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11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 07:55

 

L'accompagnatrice 2

 Maria Nikolaevna Travina (Yelena Safonova) et Sonnetchka (Romane Bohringer)

dans le film, L'Accompagnatrice, de Claude Miller (1992)

 

 

L’Accompagnatrice (1985) de Nina Berberova est ce noir joyau romanesque, écrit en 1934,qui révéla Nina Berberova, et la fit connaître au monde, à plus de quatre-vingts ans.

On connaît la tragique histoire de cette Sonnetchka, jeune Russe sans grâce, qui a « une patte de poulet, une gambette de chèvre, une poitrine de chat », ainsi que la décrit un baryton de rencontre. Marquée irrémédiablement par la honte d’une naissance bâtarde, elle devient l’accompagnatrice au piano d’une cantatrice radieuse, Maria Nikolaevna Travina, miroir inversé d’elle-même.

Ce récit, écrit en focalisation interne, tout en ellipse et d’une rare densité, nous fait appréhender ce sentiment qu’on ne sait comment qualifier, et qui dévore la jeune fille. S’agit-il de révolte, d’injustice, contre une société inégalitaire ? Est-ce de l’envie, de la jalousie, cette haine viscérale qui envahit toute l’accompagnatrice ? Est-ce de la passion, de l’amour, cette attirance sado-masochiste pour une femme lumineuse, qui est tout ce que Sonnetchka ne sera jamais ? Faut-il qualifier de névrose d’échec cette attitude qui, telle « un instinct de chien », contraint la narratrice à vouloir trahir qui vous veut du bien ? Quelqu’un qui ne s’aime pas, qui ne se sent pas reconnu, sera-t-il jamais capable d’amour ?

 

L'accompagnatrice Miller

 

Telle est me semble-t-il la question essentielle que pose ce récit, qui paraît de prime abord être celui de l’échec d’une vie. En effet, même sa vengeance contre Maria Nikolaevna sera enlevée à Sonnetchka. Le mari de la chanteuse, Pavel Fédorovitch Travine, prendra les devants et libérera sa femme d’une chaîne conjugale, lui permettant ainsi d’accéder à un ailleurs amoureux et rayonnant avec André Grigorievitch Ber. On a alors l’impression que, devenue pianiste dans un petit cinéma près de la porte Maillot,  l’accompagnatrice a gâché tous ses talents, n’a pas répondu à ce que certains attendaient d’elle, ainsi que le lui dit Mitenka, le compositeur génial.

Or, à bien y regarder, une autre clé est peut-être donnée par la structure du livre. Ce dernier se clôt par ces lignes : « Et on aura beau me dire que n’importe quel moucheron n’a pas le droit de prétendre à la magnificence universelle, je ne cesserai d’attendre et de me dire : tu ne peux pas mourir, tu ne peux pas te reposer, il y a encore un être qui se promène sur terre. Il y a encore une dette que, peut-être, tu pourras un jour recouvrer… si Dieu existe. »

Certes, selon la croyance de chacun, on verra là une fin pessimiste ou optimiste, d’autant plus que cette interrogation sur l’existence de Dieu est récurrente dans le roman. Cependant, si l’on se reporte à l’incipit du roman, on peut en infléchir le sens. En effet, L’Accompagnatrice commence ainsi : « C’est aujourd’hui le premier anniversaire de la mort de maman. Plusieurs fois, à voix haute, j’ai prononcé ce mot : mes lèvres en avaient perdu l’habitude. C’était bizarre et agréable. »

Ainsi, c’est au moment où elle est capable de prononcer de nouveau sans souffrance le mot de « maman », occulté depuis toujours par l’infamie de sa naissance, que la narratrice entreprend le récit de sa vie. A l’encontre d’un Meursault, dont l’histoire commence par : « Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas », Sonnetchka renoue avec sa mère, avec son origine, reconnaît enfin d’où elle vient, libérant ainsi une parole défendue, qui devient salvatrice. Et c’est en cela que ce court et beau récit est peut-être l’aube d’une renaissance.

 

L'Accompagnatrice 3

 

 

 

 

 

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commentaires

M
<br /> Excellent compte rendu qui évoque bien le travail de Bernadette et nos pistes de réflexions...Bravo pour ton esprit de synthèse!<br /> <br /> <br />
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C
<br /> <br /> Ta piste de lecture m'a semblé particulièrement pertinente. Aussi me suis-je permis de la reprendre. Amitiés.<br /> <br /> <br /> <br />
C
<br /> même si on ne s'aime pas on peut aimer les autres je pense..car il y a différentes façons de ne pas s'aimer...et peut-être justement on compense ainsi<br /> <br /> <br />
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C
<br /> <br /> Aller vers l'Autre pour revenir vers soi, c'est aussi un chemin. Merci, de votre passage.<br /> <br /> <br /> <br />
B
<br /> Une analyse pertinente qui éclaire le futur lecteur que tu as révélé en moi<br /> Bises<br /> <br /> <br />
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C
<br /> <br /> Je pense, Brunô, que cette lecture ne vous décevra pas. Amicalement.<br /> <br /> <br /> <br />
L
<br /> j'ai beaucoup aimé ce petit roman moi aussi, et j'apprécie nina berberova en général.<br /> <br /> <br />
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C
<br /> <br /> Son héroïne : peut-être celle que Nina Berberova aurait pu être, si elle n'avait pas fait face aux revers du destin. Merci de votre visite chez moi.<br /> <br /> <br /> <br />
A
<br /> Tous les questionnements sur le parcours de l'héroïne sont relatés avec justesse,peut-être en effet que la vraie clé du livre est la honte de l'origine,celle-ci va disparaître avec la mort de la<br /> mère, ce qui libère la jeune fille. J'ai bien aimé ce livre qui se lit très vite ! Amitiés<br /> <br /> <br />
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C
<br /> <br /> Je trouve que, cette fois-ci, les échanges entre nous à propos de ce livre ont été particulièrement riches. Peut-être est-ce dû à la brièveté de l'ouvrage. Amitiés.<br /> <br /> <br /> <br />
M
<br /> On ne s'aime pas quand on n'a pas été aimé dès l'enfance Apprendre à être soi, se reconnaître une valeur prend un temps fou pendant lequel on peut faire subir aux autres, et à soi,d'énormes dégâts.<br /> <br /> <br />
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C
<br /> <br /> C'est effectivement un long chemin que celui qui vous fait accéder à vous-même. Merci, Mansfield, de votre commentaire.<br /> <br /> <br /> <br />
D
<br /> Chère Catheau, l'article est bien là où on l'attendait! Merci pour ta recherche de photos et pour le souvenir de cet après-midi où nous avons échangé autour de ce beau roman.<br /> <br /> <br />
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C
<br /> <br /> J'ai repris l'idée proposée par Bénédicte, qui permet d'infléchir la vision pessimiste du roman. Ce fut en effet un après-midi passionnant.<br /> <br /> <br /> <br />
J
<br /> Mon commentaire a été en partie "gommée" je disais :<br /> <br /> Plein de bonnes questions dont :<br /> <br /> Peut-on aimer si on ne s'aime pas !!! -<br /> <br /> @ plus<br /> <br /> <br />
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C
<br /> <br /> Oui, il me semble que c'est cela qui est au coeur du livre. Amitiés.<br /> <br /> <br /> <br />
E
<br /> Des questioonnements intéressants qui résultent... Je n'arrive pas à lire plus que des textes courts en ce moment... Mais merci en tous cas de présenter ce livre! Bises<br /> <br /> <br />
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C
<br /> <br /> Un court roman ou une longue nouvelle, comme on veut, qui se lit d'un trait. Amicalement.<br /> <br /> <br /> <br />

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