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20 mai 2010 4 20 /05 /mai /2010 15:12

 

Louise de V

 

Le 05 mai 2010, ARTE diffusait Madame de, film-culte et chef-d’œuvre de Max Ophüls, adapté du roman éponyme de Louise Lévesque de Vilmorin. La fin tragique de ce mélodrame qui voit la mort de l’héroïne, interprétée par Danielle Darrieux, m’a fait penser au poème qu’écrivit la dame du « salon bleu » de Verrières-le-Buisson et qui ouvre le recueil Fiançailles pour rire, paru en 1939.  Il est intitulé « Mon cadavre est doux comme un gant.

 

Mon cadavre est doux comme un gant

Doux comme un gant de peau glacée

Et mes prunelles effacées

Font de mes yeux des cailloux blancs.

 

Deux cailloux blancs dans mon visage,

Dans le silence deux muets

Ombrés encore d’un secret

Et lourds du poids mort des images.

 

Mes doigts tant de fois égarés

Sont joints en attitude sainte

Appuyés au creux de mes plaintes

Au nœud de mon cœur arrêté.

 

Et mes deux pieds sont les montagnes,

Les deux derniers monts que j’ai vus

A la minute où j’ai perdu

La course que les années gagnent.

 

Mon  souvenir est ressemblant,

Enfants emportez-le bien vite,

Allez, allez, ma vie est dite.

Mon cadavre est doux comme un gant.

 Le salon bleu

Le salon bleu de Verrières-le-Buisson

 

Car la reine des soirées mondaines des années 50, la petite fiancée de Saint-Exupéry, l’égérie de Malraux, fut aussi une poétesse qu’Edmonde Charles-Roux n’a pas hésité à comparer à Louise Labé. Malraux, dans sa préface aux Poèmes de Louise de Vilmorin, édités chez Gallimard, s’en explique. Selon lui, elles possèdent toutes deux le fait d’avoir écrit « peu de poèmes, des amusements rhétoriques, une création en marge de [leur] temps […], quelques cris inoubliables. » Femmes de grande culture, les deux Louise font résonner, à quelques siècles de distance, le « même son grave  […] à partir d’un domaine et d’un ton traditionnels, […] dans l’instant où la corde se brise ».

Dans le film de Max Ophüls, Madame de avoue : « La femme que j’étais a fait le malheur de celle que je suis devenue. » N’est-ce pas là ce malheur intime que celle qu’on appelait Maliciôse- du nom d’une  de ses œuvres, L’heure Maliciôse- sut exprimer dans ses meilleurs poèmes ? Ceux dont son dernier compagnon Malraux a dit qu’ « ils ont donné l’âme et la voix à un enchantement désespéré ».

 

Sources :

Poèmes, Louise de Vilmorin, Préface d’André Malraux (1970), Poésie/ Gallimard.

 

 

Pour le Jeudi en Poésie, Communauté Croqueurs de Mots.

 

 

Jeudi 21 mai 2010

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