Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Un blog pour lire, pour écrire, pour découvrir et s'étonner. "La Vie a plus de talent que nous" disait Nabokov.

Publicité

J'écouterai toujours...

Ces quatre quintils, dans lesquels trois rimes alternent avec deux rimes, recopiés dans le carnet de poésie de ma grand-mère, sont datés du 05 mars 1915. Le 03 août 1914, l'Allemagne a déclaré la guerre à la France. Le 13 janvier 1915, contre l'avis du maréchal French et de Joffre, Churchill et le conseil de guerre ont décidé l'opération navale des Dardanelles, qui subira un cuisant échec le 18 mars 1915. En avril commencera l'offensive française à l'est sur la Meuse et la Moselle et les Allemands emploieront pour la première fois des gaz asphyxiants à Langemack, au nord d'Ypres, en Belgique.
Le poème n'est pas signé. Devant la date, on peut lire  l'abréviation du lieu de création, "Copp.". Je pense qu'il s'agit de Coppenaxfort, village du Nord où était située la propriété familiale de mon grand-père, alors sous les drapeaux.  Il échappera miraculeusement à la mort lors de la bataille de Verdun. Je crois me rappeler que lui-même m'a raconté que la balle qui aurait dû le tuer a ricoché sur le portefeuille qu'il portait sous son uniforme. 
Mon père était né en 1911 et j'imagine que ce texte a pu être écrit par mon grand-père à l'intention de son épouse, au cours d'une de ses permissions. On y perçoit la douleur de la séparation, la persistance dans la mémoire de l'image de la femme aimée, le souvenir des serments échangés, l'expression d'un amour véritable, "si tendre et si rêveur". Et j'aime que ce poème mélancolique, recopié aux débuts d'une guerre qui sera longue, s'achève sur le pronom personnel "Nous", écrit avec une majuscule.



P1000343P1000344-1





























J'écouterai toujours, même [quand le destin
M'aura trahi, vibrer le murmure [incertain
De ta voix dans mon coeur... Je [suivrai son sillage
Dans une silhouette imprécise [au lointain
Que mon rêve fera fera  sa plus [vibrante image.

Je chercherai tes yeux aux [braises du foyer
Qui brûleront ma chair bien [moins que ta caresse !
Je sentirai passer, comme un [parfum d'ivresse,
Dans l'air triste du soir que l'ombre va noyer,
Ton haleine de fleur, ton charme de déesse.

Et je retrouverai ton amour et ton coeur
Dans mon coeur désolé de sa longue souffrance.
Je redirai les mots d'immortelle espérance
Que tu savais trouver, exquise de ferveur,
Pour dire notre amour si tendre et si rêveur.

Et quand tu songeras, plus tard, à la folie
De nos espoirs déçus, de nos serments si doux
Tu ne sauras jamais dans ta mélancolie
Que je rêve de toi toujours, ô ma jolie !
Et que mon rêve encor, c'est notre rêve à Nous.

Copp. 5 Mars 1915







Coppenaxfort

Mardi 16 mars 2010

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
A
<br /> Quelle délicatesse dans ce poème pour dire la séparation si durement éprouvée avec les risques de ne pas revenir. C'est vraiment un témoignage très précieux que tu détiens, avec ce carnet orné des<br /> paroles des personnes proches de ta grand-mère, un témoignage historique et poétique. Merci à toi d'en confier des extraits. Amitiés<br /> <br /> <br />
Répondre