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20 février 2010 6 20 /02 /février /2010 11:54

                                                                                                       

jan-karski 287

Jan Karski   


Qui témoigne pour le témoin? (
 Paul Célan).

 

Il est difficile de classer le dernier ouvrage (un roman ?) de Yannick Haenel, intitulé Jan Karski, livre bouleversant et salutaire. En effet, pour raconter l’histoire de ce résistant polonais, né le 24 juin 1914 à Lodz, et « messager de l’Histoire », l’auteur choisit trois approches différentes. Dans le chapitre 1, il raconte comment Jan Karski témoigne de l’extermination des Juifs dans Shoah (1985) de Claude Lanzmann, film-testament récemment rediffusé à la télévision. Dans le chapitre 2, l’auteur reprend ce qu’a écrit Karski lui-même, dans son récit, paru aux USA en novembre 1944, sous le titre Story of a Secret State, quand il essaya en vain de persuader les Alliés de venir en aide aux Juifs. Quant à la dernière partie, fictive, elle s’attache à comprendre la psychologie de Jan Karski, en le faisant  se remémorer ses souvenirs tragiques alors que, devenu citoyen américain après la guerre, il est dévoré par ses ombres et ne sait plus en quoi il croit.

Ce parti-pris a le mérite de mettre en relief l’aventure terrible d’un homme, dépositaire d’un message qu’il ne parvint pas à transmettre aux Alliés, ou plutôt que ceux-ci se refusèrent à entendre. Ce message, que le résistant polonais compare à une phrase de l’Ancien Testament, concernait le sort des Juifs que Karski avait découvert avec horreur dans le ghetto de Varsovie puis dans le camp d’Izbica Lubelska. En substance, il disait ceci : « Si les Alliés ne prennent pas de mesures sans précédent […], les Juifs seront totalement exterminés. »

Les trois approches font prendre conscience au lecteur de l’intense sentiment de culpabilité éprouvé par Jan Karski, courrier de la Résistance, poursuivi toute sa vie par son échec. Il est ce témoin direct de l’horreur à qui les victimes ont crié : «  Dites-leur là-bas. Vous avez vu. N’oubliez pas. » Il est cet homme qui s’interroge sur l’humanité : « Des être humains qui n’ont plus l’air vivants et qui ne sont pas morts, qu’est-ce que c’est ? » Il est  la minorité, celui qui a passé les bornes, en révélant ce que l'on ne doit pas entendre.
Et Yannick Haenel imagine, avec une ironie tragique, la manière dont Franklin Delano Roosevelt écoute Jan Karski délivrant son message. Il le décrit comme un homme qui digère, qui bâille et qui ne cesse de répéter « I understand », alors qu’il se refuse à comprendre. Le constat est sans appel sur la passivité et la lâcheté des pays occidentaux face au génocide des Juifs. "Car il y a les victimes, il y a les bourreaux, mais il y a également ceux qui sont à côté, et qui assistent à la mise à mort." Et pour l'auteur on ne peut  plus parler de "crime contre l'humanité" puisque le génocide des Juifs a fait disparaître la notion même d'humanité.

Avec ce livre, éloge d'un homme qui fut consacré par une parole qu’il essaya de dire en dépit de tous les obstacles, qui fut nommé Juste parmi les Nations, Yannick Haenel poursuit la réhabilitation de « l’un des plus grands personnages du siècle », entamée par son biographe Stanislas Jankowski.

yannick-haenel
                                    Yannick Haenel
                                                         


Samedi 20 février 2010 

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commentaires

C
<br /> "Ce que l'homme appelle vérité, c'est toujours SA vérité, c'est-à-dire l'aspect sous lequel les choses lui apparaissent." (Protagoras)J'ai suivila polémique autour du livre de Yannick Haenel, lu<br /> les arguments des uns et des autres ; que de bassesses dans ces querelles de chapelles, dont j'ignore tout! En lisant ce livre- de forme hybride, je le reconnais- j'ai découvert un résistant<br /> polonais qui m'a touchée et je lirai bien volontiers la réédition de ses mémoires. Il y a ceux que l'on ne surpasse pas, Antelme, Primo Lévi ; maintenant, il y a Littell, Fabrice Humbert... Ils ont<br /> aussi le droit d'évoquer la Shoah, même s'ils ne l'ont pas vécue.<br /> <br /> <br />
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S
<br /> Bonjour.<br /> Ce livre est deux choses : une nullité d'un strict point de vue littéraire, une falsification éhontée de la réalité historique ensuite.<br /> Voir lien.<br /> Cordialement.<br /> <br /> <br />
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