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7 novembre 2019 4 07 /11 /novembre /2019 16:43

 

Dimanche 3 novembre 2019, à 16 h, nous avons été accueillis, Dany Lecènes, François Folscheid et moi-même, à la galerie Esprit-Laque, 61, rue Saint-Nicolas à Saumur. L’artiste laqueur, Thibauld Mazire nous y avait invités pour proposer une lecture poétique sur le thème de l’Art. Pour la troisième fois, avec un public d’une petite trentaine de personnes nous avons partagé les poèmes que nous avions dits lors des Journées du Patrimoine 2019 dans les églises de Rou et de Marson. http://ex-libris.over-blog.com/2019/10/lecture-poetique-et-musicale-correspondances.journees-du-patrimoine-2019.html

L’occasion pour moi de découvrir cet art très ancien de la laque que Thibauld Mazire pratique depuis les années 90. Diplômé en 1991 des Métiers d’art (laque) de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Appliqués Olivier de Serres à Paris, cet artiste passionné enseigne dans cette même école depuis 1999. Président de l’association LAC (laqueurs associés pour la création), il participe à de nombreuses expositions à Paris et en province, ainsi qu’au Japon, où son travail a été récompensé par le prix « The Japan Paintmakers Association, Chairman Prize » à l’occasion de l’exposition « The Ishikawa international urushi design competition 96 » (Concours international de laque d’Ishikawa 96) à Kanasawa.

Thibauld Mazire (Crédit Photo Courrier de l'Ouest)

Depuis le 21 juillet 2017, Thibauld Mazire s’est installé avec son épouse dans une maison bourgeoise de la rue Saint-Nicolas qu’il a restaurée avec goût et où se trouve son atelier. Dans l’ancienne écurie attenante – dont il a gardé certains éléments (stalle de bois, poutrage, beau pavé) - il a ouvert une galerie d’exposition où il accueille une sélection d'œuvres de laqueurs français contemporains mais aussi des peintres, des sculpteurs, des céramistes. Du 12 octobre au 13 novembre sont notamment présentées les œuvres de Gilles Capton dans le cadre du Festival Off Cheval. Il propose aussi des stages pour se former à l’art de la laque.

J’ai aimé cette rencontre avec un art que connaissaient déjà les Chinois du néolithique. Les plus somptueux objets provenant de cette période très ancienne ont été créés avec la sève de sumac, utilisée en Chine depuis plus de 5 000 ans. Cette sève a pour propriété de durcir naturellement. Elle fut donc au départ utilisée pour protéger d’autres matériaux, notamment le bois.

L'espace d'exposition de Thibauld Mazire

Pratiqué surtout par les civilisations asiatiques, Chine, Japon, Vietnam, qui sont passées maîtres dans la réalisation d’objets de décoration, le travail de la laque se répand en Europe avec les frères Martin au XVIIIème siècle et la renommée du mobilier Louis XV. Mais c’est surtout un artiste virtuose, le Japonais Shibata Zeshin (1807-1891), qui permit le développement de la laque au début du XXème siècle. Présenté lors des Expositions universelles de Vienne (1873) et Paris (1889), il fut collectionné par les amateurs européens et ses œuvres jouèrent un rôle capital dans l’évolution du goût occidental vers l’Art Nouveau. La laque contribua plus tard au style Art déco avec en particulier Jean Dunand (1877-1942) qui se forma à cet art avec un artisan japonais venu à Paris lors de l’Exposition universelle de 1900. Jean Dunand utilisa les laques sur toutes sortes de matières et de surfaces (bijoux, textiles, portraits peints), produisant des effets nouveaux avec cette technique ancienne. Sa plus grande commande fut le décor du paquebot Normandie.

La galerie d'exposition de Thibauld Mazire

La laque est une résine issue de la sève de divers arbustes. Celle-ci forme en séchant un revêtement insoluble, d’une rare solidité, résistant aux intempéries et aux insectes. Une cassure dans la laque est difficilement réparable car la réparation demeure visible. Comme elle est fortement allergène, Thibauld Mazire m’a expliqué que, pour sa part, il employait des produits modernes, telles des laques hydrosolubles qui sont proches de l’acrylique, solubles dans l’eau, et qui préservent ainsi l’environnement. Les peintures qu’il réalise ont le bois pour support mais la laque a la propriété d’adhérer sur un grand nombre de surfaces  tel le bambou, le métal, le cuir. Elle permet donc des réalisations extrêmement variées.

Le procédé de fabrication d’une peinture laquée m’est ainsi apparu extrêmement complexe : Thibauld Mazire explique en effet que la laque fait appel à nombre de savoir-faire. En effet, ce matériau s’utilise par applications de couches minces qu’il faut à chaque fois sécher, laisser durcir entre deux et quinze jours dans une chambre humide, poncer et polir. La qualité d’une œuvre dépendra ainsi du nombre de couches. Thibauld Mazire évoque un « côté petite cuisine » et c’est ce qui lui plaît dans cet art. D’autres matières entrent encore en jeu, explique-t-il, « feuilles d’or, d’argent, de cuivre, poudres d’aventurine, nacre… qu’il faut savoir utiliser ». Il y a encore la coquille d’œuf, très utilisée par les Vietnamiens.

Infini territoire II

Quant à la couleur, elle  sera fonction des produits naturels ou chimiques incorporés dans la laque. Les tableaux exposés de Thibauld Mazire présentent notamment un dégradé de blanc très original. J’ai admiré ses toiles qui s’apparentent à des aquarelles et qui associent d’une manière subtile photo, laque et pigments. Selon l’artiste, « la laque se décline au pluriel ».

Nous remercions donc Thibauld Mazire et son épouse de nous avoir accueillis dans sa galerie, chambre d’écho idéale pour des poèmes dédiés à l’Art. Et comme nous étions entourés d’œuvres d’art, il m’a semblé que le vers de Baudelaire, « Les couleurs, les parfums et les sons se répondent », mis en exergue à cette lecture, convenait parfaitement à ce moment privilégié.

 

La Galerie Esprit-Laque est ouverte les mardi et mercredi de 14h à 18h et le samedi de 11h à 13h et de 15h à 19h
61, rue Saint Nicolas

49400 SAUMUR

Sources :

http://www.esprit-laque.com/

https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/la-laque-un-art-tourne-vers-la-modernite-6282

http://www.parismusees.paris.fr/fr/exposition/reves-de-laque-le-japon-de-shibata-zeshin120

 

 

 

 

 

 

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commentaires

M
Bonjour Catheau,<br /> <br /> je connais mais j'ai vu peu d'artistes contemporains pratiquer cet art. C'est très long comme procédé. Mais quel résultat!<br /> Merci pour le partage<br /> ;)
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C
Oui, Martine, c'est un art qui demande minutie et patience.
N
La laque restait pour moi une matière mystérieuse. Cette lecture m'a éclairée sur la minutie que demande son utilisation.
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C
C'était aussi mon cas ! J'avais une vision "asiatique" de la laque, corrigée grâce à cette rencontre.
E
Oui tu as eu beaucoup de chance de rencontrer cet artiste ! . Une technique qui demande beaucoup de patience . Merci pour les photos de ta petite famille . Bonne soirée à toi et à Alain ,
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C
En effet, c'est une technique complexe que tu as peut-être pratiquée toi-même. Bon rétablissement à toi !
S
Un bel article sur un art que je ne connaissais pas. J'apprécie la correspondance des arts et la recherche en tous lieux. Rien n'est moins évident puisque se relier dépend de l'ouverture d'esprit de chacun. Et c'est l'envie découvrir qui est la clé de ces riches et profonds échanges.
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C
J'ai été très heureuse de rencontrer cet artiste talentueux et de découvrir un domaine qui m'était inconnu. A bientôt pour de nouveaux échanges.

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