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30 juillet 2020 4 30 /07 /juillet /2020 12:47

Sur la plage vers le soir (Photo ex-libris.over-blog.com, le 27 juillet 2020)

 

Soleil chauffé à blanc

Ecume de nuages

Ciel en déguisement

De plomb est la plage

Sur la plage entre Kérouriec et la Roche sèche,

vers le soir

 

 

 

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24 juillet 2020 5 24 /07 /juillet /2020 10:31

Buse sur un fil électrique (Photo ex-libris.over-blog.com)

Au soleil matinal

Petite buse brune

En vigie vigilante

Guetteuse de mulots

A plongé sur nos têtes

En un piqué sauvage

Pour s’envoler busée *

Sur son fil électrique

Comme un trait sur le ciel

 

Sur la route entre Kerguevin et Kergavat,

mercredi 23 juillet 2020

 

* buser : échouer (belgicisme)

 

 

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18 juillet 2020 6 18 /07 /juillet /2020 13:09

 

Dans les herbes hautes

Marcher dans le vert

Aller vers l’étang

Ouvrir les roseaux

 

Blancs au loin les cygnes

Sereins sur l’eau plate

Mouvements ailés

Des gris cormorans

 

Et soudain

Surprise

Tel un météore

Le tressaillant saut

D’un poisson tout noir !

 

Mercredi 15 juillet 2020,

à l’étang de Kéravéon

Etang de Kéravéon (Photo ex-libris.over-blog.com)

 

 

 

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17 juin 2020 3 17 /06 /juin /2020 16:24

 

Un ramier amoureux voulut faire son nid

Sur une cheminée d’une maison bretonne.

Tout en persévérance et petit à petit,

Dans le fût du foyer il fit une colonne.

 

 

Pour ses œufs à venir il créa un chef-d’œuvre,

Tout en paille et en plume, en brindille, en crottin.

Tant il fut ingénieux avec cette manœuvre

Qu’il s’enorgueillissait d’être un Armoricain.

 

Le maître de céans regagnant ses pénates,

Un beau soir de juin, s’en vint pour faire un feu.

Hélas ! La sanction s’en trouva immédiate,

Le lieu en peu de temps devint gris et fumeux.

 

 

Notre homme s’en étonne : en scrutant  le conduit,

Il découvre bientôt ramures et brindilles.

Il crie, il récrimine contre l’ennui produit

Et contre le ramier, son nid et sa famille.

 

 

Il s’en va faire appel à un homme de l’art,

Spécialiste en toiture et en grand ramonage.

Usant de hérissons et de cannes bizarres,

Le couvreur détruisit nid et échafaudage.

 

L’écolo me dira que c’est un grand péché

D’avoir ainsi ôté l’asile au volatile ;

Mais l’oiseau ingénieur aura vite trouvé

Un bel arbre accueillant pour nouveau domicile.

 

Moralité

Quand la cheminée de bois se remplit,

Croyons-en ce que le proverbe dit :

« Petit à petit, l’oiseau fait son nid ».

 

Fable librement inspirée par la présence, sur toute la hauteur de notre cheminée, de plumes et de brindilles, apportées par un couple de pigeons squatters.

A Kergavat, mercredi 17 juin 2020

 

Photo ex-libris.over-blog.com

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12 juin 2020 5 12 /06 /juin /2020 20:55

Pie et son oisillon (DPR/AFP Archives Sebastian Kahnert)

Un bataillon de Pies régnait sur un quartier,

Réveillant de ses cris les rues du voisinage ;

L’Ajasse  avait fierté d’ainsi s’égosiller

Et se souciait bien peu de causer du dommage.

 

Le soir, elles s’en venaient, jacassantes, bavardes,

En reines  des jardins sans aucune vergogne :

C’était conciliabules, causeries piaillardes,

Si l’on récriminait, elles criaient Qui Qu’en grogne !

 

Ces fières demoiselles, vêtues de noir et blanc,

D’un éden sévrien se croyant les maîtresses,

Virent d’un mauvais œil un Lapin nonchalant

Dessus leur territoire, insulte manifeste !

 

Quand le pauvre Animal se promenait tranquille,

Elles fondaient sur lui en un vol en festons ;

De leur becs acérés usant comme d’aiguilles,

En harpies irritées elles piquaient le Piéton.

 

Le Tête-de-Lion n’avait d’autre recours

De se carapater jusque dans le garage

Qu’on lui avait donné comme issue de secours ;

Il était terrifié par cet assaut sauvage.

 

Il fallut attendre un quidam en colère

Qui, de sa carabine, en une volée de plombs,

Secourut à propos le roux bouc-émissaire,

Qui échappa ainsi à la loi du talion.

 

Moralité

 

Méfiez-vous de la pie,

Bavarde,

Si vous n’y prenez garde,

De son bec elle brocarde

Et vous met en charpie.

 

Fable librement inspirée par la présence de pies agressives et d’un lapin-nain dans le jardin de mes petits-enfants.

 

Le 12 juin 2020

 

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11 juin 2020 4 11 /06 /juin /2020 10:12

Le 5 juin 2020, j’ai publié sur FaceBook cette photo de la pleine lune au-dessus de notre village.

Mon cousin Eric me l’a commentée avec ce haïku :

Full Moon on the Rou,
Brittany sleeps overnight.
The Deep heart of blue...

Mon fils Sébastien, qui habite à Bondi (Australie) a enchaîné avec cette phrase :

" On a la meme ici! " (pas d’accent sur le clavier anglo-saxon !)

A quoi j’avais répondu : "On se relie en la regardant ensemble. "

Et sa belle-mère de poursuivre : "Oui, comme dans le roman IQ 84 de Haruki Murakami " ou l’histoire de Tengo et Aomamé.

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/9/9e/Couple_posed_swinging_on_a_%27new_moon%27_at_the_Trocadero%2C_ca._1934_%284521967683%29.jpgBas du formulaire

Couple posant sur un croissant de lune, évoquant la chanson d'amour citée en épigraphe du roman : « It’s a Barnum and Bailey world Just as phony as it can be, But it wouldn’t be make-believe If you believed in me. » — E. Y. Harburg & Billy Rose, It’s Only a Paper Moon

Et relisant hier soir le petit livre de François Cheng, Assise, Une rencontre inattendue, je m’arrête sur ce beau passage : « La nuit de lune à Assise demeurait cependant redoutable pour l’exilé venu d’Asie. A la vue de la campagne baignée de clarté lustrale, mon sentiment de solitude se transmuait en nostalgie du pays natal. C’est là que, une fois encore, la présence de François m’apparut secourable. Par-dessus mon épaule, sa voix résonna à mon oreille : « Ne soit pas accablé par la tristesse. Songe que cette lumière née de la nuit est dispensée partout et à tous. Elle ne cloisonne pas, elle élève ; elle ne sépare pas, elle réunit. »

Magie de la pleine lune qui relie nos voix et nos cœurs.

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10 juin 2020 3 10 /06 /juin /2020 15:59

Cygne noir (Photo Le Progrès)

Mon journal de jeunesse me réserve bien des surprises. Ainsi, sur mon écriture, je retrouve ce commentaire fait par un ami de mes parents qui s'appelait Paul. Je crois qu'il était assez perspicace, quoique le mot "destructeur" me fasse un peu peur ! Il écrit :

" Ton écriture revêt une forme, un aspect mathématique dont tu uses pour voiler ta pensée. Elle relève de l'indifférence du cygne qui passe - superbe et serein sur l'eau plate. L'on ne voit pas ses pattes s'agiter. Un équilibre écrasant, destructeur."

Il faudrait donc être d'accord avec la graphologue Bernadette de la Taille lorsqu'elle écrit : "L'écriture révèle notre personnalité profonde, il est plus facile de se dissimuler par la parole que par l'écrit." Et peut-être me réincarnerai-je un jour en un cygne noir.

 

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3 juin 2020 3 03 /06 /juin /2020 17:16

Quelle extraordinaire capacité d’observation, d’invention, de création chez Edna O’Brien qui, à presque 90 ans, a imaginé avec son dernier roman Girl (2019) le personnage de Maryam, une jeune Nigériane enlevée par Boko Haram en 2014 ! Pour créer ce magnifique personnage, l’écrivain irlandais n’a pas ménagé sa peine, voyageant au Nigéria, rencontrant de jeunes victimes, des psychiatres, des religieux, des soignants, tous ceux qui ont été les témoins de ces crimes perpétrés contre les femmes. Edna O’Brien explique qu’elle a fait table rase de sa géographie personnelle pour pénétrer l’horreur du sort réservé à ces jeunes écolières.

S’attachant à mettre en relief « le drame secret des jeunes captives », elle a fondu en un seul témoignage tous ceux qu’elle avait recueillis, donnant ainsi au personnage une étonnante réalité : « Mon unique méthode était de faire entendre leur imagination et leur voix par le truchement d’une seule fille, particulièrement visionnaire. » Et celle qui a fait de son œuvre entière un plaidoyer contre les injustices faites aux femmes a trouvé avec la jeune Maryam un porte-parole particulièrement émouvant. En exergue au roman, on peut lire : « Pour les mères et les filles du Nord-Est du Nigéria. » Et le grand écrivain J-M Coetzee d’écrire : « Par un extraordinaire acte d'imagination, nous voici transportés dans l'univers intérieur d'une jeune fille violée et réduite en esclavage par les djihadistes nigérians. Elle leur échappe et, avec acharnement et ténacité, entreprend de reconstruire sa vie brisée. Girl est un livre courageux sur une âme courageuse. »

C’est ainsi que le lecteur va suivre pendant plus de deux cents pages l’odyssée tragique de Maryam, « emmenée en trombe » à travers la forêt, lors de sa « première nuit d’effroi ». D’emblée le ton est donné avec l’incipit : « J’ETAIS UNE FILLE AUTREFOIS, c’est fini. Je pue. Couverte de croûtes de sang, mon pagne en lambeaux. Mes entrailles, un bourbier. » Nous la suivrons pas à pas, jour après jour, dans cet enfer, fermé par de  « grands remparts d’argile, surmontés de rouleaux de barbelés », avec sa petite mosquée « au minaret brillant en aluminium » et son « drapeau noir », claquant à son mât. Sous un grand arbre au centre de l’enceinte, « avec un branche robuste en saillie », elle sera contrainte d’apprendre les sourates dans une langue étrangère et d’adorer un dieu qui n’est pas le sien.

C’est là qu’avec ses compagnes, elles vont se revêtir de l’uniforme qui fera d’elle « des nonnes endeuillées », tandis que leurs vêtements sont brûlés. Puis ce sera l’embrigadement, les discours violents de l’émir aux « nouvelles filles d’Allah » contre tout ce qui a été leur passé, les sévices à la chaîne contre elles, devenues « COMME LE BETAIL DANS SON ENCLOS » : « Nous étions trop jeunes pour savoir ce qui s’était passé, ou lui donner un nom. »

Au sein de cette horreur sans nom (« Il n’y avait rien à dire, jamais rien à se dire les unes aux autres »), Maryam va rencontrer le petit John-John, capturé lui aussi, et devenir l’amie de Buki. Mais sans cesse il lui faudra subir les viols successifs, se méfier des espions, ne pas penser à s’enfuir, craindre d’être vendue comme épouse « à des hommes riches en Arabie ». Elle assistera avec épouvante à la lapidation de l’épouse adultère de l’émir en chef, un « carnage implacable ».

 

Puis, Maryam est donnée en mariage à Mahmoud, un homme doux et rêveur, qui s’était engagé pour que sa mère « ne meure pas de faim ». Après un combat, il reviendra blessé à la jambe et, apprenant que la jeune femme est enceinte, lui  donnera l’argent reçu après ses raids. Maryam met au monde une fille : « Cris de consternation : «  Ce n’est pas un mâle. » » A la faveur d’une intervention de l’armée nigériane, la jeune accouchée fuit dans la forêt accompagnée de Buki. Avec Babby – à qui elle a dit : « Je ne suis pas assez grande pour être ta mère » -  elles survivront un temps dans la forêt entre « crapahutage, les épines, la faim et [de] brefs éclats de colère », suivis de réconciliation, avant que Burki ne meure, mordue à la jambe par un serpent.

 

Maryam sera recueillie par des femmes Madara, des épouses de pasteurs qui soigneront sa fièvre, mais elle devra les quitter : « Le bruit avait couru qu’on cachait l’épouse d’un insurgé et son enfant. » Après de multiples tergiversations à un poste frontière et un affrontement verbal avec le commandant du lieu (qui marmonne « quelque chose de pourri au royaume de Danemark »), Maryam est conduite en ville où elle est soignée : « La femme en face de moi qui me dit combien je suis vaillante et résiliente. Je suis une survivante. »

 

Mais son chemin de croix n’est pas terminé : elle demande quand viendra sa mère, doit raconter au médecin ce qu’elle a vécu, le Jour Noir, et ressasse l’horreur. Quand elle revoit sa mère, celle-ci lui apprend la mort de son père et perçoit le regard révulsé de l’entourage sur son enfant. Puis arrive le jour où elle est reçue dans la résidence du Président : « Notre pays tiendra de nouveau la tête haute » et Maryam n’a qu’une envie, c’est « de parler, de dire : « Monsieur, vous n’êtes qu’à quelques pas de moi, mais à des années-lumière d’elles, dans leur cruelle captivité. Vous n’y étiez pas. Vous ne pouvez pas savoir ce qui nous a été fait. Vous vivez du pouvoir, et nous de l’impuissance. » Ce jour-là, elle retrouve Rebeka, la fille qui avait eu le courage de sauter hors du camion le soir de l’enlèvement. La jeune fille lui raconte qu’elle a dû quitter son village pour ne pas compromettre sa famille. Recueillie par une Américaine, elle habite désormais dans un foyer avec d’autres filles déplacées mais vit dans la peur que les djihadistes ne la prennent. Elle prédit à Maryam qu’elle sera elle aussi rejetée.

 

Sa mère apprend alors à sa fille que Youssouf son frère a été tué à la machette par les Jas Boys (djihadistes issus d’une scission d’avec Boko Haram) : « Youssouf était parti, je restais. Elle m’en veut. » Quant au bébé : « Babby nous rapprochera », ai-je dit au bout d’un moment. Il ne manquait plus que ça. Son visage s’était pétrifié, la bouche crispée. J’ai pensé aux bénitiers des églises, avec la petite fente pour y tremper le doigt. Je ne peux plus plonger le doigt dans le cœur de ma mère, plus jamais. »

 

Après un long voyage avec un Anglais et Esaü, un homme qui recherche désespérément sa femme, le chauffeur dépose Maryam et sa mère dans leur village. Elle y découvre l’Oncle venu habiter là après la mort de son père. Préoccupée du sort de Babby, elle interroge sa mère qui lui répond qu’elle est chez sa tante et qu’elle la reverra bientôt. Alors qu’elle pleure dans sa chambre, sa mère lui dit : « On n’a pas le pouvoir de changer les choses […] – Pourquoi pas ? – Parce qu’on est des femmes. » Et sa mère lui laisse entendre que Babby grandira : « Elle ne sera pas toujours une enfant… Quand elle sera grande, elle sera des leurs. »

 

La fête du retour au bercail est « un fiasco ». Maryma y rencontre Abigaïl, une amie du primaire, qui lui apprend que les anciens du village souhaitent – et l’Oncle au premier chef – qu’elle parte. Ce jour-là, seul le pasteur Reuben, qui a baptisé Maryam, lui montre de la compassion et l’invite à venir « partager son fardeau ». Après avoir cru trouver de l’aide pour retrouver Babby auprès de Chumi, une amie de sa mère, Maryam découvre une lettre anonyme avec cette injonction : « PETIT JESUS T’ORDONNE D’ABANDONNER CET ENFANT. » « La terre tourne. Tout le sommet d’une colline s’est élevé dans le ciel. Mes yeux saignent. On mène à l’abattoir des troupeaux d’agneaux blottis les uns contre les autres. Ils bêlent, bêlent leurs derniers souffles. »

 

Enfermée dans la maison par l’Oncle, Maryam apprend par Tatie et les cousines que « Babby est partie. Babby n’est plus ». Elles lui racontent les détails de la mort et lui disent que c’est impossible d’aller sur sa tombe, car elle est enterrée « loin de [leur] région afin de bannir le mal qui rôde ».  Et Maryam se sent entrer « dans la noirceur ». Par la suite, tandis qu’elle continue de rêver à Babby, sa mère fait venir la sorcière car elle considère qu’elle est « encore possédée ». C’est d’abord  « à cause de [son] lait maudit que l’enfant [lui] a été retirée ». Enfin, Maryam et sa mère apprennent par le pasteur Reuben et la sœur Angelina que Babby n’est pas morte, et qu’elle est retenue par un « malfrat » du nom de Lucky, à qui Tatie a confié le soin de la tuer. Voulant mériter le nom de Mère, Maryam parviendra à enlever Babby. Elles trouveront refuge momentanément dans un couvent puis dans un camp de réfugiés. Enfin, la sœur Angelina proposera à Maryam un poste d’institutrice dans un village reculé.  Parvenue à bon port, la jeune fille y trouve enfin la sécurité : « Tout était calme. En cet instant d’espoir et de bonheur sans mélange, il m’a semblé que ces rayons inondaient les dimensions les plus noires du pays lui-même. »

 

J’ai aimé ce personnage de fille courageuse qui, en dépit de toutes les horreurs, trouve à travers la présence de son enfant le courage, la persévérance de continuer à vivre. C’est un personnage que l’on n’oublie pas ! Le grand art d’Edna O’Brien réside dans le fait de lui avoir créé un langage bien à elle, à la fois réaliste, parfois puéril, et tellement poétique.     C’est l’âme des griots sous l’arbre à palabres, ce sont les danses et les chants d’Afrique qui irriguent cette langue et lui donnent tout son sel : la chanson de Mary, chantée par Buki, la fable des bêtes que lui contait son maître, Uban da dansa, les chansons en anglais qu’elle chantait au dancing, les souvenirs historiques des bergers qui accueillent Maryam.

 

Les personnages secondaires ne sont pas non plus négligés, qui ont aussi un espace pour raconter leurs drames et leurs tragédies : John-John enlevé par les djihadistes, qui s’était enfui et avait été retrouvé par eux tandis que sa grand-mère mourait dans le champ voisin ; Buki, dont le père avait essayé de la sauver sous les yeux  des habitants d’un village, entassés dans une fosse, sur laquelle les djihadistes avaient ensuite paradé à cheval ; la femme Madara et sa belle histoire d’amour et d’enfants ; le commandant du poste frontière, amateur de Charles Dickens ; Esaü, le passager du taxi qui élevait des colombes et qui recherchait désespérément sa femme Binta ; la grande femme qui travaillait dans la confection et racontait ses « afflictions ». Je n’aurais garde d’oublier le récit des rêves de Maryam, ceux qui l’aident à survivre, ceux qui la rendent nostalgique, et les textes bibliques lus dans le couvent, l’histoire de Noémi et de Ruth la Moabite, sa belle-fille. Et puis il y a cette merveilleuse calligraphie avec les mots entrelacés, Dawa Waaa, qui inaugure la dernière partie lorsque Maryam retrouve Babby, et qui fait de ce roman une superbe histoire de mère et d’enfant.

 

Dans la lignée de la trilogie romanesque d’Edna O’Brien, The Country Girls (1960), The Lonely Girl (1960) et Girls in Their Married Bliss (1964), ouvrages interdits en Irlande et parfois même brûlés, Girl est un livre magistral. Avec les années, l’irréductible Irlandaise n’a rien perdu de sa combativité et elle demeure cet ardent défenseur des femmes qu’elle fut toujours. C’est un roman terrible et bouleversant, comme un baume sur la souffrance indicible de ces jeunes filles qui ont trouvé en Edna O’Brien une porte-parole passionnée. Et la citation d’Euripide en exergue est bien la métaphore de ce splendide roman : « Voici le linge pour bander vos blessures », ainsi que le dit Hécube aux filles souillées de Troie dans Les Troyennes.

Photo UNICEF Nigéria

 

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29 mai 2020 5 29 /05 /mai /2020 08:07

 

Toujours dans mon journal de jeunesse, je retrouve cette annotation tellement juste. Oui, les mots nous échappent, ne nous appartiennent plus dès qu'ils sont publiés, lus. Qui est l'auteur de ce texte ? Je l'ignore.

"Tant qu’on écrit, on croit peut-être savoir ce que l’on tient dans l’objectif au bout de soi-même – la lumière – l’angle – le cadrage. Et puis vient la relecture, l’image développée, tirée là, sur le papier. Je ne suis plus celui qui l’a prise, mais celui qui la voit. Seigneur ! la surprise que c’est ! Le tour que vous jouent les mots, la mise en mots. Des tours pendables ! C’est toi, écrivain, le pendu. Il s’agit de se dépendre. Ca s’appelle travailler ! Souvent, on meurt étranglé."

 

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25 mai 2020 1 25 /05 /mai /2020 18:19

La table de l'écrivain, Jean-Louis Morelle, aquarelle (Pinterest) http://www.jean-louis-morelle.com/

Je poursuis la collecte des textes recopiés dans mon journal de jeunesse.  Je ne changerais pas une ligne à ce qui est écrit ici.

« Je voudrais dire ce qui ne peut pas se dire, un vers d’une chanson qu’on entend partout avant de ne plus l’entendre nulle part, le geste d’infinie douceur d’un homme gris dans le métro pour protéger une vieille dame, et la portière qui claque déjà ; je voudrais dire les silences de l’amour, les silences du malheur, les silences de la prière : tout ce qui est transitoire, tout ce qui est déjà fini, qui ne veut rien dire, qui ne sert à rien et qui est déjà oublié, à moins que tout ne signifie, que tout ne serve et que rien ne meure jamais. Je voudrais dire tout ce qui est en papier. »

 

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La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

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