Un blog pour lire, pour écrire, pour découvrir et s'étonner. "La Vie a plus de talent que nous" disait Nabokov.
Par Catheau
Deux femmes près d'une conque et deux amours, François Boucher,
Musée du Louvre, Département des Arts graphiques
Passants, je me souviens du crépuscule vert
Où glissent lentement les ombres sous-marines,
Où les algues de jade au calice entr’ouvert
Etreignent de leur bras fluide les ruines
Des vaisseaux autrefois pesants d’ivoire et d’or.
Je me souviens du soir où la nacre s’irise,
Où dorment les anneaux, étincelants encor,
Qui donnaient à la mer ses époux de Venise.
Passants, je me souviens du mystique travail
Des vivants jardins, qui recèlent virginales,
L’anémone et la mousse et la fleur du corail
Dont l’effort des remous avive les pétales,
Rose animale et rouge éclose dans la nuit.
Je me souviens d’avoir bu l’odeur de la brume
Et d’avoir contemplé le sillage qui fuit
En laissant sur les flots une neige d’écume.
Je me souviens d’avoir vu, sur l’azur changeant
Des vagues, refleurir les astres du phosphore.
Mon lit d’amour était le doux sable d’argent.
Je me souviens d’avoir frôlé le madrépore
En ses palais, d’avoir vu les lambeaux empreints
De sel, qui furent des bannières déployées,
D’avoir pleuré les yeux et les cheveux éteints
Et les membres meurtris des Amantes noyées…
J’ai connu les frissons de leur baiser amer.
Dans mon cœur chante encor la musique illusoire
De l’Océan. –Je garde en ma frêle mémoire
Le murmure et l’haleine et l’âme de la mer.
Evocations (1903)
Toujours sur le thème du coquillage, j’ai retrouvé dans ma vieille anthologie ce poème de Renée Vivien. De son vrai nom Pauline Tarn, elle est née en juin 1877 à Londres, d’un père anglais et d'une mère américaine, et mourut à Paris le 18 novembre 1909. Sa vie en poésie fut brève mais l’on retrouve ici « cette harmonie douce et immense, cette largeur d’évocation sombre et caressante qui la caractérise ».
Renée Vivien, buste en marbre, Auguste Rodin
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