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19 novembre 2012 1 19 /11 /novembre /2012 23:25

 

 Amour.jpg

Georges (Jean-Louis Trintignant) et Anne (Emmanuelle Riva)

 

Vendredi 16 novembre, je suis allée voir Amour, Palme d’or à Cannes en 2012. C’est la deuxième fois, après Le Ruban blanc, que le metteur en scène autrichien Michael Haneke reçoit cette distinction recherchée. Alors que j’avais trouvé la récompense du second amplement méritée, je suis plus sceptique pour Amour. Je trouve cependant, comme beaucoup bien sûr, que Jean-Louis Trintignant y est remarquable. D’ailleurs, Haneke avoue que sans sa participation, il n’aurait jamais réalisé ce film.  S’il l’a choisi, c’est parce qu’il considère que, à l’instar des très rares grands comédiens, l’acteur « garde un secret qui ne sera jamais déchiffré ».

Le film raconte l’enfermement volontaire de Georges (Jean-Louis Trintignant) auprès d’Anne (Emmanuelle Riva) son épouse, que des accidents  vasculaires successifs transforment peu à peu en un être qu’il ne reconnaît plus. Reclus dans son grand appartement, il la soigne avec patience et amour, mais l’amour peut-il tout ?

Il me semble que ce film réaliste et dérangeant pose le problème des limites de la souffrance, qu’elle soit celle du malade ou celle du conjoint. Il interroge aussi sur les capacités de résistance à la maladie qui transforme les êtres, les amoindrit, les conduit à la déchéance physique. Il pose la question de savoir si on a le droit de choisir sa mort, si on a le droit d’aider quelqu’un à mourir.

Haneke explique ainsi son propos : « Ce n’est pas la fin de vie qui m’intéressait, mais l’incapacité dans laquelle nous sommes […] de combattre les souffrances, la solitude, le désarroi des gens que nous aimons […], cette mauvaise conscience créée par cette impossibilité à aider ». Chaque personnage, muré dans sa solitude et sa souffrance, est ici une île, que rien ni personne ne peut secourir.

Pour aborder ce douloureux problème, Haneke a donc choisi le huis clos, expliquant que « cette forme était essentielle » pour être à la hauteur du sujet. Pour ce faire, dans un souci de précision extrême qui le caractérise, il a recréé en studio un endroit qu’il connaissait bien et qui est l’appartement de ses parents à Vienne. Il était ainsi parfaitement à l’aise pour y faire évoluer ses deux protagonistes.

Très peu de lumière donc dans cet espace où la vie extérieure ne pénètre que rarement. Seul les interventions du concierge espagnol (Ramón Aquirre), de sa femme (Rita Branco), d’Eva, la fille de Georges (Isabelle Huppert) viennent rompre l’obscurité de cet univers dans lequel Georges s’est reclus volontairement pour soigner son épouse très aimée. En dépit des nombreux tableaux de nature qui tapissent les murs, des livres qui garnissent la bibliothèque, du grand piano à queue qui animait autrefois le salon, l’Art et ses échappées ne servent plus de rien, les liens  familiaux ne sont plus d’aucun secours.

Haneke précise qu’il a lui-même vécu une situation similaire avec une de ses tantes ; s il ne l’avait pas connue, dit-il, il n’aurait sans doute pas abordé ce sujet universel, auquel chacun se voit confronté un jour ou l’autre. Il le fait avec délicatesse et pudeur, même s’il ne nous épargne rien  des détails matériels pénibles qui sont inévitables dans toute longue maladie. On a beaucoup dit combien les deux comédiens de quatre-vingts ans sont admirables de retenue tout en ayant accepté d’être mis à nu, comme rarement on a pu le voir au cinéma. Le metteur en scène dit avoir voulu « saisir » le spectateur mais « ne pas l’étouffer » en lui laissant « la liberté de penser par lui-même ».

Cela est sans doute vrai puisque la scène finale est vue par certains comme un acte d’amour alors que d’autres y lisent un geste de désespoir. On demeure dans l’ignorance des motivations de Georges qui, reclus dans sa petite chambre, emporte son mystère avec lui. Certains diront que le symbolisme du pigeon emprisonné puis relâché est synonyme de délivrance ; tout comme le sont les dernières images qui montrent Georges et Anne, revêtant leur manteau comme s’ils sortaient pour aller à un concert, ainsi qu’ils en avaient l’habitude avant la maladie d’Anne.

Pourtant si Haneke assure ne rien proposer au spectateur, l’impression générale du film demeure d’un grand pessimisme. Les tentatives d’aide des concierges n’ont aucun écho. La visite de l’ancien élève pianiste  d’Anne, Alexandre (Alexandre Tharaud), la fait souffrir plus qu’elle ne lui fait plaisir, quoi qu’elle en dise. Les liens familiaux de Georges, enfermé dans sa souffrance, avec sa fille, isolée dans son incompréhension et son égoïsme, se distendent ; l’incompréhension les sépare et, comme le père le dit à sa fille, son inquiétude ne lui est d’aucune utilité. Quant à l’admirable musique de Schubert, elle sera impuissante elle aussi à apaiser Anne, ce professeur de piano qui ne vivait que par et pour la musique.

Ainsi, dans ce beau film, à la mise en scène sobre et froide, voire distante, j’ai cherché en vain un petit pan de ciel. Et en sortant de la salle de cinéma, j’ai pensé à la phrase qu’on attribue à Goethe au moment de sa mort : « Mehr Licht ! »

 

Sources :

Allo-Ciné

Ciné Obs : Michael Haneke : « Sans Trintignant, je n’aurais pas fait Amour », par Pascal Mérigeau

L’Express : « Il faut saisir le spectateur, pas l’étouffer »

 

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19 novembre 2012 1 19 /11 /novembre /2012 14:45

 

william-Dyce-1837-national-galleries-of-scotland-edimbourg.jpg

      Francesca da Rimini, William Dyce, 1837,

        National Galleries of Scotland, Edimbourg

 

 

 

Tendre et  ténu

Chaste et charmant

Pudique et pur

Elan fugace des lointains

Balbutiement et bégaiement

Hésitation aimantation

Comme un frémissement d’ailes

Tel un frisson venu de l’âme

Toujours

Je me ressouviendrai

Du goût de ton premier baiser

 

Pour Mil et Une,

Thème : le baiser

link

 


 

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19 novembre 2012 1 19 /11 /novembre /2012 08:00

 

 Magritte-les-amants.jpg

      Les Amants, René Magritte, 1928

 

 

Il y a peu de l’amour à la haine

Du paradis vers la géhenne

De la passion à l’aversion

De la tendresse à l’abandon

Il n’est qu’une lettre à changer

Un son fragile et étranger

Toi que j’adore et que j’abhorre

Rien que le temps du never more

 

 

Pour le Défi de la Semaine des Croqueurs de Mots n°90,

Thème proposé par Suzâme : écrire un texte en utilisant deux paronymes

 

 


 

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18 novembre 2012 7 18 /11 /novembre /2012 14:47

 

Diane-flou.JPG

Eté 2012

(Photo ex-libris.over-blog.com, Effet postérisation)

 

Son filet sur la tête

Elle me souriait

Et soudain je voyais

Les pêcheurs au lancer

Le vert vif des rizières

Et sous le jonc conique

Un Annam oublié

 

Erdeven, août 2012

 

 

 

 

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15 novembre 2012 4 15 /11 /novembre /2012 22:33

 

 Anna_de_Noailles---Philip-Alexis-de-Laszlo-Laszlo.jpg

      Portrait d'Anna de Noailles par Philip-Alexis de Laszlô

 

Je voudrais faire avec une pâte de fleurs

De vers de langoureuse et glissante couleur,

Où la rose d’été, l’œillet et le troène

Répandraient leur arôme et leur douce migraine ;

 

Des vers plus odorants qu’un parterre en juin

Où l’on marche en posant sur son cœur une main,

Où, las de la lumière et des herbes trop belles,

On soupire en rêvant sous de larges ombrelles ;

 

Des vers qui soient pareils à nos premiers jardins,

Quand, remuant le sable et les cailloux, soudain

Le paon traînait le beau feuillage de sa queue

Près de la mauve molle et des bourraches bleues ;

 

Des vers toujours gluants de sucre et de liqueurs,

Comme le doux gosier des plus suaves fleurs,

Comme la patte aiguë et mince de l’abeille

Enduite de miel fin et de poudre vermeille,

 

Et comme le fruit chaud du tendre framboisier

Qu’étant petite enfant, mon âme, vous baisiez,

Car vous aimiez déjà les choses de la vie,

Le matin odorant, la pelouse ravie,

 

Les rosiers emplis d’ombre et d’insectes légers,

L’inexprimable odeur du divin oranger,

Avec le cœur penchant et le fervent malaise

De Sainte Catherine et de Sainte Thérèse…

 

Les Jardins, III, in Les Eblouissements, Anna de Noailles

 

 

Je feuillette souvent la vieille édition  jaune que je possède des Eblouissements d’Anna de Noailles, datée de 1928. Sur la page de garde, ma grand-mère a indiqué que ce recueil lui fut offert par mon père en 1941, alors qu’elle était réfugiée à Nantes. Je sais que mon aïeule aimait beaucoup les vers de celle qui posa pour van Dongen, Jacques-Emile Blanche ou Jean-Louis Forain.

Parlant de cette œuvre, Proust disait qu’elle recèle « un charme, un talisman qui tient aux doigts de l’ouvrier ». Dans ce poème justement, « Je voudrais faire avec une pâte de fleurs », qui est un dialogue avec elle-même (« vous baisiez », « vous aimiez »), la poétesse y livre son art poétique. On l’y retrouve tout entière, avec son amour fou de la nature et déjà cette inquiétude profonde qui ne cessera de la ronger, présente dans les deux derniers vers et l’emploi des points de suspension.  Elle y explique comment elle voudrait écrire des vers, telle une cuisinière poète qui utiliserait une rare « pâte de fleurs ».

Le poème est « enchanteur »- terme employé encore par Proust- par cette atmosphère début de siècle, où l’on imagine des femmes évanescentes et dolentes en proie à une rêverie vague (v .8), sous des « ombrelles », tandis que des paons délicats et élégants font la roue.

Anna de Noailles sollicite ici toutes les sensations de manière à ce qu’elles se muent en sentiments, ainsi que l’avait bien vu l’abbé Mugnier dans son Journal. La vue est présente avec les « mauves molles » et « les bourraches bleues », la « poudre vermeille » du cœur des fleurs ; le toucher est suggéré par la main posée sur le coeur, « la patte aiguë et mince de l’abeille », le baiser au « fruit chaud du tendre  framboisier » donné par la narratrice enfant, les « insectes légers » ; le goût est signifié à travers les aspects « gluants de sucre et de liqueurs » du pistil des fleurs ; l’odorat, le sens le plus sollicité, l’est grâce à l’évocation de « l’arôme de la rose d’été (reprise par « les rosiers »), l’œillet et le troène », le lexique des senteurs étant par ailleurs très présent (« répandraient », « arôme », « odorant » (deux occurrences) et le terme « odeur ») ; l’ouïe l’est enfin par la connotation du bruit des cailloux et celui du bourdonnement de « l’abeille ». C’est de toute cette matière merveilleuse et sensuelle que la poétesse voudrait confectionner ses « vers », le terme étant repris dans l’anaphore des deuxième, troisième et quatrième quatrains.

On perçoit l’ivresse exaltée que procure la beauté de ce jardin grâce à l’emploi des superlatifs et des termes mélioratifs : ici la migraine devient « douce », les vers sont « plus odorants qu’un parterre en juin », les herbes sont « trop belles », les ombrelles sont « larges », le gosier des fleurs est « doux », les fleurs sont « les plus suaves », la pelouse est « ravie », l’odeur de l’oranger est « inexprimable » et l’arbuste est lui-même qualifié de « divin ».

Le sentiment d’exaltation qu’Anna de Noailles éprouve est bien transcrit par cette écriture de la richesse et de l’excès. On y sent aussi l’intense nostalgie du paradis de l’enfance avec l’évocation des « premiers jardins », éden inoublié de la « petite enfant », et qui la modelèrent. On devine encore la précocité d’une « âme » sensible à la beauté du monde : « Car vous aimiez déjà les choses de la vie ». Pleine d’élan,  ne baisait-elle pas « déjà »le fruit du framboisier ?

Sans doute aimé-je aussi beaucoup ce poème panthéiste car il se clôt sur l’évocation de deux grandes saintes qui ont connu le mariage mystique : sainte Catherine d'Alexandrie (ma patronne !) et sainte Thérèse d’Avila, laissant subtilement entendre que l’extase est toujours liée au corps, à la sensation. Et dans la fin de ce poème, la comtesse de Noailles, noyée dans des effluves odoriférants, à la limite de la pâmoison et de l’asphyxie, « le cœur penchant », dans un « fervent malaise », m’apparaît bien comme une mystique, en épousailles avec la nature.

 

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Suzâme : un poème « coup de cœur »

 

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12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 12:19

      Mademoiselle C

      Jean (Vincent Lindon) et Véronique Chambon (Sandrine Kiberlain), écoutant Le salut d'amour d'Edward Elgar

(Photo Allo-Ciné)


Hier soir, dimanche 11 novembre 2012, sur ARTE, Isabella Rossellini présentait Mademoiselle Chambon (2009) de Stéphane Brizé. Comparant le cinéma américain et le cinéma européen, elle disait que ce dernier avait l’art d’évoquer « le dramatique dans le quotidien ». C’est cet art que le réalisateur de Je ne suis pas fait pour être aimé (un film que j’avais déjà beaucoup aimé) pratique de nouveau avec ce long métrage, adapté d’une nouvelle éponyme d’Eric Holder, un écrivain lillois. Il continue en effet d’y égrener cette petite musique tendre et mélancolique qui lui est propre.

Avec ce film, il raconte l’histoire toute simple de Jean, un maçon, interprété par Vincent Lindon, marié à Anne-Marie, une ouvrière d’usine (Aure Atika, délicate et juste). A la faveur d’une intervention dans la classe de son fils Jérémy (Arthur le Houérou), des liens se créent entre lui et l’institutrice du petit garçon, Véronique Chambon (Sandrine Kiberlain). Il découvre alors un monde inconnu qui se déploie grâce au violon que pratique la jeune femme.

Stéphane Brizé explique ainsi ce qui lui a plu dans le travail d’adaptation réalisé avec Florence Vignon et l’auteur : « C’est effectivement une histoire simple. Ce n’est donc pas l’intrigue qui m’a happé mais la manière dont Eric Holder traduisait les émotions de ces gens modestes. Avec ses outils de romancier, il parlait de ces personnes avec une fragilité et une émotion qui semblaient me dire : « Voilà ce que tu dois filmer, c’est à cela que tu dois oser te confronter. » » Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’avec le concours de trois comédiens sensibles et pudiques, il a tenu cette gageure.

Ainsi, j'ai beaucoup aimé la scène d'ouverture du film où la famille de Jean fait un pique-nique. Son fils fait un devoir de français et s'affronte au problème du complément d'objet direct. Les parents calent aussi devant l'exercice ; si la scène est amusante, elle est pourtant, me semble-t-il, d'une extrême justesse, mettant le doigt sur l'inégalité de fait que peut créer l'absence de savoir. 

Certains ont reproché à ce film d’être minimaliste, pauvre en dialogues, voire ennuyeux. C’est pourtant cette extrême économie de moyens qui fait le charme de ce long métrage où un homme modeste et taiseux tombe amoureux d’une jeune femme instable, en quête d’autre chose. Vincent Lindon a très vite été pressenti pour jouer ce rôle, lui qui sait si bien exprimer l’humanité profonde de ses personnages. Il a accepté de jouer cette histoire avec Sandrine Kiberlain, dont il est désormais séparé, ne voulant pas la priver d’un aussi beau rôle. C’est peut-être cela, cet amour qui a existé entre eux, qui donne sa crédibilité au couple qu’ils forment à l’écran. Il faut pouvoir la jouer cette scène où ils écoutent tous deux Le salut d’amour d’Edward Elgar et dans laquelle se révèle leur attirance réciproque. Pleine de douceur, de retenue, de non-dits, c’est une scène magnifique.

Avec In the mood for love ou Sur la route de Madison, ils sont assez rares les films qui évoquent avec justesse « une rencontre entre deux êtres qui se sont ratés ». Mademoiselle Chambon, avec discrétion, trouve une place de choix dans cette étroite liste

 mademoiselle-chambon-.jpg

Mademoiselle Chambon au violon (Sandrine Kiberlain)

(Photo Allo-Ciné)

 

 

 

 


 

 

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11 novembre 2012 7 11 /11 /novembre /2012 16:24

Fussy

La Vieille maison

(Photo ex-libris.over-blog.com, Effet Flou artistique)

 

Au fin fond du jardin

Au-delà des massifs aux oreilles de lapin

Derrière les murs couverts de vigne vierge

Je retrouverai La Vieille maison

C’était son nom 1790 était gravé sur la pierre

 

Dans la pénombre du salon

Aux odeurs de feu de bois et d’encaustique

Semblable et inchangée

Luira doucement la vitrine blonde en marqueterie

Avec ses courbes douces ses fleurs et ses guirlandes

Et ses pieds de lion griffus

 

Seule je m’assiérai sur le canapé Louis XVI

Tout raide dans sa tapisserie fanée

Et pourtant on l’appelait le canapé des fiancés

 

Au milieu de l’escalier de bois noir et ciré

Je reverrai la tête du Christ de plâtre gris

En agonie jusqu’à la fin des temps

Sculpté par ma grand-mère

 

Et tout en haut sur le palier

Il y aura Mazeppa le Hongrois

Nu livide et tordu

Attaché sur son blanc cheval fou

Dans son grand cadre noir

 

Et il m’emportera loin là-bas

Au pays des choses immobiles et secrètes

 

Pour Papier Libre de Juliette,

Thème : la sourde poésie des choses

 

 

 

 

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3 novembre 2012 6 03 /11 /novembre /2012 16:15

 Gares-sepia-2.JPG

La gare de La Ménitré

(Photo ex-libris.over-blog.com, Effet HDR, années 60 et sépia, le 02 novembre 2012)

 

Entre Angers et Tours, le long de la Loire, s'égrènenent de petites gares qui semblent désaffectées. Ce n'est plus l'omnibus rouge et jaune qui s'y arrête mais le TER aux couleurs pâlies des Pays de la Loire. Elles ont conservé l'harmonie blanche de leur tuffeau mais qui les regarde encore ?  En ce 02 novembre, derrière les vitres pluvieuses du train qui me ramenait de Paris, je les ai trouvées touchantes dans leur dénuement.

gares-60-2.JPG

La gare des Rosiers-sur-Loire

(Photo ex-libris.over-blog.com, Effet HDR, années 60 et sépia, le 02 novembre 2012)

 

Sur le quai des gares mortes

Sommeillent les voyageurs

Sur des bancs tels des cloportes

La pluie tombe dans leur cœur

 

Sur le quai des gares mortes

Dessinent les voyageurs

Des tags aux formes tortes

Aux couleurs du malheur

 

Sur le quai des gares mortes

Descendent les voyageurs

Et novembre les emporte

Dans le vent dévastateur

 

Sur le quai des gares mortes

Sont partis les voyageurs

Car on a muré les portes

Leurs rêves s’en vont ailleurs

 

Dans le train entre Angers et Saumur,

entre 10h 53 et 11h 24,

vendredi 2 novembre 2012

 

 

Gares-60.JPG

 L'ancien Café de la Gare aux Rosiers-sur-Loire

(Photo ex-libris.over-blog.com, Effet HDR, années 60 et sépia, le 02 novembre 2012)

 

 

 


 

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2 novembre 2012 5 02 /11 /novembre /2012 13:13

      Narcisse

      Narcisse, Félix-Jacques Moulin, vers 1850, daguerréotype stéréoscopique coloré

 

 

 

Visage à l’envers

Ma vie au travers

Miroir ressemblant

Miroir faux-semblant

Baiser sur mes yeux

Leurre d’un iris bleu

 

Textoésie envoyé le 2 novembre à 10h 17,

En réponse à celui de Suzâme, reçu le 1er novembre à 13h 30 link

 

 

 

 

 

 

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1 novembre 2012 4 01 /11 /novembre /2012 18:15

Donissan-2.jpg

L'abbé Donissan (Gérard Depardieu) et le Diable sous l'apparence d'un maquignon,

dans Sous le soleil de Satan, de Maurice Pialat

 

 

 

Dans ses romans, Georges Bernanos, cet « athlète de Dieu » ainsi que le définissait Claudel, s’interroge sans relâche sur la sainteté à travers des personnages torturés. Le plus célèbre est sans doute l’abbé Donissan de Sous le soleil de Satan, qui fut inspiré à Bernanos par le curé d’Ars. Ce prêtre, qui est tout sauf un intellectuel, ne correspond nullement à l’image d’Epinal convenue et éthérée du saint. Avec ce patronyme qui associe le thème du don et celui du sang, l’abbé garde toujours pourtant les pieds sur terre. Mystique, il est à l’œuvre dans la pâte humaine.

En ce jour de Toussaint, j’ai relu cette très belle page extraite de Jeanne relapse et sainte, qui exprime la même idée. L’écrivain y souligne que, pour ceux qui croient, les saints sont des hommes comme nous qui tiennent « à pleines mains le royaume temporel de Dieu ».

"Mais qui se met en peine des saints ? On voudrait qu'ils fussent des vieillards pleins d'expérience et de politique, et la plupart sont des enfants. Or l'enfance est seule contre tous. Les malins haussent les épaules, sourient : quel saint eut beaucoup à se louer des gens d'Eglise ? Hé ! Que font ici les gens d'Eglise ! Pourquoi veut-on qu'ait accès aux plus héroïques des hommes tel ou tel qui s'assure que le royaume du ciel s'emporte comme un siège à l'Académie, en ménageant tout le monde ? Dieu n'a pas fait l'Eglise pour la prospérité des saints, mais pour qu'elle transmît leur mémoire, pour que ne fût pas perdu, avec le divin miracle, un torrent d'honneur et de poésie. Qu'une autre Eglise montre ses saints ! La nôtre est l'Eglise des saints.

A qui donneriez-vous à garder ce troupeau d'anges ? La seule histoire, avec sa méthode sommaire, son réalisme étroit et dur, les eût brisés. Notre tradition catholique les emporte, sans les blesser, dans son rythme universel.  Saint Benoît avec son corbeau, saint François avec sa mandore et ses vers provençaux, Jeanne avec son épée,Vincent avec sa pauvre soutane, et la dernière venue, si étrange, si secrète, suppliciée par les entrepreneurs et les simoniaques, avec son incompréhensible sourire, Thérèse de L'Enfant-Jésus. Souhaiterait-on qu'ils eussent tous été, de leur vivant, mis en châsse ? Assaillis d'épithètes ampoulées, salués à genoux, encensés ? De telles gentillesses sont bonnes pour les chanoines. Ils vécurent, ils souffrirent comme nous. Ils furent tentés comme nous. Ils eurent leur pleine charge et plus d'un, sans la lâcher, se coucha dessous pour mourir. Quiconque n'ose encore retenir de leur exemple la part sacrée, la part divine, y trouvera du moins la leçon de l'héroïsme et de l'honneur. Mais qui ne rougirait de s'arrêter si tôt, de les laisser poursuivre seuls leur route immense ? Qui voudrait perdre sa vie à ruminer le problème du mal, plutôt que de se jeter en avant ? Qui refusera de libérer la terre ? Notre Eglise est l'Eglise des saints. […]

Nous respectons les services d'intendance, la prévôté, les majors et les cartographes, mais notre cœur est avec les gens de l'avant, notre cœur est avec ceux qui se font tuer. Nul d'entre nous portant sa charge (patrie, métier, famille), avec nos pauvres visages creusés par l'angoisse, nos mains dures, l'énorme ennui de la vie quotidienne, du pain de chaque jour à défendre, et l'honneur de nos maisons, nul d'entre nous n'aura jamais assez de théologie pour devenir seulement chanoine. Mais nous en savons assez pour devenir des saints. Que d'autres administrent en paix le royaume de Dieu ! Nous avons déjà trop à faire d'arracher chaque heure du jour, une par une, à grand-peine, chaque heure de l'interminable jour, jusqu'à l'heure attendue, l'heure unique où Dieu daignera souffler sur sa créature exténuée, Ô Mort si fraîche, ô seul matin ! Que d'autres prennent soin du spirituel, argumentent, légifèrent : nous tenons le temporel à pleines mains, nous tenons à pleines mains le royaume temporel de Dieu. Nous tenons l'héritage des saints. Car depuis que furent bénis avec nous la vigne et le blé, la pierre de nos seuils, le toit où nichent les colombes, nos pauvres lits pleins de songe et d'oubli, la route où grincent les chars, nos garçons au rire dur et nos filles qui pleurent au bord de la fontaine, depuis que Dieu lui-même nous visita, est-il rien en ce monde que nos saints n'aient dû reprendre, est-il rien qu'ils ne puissent donner ? ».

                                                         Georges Bernanos, Jeanne relapse et sainte

 

 

 

 



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