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14 septembre 2009 1 14 /09 /septembre /2009 15:39


dame-blanche_alfred-kubin.jpg
La dame blanche, 1903, Alfred Kubin.
Et si nous parlions maintenant des fées...  (papierlibre.over-blog.net)

 

C’te soirée-là d’automne frisquet, dans l’ Pays-d’Enhaut, l' faisait cramine. L’ mère Ropraz touillait l’ feu pou l’ soupe. Son galapiat d’ Wilhelm entra dans l' salle basse qui puait l’ lait cru et l’ suie. L’ s’affala tout carré-bossu sur l’ banc en bois d’ fayard, sans li jeter eun oeil.

- Qu’est-ce t’ as don mon fieu, qu’elle lui cria en versant eune grande louchée de méclette aux orties, t’ es tout mollachu , dirait qu’ t’ as vu l’ diable su son bouc !

L’ Wilhelm, qu’ était en train d’ couper eun crotchon d' pain noir pour saucer, ben i resta tout coi comme si qu'eun tavant l' avait piqué ses fesses:

- T’ crois pas si ben dire, l’ mère ! J’ l’avons vue, Elle !

L’ mère Ropraz posa lourdement l’ louche su l’ table. Son petiot bougnet, le vlà qui recommençait  c’te folie, l’ savait ben que ça d’vait eun jour advenir. C'est pas pou dire mais l’ avait tout fait pou l’ sortir d' son cotzon d’ vieille bique ct’ après-dînée d’octobre, où l’ avait retrouvé la Manon dans l’ puits auprès d' la cave aux fromages, c’te soirée misérable où l’ Wilhelm avait bramé sa tyrolienne qu’avait réveillé tous les échos d’ la montagne. D’puis, l’avait pus été l’ même! L’ mettait pus de campanule à son galurin, l’ courait pus l' gueuse, l’ allait pus gavotter au bal l’ sam'di soir. L’ restait comme eun bota à r’garder l’ feu naître pis mourir, à tirer su sa pipe comme si voulait l’avaler.

-         Mon té ! Qu’est-ce tu débargoules encor' ? T’ as don point fini avec c’te faribole ?

-         J’ vas t’ dire c’que j’avons vu et t’ vas ben m’écouter, l’ mère ! J’étions monté à l’estive pour quérir l’ troupeau et j’ l'avons vue, c’te dame blanche. L’ tourniquait dans l’herbe au milieu d' vilaines digitales, l’ faisait plein d’ ronds avec sa robette blanche comme l’ sel de Bex que j’y voyions pus ren, et pis les vaches, l’ meuglaient, l’ meuglaient, comme si qu'elles z'avaient l’ pis qu'allait péter. J’avions beau m’ frotter mes quinquets,  j’ voyions ben qu’elle m’ faisait signifiance.

-         Signifiance d’ quoi? Pourquoi qu’ tu la reluquais c’te femelle ? T’ as pus ton sens! J’ vas t’ servir eune bonne rincée d’ péteux, ça va ti rapicoter ! Pis t’ iras piquer eune p’tite pioncée.

Qué tristesse! L’ Wilhelm,  il l’écoutait déjà pus sa bedoume d' mère. L’ s’était levé comme un cabri, avait pris son pieu et tout badadia l' avait couru dans l’ nuitée et dans l’ cru comme un dératé. L’ mère Ropraz qui berçait, l’avait point pu l’ suivre. L’ avait eu beau barjaqué après lui pa'ce qu’il avait pas pris son falot, l’ était demeurée seulette su l’ pas du chalet avecque l’ cœur en angoisse.

L’ lend’main, au matin, l' brume, l' voulait point déguiller. Hans, l’ fromager d’Etivaz, l’avait ramené son p’tit grio tout morfondu su l' charroi. L’ avait entendu corner l’ concert des senailles dans l’estive, l’avait grimpé tous les virolets du raidillon comme eun taborniaud. L’ avait trouvé son Wilhelm, tout aplati dans l’ champ aux vaches, avec l’z yeux tout clos, l’ face toute égrafignée, eune digitale entre ses dents.

Dans l’herbe, autou d’ son corps d’ moribond, c’ tait tout piétaillé, comme si qu’eune bougresse l' avait dansé le Hierig toute l’ nuit en sarabande avec son Wilhelm.

                                          Le 14 septembre 2009

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commentaires

M
Oh la la! Un parler vrai qui sent le terroir! C'est super! bravo Catheau! On s'y croirait!
:)
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C
Merci, Martine. Cela m'a amusée d'écrire ce texte que le public a apprécié.
L

He beh la catheau, c po aivident a lere ce toxt! Le Gaouette.


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U
Fichtre! Ca me change des vers et proses légères...
.. Je continue :)
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