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16 janvier 2014 4 16 /01 /janvier /2014 22:15

pasolini-et-son-frere.jpg 

      Pier Paolo Pasolini et son frère Guido

 

Ma fille m'a offert pour Noël un recueil de poèmes de Pier Paolo Pasolini, intitulé Adulte ? Jamais, dans une belle édition bilingue. Ces poèmes, choisis, présentés et traduits de l'italien par René de Ceccaty, sont pour moi une véritable découverte, ignorante que j'étais de cet autre pan de l'oeuvre du cinéaste italien au destin tragique. Ce sont pour la plupart des textes inédits qui n'avaient jamais été traduits.

Je vous propose ici un court poème, "Le miroir", extrait de Le Cose (Les choses, 1943-1947). Le projet ne fut pas publié du vivant de Pasolini. En 1962, il publiera un roman intitulé Il sogno di una cosa (Le Rêve d'une chose, Gallimard, 1965), écrit à son arrivée à Rome en 1950.


Le miroir


Nu le miroir contemple

La solitude en lui-même,

Un ciel blanc et immense

Qui scintille dans le néant.

C'est le plafond. C'est l'ennui

De mon enfance.

Oui, là, sur l'argent lisse

Il y a la main très ancienne

D'Abel petit garçon.


Lo specchio

 

Nudo lo specchio garda

in sé la solitudine,

un cielo bianco e immenso

che scintilla nel nulla.

E il soffitto. E la noja

della mia fanciullezza.

Si, li nel liscio argento

c'è la mano antichissima

d'Abele fanciullino.

 

En quelques vers, à travers cet objet ô combien symbolique qu'est le miroir, le poète nous fait ressentir la solitude extrême de son enfance. Dans le miroir, aucun visage humain, mais une étendue vaste, désertée, sans couleur. Seul la traverse (comme un appel au secours, un geste de défense ou une invite) la main d'un petit Abel, dont le nom évoque toutes les violences du monde. On sait que les deux frères Pasolini mourront assassinés, Guido par des partisans titoistes, Pier Paolo par Pino Pelosi mais celui-ci n'était sans doute pas seul.

 

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Jeanne Fadosi : concret

 

 

 

 

 

 


 



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Published by Catheau - dans Dits de poètes
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commentaires

M'amzelle Jeanne 20/01/2014 17:42

Emouvant..

Catheau 29/01/2014 22:42



Tout se joue dans l'enfance, en effet.



Martine 20/01/2014 09:32

J'ignorais ce côté plume poétique chez Pasolini.
Superbe et émouvant.
Merci pour la découverte Catheau
Bonne journée
;)

Catheau 29/01/2014 22:41



Ses poèmes sont poignants : ils permettent une approche plus intime de l'homme. Merci de vos visites.



Jeanne Fadosi 19/01/2014 11:35

j'ignore tout de l'histoire de Pasolini et cette découverte en poésie est troublante et poignante. Quelle absence de ce qui fait l'enfance (l'insouciance, la gaieté, l'appétit de vivre) dans cette
évocation de l'enfance !

Catheau 29/01/2014 22:40



S'y écrit déjà en effet un destin torturé. A bientôt chez vous.



Nounedeb 18/01/2014 11:47

Merci! Et pour le texte en italien, qui chante sa musique intraduisible.

Catheau 29/01/2014 22:39



Qui plus est dans un dialecte italien ! Nous l'avons lu à haute voix avec une amie parlant cette langue : c'était très beau !



Carole 17/01/2014 20:53

J'ignorais que les deux frères avaient été assassinés. Quelle famille tragique ! Merci pour le poème, que je ne connaissais pas non plus.

Catheau 29/01/2014 22:34



Un cadeau de Noël qui est une vraie découverte. Ma fille a bien choisi.



mansfield 17/01/2014 14:16

Terrible en effet, ce court et sobre poème, l'ennui ininterrompu est une épreuve dans cette période de la vie qui devrait être insouciante!

Catheau 29/01/2014 22:33



J'ai aimé découvrir l'enfance de Pasolini à travers ces poèmes : une manière intime de l'approcher. Amitiés.



flipperine 17/01/2014 10:15

un joli poème et beaucoup de personnes se mettent devant leur miroir pour parler quand ils sont seuls mais le miroir ne répond jamais

Catheau 29/01/2014 22:32



Le miroir est un objet fascinant : ici, il ne reflète que la solitude en effet.



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