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8 septembre 2009 2 08 /09 /septembre /2009 18:45

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A l'heure où l'Europe ne cesse de s'agrandir et où la question des identités régionale et nationale se fait plus aiguë, le dernier ouvrage de l'historienne Mona Ozouf,Composition française, Retour sur une enfance bretonne, vient à point nommé pour nous faire réfléchir sur les tensions entre l'universel et le particulier.

Originaire de Plouha dans le Finistère, fille d'un père mort très jeune, Jean Sohier, qui avait œuvré avec passion pour la réhabilitation de la langue bretonne, en même temps fille d'une institutrice pure et dure de l'école laïque, Mona Ozouf explique comment elle eut du mal à trouver son identité, tiraillée entre deux mondes, celui de sa grand-mère, « Bretonne bretonnante » et celui de sa mère, institutrice dans l'« Ecole de la France ». Entre le breton et le français, où trouver sa place?

Le livre s'ouvre sur « la scène primitive », celle de la perte du père, emporté en quelques jours par une bronchopneumonie. De ce père disparu alors qu'il n'est encore qu'un jeune homme et que sa fille a quatre ans, Mona Ozouf brosse un portrait émouvant. Originaire de Lamballe, d'une famille à demi-bourgeoise « pleinement francophone, avide d'acculturation française, sans aucun souci d'identité bretonne », il va très vite se définir comme « patriote breton » et Jean Sohier devient Yann Sohier. Ce choix demeure un mystère et des légendes gravitent autour de lui. L'une, nationaliste et droitière, fait de lui le chanteur rebelle du Bro goz va Zadou (hymne national breton) au nez et à la barbe de Poincaré. L'autre est véhiculée par Morvan Lebesque et fait de lui un adhérent du Parti communiste. Si elles sont fausses toutes les deux, elles disent cependant l'engagement de Yann Sohier dans le Parti nationaliste breton et son pacifisme.

Sorti de l'Ecole normale en 1921, il y a fait la rencontre capitale de François Vallée, « un bénédictin de la langue bretonne » et, en janvier 1933, paraît le premier numéro d'Ar Falz (La Faucille). Ce modeste bulletin, qui ne paraîtra que deux années, est animé par l'idée capitale puisée chez Ernest Renan que « le génie d'un pays réside dans sa langue ». Yann Sohier croit à « ce miracle culturel, la résurrection d'une langue ».Selon lui, en ces années 1930, le danger qui menace le breton est le succès des écoles maternelles. N'écrit-il pas: « L'école maternelle, avec sa jeune maîtresse, ses jeux, ses chants sa cantine scolaire, son petit théâtre enfantin, sa gaieté, aura vite fait d'accomplir cette chose effroyable […] l'assimilation sournoise, mais plus implacable, plus dangereuse et plus terrible que le port du sabot fendu, le « symbole de nos pères »? Ce disant, c'est le portrait de sa femme qu'il brosse, cette jeune institutrice fervente, acquise aux idées de Célestin Freinet. En accélérant la francisation de la Bretagne, son épouse tendrement aimée ne combattait-elle pas malgré elle ses aspirations personnelles? Et pourtant avec elle, il avait épousé « en bloc, la Basse-Bretagne, la langue, une famille paysanne, indemne de toute contamination par la bourgeoisie française, une belle-mère en coiffe du Léon. Bref, le « côté de Lannilis », en tournant le dos à son propre « côté », celui de Lamballe. » Pour Mona Ozouf, le choix paternel, que sa mort rendra définitif, sera obligatoirement le sien. Pour elle, il n'y aura jamais qu'un « côté », d'autant plus que le peu de temps qu'elle vivra avec son mari, sa mère acceptera « qu'un salaire sur deux soit entièrement consacré à la confection et à la diffusion d'Ar Falz. »

Sa grand-mère maternelle, née dans une fratrie de douze enfants, Marie-Scholastique Bizien, et épouse de Charles, matelot de deuxième classe devenu second-maître, représente pour elle « la Bretagne incarnée ». «  Ma grand-mère, son costume, sa coiffe, sa langue, ses savoirs multiples, tout en elle parlait donc de l'identité bretonne. » Elle « enseigne que les livres ne sont pas la seule fenêtre sur la vie. » Savante en recettes culinaires, véritable répertoire de proverbes bretons et de chansons tendres ou gaillardes, peu encline à raconter des légendes bretonnes, elle croit cependant au monde des « Anaon », qui se manifestent à celui des vivants. Grâce à elle, la mort est tout, sauf une disparition. « Et puis il y a la langue. » Du temps de son père, on ne parlait qu'en breton mais après sa mort, la grand-mère s'adressera à sa petite-fille en français. Le breton sera réservé aux échanges avec sa fille, pour évoquer la sexualité notamment. Le français parlé avec sa petite-fille n'en garde pas moins les tournures du parler breton, « cette langue vigoureuse, expressive, anthropomorphique »; une langue imagée, concrète, et dont la grammaire est d'une grande liberté.

Et pourtant, ultime paradoxe, elle apprenait à sa petite-fille « Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine » car elle « avait beau « être de Lannilis », elle était, elle se savait française. » L'absence de connaissances n'empêche pas l'existence du sentiment d'appartenance à une patrie.

C'est ce personnage haut en couleurs qui inscrit sa fille, « vrai test de résistance à l'Eglise », à l'école laïque. Elle lui permettra plus tard, alors qu'elle est « empêchée de se présenter à l'Ecole normale de Quimper », de passer le concours dans les Côtes-du-Nord, « autant dire à l'étranger » et de devenir une institutrice modèle des « hussards de la République ». Et c'est cette dernière qui, malgré ses réticences, respecte les dernières recommandations de son mari à propos de leur fille : « Ne l'ennuie pas avec nos idées, avait-il dit; plus tard, elle lira et comprendra. » Les « idées », en effet, ma mère s'en tenait elle-même écartée, comme d'une substance maléfique qui avait coûté la vie à son mari; «  L'auteur garde un souvenir ému du « chagrin sauvage » de sa mère, jeune veuve décourageant les amis les plus fidèles, d'autant plus que la règle donnée aux instituteurs de la Laïque était catégorique: « Etre bien avec tout le monde, n'être bien avec personne. » (Cette institutrice, qui faisant un jour visiter avec fierté sa classe à deux bourgeoises, s'entend dire: « Ah, mon dieu, j'aimerais mieux être pute! ») Mais elle tenait à être fidèle à ce qui avait été le cœur de son combat, la défense de la langue bretonne. »

Ainsi, la porte de la bibliothèque paternelle, dont « la Bretagne [...] faisait l'unité » ne fut jamais fermée à la petite fille. La langue orale de sa grand'mère et les livres forgèrent donc son identité bretonne. Cette bibliothèque était d'une grande richesse et pourrait être le vade mecum de celui qui veut découvrir cette terra incognita. Les dictionnaires indispensables de François Vallée et de Roparz Hémon y voisinent avec les histoires de Bretagne d'Aurélien de Courson et d'Arthur de La Borderie, racontant l'humiliation séculaire subie par les Bretons: le lac de boue de Conlie où pourrit l'armée bretonne en 1870, l'année fatidique de 1532 qui signe le glas de l'indépendance bretonne et Du Guesclin, « an Trubard « , le « traître », servant l'armée de Charles V contre Jean IV.

Ces textes exaltent en parallèle les gloires légendaires de Nominoé et d'Erispoé, celle d'Anne de Bretagne, la « petite Brette », la « jolie boiteuse », contrainte d'épouser tour à tour deux rois français, celle encore des anonymes « Bonnets rouges », révoltés contre les impôts royaux sans aucun respect du privilège des provinces.

De célèbres textes y rendent aux Bretons leur mémoire. Ce sont les incontournables: La Légende de la mort d'Anatole Le Braz, Le Foyer breton d'Emile Souvestre, L'Ame bretonne de Charles le Goffic, les Gwerzou de Luzel ou encore Paul Sébillot. Sans oublier le joyau poétique du Barzaz Breiz, admiré par George Sand, tous ces poèmes collectés inlassablement par le vicomte de La Villemarqué.

C'est bien une bibliothèque de militant, celle qui fait sa place à Feiz ha Breiz (Foi et Bretagne), Stur (Le gouvernail), Kornog (Occident), Seiz Breur et Gwalarn (Vent d'ouest), la grande revue littéraire. Dans ces revues, Mona Ozouf apprend à connaître Tchekhov, Eschyle, Hawthorne, et se rend compte que la langue bretonne excelle à en rendre les subtilités.

Mais la Bretagne c'est aussi un ailleurs proche, celui des Celtes, de l'Ecosse, du Pays de Galles, de la Cornouaille, de l'Irlande. Viennent à la rescousse les Mabinogion, « véritable expression du génie celte », selon Renan, et le Kalewala, oeuvre finnoise auquel le Barzaz n'a rien à envier. L'adolescente découvre la lutte clandestine irlandaise avec Le Dénonciateur de Liam O' Flaherty et l'hostilité viscérale aux Anglais dans Le Baladin de Synge dont les Iles Aran sont l'oeuvre culte. Deux livres marqueront pour toujours la jeune lectrice. D'abord les Contes et récits d'Outre-Manche avec ses personnages inoubliables, l'enfant Taliesin, Luned, Olwen, et bien sûr les héros de La Table ronde, dominés par Merlin et Arthur. Le second ouvrage, de James Stephens, s'intitule Le Pot d'or et raconte la quête d'enfants disparus que recherchent les « Side », des créatures invisibles. Si plus tard Louis Guilloux entreprendra de remettre à leur plus juste place cette « celtitude idéale et amplement fantasmée », il n'empêchera pas la lectrice de rendre hommage aux « grands Bretons, en dépit de leur appartenance indiscutable à la littérature française », les Lamennais, Chateaubriand, Renan, dont la lecture précoce lui laisse « des images plus que des idées ».

Tous ces ouvrages sont des manifestes éclatants contre les « Parisiens » qui ridiculisent la Bretagne, ce Mérimée qui raille une langue qu'on ne peut « parler qu'avec un bâillon dans la bouche » et cette méprisante Mme de Sévigné qui eut le front de dire: « Mea culpa, c'est le seul mot de français qu'ils [les Bretons] sachent. »

C'est contre le stéréotype du « Breton honteux », contre Bécassine chez Mme de Grand Air que s'élèvent les piles d'ouvrages de la bibliothèque paternelle. Mais cette identité bretonne revendiquée  « était un projet encore plus qu'un constat, un avenir davantage qu'un passé. » Complexité d'une attitude que Renan résume ainsi dans ses Souvenirs: « J'aime le passé mais je porte envie à l'avenir. »

Dans ce qu'on peut appeler à bon droit des mémoires, d'autres pages sont passionnnantes et notamment celles qui décrivent les deux écoles, l'école de la France et celle de l'Eglise.
Quand Mona Sohier entre à "la grande école", elle découvre la fin de la solitude et la "merveille" qu'elle représente: "nous rendre pareils". C'est une école "ni urbaine ni vraiment campagnarde, un espace neutre, qui neutralise tout ce que nos vies ont de couleurs particulières". Elle aimera tout de l'école et notamment les maîtresses, même si elle sait déjà lire quand elle entre au cours préparatoire; elle lui procurera "un sentiment de profonde sécurité affective", qui vient sans doute de son "credo central, celui de l'égalité des êtres". Certes, elle éprouvera "une inquiétude fugitive" devant le silence de cette école sur le monde breton de la maison mais à cette abstention des institutrices de Plouha, elle ne veut pas prêter des "raisons lourdement idéologiques". Elle préfère mettre cette attitude sur le compte de leur "indolence", d'une "imperméabilité aux consignes pédagogiques" et d'un "enseignement sans invention". A cette époque, il était évident "qu'à l'école, c'était la France qu'il fallait apprendre". Elle en aimera la grande carte géographique de Vidal-Lablache, les images des châteaux de la Loire, "les deux Jeanne, celle de Rouen et celle de Beauvais". Avec la vision d'une France  "présentée comme une personne [...] et comme un pays qui avait cessé d'être un royaume pour devenir une patrie", elle n'eut jamais le sentiment qu'on lui enseignait une Histoire falsifiée, "c'était seulement une autre histoire, et ni là ni ici je ne demandais d'explications, dans la certitude que rien ne devait relier les deux mondes." Un seul accord pourtant entre les deux, la "Grande Guerre" même si "la maison voit la guerre comme une calamité, un détestable dernier recours, et soupçonne la France , quand une guerre survient, d'y expédier en priorité les paysans bretons".
Sa grand'mère (toujours elle!) se fera la « majestueuse messagère entre l'école du diable et la maison du Bon Dieu ». Alors que l'école publique, c'est « l'égalité sur les bancs », l'église pour la petite fille de la Laïque représente « le lieu de l'inégalité »; dans l'église de Plouha, les « filles des Soeurs » n'occupent-elles pas les bancs de devant tandis que les filles de l'école publique occupent les bancs du fond? Et il en va de même pour les garçons! Quant à l'apprentissage du catéchisme, il est marqué par la récitation « par coeur » et par l'incompréhension totale devant les questions « que le petit livre blanc égrène ». Formalisme d'une « religion froide »qui trouve son point d'orgue dans les séances de confession consistant en une longue « liste acceptable de péchés ». Sous la houlette du père Dagorn qui martelle « avec un fort accent breton: « Celui qui vient au catéchisme sans son catéchisme est comme le chasseur sans son chien», l'approche de la foi se résume à un « enseignement mécanique »dans un lieu « sans douceur ».

Ainsi, entre l'école, l'église et la maison, « les croyances sont désaccordées »: à l'école, on célèbre les gloires que la maison méprise, on fait flotter le drapeau tricolore mais on cache surtout le noir et le blanc; à l'église, on doit prier pour un ciel qui demeure vide; à la maison, il ne faut pas nécessairement applaudir à tout ce qui est niaiseries bretonnantes ou « bretonneries ». Et Mona de se demander: « Où donc était le beau, le bien, le vrai? » Et si « le dernier mot rev[ient] presque toujours à la maison », ce n'est pas sans malaise. Comment s'y retrouver quand l'école, « au nom de l'universel », ignore et humilie le particulier et que la maison, « au nom des richesses du particulier », conteste l'universel mensonger de l'école? Dilemme, paradoxe résolus par un « Et pourtant ». Le dernier mot revient une fois encore à la grand'mère: « La Bretagne vivait à la maison en la personne de ma grand'mère, et pourtant c'était elle qui m'entretenait de la France. »

L'avant-dernier chapitre du livre est consacré à « l'éloignement ». Evocation de la guerre qui demeure un peu lointaine à Plouha, installation à Saint-Brieuc marquée par l'inquiétude de la dispersion familiale, découverte de l'étoile jaune, exécution en 1943 de jeunes lycéens qui ont abattu en gare de Plérin un soldat allemand, souvenir élogieux des professeurs enthousiastes du collège Ernest-Renan, rencontre féconde avec Renée Guilloux, professeur de Mona en troisième, et femme de Louis Guilloux, qui devient pour elle un « indicateur de lectures », éloignement progressif de la « matière de Bretagne ». Puis ce seront l'hypokhâgne de Rennes, la khâgne à Paris, L'Ecole normale supérieure, la tentation du Parti communiste, tout un apprentissage intellectuel et humain qui se conclut, semble-t-il, par la conviction de la « similitude universelle des êtres humains ». Il apparaît alors à l'auteur que « la foi de l'école » l'a « emporté décisivement sur celle de la maison, l'idéologie française sur les attaches bretonnes. »

Dans le dernier chapitre, qui a donné son titre à l'ouvrage, Mona Ozouf élargit son propos et redevient la grande historienne que l'on connaît en brossant un tableau saisissant des affrontements révolutionnaires, le triomphe du jacobinisme à l'origine de « la défaite des particularités ». Elle montre par ailleurs comment plus tard existera chez Jules Ferry « un sentiment aigu de la France profonde » et elle écrit: « [...] le localisme contredit le régionalisme. Plus on multiplie sur le territoire français les différences menues, et moins on peut craindre de les voir s'agréger en groupes menaçants, animés d'une volonté de séparation. L'unité française ne risque pas de s'y dissoudre, mais elle y multiplie et y affermit ses ancrages. » Elle considère que progressivement s'est « poursuivi l'assouplissement du modèle jacobin » imposé de force par la Révolution et que « la République s'est enracinée en prenant appui sur les particularités locales. »

Au terme d'une réflexion particulièrement limpide et pertinente, elle renvoie dos à dos universalistes et communautaristes, en accordant la primauté à la voix de l'individu qui devient « le narrateur de sa vie ». La narration libératrice « fait de la voix « presque mienne » d'une tradition reçue la voix vraiment mienne d'une tradition choisie ». C'est ce choix salutaire et porteur d'espoir qu'adopte l'historienne Mona Ozouf, contrevenant ainsi à la consigne impérative d'objectivité de l'historien, et créant magistralement peut-être un nouveau genre, celui de « l'ego-histoire », comme l'a si justement appelé Alain Finkielkraut.

                                                                                                             Le 08septembre 2009                              

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2 septembre 2009 3 02 /09 /septembre /2009 22:06

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Cela aurait pu aussi bien s'appeler Ritournelle de la fin. Car c'est bien de la fin, des fins, des chutes des mondes connus de la narratrice (Ethel Brun, avatar de la mère de Le Clézio, à qui cette fiction autobiographique rend hommage), et que celle-ci nous conte, dans le dernier livre de « l'homme aux sandales de vent ».

Fin de l'adolescence et de l'amitié amoureuse pour Xénia Chavirov, naufragée de la révolution russe, qui disait avec fermeté: « Les souvenirs, ça me donne mal au cœur. Je veux changer de vie, je ne veux pas vivre comme une mendiante. » Celle avec qui Ethel avait dansé dans l'atelier de couture de la comtesse Chavirov et qui l'avait embrassée avec fougue « tout près du coin des lèvres ». Celle encore qu'elle avait revue après la guerre, mariée avec le beau Daniel Donner, mais qui avait perdu cette « odeur de pauvreté » qui l'émouvait tant autrefois. Tout s'était terminé dans la banalité. Peut-on passer sa vie à admirer une icône?

Fin de Monsieur Soliman, son grand-oncle très aimé, qui lui avait donné les rêves de construction de la Maison mauve, dans le jardin de la rue d'Armorique. Il avait eu beau faire de sa nièce sa légataire universelle pour la protéger des folies financières de son père, Alexandre Brun s'était empressé de dilapider aux quatre vents la fortune de sa fille.

Fin de la nostalgie de l'île Maurice, le monde définitivement englouti d'Alexandre, lui qui se croyait « de la race des seigneurs, descendants des maîtres et des Grands Mounes qui pliaient l'univers selon leurs désirs. » Ses rêves de grandeur et de richesse s'étaient achevés misérablement dans un appartement niçois sous les toits, où il était mort d'un œdème du poumon, recroquevillé dans son vieux fauteuil de rotin.

Fin du trio familial formé par Alexandre, Justine et Ethel, leur fille, qui s'était un jour rendue compte qu'elle ne les aimait pas: « C'était un lien. Peut-être une chaîne. ». Ses parents dont elle ne saurait jamais « comment ils s'étaient rencontrés et ce qui leur avait donné l'idée de mettre une fille au monde. » Ce couple enfin sur qui planait l'ombre de Maude, ancienne demi-mondaine, qu'Ethel avait retrouvée sur un marché ramassant des épluchures et vivant dans le sous-sol de la villa Sivodnia, à l'odeur de « pisse de chat et de misère ».

Fin de l'univers feutré et mondain du salon de la rue du Cotentin où les Brun recevaient « chaque premier dimanche du mois à midi et demi ». « Les volages, les « artistes », les affairistes, les margoulins, les prédateurs » y préparaient, dans leur ignorance bestiale et leur superbe anti-juive, anti-nègre, anti-arabe, leur naufrage et leur châtiment.

Fin du peuple juif, révélée par l'intermédiaire de Laurent Feld, « un Anglais aux cheveux roux et bouclés, joli comme une fille », celui qu'Ethel suivra au Canada après leur mariage. Celui-là même qu'elle avait conduit à l'allée des Cygnes sous l'arbre éléphant, « d'où l'on voit très bien la tour Eiffel ». Il n'avait pas voulu y rester ; juste en face, c'était le Vél'd'Hiv, où sa tante Léonora avait été parquée avec tous les Juifs de Paris, pour être ensuite déportée vers Drancy et les camps de la mort.

Comme le Boléro de Ravel, « pièce musicale favorite de la mère de Le Clézio, « qui raconte l'histoire d'une colère et d'une faim », le dernier opus de son fils, qui tisse destins particuliers et grande Histoire avec la sensibilité retenue qu'on lui connaît, laisse son lecteur abasourdi d'émotion, dans un silence d'apocalypse.


                                                                                                                                         Le 27 juillet 2009

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2 septembre 2009 3 02 /09 /septembre /2009 21:52

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Le monde des gitans n'est guère un thème fréquent en littérature et rares sont les romanciers qui en font le sujet de leurs œuvres. C'est pourtant le choix d'Alice Ferney qui décrit dans ce roman la vie d'une famille de gitans français sédentarisés depuis quatre cents ans et ayant perdu ce qui leur permettait de vivre, notamment l'art de la vannerie; en fait des êtres « en dehors ». La grand'mère Angéline, le chef de clan, ne dit-elle pas, en évitant de parler de l'holocauste: « On nous croit disparus […] Mais on est bien là, Dieu! »? Grâce au talent de la romancière, nous pénétrons les pensées et les désirs souterrains de ces éternels voyageurs que la société rejette.

Nous découvrons leur camp, installé sur un ancien potager déclaré inconstructible: « La terre, pleine de fondrières, était incrustée de verres cassés, de morceaux de pneus et de bouts de ferraille. Des portières de voitures démolies servaient de pont sur les grandes flaques qu'apportait la pluie. Une poubelle municipale scellée sur un socle de ciment débordait. Un pommier finissait de mourir dans le sol pelé, couvert de détritus et d'un peu de bois pourri. »

La romancière brosse un superbe portrait de la grand'mère: « La vieille n'avait pas encore soixante ans. Mais, si la vérité est bonne à dire, elle portait bien son surnom. Son visage était fendu de rides si profondes et nombreuses qu'on aurait dit une maladie de peau. A la regarder de près, on avait mal à sa place. Elle ne soufrait pourtant de rien et les ans difficiles, qui l'avaient précocement vieillie ne l'avait pas tuée. Elle en concevait un orgueil sympathique. Elle était en vie, envers et contre le monde et le froid, elle avait un furieux désir de continuer à voir ce spectacle de la terre, du vent, du feu sous les nuages, des nuages même, et des nouveaux venus qu'elle avait engendrés dans cette bourrasque. » Dans ce roman, la grand'mère a cinq fils dont un n'est pas marié et dont un autre sera interné dans un hôpital psychiatrique. Ils vivent tous avec femmes et enfants autour d'Angéline: « C'était une tribu: personne n'était jamais seul et chacun se mêlait aux autres. »

Les femmes du clan n'ont guère un destin enviable: Lulu doit hurler dans l'hôpital pour qu'une sage-femme condescende à aider Misia à mettre son fils au monde; Héléna, que Simon son mari frappe « comme s'il fendait du bois », le quitte avec ses filles, malgré l'amour qu'elle lui porte; Misia perd son fils Sandro, renversé par une voiture qui s'enfuit impunément, et Nadia fait des fausses couches à répétition dans sa caravane éclaboussée de sang. Pour elles, « Tout est écrit et les destins sont irrésiliables. » Il ne leur reste que l'amour de leurs hommes qui leur donne « ce plissé extatique et douloureux qui est le sourire des saintes » et la tendresse qu'elles éprouvent pour leurs enfants, « leur peau douce, la chaleur de leur ventre et cette manière qu'avaient les facultés d'apparaître les unes après les autres et de [les] conduire à l'émerveillement. »

Pour les gitans, leur vie n'est pas la plus misérable et il s'en satisfont: « Ils n'étaient pas des rampants sans feu ni lieu, puisqu'ils avaient des camions, des caravanes, et de belles femmes qui portaient de jeunes enfants. Que pouvait-on demander de plus à la vie […]? »

Au sein de cet univers de « grâce et de dénuement », une porte va s'ouvrir vers autre chose qu'ils ne connaissent pas: la lecture. Cet imaginaire inconnu leur sera apporté par Esther Duvaux, longtemps infirmière avant de devenir bibliothécaire. Elle vient vers les Gitans non par compassion mais parce qu'elle a l'intime conviction que « la vie a besoin de livres […], que la vie ne suffit pas. » Installée dans sa Renault, elle lira des histoires aux enfants, et cela, chaque semaine pendant une année. De Jean de la Fontaine à Babar en passant par Perrault, Andersen et Saint-Exupéry, son choix éclectique permettra à Esther de donner aux Gitans la clef d'un domaine jusque là inaccessible mais en même temps elle s'ouvrira à elle-même le monde de ces exclus: « Les Gitans prenaient plus que les livres, ils prenaient Esther. Les femmes se confiaient, les enfants s'attachaient et les hommes désormais s'en mêlaient aussi. Esther! Et nous alors! Disaient-ils de loin. Ils voulaient la même attention qu'elle donnait à leurs femmes. »

Grâce à l'entremise d'Esther, Anita, une des petites filles de la tribu aura la chance d'aller à l'école mais beaucoup de questions se poseront à elle. « Pourquoi tu sais pas lire grand-mère? demandait Anita. La vieille elle a jamais su lire, disait Angéline, son père il voulait pas qu'elle aille à l'école pour qu'elle devienne comme les gadjé. Esther disait: les hommes ont une langue, une écriture, une culture. Anita aimait Esther et elle aimait Angéline et elle ne comprenait plus rien. » Mais, désormais, rien ne fera qu'Anita n'aime plus les histoires dont elle embrasse le carton de la couverture et qu'elle serre contre sa poitrine.

« Dans la colère des femmes, le silence abruti des maris et les pleurs des enfants », les Gitans seront expulsés « tels des cafards indésirables », « une offense autant qu'une blessure. » Plus loin vers le sud, ils s'arrêteront de nouveau. Esther les retrouvera et reviendra leur faire la lecture un mercredi par mois. Trois autres enfants auront été scolarisés et Nadia, une des femmes, souhaitera lire un « rôman » et elle lira Petit-Bond en hiver, son préféré.

Dans ce troisième roman, récompensé par le prix Culture et Bibliothèque pour tous, Alice Ferney, dans une langue dense et imagée, nous fait partager avec sensibilité les rêves et les aspirations de ceux qu'on appelle les gens du voyage mais qui ne voyagent plus, sinon autour de leur feu. Elle nous apprend surtout que la soif de la connaissance est ancrée au plus profond de chaque être et que l'apprentissage de la lecture en est le sésame magique.


                                                                                                                                                                                          Le Le 25 août 2009

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2 septembre 2009 3 02 /09 /septembre /2009 21:29

                                                                                                       grimbert_1.jpg 

Avec Un Secret, paru en 2004, le psychanalyste et écrivain Philippe Grimbert racontait l'histoire d'un petit garçon, vivant dans l'intimité secrète d'un frère qu'il n'a pas, mais dont il découvre qu'il a réellement existé par la révélation d'un secret de famille. Ce thème du duo ou du double est modulé de nouveau dans son dernier roman, La mauvaise rencontre, dans une perspective psychanalyste, plus clairement avouée.

Loup, le narrateur, et Mando sont amis depuis leur plus petite enfance. Ils ont tout partagé, les jeux au Parc, les lectures fantastiques, les promenades au Père-Lachaise, les séances de spiritisme et les premiers émois amoureux. Entre eux un pacte: « le premier de nous deux qui passe de l'autre côté se débrouille pour faire signe à celui qui reste. » Pour le narrateur, Mando est sa force et son juge, celui qui jauge ses faiblesses, celui qui possède le courage qui lui fait défaut.

Au fil du temps, le narrateur va s'éloigner progressivement de son ami pour suivre l'enseignement d'un grand psychanalyste, le Professeur, dont il devient le disciple. Les manquements à son ami lui procurent un intense sentiment de culpabilité qu'il ne parvient pas à s'expliquer, jusqu'au jour où Mando l'appelle au secours car il est en train de basculer de l'autre côté, celui de la folie et de la mort.

Alors qu'il croyait que Mando était sa béquille et son guide, il comprend, lors de cet ultime appel, qu'il n'en était rien et que c'est lui, Loup, qui avait permis à son ami, atteint d'une psychose invisible, de survivre. Il fait alors sienne l'explication du Professeur: « On ne devient pas psychotique, on l'est! » La manifestation des symptômes se fait à l'occasion de ce qu'il appelle « la mauvaise rencontre », la psychose étant explicitée par cette image: « Tous les tabourets n'ont pas quatre pieds, il y en a qui tiennent debout avec trois. Mais alors il n'est plus question qu'il en manque un, sinon ça va très mal! » Loup se rend compte qu'il a été le « bouclier contre [la] folie » de Mando, folie qui exigeait une amitié pure et sans tache. Quand Loup fait défaut à son ami, ce dernier n'a plus aucun garde-fou contre son mal et sombre. La dernière phrase du journal de Mando l'atteint en plein cœur: « Loup passe tout son temps ailleurs, trois rendez-vous manqués, lui dire adieu.»

Tenté de poursuivre le journal de son ami qui s'est jeté par la fenêtre de l'hôpital, Loup y renonce in extremis et se demande alors quel est celui qui a fait la mauvaise rencontre. En effet, convaincu que « l'amitié vraie: [c'est] être l'autre absolument », Loup a la tentation de coucher sur le papier ce que Mando aurait pu écrire; il échappe à cette envie mortifère dans un ultime sursaut de survie, car dans le miroir qu'il ne veut plus regarder, il y a le visage de Mando « vers qui [il] a failli basculer. » Une autre main prendra la plume, celle de l'écrivain qui raconte cette histoire... laquelle est peut-être la sienne!

Cet ouvrage qui se lit d'une traite est une passionnante réflexion sur une amitié que la révélation tardive de la maladie métamorphose en une terrible expérience de douleur et de culpabilité. Avec l'analyse lucide du spécialiste et la sensibilité de l'écrivain, Philippe Grimbert nous dit comment une vie peut se construire sur le mensonge et qu'on ne connaît jamais l'autre, fût-il son ami le plus proche.

                                                                                                                                                                                                   Le 31 août.

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2 septembre 2009 3 02 /09 /septembre /2009 15:57

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Encore un livre sur le nazisme et la Shoah, dira-t-on. Après La mort est mon métier, après Nuit et Brouillard, après Si c'est un homme, après Le choix de Sophie, après Les Bienveillantes, est-il possible d'ajouter encore à l'indicible?

Dans son troisième roman, Fabrice Humbert réussit pourtant ce tour de force de plonger dans le Mal absolu du III° Reich avec une puissance de suggestion et une émotion qui forcent l'admiration, venant d'un si jeune écrivain.

A l'occasion d'un voyage au camp de Buchenwald, un jeune professeur, qui enseigne dans un lycée franco-allemand, découvre avec stupeur la photo d'un détenu qui ressemble à s'y méprendre à son propre père Adrien. Il n'aura de cesse de découvrir qui est cet homme et ouvrira la boîte de Pandore d'un secret de famille longtemps dissimulé par tous les membres de sa famille, et par son père au premier chef!

On ne peut qu'admirer la façon dont se fait la révélation au terme d'une quête qui associe habilement les recherches sur le terrain, la consultation des archives, la rencontre avec des témoins de l'époque, la confrontation avec un père dont le narrateur croit qu'il ignore tout et qui a fait justice à sa manière, bien avant lui. Les thèmes de la filiation et de la bâtardise sont traités avec pudeur et sensibilité, tant à travers le personnage du père Adrien, qui laisse son fils mener sa propre enquête, sans jamais lui fournir un seul indice, qu'à travers le grand-père Marcel Fabre, dont le narrateur porte le nom, et qui se confie à son petit-fils au moment de mourir, dans des pages pleines d'émotion.

L'existence et la mort du prisonnier de la photo, David Wagner, grand-père du narrateur par le sang, sont décrites avec une puissance de suggestion que l'on n'oublie pas. Des personnages terrifiants surgissent sur le devant de la scène. Il y a l'homonyme du détenu, le médecin SS du Revier, le docteur Erich Wagner et sa « Parabole du Juif », préfiguratrice de la mort de David Wagner par injection de poison. Il y a surtout Ilse Koch, l'épouse du commandant du camp, amazone sadique, cravachant ou bastonnant les détenus au gré de son bon plaisir, « une créature d'un autre monde, absolument inhumain ».

Car l'intérêt du livre réside essentiellement sur une réflexion sur la violence, violence institutionnalisée du III° Reich, mais surtout violence intime, celle que chacun porte en soi. Force qui pousse les bourreaux à martyriser ceux qu'ils ne considèrent plus comme leurs semblables; pulsion irrépressible d'un Français qui dénonce son « gendre juif et arriviste » parce qu'il le déteste et veut s'en débarrasser; violence que le narrateur perçoit en lui quand il tabasse un passant dans la rue ou quand il se souvient de n'avoir rien fait pour empêcher qu'un copain d'enfance, Richard, ne devienne une tête de turc.

Dans ce très beau roman, Fabrice Humbert « fait le tour de sa double famille », raconte « l'histoire banale et terrifiante d'un homme qui voulait épouser une femme pour de l'argent, qui en aimait une autre parce qu'il l'aimait et qui fut déporté dans un camp par son futur beau-père ». En partant en quête de sa généalogie familiale, il « écout[e] les résonances, [il] tress[e] les fils de la violence » et revient sur le destin européen. Ce faisant, il écrit un livre puissant dont on ne sort pas indemne.

                                                                                                                                                                                          Le 11 août 2009

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2 septembre 2009 3 02 /09 /septembre /2009 15:37

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Si, comme le disait Sénèque, « Voyager n'est pas guérir son âme », voyager peut cependant la ranimer. C'est ce sentiment de nouveau souffle que l'on peut éprouver à la lecture des impressions de voyage de ce jeune écrivain de 31 ans, parti « à marche forcée » un beau matin d'hiver sur le Trakt (Le Moskovsky Trakt, autrement dit la plus longue route du monde, qui va de Moscou à Vladivostok). Dans le sens inverse, il suivra la voie de chemin de fer, sur des milliers de kilomètres sur l'asphalte brûlante, dans la raspoutitsa gluante ou la taïga emmoustiquée, à raison de quarante kilomètres par jour.

La division du livre nous permet de suivre un itinéraire qui va de Vladivostok à Kazan, le trajet-aller par le Transsibérien étant évoqué en guise de prologue et d'une manière elliptique par le biais d'un poème qui dit le vol de son pécule aux environs de Moscou. Après, on se sent plus léger!

Plus léger pour de belles rencontres qui laissent inévitablement un goût d'inaboutissement. C'est un jeune berger nomade, surgi de nulle part, et qui a « la saveur d'une simple présence " . C'est Alexei, l'amoureux de la France, qui laisse « le souvenir d'un ami cher qu'on ne reverra jamais ». C'est Sacha, le porteur d'eau, confiant au voyageur en guise de viatique des vers d'Essenine. Des compagnons de rencontre d'une terra incognita: Youri le chasseur fier de ses trophées préhistoriques, Sacha aux limites des terres qui garde les engins de ceux qui travaillent au pipeline, et les bûcherons aux mains tatouées qui ont connu l'horreur indicible du goulag. Tous ces frères du voyageur qui lui ont accordé « l'humble abri, un peu de thé noir, la chaleur d'un vieux poêle, le bois souple d'un banc de mélèze, un sourire fraternel... et à qui il rend hommage. Beauté d'un livre qui porte haut « l'universalité concrète », chère à Claudio Magris, cette capacité des poètes à trouver de l'universel dans les réalités les plus humbles et les plus immédiates

Mais que serait le voyage sans les silhouettes féminines qui l'adoucissent et l'illuminent? Des hôtesses sont toujours sur le chemin: images de la jeune femme de Taïkang qui prend soin du marcheur et de la petite fille malicieuse qui lui propose eau chaude et gros édredon dans la bâtisse qui embaume les peaux d'orange. Le voyageur n'a pas oublié non plus la sollicitude souriante d'Irinka derrière son bar, le conjurant de se coucher tôt. « Dans une camaraderie sans fard », il a bu le tord-boyaux avec Jenny l'Américaine et il a valsé jusqu'à l'aube avec Svieta, « jeune houri cosaque, toute de cuivre et d'ivoire ». A Irkoursk, n'a-t-il pas envié Aurélien, dont l'épouse Elena, « de longs yeux de Chine [...] sous une crinière afghane », s'étirait sur un sofa? A dix verstes d'Irbit, alors qu'il est assoiffé, la belle Irina tombera à point nommé pour lui offrir l'hospitalité de sa petite Lada verte. Et il se souvient de toutes celles embrassées sur le coin des lèvres « pour être poli » et de celles qui vous font chavirer « sur le le parquet de pin clair »...

Dans ce récit, on rencontre des hommes, des femmes, tout un « petit peuple » russe dont on ne sait pas grand'chose, mais aussi une nature magnifique et violente. Et c'est un des grands atouts du livre que de nous la faire découvrir, changeante et diverse, au gré de la marche et des saisons. Le paysage n'est jamais comme l'indiquent les cartes, le vert y est gris, le jaune aussi, et on se demande si le cartographe est allé sur le terrain!

D'abord, il y a le froid: « Le bitume gelé trace une ligne sombre, troublée par le blizzard. » La marche est harassante, là où « le vent chasse neige et poussière en cinglants tourbillons » Si parfois « l'air est sec et cristallin », c'est plus souvent « les flocons qui tourbillonnent en un opaque essaim » Croire que la première pluie est annonciatrice du printemps est un leurre; la route sera longue avant son arrivée. Il faudra traverser la steppe aride, là où «Gengis Khan rassembla la horde qui défia et défit les Han », errer dans les villes balayées par les vents, être giflé par la bise, se fondre dans les brumes. Il faudra s'embourber dans les marigots, et dans la nuit dont la glace « inocule son venin », « l'âme aux abois », faire la rencontre angoissante d'une ourse et de son petit. Quand le printemps s'annoncera, attention, il le fera accompagné de « tout un microcosme démangeur qui pullule aux sous-bois ». Pourtant, hommes et animaux sortent de leur longue hibernation: « les femmes se promènent sur des télègues à grelots et « mille chevaux et demi paissent »: « derrière la haie sauvage piquée de gratte-culs rouges, sur l'herbe jaune, un chanfrein alezan, deux yeux grands ouverts et des naseaux rosés... immobiles. La bête gît sectionnée, à mi-corps, juste en deçà du garrot. L'arrière manque. L'ours. »

Ce n'est qu'à Atsagat que le printemps naît enfin. Renaissance des couleurs et des senteurs sur les rives de la Bolchoï Rietchka, craquement des plaques de glace « qui viennent gratter les galets », « mystère immense et merveilleux » du lac Baïkal, explosion des « bourgeons vert vif » après une bourrasque mémorable: « Le métal hurlait, l'eau grondait, la boue dégueulait, mais le tabac n'en avait que plus de saveur. »

Aux marches de Vidrino, le soleil se met à taper dur et, à l'étape sur les bords du lac, le voyageur se croit sur les bords du Loch Ness; il anche sa bombarde et se met à sonner la diane! Après Arshan adieu au « grand Baïkal »; on est dans la taïga, « c'est là que traîne le cri des loups […], cri mélancolique, effrayant », et le voyageur ne s'écarte pas de la voie; « on est toujours bien assez près du cri »!

De belles visions jalonnent la route vers l'Angara: « L'aube n'a pas encore paru que le monde s'éveille et me tire du sommeil. Le grondement des galets. Un lueur sur les eaux. Des chevaux boivent […] Au milieu de l'onde, une barque se berce, inondée de lumière. Les poissons attirés se laissent prendre au filet, hallucinés. C'est un drame étonnant, presque immobile dans le presque silence. » Car le marcheur a une âme de poète et voit Dieu à l'œuvre derrière la beauté du monde: « L'Angara se diapre de lumières douces ou vives, se drape de gaze ou chatoie, selon les heures, au gré de ses humeurs... Le chemin trace une ligne douce entre les collines où il fait bon marcher et flâner. Toute la Création se déploie, palpite et se meut insensiblement, telle la main de Dieu au-dessus du néant. »

En Sibérie, de nouveau, les moustiques passeront à l'attaque, tout comme à Strachna une « bande de marlous » qui dévaliseront le marcheur sous son églantier, lui laissant les dents vacillantes mais avec sa croix de « vieux-croyant, fidèle, qui avait refusé d'aller au diable. » Ensuite, ce seront les grandes eaux, les rivières dégorgeront, les vaches surnageant tant bien que mal, et le voyage se poursuivra vers le nord.

Sous le soleil de la taïga, « Pas une ombre. La mienne crève sous mes pieds. » Solitude de celui qui marche là où « ça fond comme des cendres sur le visage où le sel dégoutte. Et l'air qui vacille au ras du sol... » Accompagné de Sacha, le marcheur sera de nouveau face à face avec un ours tandis que son compagnon répète: « Prekrasna... Prekrasna... » (Magnifique).

Après Tchounsky, il rencontrera des bûcherons qui vivent une sorte de « rêve de Robinson » dans une isba, où rien n'est superflu. Parenthèse sylvestre de bonheur pur. Des papillons volètent dans les cheveux tandis que Kolia brandit un « magnifique coq-lyre, tout chaud, palpitant encore. »

De Kanksk à Omsk, ce seront les taons, « des cyborgs miniaturisés » et quarante degrés sur des champs à perte de vue. Vers la fin du voyage, sur « le chemin d'essoufflement » se posera la question de savoir s'il vaut mieux « vaquer dans le sous-bois en maudissant la grand'route ou crever sur celle-ci en rêvant de campagne». La réponse sera donnée par la nature elle-même, rassemblée pour « acclamer le pèlerin: « Il y avait le loup bien sûr, qu'on entendait au loin; l'ours, à l'aplomb des cimes oscillantes; le coq-lyre et ses cris fabuleux; la corneille fière, en gilet de flanelle; le lièvre véloce, oreille à l'orée; l'écureuil mutin et son costume rayé; la vache placide, qui annonçait l'homme... »

Après avoir atteint « l'ancienne grand'route, le voie des tzars... et des bagnards », se nourrissant de baies, d'oignons sauvages et de pain, tout en savourant « l'amertume d'une feuille de pissenlit », le marcheur n'aura de cesse de voir apparaître « cette ligne aérienne, d'asphalte détrempé, qui dégoutte contre les grands pins... Iekaterinbourg... L'Oural, enfin. »

Certes, son rêve de traversée continentale trouvera son terme aux rives de Kazan: « Je ne chanterai pas le Baltikum, ni les sables de Courlande, ni les forêts de Poméranie », mais, au plus près d'une nature violente et sauvage, il nous aura donné une hymne magnifique à ces terres mystérieuses mais aussi dévastées.

Car la dévastation, le voyageur nous la dit à travers la descriptions des villes: « Partout le béton soviétique a laissé sa marque dure à l'érosion. » Dans le port de Suifenhe, où les buildings ont poussé d'un coup, « macèrent la pègre et le vice ». Les « villes apoplectiques » brassent leur « magma de misère », elles sont « nue[s], sale[s] et désolée[s] ». Ce sont des « constructions enfantines, émanées d'un cauchemar » comme à Mandchouli, ce sont des villes maudites comme Daouria « écrasée pour avoir oser défier l'ogre rouge », c'est Sosnovo fêtant le 9 mai « la victoire- acquise au prix dérisoire de vingt-cinq millions de morts- de l'épatant Koba (Staline, dit « l'ours ») sur l'affreux Dudule » (Surnom donné en France à Hitler), c'est Tobolsk avec sa « fureur mécanique et ses traînées de soufre, l'asphalte dur et ses murs de ciment, les artifices de la ville et ses brondissements. » Traversant ces villes violentées par plus de cinquante ans de communisme, le voyageur dresse ainsi la géographie d'un pays mutilé et détruit par une idéologie mortifère.

Aucun fanatisme n'est épargné. Ainsi, à Longjiang, Mao en prend pour son grade: « […] Dans la bourrasque, seul le Grand Timonier, l'inénarrable dompteur de tigres en papier, l'ineffable bienfaiteur de l'humanité, se dresse sur son piédestal, majestueux et débonnaire, pour extorquer au ciel quelque lendemain chantant. »

Il en va de même pour Lénine, dont la tête sculptée monumentale a le dérisoire honneur du Guinness Book: « Les Soviets ont perdu la boule. Du coup, ils en ont fait une statue. […] C'est la plus grosse du monde. […] C'est la tête à Lénine. Ça ne manque pas de sel quand on sait qu'il l'avait petite... une « petite tête jaune aux méplats de Mongol » [selon Claude Simon]. Mais ça ne se dit pas. Un si vaste esprit! […] le drame se joue. Quelque part dans les ténèbres de cet immense petit crâne. C'est un songe. C'est l'infini. C'est une tragédie. C'était... C'est fini. »

Quant à la maison, toute de guingois, du géant Raspoutine au magnétisme pervers, n'est-elle pas le symbole de l'écroulement du régime tsariste? « Elle [la babouchka] m'agrippe, me traîne sur le chemin et, d'un doigt noueux qu'elle redresse à grand-peine, me désigne une bâtisse noire et biscornue: l'humble crèche où, à l'aplomb de la météore de passage cette nuit-là, naquit Raspoutine, le vilain petit messie. »

Outre la description de la nature sauvage et des villes violentées, l'ouvrage passionne à bien d'autres égards, notamment grâce à l'émotion. Celle-ci surgit au détour d'une page alors qu'on ne l'attend pas, affleurant souvent derrière le regard lucide du voyageur: «  […] Sur le bas-côté, d'autres tristes cippes; crève-cœur de marbre ou de toc, réguliers comme des bornes kilométriques. Ici, cloué à l'arbre, un volant. Là, dans un vieux pneu, des fleurs synthétiques. Plus loin, sur un banc couvert de neige, un ryumka de fer blanc (petit verre à vodka); pauvre Kolia, mort à vingt ans... » Traces dérisoires du passage de l'homme dans un cimetière dont la mélancolie serre le cœur.

Dans la petite isba de Robinson, Kolia prépare le dîner et Andreï retient le voyageur quand ce dernier veut servir le bouillon: « Kolia aurait détesté qu'on le prît en pitié à cause de sa main coupée. L'Afghanistan. Saloperie. La honte et l'amertume. Et cette main absente... Dire qu'il faudrait se rappeler ça chaque jour, jusqu'à la mort. » Quelques lignes, et tout est dit de l'absurdité de la guerre!

A Taïchet, on rencontre Philémon et Baucis, unis par-delà la mort et la description est poignante: « Sous une casquette de cuir usé, sur une chaise antique, se recroqueville un petit vieux tout sec. […] Il est là, immobile, près de la voie de fer abandonnée aux herbes, posé sur l'herbe. […] A ses pieds une femme est couchée, une petite vieille, toute sèche et noueuse, au pied de la canne, sur l'herbe molle. Elle a les yeux fermés. Il a fermé les yeux. C'est ainsi qu'un petit vieux veille sa petite vieille, tombée près du marché, aux marches de Taïchet. » 

Ou encore, cette réflexion pleine de sensibilité sur le passage du temps: « A Tara. Tara... Où la pluie noircissait le bois chantourné des vénérables isbas qui s'affaissaient, s'enfonçaient dans la terre gorgée d 'eau. Plusieurs siècles avaient passé sur elle... et combien de froids hivers... La patine du temps les teintait de mélancolie, et quelque chose comme un regret me les rendait amères. Ce monde, réprouvé... et sa beauté... sabotée. »

Et pourtant, au pied de l'iconostase, Yossip le charpentier s'émerveille: « Le parfum du pin fraîchement scié vaut tous les encens de Rome! » Et le voyageur de commenter: « Oui, ce parfum... ce parfum est celui de la vie, de la résurrection, de cette résurrection que tant de ruines implorent des fins fonds du pays. Je m'assieds à ses côtés, en silence, face à l'icône sainte, bienveillante, rayonnante de grâces... » L'émotion est ici empreinte d'espérance.

L'émotion est cependant modulée par l'humour et auto-dérision qui donnent à l'ouvrage saveur et vivacité. Le ton en est donné dès le prologue, alors que le voyageur vient d'être dévalisé: « […] Et toi qui as glissé ta main sous le coussin, sois béni! Brave moujik, tu sais bien, ô sage, que ton frère qui n'a plus rien ne saurait être châtié dans ce qu'il n'a pas... » On ne saurait être plus philosophe!

On appréciera de même cet autoportrait savoureux qui succède au portrait du « bougnat mandchou » et qui permet d'entrevoir le sort du malheureux (et courageux!) étranger: « Nous sommes tous des bougnats mandchous. Mais j'ai choisi de sacrifier le mandchou pour retrouver le bougnat. Sur la route. Car c'est là, la place du bougnat. Loin du lupanar, des gourgandines et de la bamboche. Loin du scandale. Sur la route. Par trente degrés dessous zéro. Dessus la glace. Et par monts et par vaux. Et qu'importe le vent coulis. On a tous les courages, quand on est un bougnat. Faire le feu chaque lieue pour que fonde la glace, et savourer sa part. Creuser la terre gelée, à la dague, pour que la tente se tienne, et tienne en respect l'aquilon. Se coucher habillé et guetter la matin, sans dormir, pour espérer le trouver. Se lever, sale, fourbu, et reprendre le sac, tellement pesant quand le but est si lointain... » Dire le courage et la persévérance derrière la dérision, n'est-ce pas là une forme de grande modestie, sinon d'humilité?

Dans le petit apologue, dit du « Français croqué », le voyageur raconte encore une fois, à sa manière, avec un art élégant du détour, les risques réels qu'il a encourus. « Paraîtrait qu'un jeune est passé- à plus d'un titre- dans les forêts alentour. Le bruit court que le téméraire avait entrepris la promenade des Anglais, sur le bord du lac, lorsque interpellé par papa, maman et bébé ours, il ne sut faire valoir son droit de visite sur les terres de l'empire ursidé. Le pauvret fut croqué et, outre les brisées du festin, on trouva un gant de toilette sang et poils, démontrant à qui en doutait encore que Michka sait vivre et qu'il s'essuie le museau quand c'est son bon plaisir. » La Fontaine n'aurait pas dit mieux!

Ce récit de voyages retient de plus l'attention car le voyageur possède un art certain du portrait, celui de brosser les silhouettes d'un monde englouti. La famille martyre de Nicolas II se transforme en image sainte: « […] une icône. Le tzar et la tzarine, timides, auréolés d'or. Autour du couple impérial, dans des médaillons, le tzarévitch et toute la couvée, tous roses, poupons, pimpants... »

Et c'est à Kharbine que défile silencieusement la cohorte des maîtres du monde d'autrefois, englouti dans la tourmente rouge: « Et le pope soutane courbettes devant bulbes très saints dorés, et le marmot modèle costume marin raie de côté, et madame crinoline taille guêpe ombrelle et valet de pied, et monsieur moustaches fines lorgnons canne canotier, et vénérable général monté sabre éperons dorés, tout ça dispersé. On les a fait péter dans la soie. On leur a volé dans le froufrou. On peut dire qu'ils l'ont eue gratis, la dentelle. Et pas de la fine. Déportation, exécution. »

Et l'imagination de s'envoler dans une Russie de livre d'Histoire quand le lecteur découvre le superbe portrait haut en couleurs du héros déchu de Daouria, Roman von Unger-Sternberg, « aristocrate balte de lignée teutonique, général russe Blanc marié à une princesse chinoise, seigneur chamaniste, ascète sanguinaire que les Asiates vénéraient comme la réincarnation de Gengis Khan, moine-soldat qui rêvait d'une Grande Mongolie, du lac Baïkal au Tibet et de la Mandchourie au Turkestan oriental, gueux famélique traqué par les Bolcheviks jusqu'aux portes de Novossibirsk, où il fut fusillé, abandonné de tous et de Satan lui-même. »

Et n'oublions pas non plus toutes ces figures de « moujiks », dessinées en un trait de plume lapidaire. C'est au départ de Vladivostok que surgissent les « deux gueules torves et vagissantes de Sacha et Liena », préfigurations de tous les autres, qui ont poussé « comme des fleurs malingres à travers la neige, cachés des hommes dans cet exil misérable. »

Le 9 mai, à Sosnovo, on fête le soixantième anniversaire de la victoire, et la description pleine de vie et de mouvement plonge le lecteur en plein charivari. « Le Caucasien et l'Asiate [y] chopinent dans un mouvement symphonique, mêlent leurs larmes et font sans-façon la bête à deux dos » tandis que « les babouchki sanglotent amoureusement » que « la marmaille se barbouille de grosses pommes confites qui dégoulinent en rouge à lèvres » et que « les filles malignes exhibent leurs cuisses » pour « les gars [qui] jouent les marlous, la casquette sur l'œil et la bière à la main. »

Des figures de vieillards inoubliables jalonnent le périple. Après Daouria, dans sa vieille isba, le voyageur est accueilli par un personnage du plus haut burlesque, le « vieil Alexandr Ivanovitch […], superbement paré de l'uniforme à bandes jaunes des cosaques de Transbaïkalie, magnifiquement chaussé de pantoufles trouées. »

Aux marches de Vidrino, surgit «  un ancêtre étique, sec comme un coup de trique, les chicots hérissés et la barbe sauvage », tout heureux de montrer avec fierté à son hôte ses trophées de chasse. 

Le coup d'œil est d'une précision photographique lors de la rencontre avec un couple de motards qui « sirote un tilleul à la table voisine » de celle du voyageur et voilà ce qu'il en dit: « Lui, poil sale et filasse. Elle, oeil lavasse et las. Tatoués tous deux estampillés Hell's Angels. Je l'imagine guichetier au Bolchoï, versant sa larmichette sur le Lac des cygnes; elle, plutôt montreur d'ours, un ours avec un ruban à grelots et des pompons bleus. »
Le regard du voyageur est aiguisé tout autant que sa plume, qui joue de manière virtuose avec juxtaposition des termes, assonances et allitérations.

Alors qu'est réellement ce livre? Un ouvrage documentaire, un récit de voyage, une invitation à relire l'Histoire du communisme? Tout cela à la fois et bien plus sans doute car ce texte raconte l'histoire d'une recherche, voire d'une quête initiatique. Le voyageur ne s'est-il pas mis en chemin avec la Bible et ses poètes favoris dans son sac?

Le voyage prend bien souvent l'apparence de l'épreuve au désert avec tout un lexique de la souffrance et de la douleur: « Ces derniers jours m'ont épuisé. […] et la douleur et l'ivresse, l'implacable mécanique des pensées sans cesse répétées, l'obsession d'arriver quelque part, ailleurs, jusques à la torpeur... et l'espoir insensé que quelque chose adviendra qui m'ouvrira les portes de quelque lieu, de quelque temps plus clément; ces longues courses m'ont consumé. »

Dieu est partout: sous l'iconostase dorée où se confesse le voyageur, et sur la planchette où l'on dépose l'obole à Bouddha: « De ma main gicle une poignée de kopecks qui scintillent dans l'éther comme autant de gouttes d'eau cuivrées. Le prix à payer pour le passage. A peine le poids d'une âme. » Le chemin est aride et il faut payer pour en atteindre le but!

Aux abords du lac Baïkal, le vocabulaire devient quasiment mystique: « Et puis, il fallait bien qu'un larron porte un peu, en plus des siens, les péchés de ses frères. Deux jours de désert n'est pas un prix trop élevé. »

En effet, dans ce voyage épique, le surnaturel (ou le fantastique comme on voudra) n'est jamais loin et le voyageur nous confie la curieuse expérience de ce qu'il appelé « l'effet Zone ». Alors qu'il vient de faire halte dans une isba accueillante et qu'il a bien repéré le trajet de la journée (quarante kilomètres en ligne droite pour une douzaine d'heures de marche), le marcheur persévère de manière incompréhensible à s'écarter de sa route. Malgré les innombrables difficultés rencontrées, il retrouve à chaque fois « un sentier nouveau d'une nature différente », tandis que le paysage prend « une étrange tournure ». Nuages, soleil, et même son ombre, tout est « improbable » et « hallucinant ». Et pourtant, à l'heure de l'angélus (et ce moment n'est pas anodin!), il retrouve le pont qu'il avait pointé sur la carte!

Après s'être tu pendant quarante jours (et Jésus fut ce temps au désert!), « au bord de l'essoufflement », le jour de la Sainte Marie, il comprend que sa « joie plonge [ses] racines au désert » et relit une fois de plus la lettre écrite par le Frère D. , et qui fut son viatique pendant le voyage. « Sens en toi la faim du fils prodigue, reconnais en toi l'angoisse d'être loin de la maison du Père. Qu'elle te donne de l'énergie pour marcher vers toi-même. […] Accepte le passage au désert. Accepte de tout perdre. […] Que ta souffrance te rende capable d'être autrement que pour toi-même, sinon elle sera perdue. » La longue marche prend alors tout son sens, et même si le voyageur ne l'achèvera pas, il ne l'aura pas entreprise en vain.

Ainsi, avec ce premier ouvrage, Marc-Henri Picard livre un texte au ton très personnel, où l'oralité se mêle au registre soutenu dans un savant dosage, d'une haute tenue littéraire, bien éloigné des élucubrations d'écrivains de « tour d'ivoire ». Sous la morsure du gel, dans la touffeur de la taïga et l'ivresse de la vodka, un jeune aventurier épris d'absolu renouvelle le récit de voyage d'une plume incisive et sensible, tout en nous apprenant à regarder « l'étranger » comme un frère.

                                                                                                                                                                                                      Le 9 août 2009

 

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18 mai 2009 1 18 /05 /mai /2009 16:51

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Daniel Mendelsohn est surtout connu pour son œuvre magistrale, Les Disparus, parue en 2007, et saluée comme un chef-d'œuvre. Il y part à la recherche de son grand-oncle Shmiel, de sa femme et de leur quatre filles, engloutis dans la tragédie de la Shoah, afin de leur  redonner un nom et un visage.

On connaît moins son  premier  ouvrage autobiographique, paru en 1999, et intitulé L'étreinte fugitive. Il  forme avec Les Disparus et le livre qu'il est en train d'écrire, le premier volet de sa trilogie intime et familiale. On y découvre comment l'homme et l'écrivain se sont constitués. Dans sa Préface au lecteur français, il explique comment Les Disparus n'est pas « un livre sur la Shoah », mais un texte qui évoque la « relation angoissée, mais enrichissante, que le présent noue avec le passé et que le moi noue avec la famille. » Réfléchir à ces relations essentielles est vain, si on ne s'est pas interrogé sur son moi. Ce sera le fil rouge de L'étreinte fugitive.

Structuré en cinq chapitres, dont les titres sont révélateurs (Géographie, Multiplicité, Paternité, Mythologie, Identité), Daniel Mendelsohn part en quête de lui-même. Nourri de culture grecque, il tente une explication de lui-même à partir de la syntaxe de la langue grecque, fondée sur la bipolarité, sur le men et sur le de. Ce rythme de la phrase finit par structurer son être : « le monde men dans lequel vous êtes né ; le monde de dans lequel vous choisissez de vivre. » On y apprend que son existence oscille entre le monde juif, austère, hétérosexuel, procréateur et productif, et le monde de l'homosexualité, avec son culte de la beauté et sa chasse aux plaisirs toujours recommencés. « Lorsque j'écris ces deux petites syllabes en caractère romains, je commence à écrire mon propre nom.»

Revisitant les mythes d'Œdipe et de Narcisse, il reconnaît avec les Grecs que l'identité est un paradoxe et c'est bien ce qu'il vit : Juif, avec une femme et un enfant dans une rue tranquille de banlieue, semblable à celle où il a grandi, et homosexuel, près du quartier de Chelsea.

D'une réflexion sur le paradoxe du miroir à Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci de Freud, en passant par Catulle et Sappho, l'auteur revient sur ses premiers émois amoureux dans une université du Sud, en essayant de définir ce que sont les fondements de son homosexualité : « Comment savez-vous qui vous êtes ? Vous êtes celui qui aime en surimposant le même sur la différence. C'est l'étymologie de votre désir. »

Ion d'Euripide, pièce sur la filiation, donne en outre à Daniel Mendelsohn l'occasion de s'interroger sur la paternité.  Il acceptera d'incarner la figure paternelle pour le fils d'une amie célibataire. L'enfant ne l'appellera jamais Daddy mais Nanno, « un hybride, un croisement de son prénom et de nonno qui, en italien, veut dire « grand-père ».

Enfin, c'est l'Antigone de Sophocle, « la quintessence de la tragédie », l'histoire de « l'épouse de la mort », qui lui permet d'évoquer et d'élucider un secret de famille, celui de sa grand-tante Rachel, Ruchel, devenue Ray aux Etats-Unis, morte à vingt-six ans. La tradition familiale disait qu'elle était morte une semaine avant son mariage et sur sa tombe, l'inscription en hébreu disait : « En souvenir d'une fille non mariée, Rachel fille d'Elkana décédée le 22 ellul de l'an 5683 ». En fait, il apprendra qu'elle avait été mariée civilement un an avant sa mort, L'Emergency Quota Act autorisant parents, frères et soeurs d'une Juive d'Europe centrale à entrer aux Etats-Unis, si elle était mariée à un citoyen américain. Mais les Juifs orthodoxes ne l'avaient jamais considérée comme une femme mariée, car le mariage religieux célébré par le rabbin n'avait pas encore eu lieu.

C'est donc un parcours passionnant que celui de Daniel Mendelsohn qui fait aussi revivre sa mère, « l'institutrice », son père, « le mathématicien », son grand-père, le dandy raconteur d'histoires. C'est surtout un chemin très humain que celui de cet écrivain qui, à la lumière des grands mythes antiques, finit par accepter sa double identité : « Vous êtes, après tout, celui dont le nom déplie les mystères du men et du de, de la répétition qui est aussi une opposition, de l'un qui peut être aussi deux. C'est ce que vous êtes ; c'est la grammaire de votre identité. »

Et c'est cette acceptation, cette clairvoyance sur soi-même, celle du devin Tirésias, exemple de lucidité souvent cité, qui  fait la force de ce livre.


                                                                               18 mai 2009 

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30 avril 2009 4 30 /04 /avril /2009 08:00



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Alors que le romantisme de Victor Hugo développe dans de nombreuses oeuvres la foi dans le progrès humain, l'inquiétude politique et sociale, la fonction sacrée du poète et une certaine forme de messianisme, le romantisme de Musset se fonde sur le désarroi, l'inquiétude, le déséquilibre entre le rêve et la vie, l'appétit de sensations et la soif d'idéal de la jeunesse.

 

Car les héros de Musset sont essentiellement des jeunes qui sont au seuil de la vie et qui refusent d'y entrer. Fantasio, Perdican, Lorenzo ne découvrent devant eux que le vide et le néant. Leur angoisse devant ce siècle, « un spectre moitié momie, moitié foetus » est générateur de l'Ennui qui fait dire à Rolla: « Je suis venu trop tard dans un monde trop vieux. » Cet état de perpétuelle jeunesse leur permet donc tous les excès, tous les doutes et toutes les interrogations. Il leur donne aussi l'occasion d'exhiber leur plaie béante, souvent née de la trahison amoureuse. Celle-ci est en effet partout dans l'oeuvre de Musset et constitue la toile dramatique de son oeuvre; que l'on songe à Marianne, à Perdican, à Lorenzaccio...

 

Mais ce qui constitue l'originalité du personnage romantique de Musset, c'est son dédoublement, ce phénomène d' « autoscopie » qui lui permet de se projeter à l'extérieur de lui-même et de créer un second moi. « Etre soi, c'est être plusieurs à la fois. » Cette caractéristque ne consiste pas seulement en des contradictions psychologiques mais favorise aussi la contradiction et la critique du « je » du narrateur qui s'adresse à lui-même; ceci dans la poésie la meilleure de Musset, qui est l'écho conscient de ses défaites intérieures, comme dans son théâtre. Octave et Célio s'opposent mais se complètent, Fantasio sait qu'il est un bouffon mais ne s'identifie pas complètement à ce personnage, Lorenzo croit qu'il porte un masque alors que ce dernier fait partie intégrante de lui-même...Avec Musset, nous sommes au coeur de la crise de la conscience romantique, marquée par la division de la personne, unique possibilité de vérité mais qui cependant conduit à l'échec.

 

Les personnages de Musset sont ainsi à l'image de l'auteur lui-même, Janus à deux visages, l'un brillant et spirituel, l'autre tragique et désespéré. Le « vieil Arouet » et « son hideux sourire » ont tué Dieu. Dans La Confession d'un enfant du siècle ne demeure plus qu'un scepticisme glacial qui a remplacé le « vague des passions » du vicomte François-René.

 

Musset recèle donc un tempérament étonnamment moderne: ses héros sont capables d'une lucidité extrême mais ce qui les sauve, c'est la sincérité des émotions premières et « le seul bien qui [leur] reste au monde, est d'avoir quelquefois pleuré. »

 

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29 avril 2009 3 29 /04 /avril /2009 22:16

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Michel Mohrt voit dans le puritanisme et le sens du mal deux des principaux fils conducteurs du roman américain depuis ses origines. La « puissance des ténèbres » court depuis La Lettre écarlate jusqu'aux romans de John Updike. Il s'agit là d'un thème essentiel que symbolise la « baleine blanche » de Melville. Car le blanc, pour les puritains et les « pères fondateurs » est la couleur du mal...  

 

  • James Fenimore Cooper (1789-1851).

Le Dernier des Mohicans (1826) : une évocation des guerres coloniales entre Français et Anglais au milieu du XVII°siècle.

  • Harriet Beecher Stowe.

La Case de l'oncle Tom (1852) : la description des affres de l'esclavage et sa dénonciation au nom du christianisme et du droit des femmes.

  • Edgar Allan Poe.

Histoires extraordinaires (1840) : Poe détache la littérature américaine de l'anglaise, invente le roman policier de raisonnement et crée un nouveau genre de fantastique à la frontière entre le burlesque et le métaphysique.

Récit d'Arthur Gordon Pym (1838): mutinerie, naufrage et "horribles souffrances » accablent une expédition dans les mers du Sud et l'Antarctique.

  • Nathaniel Hawthorne (1804-1864).

La Lettre écarlate (1850) : dans l'Amérique puritaine des pionniers, une femme adultère est punie. Elle choisit de rester sur place et de se racheter par sa bonté.

  • Herman Melville (1819-1891).

Moby Dick (1851): récit réaliste, roman d'aventures et quête biblique, l'histoire du capitaine Achab poursuivant la baleine blanche est le chef-d'œuvre de la littérature américaine. La richesse documentaire de cette œuvre n'est nullement éclipsée par les questions métaphysiques que pose ce roman universel.

  • Samuel L. Clemens dit Mark Twain (1835-1910).

Tom Sawyer (1876) : mélodrame burlesque où deux garnements sont confrontés au meurtre et à l'erreur judiciaire dans une chasse au trésor où ils déploient leur astuce face au monde des adultes.

Huckleberry Finn (1885) : chef-d'oeuvre de l'auteur qui consiste en un parcours initiatique du jeune paria Huck, fils d'un petit blanc raciste, avec Jim, esclave en fuite. Le roman du premier écrivain américain à utiliser une machine à écrire.

  • Henry James ( 1843-1916).

Le Tour d'écrou (1898) : James explore les confins du réel pour traduire les incertitudes d'une imagination tentée par le fantastique. L'expérience équivoque d'une gouvernante  face à deux enfants y constitue l'énigme centrale.

Les Ambassadeurs (1903) : le sommet de l'art de James. Des Américains découvrent à Paris les charmes de la vie européenne.

  • Edith Wharton (1862-1937).

Ethan Frome (1911) : l'auteur s'écarte de la peinture des mœurs de la haute société pour aborder le thème tragique de la passion inassouvie dans un paysage de Nouvelle-Angleterre, peuplé de paysans frustes proches des personnages de Thomas Hardy.

  • Stephen Crane (1871-1900).

La Conquête du courage (1895) : évocation de la guerre de Sécession à travers le regard d'un jeune soldat avide de gloire, devenu déserteur par panique sur le champ de bataille.

  • Jack London (1879-1916).

Martin Eden (1909) : à travers l'histoire du jeune écrivain pauvre et rebelle, tour à tour marin et cow-boy, les thèmes majeurs du roman américain.

Theodore Dreiser (1871-1945).

Une tragédie américaine (1925) : par le maître du roman réaliste américain, une critique féroce de la civilisation matérialiste à travers une affaire célèbre qui conduisit un meurtrier à la chaise électrique.

  • Upton Sinclair (1878-1968).

La Jungle (1906) : la conversion au socialisme d'un ouvrier des abattoirs de Chicago, broyé par le capitalisme sauvage.

  • Ernest Hemingway (1898-1961).

Le Soleil se lève aussi (1926) : ou les cyniques désillusions de l'après-guerre. De beaux personnages, Le digne Jack Barnes émasculé par une blessure de guerre, le matador Pedro Romero qui fait un art du défi à la mort, Lady Brett, femme fatale, lucide et indépendante.

L'Adieu aux armes (1929) : évocation de la désastreuse retraite de Caporetto vécue par Hemingway au cours de la Grande Guerre. L'amour entre l'ambulancier Frederic Henry et l'infirmière anglaise Catherine Barkley connaît un destin tragique.

Pour qui sonne le glas a pour toile de fond la guerre d'Espagne.

Le Vieil Homme et la Mer (1952) : un vieux pêcheur cubain, Santiago, se bat farouchement contre un énorme poisson et finit par en triompher. Une fable étonnante qui a valu à son auteur une renommée universelle et le prix Nobel.

  • John Dos Passos (1896-1970).

Manhattan Transfer (1925) : le roman éclaté d'un monde éclaté : actualités, séquences romanesques, monologues lyriques se succèdent. Les vies s'entrecroisent, les mythologies américaines se font et se défont. Une épopée du XX°siècle.

  • Francis Scott Fitzgerald ( 1896-1940).

Gatsby le magnifique (1925) : « L'histoire d'un garçon pauvre dans une ville riche...Tout le sens de Gatsby, c'est l'injustice qui empêche un jeune homme pauvre d'épouser une jeune fille qui a de l'argent » : le drame de Fitzgerald dans le scintillement des Années folles.

Tendre est la nuit (1934) : l'argent sacrifie les talents et ruine les espoirs de ceux qui veulent réussir.

  • Sinclair Lewis (1885-1951).

Babbitt (1922) : une critique acerbe de "l'american way of life". Un monde foisonnant de personnages types de la société américaine de l'après Première Guerre mondiale par le premier prix Nobel américain.

  • Willa Cather.

La Mort et l'Archevêque (1927) : une dénonciation du fanatisme à travers la vie de deux missionnaires français originaires du Massif Central, pionniers du catholicisme en Amérique.

  • John Steinbeck.

Des Souris et des Hommes (1937) : drame de la fraternité dont les chapitres sont autant d'actes rigoureusement construits qui conduisent inexorablement à une fin tragique.

Les Raisins de la colère (1939) : sur la route 66, balayée par le souffle de l'épopée, les Okies, paysans de l'Oklahoma, s'embarquent à la recherche vaine du bonheur en Californie. Le chef-d'œuvre de l'auteur.

  • Margaret Mitchell.

Autant en emporte le vent (1936) : à travers l'inoubliable figure de Scarlett O'Hara, l'auteur identifie avec nostalgie le Sud à l'aristocratie romanesque des planteurs.

  • Erskine Caldwell.

Le Petit arpent du Bon Dieu (1933) : l'évocation de la misère et de la truculence des « petits blancs » ruinés mais stoïques dans un environnement brutal.

  • Carson McCullers.

Le Cœur est un chasseur solitaire (1940) : dans une petite ville de Géorgie, John Singer est un sourd-muet voué à la solitude qui paradoxalement prend une allure charismatique en recevant les confidences intimes d'individus divers, chacun décrivant le muet « comme il souhaitait qu'il fût. »

  • William Faulkner (1897-1962).

Le Bruit et la Fureur (1929) : la malédiction du Sud racontée et perçue au travers des prismes de plusieurs consciences. Un art du contrepoint musical qui a révolutionné le roman américain.

Tandis que j'agonise (1930) : monologues narrant le périple funèbre et cocasse d'une famille de petits blancs transportant le cercueil de leur mère à Jefferson.

Sanctuaire : intrusion de la tragédie dans le roman policier selon Malraux, l'œuvre suinte de la violence pathogène que subit une jeune fille délurée, Temple Drake, entre les mains d'un malfrat  pervers et impuissant, Popeye. On la retrouve dans Requiem pour une nonne (1951).

Lumière d'Août (1932) : une exploration du mal dans un Sud miné par le racisme, livré à un pouvoir de caste qui fait régner le mépris du Noir et des femmes.

  • Henry Miller (1891-1980).

Tropique du Cancer (1934) et Tropique du Capricorne ( 1939) : des « romances autobiographiques » au centre de débats sur la pornographie et la censure. Entre Rabelais et Walt Whitmann.

  • Horace McCoy.

On achève bien les chevaux (1935): ou la révélation de l'envers sordide du rêve américain en Californie.

  • John Fante.

Wait until Spring (1938): l'auteur y commence sa saga de l'Ouest à travers le personnage d'Arturo Baldini, du Colorado aux bas-fonds de Los Angeles.

  • Dashiell Hammett.

Le Faucon Maltais (1930) : ou l'inauguration du roman noir (« hard-boiled »), où Hammett présente sur un rythme « jazzy » des scènes que, au cinéma, le talent de John Huston rendra inoubliables.

  • Raymond Chandler.

Le grand Sommeil (1939) : s'il obéit au code d'honneur d'un chevalier médiéval, le privé Philip Marlowe est aussi le héros des causes perdues.

  • Robert Penn Warren.

Les Fous du roi (1946) :l'ascension et la chute d'un politicien démagogue et fasciste qui gouverne la Louisiane.

  • Herman Wouk.

Ouragan sur le Caine (1951) : le retentissement de la guerre y est traité en termes de paranoïa et de droit militaire à la désobéissance.

  • Mary McCarthy.

Le Groupe (1963) : le gratin protestant de la côte Est, produit des fameux collèges de l'Ivy League. La vie de huit jeunes filles sorties d'une de ses classes.

  • William Burroughs.

Le Festin Nu (1959) : « Je me suis éveillé de la maladie à l'âge de 45 ans, calme, sain d'esprit et relativement sain de corps si j'exempte un foie affaibli et ce masque de chair d'emprunt que portent tous ceux qui ont survécu au Mal... » L'enfer de la drogue.

  • Jack Kerouac.

Sur la Route (1957) : le livre-phare de la « beat generation » incarnée par Dean Moriarty, un frère de James Dean. Des voitures volées, des mauvais garçons qui ont fait pacte d'amitié et la route à 200 à l'heure. Une forme de bonheur dans les liens communautaires.

  • J. D Salinger.

L'Attrape-Cœur (1951) : l'itinéraire chaotique d'un adolescent de 16 ans, renvoyé de son lycée de Pennsylvanie. Un parcours initiatique qui révèle le mal dans l'âge adulte.

  • William Styron.

Les Confessions de Nat Turner (1967) : le massacre des Blancs en 1831 par des esclaves révoltés est relaté par le protagoniste lui-même dans un récit imaginaire avant son exécution.

Le Choix de Sophie (1979) : le narrateur Stingo rencontre une survivante d'Auschwitz, ce qui donne lieu à une réflexion sur les horreurs des camps et les stratégies de survie.

  • Bernard Malamud (1914-1986).

L'Homme de Kiev (1966), Les Locataires (1971) : un observateur privilégié de la communauté juive américaine qui traite dans son œuvre du thème de l'étranger.

  • Saul Bellow, Prix Nobel en 1976.

Les Aventures d'Augie March (1953) : elles inscrivent le protagoniste dans une tradition picaresque américanisée assortie d'une quête des origines. Le tournant à ne pas manquer dans la littérature contemporaine.

  • Isaac Bashevis Singer, Prix Nobel en 1978.

Ennemis (1969) : un juif polonais croit sa femme morte, épouse celle qui l'a sauvé d'un camp nazi et se retrouve bigame.

  • Philip Roth.

Portnoy et son complexe (1969) : un portrait hilarant des juifs de la classe moyenne new-yorkaise.

  • Richard Wright.

Un enfant du pays (1940) : les brimades, les lynchages et la violence du ghetto de Chicago dans une écriture naturaliste.

  • James Baldwin (1924-1987).

Les élus du Seigneur (1953) : un jour dans la vie des membres d'une église de Harlem où l'auteur a grandi.

  • Norman Mailer.

Les Nus et les Morts ( 1948) : l'enfant terrible des lettres américaines avec un regard désabusé et objectif sur la guerre du Pacifique.

  • Irwin Shaw.

Le Bal des maudits (1948) : l'auteur y dévoile l'absurdité des destins en temps de guerre.

  • James Jones.

Tant qu'il y aura des hommes (1951) : l'œuvre révèle les luttes internes de l'armée qui broie les âmes sensibles.

  • Ken Kesey.

Vol au-dessus d'un nid de coucous (1962) : macabre et hilarante métaphore de l'enfermement et de l'aliénation, marquée par le rebelle maniaque Randle McMurphy dont l'Indien Chief, également interné, rapporte les actes qui sèment le désordre dans un hôpital psychiatrique.

Thomas Wolfe.

Le Bûcher des Vanités (1986) ; Que l'ange regarde de ce côté : un classique racontant une enfance dans une petite ville du Sud.

  • Truman Capote.

De Sang-froid (1965) : anatomie d'un fait divers : l'assassinat d'une famille de fermiers texans. L'auteur mène sa propre investigation dans une affaire criminelle au Kansas, pour finalement retourner l'accusation contre l'injustice sociale, le meurtrier ayant cru effacer son infirmité par son acte de folie meurtrière.

  • Vladimir Nabokov (1899-1977).

Lolita (1958) : la dérive d'un quinquagénaire amoureux d'une nymphette, dont il a épousé la mère par calcul.

  • Djuna Barnes.

Le Bois de la nuit (1936) : « d'une qualité d'horreur et de fatalité apparentée de très près à la tragédie élisabéthaine » (T.S Eliot), cette œuvre a influencé la littérature américaine d'aujourd'hui.

  • John Irving.

Le Monde selon Garp (1978) : ou le destin ironique et fatal du fils programmé d'une féministe.

  • Paul Auster.

The City of Glass (1985); Ghosts (1986); The Locked Room (1986): l'auteur crée un paysage urbain surréalistes de labyrinthes générateurs de dédoublements « poesques ».

  • Toni Morrison, Prix Nobel en 1993.

La Chanson de Salomon (1970), Tar Baby (1981) ; Jazz (1992) ; Paradise (1998) : ou le parcours historique et intérieur de l'Afro-Américain afin qu'il n'appartienne qu'à lui-même.

 

Liste établie à partir de :

La Littérature américaine, Daniel Royot, PUF, Que sais-je ?

La Bibliothéque idéale, Bernard Pivot, Albin Michel.

 

 

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29 avril 2009 3 29 /04 /avril /2009 21:53

mitteleuropa.jpg 

« Est Mitteleuropéen tout homme que la division de notre continent blesse, touche, gêne, inquiète et oppresse. » (Le rêve de Mitteleuropa, György Konrad).

Cette expression, Mitteleuropa, a été popularisée par le Praguois, Milan Kundera, mais le terme lui-même ne se laisse pas traduire aisément : « Europe centrale », « Europe du milieu » ou encore « Europe médiane ».

Le concept recouvre des écrivains de langue allemande mais la littérature allemande ne s'arrête pas aux grands noms de Thomas Mann ou de Hermann Hesse et aux frontières de l'Allemagne. Elle est aussi suisse (avec Gottfried Keller et plus près de nous Robert Walser), autrichienne et, pourrait-on dire européenne avec Rilke et Kafka, nés à Prague ou Canetti, né en Bulgarie. La rencontre des cultures allemande, juive et slave, dont l'empire austro-hongrois, la Cacanie de Musil, fut en son temps le creuset, a produit un nombre impressionnant d'auteurs de premier plan parmi lesquels Schnitzler, Zweig, Roth, Perutz et bien sûr Kafka et Musil. Le rôle de Vienne fut essentiel dans cette littérature.

Voici donc une liste non exhaustive d'auteurs de langue allemande et d' écrivains que l'on peut rattacher à la notion de Mitteleuropa et quelques résumés d'œuvres.

 

Peter Altenberg (1899-1919).

Esquisses et nouvelles esquisses viennoises. Traduction : M. Couffon. Actes Sud.

 

Ingeborg Bachmann (1926-1973).

Malina (1971). Traduction : Philippe Jaccottet. Le Seuil.

Une femme entre amant et mari. Mais ces deux être existent-ils vraiment ? Une descente aux enfers dans l'énigme de la passion féminine par l'un des grands auteurs autrichiens contemporains qui fut la compagne de Max Frisch.

 

Thomas Bernhard (1931-1989).

Perturbation (1967). Traduction : G.Fritsch-Estrangin. Gallimard.

Le narrateur adolescent accompagne son père, médecin dans les Alpes autrichiennes, dans ses visites aux malades. Maladie, folie, solitude et suicide sont les thèmes habituels de l'œuvre de Thomas Bernhard ;

 

Hermann Broch.

La mort de Virgile. (1945). Traduction : Albert Kohn. Gallimard.

La dernière journée de Virgile. Ce roman de la conscience, dans lequel le poète mourant médite sur sa vie et son œuvre, rappelle, dans son projet comme dans sa construction, l'Ulysse de James Joyce. Ecrivain juif autrichien, émigré aux USA en 1938 et mort en 1951.

Les Somnambules. Traduction : P. Flachet et Kohn. Gallimard/ L'Imaginaire.

 

Elias Canetti.

Auto-da-fé (1935). Traduction: Paule Arhex. Gallimard.

La folle histoire du professeur Kien, sinologue de renom, de sa bibliothèque de 2500 volumes et de Thérèse, l'ancienne gouvernante devenue sa femme. On pense à Kafka et à Musil. Le chef-d'œuvre du prix Nobel de littérature 1981.

 

Heimito von Doderer.

Les Chutes de Slunj (1963). Traduction : A. Kohn et P. Deshusses. Rivages.

Une famille d'industriels anglais dans l'Autriche du début du siècle. Le dernier roman de l'auteur des Démons, Les Fenêtres éclairées et d'Un crime que tout le monde commet.

 

Franz Grillparzer.

Le Musicien des rues . traduction : J. Lajarije, Editions Jacqueline Chambon.

 

Hermann Hesse.

Le Jeu des perles de verre (1943). Traduction : J. Martin. Calmann-Lévy.

Un idéal de connaissance et de spiritualité imaginé en 2200. Selon Frédérick Tristan, l'ouvrage le plus complet de cet écrivain, qui résume toute la connaissance. Le dernier roman de l'auteur du Loup des steppes, Siddharta, Peter Camenzind, L'ornière, Enfance d'un magicien

 

Franz Kafka.

Le procès (1925). Traduction B. Lortholary. G.F.

L'histoire de Joseph K. arrêté un matin, accusé sans connaître sa faute. Dans le monde de Kafka, nul n'est censé ignorer la loi mais nul ne peut non plus la connaître. Cette œuvre inachevée devenue célèbre en France après la guerre a été tantôt interprétée comme un roman de l'absurde, tantôt comme une dénonciation du totalitarisme. Cauchemar et humour mêlés, la représentation d'un monde où l'homme est coupable sans jamais pouvoir se justifier. A lire aussi Le Château et La Métamorphose.

 

Eduard von Keyserling (1855-1918).

Ecrivain allemand impressionniste. Son œuvre pessimiste est fréquemment centrée sur les pays baltes de culture germanique.

 

Alfred Kubin.

L'Autre Côté (1909). Traduction: R. Valençay. NEO.

L'empire austro-hongrois en désagrégation. Entre expressionnisme et surréalisme, l'anti-utopie d'un Autrichien avant tout célèbre par ses dessins et ses tableaux.

 

Milan Kundera. (1929)

Ecrivain tchèque naturalisé français. Il s'impose par la lucidité et l'humour de ses romans (La Plaisanterie, La valse aux adieux, Le Livre du rire et de l'oubli) et de ses nouvelles (Risibles Amours).

 

Thomas Mann.

La Montagne magique (1924). Traduction : Maurice Betz. Fayard.

Hans Castorp, venu rendre visite pour trois semaines à un cousin dans un sanatorium de Davos, se laisse séduire par la magie des lieux, la maladie et la mort. Il ne quittera Davos que pour les champs de bataille de la guerre de 1914 sur laquelle se clôt symboliquement ce roman de la durée, de la fin d'un monde et de la mort. Le chef- d'œuvre d'un des plus grands écrivains de ce siècle, auteur entre autres de Docteur Faustus, Mort à Venise, Chez le prophète, Les enfants de Wotan, Les Buddenbrook.

Heinrich Mann.

Professeur Unrat (1905). Traduction : C. Wolff. Grasset.

Un petit professeur de province amoureux d'une danseuse de cabaret. Le cinéma a immortalisé sous le titre L'Ange bleu (avec Marlène Dietrich) ce roman du frère de Thomas Mann.

 

Klaus Mann.

Mephisto par le fils de Thomas Mann, auteur aussi du Tournant.

 

Sandor Marai (1900- 1989)..

Un immense écrivain hongrois dont l'œuvre fut interdite en Hongrie jusqu'en 1990 et que l'on redécouvre avec des œuvres superbes. Un témoin d'un monde finissant qui observe avec nostalgie une Europe mythique en train de s'éteindre.

Les Braises. Livre de poche.

1940. Au fond de la puszta magyare, la dramatique confrontation de deux hommes autrefois amis. Livre de l'amitié perdue et des amours impossibles, où les sentiments les plus violents couvent sous les cendres du passé.

Et aussi L'héritage d'Esther, Divorce à Buda, Les Confessions d'un bourgeois, La Conversation de Bolzano, Les révoltés, Mémoires de Hongrie.

 

C.S Mahrendorff.

Et ils troublèrent le sommeil du monde. Fayard, 1999.

Vienne à la fin du XIX° siècle. La villes semble s'étourdir dans une ultime valse avant de sombrer dans la décadence avec la Première Guerre Mondiale et la fin des Habsbourg. Un médecin, l'un des premiers neurologues, le docteur Heydinger, habitué des cafés littéraires de la capitale autrichienne, voit un jour se présenter à son cabinet un certain John Livingstone, mystérieux Anglais, cocaïnomane. Ce dernier est venu enquêter sur les agissements obscurs d'une société secrète antisémite et qui veut tuer Gustav Mahler...A lire aussi La Valse des anges déchus.

 

Robert Musil.

L'Homme sans qualités (1930-32-43). Traduction : Philippe Jacottet. P.S

Dans l'Autriche-Hongrie d'avant 1914, la « Cacanie », Ulrich, l'homme « sans qualités particulières », tente de construire sa vie par expériences successives, destinées à épuiser tout le champ du possible. Une peinture des milieux d'aristocrates, de grands bourgeois et d'intellectuels autrichiens qui est aussi une critique de notre temps. L'un des trois ou quatre grands livres du XX°siècle.

Les Désarrois de l'élève Törless. Depuis quatre ans, Töerless vit au collège de X... la petite ville est située loin de la capitale, perdue dans les campagnes arides, presque inhabitées, de la vaste monarchie austro- hongroise...

 

Léo Perutz.

Le Marquis de Bolibar (1930). Traduction : O. Niox- Château. Albin- Michel.

Entre le réel et l'imaginaire, en Espagne pendant les guerres de l'Empire, le roman fantastique d'un Borges autrichien.

 

Gregor von Rezzori. (1914-1998).

Sur mes traces, Mémoires. Traduction : Jacques Lajarrige, Pierre Deshusses. Editions du Rocher.

Un caractère et un destin qui coïncide avec le siècle. Comme Zweig et Musil, le regard qu'il porte sur l'Europe dont il a vécu  tous les grands bouleversements le hausse au rang de témoin de notre siècle.

Alire aussi L'Hermine souillée.

 

Rainer-Maria Rilke.

Les carnets de Malte Laurids Brigge (1910). Traduction : Maurice Betz. P.S

« C'est donc ici que les gens viennent pour vivre ? Je serais plutôt tenté de croire que l'on meurt ici. » Malte Laurids Brigge n'est autre que Rilke lui-même à qui la découverte de Paris a inspiré ce journal où le spectacle de la ville fait surgir les souvenirs et les rêves entremêlés à la pensée de la mort et aux douleurs de la création. A lire aussi Lettres à un jeune poète et Journaux de jeunesse.

 

Josef Roth.

La marche de Radetzky (1932). Traduction : Blanche Gidon. P.S.

Rythmé par le leitmotiv d'une marche militaire symbolique et dérisoire, le roman de la décadence et de la fin de l'empire austro- hongrois à travers le destin exemplaire de la famille von Trotta. Ce que Broch appelait « l'Apocalypse joyeuse » a inspiré à Roth, écrivain juif autrichien, mort à Paris en 1939 dans la misère, son plus beau roman. Et aussi Zipper et son père, Le Roman des Cent- Jours, La Crypte des capucins.

 

Arthur Schnitzler.

Vienne au crépuscule (1924). Traduction : R. Dumont. Stock.

Le dilettantisme d'un groupe d'intellectuels et d'esthètes dans une atmosphère nonchalante de cafés viennois du début du siècle. Une anatomie de la culture et de la décadence par un auteur inspiré par Freud. A lire aussi Mademoiselle Else, La Ronde, Les dernières cartes.

 

Adalbert Stifter.

L'Homme sans postérité (1845). Traduction : G. A Goldschmitt. Phébus.

Angoisse et culpabilité. Le roman d'un écrivain catholique autrichien qui mit fin à ses jours en se tranchant la gorge. Et aussi Brigitta, L'Arrière- Saison, Les deux sœurs, Tourmaline (nouvelles).

 

Robert Walser.

L'Homme à tout faire (1908). Traduction : J. Launay. L'Age d'homme.

Sur les bords du lac de Zürich, au début du XX°siècle, l'histoire de l'employé Joseph Marti qui croyait avoir trouvé une maison et une famille chez un ingénieur, inventeur sans succès et ruiné. Robert Walser, qu'admiraient Musil et Hermann Hesse, est mort en 1958, après avoir passé 30 ans dans un asile psychiatrique.

 

Franz Wedekind (1864-1918).

Le Coup de foudre. Traduction : M. Barillier. L'Age d'homme.

Un recueil de nouvelles de l'écrivain expressionniste auteur de Lulu. Une description du désir qui rappelle souvent Schnitzler.

 

Franz Werfel (1890-1945).

Cella ou les vainqueurs. Traduction : Robert Dumont. Stock.

Ecrit en 1938, juste avant la mort de l'auteur et publié en 1955, ce roman évoque, à travers l'histoire de la famille Bodenheim, la période qui a précédé l'Anschluss. A lire également Les 40 jours de Musa Dagh, LePassé ressuscité.

 

Lajos Zilahy.

Le Siècle écarlate. Mercure de France / Bibliothèque étrangère.

C'est la vie des jumeaux Dukay, nés le jour où s'ouvre le Congrès de Vienne, que nous conte Le Siècle écarlate. Comme c'est souvent la coutume dans les familles nobles de l'empire austro- hongrois. L'aîné, Flexi, charmant, poli, docile, sera élevé à Vienne, ainsi qu'il convient à l'héritier du nom et de la fortune, tandis que Dali, le cadet, est expédié à Budapest. Tête brûlée, bagarreur, Dali va connaître un destin tumultueux, traînant tous les cœurs après lui. Une flamboyante fresque de l'histoire européen.

 

Stefan Zweig.

La Confusion des sentiments (1927). Traduction : A. Hella et O. Bournacque. Stock.

L'étrange relation d'un maître et de son disciple. Les ambiguïtés de l'amitié et du désir par un auteur qui devait fuir le nazisme et se suicider au Brésil en 1942. A lire aussi Le Joueur d'échecs, La Peur, Amok, La femme et le paysage, Nuit fantastique, Vingt- quatre heures de la vie d'une femme, La pitié dangereuse, Le monde d'hier, mémoires d'un Européen, Journaux 1912- 1940.

 

NB : Les indications de traduction et d'édition sont données à titre indicatif. Beaucoup de ces œuvres sont parues en collections de poche.

 

Ouvrages sur l'empire austro-hongrois :

Milo Dor, Mitteleuropa, mythe ou réalité.

François Fejto, Requiem pour un empire défunt.

Jacques Le Rider, La Mitteleuropa.

Claudio Magris, Danube.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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