Un blog pour lire, pour écrire, pour découvrir et s'étonner. "La Vie a plus de talent que nous" disait Nabokov.
Par Catheau
Le 25 septembre 1910, dans le carnet de poésie de ma grand-mère, un certain L. Chavane de Dalmassy, d'une écriture pleine de tempérament et qui m’apparaît comme étant masculine, a rédigé deux paragraphes sur sa conception de la Femme.
Amazone à la chasse à courre, C. M. , 1909.
La première partie reprend une vision très traditionnelle du sexe dit faible. Partagée entre fausseté et effronterie, la femme n’aurait d’autre ressource que d’être parfaite. La dernière phrase n’est guère un modèle de galanterie : « On doit avouer que la perfection est rare. »
Quant au second paragraphe, il cantonne la femme dans le rôle passif que la société judéo-chrétienne lui a toujours attribué. Certes les femmes sont nombreuses qui ont été des muses pour les écrivains mais dire qu’ « elles n’écrivent pas » est une affirmation qui, je l’espère, aura fait réagir ma grand-mère !
Voici ce texte d'une grande lisibilité, tel qu'il apparaît sur la page, écrit d'une plume bien appuyée, dans une disposition très équilibrée :
" Si une femme dissimule, c'est fausseté ; si elle ne dissimule pas, c'est effronterie. Elle n'a de ressource que d'être parfaite. On doit avouer que la perfection est rare.-
Les femmes sont pareilles aux Muse qui inspirent et n'écrivent pas : les hommes ont l'action ; les femmes, l'influence.- "
1910, c'est l'année où Colette se sépare de son pygmalion de Willy et prend son envol, l'année aussi où La Vagabonde obtient trois voix au Goncourt. Alors, j'imagine ma grand-mère, qui s'enivrait aux vers de Marcelline Desbordes-Valmore et d'Anna de Noailles, se lançant avec répartie et vivacité dans un catalogue des femmes de plume choisies parmi ses lectures, et je l'entends dire.
- Mon cher Chavane, on n'écrit pas avec son sexe ! Avez-vous oublié les vers enflammés de Louise Labé ? Comment pouvez-vous méconnaître le "premier roman psychologique français" de Madame de La Fayette ? Que faites-vous des vues pénétrantes de Madame de Staël dans De l'Allemagne ?
Et ce discourtois Chavane de Dalmassy, alors qu’il prend congé, de faire à ma jolie grand-mère ses excuses les plus plates, tout en lui alléguant, dans un baise-main très incliné, qu’il ne s’agit que d’ironie mondaine !
Car, en 1910, on commence enfin à se demander si la femme doit demeurer un « objet de luxe », quoique la condition féminine soit encore souvent envisagée sous l’angle unique de la mode. Ainsi, l’on peut lire dans Le Figaro du 26 septembre 1910, à l’occasion des défilés de couture du grand couturier Martial et Armand : « Cette mode est nouvelle de couleur et de forme surtout. Car on aperçoit non seulement le pied, mais aussi la cheville. Voilà qui va faire le bonheur des femmes aux attaches aristocratiques… »
Cependant, grâce aux campagnes féministes des suffragettes, anglaises notamment, les femmes, qui remplacèrent les hommes pendant la Grande Guerre, seront bientôt à leurs côtés dans presque toutes les professions.
Mardi 23 février 2010.
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