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19 juillet 2013 5 19 /07 /juillet /2013 17:40

 

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Sandrine Bonnaire dans le documentaire de Juliette Cazanave

 

Mercredi 17 juillet 2013, j'ai vu pour la troisième fois l'adaptation d'Un coeur simple de Flaubert par Marion Lainé. J'ai de nouveau été impressionnée par la manière dont la réalisatrice s'est emparée du récit de Flaubert pour en donner une vision fidèle à l'ermite de Croisset  et en même temps très personnelle. Sandrine Bonnaire y est remarquable dans l'interprétation d'un personnage inoubliable de la littérature française, dont l'histoire se clôt dans l'extase mystique d'une innocence absolue (Voir le lien vers mon billet sur cette adaptation link).

Le film était suivi d'un documentaire en forme de portrait de Sandrine Bonnaire par Juliette Cazanave : Sandrine Bonnaire, actrice de sa vie. Il montre la métamorphose d'une jeune actrice révélée à quinze ans, qui a illustré avec brio le cinéma d'auteur de Pialat à Depardon en passant par Chabrol et Rivette, en une femme en pleine maturité, désireuse désormais de s'adonner aussi à la réalisation.

Ce documentaire donne à voir le naturel irradiant d'une comédienne qui affirme qu' "être acteur, c'est être". Ainsi, pendant le tournage d'une série à La Réunion, Signature, elle confie qu'elle n'est jamais prisonnière des rôles qu'elle interprète. Le soir,  elle fait relâche devant la mer sur le balcon de sa chambre d'hôtel. "Je prends de la distance, du recul" dit-elle, pour s'offrir à tout ce qu'apporte la vie tout simplement. Elle filme pour elle la mer, les oiseaux, les gens qu'elle rencontre. 

 

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Certes, elle reconnaît que le cinéma lui a tout appris : "Ce métier m'a éduquée. Moi, j'ai arrêté l'école quand j'avais quinze ans, donc j'ai appris le reste avec les gens de cinéma." On le comprend bien lorsqu'elle emménage en 2010 dans un nouvel appartement et qu'on la voit ranger ses "trésors", tous les scenarii de ses longs métrages, les bobines des tournages de ses films et les métrages d'amateur qu'elle a toujours réalisés. Sous un texte  ("Hérétique, Relapse, Apostate") qui rappelle le souvenir de Jeanne d'Arc qu'elle interpréta pour Rivette, celle qui voulait surtout être danseuse ou chanteuse compare son destin de comédienne à celui de la sainte. N'ont-elles pas toutes deux été choisies, élues ?

La force de Sandrine Bonnaire réside par ailleurs dans une certitude : "J'ai la capacité de prendre ce qu'on me donne" assène-t-elle avec foi. Le hasard a fait que ce sont essentiellement des réalisateurs de cinéma d'auteur qui l'ont formée et, pourtant, elle reconnaît qu'elle n'est pas une intellectuelle. Avec elle, tout passe par le corps, les sensations, plus que par la tête. Et si ce métier lui a appris aussi la maîtrise de soi, la conscience de son image, elle aspire à présent à un certain lâcher-prise.

Ce qui séduit chez elle, c'est ce naturel confondant qui lui appartient en propre. Qu'elle apostrophe gaiement des habitantes de La Grande Borne à Grigny où elle vécut avec ses onze frères et soeurs,  qu'elle danse avec sa soeur Sabine ou bavarde à bâtons rompus avec une autre encore, on la sent inchangée à toutes les époques de sa vie,  sans fard ni pose.

Elle demeure la même que celle qui reçoit des mains de Carole Bouquet, aux côtés de Gainsbourg admiratif ("La bella ragazza !" murmure-t-il), le césar du Meilleur Espoir Féminin pour A nos amours. La même que celle à qui est remis le césar de la Meilleure Actrice pour Sans toit ni loi et qui dit  humblement dans un sourire : "J'ai l'impression d'avoir progressé."  La même que celle qui, attentive, écoute Frédéric Mitterrand brosser un tendre portrait de la jeune fille simple et joyeuse que chacun aimerait rencontrer. La même jeune femme modeste, enfin, à qui Ariane Ascaride remet une récompense pour Elle s'appelle Sabine, le film qu'elle a réalisé sur  (et pour) sa soeur atteinte d'une forme d'autisme infantile.

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    Sabine Bonnaire

Parvenue à une nouvelle étape de sa vie et suivant en cela l'exemple de Pialat, Sandrine Bonnaire aspire maintenant à faire de sa propre vie la matière de ses films. Comme elle l'avait fait en 2007 avec ce documentaire sur sa soeur Sabine âgée d'un an de moins qu'elle, elle réitère cette expérience avec une fiction, cette fois-ci. J'enrage de son absence retrace un épisode amoureux essentiel de la vie de sa mère, cette mère courage de onze enfants. Le documentaire les rencontre toutes les deux à Houlgate, en conversation sur l'orientation du film. La mère se demande comment la fille va "remonter dans ses traces" et peut-être l'aider à dénouer l'écheveau d'une vie qu'elle-même n' a pas su décrypter. "Créer, dit Sandrine Bonnaire, c'est assembler les choses essentielles de sa vie." C'est ainsi que ce film sur son héroïne de mère, elle n'a pas hésité à le tourner avec son premier compagnon, l'acteur américain William Hurt, qui joue le rôle de ce Guy, amour inoublié de sa mère. Père de sa première fille, Jeanne, il compte toujours beaucoup pour elle.

Sandrine Bonnaire possède en effet au plus haut point cet esprit de famille qui lui a donné l'occasion de faire accéder les siens à un autre statut social. Mais elle-même n'a jamais renié ses origines populaires : quand on sait d'où on vient, on n'a que de la reconnaissance pour tout ce qu'on a obtenu et la comédienne a pleinement conscience de la chance dont elle a bénéficié.

L'actrice a souvent joué des rôles empreints de gravité, interprété des personnages border line et elle s'en étonne elle-même. Maintenant elle se lance dans la réalisation avec un regard concentré et  intense porté sur ses acteurs, que Juliette Cazanave a bien restitués. La comédienne-réalisatrice avoue ne pas savoir quoi dire exactement à ses interprètes, leur demandant surtout d'être eux-mêmes au plus juste. Quand elle sourit aux autres de cet extraordinaire sourire sans artifice, on ne peut que la croire lorsqu'elle affirme ce qui est sans doute au plus profond d'elle-même : "J'aimerais beaucoup raconter le bonheur !"

 

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 Sandrine Bonnaire et une autre de ses soeurs

 

 

 

 

 

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Published by Catheau - dans Rencontres
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commentaires

Nounedeb 20/07/2013 06:57

J'avais beaucoup aimé "Un coeur simple". Je n'ai malheureusement pu voir le documentaire. Vous en parlez si bien que j'ai l'impression de voir quand même Sandrine Bonnaire, dans sa lumineuse
simplicité.

Catheau 20/07/2013 12:32



"Lumineuse simplicité", c'est exactement cela et c'est assez rare chez les actrices.



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