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7 avril 2011 4 07 /04 /avril /2011 13:53

Anatole le braz et conteuse 2

Anatole Le Braz, recueillant un récit

 

 

Approche -  la fraîcheur de l’enclos t’y convie –

Et, sur ce marbre noir, épèle ce nom d’or :

Celle qui le portait, passant, fut dans la vie

La confidente de la Mort.

 

On eût dit qu’un reflet de l’Erèbe celtique

Tremblait dans son regard phosphorescent et doux.

Que n’as-tu pénétré sous son porche rustique

Et pu l’entendre comme nous !

 

Cette Parque en exil parmi nos paysannes

Eût fait passer en toi le frisson du divin…

Or, mêlée à son tour au peuple errant des mânes,

Elle n’est plus qu’un souffle vain.

 

Mais les graves devis qu’égrenait sa voix lente,

Ses légendes, ses chants, tout son verbe sacré,

Echo mystérieux de la Cité dolente,

Le meilleur d’elle est demeuré.

 

Cesse d’interroger une cendre muette :

Comme renaît la flamme en un autre flambeau,

Lise revit plus belle aux pages du poète

Qui lui dédia ce tombeau.

 

Cette suite de cinq quatrains en alexandrins et en octosyllabes  fut écrite par Charles le Goffic. Elle se trouve dans la dernière partie du recueil de ses Poésies complètes, intitulée « En Bretagne ». Cette pièce fut lue le 20 août 1912, au cimetière de Penvénan, devant la tombe élevée par les soins d’Anatole Le Braz ((1859-1926) à sa conteuse préférée.

Lise Bellec était un de ces "sachants" qui faisait partie du groupe d’informateurs et conteurs réguliers, qui permirent à l’auteur de La Légende de la Mort en Basse-Bretagne (1893), de mener à bien la collecte des contes et récits bretons qui la constituent. Elle lui communiqua en effet neuf des cent-vingt-trois récits, Mystères "débordant de l'âme celte".

Petite femme rondelette et potelée, aux fines attaches d’aristocrate, cette couturière à la journée, sacristine de la chapelle de Port-Blanc, possédait une admirable maîtrise de la langue. On raconte que son art du dire surpassait souvent celui d’un Jean-Marie Toulouzan  ou d’un Laur Mainguy. Avec Marie-Hyacinthe Toulouzan, elle fut la "reine des veillées" en terre celtique au début du XXe siècle.

Dans ce poème, hommage d’un poète breton  à une conteuse bretonne, Charles Le Goffic confère à Lise Bellec une aura antique en la comparant à une « Parque en exil ». Sous sa plume, elle se métamorphose en une sibylle de l’Armor.

 

anatole-le-brazMonument à Anatole Le Braz, à Saint-Brieuc

 

 

 

Sources :

La Légende de la Mort chez les Bretons, Vol. 1, 1902, Wikisource

La Légende de la Mort, Anatole Le Braz, Préface de Claude Seignolle, Poche-Club Fantastique, 1966

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème proposé par Hauteclaire :

Légende de terre

 

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commentaires

B
<br /> Tu a réuni la conteuse et le poète que tu incarnes à toi seule.<br /> <br /> <br />
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C
<br /> <br /> Merci, Brunô, de ce commentaire, que je voudrais continuer de mériter. Amicalement. <br /> <br /> <br /> <br />
T
<br /> merc pour ce billet de Bretagne cher à mon coeur !! il en émane un sourire dont je connais la cause: une arrière grand mère Bellec que j'ai peu connue, ce n'est pas celle ci mais c'était un<br /> personnage qui captivait parait-il tant elle savait les choses !! merci mille fois Catheau<br /> <br /> <br />
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C
<br /> <br /> Chaque grand-mère a sa légende. Merci, Tricôtine, de vous souvenir de la vôtre.<br /> <br /> <br /> <br />
E
<br /> Que c'est beau ! Et tous mes hommages à ces gens qui ont recueilli ces beaux récits des temps anciens avant qu'ils ne se perdent pour nous les restituer...<br /> <br /> <br />
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C
<br /> <br /> J'aime, l'été, suivre à la nuit tombée une visite guidée par une conteuse. Un art qui refleurit !<br /> <br /> <br /> <br />
E
<br /> très beau... et je découvre une page d'histoire en prime. Merci! Bises<br /> <br /> <br />
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C
<br /> <br /> Légende et histoire, toujours intimement liées. Merci, Elo.<br /> <br /> <br /> <br />
A
<br /> Un bel hommage de Charles Le Goffic pour la conteuse, la voix fait vivre les mots, se grave dans la mémoire. Cela évoque les récitants qui donnent leurs voix et dont on se souvient si bien. Amitiés<br /> <br /> <br />
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C
<br /> <br /> Bien dire ou l'art des bardes, un art à part entière, qui véhicula toute une littérature orale.<br /> <br /> <br /> <br />
A
<br /> Oh ce bonheur de retrouver réunis sur votre page ces trois grands-là : le poète, l'écrivain collecteur et la conteuse. Et... Port-Blanc, sa chapelle, le rocher de la Sentinelle, l'ombre du<br /> gabelou... Vous m'offrez de marcher dans les pas de ma grand-mère. Merci Catheau<br /> <br /> <br />
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C
<br /> <br /> Je suis heureuse de faire lever en vous des souvenirs d'enfance. Amitiés.<br /> <br /> <br /> <br />
J
<br /> Merci pour cette poésie et ce texte :)<br /> J'aime les légendes Bretonnes issues d'un passé oublié :-)<br /> @ bientôt<br /> Juliette<br /> <br /> <br />
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C
<br /> <br /> Il y a la légende et celle qui la conte. J'ai voulu rendre hommage à la "passeuse". Amicalement.<br /> <br /> <br /> <br />
O
<br /> bonsoir et bravo pour vos textes et votre blog<br /> je vous invite à visiter le mien<br /> à bientot<br /> <br /> <br />
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C
<br /> <br /> Merci, Oeil de mouche, de votre première visite. Et à bientôt sur votre blog.<br /> <br /> <br /> <br />
L
<br /> Une approche bien différente et probablement plus authentique de celle de La Villemarqué avec Le Barzaz Breiz. Malgré tout, au delà de cette polémique, cette matière Bretonne reste très riche.<br /> Amicalement Dan<br /> <br /> <br />
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C
<br /> <br /> Quelle que soit la manière de procéder, l'essentiel est de collecter à la source. Je crois que George Sand a comparé le Barzaz Breiz à l'Iliade. Merci, Dan, de votre visite.<br /> <br /> <br /> <br />

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