz renchérit qu’il aurait aimé être peintre. Il apprécie de travailler avec eux car ils lui « apprennent des choses ». Picasso disait que « Reverdy à ses yeux écrivait comme un peintre ». Les deux artistes évoquent alors les illustrations de Picasso pour Le Cocu magnifique de Fernand Crommelynck (1966), un ouvrage à la « beauté d’estran », marqué par l’écart entre le texte et l’image. Ils admirent encore le travail à quatre mains de Picasso et de Reverdy sur Le Chant des morts, du second.

Cet entretien passionnant s’est donc achevé sur cette idée capitale qu’on ne sera jamais un bon illustrateur si on le fait d’une manière servile. Poète et peintre travaillent ainsi en toute liberté.

Les Poétiques 5

Lecture par Didier Sandre de textes édités à La Dragonne 

(Photo ex-libris.over-blog.com)

Le point d’orgue de cette sixième édition des Poétiques a été donné par une lecture de textes des écrivains publiés à La Dragonne par le grand comédien Didier Sandre. Celui qui a reçu en 1996 un Molière pour le rôle de Lord Arthur Goring dans Un mari idéal d’Oscar Wilde est un grand liseur de textes et un marathonien des mots qui participe à de nombreux festivals.

Albane Gellé l’a remercié de sa venue qui clôture de belle manière le festival. Elle a salué l’Ecole de Musique qui a animé le week-end et tous ceux qui ont contribué à la réussite de ces trois jours en poésie.

Le comédien avait choisi des textes de tonalités diverses. Il a d’abord lu une nouvelle, intitulée « Chelsea Hôtel », extraite du recueil de Fabien Sanchez, Ceux qui ne sont pas en mer. L’histoire d’un écrivain, le narrateur, partagée entre une femme réelle et une autre fantasmée, sur qui flotte d’ombre d’un père qu’il n’égalera jamais. Entre réalisme et humour grinçant, le narrateur se demandera à la fin « comment [son père] avait fait pour vivre et être à la hauteur ». Le comédien a su rendre cet univers noir de Fabien Sanchez, qui lui a valu parfois d’être comparé à Raymond Carver. Tout comme le nouvelliste doit « trouver sa propre musique », Didier Sandre a trouvé la sienne pour mettre en voix la tonalité mélancoliquement amère de Fabien Sanchez.

Il a ensuite lu deux textes, extraits de Un bâton de l’écrivain belge Pascal Leclercq.  Dans "Mauve et l’enfant", il a fait renaître la poésie d’une écriture imagée qui, ainsi que l’explique Marie-Clotilde Roose, se nourrit du végétal, de l’animal, qui « confronte l’humain à ses limites, à ses terreurs et ses absurdités, mais aussi à ses tendresses et à ses pudeurs ». Au milieu des phalènes, dans « la ville appauvrie », parmi la chélidoine et la sauge, Mauve a « surgi de nulle part », avec ses mollets vêtus de « bas blancs tachés de fruits rouges ». Une « texture aérienne » pour une nouvelle poétique.

Du même ouvrage, le comédien nous a donné à entendre un autre texte, « Sur la Transcévenole ». Chemin faisant, il nous a appris à marcher au pas et à renaître dans la marche : « Je deviens ma besogne/ me cambre sous le garrot. » Une route qui est plutôt celle des origines, une sorte de métaphore cahoteuse de la vie : « Je ne suis plus que le chemin, je caresse et chloroforme. » Et comme l’écrit justement Jack Keguenne, « L’inévitable contrainte de la fin n’exclut pas le choix des chemins que l’on décide de sceller en soi. » Ces deux textes à l’écriture « très physique » ont fait l’objet d’installations sonores en direct avec Jack Vitali.

Enfin, Didier Sandre n’a jamais été aussi meilleur, me semble-t-il, que dans la lecture de La Manifestation, d’Antoine Choplin, une histoire à la lisière du réalisme et de la fable. Grâce à ses mimiques, ses intonations, ses hésitations, ses rares mouvements de mains, ses sourires entendus, nous avons suivi et « vu » ce Monsieur Bobbie, un petit vieux encore enfant, peut-être un malade ou un retraité, qui fait tous les jours la même promenade « trigonométrique ». Cette silhouette à la Monsieur Hulot est happée un jour dans une manifestation qui lui donne enfin l’occasion d’Exister. Ni la bousculade, ni les coups des « saucisses d’ébène » n’auront raison de ce dernier sursaut de vie qui se manifeste par le cri : « Liberté! Exister ! Crever !… » Trois mots qui « sonn[ent] sacrément ! » Le petit homme mécanique se verra sans doute sauvé à la fin : « Des larmes, Monsieur Bobbie, des larmes ! »

Chaudement applaudi par l’auditoire des Poétiques, Didier Sandre a lu encore deux texte très brefs : « On partira sans doute… on restera peut-être… on sera un garçon comme un autre… à mille lieues du but qu’on se sera fixé. » Puis, discret et souriant, il nous a quittés avec un geste amical de la main.

 les-poetiqyes-11.JPG

Au stand de la librairie Le Livre à Venir, mon recueil de poèmes, Vers rêvés, à l'ombre de Césaire !

 

 

 


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13 septembre 2012 4 13 /09 /septembre /2012 18:03

 Jet-d-eau.JPG

      Le jet d'eau dans le bassin de Rou

(Photo ex-libris.over-blog.com, 02 juin 2012)

 

 

Le jet d’eau dans le soir d’avril

Discrètement bruit à peine

Comme pour mieux conter sa peine

A nos jeunes cœurs puérils.

 

Le jet d’eau, que chuchote-t-il

Dans ce lent parfum de verveine

A faire hésiter, ô sereine !

Une larme au bord de vos cils ?

 

Vieille chanson qui jase et pleure

Au gré capricieux de l’heure

Selon qu’elle passe, rêvant

A des amours que l’on oublie,

Ou sanglote, mélancolie

Eparse aux tristesses du vent.

 

"Premiers Vers" in La Bohème et mon Coeur, Francis Carco

 

 

Cette petite suite de vers croisés (et de deux vers suivis) octosyllabiques parut dans La Bohème et mon Coeur, un recueil de poèmes, édité en 1912. On y observe déjà chez Francis Carco cette "brume de mélancolie, que nul rayon de joie ne parvenait à percer", ainsi que l'a écrit Roland Dorgelès.

Peu de temps après, en 1913, le créateur de l'Ecole Fantaisiste allait aimer Katherine Mansfield, d'une passion qui marquerait sa vie. Ce poème semble préfiguer cet "amour voué au désastre".

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Voilier : Sonore

 

 

 

      Richter joue Jeux d'eau de Maurice Ravel

 

 



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12 septembre 2012 3 12 /09 /septembre /2012 10:51

 lever de lune(

      La pleine lune au-dessus du bûcher

(Photo ex-libris.over-blog.com, Effet Orton, 1er juin 2012)

 

Vague ectoplasme

Folle auréole

Rare rondeur

Orbe d’amphore

Disque odalisque

Cerne de perle

Sacre de nacre

Astre d’albâtre

Hautaine hostie

 

Lune lavée

Lune levée

 

Pour Papier Libre de Juliette

Thème : lever de lune

 

 

 

 

 

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9 septembre 2012 7 09 /09 /septembre /2012 13:03

 nature-morte-aux-mures-louise-moillon.jpg

      Nature morte aux mûres, Louise Moillon, XVII° siècle

 

 

Lendemain de rentrée

Mes mains sont violettes

Non de l’encre des plumes

Mais du jus chaud des mûres

L’école est buissonnière

Dans la ronce et l’ajonc

La carotte sauvage

Et l’épine-vinette

Sous mes doigts bleu sépia

Les baies têtues s’écrasent

 

En caraco de fer

D’un jaune vert brillant

Une mouche s’affaire

Une abeille se noie

Au cœur d’un liseron

Corollant la prunelle

Tout au creux du roncier

Des plumes accrochées

Me racontent un renard

 

Je sens déjà l’arôme

De la mûre boisée

Dans mes pots de grand-mère

 

Lendemain de rentrée

Mes mains sont violettes

 

En cueillant des mûres à Kergavat,

Mercredi 05 septembre 2012, au matin

 

 

 


 

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8 septembre 2012 6 08 /09 /septembre /2012 22:25

Fin d'été vieux passageLe Vieux Passage à Plouhinec

(Photo ex-libris.over-blog.com, lundi 03 septembre 2012)

 

Sous le chemin du Vieux Passage à Kervarlay

La ria s’alanguit à la marée montante

Le temps est cotonneux l’air doucement humide


Fin d'été buisson

Buissons sur le petit chemin du Vieux Passage à Kervarlay

(Photo ex-libris.over-blog.com)

 

Les volets bleus sont clos rangées les épuisettes

Les huîtres dans les parcs ont leurs perruques d’algues


Fin d'été parc à huîtres

Parcs à huîtres dans la ria d'Etel

(Photo ex-libris.over-blog.com, lundi 03 septemvre 2012)

 

Le thonier naufragé dort le ventre béant

Les voiliers à l'ancre font un bruit de clapot

Fin d'été thonier

Epave de thonier dans la ria d'Etel

(Photo ex-libris.over-blog.com, lundi 03 septembre 2012)

 

Et tout au fond de l’anse des silhouettes noires

Escortées par leurs chiens gratouillent dans la vase

Comme dans un tableau de Mathurin Méheut


 Fin d'été silhouettes

La ria d'Etel à marée basse près de Pont-Lorrois

(Photo ex-libris.over-blog.com, lundi 03 septembre 2012)

 

Lundi 03 septembre 2012,dans l'après-midi

en allant du Vieux Passage à Kervarlay,

dans la ria d’Etel

 

 

 


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8 septembre 2012 6 08 /09 /septembre /2012 20:29

 

 la-madonna-del-parto-piero-della-francesca.jpg

La Madonna del Parto, Eglise san Simeone, Piero della Francesca

 

 

Dans l'orbe du ventre

Dans l'antre du corps

 

Attente lente

Patience immense

 

Un être à naître

 

Le 03 septembre 2012 à 9h20,

En écho au textoésie de Suzâme, reçu le 02 septembre 2012 à 16h 48

link

 


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31 août 2012 5 31 /08 /août /2012 09:43

  Fin-aout-2012-a-Erdeven-078.JPG

 Un phasme sur la table du jardin

(Photo ex-libris.over-blog.com, samedi 25 août 2012)

 

 

Un phasme dit gaulois rêvait dans un jardin,

Gracile et nonchalant.

Il voit venir à lui, parmi l'herbe et le thym,

Le maître de céans.

Le quidam ignorant veut briser la brindille

Agitée par le vent.

Et voilà que, soudain, l'insecte lui chouchille *

Ce discours éloquent :

« Ne vous fiez pas, messire, à ce que vos yeux voient,

Tout n'est que faux-semblant ;

L'univers est mystère aux millions d'aléas,

Multiple et surprenant.

Si Dieu m'a créé phasme et vous, modelé homme,

Nous sommes cependant

De la même famille, quoi qu'il vous en étonne,

Enigmatiquement.

Vous m'avez cru de bois, je vous pensais Hercule,

Maître du firmament.

Nous sommes tous les deux d'infimes particules,

Qui se dispersent au vent,

Des êtres très bornés dévolus à la Mort

Qui, las, vient sûrement,

Nous mener en un lieu que tout mortel ignore.

Ne hâtons point ce temps

Qui viendra à son heure et respectons la Vie

Dans son foisonnement. »

 

Moralité

 

Comme il est beau ce monde qu'un phasme filiforme

Enseigne avec sapience à un béotien d'homme !

 

 

Pour Dominique qui fit en ma compagnie la rencontre d'un phasme

 

 

* chouchille : chuchote (régional)

 

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28 août 2012 2 28 /08 /août /2012 16:28

 

 Marquise-d--O.png

Julietta, marquise d'O. (Edith Clever)

 

Quel film singulier que La Marquise d'O. d'Eric Rohmer, que j'ai regardé sur ARTE, dans l'après-midi du mardi 21 août ! Ou plutôt quelle singulière nouvelle que celle de Heinrich von Kleist dont il est la représentation fidèle ! Le cinéaste ne disait-il pas lui-même dans un entretien avec Juliette Cerf que le film « n'est pas une adaptation mais une mise en scène ». Son exigence première a été de démontrer que le dramaturge allemand avait écrit « un véritable scénario ».

« Parti d'une phrase de Roland Barthes qui parlait d'adapter au cinéma La Marquise d'O., », dont il ignorait tout, Rohmer a souhaité ainsi « faire entendre intégralement » cet étrange texte dont la nouveauté fut incomprise lors de sa parution en février 1808 dans la revue Phœbus. Il reconnaît avec humour qu'en 1976 la gauche bouda cette œuvre à cause du mot « marquise » tandis que la connotation du « O » effrayait les vieilles dames !

L'intrigue en effet y est des plus curieuses. Elle se situe en 1799, en Lombardie, pendant la guerre de la Deuxième Coalition (1798-1800), qui vit les puissances européennes s'allier contre la France révolutionnaire. Elle met en scène la reddition du gouverneur de la place forte de M., le colonel Lorenzo von G. (Peter Lühr), entre les mains d'un officier russe, le comte F. (Bruno Ganz), lors de la campagne de Souvarov, et ses conséquences sur la fille du gouverneur, Julietta, marquise d'O. (Edith Clever).

En effet, après avoir échappé aux assauts de la soldatesque russe, grâce à l'intervention du comte F., la jeune veuve, mère de plusieurs enfants, s'évanouit et son sauveur la viole, événement tragique dont elle ne garde aucun souvenir. Peu de temps après, à la stupéfaction de toute la famille, le comte lui propose de l'épouser, pour ensuite passer pour mort dans les combats. Il réapparaît miraculeusement tandis que la marquise perçoit les premiers symptômes de ce qu'elle ne peut croire être une grossesse. Devant ce qu'il faut bien reconnaître comme le déshonneur pour la famille, son colonel de père la chasse du toit paternel et lui impose de résider dans une autre demeure. Sa mère, la colonelle (Edda Seippel), partagée entre des sentiments contradictoires, finira par admettre l'innocence de sa fille.

La jeune veuve décide alors de faire paraître un article dans une gazette. Elle y fait savoir que « sans savoir comment, dans l'attente d'un heureux événement, le père de l'enfant qu'elle allait mettre au monde devait se faire connaître et que, pour des raisons d'ordre familial, elle était décidée à l'épouser ». Quand, le jour dit, le 03 septembre, c'est le comte F. qui se présente, la marquise d'O. le chasse avec véhémence. Cependant, sous la pression de ses parents, elle accepte de l'épouser afin de donner un nom à son enfant mais elle lui ferme aussitôt la porte de sa chambre. Un peu plus tard, elle lui révélera « qu'il ne lui fut pas apparu comme un démon si, lors de sa première apparition devant elle, elle n'avait cru voir un ange ».

la marquise d'O et le comte

La marquise d'O. (Edith Clever) et son "sauveur", le comte F. (Bruno Ganz)

Les sources de cette histoire invraisemblable sont sans doute dans Montaigne qui raconte dans les Essais l'anecdote d'un valet enivré faisant violence à une paysanne endormie. Kleist précise quant à lui que « l'histoire n'est pas fictive et [que] les lieux de son déroulement ont été déplacés du nord au sud ». Par ailleurs, le dramaturge allemand se serait inspiré de Julie ou la Nouvelle Héloïse (1761) pour la description de la relation entre le colonel et sa fille.

Toujours est-il que, située à la lisière de l'ironie et du sentiment, cette œuvre est bien représentative de ce qu'on a appelé le « romantisme de Berlin » dont Kleist était le porte-parole. Cette jeune marquise, victime d'un mal inconnu, n'est-elle pas le double de l'écrivain, malade de « mélancolie morbide » ? Et on connaît la fin tragique du poète incompris et rejeté par les Romantiques, qui se suicida sur les bords du Wansee, près de Postdam, avec sa maîtresse, la musicienne Henriette Vogel.

Romantique, l'œuvre l'est à bien des égards et conforme à la définition qu'en donnait Mme de Staël dans De l'Allemagne, quand elle écrivait que le romantisme est cette poésie « née de la chevalerie et du christianisme ». Dans un contexte de guerre de conquête, le comte F. qui sauve la marquise des derniers outrages apparaît bien comme un preux chevalier issu de la geste courtoise. L'œuvre de Kleist est de plus très marquée par les thèmes de la Chute et de la Rédemption et la connotation chrétienne de l'intrigue peut se lire dans la vision de Julietta qui voit le comte comme un « ange du Ciel ». Le thème de la virginité de Marie est bien sûr présent en filigrane avec la grossesse inexpliquée de la marquise, l'anecdote du cygne souillé de viles matières, souvenir d'enfance du comte, renvoyant davantage au thème plus profane de l'innocence bafouée. Dans une belle formule, Goethe disait que Kleist avait « transformé le tragique grec en mystère chrétien ».

Le film est riche encore par les nombreuses perspectives qu'il soulève. En premier lieu d'abord, on soulignera la lecture féministe qui peut en être faite. Chassée par son père, la marquise assume sa grossesse, et s'essaie à une certaine forme d'autonomie en recherchant par elle-même le père de son enfant. Très influencée par les codes de son époque, elle n'en est pas moins un personnage courageux et atypique pour une femme de ce temps. Sa mère aussi, en enfreignant les ordres de son époux, affiche une certaine forme d'indépendance face au joug patriarcal.

La Marquise von O et son père

La marquise d'O. (Edith Clever) et son père Peter Lühr) après la reddition de la place

Ce long métrage, dont l'intrigue peut sembler datée, présente néanmoins des échos tragiques dans notre actualité contemporaine. On songe au viol qui, en temps de guerre, est une arme véritable. On a aussi à l'esprit le cas de certaines jeunes filles violées après avoir bu malgré elle un narcotique. On soulignera donc, comme le propose le metteur en scène N. Pitaqaj dans sa propre mise en scène de la nouvelle de Kleist, combien cette œuvre « invite à explorer les différentes façons de construire la honte et de représenter les violences faites aux femmes, ou comment la rumeur et les croyances pèsent sur les mentalités du monde moderne ».

La piste psychanalytique semble en outre particulièrement intéressante. Dans la nouvelle, Kleist est singulièrement elliptique sur le viol, perpétré par le comte F. pendant l'évanouissement de la marquise. Rohmer, pour sa part, et par souci de vraisemblance, fait comprendre que l'héroïne est plongée dans un profond sommeil parce qu'elle a pris des narcotiques. On fera remarquer que les comédiens allemands n'étaient pas du tout d'accord avec cette modification, estimant qu'elle transformait le sens de la nouvelle.

En effet, dans la version de Kleist, il n'est pas interdit de considérer que la marquise a fait l'amour en vrai et en rêve mais qu'elle a refoulé inconsciemment cet acte. Quand sa mère dit en souriant à Julietta qu'elle est peut-être enceinte d'une chimère, celle-ci lui répond avec à-propos : « C'est pour le moins Morphée ou l'un des songes de son cortège qui serait le père... » Quant à Kleist lui-même, n'a-t-il pas composé cette curieuse épigramme :

« Ce roman n'est pas pour toi, ma fille ! Evanouie !

Quelle farce éhontée ! Elle a seulement fermé les yeux, je le sais. »

Ainsi, toute cette intrigue pourrait n'être qu'une histoire banale, destinée à mettre en relief la libido féminine, ce que souligne Jacques Hassoun dans un article intitulé « Variations psychanalytiques sur un thème généalogique de Heinrich von Kleist ». Il explique que « la recherche publique » du père inconnu n'est peut-être pour la marquise que « la marque de sa nécessaire absolution ». Il insiste sur le « brouillage » du titre, soulignant cette idée que l'histoire n'est pas uniquement celle de la marquise d'O. mais bien la « geste de tous les personnages » qui y sont impliqués. Il s'étonne devant le personnage du comte, qualifié d' « ange du Ciel » par la marquise, et qui est tout, sauf un être asexué. Il pointe du doigt la scène de réconciliation de Julietta et de son père, que Rohmer, fidèle en cela à Kleist, a filmé comme les transports de deux amants incestueux. Le dramaturge allemand n'écrit-il pas que Lorenzo von G. « posait sur [la] bouche [de sa fille] de longs baisers brûlants et avides comme un véritable amoureux » ? On est bien loin ici des épanchements tels qu'on peut les admirer dans les tableaux de Greuze. Enfin, il s'interroge sur la phrase ambiguë qui clôture la nouvelle : « D'autres jeunes Russes succédèrent au premier. » S'il s'agit sans doute d'autres enfants issus du mariage, ne peut-on penser sans invraisemblance à d'autres amants russes, voire à d'autres enfants illégitimes ? J'ajouterai que cette phrase sibylline m'a aussi laissée très perplexe.

Avec ce film, qui appartient au cycle de ses adaptations littéraires marquées par la stylisation et l'épure, Rohmer se contente cependant d'admirer un autre artiste et s'astreint à une fidélité totale : « Moi, je laisse les significations originales et l'œuvre telle quelle », affirme-t-il. Ancien professeur de Lettres, le cinéaste explique qu'il a tourné « livre en main » l'adaptation de cette nouvelle d'une soixantaine de pages qui comporte à peu près la durée d'un film d'une heure et demie. Ici, aucun dialogue supplémentaire, aucune musique pour conforter le texte et les situations. Le réalisateur s'efface avec humilité pour mettre en lumière avec élégance et rigueur cette histoire extraordinaire.

Il a souhaité seulement « retrouver la naturel de l'époque […] emphatique, plein d'éloquence […] mais filmer comme aurait filmé quelqu'un de cette période si le cinéma avait existé ». Et, selon lui, c'est en s'inspirant de la peinture qu'on aura « des indications sur les attitudes ».

Marquise-d-O-narcotique.png

Le sommeil-évanouissement de la marquise d'O.

C'est ainsi que Greuze lui a sans doute fourni matière pour des scènes qui sont proches de la « comédie larmoyante », chère à Diderot. Je pense notamment à la scène de réconciliation entre le colonel et sa fille, toute remplie d'embrassades et de pleurs. Dans cette période de sensibilité exacerbée, qui a « le goût de la véhémence et de la ligne droite », on peut voir aussi les influences de David et d'Ingres, avec certains plans de la marquise Julietta d'O. qui ne peuvent manquer de faire songer au célèbre portrait de Juliette (!) Récamier. Rohmer reconnaît encore sa dette envers d'autres artistes : le peintre suisse Füssli, à qui il a « rendu un petit hommage dans le plan de la marquise dormant le soir de la bataille, ainsi que quatre peintres allemands de l'époque, dont David Kaspar Friedrich qu'admirait beaucoup Kleist ». Il ajoute que « peut-être l'âme de Goya est[-elle] passée à travers la vision de [son] opérateur, l'Espagnol Nestor Almendros ».

Marquise-d-O-Fussli.jpg

Le Cauchemar, Füssli

C'est cette « tension fertile entre les mots et les images » qui fait la beauté de ce film exigeant dont les acteurs ont été choisis avec soin : Bruno Ganz tout d'abord (à la prestance de Bonaparte au pont d'Arcole) puis des comédiens de théâtre allemands, issus en grande partie de la troupe berlinoise de Peter Stein. Dirigés en allemand par Rohmer, ils ont été contraints à « articuler encore davantage et même à ralentir leur rythme par rapport à un travail théâtral ». Le cinéaste a en outre écrit et dirigé lui-même le doublage en français et ce dernier est d'une qualité remarquable. J'ai aimé entendre s'exprimer la colonelle par la voix reconnaissable entre toutes de la grande Suzanne Flon tandis que Marie-Christine Barrault prête la douceur et la fermeté de ses intonations vocales à la marquise.

Adaptation littéraire certes, ce film surprenant peut néanmoins être vu comme un des « Contes moraux » du cinéaste. En effet, le conflit de l'héroïne avec ses principes d'éducation permettrait ce rapprochement. Il en va de même pour le comte F. qui, en dépit de son forfait, aspire à vivre selon l'honneur et cherche par la demande en mariage à réparer sa faute. Alors qu'il est blessé, ne crie-t-il pas dans son délire : « Julietta ! Cette balle te venge » ?

Cependant, comme nous l'avons souligné, le film conserve une part d'ambiguïté, les personnages étant eux-mêmes d'une grande complexité. L'officier russe, dans son uniforme immaculé, laisse peu transparaître de ses sentiments et de ses réelles motivations ; la marquise n'est peut-être pas aussi naïve qu'il y paraît ; la mère, en prétextant que c'est Leopardo (Bernhard Frey), le beau valet brun, le père de l'enfant à naître, joue avec sa fille un jeu pervers dont elle se repent. Avec ce double jeu du langage et des sentiments, Rohmer mérite bien ici son appellation de « Musset et Marivaux du septième art ».

Quant à dire si le conte est moral ou immoral, c'est à chacun d'en juger !

 la-marquise-d-o-famille.png

Une scène de bonheur familial à la Greuze

 

Sources :

« Ultra Rohmer », shangols.canalblog.com

Entretiens de Rohmer avec Jean-Luc Douin

www.abc-lefrance.com F Fiche film

www.Persée.fr

Le Magazine Littéraire, Entretien de Rohmer avec Juliette Cerf

 

 

 

 

 

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17 août 2012 5 17 /08 /août /2012 09:44

Bretagne-Toussaint-133.JPG

Sur la plage de Kerminihy

(Photo ex-libris.over-blog.com, Toussaint 2011)

 

L'été

La nuit

L'insomnie

Fenêtre ouverte

Dans la maison de lande verte

Et de granite gris

J'entends gronder la mer

 

Je pense à une autre nuit

Qui était en novembre

Dans la maison Les Algues

Nom aux senteurs d'iode

Et d'ondulations de sirène

Par les bow-windows

Ma mère voyait la mer du Nord

 

Je me rappelle

Le râle enroué des rouleaux

Rythmant les contractions

Du ventre maternel

Bateau ivre

Je n'ai pas oublié

Mon tournoiement dans les maëlstroms épais

Des noires eaux placentaires

J'entends toujours

Le sifflement des grains de sable

Sur la fenêtre en pluie

Griffer mon visage en chiffon

 

Et soudain j'étais Moi

Projetée sur la grève du Temps

Par la vague violente de la Vie

 

Le bruit de la mer

C'est ma musique native

 

 

 

 

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