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22 juillet 2010 4 22 /07 /juillet /2010 21:16

  Grimbert

 

Avec La petite robe de Paul, Philippe Grimbert nous livre un récit dense, issu sans nul doute de son expérience de psychanalyste. Dans ce qui est son premier roman il nous raconte l'histoire de Paul, un homme apparemment sans histoires qui, sous l'effet d'un mouvement irrépressible, achète un jour une petite robe blanche avec trois plis plats, de taille six ans, brodée de trois roses. Il ignore que cet achat,certes incongru puisque sa fille Agnès est adulte mais qu'il croit innocent, va remettre en cause les fondements de son couple et de sa vie.

Car, à partir du moment où il cache la petite robe dans le placard de son dressing, entre un costume sombre et un blazer bleu marine, tout se lézarde : « Dans l'existence transparente de Paul l'innocence du modèle aux trois roses faisait figure d'énigme. Quelle force l'avait donc poussé à l'acquérir et à la cacher? »

C'est tout l'art de Philippe Grimbert de distiller les signes imperceptibles qui vont faire basculer Paul et Irène sa femme dans le doute, la douleur et la violence. Quand Irène découvre fortuitement la petite robe blanche, mille questions l'assaillent : son mari a-t-il une double vie? est-il le père d'une petite fille dans un second foyer? est-il attiré de façon malsaine par les enfants? A cette occasion se ravivent ses plaies anciennes, le suicide inexpliqué et longtemps caché de ses parents dans sa prime enfance et la fausse couche d'il y a six ans dont elle ne s'est jamais remise.

De multiples signes conduisent aussi Paul à s'interroger sur la relation de son père et de sa mère et sur ses propres sentiments vis-à-vis de son père disparu. Il se demande quelles sont les raisons qui ont poussé sa mère à lui faire enterrer dans le jardin de la maison familiale une boîte en fer blanc renfermant des photos. Mu par une impulsion incoercible, il fera le geste sacrilège de déterrer la boîte et de l'ouvrir, découvrant une photo datée de juin 1942, qui représente son père sur un balcon portant une enfant vêtued'une robe blanche... Un rêve récurrent, souvenir horrifié d'un épisode de son enfance, reviendra le visiter : celui d'une petite poule blanche dont l'oeil malade avait été picoré par une autre poule qui avait fini par la tuer.

Au terme d'une remontée dans les profondeurs de son inconscient, Irène ira jusqu'à se mutiler le sexe, afin de ressaisir le temps où son sang coulait d'elle chaque mois. Tentée par le suicide, victime de la violence horrifiée de Paul qui la découvre près de la petite robe blanche maculée de son sang, elle finira par comprendre que les mains de Paul l'ont « arrachée à son cauchemar en libérant ses fantômes ». Quant à Paul, il saura pourquoi il a fait cet achat : « Il lui fallait vêtir un petit cadavre nu. »

Brassant- peut-être à l'excès- tous les thèmes chers à la psychanalyse, c'est pourtant un ouvrage qui se lit d'une traite. Même si l'on peut être dubitatif sur un happy end sans surprise, il n'en demeure pas moins que Philippe Grimbert, comme tout bon psychanalyste qui se respecte, proclame avec conviction que le silence est mortifère et que la parole est libératrice.

 

Lundi 05 juillet 2010

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